Les Yeux de sa mère

ECRANS | De Thierry Klifa (Fr, 1h45) avec Catherine Deneuve, Nicolas Duvauchelle, Géraldine Pailhas…

Dorotée Aznar | Vendredi 18 mars 2011

Que Thierry Klifa, ex critique à Studio, aime le cinéma, on n'en doute pas. Mais sait-il faire des films ? Rien n'est moins sûr. Suivant un écrivain infiltré dans la vie d'une journaliste star et sa fille danseuse étoile ayant abandonné son fils à la naissance, Les Yeux de sa mère hésite entre mélo et thriller, sans trouver sa voie, ni même médiane. Il se cherche, courant derrière des personnages fiévreux, abimés, marqués par des histoires de famille que Klifa effleure, trop confiant dans un casting peu crédible. Film sans contours ni point névralgique, Les Yeux de sa mère erre en quête d'un sujet qui ne vient jamais. Le passé si omniprésent y sonne creux ; le voyeurisme médiatique est une fausse piste ; le rapport central à la mère se révèle une mauvaise copie d'Almodovar, cité sans arrêt mais jamais avoué : Klifa nie, préférant convoquer James Gray, qu'on cherche encore. Co-écrit par le prétentieux Christopher Thompson, Les Yeux de sa mère est aussi vain qu'ennuyeux.
JD

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Amour en eaux douces : "Une sirène à Paris"

Fantastique | Alors que son père va vendre la péniche familiale Flowerburger, historique siège d’un groupe d’embellisseurs de vie — les surprisiers — Gaspard, un musicien au cœur brisé, découvre Lula, jeune sirène échouée sur les rives de Seine. Pour la sauver, il l’emmène chez lui…

Vincent Raymond | Mardi 10 mars 2020

Amour en eaux douces :

S’il n’y avait les rêveurs pour le porter et lui donner de l’oxygène, le monde s’écroulerait, asphyxié. Mathias Malzieu en fait partie, qui déploie son imaginaire de chansons en livres et de livres en films, explorant des univers connexes à ceux de ses devanciers Tim Burton ou Jean-Pierre Jeunet. Comme dans La Mécanique du cœur ou Métamorphose en bord de ciel, le meneur de Dionysos ose ici un conte façon alchimie entre merveilleux et mélancolie avec des héros cabossés depuis l’enfance et des créatures surnaturelles. Avec ses décors baroques, sa musique faite maison, ses interprètes attachants (le couple Duvauchelle/Lima s’avère osmotique), Une sirène à Paris cherche à ranimer un certain esprit magique, que l’on peut apprécier comme une forme de nostalgie d’un paradis cinématographique perdu. Malgré tout, ce mixte d’ambition et de naïveté revendiquée manque, c’est triste à dire, de moyens à l’écran. Peut-être aurait-il fallu être étourdi par un surcroît de couleurs et de frénésie à la Baz Luhrmann pour que la féérie du projet soit plus

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Tout sur sa mère : "La Vérité"

Drame | Star de cinéma, Fabienne vient de publier ses mémoires titrées La Vérité et va entamer un nouveau tournage. Sa scénariste de fille Lumir, son époux et leur petite Charlotte, débarquent alors de New York. Leur séjour permettra de régler de vieilles querelles, mais aussi panser des plaies…

Vincent Raymond | Mardi 17 décembre 2019

Tout sur sa mère :

« On ne peut se fier à sa mémoire ». Aux allures de mantra, cette réplique est un peu la clef de La Vérité : on l’entend sortir de la bouche de Lumir (reprochant les arrangements de sa mère avec la vérité dans son livre), mais aussi de celle de la fantasque Fabienne, faisant remarquer en retour à sa fille que le point de vue d’une enfant est trompeur. Si l’actrice revendique dans sa vie comme son art le “mentir vrai“ d’Aragon, en assumant également une incorrigible mauvaise foi et ses caprices, elle sait — par le bénéfice de l’âge — que toute vérité est relative, subjective. Que la perfection qu’elle suppose est forcément impossible à atteindre. Et que l’écrit est un pis-aller au jeu, donc à la vie. Acteurs 1, scénaristes 0 ? Difficile de savoir qui aura le dernier mot ! Kore-eda accomplit ici une œuvre d’une vertigineuse adresse offrant bien des niveaux de lectures. Sans renoncer aux valeurs intrinsèques de son cinéma (ses “plans haïkus“ célébrant la saisonnalité et la nature ; la famille…), il témoigne d’une authentique compréhension et assimilation des codes

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Catherine Deneuve, Emmanuelle Bercot et le conflit

Entretien | Dans le film de Cédric Kahn, l’une est une mère fuyante, l’autre une fille hurlante. Pas étonnant qu’elles n’arrivent pas à communiquer. Mais ici, les deux comédiennes Catherine Deneuve et Emmanuelle Bercot dialoguent sans peine.

Vincent Raymond | Mardi 3 septembre 2019

Catherine Deneuve, Emmanuelle Bercot et le conflit

Emmanuelle, comment Cédric Kahn vous a-t-il présenté le rôle de Claire ? Emmanuelle Bercot : Cédric n’est pas quelqu’un qui présente les choses (sourire). En fait, j’ai lu et tout était clair. On n’a peut-être pas le même point de vue ni le même avis sur le personnage : peu importe. Il ne sait pas ce que j’ai dans la tête quand je joue, et je ne sais pas non plus ce qu’il a dans la sienne. Mais on réussit à se rejoindre par le travail sur le plateau. Catherine, qu’est-ce qui vous attendrit dans votre personnage ? Catherine Deneuve : Le fait qu’on sente que sa vie a été très portée par la famille. C’est une chose vraiment essentielle, je trouve ça assez touchant. On voit bien que la famille, c’est encombrant : il est difficile de garder ses membres, ou les maîtresses, ou les femmes. Mais c’est émouvant de consacrer sa vie à ça. Vous trouvez-vous des points communs avec elle ? CD : Je n’ai pas l’impression. En aviez-vous davantage avec les “mères“ que sont Claire Darling dans le film homonyme ou Junon dans Un Conte de Noël ? CD : Pour Claire Darlin

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Pièce rapportée : "Fête de famille" avec Catherine Deneuve

Drame | Un seul être revient… et tout est dévasté. Cédric Kahn convoque un petit théâtre tchekhovien pour pratiquer la psychanalyse explosive d’une famille aux placards emplis de squelettes bien vivants. Un drame ordinaire cruel servi par des interprètes virtuoses.

