Le Locataire

ECRANS | Roman Polanski Paramount home video

Christophe Chabert | Vendredi 18 mars 2011

Alors que le DVD était disponible dans à peu près tous les pays du monde, Paramount s'est rendu compte à Noël, à l'occasion de la sortie d'un coffret Fnac qui s'est écoulé en quelques jours, qu'il n'avait jamais édité Le Locataire en France. Absurde, d'autant plus que la version originale du film, tourné en Paris avec un casting à 80% français (dont une Adjani curieusement enlaidie), est clairement la VF. Erreur réparée, même si c'est au prix d'une jaquette hideuse et d'un dispensable livret faisant office d'édition collector. On s'en fout, car le film est extraordinaire, un monument d'angoisse cafardeuse où Trelkovski, un immigré polonais (Polanski lui-même), emménage dans un appartement où : 1) la précédente locataire s'est jetée par la fenêtre ; 2) les voisins s'avèrent de plus un plus hostiles. Délire de persécution ou xénophobie larvée ? Polanski, à l'inverse de Rosemary's baby, ne tient pas l'ambiguïté jusqu'au bout. C'est une faiblesse du scénario, mais cela n'impacte étrangement en rien sur le climat de peur quotidienne qui se dégage de chaque séquence, où la terreur fissure peu à peu la psyché du protagoniste, et même son identité. Génialement mis en scène, Le Locataire flanque les jetons jusqu'à un dernier plan génial, qui glace durablement le sang.

Christophe Chabert

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Désertions et convoitises

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Nadja Pobel | Mardi 8 janvier 2019

Désertions et convoitises

« Cette ville est formidable, je l'adore, mais elle n'est pas dynamisante » déclarait Cathy Bouvard à nos confrères de Lyon Capitale en novembre dernier. La directrice des Subsistances quitte précipitamment mais pas tout à fait par hasard ce navire-phare qu'elle a dirigé avec rigueur et curiosité durant quinze ans et rejoint les Ateliers-Médicis à Clichy-sous-Bois. Lyon n'a pas su garder non plus Marc Lesage, qui, à la co-direction des Célestins a fait de ce théâtre le plus audacieux des mastodontes locaux. Il a désormais les rênes du théâtre (privé) de l'Atelier à Paris. Pierre-Yves Lenoir, co-créateur du Rond-Point avec Jean-Michel Ribes administrateur de l’Odéon aux côtés d’Olivier Py, Luc Bondy et Stéphane Braunschweig le remplace. Il arrive tout droit de la toute nouvelle La Scala (ouverte en septembre dernier) où il était directeur exécutif. . Plus problémat

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Reum arrangée : "Le Monde est à toi"

ECRANS | Afin de réunir des fonds fissa, François accepte de superviser pour un caïd psychopathe un convoi de drogue d’Espagne vers la France. Le deal tournant au (...)

Vincent Raymond | Lundi 20 août 2018

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Afin de réunir des fonds fissa, François accepte de superviser pour un caïd psychopathe un convoi de drogue d’Espagne vers la France. Le deal tournant au fiasco, François appelle Danny à l’aide. En plus d’être une cheffe de gang, Danny est sa mère… Connu pour sa maîtrise du format clipé (il fut l’un des initiateurs du mouvement Kourtrajmé), Romain Gavras avait fait des débuts timides dans le long-métrage avant de retourner à ses amours brèves. Symphonie ludique flashy et syncopée, Le Monde est à toi découle autant du film de genre soderberghisé que de la réunion de bras cassés guyritchiques. Ce thriller pimpé en récréation bariolée pour enfants pas sages possède, outre un rythme soutenu et une image canon, un argument de poids dans son interprétation plaçant (enfin) Karim Leklou aux avant-postes. Face à lui, Oulaya Amamra confirme que Divines n’était pas un météore, tandis que Cassel joue les hommes de main

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De l'usage des mots

CONNAITRE | Lambert Wilson et Isabelle Adjani seront au rendez-vous le 1er juin pour incarner Camus et Maria Casarès et donner voix à leur correspondance (...)

