L'Âge de raison

ECRANS | De Yann Samuell (Fr, 1h37) avec Sophie Marceau, Jonathan Zaccaï…

Christophe Chabert | Mercredi 7 juillet 2010

Après "Jeux d'enfants" et son remake hollywoodien inédit de "My Sassy girl", Yann Samuell revient en France, entre la Cité internationale à Lyon et Saoû dans la Drôme exactement, pour raconter l'histoire d'une business woman hyperactive qui reçoit les lettres qu'elle s'était écrite enfant et dans laquelle elle avait consigné ses rêves de petite fille. Qui, de la réalité libérale ou du conte de fée, triomphera ? La naïveté volontariste de Samuell ne laisse guère de doute sur la réponse, mais c'est surtout le cinéma qui sort perdant de l'affaire : très mal écrit et filmé comme une contrefaçon cheapos du style Jean-Pierre Jeunet, "L'Âge de raison" déroule son programme lénifiant entre embardées oniriques façon origami et comédie de l'époque déjà datée. Quant à Sophie Marceau, en plein trip, on a le sentiment de la voir refaire pendant une heure trente son discours cannois.
CC

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Tu veux ou tu veux pas

ECRANS | De Tonie Marshall (Fr, 1h28) avec Sophie Marceau, Patrick Bruel, André Wilms…

Christophe Chabert | Mardi 30 septembre 2014

Tu veux ou tu veux pas

Le pitch de Tu veux ou tu veux pas n’est, si l’on est honnête, pas plus stupide que ceux de la plupart des comédies américaines trash régulièrement louées dans nos colonnes : une nymphomane tente de faire craquer son nouveau patron, un ancien sex addict abstinent depuis un an. On doit même reconnaître à Tonie Marshall l’envie de donner à son film un rythme soutenu et une précision dans la gestion de ses effets comiques, situations comme dialogues. Un énorme handicap pèse cependant sur la mise en scène : Patrick Bruel. Il erre dans les plans en marmonnant son texte, ne punche jamais aucune de ses répliques et traîne son regard de poisson mort durant tout le film comme s’il se demandait s’il joue dans une comédie ou une tragédie. Il offre ainsi un boulevard à une Sophie Marceau épatante, et pas que par contraste, alliant naturel et folie délurée avec une décontraction irrésistible. Ce déséquilibre finit par avoir raison du film tout entier, lorsque se profile une hypocrite et rassurante résolution de comédie romantique lestée de quelques idées auteurisantes complètement hors de propos. Comme si Marshall voulait rappeler in extremis qu’ell

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Avignon - Jour 1 - Static or not static

SCENES | "Par les villages" et "Remote Avignon"

Nadja Pobel | Jeudi 11 juillet 2013

Avignon - Jour 1 - Static or not static

En sortant de la cour d'honneur du Palais des Papes, 4h30 apres y être entré, un soulagement a envahi l'ensemble des spectateurs restés jusqu'au bout du solo de Jeanne Balibar, crispant quand il était audible. Car en adaptant Par les villages, long poème dramatique de Peter Handke, Stanislas Nordey, artiste associé de l'édition 2013 du Festival d'Avignon, a aussi fait le choix de l'anti spectacle. Autant l'enchaînement de deux monologues dans Clôture de l'amour ne manquait pas de puissance, autant l'exercice produit ici une ambiance mortifère, les émotions restant enfouies sous des gravas de logorrhée. La faute à une absence de réelle mise en scène - les acteurs, ultra-statiques, se parlent à dix mètres les uns des autres sur un plateau dont l'immensité offrait pourtant des conditions de jeu inouïes. Balibar n'est jamais dans son rôle, hautaine et absente à la fois. À cour, Olivier Mellano assure lui un splendide début de spectacle, avant que sa partition se fasse de plus en plus menue - et c'est d'a

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Arrêtez-moi

ECRANS | De Jean-Paul Lilienfeld (Fr, 1h40) avec Sophie Marceau, Miou Miou...