Vincent Raymond | Mardi 3 septembre 2019

Pièce rapportée :

Pour son anniversaire, Andréa a convié enfants et petits-enfants dans la maison familiale. Mais l’irruption de l’aînée, Claire, met au jour (et à vif) plaies et dettes du passé. Entre la bipolarité de la revenante, les coups de sang du cadet et l’aboulie des autres, la fête a du plomb dans l’aile… Si les questions de corps au sens large — cul, inceste, maladie, décès… — constituent les habituels carburants dramatiques des réunions de familles cinématographiques souvent crues et psychologiquement violentes (Festen, La Bûche, Un conte de Noël…), aucune d’entre elles ne surpasse le tabou suprême que constitue le fric. Fille d’Andréa née d’un précédent lit, Claire veut récupérer l’héritage de son père qu’elle a placé dans la maison de famille… où vivent sa mère, mais aussi sa fille, qu’elle a abandonnée pour mener son existence instable et qui la hait. Dette d’amour, dette d’argent, silences embarrassés… Dans cette maison trop grande, dont les recoins pénombraux disent les non-dits coupables, personne à l’exception du cadet n’ose s’opposer à la fille prodigue ni prendr

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André Téchiné : « entre la fidélité au réel et au cinéma, j’ai choisi le cinéma »

L’Adieu à la nuit | André Téchiné place sa huitième collaboration avec Catherine Deneuve sous un signe politique et cosmique avec "L’Adieu à la nuit". Où l’on apprend qu’il aime la fiction par-dessus tout…

Vincent Raymond | Jeudi 25 avril 2019

André Téchiné : « entre la fidélité au réel et au cinéma, j’ai choisi le cinéma »

Pourquoi avoir choisi d’aborder ce sujet ? André Téchiné : Comme toujours, c’est la conjonction de plusieurs choses. On part souvent d’un roman qu’on adapte à l’écran ; là j’avais envie d’une démarche inverse, de partir de tout le travail d’enregistrement, d’entretiens et de reportages fait par David Thomson sur tous ces jeunes qui s’engageaient pour la Syrie et sur ces repentis qui en revenaient. Comme c’était de la matière brute, vivante, et qu’il n’y avait pas de source policière ni judiciaire, j’ai eu envie de mettre ça en scène ; de donner des corps, des visages, des voix. Dans les dialogues du film, il y a beaucoup de greffes, d’injections qui viennent de la parole de ces jeunes radicalisés. Mais j’avais envie que ça devienne un objet de cinéma : la fiction, c’était pour moi le regard sur ces radicalisés de quelqu’un de ma génération et, par affinité, avec Catherine Deneuve — car j’ai fait plusieurs films avec elle — et parce qu’elle incarne un côté Marianne, français. Et puis je voulais que ce soit intergénérationnel.

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Muriel, ou le temps d’un départ : "L'Adieu à la nuit"

Le Film de la Semaine | Une grand-mère se démène pour empêcher son petit fils de partir en Syrie faire le djihad. André Téchiné se penche sur la question de la radicalisation hors des banlieues et livre avec son acuité coutumière un saisissant portrait d’une jeunesse contemporaine. Sobre et net.

Vincent Raymond | Mardi 23 avril 2019

Muriel, ou le temps d’un départ :

Printemps 2015. Dirigeant un centre équestre, Muriel se prépare à accueillir Alex, son petit-fils en partance pour Montréal. Mais ce dernier, qui s’est radicalisé au contact de son amie d’enfance Lila, a en réalité planifié de gagner la Syrie pour effectuer le djihad. Muriel s’en aperçoit et agit… Derrière une apparence de discontinuité, la filmographie d’André Téchiné affirme sa redoutable constance : si le contexte historique varie, il est souvent question d’un “moment“ de fracture sociétale, exacerbée par la situation personnelle de protagonistes eux-mêmes engagés dans une bascule intime — le plus souvent, les tourments du passage à l’âge adulte. Ce canevas est de nouveau opérant dans L’Adieu à la nuit, où des adolescents en fragilité sont les proies du fondamentalisme et deviennent les meilleurs relais des pires postures dogmatiques. Grand-mère la lutte Sans que jamais la ligne dramatique ne soit perturbée par le poids de la matière documentaire dont il s’inspire, L’Adieu à la nuit

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Claire obscure : "La Dernière Folie de Claire Darling"

Drame | De Julie Bertuccelli (Fr, 1h35) avec Catherine Deneuve, Chiara Mastroianni, Samir Guesmi…

Vincent Raymond | Mardi 5 février 2019

Claire obscure :

Passé et présent se mélangent dans l’esprit de la très chic Claire Darling. Pensant être au seuil de son ultime jour sur terre, la voici qui brade tous ses meubles et bibelots pour une bouchée de pain. Peut-être que sa fille, qu’elle n’a pas vue depuis des années, pourrait remédier à ce chaos ? À chacune de ses réalisations de fiction, Julie Bertuccelli nous prouve qu’elle est décidément plutôt une grande documentariste, surtout lorsqu’elle s’attache à son sujet de prédilection qu’est la transmission, lequel n’est jamais bien loin de la mémoire — son premier long de fiction, Depuis qu’Otar est parti… était d'ailleurs furieusement documentarisant. Racontant la confusion mentale et spatio-temporelle d’une femme visiblement atteinte d’un Alzheimer galopant, ce Claire Darling propose de mettre en résonance le bric-à-brac interne du personnage, le marché aux puces qu’elle organise avec la forme déstructurée du film — façon onirisme à la Resnais, avec échos répétitifs entre passé et présent. L’effet, systématique, se

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Deneuve s'aventure chez Kheiron : "Mauvaises herbes"

Comédie | de et avec Kheiron (Fr, 1h40) avec également Catherine Deneuve, André Dussollier…

Vincent Raymond | Mardi 20 novembre 2018

Deneuve s'aventure chez Kheiron :

Recueilli jadis par Monique, Waël est devenu dans la cité un prince de l’embrouille et de la tchatche, sans perdre son bon fond. Mais un jour, l’une de ses victimes, par ailleurs vieille connaissance de Monique, le recrute comme éducateur. Waël va faire des miracles… Cette deuxième réalisation de Kheiron entremêle deux récits aux styles très distincts : l’un censé retracer la petite enfance cahoteuse de Waël, jusqu’à son adoption puis son exil, possède des accents dramatiques et symboliques qui ne dépareraient pas la sélection d’un grand festival ; l’autre jouant sur la comédie urbaine, conjugue le tac-au-tac begaudeau-gastambidien du dialogue à une romance tendre pour cheveux gris. Un attelage dont le baroque rivalise avec celui de la distribution mais qui prouve sa validité par l’exemple : Deneuve en bonne sœur retraitée et délurée trouve là un de ses meilleurs emplois depuis fort longtemps, et forme avec Dussollier, merveilleux de bienveillance embarrassée, un couple convaincant. Quant à la troupe de jeunes pousses sur la mauv

