Brothers

ECRANS | De Jim Sheridan (ÉU, 1h45) avec Tobey Maguire, Natalie Portman, Jake Gyllenhaal…

Christophe Chabert | Vendredi 29 janvier 2010

Alors que les années Bush ont globalement relevé le niveau d'exigence des films hollywoodiens, elles ont aussi accouché d'un cinéma engagé atone, paralysé par le sérieux de ses sujets et la gravité de ses enjeux. "Brothers", remake d'un film danois de Suzanne Bier, en est une nouvelle et pénible démonstration. Des acteurs qui tirent la gueule, chuchotent, sanglotent, s'absorbent dans des poses dramatiques soulignées par une photo froide et des plans étirés artificiellement : tout est fait pour que le spectateur comprenne qu'il n'est pas là pour rigoler. L'histoire suffit pourtant : un capitaine de l'armée américaine retourne en Afghanistan, y est donné pour mort, puis revient et découvre que sa femme et son frère se sont rapprochés pendant son absence. À l'écran, pas la moindre audace cinématographique, aucun trouble… Sheridan, qu'on a connu plus inspiré, s'efface derrière la performance, irritante, de ses comédiens, quand il ne commet pas un gigantesque impair (les scènes en Afghanistan avec des talibans ridicules à force de cruauté). De tout cela ne se dégage qu'une chose : un ennui mortel.

CC

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Les noces rebelles : "Wildlife - Une saison ardente"

ECRANS | De Paul Dano (É-U, 1h45) avec Carey Mulligan, Jake Gyllenhaal, Ed Oxenbould…

Vincent Raymond | Mardi 18 décembre 2018

Les noces rebelles :

Joe vient d’emménager avec ses parents dans un patelin des États-Unis des années 1960. Très orgueilleux mais incapable de garder un emploi, son père refuse que son épouse travaille. Il doit alors s’engager sur le front des incendies dans l’arrière-pays, accélérant la dissolution du couple… Ce premier long-métrage réalisé par le comédien Paul Dano ressemble à ces verreries craquelées qu’on craint d’effleurer de peur de les briser. Non que le film soit fragile — il révèle au contraire une belle maîtrise de mise en scène et des dispositions dans la direction d’acteurs — mais parce que l’histoire et les personnages eux-mêmes, à fleur de peau et de chagrin, transpirent leurs douleurs. Il y a de la grandeur tragique dans ces fêlures. Vu par un adolescent (étonnant Ed Oxenbould, avec sa physionomie de “jeune vieux“), ce récit de l’inéluctable éloignement d’un couple est aussi celui de la désagrégation désabusée d’un idéal : le Rêve américain, dont quelques ultimes miettes de réussite peuvent encore subsister. Lesquelles sont menacées par les flammes pré

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De sang et d’or : "Les Frères Sisters"

Lion d’Argent Venise 2018 | de Jacques Audiard (Fr, 1h57) avec Joaquin Phoenix, John C. Reilly, Jake Gyllenhaal…

Vincent Raymond | Mercredi 19 septembre 2018

De sang et d’or :

Mieux vaut ne pas avoir de différend avec le Commodore. Car il envoie ses deux dévoués Charlie et Eli Sisters, tireurs d’élite et cogneurs patentés. Les deux frères vont pourtant faire défection quand une de leurs proies explique avoir découvert un procédé permettant de trouver de l’or… On attendait, en redoutant que la greffe transatlantique ne prenne pas, cette incursion de Jacques Audiard en un territoire aussi dépaysant par les décors, les usages ou les visages, que familier par son poids mythologique et les séquences fondatrices ayant dû sédimenter dans son imaginaire. Mais même délocalisé, le cinéaste n’est pas abandonné en zone hostile. D’abord, il se trouve toujours escorté par son partenaire, le magique coscénariste Thomas Bidegain ; ensuite la langue anglaise ne peut constituer un obstacle puisque son langage coutumier se situe au-delà des mots, dans la transcendance de personnages se révélant à eux-mêmes et aux autres, grâce à un “talent“ vaguement surnaturel. Le tout, dans un contexte physiquement menaçant. Empli de poudre, de sang et

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Les 5 albums de 1997

À racheter en vinyle | Radiohead – Ok Computer Sauvé de l'oubli par le succès tardif du single Creep, confirmé avec The Bends en pleine vague brit-pop, Radiohead se (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 7 novembre 2017

