Pourquoi tu pleures ?

ECRANS | De Katia Lewkowicz (Fr, 1h39) avec Benjamin Biolay, Emmanuelle Devos, Nicole Garcia…

Christophe Chabert | Mardi 7 juin 2011

Avant qu'il ne s'enfonce dans une énième chronique des atermoiements amoureux, il y a une bonne idée dans Pourquoi tu pleures ? : raconter les dernières heures de célibat de son héros (Benjamin Biolay, autour de qui le film a manifestement été conçu) comme un labyrinthe kafkaïen dont nous serions, comme lui, les témoins passifs et incrédules. Une nuit d'ivresse, des Israëliens qu'on conduit dans un appartement surpeuplé et une absente, Anna, dont on ne sait ni où elle est, ni qui elle est. Bien sûr, Lewkowicz doit à un moment clarifier les choses, et le petit charme du film s'envole, laissant la place à une galerie de personnages colorés mais antipathiques digne du pire Klapisch. Les acteurs font alors ce qu'ils veulent, la caméra aussi, et le montage tente de mettre en ordre ce grand foutoir moyennement accueillant, qui fait appel au vécu du spectateur plutôt que de soigner pour lui ses effets (comiques, notamment) et sa direction artistique (décors tristes de quotidienneté, mixage incohérent). Beaucoup d'intentions, peu de réalisation : un travers très français. Christophe Chabert

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"Grand Prix" : Benjamin Biolay, roi du circuit

Rock | Pour son 9e album, Benjamin Biolay livre son disque le plus rock en célébrant les princes de la piste automobile. Un Grand Prix joué à toute allure qui dans le sillage de tubes trompe-la-mort dévoile pourtant les traces d'une œuvre parmi les plus personnelles d'un Biolay rentré au stand pour un premier bilan.

Stéphane Duchêne | Jeudi 9 juillet 2020

En 19 ans d'une carrière pour le moins pléthorique, Benjamin Biolay a, quoi qu'on en pense, fait plus que la preuve de son habileté musicale. Paradoxe, on ne lui a jamais connu de véritable tube. Le Caladois, que n'effraie aucun mélange des genres pas plus que les flirts les plus poussés avec la variété, s'en est certes parfois approché d'assez près : Les Cerfs volants, Une Chaise à Tokyo, L'Histoire d'un garçon, Qu'est-ce que ça peut faire ?, La Superbe (tube qui sans doute s'ignorait mais peut-être à ce jour sa plus grande chanson). Mais, toujours, quelque chose venait empêcher la transformation totale de l'essai — sans doute à trouver dans une tendance à complexifier les contours d'une évidente facilité mélodique et d'un don certain pour l'écriture (exemple symptomatique : Brandt Rhapsodie, talk-over en duo avec Jeanne Cherhal). Parfois, ses tentatives de trop embrasser la chanson qui tue pouvait menacer de basculer — tel Murat quand il laisse son Surmoi à la porte d

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Emmanuelle Devos, et néanmoins patronne…. : "Les Parfums"

Comédie | En galère de boulot, Guillaume devient le chauffeur d’Anna Walberg, “nez“ indépendante dans l’univers de la parfumerie et femme si exigeante qu’elle a épuisé tous ses prédécesseurs. Mais Guillaume va s’accrocher en lui tenant tête. Une manière de leur rendre service à tous les deux…

Vincent Raymond | Vendredi 26 juin 2020

Emmanuelle Devos, et néanmoins patronne…. :

Devenu un visage familier grâce à la série 10% , Grégory Montel avait “éclos“ en 2012 au côté du regretté Michel Delpech dans le très beau L’Air de rien, première réalisation de Stéphane Viard et… Grégory Magne. Après l’ouïe, celui-ci s’intéresse donc à l’odorat mais conserve peu ou prou un schéma narratif similaire puisque son héros ordinaire-mais-sincère parvient à nouveau à redonner du lustre à une vieille gloire recluse prisonnière de son passé et/ou ses névroses, tout en s’affirmant lui-même ; la différence majeure réside dans le fait qu’une relation fatalement plus sentimentale que filiale se noue ici entre les protagonistes. Loin d’être une bluette à l’anglaise où les deux tourtereaux roucoulent après avoir fait chien et chat pendant l’essentiel du film, cette comédie sentimentale mise beaucoup — à raison — sur les à-côté des personnages : le métier de sentir et composer des fragrances (étrangement peu exploité jusqu’à pré

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Le cœur a ses réseaux (sociaux)… : "Celle que vous croyez"

Le Film de la Semaine | Sous une identité d’emprunt, une quinquagénaire délaissée noue une liaison grâce à Internet avec un vingtenaire, retardant sans cesse le moment de la rencontre. Une trouble romance à distance magnifiquement interprétée par Juliette Binoche et François Civil.