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Chienne de guerre ! : "Le Collier rouge"

Pacifiste | de Jean Becker (Fr, 1h23) avec François Cluzet, Nicolas Duvauchelle, Sophie Verbeeck…

Vincent Raymond | Mardi 27 mars 2018

Chienne de guerre ! :

1919. L’officier Lantier doit instruire le dossier de Morlac, un héros de guerre accusé d’un mystérieux crime contre la Nation. Pendant qu’un chien aboie sans cesse hors de la caserne où le prévenu est retenu, Lantier cherche à comprendre et, pourquoi pas, à obtenir son élargissement… De Jean Becker, on espère encore la sécheresse et la sensualité d’un Été meurtrier ; hélas, depuis Les Enfants du marais, il semble préférer les crépuscules du passé ou d’un présent vitrifié. Parfois, cela donne des moments de grâce (le tendre La Tête en friche) ; parfois de fausses bonnes idées. Tel ce film-dossier montant tout une mayonnaise autour d’un acte que des yeux contemporains jugeront insignifiant de banalité. Car jamais il ne leur est permis d’épouser le regard de l’époque, ni de s’installer dans la mentalité d’alors. L’emboîtement des récits, la romance et la politique se marchent sur les pieds au point de se faire trébucher ; quant aux personnages, il n’ont pas le temps d’être incarnés dans leurs profondeurs

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Tant mieux… : "Tout nous sépare"

Polar | de Thierry Klifa (Fr, 1h38) avec Catherine Deneuve, Diane Kruger, Nekfeu…

Vincent Raymond | Mardi 7 novembre 2017

Tant mieux… :

Tout chez Thierry Klifa trahit le désir de faire des “coups” : confronter la briscarde Deneuve à l’apprenti comédien Nekfeu, faire que Nicolas Duvauchelle la rudoie salement ; donner à Diane Kruger un rôle de camée estropiée et meurtrière… Oh, il reconnaît bien volontiers avoir bâti en partie son scénario autour de l’image de la Reine Catherine empoignant un fusil de chasse à la manière de Clint Eastwood pour défendre son territoire, mais cette fugace séquence n’est pas de nature à bouleverser ni le cours du récit, ni l’Histoire du cinéma. Tout au long du film, la comédienne reste en effet fidèle à ce qu’elle a toujours incarné et représenté : une bourgeoise (ici cheffe d’entreprise) à la paupière distante et la diction précieuse, fumant du bout de ses ongles peints en rouge des cigarettes slim. La dimension tragique de ce polar pâtit en sus d’une séquence de meurtre terriblement maladroite, puisque l’emballement des personnages menant au geste fatal sonne faux. Si l’on a du mal à croire à la réalité de l’acte, la suite du drame nous indiffère.

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Sortie de piste pour Pixar : "Cars 3" de Brian Fee

Animation | de Brian Fee (É-U, 1h49) animation avec les voix (v.f.) de Guillaume Canet, Gilles Lellouche, Nicolas Duvauchelle…

Vincent Raymond | Mercredi 5 juillet 2017

Sortie de piste pour Pixar :

Flash McQueen se fait vieux : la nouvelle génération relègue sa génération aux stands, voire à la casse. Bien décidé à montrer qu’il en a encore sous le capot, l’ancien élève de Doc Hudson tente de remettre les gaz aidé par Cruz Ramirez — une coach qui aurait aimé être pilote… Oublié, le deuxième volet à base d’essence d’espionnage frelatée ; retour ici aux fondamentaux : la course, la gomme brûlée et la fascination puérile pour la vitesse — en se livrant à un peu de psychanalyse de comptoir, on tirerait sûrement des choses rigolotes de cette vénération pour les objets polis, aérodynamiques et écarlates majoritairement masculins. À l’instar d’un Rocky Balboa moyen, McQueen doit accepter son déclin et de transmettre le flambeau. Mais de continuer à en remontrer à une bleusaille arrogante. Cette leçon vaut bien un rodage, sans doute, mais elle n’ajoute rien à la gloire de Pixar, dont on espère avec Coco (en novembre sur les écrans) enfin un digne successeur au merveilleux Vice-Versa

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"Sage Femme" : critique et interview de Martin Provost

ECRANS | Sage-femme, Claire travaille dans une maternité qui va bientôt fermer. Sa vie se retrouve chamboulée par l’irruption de Béatrice, amante de son défunt père. (...)

Julien Homère | Mardi 21 mars 2017

Sage-femme, Claire travaille dans une maternité qui va bientôt fermer. Sa vie se retrouve chamboulée par l’irruption de Béatrice, amante de son défunt père. Passions, regrets et nostalgie vont s’inviter chez ces deux femmes que tout oppose. Étude sur l’acceptation du passé, cette petite histoire s’accompagne d’une mise en scène discrète, presque invisible de Martin Provost. Écrasé par deux actrices qu’il admire, le réalisateur limite la forme à une simple illustration. Seuls Quentin Dolmaire et Olivier Gourmet irradient leurs apparitions d’un charisme qui dénote avec l’ensemble. En dépit d’une première heure touchante, la simplicité recherchée donne un sentiment d’inabouti. Des images calmes, une musique calme et un scénario calme, achèvent de rendre le troisième acte maladroit, presque ennuyeux dans les adie

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Huit fois Deneuve à travers la publicité

Festival Lumière | Lumière 2016 : Huit fois Deneuve à travers la publicité La liste des rôles confiés à Catherine Deneuve durant le demi-siècle écoulé aurait de quoi donner le tournis : (...)