Les 5 albums de 1997

Radiohead – Ok Computer Sauvé de l'oubli par le succès tardif du single Creep, confirmé avec The Bends en pleine vague brit-pop, Radiohead se pose sur le toit de la pop avec un album ambitieux mais efficace à l'image du titre Karma Police, combinant grâce mélodique et aspirations expérimentales qui ne feront que gonfler d'album en album, jusqu'à l'abstraction. Climax ou véritables débuts ? Telle est la question, qui fait encore débat. Björk – Homogenic Avec Debut et Post Björk s'est installé en reine de la pop exigeante et foutraque. Avec Homogenic, produit par Mar

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On connaît la chanson : "Song To Song" de Terrence Malick

Love story | Retour à une forme plus narrative pour le désormais prolifique Terrence Malick, qui revisite ici le chassé-croisé amoureux dans une forme forcément personnelle et inédite.

Vincent Raymond | Mercredi 5 juillet 2017

On connaît la chanson :

Deux hommes, deux femmes : leurs histoires d’amour et professionnelles, croisées ou réciproques dans l’univers musical rock d’Austin… Après le sphérique et autoréférenciel Voyage of Time — amplification des séquences tellurico-shamaniques de Tree of Life façon poème mystique à liturgie restreinte — Terrence Malick renoue avec un fil narratif plus conventionnel. Avec ce que cela suppose d’écart à la moyenne venant du réalisateur de À la Merveille. Song To Song prouve, si besoin en était encore, que ce n’est pas un argument qui confère à un film son intérêt ou son originalité, mais bien la manière dont un cinéaste s’en empare. Le même script aurait ainsi pu échoir à Woody Allen ou Claude Lelouch (amours-désamours chez les heureux du monde et dans de beaux intérieurs, avec les mêmes caméos de Val Kilmer, Iggy Pop, Patti Smith), on eût récolté trois films autant dissemblables entre eux que ressemblants et identifiables à leur auteur. Persistance de la mémoire

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Insomniaque : les 3 soirées du week-end

Clubbing | Trois plans pour vos nuits blanches.

Sébastien Broquet | Mardi 27 juin 2017

Insomniaque : les 3 soirées du week-end

30.06.17 TRANSBORDEUR CRACKI RECORDS C'est la première des Summer Sessions nocturnes, qui verront défiler jusqu'à fin juillet chaque vendredi Intérieur Queer, Art Feast ou encore Arm Aber Sexy. Et c'est Cracki qui lance le bal en conviant Renart et Eliott Litrowksi, deux adeptes parisiens de la techno, le dernier cité ayant remixé Isaac Delusion. Le Cracki sound-system se chargeant de coucher les derniers guerriers. Soleil. 01.07.17 > TERMINAL ARK On kiffe toujours voir apparaître sur un line-up le nom du fiston Berroyer, ce brûlant DJ aux productions toujours impeccables, entre house tourneboulée et électro à l'ancienne, dont on peut catcher les sorties sur des labels aussi intenses que Perlon et Karat, et ce depuis plus de vingt ans déjà. Il ne sera pas seul : Polarize et Mohammed Vicente l'accompagnent. Folie. 01.07.17 > GROOM SHEITAN BROTHERS

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Les Chemical Brothers au festival Nuits Sonores

Nuits Sonores 2017 | Voici la suite de la programmation de Nuits Sonores : des Chemical Brothers à Pharoah Sanders, en passant par Vitalic et Stormzy, c'est une édition excitante qui s'avance, où l'on relève une réelle connexion avec le monde qui nous entoure, loin des plateaux techno au kilomètre : regard accentué vers le Moyen-Orient, place accrue accordée aux artistes féminines, intérêt pour la scène queer, retour vers le jazz et ouverture d'une scène entière dédiée à la jeune garde hip-hop... Vincent Carry (le directeur) et Pierre-Marie Ouillon (le programmateur) nous expliquent cette édition en vidéo : l'occasion aussi de découvrir ce tout nouveau lieu, les usines Fagor-Brandt.

