Invictus

ECRANS | Toujours au sommet, Clint Eastwood réussit avec classicisme et émotions l’évocation du premier défi lancé au président Mandela : réunir l’Afrique du Sud autour de son équipe de rugby durant la coupe du monde 95. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Samedi 9 janvier 2010

La réussite d'Invictus tient à un fil, comme souvent chez Clint Eastwood. Une scène résume bien la chose : Nelson Mandela (Morgan Freeman, impeccable) vient d'être élu président de la République en Afrique du Sud. Il sort faire une promenade nocturne accompagné de ses deux gardes du corps, lorsqu'une voiture surgit au coin de la rue. Tentative d'assassinat ? Non, il s'agit seulement du livreur de journaux… Mandela s'approche alors pour regarder la Une, et découvre qu'elle met en doute sa capacité à diriger le pays. En un battement de plan, Eastwood passe ainsi de l'intrigue à ses enjeux profonds, du particulier au général. Cette manière de s'extraire par le haut d'une convention scénaristique rappelle le précédent Eastwood, Gran Torino. Mandela a d'ailleurs plus d'un point en commun avec Walt Kowalski : derrière l'image publique, on découvre un vieillard seul, fatigué, prêt à sacrifier sa personne pour réconcilier deux peuples qui se détestent. Eastwood ne cache pas son admiration envers le personnage, et il le filme avec une bouleversante délicatesse. La première partie montre comment il entre à pas feutrés dans ses habits de président. L'humanisme et l'équité dont il fait preuve rejoint le regard du cinéaste : chaque personnage, blanc ou noir, principal ou secondaire, sera traité avec le même nuancier, les mêmes égards.

Mensonge utile

Mais le cœur d'Invictus est ailleurs, quand Mandela prend conscience que c'est par le sport que son projet de réconciliation peut se concrétiser. La coupe du monde de rugby va avoir lieu en Afrique du Sud, et les Spring Boks sont en pleine déroute. Mandela prend le risque de s'afficher aux côtés du capitaine de l'équipe, François Pienaar (Matt Damon, très crédible), et s'offre même un mensonge utile à la télévision en avouant sa passion pour un sport auquel il ne comprenait rien (beau raccord avec le discours tenu dans Mémoires de nos pères). En retour, cette équipe se transcendera, mais surtout se rapprochera de la population noire. Cela donne une scène magnifique où les joueurs apprennent les règles à des enfants des townships, échange qu'Eastwood capte avec un tact remarquable. Si l'odyssée de l'équipe et son triomphe répondent aux codes du film sportif, cette odyssée est aussi morale. Un passage est inoubliable : celui où les rugbymen visitent la prison où Mandela a été enfermé, quand Pienaar s'enferme dans sa cellule et en mesure la grandeur en étendant les bras en croix. Une puissance d'évocation à laquelle Eastwood nous a habitués, mais qui arrive encore à surprendre et émouvoir.

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Un mois avec Clint Eastwood

ECRANS | En bonne place parmi les salles permanentes du Festival Lumière, le Pathé Bellecour a pu mesurer l’immense potentiel du cinéma de patrimoine auprès de son (...)

Vincent Raymond | Mardi 21 janvier 2020

Un mois avec Clint Eastwood

En bonne place parmi les salles permanentes du Festival Lumière, le Pathé Bellecour a pu mesurer l’immense potentiel du cinéma de patrimoine auprès de son public. Le rendez-vous qu’il propose à compter de cette fin janvier devrait logiquement séduire les spectateurs sensibles à la « politique des auteurs », puisqu’il vise à “préparer“ la sortie d’une nouveauté d’un ou d’une cinéaste reconnu en diffusant, à raison d’un film par semaine, quatre de ses réalisations emblématiques précédentes. Une sorte de révision générale mâtinée de teasing cinéphilique. Premier auteur à bénéficier de cette mini-rétrospective, Clint Eastwood, dont Le Cas Richard Jewell est attendu sur les écrans le 19 février. Prélever quatre titres parmi la bonne trentaine des films qu’il a signés relève de la gageure, toutefois, le carré choisi s’avère représentatif de ses passions et des univers qu’il affectionne. Le western, pour commencer, avec Impitoyable (1992). Film de la consécration, tribut à Siegel et Leone, où son habituel personnage de perdant humilié se relè

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Le Mans 66

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Vincent Raymond | Mardi 12 novembre 2019

