Faubourg 36

ECRANS | de Christophe Barratier (Fr-All, 2h) avec Gérard Jugnot, Kad Merad, Clovis Cornillac…

Christophe Chabert | Vendredi 12 septembre 2008

Sortir du succès des Choristes et de sa réputation de film nostalgique de la vieille école d'avant-guerre était un challenge. Christophe Barratier a choisi d'ignorer tout cela et signe avec Faubourg 36 un deuxième long pas mal du tout, sincère jusque dans ses défauts, loin d'un quelconque plan de carrière. En 1936 dans un faubourg parisien où pullulent les cabarets peuplés de chansonniers déjà ringards, Le Chansonia, repris par son régisseur Pigoil (Jugnot dans son registre préféré de Français poissard, picoleur et terriblement humain), est au bord de la ruine, et le gangster fascisant Galapiat n'attend qu'une occasion pour récupérer les murs. Dans ce Paris du Front Populaire reconstitué à Prague par Barratier, on croise un pseudo Gabin coco (Cornillac, très bien), un imitateur dénué de talent (Kad Merad, parfait), un vieil ermite mythique (normal, c'est Pierre Richard) et une jolie chanteuse avec un grand cœur (Nora Arnezeder, une révélation qui ne tient pas toutes ses promesses). Si nostalgie il y a, c'est donc plus pour les images du cinéma français, tendance Prévert-Carné-Duvivier, que pour l'époque, dont Barratier prend soin de montrer la noirceur : escrocs, nazillons, profiteurs sont à l'affût d'une misère sociale prête à se jeter pour quelques sous dans la gueule du loup. Il faut se souvenir que Duvivier avait tourné La Belle équipe, modèle évident de ce Faubourg 36, avec deux fins différentes, une heureuse et une sombre. Barratier réussit à faire cohabiter dans son film les deux, l'utopie et son échec. Malgré cela, le film émeut quand le rêve de ses déclassés se réalise, et celui du cinéaste avec : faire un musical à l'Américaine, coloré, rythmé, bigger than life. Cette dernière partie est la meilleure (le film peine quand même en son milieu) et témoigne d'une évidence : Barratier est un vrai réalisateur, prenant un plaisir artisanal à fabriquer des plans-séquences vertigineux, laissant de l'espace à des comédiens impeccablement dirigés. Faubourg 36 s'affirme ainsi comme un modèle hexagonal de film populaire et respectable — mais qu'on ne nous refasse pas le coup des Ch'tis quand même !
CC

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