Sébastien Broquet | Mardi 14 février 2017

Les Chemical Brothers au festival Nuits Sonores

Culte, la nuit 4 Chemical Brothers ! Le duo de Manchester sera sans aucun doute l'attraction principale de cette édition, œuvrant au peak time de la nuit 4 le samedi soir, dans la halle 1... Tom Rowlands et Ed Simons ont construit depuis le début des 90's un culte dépassant largement le big beat originel et délivrent des DJ sets absolument déments. Il va falloir jouer des coudes pour s'approcher ! Autour d'eux sur cette scène, se produiront l'allemand Errorsmith, mais aussi le Syrien précurseur des musiques électroniques Rizan Sa’id entre rythmes kurdes traditionnels et synthétiseurs. « La nuit 4 sur cette scène 1, c’est un peu notre spéciale 15 ans, notre anniversaire » explique Pierre-Marie Ouillon, le programmateur. Et c'est P.Moore qui clôturera cette nuit, histoire de concrétiser son come-back : belle attention et gros moment d'émotion à prévoir au petit matin. « Il a décidé de se remettre dans le match, et il est la personnalité qui peut relever ce défi : ce sera historique pour nous ! » ajoute Pierre-Marie Ouillon. Pourra-t-il dépasser l'horair

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"Jackie" : Une reine pour Larraín

ECRANS | de Pablo Larraín (E-U, 1h40) avec Natalie Portman, Peter Sarsgaard, Greta Gerwig…

Vincent Raymond | Mardi 31 janvier 2017

Novembre 1963. JFK vient d’être assassiné et sa désormais veuve Jackie Bouvier Kennedy reçoit un journaliste dans sa résidence glacée pour évoquer l’attentat de Dallas, mais aussi son avenir. Au fil de la discussion, elle se remémore pêle-mêle les jours heureux à la Maison-Blanche, les préparatifs des obsèques et la journée fatale… À l’instar de Neruda sorti il y a un mois, Jackie est un biopic transgressif où le sujet principal ayant la pleine conscience de sa future place dans l’Histoire, se permet d’en soigner les contours en abrasant la moindre irrégularité apparente : la si lisse Mrs. Kennedy affirme ainsi ne pas fumer… en écrasant une de ses innombrables cigarettes ; la si droite Jackie tient debout… gavée de calmants et d’alcool. Dans la famille Kennedy, l’apparence prime sur l’expression publique d’un quelconque affect privé ; qu’importent les circonstances, Jackie se doit de participer à l’écriture de la glorieuse geste de cette dynastie. La construction achron

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Vice ouvre un bar éphémère sur les quais de Saône

Liqueur | Le Repaire, bar éphémère de Vice, ouvre à Lyon le 10 novembre pour trois semaines.

Lisa Dumoulin | Vendredi 4 novembre 2016

Vice ouvre un bar éphémère sur les quais de Saône

Après un premier succès à Paris en juin dernier, Vice, en partenariat avec une marque d'alcool, inaugure un nouveau bar éphémère à Lyon, investissant le Ké Pêcherie (1 rue de la Platière) sur les quais de Saône. Dès le 10 novembre et pendant trois semaines, il sera transformé en maison de chasse : collections de trophées, fusils et cheminées à larges foyers envahiront les lieux jusque sur la terrasse. La façade aussi sera redécorée, par le collectif Ready Made France qui réalisera une fresque inédite. Le duo est composé de V2M (Vincent de Mestral) et B00K (Adrien Bertrand), deux artistes bien connus des Lyonnais qui ont traîné dernièrement du côté de la Taverne Gutenberg, de la boutique Blitz ou du festival Graffik’Art. Le groupe de médias Vice proposera ainsi moult animations, trois soirs par semaine, de 18h à 1h. Les jeudis seront pilotés par Munchies, la chaîne food, les vendredis par No

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Insomniaque : trois plans pour nuits blanches

Clubbing | 15.05.16 > LA MAISON M SHEITAN BROTHERS La paire qui envoie du love reprend la main à la Maison M, pour l'un de leurs sets calorifères où (...)