Le Mans 66

L’actualité a de ces volte-faces ironiques… Sortant précisément au moment où le mariage PSA-Fiat (Chrysler) vient d’être officialisé, Le Mans 66 débute par la fin de non recevoir de Ferrari de s’allier à Ford, l’indépendante Scuderia préférant assurer ses arrières dans le giron de Fiat. Un camouflet, une blessure narcissique qui va précipiter l’industriel de Détroit dans une lutte orgueilleuse avec en ligne de mire la couronne mancelle. Est-ce de l’émulation (puisqu’il y a un enjeu technologique pour les deux sociétés en lice) ou bien la traduction d’un complexe psychologique de la part de leurs dirigeants ? On ne manquera pas de faire un lien avec la conquête spatiale, contemporaine de cette guéguerre sur route ! À l’écran, si l’épopée apparaît classique dans la forme, elle est menée avec le métier coutumier de Mangold, son goût pour la belle image, et relayée par des comédiens habitués à l’investissement personnel. D’autant qu’il en

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« Le Mans 66 est un film dramatique adulte, pas un film pop corn »

ECRANS | La quête du Mans par Ford ressemble beaucoup à la quête de la Lune par la Nasa à la même époque. Avez-vous l’impression d’avoir fait un film d’astronautes sur la (...)

Vincent Raymond | Mardi 12 novembre 2019

« Le Mans 66 est un film dramatique adulte, pas un film pop corn »

La quête du Mans par Ford ressemble beaucoup à la quête de la Lune par la Nasa à la même époque. Avez-vous l’impression d’avoir fait un film d’astronautes sur la route. Quelle était la dimension symbolique qu’avait la course du Mans ? James Mangold : Je pense que pour Ford, gagner Le Mans revenait à se prouver quelque chose. La conquête de la Lune était en effet aussi une compétition, puisqu’il fallait arriver les premiers sur la Lune — en particulier avant les Russes. Le film essaie de montrer que gagner une course, c’est bien plus qu’une victoire de coureur automobile : c’est aussi celle de l’amitié, de l’équipe et d’une marque. Quel est votre rapport aux voitures ? J’ai un Land Rover. Les voitures, ce n’est pas l’alpha et l’omega pour moi. Mais le XXe siècle a été défini par la voiture ; elle a changé nos vies. À une époque, chaque homme ou femme possédait son propre cheval, sa propre monture pour aller où bon lui semblait. Ford est arrivé en faisant que la voiture soit abordable pour tous. Ensuite, ça été le règne des autoroutes. Même aujourd’hui, quand on entre dans ces boîtes de métal, on change : la voit

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Gran Torino

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Vincent Raymond | Mardi 22 janvier 2019

Gran Torino

Au moment où sort La Mule, plaçant à nouveau Clint Eastwood derrière et devant la caméra, aux côtés d’une partenaire d’exception (sa voiture), revenons sur le dernier film en date du cinéaste-interprète (et sans doute son chef-d’œuvre) réunissant les mêmes conditions, Gran Torino (2008). Tous les paradoxes de ce humano-réac s’y retrouvent, farouchement NRAciste, mais viscéralement anti-raciste. La contradiction faite homme, Eastwood reste une énigme et un grand réalisateur. La séance, présentée par un intervenant et suivie d’une collation, est organisée en partenariat avec l'association Petite Lumière. Gran Torino À la Maison du Peuple de Pierre-Bénite ​le jeudi 24 janvier à 19h30

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Rien ne sert de raccourcir… : "Downsizing"

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Vincent Raymond | Mardi 9 janvier 2018

Rien ne sert de raccourcir… :

Disparu en novembre dernier dans une consternante indifférence, le réalisateur français Alain Jessua aurait à coup sûr raffolé de l’idée. Cousinant avec ses fables d’anticipation dystopiques que sont Traitement de choc (1972) ou Paradis pour tous (1982), Dowsizing est en effet un de ces contes moraux où une “miraculeuse” avancée scientifique, perçue comme une panacée devant soulager l’humanité de tous ses maux, finit par se révéler pire remède que la maladie elle-même. La découverte est ici un procédé (irréversible) permettant de réduire les organismes humains afin d’économiser les ressources de notre planète surpeuplée, augmentant mathématiquement le patrimoine des sujets miniaturisés. Alléchés par cette perspective, Paul et son épouse s’inscrivent au programme. Mais au dernier moment, la belle se déballonne : Paul en est réduit à vivre rapetissé et seul. Au paradis ? Pas vraiment… À naïf, à demi-naïf Il y a deux actes biens distincts dans

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Sully

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Vincent Raymond | Mardi 29 novembre 2016

Sully

Eastwood a-t-il résolu de se momifier en aède de la geste étasunienne contemporaine ? Alors, autant qu’il s’intéresse à cette belle figure du pilote Chesley “Sully” Sullenberger, plutôt qu’à Chris Kyle, sujet de son précédent opus American Sniper (2014). Pour la simple raison que le premier a sauvé les 155 vies de son avion sur le point de s’abîmer en le posant sur la rivière Hudson ; le second ayant gagné sa notoriété en flinguant des ennemis. Mais si ces deux personnages sont considérés par leurs concitoyens comme des héros équivalents malgré leurs mérites opposés, Sully a fait l’objet d’un traitement particulièrement inique : on l’a accusé d’avoir agi de manière irréfléchie et périlleuse. Voilà ce qui a dû titiller Clint, prompt à défendre façon Capra l’honnête homme contre une machine juridico-financière en quête de responsable. Eastwood/Hanks, c’est l’alliance de deux Amériques idéologiquement contradictoires, partageant pourtant des valeurs humaines fondamentales ainsi qu’une foi d’enfant dans la Constitution ; une naïveté faisant que le bon verra tous ses mérites reconnus. Pas forcément ici-ba