Nadja Pobel | Mardi 22 mai 2018

De l'usage des mots

Lambert Wilson et Isabelle Adjani seront au rendez-vous le 1er juin pour incarner Camus et Maria Casarès et donner voix à leur correspondance enflammée, tout juste publiée. Mais ce casting ne doit pas masquer la richesse de ces douze jours qui sont le reflet le plus net qui soit de la politique que mène Christian Schiaretti depuis son accession à la tête du TNP en 2002 et jusqu'à son départ fin 2019 : les mots. Épaulé par les élus de son cercle de création et de transmission (Baptiste Guiton met en scène Je, d'un accident ou d'amour avec Maxime Mansion, lui-même à l'origine du festival En actes) ou d'anciens acolytes de feu sa troupe (Grammaires des mammifères piloté par le toujours très intéressant Philippe Mangenot), il propose une série de spectacles, de lectures voire de récitals (consacré à Aragon, André Velter...) ou encore "séance de spiritisme" (!) autour de Victor Hugo. Toutes les paroles sont réunies

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Camille Claudel au cinéma : les batailles, les prisons

ECRANS | On ne dira jamais assez le pouvoir du cinéma lorsqu’il s’agit de réhabiliter une figure oubliée ou injustement dénigrée en son temps. Morte dans l’indifférence (...)

Vincent Raymond | Mardi 23 mai 2017

Camille Claudel au cinéma : les batailles, les prisons

On ne dira jamais assez le pouvoir du cinéma lorsqu’il s’agit de réhabiliter une figure oubliée ou injustement dénigrée en son temps. Morte dans l’indifférence générale à l’asile psychiatrique de Montfavet, où sa famille l’avait faite interner trente ans plus tôt, inhumée à la va-vite avant que ses restes ne se trouvent jetés à la fosse commune, Camille Claudel (1864-1943) aurait pu demeurer cette silhouette grise et honteuse hantant l’ombre de ces “grands hommes” que furent son frère Paul et son amant Rodin. Mais grâce au roman Une femme (1982) signé Anne Delbée, suivi deux ans plus tard par une biographie de la main de Reine-Marie Paris, descendante de la sculptrice, la tragédie d’une artiste se fit jour. Isabelle et Juliette Isabelle Adjani s’empara de cette destinée malheureuse, dont elle voulut exalter le lyrisme funeste et passionné dans un biopic. Réalisé par son compagnon de l’époque, le chef-opérateur Bruno Nuytten, le film qui en découla se voulait digne d’un mausolée à la mé

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Roman d’un auteur

ECRANS | 2016 nous a privés d’un génie-monstre franco-polonais en nous ôtant Zulawski (au fait, à quand sa rétrospective ?) ; Dieu ou diable merci, il en reste un, aussi (...)

Vincent Raymond | Mardi 19 avril 2016

Roman d’un auteur

2016 nous a privés d’un génie-monstre franco-polonais en nous ôtant Zulawski (au fait, à quand sa rétrospective ?) ; Dieu ou diable merci, il en reste un, aussi tourmenté qu’intrigant, inquiétant qu’enjôleur. Colosse minuscule, géant au parcours nourri d’accidents, de drames, de lauriers et de scandales, Roman Polanski a contribué à l’essor du nouveau cinéma polonais et au renouveau du britannique, participé à la Nouvelle Vague comme au Nouvel Hollywood. Épousant parfois les codes ou les styles de ses hôtes, Polanski conserve jalousement ses thématiques de prédilection : l’enfermement, le malin, la séduction perverse. À vérifier de toute urgence à l’Institut Lumière, qui offre de cauchemarder avec Rosemary’s baby, Repulsion, Cul-de-sac, La Neuvième Porte, de frissonner avec Frantic, La Jeune Fille et la Mort, Chinatown, de rire avec Pirates ou Le Bal des vampires, de se recueillir avec Le Pianiste. Une belle entrée en matière… Si la non-présence dans ce formidable panorama du très rare — voire quasi invisible — What ? (1971) n’étonne guère, comme celle moins dommageable de Lunes de fiel (1992), on se perd