Vincent Raymond | Mardi 26 février 2019

Le cœur a ses réseaux (sociaux)… :

Son jeune amant l’ayant quittée sans élégance, Claire tente de se rapprocher de lui en se liant sur Facebook avec Alex, son colocataire. Entre Alex et Clara, l’alias de 24 ans que la quinquagénaire s’est créée, va naître une relation érotique d’autant plus trouble qu’elle reste virtuelle et aveugle… Adapté d’un roman de Camille Laurens, Celle que vous croyez n’est justement pas ce que l’on pourrait croire — à savoir un thriller érotique, ni une fable sur la digitalisation des relations humaines. Portant sur la solitude et la peur de l’abandon, ce film se révèle également un exercice de style autour du récit, dans ses différents niveaux d’imbrication (avec peut-être un rebondissement final en trop) et l’incertitude de son authenticité : en effet, l’histoire est recomposée à partir du discours partiel de Claire à sa psy — aux omissions et travestissements de la vérité près — et se trouve amendée par un roman offrant une version alternative de la réalité. Tout est paroles, faux-semblants, mensonges et fantasmes dans ce qui résonne comme la version contemporaine d’un échange épistolair

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François Civil : « une voix, ça nourrit l’imaginaire »

Celle que vous croyez | Déjà impressionnant dans Le Chant du loup, François Civil poursuit sa démonstration en jouant la victime d’une séduction aveugle ourdie par Juliette Binoche dans Celle que vous croyez de Safy Nebbou. Entretien décontracté.

Vincent Raymond | Mardi 26 février 2019

François Civil : « une voix, ça nourrit l’imaginaire »

Vous étiez “Oreille d’or“ dans Le Chant du loup. Ici, votre personnage joue plutôt de sa voix et de ses yeux, puisqu’il est photographe… François Civil : (rires) Je ne m’en étais pas rendu compte ! Le début de ma carrière est un parcours des sens : dans Mon Inconnue qui sort bientôt, ce sera le toucher, puisque je serai écrivain. Peut-être être que je serai nez dans le prochain ? Vous l’étiez déjà un peu dans Ce qui nous lie de Klapisch. Ah voilà : c’était le nez et le goût. Bon, ben ma carrière est bientôt finie (rires) ! Cela ne vous a pas freiné de n’avoir ici qu’une petite présence à l’écran ? Tout au contraire ! En lisant, je me disais « ce n’est qu’une voix pour l’instant », et je trouvais ça super excitant d’aborder le personnage comme cela. Un acteur, c’est un corps et une voix. Généralement, on incarne le personnage en premier ; là, c’était d’abord des pixels dans un chat, puis la voix. C’était tout à fait particulier. Et puis, j’apparais

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Homme de passage : "Amin"

Le Film de la Semaine | Chronique de l’existence d’un travailleur sénégalais entre sa famille restée au pays et son parcours en France, Amin marque le retour d’un Philippe Faucon comme “dardennisé“ après le triomphe de Fatima dans une tranche de vie élargie à l’entourage de son personnage-titre. De l’humanisme à revendre.

Vincent Raymond | Mardi 2 octobre 2018

Homme de passage :

Ouvrier du bâtiment en France, Amin rentre rarement au Sénégal pour voir sa famille. Vivant en foyer, son horizon se limite à ses voisins, partageant le même quotidien. Lors d’un chantier chez un particulier, Amin est entrepris par Gabrielle, la propriétaire des lieux. Une liaison commence. Samia, Fatima, et maintenant Amin. Les titres de Philippe Faucon annoncent en toute transparence leur ambition programmatique : raconter des histoires à hauteur humaine. Ce qui peut sembler infime s’avère a contrario d’une insondable richesse, puisque ses films dévoilent des personnages-mondes en marge des récits communs, dont les existences sont autant dignes d’être contées que celles, au hasard, de profs neurasthéniques du XVe arrondissement parisien. De fait, Amin, mène plusieurs vies simultanées, entre le monde “d’ici“ (celui de l’expatriation par nécessité où il s’acquitte dans une discrétion prudente de ses tâches) et le “là-ba

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3 concerts aux Nuits de Fourvière

Nuits de Fourvière | Jack White S'il faut dire la vérité aux gens qu'on aime, n'y allons pas par quatre chemins : le dernier album de Jack White, Boarding (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 19 juin 2018

3 concerts aux Nuits de Fourvière

Jack White S'il faut dire la vérité aux gens qu'on aime, n'y allons pas par quatre chemins : le dernier album de Jack White, Boarding House Reach, n'était ni fait ni à faire. Car s'il ne manquait pas d'ambition, à ce collage d'inspirations et d'effets plutôt mal branlé et en rupture avec le style direct du gars White, il manquait l'essentiel : des chansons, étouffées sous un concept trop envahissant. Rien ici qui ne fasse taper du pied ou ne perfore durablement et positivement le cerveau à coups de riffs rutilants. Mais Jack White reste Jack White et son CV parle pour lui : White Stripes, Raconteurs, Dead Weathers, son admirable label, Third Man Records, et deux premiers albums déflagrants, eux. Surtout, surtout, une capacité hors du commun à transformer le plomb fondu de son country-rock-blues-punk en or live. Et à dégainer les tubes qu'il a en magasin plutôt que des créatures de laboratoire. Au Théâtre Antique de Fourvière le dimanche 8 juillet Benjamin Biolay Entre Hubert Mounier

