Liberté

ECRANS | De Tony Gatlif (Fr, 1h51) avec Marc Lavoine, Marie-Josée Croze, James Thierrée…

Christophe Chabert | Mardi 16 février 2010

Photo : © Marina Obradovic


Étrange concours de circonstances : à quelques semaines d'intervalle sortent sur les écrans des films qui, frontalement ou de biais, évoquent les camps de la mort. Avant l'insupportable "La Rafle" et le chiantissime "L'Arbre et la forêt", en même temps que le Scorsese, voici Tony Gatlif filmant la déportation des tziganes par la France de Vichy. Un sujet idéal pour le cinéaste, qui n'a cessé d'évoquer la mémoire des Roms dans ses films précédents. Trop, sans doute… Car on ne retrouve que par instants la liberté qui faisait le prix des meilleurs Gatlif. Si la mise en scène évite la complaisance et affirme même une assez belle tenue formelle, c'est bien le scénario, déconcertant de linéarité, qui plombe le film. Le maire humaniste joué par Marc Lavoine ou l'institutrice résistante incarnée par Marie-Josée Croze, personnages certifiés conformes à la réalité, ressemblent à l'écran à de purs stéréotypes de fiction. Gatlif se rattrape quand il filme la communauté tzigane, apportant un humour bienvenu et une vie qui passe autant par la musique — une scène dit en cinq minutes tout ce que Joann Sfar essaie maladroitement de résumer dans son Gainsbourg — que par la prestation éblouissante de James Thierrée. On a déjà loué ici le petit-fils de Chaplin comme un immense animal de scène ; son aisance physique et sa capacité à jouer toutes les émotions sans prononcer un mot donnent en effet à "Liberté" ses moments de grâce, ceux où le cinéma prime sur le discours.

CC

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Eliott Jane, esprit libre

French Pop | Après avoir étrenné sa soif d'absolu en groupe et en envolées punk, la Lyonnaise Eliott Jane livre un premier EP solo, "Liberté chérie", entre variété pop et new-wave flashy. Où elle explore les chemins, souvent contrariés, qui mènent à la liberté. Celle d'être soi, quoi qu'il en coûte.

Stéphane Duchêne | Vendredi 19 février 2021

Eliott Jane, esprit libre

Liberté Chérie. Si l'on doit être un peu honnête, voilà un titre qui résonnerait presque de toute l'incongruité possible, tant on a fini par davantage la polir, notre liberté, que par la chérir. Pour pas dire qu'on la délaisse : on l'aime bien, hein, mais on l'a remisée, contraints-forcés, dans un coin de notre vie, juste à côté des envies de resto, des pogos baveux, des virées chez mamie avec un rhume et de phrases du genre « oh, ça va, tu peux boire dans mon verre, j'ai pas la gale ». En dépit du contexte, Eliott Jane, elle, n'en a cure, sa Liberté avec un grand Elle, la chanteuse continue de la chérir et au passage, s'il faut, elle vous emmerde. D'ailleurs son EP était sinon déjà en boîte — elle l'a enregistré pendant le confinement — du moins passablement sur le métier au moment où l'on a commencé il y a un an à faire l'expérience des apéros Zoom en pyjama et des séances de step sur la table basse. Il faut dire que ladite Liberté, la sienne, est un peu plus vaste que celle qu'on questionne depuis le début de ce paragraphe. Elle est chevillée au corps de la c

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Coursés par la méchante Stasi : "Le Vent de la liberté"

Thriller | De Michael Bully Herbig (All, 2h06) avec Friedrich Mücke, Karoline Schuch, David Kross…

Vincent Raymond | Mardi 9 avril 2019

Coursés par la méchante Stasi :