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Loué soit Laugier

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Christophe Chabert | Mardi 15 avril 2014

Loué soit Laugier

Après Nicolas Boukhrief l’an dernier, c’est le cinéaste Pascal Laugier qui a droit à une carte blanche durant Hallucinations collectives. L’homme qui avait durablement éprouvé les spectateurs avec son tétanisant Martyrs — pour lequel il avait dû subir les foudres d’une censure française qui cache de moins en moins son nom — est un cinéphile passionnant ; chacune de ses interviews le prouve et le texte qu’il a fourni pour le catalogue du festival en est un exemple définitif. Il s’y hasarde à quelques programmations virtuelles — dont une, surprenante, où il confesse son amour pour Ma nuit chez Maud, La Gueule ouverte et Sans toit ni loi

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La Vénus à la fourrure

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Christophe Chabert | Mercredi 6 novembre 2013

La Vénus à la fourrure

À sa sortie, on avait pris Carnage pour une sorte de repli stratégique de la part de Roman Polanski. L’adaptation de la pièce de Yasmina Reza venait après ses déboires avec la justice suisse, et le choix d’un huis clos à quatre personnages lui permettait de tourner vite en déclinant en virtuose sa science du découpage et de la mise en scène. Surtout, il y circulait une rage que l’on imaginait circonstanciée, là encore liée à cette énième humiliation dans une vie déjà chaotique. Derrière sa réjouissante santé, par-delà la comédie de mœurs labyrinthique à laquelle Polanski nous convie, La Vénus à la fourrure poursuit ce double geste de façon enthousiasmante. C’est une charge virulente contre l’époque et ses travers, ici pris sous l’angle de la lutte des sexes, et c’est à nouveau un huis clos tiré d’une pièce de théâtre, signée cette fois David Ives ; sauf le théâtre est le lieu et la matière du film, même si, en transparence, le cinéaste vise aussi tout ce qu’implique l’acte de mettre en scène, y compris le s

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L’insolente jeunesse des vieux cinéastes

ECRANS | Une expression bien aimée de la critique française parle des «films tardifs» des grands cinéastes pour évoquer leurs derniers opus. Manière élégante de dire (...)

Christophe Chabert | Jeudi 22 août 2013

L’insolente jeunesse des vieux cinéastes

Une expression bien aimée de la critique française parle des «films tardifs» des grands cinéastes pour évoquer leurs derniers opus. Manière élégante de dire qu’ils sont comme les combats de trop d’anciens puncheurs n’ayant plus les jambes pour suivre le rythme imprimé par la génération montante et réclamé par un public avide de nouveautés. Si les exceptions ne sont pas rares — de John Huston à Kinji Fukasaku — on a pris cette habitude de regarder vieillir les metteurs en scène que l’on aime avec un mélange d’affection et d’affliction. Or, en cette rentrée 2013 riche en événements, ce sont deux cinéastes ayant dépassé les quatre-vingts printemps qui vont frapper très fort, et montrer que le talent, mieux que les cellules, se régénèrent au contact de défis inédits dans leur carrière. Deux cinéastes nomades En même temps, quoi de plus différent que Blue Jasmine de Woody Allen et La Vénus à la fourrure de Roman Polanski ? Et quoi de commun entre les deux cinéastes — à part, diront le

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Huis clos à ciel ouvert

ECRANS | Alors que les rétrospectives Chaplin et Cassavetes se prolongent durant tout le mois de janvier, et que sa toute neuve galerie de la rue de l’Arbre Sec (...)