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Rien sur Robert : "La Douleur"

Drame | de Emmanuel Finkiel (Fr, 2h06) avec Mélanie Thierry, Benoît Magimel, Benjamin Biolay…

Vincent Raymond | Mardi 23 janvier 2018

Rien sur Robert :

L’ironie sordide de l’actualité fait que ce film sort sur les écrans peu après la disparition de Paul Otchakovsky-Laurens, l’éditeur ayant publié le livre dont il est l’adaptation. Un livre qui aurait pu demeurer dans une confidence obstinée : Marguerite Duras prétendait avoir oublié jusqu’à l’existence de la rédaction de cette partie de son journal intime — la mémoire sait être sélective pour s’épargner certaines souffrances. Son mari Robert Antelme ayant été arrêté puis déporté, Marguerite jette sur des cahiers le cri muet de son attente quotidienne ; cette douleur sourde avivée par l’incertitude et la peur pour l’autre, pour le réseau, pour soi. Dans la moiteur d’une Occupation expirante, un flic collabo profite de l’absence de nouvelles (bonnes ou mauvaises) pour engager avec elle un jeu pervers de séduction… Mais qui instrumentalise qui ? Mémoire effacé

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Elle fut la première : "Numéro Une" de Tonie Marshall

Le Film de la Semaine | Jusqu’où doit aller une femme pour conquérir un fauteuil de PDG ? Forcément plus loin que les hommes, puisqu’elle doit contourner les chausse-trapes que ceux-ci lui tendent. Illustration d’un combat tristement ordinaire par une Tonie Marshall au top.

Vincent Raymond | Mardi 10 octobre 2017

Elle fut la première :

Cadre supérieure chez un géant de l’énergie, Emmanuelle Blachey est approchée par un cercle de femmes d’influence pour briguer la tête d’une grande entreprise — ce qui ferait d’elle la 1ère PDG d’un fleuron du CAC40. Mais le roué Beaumel lui oppose son candidat et ses coups fourrés… Si elle conteste avec justesse l’insupportable car très réductrice appellation “film de femme” —dans la mesure où celle-ci perpétue une catégorisation genrée ostracisante des œuvres au lieu de permettre leur plus grande diffusion —, Tonie Marshall signe ici un portrait bien (res)senti de notre société, dont une femme en particulier est l’héroïne et le propos imprégné d’une conscience féministe affirmée. Peu importe qu’un ou une cinéaste ait été à son origine (« je m’en fous de savoir si un film été fait par une femme ou un homme », ajoute d’ailleurs Marshall) : l’important est que ledit film existe. Madame est asservie Comme toute œuvre-dossier ou à thèse, Numéro Une ne fait pas l’économie d’un certa

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Tonie Marshall : « avec une réelle mixité, les répercussions seraient énormes sur la société »

Entretien | Dans Vénus Beauté (Institut), elle avait exploré un territoire exclusivement féminin. Pour Numéro Une, Tonie Marshall part à l’assaut d’un bastion masculin : le monde du patronat, qui aurait grand besoin de mixité, voire de parité…

Vincent Raymond | Mardi 10 octobre 2017

Tonie Marshall : « avec une réelle mixité, les répercussions seraient énormes sur la société »

Comment en êtes-vous venue à vous intéresser à la (non-)place des femmes dans les hautes sphères du pouvoir ? Tonie Marshall : J’avais pensé en 2009 faire une série autour d’un club féministe, avec huit personnages principaux très différents. Chaque épisode aurait été autour d’un dîner avec un invité et aurait interrogé la politique, l’industrie, les médias, pour voir un peu où ça bloquait du côté des femmes. J’allais vraiment dans la fiction parce que ce n’est pas quelque chose dans lequel j’ai infusé. Mais je n’ai trouvé aucune chaîne que ça intéressait — on m’a même dit que c’était pour une audience de niche ! Et la vie passe, on fait autre chose… Et j’arrive à un certain moment de ma vie où non seulement ça bloque, mais l’ambiance de l’époque est un peu plus régressive. Moi qui suis d’une génération sans doute heureuse, qui ai connu la contraception, une forme de liberté, je vois cette atmosphère bizarre avec de la morale, de l’identité, de la religion qui n’est pas favorable aux femmes. De mes huit personnages, j’ai décidé de n’en faire qu’un et de le situer dans l’industrie. Parce qu’

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Benjamin Biolay au Deezer Festival

Festival | Pour cette première édition, le leader du streaming en France bourlingue entre Nantes, Lyon et Marseille. Sur une scène à 360°, les Lyonnais pourront (...)