Vincent Raymond | Jeudi 6 octobre 2016

Huit fois Deneuve à travers la publicité

Lumière 2016 : Huit fois Deneuve à travers la publicité La liste des rôles confiés à Catherine Deneuve durant le demi-siècle écoulé aurait de quoi donner le tournis : Collégienne ou Grande Bourgeoise, Peau d'Âne ou Potiche, Belle de jour ou Reine blanche, la comédienne s'est illustrée avec bonheur dans tous les styles de personnages. Mais il lui est aussi arrivé de jouer à la marchande hors des plateaux cinématographiques, pour des écrans publicitaires, associant volontiers son image et sa notoriété à des marques représentant le prestige ou le luxe. Pourquoi la plus sélecte des actrices françaises a-t-elle consenti dès les années 1960 à devenir "ambassadrice", "égérie" ou "visage" de tel ou tel produit ? « Je ne prétends pas faire de la publicité pour une autre raison qu'un allégement des problèmes financiers », rapportait-elle sans ambages dans Les Inrockuptibles en 1997, ajoutant dansTélérama en 2000 que « faire des publicités, c'est le meilleur moyen d'éviter les compromis avec le cinéma, sans changer [sa] façon de vivre ». Une telle franchise méritait d'être saluée par une rétrospective quasi-intég

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Lumière 2016 : Catherine et compagnie

Festival Lumière 2016 | Si le Festival Lumière prend l’habitude de nimber sa soirée d’ouverture d’un épais mystère en dévoilant le plus tard possible le titre du film projeté devant le (...)

Vincent Raymond | Mardi 4 octobre 2016

Lumière 2016 : Catherine et compagnie

Si le Festival Lumière prend l’habitude de nimber sa soirée d’ouverture d’un épais mystère en dévoilant le plus tard possible le titre du film projeté devant le public surchauffé d’une Halle Tony-Garnier comble — en espérant qu’elle soit comblée —, il distille heureusement les noms des “passeurs” conviés à présenter chacune des séances. Parmi le beau monde espéré pour cette 8e édition, et en attendant la “Reine blanche” Catherine Deneuve lors du second week-end, notons les présences d’Emmanuelle Béart pour les 30 ans du diptyque Jean de Florette-Manon des sources (lundi 10 octobre à 20h, Pathé Bellecour), de la désormais pensionnaire du Français Dominique Blanc pour Lady Vengeance de Park Chan-wook (même jour, même lieu à 21h30), de l’immense Costa-Gavras pour notamment Un homme de trop (vendredi 14 à 14h45, La Fourmi & samedi 15 à 17h, Institut Lumière), du secret Philippe Garrel — incroyable ! — pour Le Vent de la nuit (samedi 15 à 14h30, CNP Bellecour), de la légendaire Anna Karina pour Alphaville de Godard (vendredi

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8e Festival Lumière : On en sait (beaucoup) plus

ECRANS | Le voile est à présent levé sur la programmation du prochain festival, qui aura pour invitée centrale et Prix Lumière Catherine Deneuve du 8 au 16 octobre prochains.

Vincent Raymond | Mercredi 7 septembre 2016

8e Festival Lumière : On en sait (beaucoup) plus

Outre les annonces déjà effectuées en juin dernier (voir notre article : Prix Lumière 2016 : Catherine Deneuve), quelques jolies surprises viendront réjouir les amateurs de belles bobines… L’hommage à la Reine Catherine, Buster Keaton, Marcel Carné, la rétrospective consacrée au femmes à Hollywood ou à la réalisatrice Dorothy Arzner, on savait déjà. Tout comme l’invitation à Walter Hill (yeah !) ou à Jean-Loup Dabadie et la Nuit Bande de potes destinée à dérider un fond de l’air morose. Ce dont on ne se doutait pas, c’est qu’il y aurait encore des programmes complets qui pointerait le bout de leur nez ! À commencer par une sélection concoctée par un ancien Prix Lumière, Quentin Tarantino, qui a eu l’idée très habile de choisir des films portant le millésime 1970 — les associant pour certains en “double bill“ : Love Story, Deep End, L’Oiseau au plumage de cristal, La Dame dans l’auto avec des l

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Prix Lumière 2016 : Catherine Deneuve

Festival Lumière | Pour la première fois de sa jeune histoire, le Festival Lumière (étendu à neuf jours, du 8 au 16 octobre prochain) couronnera une reine, Catherine Deneuve.

Vincent Raymond | Lundi 20 juin 2016

Prix Lumière 2016 : Catherine Deneuve

Le voile a été levé sur les grandes lignes de la 8e édition du Festival Lumière et sur son invitée principale, la comédienne française Catherine Deneuve, qui se verra remettre le précieux Prix le 14 octobre prochain à la Salle 3000. Elle sera la seule des récipiendaires du Prix Lumière à n’avoir jamais réalisé de film. Mais faire figure d’exception n’aura rien pour lui déplaire : depuis plus d’un demi-siècle qu’elle trône au zénith du 7e art, l’actrice aux deux Césars a toujours cultivé son indépendance d’esprit — un sorte de chic bourgeois parfaitement libertaire qui la rend si fascinante. Égérie de Truffaut, après avoir été muse de Demy et de Polanski, inspiratrice absolue de Téchiné, sa filmographie est un paysage renversant d’intelligence et de continuité, allant de Buñuel et Chabrol à Bercot, en passant par Desplechin, Lars von Trier, Ozon et Cavalier. Sections spéciales Impossible pour le moment de connaître ni le nombre, ni les titres des films présentés (encore moins celui d’ouverture ; alors celui de clôture…). En revanche, les grandes rétrospectives ont été révélées. Poursuivant le travail accompli autour

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Louis-Ferdinand Céline

ECRANS | Bourdieu intègre un nouveau spécimen de monstre dans sa galerie déjà pourtant très étoffée : rien moins que le plus urticant des sulfureux écrivains français. Et c’est le prodigieux Denis Lavant qui endosse sa funeste peau.

Vincent Raymond | Mardi 8 mars 2016

Louis-Ferdinand Céline

Ne comptez pas sur Emmanuel Bourdieu pour se faire l’écho docile de la doxa, et vanter les hautes sphères intellectuelles ou leurs mandarins ! Avant même d’être cinéaste, lorsqu’il œuvrait comme scénariste — Comment je me suis disputé… (1996) de Desplechin —, c’est l’instabilité intime de ces élites, leur désordre structurel et leurs bassesses occasionnelles qu’il mettait au jour. Des traits de caractère à nouveau scrutés dans son moyen-métrage Candidature (2001). Une plongée ironique dans le marigot sordide des recrutements universitaires, montrant qu’un degré élevé d’éducation n’empêchait pas un être humain de succomber à ses instincts primaires, de se livrer à des actes d’une prodigieuse médiocrité — voire à des monstruosités. Or le monstre, l’individu divergeant de la norme, fascine Bourdieu : n’a-t-il pas consacré à son comédien fétiche Denis Podalydès le documentaire Les Trois Théâtres (2001), suivant ce “monstre” de la scène, engagé par le Français sur trois productions simultanées ? Le docteur abuse Avec Céline, l’exception a un visage bien moins humain. S’intéresser à son cas relève de la transgression ordinai

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Le Tout Nouveau Testament

ECRANS | La vérité fait parfois mal à entendre : Dieu est misanthrope, sadique et résident bruxellois. S’épanouissant dans la création de catastrophes, ce pervers se (...)