1979, Allemagne de l’Est. Les membres des familles Strelzyk et Wetzel décident de passer à l’Ouest par la voie des airs grâce à un aérostat artisanal. Leur première tentative ayant échoué, les autorités sont en alerte ; ils doivent donc redoubler de prudence et de vitesse… Il faudrait imaginer Dany Boon réalisant un film sérieux sur l’Armée des ombres pour comprendre en quoi la signature posée sur ce drame historique constitue une surprise. Jusqu’à présent en effet, Michael Bully Herbig régnait sur le box-office allemand grâce à des comédies parodiques germaniques, un genre aussi peu exportable que le surströmming suédois. En traitant cette histoire (vraie) — déjà adaptée à l’écran en 1982 par Delbert Mann — comme un thriller, en faisant de l’ado Strelzyk le héros et surtout en adoptant les bon vieux codes du classicisme à l’américaine, le comédien-réalisateur est sûr de gagner son billet pour l’international et, pourquoi pas, pour Hollywood. Or si la situation des Republikfüchtige et des Est-Allemands en général a longtemps indifféré le spectateur, peu

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Les femmes… et leurs amants marris : "À cause des filles…?"

Comédie | À la fois désuète et très contemporaine, cette imbrication de sketches parlant de l’éternel jeu de chat et chien que se jouent femmes et hommes signe le retour de Pascal Thomas dans son genre de prédilection : la comédie de mœurs chorale. Sous le satin, le papier de verre…

Vincent Raymond | Mardi 29 janvier 2019

Les femmes… et leurs amants marris :

Sortant de l’église où elle vient de convoler, une mariée voit avec stupeur son époux s’enfuir avec une autre femme. Lors de la noce qui s’ensuit, invités et témoins de ce coup de théâtre rivalisent d’anecdotes illustrant l’insondable versatilité de la vie conjugale… Les plus vénérables se souviendront de La Vie à deux (1958) un florilège d’histoires de couples glanées dans les œuvres de Guitry, dessinant une mosaïque du tandem conjugal à l’époque du vieux maître. Pascal Thomas nous offre une réactualisation de ce portrait de plus en plus abstrait, de sa touche alerte et fantaisiste. Défauts inclus : on ne le reprendra plus sur ses post-synchro hasardeuses qui, avec le temps, confinent à la marque de fabrique autant que ses distributions d’habitués (Christian Morin, Bernad Ménez, Victoria Lafaury) ou ses aphorismes. Celles qui nous ont bien eus Parmi cette collection de sketches, certains semblent adaptés de ces histoires insolites (et pourtant authentiques) jadis racontées par Pierre Bellemare — telle celle du cha

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Crédit révolver : "En liberté !"

Comédie | Pour compenser ses années de taule, un innocent commet des délits. Sans savoir qu’il est “couvert“ par une policière, veuve de celui qui l’avait incarcéré à tort, elle-même ignorant qu’un collègue amoureux la protège… Encore un adroit jeu d’équilibriste hilarant signé Salvadori.

Vincent Raymond | Mardi 30 octobre 2018

Crédit révolver :

Policière, Yvonne élève son fils dans la légende de son défunt époux Santi, flic héroïque mort en intervention. Découvrant fortuitement que celui-ci était un ripou de la pire espèce, elle entreprend de réhabiliter une de ses victimes, et cause son pesant de dommages collatéraux… Après une parenthèse semi-tendre célébrant les épousailles de la carpe et du lapin (Dans la cour, avec Deneuve et Kervern), Pierre Salvadori revient à ses fondamentaux : une comédie portée par des bras cassés, émaillée d’un franc burlesque et construite autour de mensonges plus ou moins véniels. Qu’ils proviennent de mythomanes pathologiques ou d’affabulateurs·trices d’occasion, qu’ils visent à duper ou à adoucir la vie de ceux qui en sont les destinataires, les gauchissements de la vérité constituent en effet la trame régulière du cinéma salvadorien. Ce qui change toutefois dans En liberté ! — et en juste écho avec le titre — c’est que le mensonge se trouve ici en constante réécriture. En impro(ré)visant la légende dorée de Santi qu’elle raconte chaque soir à son fils, Yvo

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Pierre Salvadori « c’est le film où Camille me complète et comprend le mieux mon univers »

En liberté ! | L’accord entre un cinéaste et son compositeur est la clef invisible de nombreuses réussites cinématographiques. Pierre Salvadori le confirme en évoquant sa collaboration harmonieuse avec Camille Bazbaz sur En Liberté ! Avec, en prime, un solo de Pio Marmaï…