Corentin Fraisse | Mardi 13 juin 2017

Benjamin Biolay au Deezer Festival

Pour cette première édition, le leader du streaming en France bourlingue entre Nantes, Lyon et Marseille. Sur une scène à 360°, les Lyonnais pourront notamment profiter des concerts de Benjamin Biolay, Broken Back, Joris Delacroix et Jorrdee : un line-up aussi varié que relevé. Soirée gratuite en guise d’amuse-bouche, plus que festival, histoire de patienter tranquillement avant de pouvoir savourer ceux de l’été.

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Nicole Garcia, cinéaste

ECRANS | À l’occasion de la rétrospective de l’intégrale de son œuvre de cinéaste, Nicole Garcia fait escale au Lumière Terreaux afin de présenter son adaptation du (...)

Vincent Raymond | Mardi 23 mai 2017

Nicole Garcia, cinéaste

À l’occasion de la rétrospective de l’intégrale de son œuvre de cinéaste, Nicole Garcia fait escale au Lumière Terreaux afin de présenter son adaptation du “roman de Romand”, L’Adversaire (2002)— ou la transposition au cinéma du livre que Emmanuel Carrère avait consacré à Jean-Claude Romand, tristement célèbre pour avoir entraîné sa famille dans le piège mortel de sa mythomanie. À noter que le même soir elle présentera à 21h à l’Institut Lumière Mal de pierre (2016), sa dernière réalisation à ce jour. L’Adversaire Au Lumière Terreaux le mercredi 30 mai à 19h35

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Benjamin Biolay, release party

MUSIQUES | Sous-titré Palermo Hollywood volume 2, le nouvel opus de Benjamin Biolay s’appelle Volver, soit “retourner” en espagnol. C’est peu dire que le (...)

Vincent Raymond | Mardi 16 mai 2017

Benjamin Biolay, release party

Sous-titré Palermo Hollywood volume 2, le nouvel opus de Benjamin Biolay s’appelle Volver, soit “retourner” en espagnol. C’est peu dire que le mouvement le traverse : un va-et-vient temporel, musical et intercontinental confirmant — si besoin en était encore — la prééminence du Caladois sur la scène contemporaine, et notre addiction à ses créations. Vendredi 19 mai à 12h30, soit le jour de la sortie de cet album, il sera en rencontre et show-case à la FNAC Bellecour… avant de remettre le Volver en fin d’après-midi à Paris. Superbe. Benjamin Biolay À la FNAC Bellecour le vendredi 19 mai à midi

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"De plus belle" : à la fleur de l’âge

ECRANS | de Anne-Gaëlle Daval (Fr, 1h38) avec Florence Foresti, Mathieu Kassovitz, Nicole Garcia…

Vincent Raymond | Mardi 14 mars 2017

Quadragénaire recroquevillée sur ses complexes, Lucie vient de se rétablir d’une chimiothérapie et conserve des séquelles psychologiques de sa maladie. Si elle ne peut hélas compter sur l’affection de sa mère, qui ne cesse de la rabrouer, elle va trouver en Clovis, un dragueur compulsif et Dalila, une danseuse optimiste, deux soutiens pour affronter la vie. À nouveau. Non, De plus belle n’est pas un film SUR le cancer — sujet terrifiant, et repoussoir s’il en est ; il se situe dans sa périphérie. Abordant surtout la question de la guérison, il s’intéresse moins à celle du corps qu’à la résorption des blessures narcissiques. Tout aussi douloureuses que les affections physiologiques laissant cicatrices ou mutilations, ces dommages collatéraux invisibles sont rarement traités. Pourtant, la restauration de l’estime de soi est aussi décisive dans un processus de rétablissement que le soutien des proches ou le suivi thérapeutique. Cette première réalisation, si elle n’est pas exempte de petites incertitudes, touche par son attention portée aux écorché(e)s et aux meurtri(e)s. Alors qu’on assène ordinairement la joie de comme une évidence,

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10 concerts à ne pas manquer en décembre

MUSIQUES | Votre calendrier en décembre est déjà bien rempli ? Nul doute que vous trouverez une petite place pour ces dix concerts immanquables.

Gabriel Cnudde | Vendredi 2 décembre 2016

10 concerts à ne pas manquer en décembre

Oxia Dans le cadre du festival Elekt’rhône, Oxia viendra faire danser le Petit Salon en début de mois. Incontournable derrière les platines de la région, le Grenoblois propose depuis plus de dix ans une techno en perpétuelle évolution. Agrémentant ses tracks de funk, de rythmes tribaux ou proposant une techno minimale dans la plus pure tradition du genre, Oxia a toujours su utiliser la bonne recette au bon moment. Au Petit Salon le vendredi 2 décembre Benjamin Biolay Après avoir passé plusieurs années au fond du gouffre, mélangeant spleen, alcool et médicaments, Benjamin Biolay est de retour avec Palermo Hollywood, un album placé sous le signe du renouveau. Enregistré en Argentine, cet opus permet enfin au chanteur de laisser s'exprimer son côté festif – si, si, il en a un – sans délaisser sa moitié mélancolique. Biolay s'est