Sébastien Broquet | Mardi 10 mai 2016

Insomniaque : trois plans pour nuits blanches

15.05.16 > LA MAISON M SHEITAN BROTHERS La paire qui envoie du love reprend la main à la Maison M, pour l'un de leurs sets calorifères où l'électronique se tapisse de sonorités plurielles venus d'Orient, du Brésil, du New York disco, d'Asie, du Maghreb : pas de frontières ni d'œillères, mais des pépites dont, c'est une nouveauté, des productions personnelles. Un premier maxi avec un remix du maloya Ici La Réunion de Mélanz Nasyons arrive bientôt, précédé en juin d'une mixtape à l'ancienne, en format K7. Collector. 15.05.16 > LE TERMINAL TUNNEL VISION En cette veille de jour férié, le Terminal acoquine ses deux phares nocturnes que sont Cytochrome, mené par l'activiste locale Diane (qui assure ce soir le warm-up) et Tunnel Vision, rendez-vous des puristes techno. Avec en point d'orgue une invitation

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Les soirées du 9 au 15 décembre

MUSIQUES | Trois RDV nocturnes à ne pas manquer cette semaine : la résidence CLFT au Transbordeur, Blawan au Kao et Selvagem au Sucre.

Benjamin Mialot | Mardi 8 décembre 2015

Les soirées du 9 au 15 décembre

11.12 CLFT invite... Étrange fin d'année que celle-ci, où le moindre beauzarteux sous ketamine se sent la hardiesse d'un William Wallace («Ils peuvent nous ôter la vie, mais ils ne nous ôteront jamais notre liberté de danser !»). On se rassure en se disant que certains n'ont pas attendu d'être terrorisés pour faire acte de résistance nocturne. Ainsi de CLFT, dont la résidence au Transbordeur fera une fois encore la part belle à la techno la plus fonctionnelle qui soit (au sens de fonction vitale), en la ténébreuse et métallique présence des Londoniens Fundamental Interaction et Ben Gibson.

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Drive-in au Transbo : des Blues au cœur

ECRANS | Les Summer Sessions du Transbordeur reprennent et avec elles la programmation de cinéma en plein air proposée par ZoneBis, vaillante organisatrice de (...)

Christophe Chabert | Mardi 23 juin 2015

Drive-in au Transbo : des Blues au cœur

Les Summer Sessions du Transbordeur reprennent et avec elles la programmation de cinéma en plein air proposée par ZoneBis, vaillante organisatrice de l’incontournable festival Hallucinations Collectives. Histoire de se démarquer d’autres rendez-vous du même type (dont L’Été en cinémascope, qui démarre aussi cette semaine sur la Place Ambroise Courtois), ZoneBis adapte à la sauce hexagonale la pratique très yankee du drivein : tandis que l’image défilera sur un écran géant, vous serez installés peinards dans votre bagnole, l’autoradio branché sur une fréquence qui diffusera le son du film. Au menu de ces deux séances exceptionnelles, d’abord le mythique Blues Brothers de John Landis (le 26 juin à partir de 19h), resté aussi célèbre pour son casting de stars de la musique black — Ray Charles, Aretha Franklin, Cab Calloway, James Brown — et pour les tubes qu’elles interprètent que pour le duo John Belushi / Dan Aykroyd, frères de sang et de son en mission pour le seigneur afin de monter un grand concert de blues caritatif. Pour ceux qui, en attendant la tombée de la nuit, voudraient se cultiver tout en sirotant leur bière, on conseille

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Jungle Brothers, les grands frères du hip-hop

MUSIQUES | ​Pionniers oubliés du jazz rap, les Jungle Brothers sont cette semaine en concert au Transbordeur. L'occasion de leur rendre une légitimité qu'ils ont eu la classe de ne jamais réclamer. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 21 avril 2015

Jungle Brothers, les grands frères du hip-hop

La troisième loi de Newton est très claire : toute action entraîne une réaction. Exemple. Le 8 août 1988, les Niggaz With Attitudes publient leur premier album, Straight Outta Compton, mètre-étalon du gansta rap et, on a tendance à l'oublier, aveuglé par le chrome des flingues et le rouge à lèvres pailleté des bitches, d'une forme d'expression belliciste de la fierté noire. Très exactement trois mois plus tard, à l'autre bout de la carte états-unienne, c'est au tour des Jungle Brothers de se faire un nom avec Straight Out the Jungle, qui posera lui les bases d'un hip-hop nettement plus fréquentable et, par extension, d'une revendication identitaire constructive. Serrer le poing ou tendre la main, à partir de là, il faudra choisir son camp, et ils seront aussi nombreux à venir grossir les rangs de chaque cause. Mais si tout le monde sait ce que le culte du bling doit à Dr. Dre, Ice Cube et consorts, rares sont ceux qui ont conscience de l'influence qu'exercent encore aujourd'hui Mike Gee, Afrikaa Baby Bam et DJ Sammy B. Dans la jungle, terrible jungle On ne se l'explique à vrai dire toujours pas. Batta