Vincent Raymond | Mardi 30 octobre 2018

Pierre Salvadori « c’est le film où Camille me complète et comprend le mieux mon univers »

Ce n’est pas la première fois que vous travaillez avec Camille Bazbaz… Pierre Salvadori : C’est le quatrième film ensemble après Comme elle respire, Les Marchands de sable, Hors de prix… Pio Marmaï (surgissant) : Quelle fripouille celui-ci. J’adore ! Il a une identité musicale ce film, c’est un chef-d’œuvre — César ou je meurs ! T’imagines, le roublard ? Je veux voir son costume ! Vous l’auriez vu, à Cannes. On avait un look… PS : Moi je m’en fous de l’avoir, mais je prie pour que Camille retire un peu de gloire. Entre nous, c’est une vieille histoire. Comment vous êtes-vous rencontrés ? Par la musique, dans les années 1990. Dans le XVIIIe arrondissement, il y avait un endroit qui s’appelait l’Hôpital Éphémère, un squat, avec des peintres où il avait son studio de répétition. J’allais voir ses concerts, j’étais un peu fan. Quand j’ai appris qu’il adorait Les Apprentis, on s’est ren

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Sur le divan : "Love addict"

Flirt | de Frank Bellocq (Fr, 1h33) avec Kev Adams, Mélanie Bernier, Marc Lavoine...

Vincent Raymond | Mardi 17 avril 2018

Sur le divan :

Séducteur compulsif, Gabriel a perdu son dernier job à cause de son… inextinguible besoin de conquérir les femmes. Pour conserver son nouveau poste, il a recours aux services d’une psy reconvertie coach, Marie-Zoé. Leur animosité mutuelle ne cache-t-elle pas une vague attirance ? Et si le problème cardinal des films avec Kev Adams, c’était tout simplement Kev Adams ? Dans son genre, Love Addict n’est pas si mal : pour qui s’est infligé Gangsterdam ou Les Aventures d’Aladdin, c’en est presque miraculeux. Car il s’agit d’une variation ne disant pas son nom — se peut-il qu’elle s’ignore ? — et assagie du délirant What’s New Pussycat ? (1965) de Clive Donner. Jadis scénarisée par Woody Allen, cette comédie sur un impénitent collectionneur prend au passage une sale teinte ironique à présent que ce dernier est considéré comme un vieux satyre. Frank Bellocq n’est ni Donner ni Allen, mais il se tire plutôt bien de

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Graines d’Éluard : "Liberté 13 films-poèmes de Paul Éluard"

Animation | de 13 réalisateurs (Fr, 0h42) animation avec les voix de Isabelle Carré, Denis Podalydès, Christian Pfohl

Vincent Raymond | Mardi 6 mars 2018

Graines d’Éluard :

Ils sont 13 jeunes cinéastes achevant leur formation dans les plus prestigieuses écoles d’animation, et toutes et tous ont planché sur quelques vers de Paul Éluard (1895-1952), livrant leur vision originale de son univers poétique. En tout liberté, bien entendu. S’inscrivant dans la suite des programmes de courts-métrages dédiés à Prévert et Apollinaire, ce nouveau florilège de la série En sortant de l’école met en lumière l’œuvre d’un “apparenté surréaliste” dont la notoriété est souvent, hélas, réduite au seul — et incontournable — Liberté… Sa délicatesse, en amour comme en fantaisie, s’avère un combustible merveilleux pour de jeunes illustrateurs dont l’inspiration carbure à l’éclectisme. Et si le tableau final tient du coq-à-l’âne stylistique, des grandes lignes thématiques s’y répondent comme ce sentiment indicible qu’est l’attachement (moins grandiloquent que la passion et plus profond) ou la fascination pour la mer. On notera également quelques stupéfiantes réussites graphiques, tels Poisson de A

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Thierrée, l'infiltré

Théâtre des Célestins | Renouant avec l'évanescence de ses premiers spectacles après le très mécanique Tabac rouge, James Thierrée arrive en préambule du festival UtoPistes avec sa nouvelle création La Grenouille avait raison dans un théâtre des Célestins plus éclectique et attractif que jamais, comme en témoigne par ailleurs la venue du prodige polonais Grzegorz Jarzyna.