Vincent Raymond | Mardi 1 septembre 2015

Le Tout Nouveau Testament

La vérité fait parfois mal à entendre : Dieu est misanthrope, sadique et résident bruxellois. S’épanouissant dans la création de catastrophes, ce pervers se double d’un tyran domestique séquestrant son épouse et sa fille de dix ans, Éa. Celle-ci, qui en a plein le Graal de ce monstre gorgé de bière, décide de suivre l’exemple de son aîné barbu, J.-C. Elle s’évade donc afin d’enrôler des apôtres et d’écrire son propre Nouveau Testament. Non sans avoir mis le bazar dans l’ordinateur paternel, en révélant à toute l’humanité l’heure de sa mort. Une plaisanterie qui lui vaut d’avoir un Dieu le père furibard (et en sandales) à ses trousses… Ténue, la filmographie de Jaco van Dormael ne compte que trois longs métrages depuis Toto le héros (1991), où s’affirmaient déjà pleinement son style comme ses influences. L’homme ayant biberonné au surréalisme belge — mâtiné de burlesque et d’onirisme nébuleux — son œuvre en est traversée, parfois illuminée : ici, la farce iconoclaste (un Dieu façon Gros Dégueulasse de Reiser) peut côtoyer le sublime éthéré ou le franchement potache lorsqu’il s’agit d’illustrer des métaphores. Affectionnant la forme du conte porté par u

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Le Combat ordinaire

ECRANS | De Laurent Tuel (Fr, 1h40) avec Nicolas Duvauchelle, Maud Wyler…

Christophe Chabert | Samedi 18 juillet 2015

Le Combat ordinaire

Extraire la bande dessinée de sa gangue d’imaginaire pour la ramener sur le territoire de la chronique réaliste : c’est dans le fond le principe de ce qu’on appelle le "roman graphique". Manu Larcenet avec Le Combat ordinaire, récit des conflits qui émaillent la vie d’un trentenaire sujet aux crises d’angoisse et à la disparition annoncée de son père, en a livré un exemple convaincant. Le problème, c’est que cette matière-là, originale dans le cadre de la BD, est totalement éculée en ce qui concerne le cinéma (français), et cette adaptation signée Laurent Tuel en fait la cruelle démonstration. Car rien de plus attendu que ces scènes de la vie quotidienne faites d’atermoiements — dois-je m’installer avec ma copine ? Avoir un enfant ? Renoncer à ma vie parisienne pour me ressourcer à la campagne ? — et de plaisirs minuscules, d’angoisses et de regrets… Surtout quand Tuel les filme avec une caméra à l’épaule lourde et envahissante — aucune grâce dans les déplacements et tremblements du caméraman — et qu’il confie à Nicolas Duvauchelle, dont le jeu inarticulé et l’inexpressivité deviennent franchement pénibles, le soin de les incarner. Face à lui, Maud Wyler n’a a

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La Tête haute

ECRANS | Portrait d’un adolescent en rupture totale avec la société que des âmes attentionnées tentent de remettre dans le droit chemin, le nouveau film d’Emmanuelle Bercot est une œuvre coup de poing sous tension constante, qui multiplie les points de vue et marie avec grâce réalisme et romanesque. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 12 mai 2015

La Tête haute

Malony est sans doute né sous une mauvaise étoile. Cela veut dire qu’en fait il y en a un, de doute, et Emmanuelle Bercot, c’est tout à son honneur, ne cherchera jamais à le dissiper. Il n’a que six ans et le voilà déjà dans le bureau d’une juge pour enfants — lumineuse et passionnée Catherine Deneuve — qui sermonne une mère irresponsable — Sara Forestier, dont la performance archi crédible ne tient pas qu’à ses fausses dents pourries — prête à se débarrasser de cet enfant au visage angélique mais dont elle dit qu’il n’est qu’un petit diable. C’est la première séquence de La Tête haute, et elle donne le "la" du métrage tout entier : on devine que cette famille est socialement maudite, bouffée par la précarité, la violence et l’instabilité. Mais Bercot ne nous donnera jamais ce contrechamp potentiellement rassurant : jusqu’à quel point Malony est seul responsable de son sort, pris entre haine de soi et rancune envers les autres, attendant qu’on le prenne en charge tout en rejetant les mains qu’on lui tend ? Cette scène d’ouverture est aussi emblématique de la mise en scène adoptée par Bercot : la parole y est puissante, tendue, explosive. Elle repose

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Le Dos rouge

ECRANS | D’Antoine Barraud (Fr, 2h07) avec Bertrand Bonello, Jeanne Balibar, Géraldine Pailhas, Joana Preis…

Christophe Chabert | Mardi 21 avril 2015

Le Dos rouge

Dans Le Dos rouge, Bertrand Bonello est Bertrand, cinéaste en quête d’inspiration pour un nouveau projet autour de l’idée de "monstruosité". Mais dans cette autofiction, les choses ne sont pas si simples : lorsque Bonello va présenter un de ses films à la Cinémathèque, c’est en fait un de ses scénarios non tournés — un remake de Vertigo du point de vue de Madeleine — qui est projeté ; et si certains acteurs jouent leur propre rôle (Pascal Greggory, Isild Le Besco), d’autres incarnent des personnages (notamment celui de Célia, tenu alternativement par une Jeanne Balibar en pleine autoparodie et par Géraldine Pailhas). Autant dire qu’aborder le film d’Antoine Barraud sans un certain nombre de clés rend sa vision pour le moins difficile, surtout qu’on ne sait jamais vraiment si le cinéaste prend au sérieux certains dialogues ridiculement pédants ou des séquences à la limite du grotesque — la chanson au téléphone, digne d’un Christophe Honoré, ou les conversations avec un Nicolas Maury pathétique d’absence à l’écran. Pourtant, comme dans son précédent Les Gouffres, Barraud a un sens réel de l’étrangeté, une envie de tordre ses images po

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Quand Rappeneau nous mène en château...

ECRANS | La Ciné-collection du GRAC aura fait un sans faute depuis la rentrée. Son film de décembre, La Vie de château, est une sorte d’apothéose joyeuse, ce bijou de (...)

Christophe Chabert | Mardi 2 décembre 2014

Quand Rappeneau nous mène en château...