Benjamin Mialot | Lundi 4 février 2013

Arrêtez-moi

Adaptation de l'indigeste et neuneu Jean Teulé par l'auteur de La Journée de la jupe, Arrêtez-moi orchestre la nuit exténuante d'une flic (Miou Miou) refusant de prendre la déposition d'une femme battue (Sophie Marceau) qui cherche à se faire condamner pour le meurtre de son mari, tué dix ans plus tôt. Fable faussement intelligente sur la culpabilité, le pardon, la justice ou plus généralement la morale et sa relativité, Arrêtez-moi est surtout d'une ringardise filmique aussi terrifiante que la bêtise dont il fait preuve. Décors théâtreux impossibles réchappés des années 80, dialogues chichiteux pavés de mots d'auteur balourds et injouables, acteurs hystériques en roue libre, ambiguïté inexistante ou toujours battue en brèche par la pire vision déterministe et sociale, tout frise ici le supplice permanent. Le sommet étant atteint par le gimmick visuel du film : la femme battue en vue subjective. Pire que tout, cette immersion de Gaspar Noé du pauvre donne la nausée. Jérôme Dittmar

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La Guerre des boutons

ECRANS | De Yann Samuell (Fr, 1h35) avec Éric Elmosnino, Mathilde Seigner…

Dorotée Aznar | Dimanche 11 septembre 2011

La Guerre des boutons

Avec cette première Guerre des boutons, la catastrophe attendue est au rendez-vous. Le film est impitoyablement dénué d’intérêt et même de savoir-faire : les enfants sont très mal dirigés, leurs dialogues incompréhensibles ou bêtement récités (pauvre Petit Gibus !), la réalisation multiplie les faux-raccords et les plans illisibles à force de caméra secouée, certains postes techniques semblent avoir été désertés en cours de route (exemple hilarant : la maquilleuse se contente de faire des genoux au mercurochrome, toujours de la même taille !). Même les comédiens adultes pataugent dans la semoule (Alain Chabat mauvais, impossible ? Ben si, ici…). Yann Samuell, crédité au scénario, confirme son incompétence totale après L’Âge de raison : il n’a aucune affinité avec ce qu’il filme, déclinant des plans sans âme et des péripéties laborieuses, et sa tentative pour mettre le récit en perspective historique est expédiée dans la confusion. La Guerre des boutons est un téléfilm à 13 millions d’euro, ni fait ni à faire, d’un ennui incommensurable, qui du coup laisse le champ libre à la version de Christophe Barratier la semaine prochaine. Christophe Chabert

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Si tu meurs, je te tue

ECRANS | D’Hiner Saleem (Fr, 1h30) avec Jonathan Zaccaï, Golshifteh Farahani…

Dorotée Aznar | Lundi 21 mars 2011

Si tu meurs, je te tue

Philippe, sympathique paumé, se lie d’amitié avec Avdal, Kurde de passage à Paris pour y traquer un criminel de guerre irakien. Manque de bol, son nouvel ami décède de façon pour le moins impromptue, et Philippe se retrouve avec son cadavre et sa famille sur le dos… Le caractère instable du premier acte nous fait redouter un film carte postale, une sorte de Paris je t’aime avec un tout petit peu plus de substance sociopolitique – une impression confirmée par les apparitions clin d’œil plus ou moins pertinentes de Jane Birkin et Maurice Bénichou. Mais avec une finesse appréciable, Saleem a la judicieuse idée de partager son film entre un aspect comique, figuré par la communauté kurde parisienne (autoproclamée «démocrate, progressiste, socialiste et patriote» à tout bout de champ !), et un côté tragique incarné par le père traditionnaliste d’Avdal. Avec comme enjeu central Siba, la fiancée endeuillée de ce dernier, qui trouvera dans ce drame l’occasion de s’émanciper. Certes, à force de courir plusieurs lièvres à la fois, le film s’égare souvent, écarte des pistes narratives jusqu’à les oublier, mais son équilibre maîtrisé dans l’énergie tragi-comique et sa lumineuse conclusion at