Nadja Pobel | Mardi 17 mai 2016

Thierrée, l'infiltré

À Genève, au Carouge où le mois dernier il a donné naissance à son sixième spectacle, La Grenouille avait raison, James Thierrée a retenu le souffle 1h20 durant des petits comme des grands. Personne ne caftait devant cette création qui rappelle à bien des égards, et ne serait-ce que par le titre, ses précédentes œuvres : La Symphonie du hanneton (l'harmonie est ici importante) ou La Veillée des abysses (nous sommes sous terre). Exit la démonstration de force dénuée d'émotion qu'était Tabac rouge. Retour aux fondamentaux. Et à l'animalité. James Thierrée a un talent assez unique pour faire naître des créatures rampantes, "nageantes" ou volantes. Toutes renvoient ce sentiment aussi dérangeant qu'intimidant et fascinant d'envahir l'espace, le nôtre — quand bien même cela se déroule sur scène. Il se joue là, plus encore qu'avec les personnages humanisés, une sorte d'intrusion et de dérèglement du monde. Quelque chose qui grince. Ici, apparaît aux trois quarts de la pièce une bestiole de grande taille avançant sur le sol et dont la carapace est faite d'assiettes métalliques qui juste auparavant étaient l'objet d'une séquence foutraque et

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Au nom de ma fille

ECRANS | de Vincent Garenq (Fr, 1h27) avec Daniel Auteuil, Sebastian Koch, Marie-Josée Croze…

Vincent Raymond | Mardi 15 mars 2016

Au nom de ma fille

À l’époque de Présumé coupable (2011), Vincent Garenq confessait avec l’aplomb d’un Cahuzac moyen ne pas connaître le cinéma d’André Cayatte, auquel son deuxième film (consacré à l’affaire d’Outreau) renvoyait immanquablement. Depuis, soit il a rattrapé un manque et succombé au charme suranné du spécialiste français des films “accusé-seul-contre-tous-levez-vous” avec questions de société intégrées, soit il a enfin décidé d’assumer l’héritage de son devancier. Ce qui implique de se ruer sur tous les faits divers montrant un innocent malmené par la Justice : ils sont susceptibles de se transmuter en scénario à procès ! Après Denis Robert et Clearstream pour L’Enquête (2015), place au combat d’André Bamberski, l’opiniâtre père qui lutta contre les chancelleries pour que l’assassin présumé de sa fille soit poursuivi, extradé, jugé et condamné en France pendant près de trente ans, et dut pour cela commanditer l’enlèvement du scélérat. Si le doute bénéficie en théorie à l’accusé, ici son ombre est inexistante : le méchant est méchant, Daniel Auteuil (en Bronson hexagonal) est gentil, et la réalisation, illustrative, sert de

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Chocolat

ECRANS | Avec quatre réalisations en dix ans — dont trois depuis juin 2011 — on va finir par oublier que Roschdy Zem a commencé comme comédien. Il aurait intérêt à ralentir la cadence : son parcours de cinéaste ressemble à une course forcenée vers une forme de reconnaissance faisant défaut à l’acteur…

Vincent Raymond | Mardi 2 février 2016

Chocolat

Rien de tel, pour un réalisateur désireux de s’assurer un consensus tranquille, qu’un bon vieux film-dossier des familles ou la biographie d’une victime de l’Histoire. Qu’importe le résultat artistique : il sera toujours considéré comme une entreprise morale nécessaire visant à rétablir une injustice et réduit à sa (bonne) intention de départ, si naïve qu’elle soit — on l’a vu il y a peu avec le documentaire mou du genou Demain de Cyril Dion & Mélanie Laurent, encensé pour les vérités premières qu’il énonce, malgré sa médiocrité formelle et sa construction scolaire. Chocolat est de ces hyper téléfilms néo-qualité française qui embaument la reconstitution académique et s’appuient sur une distribution comptant le ban et l’arrière-ban du cinéma, figée dans un jeu "concerné", dans l’attente de séquences tire-larmes. La bande originale de Gabriel Yared, étonnamment proche des mélodies de Georges Delerue — mais ce doit être un hasard, Yared étant plutôt connu pour ses “hommages” à John Williams — incitant fortement à l’usage du mouchoir. Un