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American Sniper

ECRANS | «Tu es un redneck» dit sa future femme à Chris Kyle — massif et impressionnant Bradley Cooper — lors de leur première rencontre. «Non, je suis Texan» lui (...)

Christophe Chabert | Mardi 17 février 2015

American Sniper

«Tu es un redneck» dit sa future femme à Chris Kyle — massif et impressionnant Bradley Cooper — lors de leur première rencontre. «Non, je suis Texan» lui répond-il. Et il précise : «Les Texans montent sur des chevaux, les rednecks se montent entre eux». Avec cette (rare) respiration au milieu de la tension qui règne dans American Sniper, Clint Eastwood met déjà les choses au clair sur son personnage : Chris Kyle est un pur produit de l’americana sudiste, élevé dans le culte de la Bible (qu’il transporte avec lui mais qu’il n’ouvre jamais), des armes (son père lui apprend tout jeune à chasser) et de la Patrie. Il semble n’avoir aucune vie intérieure, suivant un autre précepte édité par son paternel : il ne sera ni une brebis, ni un loup, mais un chien de berger, veillant presque par instinct sur les siens. Or, une fois engagé sur le terrain irakien en tant que sniper d’élite au sein des Navy SEALs, Kyle va faire l’expérience du trouble, même si sa carapace de machine de guerre texane ne se fissure pas si facilement. Sniper pas sans reproche En définitive, c’est bien le regard de Eastwood qui, progressivement, fait

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Ma vie avec Liberace

ECRANS | Tout ce qui brille n’est pas or. Pour Liberace, pianiste virtuose et showman invétéré, c’est surtout le strass qui doit briller, en mettre plein la vue au (...)

Christophe Chabert | Jeudi 12 septembre 2013

Ma vie avec Liberace

Tout ce qui brille n’est pas or. Pour Liberace, pianiste virtuose et showman invétéré, c’est surtout le strass qui doit briller, en mettre plein la vue au point d’entraîner une étrange cécité chez ses fans. Lorsque Scott Thorson découvre son spectacle et l’enthousiasme du public straight et âgé qui le regarde, il se demande : «Comment peuvent-ils aimer un truc aussi gay ?». Son compagnon lui répond qu’ils ne veulent pas voir ce qui pourtant saute aux yeux. En cela, Liberace est autant un formidable personnage qu’un pur produit de son époque : du queer criard qui se terminera dans un grand crash larmoyant. La beauté du dernier film de Steven Soderbergh, c’est qu’il fonctionne sur le même type de santé paradoxale : le scénario de Richard LaGravenese est un modèle de storytelling, plein de verve et de répliques cinglantes, mais il explore les facettes les plus sombres de Liberace. Quant à la mise en scène, elle capte le kitsch scintillant qui constitue l’univers domestique du pianiste, avant d’en révéler la dimension cauchemardesque, à l’image de cette moumoute qui, une fo

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Elysium

ECRANS | On dit que tout succès repose sur un malentendu ; dans le cas de Neill Blomkamp et de son District 9, cela paraît aujourd’hui indéniable, le concept du film (...)

Christophe Chabert | Samedi 17 août 2013

Elysium

On dit que tout succès repose sur un malentendu ; dans le cas de Neill Blomkamp et de son District 9, cela paraît aujourd’hui indéniable, le concept du film ayant sans doute pris le pas sur la réalité de ce qui était montré à l’écran. Son futur pas si lointain, sale et gangrené par la lutte des classes cachait une métaphore de SF où les aliens étaient les nouveaux immigrés, exclus et brimés. Le futur d’Elysium, second et fulgurant long-métrage de Blomkamp, est plus éloigné, mais cette fois-ci, le cinéaste n’a plus besoin de passer par une parabole, aussi astucieuse soit-elle, pour en montrer le cauchemar : les pauvres errent dans les décombres d’une Terre ravagée par la pollution et la surpopulation, tandis que les riches ont construit une station spatiale baptisée Elysium, verdoyante et à l’abri de la maladie ou de la violence. Saisissantes, les premières images opposent les taudis terrestres poussiéreux aux jardins orbitaux radieux. À l’inverse du raté Oblivion

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Insaisissables

ECRANS | De son apprentissage chez EuropaCorp comme yes man pour les scénarios torchés à l’arraché par Luc Besson, Louis Leterrier a visiblement retenu plusieurs leçons, (...)

