Blog : les choses presque sérieuses commencent

ECRANS | Dimanche 17 mai

Christophe Chabert | Dimanche 17 mai 2009

Dimanche 17 Mai
Vendredi soir : micro-émeute au très calme 'Un certain regard' avec la présence surréaliste de Lenny Kravitz et de Mariah Carey pour présenter Precious, film clip et bof qui m'a fait piquer du nez lors de sa dernière demi-heure (la faute au retard cumulé par l'hystérie autour des pop stars mais aussi à la prestation de Scorsese en maître es Michael Powell à la séance d'avant. Il se dit partout que le festival en manque, de stars. C'était vrai aujourd'hui puisque le Ang Lee (Taking Woodstock) et le Audiard ont pour héros deux acteurs inconnus. Ils sont formidables, comme les films d'ailleurs, tendance 'feel good' pour Lee, 'feel bad' pour Audiard. La double odyssée d'un mythique festival de rock et d'un parrain moderne qui depuis sa prison, réactive un très pervers ascenseur social par-dessus les réflexes communautaires, sont deux bonheurs de spectateurs. C'est d'ailleurs ça, le dénominateur commun de ce début de compétition. : des films ou circulent le plaisir de faire du cinéma et le plaisir de l'offrir aux spectateurs. Osons le dire : on se fait plaisir dans les salles cannoises, avec ou sans stars... Un prophète, donc. Ou comment un cinéaste passionnant arrive à aboutir en deux heures trente les thèmes qui le travaillent depuis ses débuts, leur donnant une ampleur et une résonance nouvelles. Il s'agit de montrer la mue d'une petite frappe sans envergure, mutique et faible, en parrain de la pègre, sans jamais ou presque quitter la prison dans laquelle il purge une peine de six ans. La fabrication d'un héros ambivalent, inventant ses propres valeurs morales, accédant au statut d'icône en trouvant à l'intérieur de lui les ressources pour défier les pesanteurs de son milieu, voilà ce que raconte dans une forme fiévreuse, réaliste et stylisée, Un prophète. Entre autres choses fascinantes, Audiard démontre que la culture et l'instruction sont les vraies armes des forts, et que la mort du père n'est parfois que le pas que l'on ne fait pas vers lui. Une bonne claque, la première de ce festival...

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Lumière se rallume avec son Festival (et Audiard)

Festival Lumière | Le Festival Lumière, qui se déroulera (presque) comme prévu en octobre prochain, dévoile les premiers noms de sa programmation.

Vincent Raymond | Jeudi 28 mai 2020

Lumière se rallume avec son Festival (et Audiard)

Après deux mois d’extinction des feux et de quasi silence médiatique, l’Institut Lumière sort de sa veille. Dans la soirée du mercredi 27 mai, son directeur général Thierry Frémaux signait un communiqué adressé aux publics, adhérents et abonnés pour les informer que l’équipe, partiellement de retour depuis le 11 mai, réfléchissait « à une réouverture pertinente et cohérente de [ses] différents secteurs » — soulignant au passage que le mode de fonctionnement de l’Institut consistait « depuis plusieurs années (…) à ne pas faire abusivement et systématiquement appel aux subventions publiques, plus utiles à [ses] yeux pour d’autres causes et dont l’usage systématique a parfois dégradé dans l’opinion l’image des institutions culturelles. » Indiquant qu’il annoncerait ultérieurement les modalités diverses de remboursement ou de compensation pour les personnes n’ayant pu assister aux séances déjà payées, il glissait aussi que le Festival Lumière était dans la liste des tâches en cours. Comme u

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De sang et d’or : "Les Frères Sisters"

Lion d’Argent Venise 2018 | de Jacques Audiard (Fr, 1h57) avec Joaquin Phoenix, John C. Reilly, Jake Gyllenhaal…

Vincent Raymond | Mercredi 19 septembre 2018

De sang et d’or :