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Every Thing Will Be Fine

ECRANS | À partir d’un matériau ouvertement intimiste et psychologique, Wim Wenders réaffirme la puissance de la mise en scène en le tournant en 3D, donnant à cette chronique d’un écrivain tourmenté des allures de prototype audacieux. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 21 avril 2015

Every Thing Will Be Fine

On le croyait engoncé dans sa stature d’icône has been, contrebalançant la médiocrité de ses films de fiction par des documentaires consacrés à des "stars" culturelles (Pina Bausch, Sebastiao Salgado)… Mais Wim Wenders a encore la gnaque, et c’est ce que prouve Every Thing Will Be Fine. Le réalisateur de Paris, Texas est allé dégotter le scénario d’un Norvégien, Bjorn Olaf Johannessen, l’a transposé dans une autre contrée enneigée mais anglophone, le Canada, l’a revêtu d’un casting international et sexy (James Franco, Charlotte Gainsbourg, Marie-Josée Croze, Rachel MacAdams) et, surtout, l’a réalisé en 3D. Mais pas pour lancer des objets à la figure du spectateur ; il aurait de toute façon eût du mal puisque l’histoire est du genre intimiste de chez intimiste. On y suit sur une douzaine d’années les vicissitudes d’un écrivain (Franco) en panne et en bisbille avec sa com

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Geronimo

ECRANS | De Tony Gatlif (Fr, 1h44) avec Céline Salette, Rachid Yous, David Murgia…

Christophe Chabert | Mardi 14 octobre 2014

Geronimo

Le début "kusturickien" de Geronimo, où l’éducatrice incarnée par la toujours géniale Céline Salette vient faire la leçon à des jeunes de banlieue turbulents, témoigne d’une jolie vivacité de la part de Tony Gatlif. Cette fraîcheur est toutefois de brève durée : plus qu’un banlieue-film revisité par ce spécialiste de la culture gitane, c’est un West Side Story d’aujourd’hui que raconte Gatlif, où deux bandes rivales, l’une turque, l’autre manouche, s’écharpent suite au mariage entre Nil et Lucky. Cela donne quelques séquences où l’affrontement est autant musical et chorégraphique que physique, mais la mise en scène peine à suivre cette énergie dégagée par ses protagonistes. La rigueur, c’est ce qui manque cruellement à Geronimo pour transformer en instants de cinéma ses intentions ; celles-ci sont pourtant intéressantes, notamment le travail sur les décors, mélangeant friches industrielles transformées en tags géants, nature sauvage et cités urbaines. Mais les personnages les traversent sans vraiment s’y fondre, comme si les mythologies éternelles — familles rivales, amour impossible, cœur pur sacrifié — peinaient à s’incarner dans ces corps fu

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Le Cœur des hommes 3

ECRANS | De Marc Esposito (Fr, 1h53) avec Marc Lavoine, Jean-Pierre Darroussin, Bernard Campan, Eric Elmosnino…

Christophe Chabert | Mercredi 16 octobre 2013

Le Cœur des hommes 3

Le deuxième volet était déjà atroce, mais ce troisième épisode le surclasse encore dans l’infamie. Le cœur des hommes, ici, c’est plutôt leurs «couilles», terme généreusement employé tout au long de dialogues d’une absolue vulgarité, à l’avenant de la beaufitude satisfaite de ses quatre personnages. Qui, non contents d’accueillir chaleureusement le spectateur par une charge anti-fonctionnaires sur l’air du "on les paie à rien foutre avec nos impôts", vont ensuite s’employer à démontrer, dans un chorus de phallocrates rigolards, que les femmes ne serviraient à rien s’il n’y avait pas les hommes pour donner un sens à leur vie. La preuve : quand elles font chier, la meilleure chose à faire est de les virer — du pieu ou de leur boulot — ou de leur donner une bonne petite leçon en allant voir ailleurs. Et, bien sûr, tout cela se conclut par un éloge du mariage… Décomplexé politiquement, Le Cœur des hommes 3 l’est aussi, et c’est bien le pire, vis-à-vis de la forme télévisuelle, qu’il repique sans aucune mauvaise conscience : ouvertures de séquences avec le même panoramique sur les toits de Paris, mise

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Indignados

ECRANS | De Tony Gatlif (Fr, 1h27) avec Mamebetty Honoré Diallo...