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Insomniaque - Soirées du 29 octobre à 4 novembre

MUSIQUES | Trois RDV nocturnes à ne pas manquer cette semaine : les Sheitan Brothers au Sonic, Joey Beltram au DV1 et Ben UFO au Sucre. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 28 octobre 2014

Insomniaque - Soirées du 29 octobre à 4 novembre

31.10 Death Disco vs Sheitan Brothers Farces et friandises, il va falloir une fois de plus choisir en ce 31 octobre plus chargé en soirées qu'un autel du Dia de Muertos en fanfreluches squelettiques. Pour les friandises, prière de sauter quelques lignes. Pour les farces, direction le Sonic, où se produiront les Sheitan Brothers, duo-parfois-trio versé autant dans l'art du lol que dans celui du disco. Les noctambules reconnaîtront derrière leurs détourages subtils des personnalités locales de l'électro – qui nourrissent le rêve de jouer au Paribar à Sao Paolo, repaire de leurs maîtres à penser Selvagem. This is Halloween, indeed. 31.10 I'm J

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Enemy

ECRANS | Tournée dans la foulée de "Prisoners" avec le même Jake Gyllenhaal, cette adaptation de José Saramago par Denis Villeneuve fascine et intrigue, même si sa mise en scène atmosphérique se confond avec une lenteur appuyée. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 15 juillet 2014

Enemy

Coïncidence des sorties : à quelques jours d’intervalle, deux films s’attaquent au thème du double. Celui de Richard Aoyade transpose Dostoievski dans un quotidien gris et bureaucratique ; Denis Villeneuve s’est lui inspiré de L’Autre comme moi de José Saramago pour prolonger sa collaboration avec Jake Gyllenhaal, entamée avec le brillant Prisoners. Villeneuve est peut-être encore plus abstrait qu'Aoyade dans son traitement d’une ville déshumanisée, réduite à une salle de fac et à quelques appartements anonymement coincés dans des barres d’immeuble rappelant la Défense filmée par Blier dans Buffet froid. Un monde glacial dans lequel Adam répète sans cesse la même routine : il donne un cours, rentre chez lui, reçoit un coup de fil de sa mère (Isabella Rossellini), puis sa copine lui rend visite (Mélanie Laurent), ils font l’amour, elle rentre chez elle et il finit sa nuit seul. Routine brisée après une discussion anodine avec un de ses collègues, qui le conduit à louer dans un vidéoclub une comédie «locale» où un homme lui ressemblant trait po

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Thor : le monde des ténèbres

ECRANS | Écrit n’importe comment et sans aucune ligne artistique, ce nouveau Thor est sans doute ce que les studios Marvel ont fait de pire. Mais est-ce vraiment du cinéma, ou seulement de la télévision sur grand écran ? Christophe Chabert

Christophe Chabert | Samedi 2 novembre 2013

Thor : le monde des ténèbres

Une intro pompée sur Le Seigneur des anneaux, du rétrofuturisme médiéval, de la comédie romantique, de la destruction massive, des monstres… Le brassage de ce nouveau Thor pourrait être qualifié de «pop» si on considérait qu’il y avait autre chose que des décideurs derrière. On préfèrera donc parler de pot-pourri marketing où une armée de scénaristes réunis en pool tentent de faire entrer des carrés dans des ronds avant qu’un cinéaste venu de la télé n’aille illustrer l’affaire à la va-comme-je-te-pousse — qui pourra par exemple expliquer cette succession de mises au point ratées, à moins que ce ne soit la post-production qui ait saccagé certains plans ? Il n’est pas compliqué de mettre en pièces ce blockbuster poussif et vain à côté duquel le premier volet signé Kenneth Brangah, pourtant très moyen, prend soudain une intégrité indéniable. Par exemple, son absence totale de ligne artistique, qui peut passer d’un combat titanesque platement mis en scène dans un champ banal et sans ligne de fuite à un univers entièrement numérique complètement baroque et sans horizon, de

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Prisoners

ECRANS | Deux enfants kidnappés, un père prêt à tout pour les retrouver, un suspect tout trouvé, un détective tatoué et solitaire : les ingrédients d’un film noir très noir sur la contagion du mal signé Denis Villeneuve qui, après "Incendies", réussit haut la main ses débuts aux États-Unis. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 2 octobre 2013