La Ciné-collection du GRAC aura fait un sans faute depuis la rentrée. Son film de décembre, La Vie de château, est une sorte d’apothéose joyeuse, ce bijou de comédie tourné en 1965 par Jean-Paul Rappeneau venant opportunément flanquer la honte à toutes les comédies françaises qui s’échouent telles des baleines ivres sur les écrans hivernaux. Il faut dire que Rappeneau avait su bien s’entourer : le grand (et récemment disparu) Daniel Boulanger aux dialogues, deux script doctors de luxe (Alain Cavalier et Claude Sautet, rien que ça) et des comédiens à l’énergie juvénile irrésistible : Catherine Deneuve, véritable stradivarius entre les mains du réalisateur, et Philippe Noiret, parfait de flegme bougon. La force de ce vaudeville qui en dépoussière violemment la tradition, c’est de prendre pour cadre une époque qui ne prête pas à la poilade : 1944 et le débarquement sur les plages normandes. Mais l’action est vue entièrement depuis un château bourgeois en Normandie où un couple trompe son ennui en attendant, probablement, de se tromper l’un l’autre. Lui aime son confort campagnard, elle ne rêve que de "monter" à Paris. Et tandis qu’il fait contre mauvaise f

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Maintenant ou jamais

ECRANS | De Serge Frydman (Fr, 1h35) avec Leïla Bekhti, Nicolas Duvauchelle, Arthur Dupont…

Christophe Chabert | Mardi 2 septembre 2014

Maintenant ou jamais

Charles et Juliette rêvent de s’installer avec leurs enfants dans une maison à la campagne, loin des appartements parisiens étriqués. Alors que le chantier démarre, Charles est licencié par la banque qui l’employait ; et, un soir, Juliette se fait voler son sac par un inconnu. Plutôt que de le dénoncer à la police, elle finit par proposer à ce petit voleur sans envergure un deal : organiser le braquage de la banque sus-citée. Maintenant ou jamais commence donc comme Une vie meilleure (déjà avec Leïla Bekhti) et se poursuit à la façon de Sur mes lèvres, avec une femme qui révèle une nature héroïque au contact du crime. L’addition mécanique de deux bons films n’accouche pas forcément d’une merveille, et Serge Frydman a bien du mal à camoufler les invraisemblances de son scénario. Le coup de force initial — le basculement de Juliette et son plan parfaitement orchestré qui surgit tel le lapin du chapeau —pèse lourd sur les péripéties à venir — dont une obscure visite à des malfrats belges trafiquants sur les champs de course ; quant aux at

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Dans la cour

ECRANS | Rencontre dans une cour d’immeuble entre un gardien dépressif et une retraitée persuadée que le bâtiment va s’effondrer : entre comédie de l’anxiété contemporaine et drame de la vie domestique, Pierre Salvadori parvient à un équilibre miraculeux et émouvant. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 22 avril 2014

Dans la cour

En pleine tournée et avant même le début du concert, Antoine décide de ne plus chanter dans son groupe de rock. Plus la force, plus le moral. Après un rapide passage par Pôle Emploi, il est engagé comme gardien d’immeuble par Mathilde, nouvellement retraitée. Quelques jours plus tard, Mathilde découvre une fissure dans le mur de son appartement, et cette lézarde va devenir une obsession ; la voilà persuadée que c’est tout l’immeuble qui menace de s’effondrer. Pendant ce temps, Antoine doit faire face aux doléances des autres voisins, dont un architecte à fleur de peau et un marginal trafiquant de vélos. Le dernier film de Pierre Salvadori rompt ainsi avec les tentatives lubitschiennes de Hors de prix et De vrais mensonges pour revenir à ses premières amours : la comédie douce-amère en forme de chronique du temps présent et, surtout, du temps qui passe. Antoine est à bout de souffle social et sentimental, Mathilde en fin de partie existentielle ; ces deux solitaires très entourés vont se prendre d’affection l’un pour l’autre, tentant de comble

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Elle s’en va

ECRANS | D’Emmanuelle Bercot (Fr, 1h50) avec Catherine Deneuve, Camille…

Christophe Chabert | Jeudi 12 septembre 2013

Elle s’en va

Catherine Deneuve en patronne de restaurant avec une mère intrusive et une fille irresponsable, qui pète gentiment une durite et décide de prendre sa bagnole pour partir à l’aventure sur les routes de France, voilà qui sent le clin d’œil amusé autour de la star à contre-emploi. Qu’Ozon soit passé par là auparavant importe peu, car c’est ailleurs que se joue l’échec du nouveau film de Bercot : dans son regard très Marie-Chantal sur la province française, alors qu’on la sent vouloir s’inscrire dans le sillage d’un Depardon. Il faut tout de même débarquer de Mars (ou de Paris) pour s’étonner d’y trouver des vieillards qui roulent leur cigarette en tremblant, des beaufs qui draguent tout ce qui passe dans des boîtes de nuit et des réunions d’anciennes miss au Casino L’Impérial d’Annecy. Le road movie autorise certes toutes les déviations, mais là, c’est plutôt le fossé du ridicule que le film se prend régulièrement. Quand Bercot injecte un peu de tenue romanesque dans l’errance, via l’apparition du petit-fils, cela ne s’arrange pas vraiment, avec un sentimentalisme dégoulinant qu’on ne lui connaissai

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Jeune & jolie

ECRANS | Avec ce portrait d’une adolescente qui découvre le désir et brave les interdits, François Ozon prouve sa maîtrise actuelle de la mise en scène, mais ne parvient jamais à dépasser le regard moralisateur qu’il porte sur son héroïne. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 10 juillet 2013

Jeune & jolie

Jeune & jolie : un titre qui est autant une référence au magazine pour adolescentes qu’une mise au point de la part de François Ozon. Il ferme ainsi sa longue parenthèse d’actrices vieillissantes et revient à la jeunesse érotisée de ses premières œuvres, courtes ou longues. L’introduction tient lieu d’énorme clin d’œil : sur une plage déserte, Isabelle, seize ans — prometteuse Marine Vacth, sorte de Lætitia Casta en moins voluptueuse — retire le haut de son maillot de bain, se pensant à l’abri des regards. En fait, la scène est vue depuis les jumelles de son petit frère et en deux plans, trois mouvements,  Ozon s’offre un digest de son premier âge de cinéaste : la plage comme lieu de fantasmes, ses alentours comme repaire des désirs troubles. Clin d’œil donc, mais trompe-l’œil aussi : ce voyeurisme-là n’est qu’une fausse piste et même si par la suite tous les regards se tourneront vers Isabelle pour percer son inexpliquée conversion à la prostitution, Ozon ne cherche jamais à créer de suspens malsain autour de ses activités : au contraire, c’est l’évidence