Jerôme Dittmar | Vendredi 2 mars 2012

Indignados

Son Stéphane Hessel brandi tel un nouveau Livre rouge, Tony Gatlif parcourt le monde dans l'espoir d'y retrouver la flamme révolutionnaire. En ressort Indignados, mélange d'images prises sur le vif et du faux parcours d'une immigrée clandestine africaine, témoin providentiel de la ferveur que l'auteur voudrait capter. Partant sur de mauvaises bases (un best seller sur les bons sentiments), Gatlif ne montre rien mais résume tout. Il trimballe sa caméra, extatique, s'engouffrant dans un mouvement contestaire éparpillé et fourre-tout qu'il rassemble sous la bannière de l'indigné. Ne quittant ainsi jamais cette vision franco-médiatique balourde, il fait cohabiter une farandole d'images supposées corroborer sa thèse critique sans jamais interroger la réalité qu'il prétend enregistrer. Le film pamphlétaire devient alors un sommet de raccourcis et de niaiserie où le ressentiment est converti en humanisme. Degré zéro du cinéma politique, Indignados est aussi vain qu'affligeant.Jérôme Dittmar

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Les Chemins de la liberté

ECRANS | On attendait beaucoup du retour de Peter Weir. Hélas, l’Australien s’est un peu égaré sur ces Chemins de la liberté. Jérôme Dittmar

Dorotée Aznar | Vendredi 21 janvier 2011

Les Chemins de la liberté

Avec "Master and Commander", Peter Weir renouait avec la splendeur oubliée du cinéma d’aventure. Majestueux, épique, iodé, intelligent, précis, ce grand film de flibustier au style vigoureux et réaliste noyait, un peu, les aléas de la carrière américaine du cinéaste. Sept ans plus tard, l’auteur de "Gallipoli" revient aux tourments de la guerre avec "Les Chemins de la liberté". Le film, inspiré d’un roman, a toutes les clés en main pour synthétiser sous une forme épurée le cinéma de Weir. Une période historique charnière : la Seconde Guerre mondiale. Un territoire vaste et riche d’enjeux politiques : l’Union Soviétique, depuis ses goulags staliniens jusqu’aux confins de ses pays satellites. Et des hommes dont la bravoure vaut comme une leçon de liberté : un groupe de prisonniers parcourent des milliers de kilomètres, de la Sibérie jusqu’à l’Inde, afin d’échapper aux communistes. Sauf que la promesse d’un grand survival en terrain hostile qui referait, à pied et avec pragmatisme, l’épreuve géographique du totalitarisme, a du mal à tenir sa feuille de route. Koh-Lanta Le cinéma de Weir s’est bâti sur la cohabitation entre un esp

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Un balcon sur la mer

ECRANS | De Nicole Garcia (Fr, 1h45) avec Jean Dujardin, Marie-Josée Croze…

Christophe Chabert | Lundi 13 décembre 2010

Un balcon sur la mer

Marc, agent immobilier à Aix, voit ressurgir dans sa vie la fille qu’il a aimée enfant dans les rus d’Oran, et avec elle le souvenir de la guerre d’Algérie. "Un balcon sur la mer", c’est un canevas parfait pour que Nicole Garcia déploie son habituel cinéma psychologique à la mise en scène guindée et surdramatisée. Cette fois, elle est allée chercher "Vertigo" à la rescousse, dont elle réagence tous les éléments (la brune / la blonde, le fantôme du souvenir et même le complot, la part la plus faible du film) sans faire surgir aucun mystère, aucun trouble, aucune passion. Seule satisfaction : dans ce cinéma où la légèreté est absolument interdite, Dujardin arrive toutefois à rapatrier un peu de sa sympathie naturelle, et à faire exister un personnage juste et touchant. CC

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La Nage du hanneton

SCENES | Le vent souffle sur les grandes tentures rafistolées qui entourent la scène. Les murs d'une cabane de métal brinquebalante s'écrasent dans un vacarme (...)