Christophe Chabert | Jeudi 3 janvier 2013

Huis clos à ciel ouvert

Alors que les rétrospectives Chaplin et Cassavetes se prolongent durant tout le mois de janvier, et que sa toute neuve galerie de la rue de l’Arbre Sec propose des photos rares et souvent inattendues de Chaplin au travail, l’Institut Lumière fait aussi un focus en deux films sur Roman Polanski. Avant Chinatown la semaine prochaine, c’est le méconnu Cul-de-sac qui ouvre le bal. Troisième long-métrage de Polanski, il se présente — comme son premier Le Couteau dans l’eau — en un huis clos à ciel ouvert, non plus sur un bateau, mais sur une île fantomatique, où habite un couple absolument dépareillé : lui, petit, chauve et pleutre (Donald Pleasance, loin des grands rôles dans le cinéma fantastique qui ont fait sa légende, mais tout aussi génial), elle, grande, belle et fougueuse (Françoise Dorléac, dont on mesure à chaque vision de quel talent éclatant sa mort prématurée nous a privé). Leur routine putride (elle pratique l’adultère, il mâche en silence sa frustration) est troublée par l’irruption d’un autre tandem, deux gangs

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David et Madame Hansen

ECRANS | De la part du créateur de Kaamelott, rien ne pouvait laisser présager une entrée au cinéma aussi singulière que ce David et Madame Hansen. Loin d’exploiter un (...)

Christophe Chabert | Lundi 27 août 2012

David et Madame Hansen

De la part du créateur de Kaamelott, rien ne pouvait laisser présager une entrée au cinéma aussi singulière que ce David et Madame Hansen. Loin d’exploiter un filon, Alexandre Astier le prend à rebrousse-poil avec cette œuvre aussi mélancolique que l’automne sur le lac du Bourget, où se déroule une partie de l’action. On y voit un ergothérapeute fraîchement investi dans une clinique en Suisse (Astier lui-même, tout en retenue et chuchotements), qui doit s’occuper d’une patiente souffrant d’amnésie post-traumatique, Madame Hansen-Bergmann, qui porte sur le monde un regard imprévisible et d’une mordante lucidité. C’est le thème du film : la norme bousculée par une pathologie qui devient une forme de santé face à des êtres coincés dans leur conformisme. Astier l’aborde avec son habituelle maîtrise d’écriture, et une mise en scène d’une belle simplicité, même si elle se laisse parfois aller à quelques inutiles ralentis et fondus enchaînés. Ce qui touche dans David et Madame Hansen, c’est la manière dont Astier redouble la quête de communication entre les deux protagonistes par son propre dialogue de comédien avec une Isabelle Adjani impressionnante. Comme

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Roman Polanski

ECRANS | Filmographie de Roman Polanski /  1962 : Le Couteau dans l’eau 1965 : Répulsion 1966 : Cul-de-sac 1967 : Le Bal des vampires 1968 : Rosemary’s (...)

Dorotée Aznar | Vendredi 2 décembre 2011

Roman Polanski

Filmographie de Roman Polanski /  1962 : Le Couteau dans l’eau 1965 : Répulsion 1966 : Cul-de-sac 1967 : Le Bal des vampires 1968 : Rosemary’s baby 1971 : Macbeth 1972 : Quoi ? 1974 : Chinatown 1976 : Le Locataire 1979 : Tess 1986 : Pirates 1988 : Frantic 1992 : Lunes de fiel 1994 : La Jeune fille et la mort 1999 : La Neuvième porte 2002 : Le Pianiste 2005 : Oliver Twist 2010 : The Ghost writer

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Le goût de la claustrophobie

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Dorotée Aznar | Vendredi 2 décembre 2011