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"Irréprochable" : Marina Foïs modelée dans la noirceur

ECRANS | Un film de Sébastien Marnier (Fr, 1h43) avec Marina Foïs, Jérémie Elkaïm, Joséphine Japy, Benjamin Biolay…

Vincent Raymond | Mardi 5 juillet 2016

On ne spolie pas grand-chose de l’intrigue en laissant entendre que Constance, jouée par Marina Foïs, est ici tout sauf irréprochable. Crampon vaguement crevarde au début, elle se révèle ensuite mytho et érotomane, avant de dévoiler au bout du bout un visage plus trouble. Une cascade de “retournements”un peu outrés, censés changer notre point de vue sur ce personnage donné (trompeusement) pour bohème sympa. Le problème, c’est que l’on sait d’entrée qu’il y a un souci : regard fixe et lourd, attitudes maniaques, Constance n’a rien de la fille à qui vous confiriez votre sandwich ni votre code de carte de crédit ; elle respire le vice plus que la vertu. Modeler de la noirceur et des ambiances intrigantes ou inquiétantes semble davantage intéresser Sébastien Marnier qu’animer un personnage cohérent. Dommage, car il dispose par ailleurs d’atouts non négligeables : une distribution surprenante (mais qui fonctionne), ainsi qu’une excellente bande originale signée Zombie Zombie — un adjuvant essentiel.

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"Les Nuits de Nadja" : Le Petit Bulletin aux Nuits de Fourvière #3

CONNAITRE | 58 spectacles et quasi 200 représentations. En partenariat avec les Nuits de Fourvière, Le Petit Bulletin vous fait découvrir la richesse et la diversité de ce festival. Chaque jeudi, dès 10h, nous vous proposons d’aller à la rencontre des artistes qui, semaine après semaine, feront vos nuits plus belles que vos jours.

Nadja Pobel | Jeudi 16 juin 2016

A peine remis des cristallins concerts hommage à Moondog et celui de PJ Harvey, voici que débarque aux Nuits de Fourvière Benjamin Biolay. Mais avant d'évoquer le chanteur, place au théâtre avec trois grands artistes internationaux (Bob Wilson, Robert Lepage et Simon McBurney) et la création "La Stratégie d'Alice" d'après "Lysistrata", ou comment transposer Aristophane à Marseille. Rencontre avec le traducteur de la pièce Serge Valletti et le comédien metteur en scène Emmanuel Daumas.

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10 concerts à voir en juin

MUSIQUES | En attendant d'entrer pleinement dans la saison des festivals, voici dix concerts à ne pas louper dans la ville.

Stéphane Duchêne | Lundi 13 juin 2016

10 concerts à voir en juin

Billie On l'avait laissé sur un Baiser, on la retrouve sur un French Kiss. Le Baiser, c'était son premier album d'étrange chanson française d'obédience krautrockeuse et conteuse. Le French Kiss, c'est ce moment de retrouvailles traditionnellement organisé par le Club Transbo pour fêter la sortie (ou la release comme on dit en étranger) d'un album ou d'un EP d'un ami du coin. Là c'est un EP, Nuits Aquatiques produit par Erotic Market en mode plus r'n'b et plus coulant, quoique. Comme il se doit l'affaire se joue gratuitement sur réservation avec pléthore d'invités surprises. Au Club Transbo le mercredi 15 juin Neil Young & Promise of the Real Au rythme où ça va, gageons que Neil Young est parti pour enterrer tous ses pairs. Le fait qu'il est l'un des derniers de sa génération à sortir des albums dignes de ce nom — pas toujours, l'avant-dernier n'étant pas une réussite — et porteurs d'une capacité de régénération plutôt hors du commun. DHEA ? Non, enthousiasme, car Neil pr

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"Vicky" : une autofiction signée Victoria Bedos

ECRANS | de Denis Imbert (Fr, 1h28) avec Victoria Bedos, Chantal Lauby, François Berléand, Benjamin Biolay…

Vincent Raymond | Mardi 7 juin 2016

En théorie, on devrait éprouver compassion et bienveillance pour Victoria Bedos, la pauvre petite fille riche racontant ici sa difficulté d’avoir pour père un comédien misanthrope et pour frère un monstre d’égoïsme se servant d’elle comme d’un paillasson — de préférence les soirs de pluie. C’est à cause, ou grâce, à ces modèles masculins étouffants qu’elle a voulu se réinventer en devenant chanteuse underground, car elle a du talent, elle aussi… Mais notre empathie, on s’assoira dessus, puisque la comédienne-scénariste affirme qu’il ne faut chercher aucun règlement de compte dans ce film servant sa gloire et fusillant les affreux machos autocentrés de sa parentèle. Elle s’est pourtant donné bien du mal pour accentuer les ressemblances, pour que chacun identifie sans peine les Bedos derrière les Bonhomme. Cela dit, en étant de presque tous les plans dans l’autofiction qu’elle se consacre, Victoria montre