Christophe Chabert | Lundi 5 août 2013

Insaisissables

De son apprentissage chez EuropaCorp comme yes man pour les scénarios torchés à l’arraché par Luc Besson, Louis Leterrier a visiblement retenu plusieurs leçons, toutes mauvaises : d’abord, confondre montage et rythme, mouvements incessants de caméra et retranscription de l’action. Il faut voir l’introduction d’Insaisissables, sorte de bouillie filmique d’une laideur visuelle à pleurer de dépit, pour saisir l’étendue du désastre. Aucun élément ne semble attirer le regard de Leterrier : ses plans n’enregistrent rien, s’annulent les uns les autres et chaque présentation d’un des magiciens se fait dans une hystérie de vulgarité putassière là encore bien bessonienne : les filles se foutent à poil — un peu — mais le sexe n’a jamais lieu, et lorsque le mentaliste de la bande hypnotise un couple, c’est avant tout pour fustiger l’infidélité du mari. Là où Insaisissables devient franchement insupportable, c’est quand ce grand barnum que l’on peine à qualifier de mise en scène finit par atteindre le casting lui-même, pourtant prestigieux. Leterrier ne s’intéresse absolument jamais à ces acteurs, ne leur donnant aucun espace pour jouer, les filmant à moitié dans l’obscurité

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Promised land

ECRANS | Quelque part au fin fond de l’Amérique, dans une de ces petites villes rongées par la crise et la pauvreté, un tandem de lobbyistes à la solde de Global (...)

Christophe Chabert | Lundi 15 avril 2013

Promised land

Quelque part au fin fond de l’Amérique, dans une de ces petites villes rongées par la crise et la pauvreté, un tandem de lobbyistes à la solde de Global Crosspower Solutions vient vendre aux habitants le remède miracle pour sortir de leur mouise : la cession de leurs terres pour en extraire du gaz de schiste. Des millions de dollars sont en jeu, pour la compagnie mais aussi pour les autochtones. Steve (Matt Damon) et Sue (Frances MacDormand) ont une technique bien rodée pour convaincre leurs interlocuteurs : se fondre dans les coutumes (et les costumes) du coin, faire valoir leur propres origines populos et, in fine, les prendre par les sentiments, en l’occurrence ici le portefeuille. Tout se passe comme prévu, jusqu’à ce qu’un vieux physicien à la retraite (Hal Holbrook) puis un militant écolo (John Krasinski) pointent chacun du doigt les dangers environnementaux de cette exploitation. La terre outragée Avec un sujet si actuel et une répartition des rôles a priori manichéenne, il y avait tout pour faire de Promised land un pamphl

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Margaret

ECRANS | On aurait aimé vous recommander la sortie en DVD de Margaret. Vraiment. D’abord parce que c’est un grand film, d’une ambition peu commune dans le cinéma (...)

Christophe Chabert | Mardi 29 janvier 2013

Margaret

On aurait aimé vous recommander la sortie en DVD de Margaret. Vraiment. D’abord parce que c’est un grand film, d’une ambition peu commune dans le cinéma américain ; ensuite parce que sa sortie salles a été littéralement sabotée, réduite à une exposition "technique" sur une poignée d’écrans en plein été et en VF. Sans parler du fait que cette version-là n’était pas celle voulue par Kenneth Lonergan, et qu’il s’est battu contre ce remontage durant huit longues années, donnant à Margaret le statut peu enviable de film maudit. Or, stupeur, alors que le DVD anglais (disponible depuis de nombreux mois) proposait la version la plus longue et la plus conforme aux souhaits du réalisateur (un montage de 179 minutes), c’est à nouveau celle de 2h23 qui figure sur le DVD français. Avant de revenir sur le film, deux mots sur Kenneth Lonergan. Il vient de la scène, où il a été considéré comme un des grands dramaturges américains contemporains, notamment grâce à une pièce culte, This is our youth (un titre qui aurait aussi pu être celui de Margaret). En 2000, il se lance dans le cinéma avec Tu peux compter sur moi, bien accueilli par la press

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Margaret

ECRANS | Second film de Kenneth Lonergan, auteur de théâtre et scénariste de Gangs of New York, Margaret revient de loin et ça se sent (bloqué depuis 2009 suite à un (...)