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Quartier lointain

ECRANS | De Sam Garbarski (Fr-All-Belg-Lux, 1h38) avec Pascal Greggory, Jonathan Zaccai, Alexandra Maria Lara…

Christophe Chabert | Mardi 16 novembre 2010

Quartier lointain

Tiré d’une chouette BD de Jiro Taniguchi, "Quartier lointain" fait d’emblée un discutable (et peu payant) choix d’adaptation : retranscrire l’atmosphère mélancolique de l’œuvre originale plutôt que de s’approprier son sujet par le récit et la mise en scène. Le visage fatigué et figé de Pascal Greggory, la musique planante de Air, la reconstitution ripolinée des années 60, les dialogues chuchotés sans passion : tout doit être passé au filtre d’une ambiance artificielle, d’une intention de cinéma plutôt que d’un vrai geste de cinéaste. Non seulement cela renforce les incohérences de la fiction (comment, en France, peut-on par le hasard d’une erreur de train, se retrouver à Nantua au lieu de rentrer à Paris ?), mais le film paraît dévitalisé, effectivement lointain. L’idée de départ était de recréer l’émotion de la BD ; à l’arrivée, rien de moins émouvant que le travail de Garbarski, illustratif et décoratif mais jamais vivant. CC

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Ne te retourne pas

ECRANS | De Marina De Van (Fr-Lux-Belg-It, 1h51) avec Sophie Marceau, Monica Bellucci…

Christophe Chabert | Mercredi 27 mai 2009

Ne te retourne pas

Marina De Van, ancienne scénariste de François Ozon, avait signé un premier film intrigant, bancal mais intéressant, Dans ma peau. Rien ne laissait donc penser que son deuxième long serait une telle catastrophe… C’est pourtant le cas ici : rien ne passe, ni l’idée de départ (une femme se transforme en une autre sans que cela provoque de réaction particulière dans sa famille), ni sa mise en équation scénaristique (retour à l’enfance et au trauma oublié), ni sa mise en scène (une suite d’effets balourds traités avec une esthétique outrageusement lisse et laide). Le pire étant le jeu des acteurs, qui semblent paumés dans une sitcom métaphysique, récitant leurs dialogues avec un manque de conviction sidérant. On n’est pas loin du nanar complet, et l’ambition de De Van (placer son film quelque part entre Nicolas Roeg et L’Échelle de Jacob) vire au pensum prétentieux à fort potentiel de ridicule. CC

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Élève libre

ECRANS | Cinéma / L’éducation scolaire et sexuelle d’un adolescent par un trio de quadras aux intentions opaques : signé Joachim Lafosse, le film le plus troublant et gonflé de ce début d’année. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 27 janvier 2009

Élève libre

Ça s’appelle un grand écart : après l’exaspérant Nue propriété, Joachim Lafosse crée la surprise avec Élève libre. En apparence pourtant, le cinéaste continue sur sa lancée : figure centrale d’adolescent paumé, absence de musique et goût du plan-séquence poussé à l’extrême. Mais là où Nue propriété tentait de dramatiser le vide et l’ennui, Élève libre est une œuvre basée sur un crescendo romanesque aussi discret qu’essentiel. Jonas loupe son année scolaire et échoue à intégrer le circuit du tennis pro. Si ses parents (séparés) n’ont pas l’air de s’émouvoir de son sort, trois quadragénaires (un couple et un homme seul) dont on ignorera jusqu’au bout comment ils sont entrés dans sa vie, pensent qu’il y a quelque chose à faire de Jonas. Pierre notamment (Jonathan Zaccaï, énorme) va lui donner des cours particuliers dans toutes les matières pour qu’il décroche une équivalence du BEPC. Diplôme de languesAu détour d’une des nombreuses conversations à table entre les quatre personnages, la parole glisse abruptement vers la vie sentimentale de Jonas. Il a une copine, aussi jeune et inexpérimentée que lui, et cette situation intéresse de près ses nouveaux am

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