Mieux vaut ne pas avoir de différend avec le Commodore. Car il envoie ses deux dévoués Charlie et Eli Sisters, tireurs d’élite et cogneurs patentés. Les deux frères vont pourtant faire défection quand une de leurs proies explique avoir découvert un procédé permettant de trouver de l’or… On attendait, en redoutant que la greffe transatlantique ne prenne pas, cette incursion de Jacques Audiard en un territoire aussi dépaysant par les décors, les usages ou les visages, que familier par son poids mythologique et les séquences fondatrices ayant dû sédimenter dans son imaginaire. Mais même délocalisé, le cinéaste n’est pas abandonné en zone hostile. D’abord, il se trouve toujours escorté par son partenaire, le magique coscénariste Thomas Bidegain ; ensuite la langue anglaise ne peut constituer un obstacle puisque son langage coutumier se situe au-delà des mots, dans la transcendance de personnages se révélant à eux-mêmes et aux autres, grâce à un “talent“ vaguement surnaturel. Le tout, dans un contexte physiquement menaçant. Empli de poudre, de sang et

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Dheepan

ECRANS | Jacques Audiard a décroché une Palme d’or avec un très bon film qui n’en avait pourtant pas le profil, même si cette histoire de guerrier tamoul cherchant à construire une famille en France et se retrouvant face à ses vieux démons est plus complexe que son pitch ne le laisse croire. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Samedi 18 juillet 2015

Dheepan

Prenons une métaphore footballistique : si Un prophète était dans la carrière de Jacques Audiard un tir cadré et De Rouille et d’os un centre décisif, Dheepan fait figure de passe en retrait… Ce qui ne veut pas dire qu’elle ne conduira pas à un but, et c’est bien ce qui est arrivé à Cannes, puisqu’il est reparti avec une Palme d’or qui a surpris tout le monde. Mais c’est peut-être le propre des grands films que d’apparaître sous un jour fragile tout en laissant la sensation d’assister à quelque chose de fort qui nous accompagnera longtemps après. Dheepan s’ouvre sur la préparation d’un bûcher où l’on va brûler des cadavres. Nous sommes au Sri Lanka et la guerre civile se termine, soldant la défaite des Tigres tamouls. Parmi eux, Dheepan observe les dépouilles de ses compagnons avec résignation ; la guerre est derrière lui, mais que lui réserve l’avenir ? C’est une femme, Yalini, qui lui offre une porte de sortie : elle traverse le camp de réfugiés à la reche

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Cannes 2015, jours 10 et 11. La dernière ligne droite…

ECRANS | "Valley of Love" de Guillaume Nicloux. "Chronic" de Michel Franco. "Macbeth" de Justin Kurzel. "Notre petite sœur" d’Hirokazu Kore-eda. "Marguerite et Julien" de Valérie Donzelli. Le Palmarès du festival.

Christophe Chabert | Mardi 26 mai 2015

Cannes 2015, jours 10 et 11. La dernière ligne droite…

Encore une poignée de films arrachés à l’épuisement de fin de festival. Une journée pour souffler après le Palmarès. Et nous voilà de retour derrière notre clavier pour commenter tout ça, depuis nos calmes pénates et sous un ciel grisâtre, loin des coups de soleil et du stress cannois. Nicloux : Depardieu et Huppert, perdus dans l’espace La fin de la compétition — et les deux films rattrapés in extremis avant de rentrer — auront achevé de faire pencher la balance longtemps indécise du jugement global porté sur sa qualité : c’était quand même très moyen. On y reviendra à la fin de ce billet, mais il faut remonter à loin pour trouver autant de déceptions, sinon de films franchement mauvais, dans ce qui est censé être le top du festival. Et s’il y eût aussi quelques grands moments, c’est bien l’écart entre les deux extrêmes qui pose question. Mais bon, ne spoilons pas, on développera plus tard. Ainsi du Valley of Love de Guillaume Nicloux qui, sans être le «navet» proclamé par certains, nous a quand même sérieusement laissé sur notre faim. Il faut dire que Nicloux est un drôle de cinéaste, que l’on a d’abor

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Cannes 2015, jours 8 et 9. Love, love, love

ECRANS | "Youth" de Paolo Sorrentino. "The Assassin" de Hou Hsiao-Hsien. "Mountains May Depart" de Jia Zhang-ke. "Dheepan" de Jacques Audiard. "Love" de Gaspar Noé.