Jerôme Dittmar | Vendredi 13 juillet 2012

Margaret

Second film de Kenneth Lonergan, auteur de théâtre et scénariste de Gangs of New York, Margaret revient de loin et ça se sent (bloqué depuis 2009 suite à un procès, le film a traîné en montage). Portrait d'une lycéenne (Anna Paquin) témoin d'un tragique accident de bus qu'elle a en partie provoqué, le film prend une bonne heure à décoller pour trouver son sujet. Durant ce temps, Lonergan tâtonne, avance au rythme de son héroïne, traumatisée mais debout, rongée par une culpabilité dont elle ne sait que faire avant de la canaliser dans une quête de vengeance inattendue. Ce long et épuisant tunnel, où le film s'égare au ralenti, suivant le quotidien de son adolescente, son errance sentimentale et existentielle, son rapport trouble avec un prof et l'histoire de sa mère paumée, sert de tremplin vers une seconde moitié où les choses mordent enfin sur l'intrigue. Se dessine alors un double regard, sur la frénésie procédurière américaine, que le film étend jusqu'à l'arrogance militaire du pays. Et l'adolescence comme d'un moment mouvant et propice à adopter des thèses radicales pour répondre à un état de confusion général. Lonergan s'aventure ici sans c

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Nouveau départ

ECRANS | Et si on en finissait avec le cynisme, le second degré, la misanthropie light du temps présent ? Après Spielberg et son magnifique Cheval de guerre, c’est (...)

Christophe Chabert | Mercredi 11 avril 2012

Nouveau départ

Et si on en finissait avec le cynisme, le second degré, la misanthropie light du temps présent ? Après Spielberg et son magnifique Cheval de guerre, c’est au tour de Cameron Crowe, qui signe ici son meilleur film depuis Presque célèbre, de travailler à recréer l’espoir naïf d’un monde où la mort et la crise sont surmontées non par l’ironie, mais par un optimisme lucide. C’est de cela dont il est question dans Nouveau départ (réglons une bonne fois pour toutes le sort de ce titre français pourri : le film s’appelle We bought a zoo, On a acheté un zoo). Benjamin Mee (Matt Damon, excellent, et à nouveau surprenant après The Informant, True Grit, Contagion…), reporter casse-cou qui a bravé bien des épreuves sauf une, la mort de sa femme, veut renouer

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J. Edgar

ECRANS | Qui était J. Edgar Hoover, puissant patron du FBI pendant plus de quarante ans ? Un réactionnaire obsédé par un potentiel complot bolchevique ? Un (...)

Christophe Chabert | Vendredi 6 janvier 2012

J. Edgar

Qui était J. Edgar Hoover, puissant patron du FBI pendant plus de quarante ans ? Un réactionnaire obsédé par un potentiel complot bolchevique ? Un homosexuel honteux incapable de s’affranchir d’une mère castratrice ? Un junkie cherchant à repousser le moment tragique où il n’aura plus la puissance physique de résister à ceux qui réclament son départ ? Un mythomane qui ne cesse de réécrire son histoire, s’inventant un destin héroïque et romanesque ? Il était tout cela, mais ce tout est aussi un grand vide, et l’énigme Hoover demeure entière. Clint Eastwood, fidèle à sa dialectique qui lui permet de critiquer les mythes fondateurs de l’Amérique sans pour autant en dénoncer les valeurs, fait du portrait de Hoover un labyrinthe temporel où chaque séquence viendrait brouiller la précédente, où le personnage ne serait jamais saisi dans une alternance de blanc et de noir, mais dans de constantes zones de gris. De fait, si le cinéaste déconstruit Hoover, il refuse toute explication psychologique. Et pour cause : le film ne cesse de dire qu’Hoover n’existe pas, qu’il est une invention, un être dont la vie n’a été qu’une affaire d’adaptation, d’opportunisme et de survie. La grand

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Contagion

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Dorotée Aznar | Jeudi 3 novembre 2011

Contagion

Contagion commence au «jour 2» de la maladie, par une scène anodine. Une executive woman de retour d’Asie prend un verre dans un aéroport avant de retrouver le foyer familial. Elle est le patient zéro d’un nouveau virus, fulgurant et mortel, et elle l’a déjà répandu à Hong-Kong, en Chine, à Chicago… Steven Soderbergh ne cache rien du désastre à venir : en quelques inserts sur des poignées de portes, des cacahuètes, un verre, il isole déjà tous les vecteurs de la contagion. Et rajoute un détail troublant : la jeune femme est aussi adultère. On craint un temps la concomitance des deux événements : le virus comme une expiation de cette "faute". Fausse piste : dans Contagion, tous les dogmes sont mis à mal par l'effroi qui s’empare des populations. Pour faire ressentir cet effroi, il fallait un vrai coup de force narratif : le patient zéro, pourtant interprété par une actrice célèbre, décède dans les dix premières minutes. Le spectateur sait alors que rien ne viendra le rassurer et sûrement pas les grands principes hollywoodiens. Tous les personnages, à tout moment, peuvent y passer. Un film de peur(s) Fort de cette angoisse-là, Soderberg

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True Grit

ECRANS | No country for old men n’était donc pour les frères Coen qu’un échauffement avant le grand départ vers l’Ouest, le vrai. Le shérif qu’incarnait Tommy Lee Jones (...)