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L’Art de la fugue

ECRANS | De Brice Cauvin (Fr, 1h40) avec Laurent Lafitte, Agnès Jaoui, Benjamin Biolay, Nicolas Bedos…

Christophe Chabert | Mardi 3 mars 2015

L’Art de la fugue

Tiré d’un best-seller de Stephen McCauley, L’Art de la fugue se présente en film choral autour de trois frères tous au bord de la rupture : Antoine se demande s’il doit s’engager plus avant avec son boyfriend psychologue ; Gérard est en instance de divorce avec sa femme ; et Louis entame une relation adultère alors qu’il est sur le point de se marier. Le tout sous la férule de parents envahissants et capricieux — savoureux duo Guy Marchand / Marie-Christine Barrault. On sent que Brice Cauvin aimerait se glisser dans les traces d’une Agnès Jaoui — ici actrice et conseillère au scénario — à travers cette comédie douce-amère à fort relents socio-psychologiques. Il en est toutefois assez loin, notamment dans des dialogues qui sentent beaucoup trop la télévision — les personnages passent par exemple leur temps à s’appeler par leurs prénoms, alors qu’ils sont à dix centimètres et qu’ils entretiennent tous des liens familiaux ou professionnels… C’est un peu pareil pour la mise en scène, plus effacée que transparente, tétanisée à l’idée de faire une fausse note. Malgré tout cela, le film se laisse voir, il arrive même à être parfois touchan

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Gaby Baby Doll

ECRANS | De Sophie Letourneur (Fr, 1h27) avec Lolita Chammah, Benjamin Biolay, Félix Moati…

Christophe Chabert | Mardi 16 décembre 2014

Gaby Baby Doll

Qu’est-il arrivé à Sophie Letourneur ? Depuis son prometteur La Vie au Ranch, elle s’est enfermée dans un cinéma de plus en plus autarcique et régressif. Les Coquillettes sentait le truc potache vite fait mal fait, un film pour happy few où la blague principale consistait à reconnaître les critiques cinéma parisiens dans leurs propres rôles de festivaliers traînant en soirées. Gaby Baby Doll, à l’inverse, choisit une forme rigoureuse, presque topographique, reposant sur la répétition des lieux, des actions et des plans, pour raconter… pas grand-chose. Car cette love story campagnarde longuement différée entre un ermite barbu et épris de solitude (Biolay, égal à lui-même) et une Parisienne qui ne supporte pas de passer ses nuits seule (Lolita Chammah, plutôt exaspérante) est pour le moins inconsistante. Letourneur semble parodier la forme de la comédie rohmerienne en la ramenant sur un territoire superficiel et futi

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Tiens-toi droite

ECRANS | De Katia Lewkowicz (Fr, 1h35) avec Marina Foïs, Laura Smet, Noémie Lvovsky…

Christophe Chabert | Mardi 25 novembre 2014

Tiens-toi droite

Désireux de redonner du souffle à un féminisme attaqué de toute part par les tenants réac' de la pensée zemmourienne, Tiens-toi droite s’enfonce dans un récit multiple dont les contours sont particulièrement flous. Les protagonistes sont présentées par une voix-off introductive — la mère de famille nombreuse, la miss réduite à un objet sexuel, la chef d’entreprise dont la vie personnelle est entamée par son activité professionnelle — mais en cours de route, Lewkowicz en rajoute une quatrième, une petite fille boulotte obsédée par les canons de la beauté féminine telle que la société les impose. Impossible de voir dans ce genre de coup de force narratif autre chose qu’un grand fouillis qui semble avoir échappé à tout contrôle : si Tiens-toi droite a un sujet, il n’a à proprement parler aucune forme, ni scénaristique, ni filmique, avançant au gré des intentions de son auteur et de séquences sans début ni fin, visiblement rapiécées par un montage hystérique. Le film paraît surtout totalement coupé du monde réel, fantasme d’une cinéaste qui oublie le spectateur, proche de ces piles de romans français qui déferlent à la rentrée littéraire et disparaissent en

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Réparer les vivants

SCENES | Aux Célestins, "Platonov" nous plonge, 3h30 durant et en (très) bonne compagnie du collectif Les Possédés et d’Emmanuelle Devos, dans une Russie qui ne subodore pas encore les révolutions du XXe siècle. Un beau voyage. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 18 novembre 2014