Nadja Pobel | Jeudi 10 septembre 2009

La Nage du hanneton

Le vent souffle sur les grandes tentures rafistolées qui entourent la scène. Les murs d'une cabane de métal brinquebalante s'écrasent dans un vacarme assourdissant, un son gronde à nos oreilles ; la menace est à venir. Mais à qui est confronté James Thierrée ? Lui-même. Seul en scène pour la première fois, il se démène face à son double caché dans une encablure de «porte» ou dans un miroir qui le colle de trop près. Face à cette hostilité imaginée, le comédien-musicien-acrobate-metteur en scène-magicien (il n'y a pas de mention inutile) marmonne à défaut de parler et se met en marche. Au sens propre. Il tente d'activer ses jambes parfois désobéissantes, cherche à contrôler leur rythme quand elle s'emballent dans un mouvement saccadé rappelant les films muets de son grand-père, Charlie Chaplin. Il essaye de s'imposer à lui-même, de se faire respecter, lui Raoul, roi sans lambris doré. Plus encore qu'aérien, James Thierrée se fait aquatique. Il croise des créatures marines stupéfiantes, fidèle au bestiaire fantasmagorique propre à ses précédentes créations élaborées avec sa Compagnie du Hanneton. Même la carcasse d'oiseau semble être un poisson des abysses passé au microscope. Con

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Je l’aimais

ECRANS | De Zabou Breitman (Fr, 1h52) avec Daniel Auteuil, Marie-Josée Croze…

Christophe Chabert | Jeudi 30 avril 2009

Je l’aimais

Qui l’eût cru ? Cette nouvelle adaptation d’Anna Gavalda fait passer la précédente (Ensemble c’est tout) pour un bon film… Ici, on sonde les abîmes, malgré les jolies volutes de la mise en scène qui ne distraient pas de l’insignifiance du propos. Il faut dire que Zabou Breitman aimerait transformer ce roman de gare (un homme entretient une longue liaison adultère sans jamais oser aller au bout de cet amour qui détruirait le confort de sa vie bourgeoise) en In the mood for love français. L’action se transporte d’ailleurs régulièrement à Hong-Kong, mais les dialogues lourdauds importés du bouquin font regretter les silences antonioniens de Wong Kar-Wai. En cours de route, on fantasme que tout ce petit monde soit anéanti par un serial killer en goguette, mais non : on couche ensemble, on se dit je t’aime, on se quitte, on se retrouve… Comme disait l’espion américain à OSS 117 : «You are so french !» Christophe Chabert

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Pour un instant, la liberté

ECRANS | D’Arash T. Riahi (Fr-Autriche, 1h53) avec Navid Akhavan, Pourya Mahyari…

Christophe Chabert | Mardi 20 janvier 2009

Pour un instant, la liberté

Coproduction internationale, Pour un instant, la liberté est en définitive un film iranien, au sens où son auteur et ses acteurs sont tous des déracinés ayant fui ce pays. C’est aussi l’histoire du film : comment une poignée de personnages de tous âges quittent, pour des raisons diverses ayant en commun une envie de liberté, un régime répressif. La surprise de ce beau film tient au souffle qui anime sa mise en scène : la première partie a un côté western moyen-oriental assez surprenant et très maîtrisé formellement. La suite se présente comme un film choral entre tragédie et comédie où les espoirs sont vite brisés par le cynisme des fonctionnaires et les conditions précaires de l’accueil des migrants. Si on se serait passé des relances scénaristiques du dernier tiers et d’une sous-intrigue peu crédible avec des agents iraniens infiltrés, Pour un instant, la liberté est très loin de l’auteurisme mondialisé qui forme l’ordinaire de ce type de films : on est ici face à du vrai cinéma, populaire et sincère. CC