Prisoners

Qu’y a-t-il dans les caves des honnêtes gens ? Des cadavres, des enfants martyrisés, mais aussi de la paranoïa sécuritaire et de la mauvaise conscience qui peut, à tout moment, refaire surface et transformer une grise mais paisible bourgade en succursale de l’enfer. Le labyrinthe de Prisoners — figure que le film utilise comme un motif de l’intrigue mais aussi comme modèle de narration — est sans issue, et c’est ce qui impressionne en premier lieu : Denis Villeneuve, pour ses débuts aux États-Unis, ne fait aucune concession rassurante au spectateur. Aidé par un scénario remarquable, il plonge aux confins de la noirceur humaine pour montrer comment le mal se propage et finit par tout gangrener. C’est l’enlèvement de deux fillettes qui enclenche l’engrenage : le père de l’une d’entre elles — stupéfiant Hugh Jackman dans un de ses meilleurs rôles — se persuade que le coupable est un vieux garçon un peu attardé, malgré les dénégations du suspect et sa remise en liberté au terme de sa garde-à-vue. Il va donc le séquestrer et le torturer pour provoquer ses aveux. En parallèle, un flic désespérément solitaire et

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Gatsby le magnifique

ECRANS | Cinéaste de l’imagerie pop, Baz Luhrmann surprend agréablement en trouvant la puissance romanesque nécessaire pour transposer le Gatsby de Fitzgerald. Et trouve en Di Caprio un acteur à la hauteur du personnage. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 15 mai 2013

Gatsby le magnifique

Gatsby le magnifique version Baz Luhrmann ressemble, dans sa première heure, à ce que l’on pouvait en attendre. Ou presque. Le réalisateur de Moulin Rouge retrouve ce qui a fait sa marque  - c’est loin d’être un défaut en période de standardisation : promenade pop à l’intérieur d’une époque à coups de grands mouvements de caméra impossibles, anachronismes musicaux, jeu sur les surfaces et sur la profondeur faisant ressembler sa mise en scène à un livre pop up, et le film dans son entier à un carnaval pop. L’ajout de la 3D intensifie tous ses partis pris – comme si le cinéma de Luhrmann avait toujours désiré cet artifice, mais pouvait enfin en avoir la jouissance – et il serait facile de ne voir là qu’épate visuelle et pyrotechnie gratuite. Mais que raconte Gatsby le magnifique sinon l’histoire d’un homme qui use et abuse de cette pyrotechnie pour attirer l’attention d’une seule personne, et qui déploie un faste sans égal pour mieux disparaître, se fondre dans la masse et faire oublier qui il est vraiment. En cela, Luhrmann a sans doute trouvé un sujet idéal, et ce n’est pas un hasard s’i

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Un drôle de réveillon

SCENES | La nouvelle, datée du 29 novembre, est tombée comme un couperet : cette année, France 3 ne diffusera pas son traditionnel bêtisier. Il flotte depuis comme une odeur de fin de règne. Sauf chez ceux qui savent que, pour achever un cycle calendaire sur une bonne marrade, c’est au café-théâtre que ça se passe. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Samedi 15 décembre 2012

Un drôle de réveillon

On les aime bien, tous ces gens qui font tourner les cafés-théâtres du coin. Ne serait-ce que parce que leur travail contribue à améliorer les fonctions cognitives de ceux qui en bénéficient – pour nous qui passons la majeure partie de notre temps à nous écouter réfléchir, ce n’est pas négligeable. Mais s’ils pouvaient remettre leur agenda à zéro plus en douceur, ça nous arrangerait. Non parce que faire le tri dans une quarantaine de propositions artistiques, voilà un travail herculéen… Ca va que c’est peut-être la dernière fois que nous nous en acquittons, et qu’il nous donne l’occasion de vous redire tout le bien que l’on pense de Dans ta bulle, une pièce aussi drôle qu’émouvante et servie par trois acteurs parfaits, dont Léon Vitale, qui incarne tous les seconds rôles masculins de cette histoire – librement inspirée des BD de Domas – d’un garçon optimiste pensant que le sourire est une arme de séduction massive. Pour le meilleur et pour le rire Ce numéro se concluant par un portrait d’Alexandre Astier, poursuivons par une révérence aux