Christophe Chabert | Dimanche 24 mai 2015

Cannes 2015, jours 8 et 9. Love, love, love

Dur dur quand même ce festival de Cannes. Comme d’habitude, nous objecte notre petite voix intérieure. Oui, enfin, un peu plus que ça, lui répond-on, agacé. C’est parce que tu as la mémoire courte, renchérit-elle. Non, les pieds en feu et les yeux cernés surtout, tentons-nous pour couper court au débat. Sur quoi on se dit que si l’on en est à écrire ce genre de conversations imaginaires, c’est qu’effectivement il y a comme une forme de surchauffe intérieure et qu’on n’est pas loin de crier, proximité de l’Italie oblige : «Aiuto !» Youth : la grande mocheté de Sorrentino À moins que cet appel à l’aide ne soit la conséquence de l’accueil délirant réservé au dernier Paolo Sorrentino, Youth, qu’on considère pourtant clairement comme une horreur, sinon une infamie. C’est à ne plus se comprendre soi-même, tant on était resté sur le souvenir, émerveillé, de sa Grande Bellezza il y a deux ans, où il portait son cinéma rutilant et excessif vers une forme d’absolu, sillonnant les rues romaines avec une caméra virtuose et élégiaque dans un h

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De rouille et d'os

ECRANS | Définitivement dans le cercle des meilleurs cinéastes français en activité, Jacques Audiard arrive à ne presque pas décevoir après Un prophète tout en abordant, avec une intelligence constante de la mise en scène, les rivages du mélodrame. Un grand et beau film. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 18 mai 2012

De rouille et d'os

On se disait que le crescendo qu'a connu la carrière de Jacques Audiard ne pouvait que marquer le pas après cette bombe qu'était Un prophète. De fait, si De rouille et d'os ne reproduit pas l'effet de sidération du film précédent, c'est surtout par son abord plus modeste : pas de grande narration à épisodes, mais une structure classique, en trois actes ; pas de relecture d'un genre transmuté par la réalité des corps et des enjeux de la France contemporaine ; et pas d'apparition d'un acteur jusqu'ici inconnu, même si Matthias Schoenaerts, authentiquement génial, n'a connu qu'une gloire récente et limitée auprès du noyau dur de la cinéphilie avec Bullhead. Et pourtant, dans un cadre plus étroit, avec un sujet casse-gueule (la rencontre entre une dresseuse d'orques amputée des jambes et un agent de sécurité s'occupant tant bien que mal de son gamin de cinq ans), Audiard évite tous les écueils, prend des risques, pense tout en termes de mise en

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Cuvée cinéma 2011

CONNAITRE | Festival / Pour leur seizième édition, les Rencontre du cinéma francophone en Beaujolais (organisées par Les 400 coups de Villefranche-sur-Saône jusqu’au 13 (...)

Dorotée Aznar | Vendredi 4 novembre 2011

Cuvée cinéma 2011

Festival / Pour leur seizième édition, les Rencontre du cinéma francophone en Beaujolais (organisées par Les 400 coups de Villefranche-sur-Saône jusqu’au 13 novembre) affichent une programmation à l’éclectisme revendiqué. Parmi les événements de la manifestation, la venue de Marjane Satrapi le mercredi 9 pour soutenir (il en a, hélas ! un peu besoin…) son beau Poulet aux prunes, et celle de Stanislas Merhar, acteur fétiche de Chantal Ackerman dont il présentera le dernier film en avant-première (La Folie Almayer). Jean-Jacques Jauffret accompagnera son premier film, Après le sud, sorti discrètement sur les écrans il y a un mois et le festival se terminera avec l’avant-première du Havre de Kaurismaki (film pour lequel on éprouve une sympathie modérée ici). Le meilleur, cependant, ne relève pas de l’actualité, mais d’une rencontre autour du "métier" de critique cinéma avec Éric Libiot, plume sympathique de L’Express. Il a choisi d’illustrer son propos par la projection de Regarde les hommes tomber, première œuvre déjà fulgurante d’un certain Jacques Audiard. Un excellent choix — et on ne dit pas ça par solidarité confraternelle