Réparer les vivants

«Qu’est-ce qu’il y a ? – Rien, on s’ennuie». Pas de doute, dès la première réplique de la pièce, nous sommes chez Tchekhov. À la campagne bien sûr, loin de la fureur urbaine de Moscou ou Saint-Petersbourg. Loin de la vie. Quoique. Car si les personnages du maître russe perdent leurs repères et leur richesse en même temps que leurs amours s’écroulent – tandis que d’autres, gravitant autour d’eux, cherchent à récupérer quelque cœur ou argent – de toute évidence, tous vivent, leur ennui devenant le terreau de leurs désirs balbutiants. Anna Petrovna, jeune veuve criblée de dettes, reçoit dans sa maison, comme chaque été. Parmi les convives, l’orgueilleux Mikhaïl Vassilievitch Platonov, instituteur marié, frustré de ne pas être un grand écrivain au bras d’une femme plus désirable que la sienne, au point qu'il va se mettre en tête de séduire celles des autres. Pour restituer tous ces liens avec fluidité, il fallait un collectif fort. Celui des Possédés s’est formé il y a dix ans et la plupart de ses membres sont issus du cours Florent. Emmenés par Rodolphe Dana, metteur en scène et acteur (Platonov himself), ils ont un sens du rythme et de l’espace qui, c’est

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On a failli être amies

ECRANS | D’Anne Le Ny (Fr, 1h31) avec Karin Viard, Emmanuelle Devos, Roschdy Zem…

Christophe Chabert | Mardi 24 juin 2014

On a failli être amies

Au départ d’On a failli être amies, il y a un beau sujet : comment deux femmes en viennent à échanger leurs rôles, l’une par ennui de sa vie conjugale, l’autre par envie d’une aventure sentimentale. Au lieu de se jouer sur le terrain du vaudeville, cela se fait par le biais du travail : la conseillère Pôle Emploi tente de recaser professionnellement sa rivale pour lui piquer son patron de mari. Curieusement, Anne Le Ny ne choisit pas de creuser ce regard profondément inquiet sur une époque où la compétition libérale se répercute même dans les rapports amoureux ; elle préfère broder une comédie vieillotte et télévisuelle aux dialogues impossibles et à la musique régulièrement à côté de la plaque, où tout sonne faux et où le boulevard reprend sans cesse le dessus sur l’observation sociale. Ce mix de calibrage et de décisions hasardeuses fait un dommage collatéral : les deux actrices, qu’on a rarement vues autant à la peine. Il faut dire aussi que Karin Viard et Emmanuelle Devos trustent tellement les écrans depuis un an — et même six mois pour Viard — qu’on a l’impression de ne plus voir que leurs tics de jeu et pas les personnages qu’elles défendent.

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L'amour à la française

MUSIQUES | Revenue au sommet sous l'impulsion de Benjamin Biolay, Vanessa Paradis, cette délicate pâte à modeler, retrouve son Pygmalion le temps d'une paire de concerts avec l'orchestre du CRR de Lyon. Un événement "made in" Nuits de Fourvière. Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Mardi 10 juin 2014

L'amour à la française

Plus de vingt-cinq ans que Vanessa Paradis navigue dans le monde de la chanson française, sous-catégorie variété haut de gamme. Une longévité remarquable pour celle qui n’écrit pas (ou si peu) ses morceaux : le pari, risqué, la rend dépendante d’autres. Mais ce serait sans compter sur ce mystère qui lui permet de subtilement diffuser sa sève, pour que les disques qu’on lui écrit semblent venir directement d’elle. Normal, puisqu’elle s’est souvent associée à des auteurs-compositeurs de renom, principalement des hommes, avec lesquels il lui est arrivée d'entretenir une relation plus que professionnelle – fut-elle amicale ou amoureuse. Serge Gainsbourg en 1990 pour le moins cul-cul qu’il n’y paraît Variations sur le même t’aime, Lenny Kravitz en 1992 pour l’envoûtant (et tout en anglais) Vanessa Paradis, ou encore Matthieu Chédid et quelques autres musiciens de la même veine en 2000 pour l’écrin Bliss 

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Nuits de Fourvière 2014 - La programmation

CONNAITRE | 65 spectacles, 170 levers de rideau, des rendez-vous au TNG, à Gadagne ou à la Maison de la danse : les Nuits de Fourvière s'annoncent plus foisonnantes que jamais. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Jeudi 13 mars 2014

Nuits de Fourvière 2014 - La programmation

L'an passé, nous saluions le starpower de la soixante-huitième édition des Nuits de Fourvière. Maintenant que nous connaissons la teneur de la soixante-neuvième, nous voilà contraints de revoir notre jugement à la baisse : en termes d'éclat et de densité, la programmation de 2014 est à celle de 2013 ce que la Grande Nébuleuse d’Andromède est à la Voie Lactée. Le principal artisan de ce saut hyperspatial qualitatif n'est autre que Richard Robert, transfuge des Inrockuptibles qui semble avoir avoir définitivement trouvé ses marques de conseiller artistique. Impeccablement équilibré entre reconnaissance de phénomènes franco-belges (Phoenix,  Fauve et Stromae), concerts événementiels (un hommage à Robert Wyatt, Benjamin Biolay qui dirigera un orchestre pour sa nouvelle muse, Vanessa Paradis), rappels de la suprématie de la pop d'outre-Manche (le collectif multimédia Breton, Damon Albarn pour son premier album solo, Franz Ferdinand, Miles Kane), passages ob