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Thor

ECRANS | De Kenneth Branagh (ÉU, 1h54) avec Chris Hemsworth, Natalie Portman…

Christophe Chabert | Mercredi 20 avril 2011

Thor

L’association Marvel / Kenneth Branagh avait de quoi faire ricaner sur le papier… Pourtant, le début de Thor donne tort aux rieurs tant on y trouve un souffle inattendu. Branagh filme ses Dieux avec sérieux et arrive à rendre l’environnement rétrofuturiste crédible, piochant du côté de la mythologie grecque et nordique mais aussi, bien sûr, de Shakespeare. Au bout de ces trente minutes pas mal du tout, Thor est déchu et envoyé sur Terre et là, le film amorce comme lui une irréversible dégringolade. Le choix du panel humain (des abrutis gonflés à la bière, des men in blacks rigides et une équipe de scientifiques) conduit soit à de la comédie style Les Visiteurs en Amérique, soit à des conflits dramatiques mous — le personnage faiblard de la chercheuse Natalie Portman est vite acquise à la cause de Thor. Quand les potes de Thor débarquent d’Asgard avec leurs costumes ridicules poursuivis par un robot géant, Branagh s’embourbe dans la série B et laisse sa mise en scène aller à vau-l’eau, se contentant de faire des cadres penchés. Même le climax final, dont l’enjeu est la destruction d’un pont arc-en-ciel, est assez maigre en matière de spectacle. Pas vraim

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Source code

ECRANS | De Duncan Jones (ÉU, 1h35) avec Jake Gyllenhaal, Michelle Monaghan…

Christophe Chabert | Mercredi 13 avril 2011

Source code

Moon avait montré que Duncan Jones savait construire de la science-fiction conceptuelle avec de petits moyens et de grandes ambitions. Source code, bien qu’étant une commande, semblait tailler pour ce cinéaste prometteur. Voyage dans le temps, réalités parallèles, répétition ad libitum d’une même situation modifiée par la conscience qu’en prend le héros : quelque part entre Un jour sans fin et Matrix, Source code a tout du film casse-tête écrit par un auteur malin. Pourtant, c’est bien le scénario, trop long dans sa partie présente, trop rapide dans sa partie passée, qui laisse un sentiment de frustration. Dès le deuxième voyage, Gyllenhaal est déjà passé de l’incompréhension à l’action, tandis que le mystère autour de ce qu’il est devenu dans la réalité n’abuse personne. La mise en scène se charge heureusement d’insuffler l’élégance qui rend le film plutôt plaisant à regarder, et ce presque jusqu’à la fin, puisque l’ultime twist ne vaut que pour la proximité cinéphile qu’il introduit avec un fameux film de Chris Marker. Christophe Chabert

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Black Swan

ECRANS | Une jeune danseuse introvertie cherche à se dépasser pour incarner le double rôle d’une nouvelle version du "Lac des cygnes". Sans jamais sortir d’un strict réalisme, Darren Aronofsky fait surgir le fantastique et le trouble sexuel dans un film impressionnant, prenant et intelligent. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 1 février 2011

Black Swan

Éternel espoir d’une prestigieuse troupe de ballet new-yorkaise, Nina est à deux pas d’obtenir le sésame qui fera décoller sa carrière : le premier rôle d’une nouvelle création du "Lac des Cygnes" montée par un énigmatique et ambigu chorégraphe français, Thomas. Elle réussit haut la main les auditions dans la peau du cygne blanc, mais sa puérilité et son manque d’érotisme laissent planer un doute sur sa capacité à incarner son envers démoniaque, le cygne noir. D’autant plus qu’une jeune recrue, Lily, paraît bien plus à l’aise qu’elle, libre dans son corps et assumant une sexualité agressive qui nourrit sa prestation. Nina est un personnage polanskien, cousin de celui de Deneuve dans "Répulsion", mais accomplissant un trajet inversé : plutôt que de choisir la claustration conduisant à une folie homicide et autodestructrice face à la «menace» du désir, Nina doit au contraire sortir d’elle-même et de l’appartement dans lequel elle vit avec une mère surprotectrice, danseuse ratée reportant sur sa progéniture ses ambitions avortées — là, on est plutôt du côté du "Carrie" de De Palma. Elle subira cette révélation du sexe comme une transformation monstrueuse, la poussant vers une forme

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Noël en Marx

ECRANS | Fin d’année sous le signe des Marx brothers à l’Institut Lumière, où comment une fratrie de comiques est passée de Broadway aux écrans d’Hollywood pour faire trembler (de rire) le cadre étriqué des comédies de l’époque. CC