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Pour une femme

ECRANS | De Diane Kurys (Fr, 1h50) avec Benoît Magimel, Mélanie Thierry, Nicolas Duvauchelle…

Christophe Chabert | Mardi 25 juin 2013

Pour une femme

Ouvertement — et lourdement — autobiographique, Pour une femme est pour Diane Kurys l’occasion de creuser un peu plus ses racines familiales, déjà abordées dans Coup de foudre et Diabolo Menthe — ses deux premiers et meilleurs films. Force est de constater qu’entre-temps — trente ans — son cinéma s’est englué dans un académisme télévisuel à base de reconstitution proprette et partant jamais crédible, de dialogues sur-écrits placés tels quels dans la bouche des acteurs, et de clichés à l’eau de rose ou plutôt au parfum éventé qui donne son titre au film. L’ennui gagne très vite face à ce ménage à trois sur fond de communisme après-guerre, d’envoyés de Moscou chargés de traquer et liquider les dignitaires nazis préparant leur exil, et de réussite sociale dans le prêt-à-porter. Les allers-retours entre le présent, où une Sylvie Testud tapote le scénario dans des chambres d’hôtel lyonnaises sur son Mac antique et rend visite à un Magimel outrageusement grimé, et le passé, mélodrame sans fougue et sans chair où deux frères convoitent la même femme, participent de la paresse dramaturgique ambi

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Astérix et Obélix : au service de sa Majesté

ECRANS | Passant après le calamiteux épisode Langmann, Laurent Tirard redonne un peu de lustre à une franchise inégale en misant sur un scénario solide et un casting soigné. Mais la direction artistique (affreuse) et la mise en scène (bancale) prouvent que le blockbuster à la française se cherche encore un modèle. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 11 octobre 2012

Astérix et Obélix : au service de sa Majesté

Dans quel âge se trouve le blockbuster français ? Économiquement, sans parler d’âge d’or, on peut dire que l’affaire roule ; même une chose laborieuse comme Les Seigneurs remplit sans souci les salles. Artistiquement, en revanche, on est encore à l’âge de pierre. La franchise Astérix en est le meilleur exemple : après le navet ruineux de Thomas Langmann, c’est Laurent Tirard, fort du succès glané avec son Petit Nicolas, qui a récupéré la patate chaude. Avec un budget quasiment divisé par deux (61 millions quand même !), il n’avait guère le choix : finies les courses de char dispendieuses et les packages de stars ; retour aux fondamentaux. Tirard et son co-auteur Grégoire Vigneron prennent ainsi deux décisions payantes : remettre le couple Astérix et Obélix au centre du film (ainsi que les comédiens qui les incarnent, Baer et Depardieu, excellents), et soigner un casting pour lequel chaque personnage semble avoir ét

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Le Paradis des bêtes

ECRANS | D’Estelle Larrivaz (Fr, 1h43) avec Stefano Cassetti, Géraldine Pailhas…

Christophe Chabert | Mardi 6 mars 2012

Le Paradis des bêtes

Infidèle, glandeur, irresponsable, violent, Dominique voit sa femme quitter le foyer conjugal. Il la retrouve, la laisse pour morte et embarque ses deux enfants dans une fuite en avant de l’autre côté de la frontière suisse. Sujet fort, qu’Estelle Larrivaz, comédienne qui fait ici ses débuts derrière la caméra, traite avec une part d’imaginaire noir plutôt bienvenu, du moins dans la première partie. Le Paradis des bêtes souffre ensuite d’un cruel manque d’audace scénaristique : plutôt que de s’en tenir aux relations ambivalentes entre le père, sa sœur (une Muriel Robin à contre-emploi) et les enfants, le film fait revenir la mère dans la partie, recentrant le récit sur son "combat". Curieusement, alors que Larrivaz aimerait emballer quelques séquences sur un rythme de thriller, c’est l’inverse qui se produit : elle filme Géraldine Pailhas comme un mélange de guerrière et de fantôme, jamais vraiment vulnérable, tuant tout suspense sur l’issue du film — au demeurant décevante. Christophe Chabert

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Les Bien-aimés

ECRANS | De Christophe Honoré (Fr, 2h15) avec Catherine Deneuve, Chiara Mastroianni, Ludivine Sagnier…

Christophe Chabert | Samedi 9 juillet 2011

Les Bien-aimés

Une mère et sa fille. Dans les années 60, la mère (Ludivine Sagnier) fait la pute pour se payer des chaussures et tombe amoureuse d’un médecin tchèque qu’elle quitte au moment du Printemps de Prague. Au début des années 2000, la fille (Chiara Mastroianni) s’éprend d’un gay malade du sida, tandis que la mère (Catherine Deneuve) retrouve son amant de l’époque (Milos Forman). Plus que jamais, le cinéma de Christophe Honoré joue de la référence (Truffaut et ses romans cinématographiques est le grand parrain du film) mais aussi de l’autoréférence : comme dans Les Chansons d’amour, Alex Beaupain a composé de pénibles intermèdes musicaux, sans doute ce qu’il y a de moins bien dans le film. Pénible aussi, la capacité d’Honoré dialoguiste à mettre dans la bouche de ses acteurs un texte bourré de poncifs sentencieux sur l’amour, la vie, le temps qui passe. Ratée enfin, l’évocation de l’époque : la reconstitution au début donne une sensation désagréable d’entre-deux, ni rigoureuse, ni fantaisiste, et quand le 11 septembre passe par là, on change vite de chaîne. Si Les Bien-aimés s’avère toutefois supérieur aux précédents Honoré, c’est grâce à l’énergie fantasque que lui c

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Premiers spots

ECRANS | Reprise en salles de Bugsy Malone d’Alan Parker et des Prédateurs de Tony Scott, premiers films de cinéastes ayant œuvré dans le clip et la pub, qui s’amusaient alors à jouer avec leur passé comme avec leur nouveau media. CC