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Théâtre - Moi aussi je veux un prophète

SCENES | N’en déplaise à la diplomatie hexagonale, les institutions culturelles fêtent goulûment l’année du Mexique en France. Dans le Nouveau théâtre du 8e qu’elle (...)

Nadja Pobel | Lundi 14 février 2011

Théâtre - Moi aussi je veux un prophète

N’en déplaise à la diplomatie hexagonale, les institutions culturelles fêtent goulûment l’année du Mexique en France. Dans le Nouveau théâtre du 8e qu’elle co-dirige, Sylvie Mongin-Algan monte un texte de la dramaturge contemporaine mexicaine Ximena Escalante. Trois autres créations suivront au printemps. Pour l’heure, les jeudi 17 et vendredi 18 février, il est possible d’apprécier cette «première escale». Un prophète, objet de tous les désirs et toutes les peurs bouscule la vie bien réglée du royaume comme le jeune homme dans le théorème pasolinien. Carlos Torres signe notamment une scénographie et des peintures remarquables. NP

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Prophète en son pays

ECRANS | Cinéma / Pour la première année depuis l’existence de ce classement annuel, un film fait l’unanimité entre la rédaction et les lecteurs du Petit Bulletin, et il est français : "Un prophète" de Jacques Audiard. Bilan surprenant d’une année passionnante. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 17 décembre 2009

Prophète en son pays

On l’a pris une première fois en pleine tronche à Cannes ; une deuxième lors de la venue de son réalisateur Jacques Audiard à Lyon ; et encore une troisième lors de sa sortie en salles. Pas de doute possible : "Un prophète" aura été l’événement cinématographique de l’année, et le retrouver au sommet de notre classement, mais aussi du vôtre, est à peine surprenant. Et pourtant… Qui aurait dit qu’un jour, ce serait un film français qui, pour la première fois depuis l’existence de ce classement, nous mettrait tous d’accord ? Car on en a passé des années à se morfondre sur la production hexagonale, ses comédies merdiques, ses films de genre piteux, son cinéma d’auteur sclérosé, son opportunisme lamentable (c’est la mode du biopic ? En voilà, du biopic… Y a un polar qui a marché ? Allez, tout le monde va faire des polars…) et sa détestable manière de courir après le lièvre américain à coups d’imitations serviles. Mais voilà : 2009 restera comme un cru exceptionnel pour le cinéma français. Les bonnes nouvelles sont arrivées sur tous les fronts : de la comédie, avec l’incroyable suite d’"OSS 117", une série qui vient faire de la résistance dans un cinéma populaire étouffé par les desid

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Un cinéaste très discret

ECRANS | Jacques Audiard, réalisateur d’Un prophète, remet les pendules à l’heure du cinéma français en assumant une démarche libre, intègre et «politique». Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 24 août 2009

Un cinéaste très discret

Jacques Audiard n’a tourné que cinq films, et pourtant il figure déjà comme un des plus grands cinéastes que ce pays ait connus. Par quel prodige le fils du célèbre dialoguiste, d’abord scénariste pour des films inégaux (il en y a de remarquables : Mortelle randonnée, Poussière d’ange, Baxter… et d’autres piteux, comme le grotesque Fréquence meurtre) a réussi à supplanter tous ses homologues et se retrouve, à 57 ans, couronné au festival de Cannes pour un météore sublime, Un prophète ? Réponse en trois actes. Acte 1 : liberté Son père était donc un homme du verbe et du mot. De cet héritage, Jacques Audiard a conservé en interview quelque chose d’essentiel : la précision. Il le reconnaît en le regrettant : «j’ergote». On lui parle de son «panthéon» de cinéastes, de «l’exigence» de sa «direction d’acteurs», mais tous ces mots lui paraissent flous ou inappropriés. Alors il reprécise, explique, affine sa pensée… Chaque film naît ainsi de longues discussions préalables avec ses collaborateurs sur ce que doit être un film ici et maintenant, avant même que celui-ci se matérialise dans un sujet ou une histoire. Démonstration avec Un p