Christophe Chabert | Jeudi 10 décembre 2009

Noël en Marx

La scène la plus célèbre de tous les films tournés par les Marx brothers se trouve dans "Une Nuit à l’opéra" (1935). Reprenant le décor de "Monnaie de singe" (1931) où ils jouaient les passagers clandestins sur le Transatlantique, les voilà à nouveau dans une cabine de bateau. Au fil de la séquence, plusieurs femmes de chambre, des mécaniciens, une manucure, quatre serveurs aux bras chargés rentrent dans cet espace confiné, que la mise en scène de Sam Wood prend soin de montrer frontalement pour mieux en souligner les limites. Finalement, ils seront treize dans cette «cabine des Marx brothers», selon l’expression désignant depuis une pièce noire de monde. Le génie de cette scène, outre son exploit quasi forain, c’est que les Marx ne sont pas vraiment affectés par cette surpopulation incontrôlée ; ils conservent la caractérisation inflexible qui a fait leur gloire. Groucho rivalise de bons mots cigare à la bouche («C’est moi ou ça commence à être bondé par ici ?»), Harpo dort à poings fermés dans toutes les positions, Chico fait l’aller-retour entre l’un et l’autre avec force apartés… Quant à Zeppo, le beau gosse qui ne servait à rien sinon à valoriser le reste de la bande, il vi

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Dance Machines

MUSIQUES | Repères / Avant les Klaxons, la dance music a plusieurs fois chatouillé le rock anglais. Souvent depuis la terre Sainte de Manchester. Exemples. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mercredi 7 mars 2007

Dance Machines

New Order Après Movement (1981) qui répand encore les cendres froides de l'ancien groupe des Mancuniens, Joy Division, New Order se tourne d'un coup vers la vogue de l'électro-pop, une musique glacée et sucrée qui fait frétiller à coups de synthés. La légende raconte qu'une erreur de branchement d'un synthétiseur produisit ce son saccadé caractéristique entendu pour la première fois sur le single Eveything's gone green puis sur le révolutionnaire Blue Monday (1983). Pendant plus de dix ans, New Order réussira l'exploit considérable de faire danser puristes new wave et lecteurs de Sylvia Plath. Avant un retour fracassant (et très rock) en 2001 via Get Ready. Happy Mondays Fin des années 80 : quand ils ne vendent pas toutes les drogues possibles dans les clubs de Manchester, les Happy Mondays occupent leur temps très libre à mélanger tous les morceaux entendus lors de leurs transactions nocturnes. Basse funky, chœurs gospels, guitares pop, voix branleuses, intenables rythmes house ou world, les Mondays se retrouvent aux commandes d'une des plus redoutables machines à groove de l'Histoire. Et passent en un temps record du statut de dealer à celui de leader (avec les Stone Roses

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Zodiac

ECRANS | Avec "Zodiac", qui retrace l'enquête pour démasquer, sans succès, un tueur en série mythique des années 70, David Fincher élargit l'horizon de son cinéma et signe un film dont la maîtrise souveraine cache des montagnes de doutes. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 30 mai 2007

Zodiac

La reprise des logos vintage de la Warner et de la Paramount en ouverture de Zodiac, plus trompe-l'œil que clin d'œil, réjouira le cinéphile. Elle évoque certes l'époque où se situe l'action du film (de 1969 à 1980), mais souligne surtout l'horizon référentiel sur lequel David Fincher compte déployer sa mise en scène : le cinéma des 70's, cet âge d'or que les grands artistes hollywoodiens (de Spielberg à Scorsese et Soderbergh, et même Lucas !), épuisés par les normes en vigueur dans les blockbusters actuels, ne cessent de célébrer. Si David Fincher est celui qui touche au plus près la vérité de ce cinéma-là par son absence de compromis et son désir de faire du divertissement adulte et intelligent, il propose à travers Zodiac un film très contemporain, rempli d'audaces narratives, visuelles et théoriques que son apparent classicisme ne fait que dissimuler. Preuves à l'appui Zodiac, c'est le nom que s'est donné un criminel qui commet, pendant plusieurs années, une série de crimes qu'il prend soin ensuite de commanditer à travers des lettres et des appels, à la presse ou à la police. Il ne sera jamais officiellement démasqué, et

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