Le goût de la claustrophobie

Polanski et le théâtre / Pour Roman Polanski, le théâtre semble être une valeur refuge, sa filmographie revenant à intervalles réguliers vers des adaptations de pièces célèbres, classiques ou contemporaines, et lui-même s’aventurant régulièrement sur les planches, en tant qu’acteur et metteur en scène. C’est d’ailleurs la part la moins connue de son œuvre : en 1981, c’est lui qui crée à Londres Amadeus, la pièce de Peter Shaffer, se distribuant dans le rôle de Mozart, ouvrant la voie à l’adaptation qu’en fera pour le cinéma un autre réalisateur de l’Est expatrié, Milos Forman. Sept ans plus tard, c’est sur une scène parisienne qu’il brille en incarnant Grégoire Samsa, l’homme ordinaire transformé en cloporte dans La Métamorphose de Kafka. Au cinéma, il met tout de suite la barre très haute pour sa première adaptation : une version de Macbeth de Shakespeare qui a le mérite de ne lorgner ni sur le baroque tapageur d’un Welles, ni sur le classicisme respectueux d’un Laurence Olivier — le film, toutefois, est loin d’être son meilleur. Il aura encore moins de chance avec La Jeune fille et la mort, huis clos trop attendu autour d’une rescapée des ca

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Carnage

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Dorotée Aznar | Lundi 5 décembre 2011

Carnage

Critique / C’est un incident banal, une dispute entre gosses qui tourne mal : l’un d’entre eux en frappe un autre avec un bâton, lui brisant plusieurs dents et une partie de la mâchoire. Cette scène muette sert de générique à Carnage, et Polanski la filme de loin, en plein air, tandis que la musique guillerette d’Alexandre Desplat semble se moquer de la violence du geste. On devrait s’en tenir là. Et c’est peu ou prou ce qui se passe dans la scène suivante : les parents de la "victime", Penelope et Michael Longstreet (Jodie Foster et John C. Reilly) relisent devant eux la lettre d’excuses des époux Cowan (Kate Winslet et Christoph Waltz), père et mère du "coupable". Les deux couples peuvent alors se séparer à l’amiable, mais quelque chose cloche, comme une insatisfaction réciproque, la sensation d’un malentendu pas encore totalement dissipé. Alors qu’Alan et Nancy Cowan se dirigent vers l’ascenseur, Penelope, visiblement nerveuse, leur demande si c’est eux qui sont désolés ou leur enfant. Ça n’a l’air de rien, mais ce détail va déclencher une heure quinze de huis clos en temps réel où les quatre protagonistes se livreront à toutes les formes de mesquinerie, réglant leurs comptes

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Maman, papa, le diable et nous

ECRANS | Alors que s’apprête à sortir son dernier film, le puissant Carnage, la Ciné-collection du GRAC invite les spectateurs à replonger dans un autre chef-d’œuvre (...)

Dorotée Aznar | Mercredi 23 novembre 2011

Maman, papa, le diable et nous

Alors que s’apprête à sortir son dernier film, le puissant Carnage, la Ciné-collection du GRAC invite les spectateurs à replonger dans un autre chef-d’œuvre de Roman Polanski, Rosemary’s baby (1968). On pourrait s’amuser des correspondances entre les deux films : un appartement new-yorkais, la peinture d’un couple de bourgeois éclairés dont les apparences sont carrément trompeuses et un enfant invisible qui, pourtant, est la source de tous les maux qui vont se déverser dans le récit. Arrêtons-nous là, car autant Carnage vise la satire de mœurs, autant Rosemary’s baby cherche avant tout à terrifier les spectateurs, en faisant de Mia Farrow une femme persuadée de porter en elle l’enfant du diable, et non de son mari. Idée qui aurait pu engendrer un déluge de fatras mystique et d’effets éculés, mais que Polanski traite au contraire avec une souveraine sobriété et un réalisme scrupuleux. Une décision payante : Rosemary’s baby fait toujours peur quarante ans après sa réalisation, ses morceaux de bravoure pouvant aller d’une scène de rêve hypnotique en forme de trip sous LSD à un simple suspense dans une cabine téléphonique. Ça s’appelle l’

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Mammuth

ECRANS | Quelles traces laisse un homme dans un monde où le travail est devenu la vraie mesure de la vie ? Des bulletins de salaire, des attestations de (...)