Christophe Chabert | Vendredi 17 avril 2009

Premiers spots

La première scène des Prédateurs est le genre d’ouverture à la fois remarquable d’efficacité et pleine de sens pour toute personne cherchant, au-delà des images, à faire parler l’histoire de leur auteur. Dans une boîte de nuit aux relents gay underground, le chanteur de Bauhaus interprète, face caméra, le tube de ce groupe mythique de la cold wave : Bela Lugosi’s dead. En montage parallèle, on voit d’un côté deux dandys (Catherine Deneuve et David Bowie, so chic) lever deux autres clubbers, de l’autre des images de singes enragés. Les Prédateurs est un film de vampires moderne. Le but de Tony Scott, alors frère de Ridley et jeune prince de la pub anglaise, est donc de signer l’enterrement définitif du Dracula mythique incarné par Bela Lugosi en créant un cinéma de vampires 80’s, où l’homosexualité n’est plus un sous-entendu et les vieilles breloques (crucifix, pieux dans le cœur…) sont rangées au grenier de mémé pour faire de la place au groupe de rock venu animer la soirée gros rouge à la cave. Les vampires sont donc androgynes et sexy, ils baisent autant qu’ils boivent, et ils meurent de mort presque naturelle ; au lieu de passer trente ans à se délabrer, eux le font en une semai

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La Fille du RER

ECRANS | D’André Téchiné (Fr, 1h45) avec Émilie Dequenne, Catherine Deneuve, Michel Blanc…

Christophe Chabert | Mercredi 11 mars 2009

La Fille du RER

Après deux films historiques forts (Les Égarés et Les Témoins), André Téchiné se lance dans un projet contemporain, l’affaire de la fausse agression antisémite du RER. Présenté en deux parties pas du tout égales (Les Circonstances et Les Conséquences), La Fille du RER repose sur un foutoir scénaristique qui ressemble à une trop longue exposition enchaînée à une conclusion expédiée. En lieu et place du développement, on a droit à des digressions peu pertinentes sur des personnages secondaires dessinés à la truelle… Formellement, ça part aussi dans tous les sens, mais produit parfois de belles séquences, comme ce tchat par webcams interposées où les visages seuls finissent par exprimer l’émotion produite par les mots. Téchiné n’a donc pas grand-chose à dire sur son sujet, et sa mécanique romanesque paraît plus artificielle que jamais, peu aidée par la maladresse des dialogues et des acteurs. À l’exception notable d’Émilie Dequenne : vieillie et amaigrie, la Rosetta des Dardenne retrouve l’instabilité fiévreuse du rôle qui l’a révélée, introduisant une ambiguïté qui est le seul trouble d’un film assez essoufflé. CC

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Espion(s)

ECRANS | De Nicolas Saada (Fr, 1h39) avec Guillaume Canet, Géraldine Pailhas...

Nadja Pobel | Vendredi 23 janvier 2009

Espion(s)

Ancien critique des Cahiers du cinéma et animateur sur Nova, Nicolas Saada n'a, salutairement, pas voulu faire son premier film «à la française». Vincent (Guillaume Canet) travaille au service bagage d'un aéroport et vole quelques objets dans des valises comme son collègue qui, d'entrée de film, se transforme en torche humaine pour avoir laissé tomber une bouteille de parfum contenant un liquide explosif. Pour échapper à la prison, et parce qu'il est un diplômé de sciences-po égaré, il se voit confier une mission des services secrets français et anglais pour infiltrer un réseau terroriste à Londres. Nicolas Saada filme au plus près des personnages, avec en surimpression de l'œuvre d'espionnage l'histoire d'amour entre le héros et l'épouse effacée d'un trouble chef d'entreprise syrien (incarnée par Géraldine Peilhas). Canet incarne avec justesse et envie cet écorché vif, intuitif et sauvage, qui ne se laisse enfermer dans aucun système pré-établi ; même intronisé «source» et aux mains de la DST et du MI5, il se débarrasse de tout l'attelage technologique, éteignant même son téléphone portable. Saada place l'émotion au cœur de sa définition du film de genre, limitant les dialogues au

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Un conte de Noël

ECRANS | Avec cette tragi-comédie familiale aux accents mythologiques, Arnaud Desplechin démontre à nouveau qu’il est un immense cinéaste, entièrement tourné vers le plaisir, le romanesque et le spectacle. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 21 mai 2008

Un conte de Noël

Le nouveau film d’Arnaud Desplechin s’ouvre sur un petit théâtre de marionnettes, où l’on nous raconte en accéléré l’histoire familiale qui fonde le récit. Ensuite, chaque personnage sera introduit par une photo de lui enfant ou adolescent, son nom clairement inscrit à l’écran, un style musical lui étant associé (du jazz au hip-hop). Enfin, la reine-mère de ce clan en plein délitement viendra face caméra présenter les enjeux de la tragi-comédie en cours. Pourquoi le cinéaste choisit-il de décliner ainsi, avec divers artifices, la même scène primitive ? Non pas pour briller par-dessus son sujet, mais pour poser une bonne fois ce que ses inconditionnels savent depuis longtemps : Desplechin est du côté du spectacle, de l’action et de la générosité, pas dans l’économie du discours et de la parole. Un conte de noël est, comme son précédent Rois et reine, une machine à produire du romanesque et des émotions fortes, un grand huit existentiel qui fait coexister dans le même espace-temps le trivial et le sublime, la surface et la profondeur. La parabole du fils indigne Dans la famille Vuillard, il y a donc Joseph, le fils absent, mort

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Les Randonneurs à Saint-Tropez

ECRANS | de et avec Philippe Harel (Fr, 1h45) avec Karin Viard, Benoît Poelvoorde, Vincent Elbaz, Géraldine Pailhas…

Christophe Chabert | Mercredi 2 avril 2008

Les Randonneurs à Saint-Tropez

Pour ceux qui, comme nous, ont de l’estime pour Philippe Harel et son cinéma, ces Randonneurs à Saint-Tropez font mal, très mal. Cinéaste du cynisme, qu’il exerce contre le monde (Extension du domaine de la lutte) ou contre un microcosme (Le Vélo de Ghislain Lambert, Tu vas rire mais je te quitte ou le premier Randonneurs), Harel devient ici un cinéaste cynique, multipliant les signes prouvant qu’il n’avait pas du tout envie de faire le film. Il laisse ainsi macérer ses personnages dans leurs stéréotypes, autorisant les seuls acteurs bankables (Viard et Poelvoorde) à faire étalage de leur métier. Les autres n’ont strictement rien à jouer, chacun trimbalant comme un boulet son unique gag décliné vingt fois, montrant physiquement sa lassitude et son dépit d’être là. «On se fait chier» lâche, affalé dans un sofa, un Elbaz qu’on croirait au repos pendant le making of. Ni féroce (pourtant, le cadre tropézien ouvrait un boulevard, en regard de la période bling bling actuelle), ni émouvant, le film n’est qu’une grande soupe tiédasse cuisinée avec les restes avariés du plat précédent. Pas drôle mais surtout très triste… Autant de talents dans un film aussi médiocre, c’

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