Christophe Chabert | Mercredi 16 février 2011

True Grit

No country for old men n’était donc pour les frères Coen qu’un échauffement avant le grand départ vers l’Ouest, le vrai. Le shérif qu’incarnait Tommy Lee Jones ressemblait pourtant à l’ombre crépusculaire d’un genre débordé par la violence de nouveaux corps indestructibles venus du cinéma d’action (le tueur impitoyable campé par Javier Bardem). En cela, True Grit est une surprise ; non seulement il s’aventure totalement dans le western, adaptant un livre de Charles Portis déjà porté à l’écran par Henry Hathaway avec John Wayne (Cent dollars pour un shérif), mais il ne cherche jamais à prendre ses codes de haut par une attitude moderniste ou maniériste. Les Coen, qui dans leurs trois derniers films faisaient imploser les règles scénaristiques, optant pour des constructions audacieuses et anticonformistes, respectent ici les trois actes du matériau d’origine. Et parsèment le film de scènes inévitables : fusillades, grandes chevauchées dans des décors mythologiques, discussion autour d’un feu de camp, climax à reb

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Au-delà

ECRANS | Journaliste star de France Télévisions, Marie Lelay (Cécile de France, convaincante malgré quelques maladresses concernant l’activité de son personnage) est (...)

Christophe Chabert | Mercredi 12 janvier 2011

Au-delà

Journaliste star de France Télévisions, Marie Lelay (Cécile de France, convaincante malgré quelques maladresses concernant l’activité de son personnage) est emportée par le tsunami thaïlandais de 2004. Elle vit alors une expérience de mort imminente au cours de laquelle elle distingue des silhouettes sur un fond blanc aveuglant. De retour en France, elle reste hantée par cette vision. Dans le même temps, à Londres, le frère jumeau de Marcus, Jacob, meurt écrasé par une voiture. Et à San Francisco, George Lonegan (formidable Matt Damon, aussi massif que fragile), medium vivant son «don» de communication avec les morts comme une «malédiction», tente de se reconstruire en travaillant à l’usine et en suivant des cours de cuisine. On voit bien les écueils qui guettaient "Au-delà" : son rapport au paranormal, qui a déjà donné naissance à une flopée de nanars new-age et son scénario en destins croisés et mondialisés façon Iñarritu. Mais Clint Eastwood, justifiant l’admiration qu’on peut avoir pour son cinéma, déjoue tout cela par la seule intelligence de son point de vue. Le surnaturel n’est pas son problème, mais celui de ses personnages ; ce qui l’intéresse, ce n’est pas de savoir s’

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Green zone

ECRANS | "Green zone" opère la jonction entre la part la plus personnelle de l’œuvre de Paul Greengrass (Bloody Sunday, Vol 93) et son nouveau statut de cinéaste (...)

Christophe Chabert | Vendredi 9 avril 2010

Green zone

"Green zone" opère la jonction entre la part la plus personnelle de l’œuvre de Paul Greengrass (Bloody Sunday, Vol 93) et son nouveau statut de cinéaste d’action imposé par la franchise Jason Bourne. Ce thriller suit les traces, peu de temps après la chute de Saddam Hussein, d’un adjudant-chef (Matt Damon, héros taillé dans le marbre d’un idéal inébranlable) qui découvre que les sites où le dictateur stockait ses armes de destruction massive ne sont en fait que des entrepôts désaffectés. Cherchant à comprendre d’où vient le bug, il va démonter une ample machination impliquant les plus hauts pontes de l’État américain. On retrouve ici le talent de Greengrass pour rendre aussi spectaculaire une conférence de presse qu’une vaste opération militaire dans les ruines de Bagdad, sa mise en scène privilégiant l’événement pur à la distance réflexive. Green zone garde ainsi la tête rivée au présent de l’action, ce qui rend palpitante une intrigue dont on connaît peu ou prou les tenants et les aboutissants. La grande idée, c’est que ce héros n’a pas plus de passé que Jason Bourne ; de sa vie d’avant la guerre, on ne saura rien, et le film s’arrête sèchement sa «m

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The Informant !

ECRANS | Pour saisir en quoi The Informant ! est un film curieux, le plus intéressant signé par son auteur depuis Bubble, il convient de faire une petite (...)

Christophe Chabert | Jeudi 1 octobre 2009

The Informant !

