Premiers spots

ECRANS | Reprise en salles de Bugsy Malone d’Alan Parker et des Prédateurs de Tony Scott, premiers films de cinéastes ayant œuvré dans le clip et la pub, qui s’amusaient alors à jouer avec leur passé comme avec leur nouveau media. CC

Christophe Chabert | Vendredi 17 avril 2009

La première scène des Prédateurs est le genre d'ouverture à la fois remarquable d'efficacité et pleine de sens pour toute personne cherchant, au-delà des images, à faire parler l'histoire de leur auteur. Dans une boîte de nuit aux relents gay underground, le chanteur de Bauhaus interprète, face caméra, le tube de ce groupe mythique de la cold wave : Bela Lugosi's dead. En montage parallèle, on voit d'un côté deux dandys (Catherine Deneuve et David Bowie, so chic) lever deux autres clubbers, de l'autre des images de singes enragés. Les Prédateurs est un film de vampires moderne. Le but de Tony Scott, alors frère de Ridley et jeune prince de la pub anglaise, est donc de signer l'enterrement définitif du Dracula mythique incarné par Bela Lugosi en créant un cinéma de vampires 80's, où l'homosexualité n'est plus un sous-entendu et les vieilles breloques (crucifix, pieux dans le cœur…) sont rangées au grenier de mémé pour faire de la place au groupe de rock venu animer la soirée gros rouge à la cave. Les vampires sont donc androgynes et sexy, ils baisent autant qu'ils boivent, et ils meurent de mort presque naturelle ; au lieu de passer trente ans à se délabrer, eux le font en une semaine, comme atteints d'un progeria fulgurant. À revoir le film vingt-cinq ans après sa sortie, on est surpris par le rythme incroyablement lent impulsé par Scott à son récit, lui qui dès son film suivant ouvrira la voie aux blockbusters hystériques et surdécoupés. Il ne se passe presque rien dans Les Prédateurs, et seule son enveloppe à la fois évanescente et charnelle lui confère cette étrange séduction qui, malgré son esthétique datée, a plutôt bien résisté au temps.Petits voyous
La musique est aussi au centre du premier film d'Alan Parker, Bugsy Malone. Parker aura été le premier pubeux de sa génération à se plonger dans le grand bain cinématographique. Prudence des pionniers oblige, Bugsy Malone est un petit film, un «concept» au sens marketing du terme : la guerre des gangs jouée et chantée par des enfants, dont la toute jeune Jodie Foster qui venait de faire un malheur en prostituée de 13 ans dans Taxi Driver. Là aussi, il a moins mal vieilli que d'autres films plus célèbres du cinéaste comme Midnight express, The Wall ou Birdy. À l'époque, Parker avait encore une certaine modestie, qui l'a bien quittée depuis — il a été anobli par la Reine et préside aujourd'hui à la destinée du cinéma britannique.Bugsy Malone
D'Alan Parker (ÉU, 1976, 1h33) avec Jodie Foster…Les Prédateurs
De Tony Scott (1983, ÉU, 1h36) avec Catherine Deneuve, David Bowie…

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