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Un prophète

ECRANS | Choc (et Grand Prix) du dernier festival de Cannes, le cinquième film de Jacques Audiard ose une fresque somptueuse et allégorique où un petit voyou analphabète se transforme en parrain du crime. Après ce Prophète, le cinéma français ne sera plus jamais comme avant… Christophe Chabert

Dorotée Aznar | Jeudi 9 juillet 2009

Un prophète

Un cercle de lumière vient faiblement éclairer une partie de l’écran, comme une ouverture à la lampe de poche en lieu et place de l’antique ouverture à l’iris. Il vient éclairer quoi ? Les gestes désordonnés d’un jeune garçon dans un fourgon… Il planque maladroitement dans sa chaussure un billet de cinquante francs. Quelque part dans un XXe siècle finissant, Malik el Djebena s’est fait serrer une fois de trop par la police, pour ce qu’on devine être une agression sauvage lors d’une rixe — on verra plus tard d’impressionnantes cicatrices sur son dos. Ce n’est donc sûrement pas un tendre, mais certainement pas un caïd non plus. Phrasé hésitant, corps voûté, yeux en panique : Malik, papillon nocturne aux ailes brûlées prématurément, s’apprête à passer six longues années en prison. Une condamnation lourde pour ce petit voyou récidiviste, aller simple vers l’enfer des vrais mafieux et des criminels endurcis. Lui qui parle à peine français, qui ne sait ni lire ni écrire, s’avère donc une proie facile pour les affranchis qui l’entourent. Leçons de vie en prison Un prophète, le nouveau et fabuleux film de Jacques Audiard, est donc un

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Cannes blanc

ECRANS | Le jury du festival 2009 a décerné sa Palme d’or au Ruban blanc de Michael Haneke, un des films les plus forts d’une sélection de très haut niveau. Le reste du palmarès, à quelques bizarreries et absents près, est du même tonneau. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 25 mai 2009

Cannes blanc

Montré en milieu de festival, au moment où la sélection partait dans une veine auteuriste moins surprenante que lors des premiers jours, Le Ruban blanc de Michael Haneke a fait forte impression et s’est immédiatement positionné comme Palme d’or potentielle (sinon évidente). Le film, radiographie d’un microcosme protestant dans l’Allemagne de 1913-1914, expose une suite de faits dramatiques a priori déliés et parfois anodins, dont l’issue reste un horizon hors de sa temporalité. Cet horizon visé par Haneke est, comme le dit le narrateur du film, «les événements qui se sont passés dans notre pays». Mais cette référence au nazisme n’est pas nécessaire pour appréhender le discours du Ruban blanc : la dissection patiente de la lâcheté face à un monde qui ne connaît que la répression, des actes des autres mais aussi de ses propres émotions, est aussi un miroir de toutes les sociétés cherchant le repli et le refus du monde. Il faut signaler la forme, impressionnante sinon intimidante, du Ruban blanc : un scope noir et blanc implacable, pour des plans au cordeau comme Haneke n’en avait jamais tourné jusqu’alors. Waltz sans hésitation

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Blog : Suleiman chaud et l’arche de Noé