Pour saisir en quoi The Informant ! est un film curieux, le plus intéressant signé par son auteur depuis Bubble, il convient de faire une petite comparaison avec le Burn after reading de Joel et Ethan Coen. Alors que les frangins propulsaient dans les hautes strates du pouvoir américain une bande d’idiots aveuglés par leurs ambitions dérisoires, et mettaient en scène cette screwball comedy avec des accents de tragédie, Soderbergh fait ici rigoureusement l’inverse. Le générique du film est un hommage au très sérieux Klute de Pakula, et la tonalité de l’image, aux lumières baveuses et aux cadres lâches, rappelle le cinéma de Sidney Lumet. Globalement, l’aventure incroyable mais vraie de Mark Whitacre, chimiste travaillant au fin fond de l’Illinois sur la production industrielle de maïs, pourrait à l’écran ressembler à un pur drame de la mythomanie. Whitacre décide de donner un coup de pouce à l’ascenseur social en montant un gigantesque bobard dont on a du mal à définir où il commence et surtout, où il était censé finir. Américain moyen (Matt Damon avec sa bedaine et sa moustache en fait une sorte d’Homer Simpson !) à l’environnement mo

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Clint consacré

ECRANS | Au coeur du festival, le Prix Lumière sera remis à Clint Eastwood, en sa présence, lors d'une soirée à la Salle 3000 qui s'achèvera avec la projection de Sur la (...)

Dorotée Aznar | Mercredi 30 septembre 2009

Clint consacré

Au coeur du festival, le Prix Lumière sera remis à Clint Eastwood, en sa présence, lors d'une soirée à la Salle 3000 qui s'achèvera avec la projection de Sur la route de Madison. Ce choix, effectué par un collège de cinéphiles et de critiques, récompense un cinéaste dont l'oeuvre a contribué à l'art cinématographique. C'est une belle revanche pour Eastwood, dont les films auront mis près de vingt ans, et la reconnaissance conjointe d'Impitoyable par la critique, le public et les professionnels — premier doublé meilleur cinéaste, meilleur film aux Oscars — pour être appréciés à leur juste valeur. Encore regardé de travers pour son personnage de Dirty Harry, vite taxé de fasciste par la presse à l'époque, la critique néglige ses premiers travaux derrière la caméra : l'impeccable thriller Un frisson dans la nuit et le mélodrame Breezy. Cherchant une parfaite liberté créatrice avec sa société de production Malpaso, Eastwood se forme une écurie de collaborateurs fidèles, une économie de tournage — beaucoup de préparation, peu d'axes de prises de vue — et alterne films commerciaux (parfois remarquables comme L'Épreuve de force ou Pale Rider

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«Je fais ce que j’ai envie de faire»

ECRANS | Peu loquace en interview, généralement réticent à parler du contenu de ses films, Clint Eastwood a fait de sa parole de cinéaste une denrée rare. C’est ce qui (...)

Christophe Chabert | Mercredi 18 février 2009

«Je fais ce que j’ai envie de faire»

Peu loquace en interview, généralement réticent à parler du contenu de ses films, Clint Eastwood a fait de sa parole de cinéaste une denrée rare. C’est ce qui rend le recueil d’entretiens réalisés sur plus de vingt ans par Michael Henry Wilson, co-réalisateur des docus de Scorsese sur le cinéma américain, aussi précieux. Wilson aborde Eastwood en cours de carrière, peu de temps après la sortie de Sudden impact. Il le rencontrera ensuite régulièrement à chaque sortie de films (évitant judicieusement les rares faux-pas de sa filmographie) et même au début de son éphémère carrière politique. Au fil des discussions, le mystère Eastwood se dissipe. Ses thèmes d’abord, à commencer par le rejet des institutions bureaucratiques qui brident la liberté individuelle. Une idée qui effectivement relie les Inspecteur Harry à Mémoires de nos pères, les films «d’auteur» aux films de genre. La méthode ensuite : Eastwood ne signe pas ses scénarios, mais les prépare méticuleusement. Soit il fait réécrire avant de tourner, soit il réécrit pendant. Quand un scénario lui plaît, il le filme tel quel (comme celui de Million dollar baby) ; il peut même dans la foulée

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Gran Torino

ECRANS | Walt Kowalski vient d’enterrer sa femme et s’apprête à retourner à une fin de vie routinière. Ancien de la guerre de Corée, le voilà entouré de ses «ennemis» d’hier (...)

Christophe Chabert | Mercredi 18 février 2009

Gran Torino

Walt Kowalski vient d’enterrer sa femme et s’apprête à retourner à une fin de vie routinière. Ancien de la guerre de Corée, le voilà entouré de ses «ennemis» d’hier dans un ghetto dont il ne veut pas bouger, peinard avec ses bières, sa chienne et la Gran Torino 72 qu’il a contribué à assembler lorsqu’il était ouvrier chez Ford. Kowalski est un bout d’Amérique échoué, qui marine dans son aigreur, ses préjugés raciaux et sa haine des générations suivantes en poussant des grognements de clebs à qui l’on tenterait de voler son os. Kowalski, c’est Clint Eastwood, de retour devant la caméra quatre ans après Million dollar baby, qu’il avait pourtant présenté comme son dernier rôle. Mais l’occasion était trop belle de remettre la défroque du comédien… Ce personnage est taillé sur mesure pour l’acteur devenu un mythe nourri de fulgurances et d’ambiguïtés. Kowalski synthétise sans tapage tout cela : les justiciers aux méthodes contestables, les éducateurs guerriers cherchant à transmettre leurs valeurs, les ratés vieillissants et torturés. Avec un seul objectif : être en paix avec lui-même au jugement dernier. John Wayne de proximité Depuis l’ex

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L’Échange

ECRANS | On n’en voudra pas à Clint Eastwood, après avoir enchaîné des films aussi énormes que Mystic River, Million Dollar Baby et le diptyque Iwo Jima, de marquer le (...)