Christophe Chabert | Mercredi 14 avril 2010

Mammuth

Quelles traces laisse un homme dans un monde où le travail est devenu la vraie mesure de la vie ? Des bulletins de salaire, des attestations de cotisation retraite… Mais ces traces, la société libérale n’est-elle pas en train de les effacer à coups de concentrations industrielles, de délocalisations et de faillites ? C’est l’expérience que va vivre Serge Pilardosse ; à l’orée de ses soixante ans, il doit faire le tour de ses anciens employeurs pour espérer toucher une pension à taux plein. Il enfourche donc sa vieille moto allemande (une Munchen Mammut) et part sur les routes à la recherche des précieux documents. Sauf que… Entre patrons grabataires, entreprises envolées, rencontres malheureuses ou au contraire libératrices, Serge va perdre de vue sa quête et découvrir autre chose… Parti comme une suite logique de leur précédent Louise-Michel (une charge vacharde contre l’absurdité capitaliste), Mammuth, comme son personnage, bifurque en cours de route. Kervern et Delépine aussi : leur film est sans doute le plus libre, le plus grisant et le plus touchant qu’ils aient réalisés. Loin des plans millimétrés d’Aaltra et d’Avida, la chair filmique

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The Ghost writer

ECRANS | La sortie de The Ghost writer faisant suite à l’encore fraîche «affaire Polanski» et au débat plutôt clivé qui s’ensuivit, il va être difficile de prendre la défense (...)

Christophe Chabert | Lundi 1 mars 2010

The Ghost writer

La sortie de The Ghost writer faisant suite à l’encore fraîche «affaire Polanski» et au débat plutôt clivé qui s’ensuivit, il va être difficile de prendre la défense du film sans passer aussi pour un défenseur de son cinéaste. Alors autant le dire : pour nous, Polanski est un metteur en scène majeur, une référence incontournable en matière de modernité cinématographique. The Ghost writer prouve d’ailleurs qu’après le chef-d’œuvre très personnel qu’était Le Pianiste et le faux-pas d’Oliver Twist, celui-ci sait faire rebondir sa carrière en prenant d’adroits contre-pieds. Après deux fresques historiques, le voilà de plain-pied avec l’actualité récente : au cœur du film, un mystère entour l’ancien Premier ministre britannique Adam Lang. Il demande à un nègre d’écrire ses mémoires, alors que la controverse se lève sur son action politique pendant la guerre en Irak. A-t-il créé une douteuse alliance avec l’Amérique pour organiser la lutte contre le terrorisme en faisant fi du droit international ? Et qu’est-il arrivé à son nègre précédent, retrouvé noyé sur les côtes de l’île où Lang s’est réfugié avec sa femme et ses assistantes ?

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Pirates

ECRANS | TF1 vidéo a la bonne idée de vider ses tiroirs et, bonne nouvelle, ils sont pleins de trésors. Avant Possession de Zulawski en mai, voici Pirates, un des (...)

Christophe Chabert | Mercredi 8 avril 2009

Pirates

TF1 vidéo a la bonne idée de vider ses tiroirs et, bonne nouvelle, ils sont pleins de trésors. Avant Possession de Zulawski en mai, voici Pirates, un des derniers Polanski inédits en DVD en France. Le film avait, à sa sortie, fait couler beaucoup d’encre, mais avait surtout failli couler son producteur Tarak Ben Ammar, ce qui, pour une histoire de pirates, n’est pas peu ironique. Le galion construit pour le tournage avait coûté une blinde, et est resté dix ans dans le port de Cannes après la présentation du film en 1986. Mais ce qui avait surtout rendu furax une partie de la presse, c’est l’irrévérence avec laquelle le réalisateur abordait le genre, enlevant tout glamour à ses personnages, sales, bêtes et uniquement motivés par l’argent. Pirates est l’aveu parodique d’une certaine impuissance à retrouver le lustre de l’âge d’or hollywoodien (Pirates des Caraïbes, ce luna park décérébré, le démontrera lui aussi, mais par l’absurde). Dans le fond, Polanski ne fait que reprendre ce qui avait fait le succès du Bal des vampires, et ce qui en général fait le prix des bons pastiches : faire une comédie distanciée avec les mêmes moyens et la même rigueur dans la mise en scène que pour une

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