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Deux jours à tuer

ECRANS | de Jean Becker (Fr, 1h25) avec Albert Dupontel, Marie-Josée Croze…

Christophe Chabert | Mardi 22 avril 2008

Deux jours à tuer

Deux jours à tuer est un document passionnant pour comprendre la psyché de son réalisateur, le controversé Jean Becker. Auteur de deux beaux films ces dernières années, Les Enfants du marais et Effroyables jardins, cet artisan modeste et parfois inspiré est aussi un auteur au pré carré exigu, qui quand il s’en écarte tombe carrément dans le ravin (rappelez-vous du très raté Un crime au paradis). Ainsi du début de Deux jours à tuer : le cadre travaillant dans la pub interprété par ce nouveau mercenaire du cinéma français qu’est Albert Dupontel, pète les plombs, quitte son job, dit ses quatre vérités à sa bourgeoise de femme (pauvre Marie-Josée Croze, on se demande ce qu’elle a fait pour mériter ça !) puis à ses hypocrites d’amis trop gauche caviar à son goût. Cette première partie, qui se voudrait féroce, sonne complètement faux — et pas seulement à cause d’un nombre impressionnant de faux raccords. La cruauté des dialogues et des situations est si forcée qu’on se demande quel chien enragé à mordu Jean Becker. La réponse vient ensuite : en fait, Becker est un vrai gentil (et donc, par extension, un faux méchant) ; son jeu de massacre cachait un secret inavouable (surtout par nous,

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Le Nouveau Protocole

ECRANS | de Thomas Vincent (Fr, 1h30) avec Clovis Cornillac, Marie-Josée Croze…

Dorotée Aznar | Mercredi 12 mars 2008

Le Nouveau Protocole

Déjà réalisateur d’un éprouvant Je suis un assassin il y a deux ans, Thomas Vincent poursuit dans le cinéma de genre avec ce thriller politique qu’on pourrait résumer par «Michael Clayon rencontre le Constant Gardener». Soit une fiction parano où un bûcheron découvre que son fils a peut-être été victime d’une expérimentation pharmaceutique qui a mal tourné. Le «peut-être» est important, car il résume l’ambiguïté voulue par Vincent et son co-scénariste Eric Besnard. Et là, catastrophe : c’est le personnage de passionaria altermondialiste incarnée par la pourtant géniale Marie-Josée Croze qui doit, par son jeu illuminé, faire passer la pilule. Mais ses dialogues sont si grotesques, les situations si mal tournées (la grande révélation explosive se fait au coin d’un zinc, en plein jour, au milieu des clients !) que le film s’effondre instantanément. Et la capacité de Cornillac à jouer les héros badass, certifiée, n’empêche pas Le Nouveau Protocole de virer au grand n’importe quoi, convoquant le fantôme d’Henri Verneuil pour mieux plomber la perspective d’un cinoche populaire et engagé made in France. Un authentique gâchis… CC

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Le Retour de Peter Pan

SCENES | Il a séduit les spectateurs avec ses deux premiers spectacles La Symphonie du hanneton et La Veillée des abysses, dans lesquels il présentait son univers onirique et enfantin. James Thiérrée débarque à Lyon avec sa nouvelle création, Au revoir Parapluie. Entretien. Propos recueillis par Dorotée Aznar

Dorotée Aznar | Mercredi 18 avril 2007

Le Retour de Peter Pan

Au revoir Parapluie, votre dernière création, est inspirée du mythe d'Orphée. Allez-vous raconter une histoire ?James Thiérrée : Je suis plus dans la divagation que dans la narration. Je pars d'un cadre et puis je prends beaucoup de libertés. Au revoir Parapluie ce n'est pas l'histoire d'Orphée, mais un voyage. Bien sûr il y a des liens : le personnage principal va aller chercher la femme qu'il aime, mais le but n'est pas de raconter une histoire. Ce spectacle est en continuité avec les deux précédents, j'y développe un langage et un univers très personnels, assez abstraits. Je me méfie beaucoup des spectacles purement visuels qui tentent de trouver une caution avec une narration plus ou moins bancale. Les arts du cirque sont largement représentés dans vos spectacles, quelle place accordez-vous à la danse ?Dans cette nouvelle création, j'ai donné une place beaucoup plus importante à la danse. Comme je ne suis spécialiste en rien, je suis attiré par toutes les formes artistiques et j'ai estimé que j'avais le droit de tout faire... Pour moi, la danse n'est pas classique ou contemporaine, c'est

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