Christophe Chabert | Mardi 11 novembre 2008

L’Échange

On n’en voudra pas à Clint Eastwood, après avoir enchaîné des films aussi énormes que Mystic River, Million Dollar Baby et le diptyque Iwo Jima, de marquer le pas avec cet Échange bancal. Cela étant, le film ne se dégage pas d’un revers de coude et s’il rate sa cible, c’est plus par excès d’ambition que par manque d’inspiration. Car la mise en scène est là, classique, épurée, au service d’un scénario complexe à l’argument poignant : à Los Angeles dans les années 20, Christine Collins découvre que son fils a été enlevé. Après plusieurs semaines d’enquête, la Police lui apprend que son enfant est vivant. Mais lors des retrouvailles sur un quai de gare, c’est un autre gamin qui lui est restitué. Le shérif refuse d’entendre ses protestations, cherchant par cette action d’éclat à redorer un blason terni par les accusations de corruption portées par un pasteur influent. Toute cette introduction est remarquable : Eastwood montre un état qui fabrique un mensonge et met en œuvre une machine bureaucratique où des experts s’unissent pour plier la réalité à cette fiction. Impossible de ne pas penser, même si c’est une facilité, à la manière dont l’adminis

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La Vengeance dans la peau

ECRANS | Paul Greengrass ne s'embarrasse pas d'un quelconque résumé des épisodes précédents. La première scène fait directement suite à l'ultime séquence de La Mort dans la (...)

Christophe Chabert | Mercredi 19 septembre 2007

La Vengeance dans la peau

Paul Greengrass ne s'embarrasse pas d'un quelconque résumé des épisodes précédents. La première scène fait directement suite à l'ultime séquence de La Mort dans la Peau, et donne le ton, paranoïaque, crépusculaire. Jason Bourne/David Webb est donc à Moscou, la police à ses trousses. Il a beau connaître désormais sa réelle identité, il lui reste tout de même à savoir quelles furent les raisons qui le poussèrent à devenir un assassin d'élite et, simple routine, à échapper aux opérateurs omniprésents de la CIA, dont les pontes le considèrent toujours comme une menace. Des bouquins de Robert Ludlum, on sait qu'il ne reste plus grand chose, si ce n'est que la psyché et la quête identitaire du personnage principal se sont vues retournées de fond en comble par Doug Liman mais surtout par Paul Greengrass, ce dernier parvenant in fine, via de subtiles touches acides disséminées ça et là (guettez le moindre détail), à métamorphoser une saga littéraire cocardière en films (doucement) contestataires. Le réalisateur de Bloody Sunday et de Vol 93, en bon fan de La Bataille d'Alger, prend visiblement un malin plaisir à se jouer de l'espace et de la t

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Mémoires de nos pères

ECRANS | D'abord le titre : Mémoires de nos pères dit de manière pléonastique le titre français, soulignant une constance des derniers films de Clint Eastwood, célébration (...)

Christophe Chabert | Mercredi 8 novembre 2006

Mémoires de nos pères

D'abord le titre : Mémoires de nos pères dit de manière pléonastique le titre français, soulignant une constance des derniers films de Clint Eastwood, célébration sans nostalgie d'un passé tout sauf idyllique perdu dans les vapeurs amères d'un présent pétrifié. Drapeaux de nos pères, dit le titre américain, renvoyant plus directement au cœur du film : six soldats dressant une bannière américaine sur la colline d'Iwo Jima à la mi-temps d'une bataille sanglante où est censé se jouer le résultat de la deuxième guerre mondiale. Deux photographes passent et immortalisent le moment, qui se transformera en symbole d'une Amérique victorieuse ou bientôt victorieuse («nous gagnons ou nous allons gagner», George W. Bush, 25 octobre 2006). Pour appuyer la propagande, on fait revenir au pays les trois survivants de la photo et on organise pour eux une tournée afin de récolter des fonds pour continuer à armer ceux qui sont restés là-bas. Trois soldats ordinaires progressivement rattrapés par la culpabilité d'être là, traités en héros alors que tant d'autres meurent dans l'indifférence sur le front. Héros malgré tout Construit en flashbacks entre ce

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