ECRANS | Samedi 23 Mai

Christophe Chabert | Dimanche 24 mai 2009

Blog : Suleiman chaud et l’arche de Noé

La compétition touche à sa fin et c’est l’heure des pronostics, avant celui des bilans. Niveau palmarès donc, trois films semblent aujourd’hui en mesure de décrocher la Palme : Un prophète de Jacques Audiard, Le Ruban blanc de Michael Haneke et, en cas de surprise raccord avec les deux palmes précédentes, Fish tank d’Andrea Arnold. On pourrait même en ajouter un quatrième, mais on va y revenir dans quelques lignes. Pour la mise en scène, il n’y a que l’embarras du choix, mais récompenser Alain Resnais serait une assez jolie idée. Si Les Herbes folles, film anguille qui glisse délicieusement entre les neurones, n’est pas exactement parfait, les inventions juvéniles de Resnais à la caméra et au montage méritent d’être soulignées. Pour ce qui est du prix d’interprétation masculine, Tahar Rahiq et Niels Arestrup dans le Audiard semblent très bien placés, mais on persiste et on signe concernant la prestation mémorable de Christoph Waltz en officier SS dans Inglourious basterds. Et si Giovanna Mezzogiorno dans Vincere de Bellocchio obtenait le prix d’interprétation féminine, on ne crierait pas au scandale (mais il y a de la concurr

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Blog : Tout sur Bernard

ECRANS | Vendredi 22 mai

Christophe Chabert | Vendredi 22 mai 2009

Blog : Tout sur Bernard

Je ne vais pas raconter ma vie, mais pendant ce festival, je ne crèche pas sur la Croisette, mais à sept bornes de là. Tous les matins, c’est donc dans un bus lambda que je rejoins le Palais des festivals pour attaquer le marathon. Rituel devenu sympa, qui permet de lier connaissance avec d’autres festivaliers, dont ce couple de réalisateurs venus défendre leur court-métrage au ‘short film corner’, et que je salue et remercie pour leur délicieuse conversation cinéphile. Mais ce matin, stupeur et tremblement de joie, qui débarque dans ledit bus ? Bernard Menez ! L’interprète des films mythiques de Jacques Rozier et Pascal Thomas, avec qui, il y a huit ans, j’avais réalisé une interview mémorable, hors de toute actualité, où l’on avait discuté de cinéma, mais aussi de cyclisme (sa passion). La présence de ce passager hors norme à fait son effet, et quand on l’a vu, le soir même, monter les marches en smoking pour voir «À l’origine» de Xavier Gianolli, on se disait que ce festival est quand même un drôle de machin, où tout ou presque peut arriver ! Dans le même registre, entre deux films, les rumeurs couraient dans tous les sens sur la Croisette. Après la présentation du Tarantino

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Blog : Déjà vu

ECRANS | Mercredi 20 mai :

Christophe Chabert | Jeudi 21 mai 2009

Blog : Déjà vu

Il y a, dans un festival de cinéma, des temps forts et des temps morts, des moments où tout le monde reprend son souffle et d’autres où tous les retiennent. Ce qui est curieux, c’est qu’à l’échelle de Cannes, où le moindre buzz s’amplifie en quelques heures, en bien (Les Chats persans le premier jour) ou en mal (le pauvre Lars Von Trier, qui l’a un peu cherché il est vrai). Mais la plupart du temps, le temps mort s’apparente à une sensation persistante de déjà vu. Ainsi, le Almodovar a fait figure de non événement. Beaucoup l’avaient déjà vu, justement, à Paris avant de venir, d’autres se disaient qu’ils attendraient le lendemain pour le voir en salles, où Étreintes brisées sort sur une très large combinaison de copies. Bizarrement, une fois le film vu, l’impression est exactement la même : d’une maîtrise bluffante tant dans la narration que dans la mise en scène, il ne provoque pourtant aucune réelle surprise. On pourrait mettre cela sur le compte de l’effet de signature Almodovar. Son cinéma est devenu extrêmement identifiable en effet, mais de là à dire qu’il est prévisible, c’est y aller un peu fort. Ce qui gène en revanche dans Étreintes brisées,

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Blog : Ô Irène !

ECRANS | Mardi 19 mai :

Christophe Chabert | Mardi 19 mai 2009

Blog : Ô Irène !

Le festival continue peinard. On avait vu Looking for Eric avant de partir, on ne l’avait pas beaucoup aimé (pas du tout, même), mais après le Von Trier, les festivaliers avaient manifestement envie de se détendre. Du coup, cette comédie concept très mineure dans l’œuvre de Loach, a reçu un fort bon accueil sur la Croisette. Dans les sections parallèles, on a bien aimé à ‘Un certain regard’ Le Père de mes enfants de Mia Hansen-Love, alors qu’on détestait son premier film, Tout est pardonné. Et à la ‘Quinzaine’, on a découvert le beau film de Denis Villeneuve Polytechnique, sorte d’Éléphant québécois, ainsi que Les Beaux Gosses, comédie ado de l’excellent Riad Sattouf, bientôt en salles et franchement bidonnant. Et puis le deuxième choc de ce festival : Irène d’Alain Cavalier. Continuant son cinéma en solitaire engagé depuis La Rencontre, le cinéaste septuagénaire l’emmène ici à des hauteurs encore jamais atteintes dans son travail (le mot œuvre lui ferait horreur). Irène, c’est une femme aimée au début des années 70, morte dans un accident de voiture et jamais oubliée par le cinéaste. Il veut faire un film s

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Blog : ça charcle !

ECRANS | Lundi 18 mai :

Christophe Chabert | Mardi 19 mai 2009

Blog : ça charcle !

Pour la plus grande horreur de certains festivaliers, qui ne s’en laissent pas compter en quittant les salles à la première goutte de sang, le festival de Cannes 2009 ne lésine pas sur la violence. Au menu : corps démembré (Kinatay), gorges tranchées (Un prophète, Thirst), gunfights sanglants (Vengeance) et enfin clitoris tranché à coups de ciseaux, masturbation puis éjaculation sanglante, et jambe lestée par une lourde meule après un bon coup de foreuse (Antichrist de Lars Von Trier). Cependant, n’en déplaise aux pères la pudeur qui commencent à perdre patience et à se fâcher tout rouge, toutes ces formes de violence ne sont pas du même ordre. Pas grand-chose de commun entre la violence graphique et déréalisée que l’on trouve chez Park Chan Wook ou Jonnie To et celle, sèche et réaliste, d’Audiard ou Mendoza. Quant à Lars Von Trier, la violence débarque dans son film au milieu d’un lourd projet mystico-psychanalatique avec la souplesse d’un éléphant. Antichrist est certes gonflé (jusqu’à l’aveuglement, voir la dédicace assez hallucinante à Tarkovski à la fin), mais totalement foiré aussi. La première séquence, où un clip au r

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Le bon genre cannois

ECRANS | Festival / Après cinq jours de compétition de fort bonne facture, une tendance se dégage : le festival de Cannes a laissé de côté les films pour festivals et a fait une place de choix au cinéma du plaisir intelligent. Avec Un prophète de Jacques Audiard en incontestable chef de file. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 18 mai 2009

Le bon genre cannois

L’idée a surgi à la sortie du Taking Woodstock de Ang Lee, excellent film du samedi soir, feel good movie promis à un bel accueil en salles. Ce n’était pourtant que le cinquième long-métrage de la compétition, mais l’intuition que celle-ci avait cette année pour enjeu le retour des films qui d’ordinaire restent à sa porte, paraissait évidente. La veille pourtant, Bright star de Jane Campion, racontant la liaison entre le poète romantique Keats et une jeune fille de bonne famille revue façon pub La Laitière, nous avait échaudé. Mais l’académisme planplan de Campion s’inscrit dans un registre de cinéma culturel ayant ses adeptes et qui, lui aussi, avait déserté la sélection officielle ces dernières années au profit d’un cinéma d’auteur parfois suffisant et autiste. On trouvera sûrement des contre-exemples d’ici à fin du festival (Kinatay de Brillante Mendoza, mélange hallucinant et grotesque d’auteurisme glandeur et de série Z moralisatrice et gore, n’en est pas très loin), mais le programme à venir (Lars Von Trier, Tarantino, Gianolli, Resnais, Noé…) promet encore de belles émotions de spectateur. Réservoir à gros poissons

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Blog : classique et classiques

ECRANS | Samedi 16 mai

Christophe Chabert | Samedi 16 mai 2009

Blog : classique et classiques

Je m'étais promis de ne pas m'appesantir sur les ratages et déceptions de la compétition, mais un mot sur la douloureuse expérience Bright star : Jane Campion aligne, dans cette pénible évocation de la passion du poète Keats pour une jeune couturière bourgeoise un catalogue de cliches estampilles film littéraire du plus mauvais effet. En gros, tout le monde parle comme des livres et la mise en scène, à l'académisme criminel, souligne ce manque de chair. Mais ou est passée la réalisatrice sensualiste de La Leçon de piano ? Face a ce classicisme frelate, et plutôt que d'évoquer le complexe Thirst de Park Chan-Wook (plein de défauts mais quand même impressionnant) ou Air doll de Kore-Eda (plutôt décevant), allons faire un tour du côte des classiques et de l'excellente sélection Cannes classics. Avec une putain de claque : Wake in fright de Ted Kotcheff, le réalisateur du premier Rambo qui, en 1970, tournait dans son Australie natale, ce Prisonnier des beaufs buveurs de bière, ce Jacques Rozier chez les rednecks du bush... L'histoire ? Un instituteur veut passer noël avec sa copine à Sidney, mais se retrouve coincé dans un bled o

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Blog : Persans et percées

ECRANS | Vendredi 15 mai

Christophe Chabert | Mardi 22 janvier 2013

Blog : Persans et percées

Vendredi 15 mai : J'ai couru après le Coppola mais ne l'ai jamais rattrapé... Queues monstres pour le film alors que les séances de la compétition restaient clairsemées. Tant pis, tant mieux, il faut activer le plan B... et je me retrouve devant un formidable film iranien, Les Chats persans. Un film tourné clandestinement et qui retrace avec un argument de fiction la difficile réalité du rock underground à Téhéran. Plusieurs bonnes nouvelles sont au programme : malgré la complexité kafkaienne des démarches pour répéter, enregistrer et faire des concerts dans la ville, on voit défiler à l'écran des Strokes ou des Moldy peaches iraniens de fort bonne facture ; même avec une Dv pourrie, Bahman Ghobadi et son chef opérateur réalisent un objet esthétiquement superbe, énergique et ludique ; et, bien que le film dessine un horizon bouché pour ses personnages, Les Chats persans est une comédie noire parfois bidonnante. Bref, le cinéma iranien ne nous avait pas habitué à ça et c'est une sacrée nouvelle ! Autre bon film, celui de l'Anglaise Andrea Arnold, Fish tank. Portrait d'une ado butée qui se rêve danseuse de R'n'B, le film

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Blog : Yes, I Cannes !

ECRANS | Jeudi 14 mai

Christophe Chabert | Jeudi 14 mai 2009

Blog : Yes, I Cannes !

Jeudi 14 mai : Avant d'entrer dans le vif du sujet - j'ai laissé passer Up et le gala d'ouverture et j'attaque avec le Coppola à la Quinzaine des réalisateurs - autant prendre ses marques avec les festivités à venir en tirant quelques plans sur la comète et sur la compétition. Je n'aurais jamais pensé écrire ça de mon vivant mais cette année, c'est la France qui fait envie : Audiard, Noe, Gianolli, Resnais, voilà un quarte réjouissant, surtout quand on pense à ce qu'on a évité - Honoré et Rivette, pas au hasard... Juste derrière, l'Asie avec les nouveaux Johnnie To, Park Chan Wok, Kore-Eda et Bong Joon Ho fait sur le papier forte impression. En élargissant l'angle de vue, on constate que des cinéastes reconnus mais un peu à la peine ces derniers temps reviennent avec des projets ambitieux, notamment Lars Von Trier et Michael Haneke. On en oublie (Tarantino, oui, oui...) mais on oubliera pas d'en parler au fil de ce blog.

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