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Arrête ou je continue

ECRANS | De Sophie Fillières (Fr, 1h42) avec Emmanuelle Devos, Mathieu Amalric…

Christophe Chabert | Mardi 25 février 2014

Arrête ou je continue

Un chat, un chat hérissait déjà le poil ; Arrête ou je continue donne sérieusement envie d’en finir avec le cinéma de Sophie Fillières, désormais pris au piège de son autarcie, comme coupé de la réalité — du monde comme du cinéma d’aujourd’hui. Pour raconter la peur du temps qui passe chez une quadragénaire qui voit ses enfants grandir, son corps lui échapper et l’amour pour son mari s’éroder, elle en passe par des situations où seule l’intention de la scène compte, jamais sa mise en forme à l’écran. Dialogues signifiants et surécrits — à côté, ceux des Larrieu paraissent naturalistes —, direction artistique proche de zéro — murs blancs, accessoires choisis au supermarché du coin — figurants livrés à eux-mêmes — la scène de la fête atteint des sommets en la matière — et absence hallucinante de rythme ; tout concourt à une grande caricature d’auteurisme à la française, à la fois arrogant et pauvre, où l’on ne voit ni les personnages, ni l’histoire, juste Fillières riant toute seule de ses piètres trouvailles — elle s’appelle Pomme, il s’appelle Pier

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Un beau dimanche

ECRANS | De Nicole Garcia (Fr, 1h35) avec Pierre Rochefort, Louise Bourgoin, Déborah François…

Christophe Chabert | Mardi 4 février 2014

Un beau dimanche

On connaît désormais si bien le cinéma de Nicole Garcia, et on l’apprécie si peu, que chaque film vient consolider une œuvre dont la cohérence est aussi indéniable que l’absence d’intérêt. Sans surprise, Un beau dimanche regorge de plans où les personnages se figent, le regard pénétré, absorbés par leur tourment, et de dialogues signifiants et sentencieux, psychologisme souligné au feutre noir. Le film repose en partie sur les épaules de Pierre Rochefort, qui doit composer un personnage corseté par cette introversion forcée et une forme de passivité face au monde guère pratique pour discerner ses qualités de comédien. Dans un paradoxe qui rendrait presque l’ensemble mystérieux, on nous raconte comment un homme décide de refuser l’héritage familial, alors que Garcia cherche à offrir son premier grand rôle à l’écran à son propre fils… Cette curiosité ne tient pas longtemps, emportée par un dernier acte où la lutte des classes se résume à un empilement de clichés gênants — la haute bourgeoisie réduite à de grandes demeures, des parties de tennis et des pulls noués autour des épaules. Au milieu de ce film congelé, Louise Bourgoin apporte une rafraîchissante

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La Vie domestique

ECRANS | D’Isabelle Czajka (Fr, 1h33) avec Emmanuelle Devos, Julie Ferrier, Natacha Régnier…

Christophe Chabert | Mardi 24 septembre 2013

La Vie domestique

Version lénifiante et léthargique d’un épisode de Desperate housewives, La Vie domestique est une sorte de cauchemar qui prendrait l’allure d’une sieste tranquille dans le jardin. Claquemuré dans une banlieue bourgeoise parisienne, le film suit quatre femmes au bord de la crise de nerfs, réduites à un pesant statut d’épouses ou de mères. La plus lucide — Emmanuelle Devos — tente de s’affranchir de ce patriarcat en retrouvant un job et en dispensant des ateliers de littérature à des élèves en difficulté, mais elle finira elle aussi par rentrer résignée dans ses pénates. Les autres se traînent entre shopping, McDo, dégustation de Nespresso et considérations sur la vie, soit le Grand Chelem du placement produit et de la scène à ne pas faire — on y ajouterait bien ce moment, ahurissant, où le mari de Devos vante les mérites d’Agnès Obel, avec bio Itunes en guise d’argumentaire. Où Isabelle Czajka veut-elle en venir avec ce regard sourdement ricanant sur des personnages confits dans l’aigreur ? Aucune critique sociale ne pointe à l’horizon sinon un vague drame en lointain arrière-plan, noyé dans les d

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Gare du Nord

ECRANS | Claire Simon tente une radiographie à la fois sociologique et romanesque de la gare du nord avec ce film choral qui mélange documentaire et fiction. Hélas, ni le dialogue trop écrit, ni les récits inventés ne sont à la hauteur de la parole réelle et des vies rencontrées… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 27 août 2013

Gare du Nord

Pensant probablement le naturalisme en bout de course pour raconter le monde contemporain, deux réalisatrices tentent en cette rentrée de faire se croiser réalité documentaire et fiction intime. Si Justine Triet avec sa Bataille de Solférino s’en tire grâce à l’élan vital débraillé qui irrigue sa fiction, le dispositif de Gare du Nord échoue à hisser le romanesque à la hauteur de la réalité. Il y a d’abord un prétexte très artificiel véhiculé par le personnage de Reda Kateb, étudiant en sociologie faisant une thèse sur la gare du Nord comme «place du village global», justification scénaristique facile pour le montrer abordant commerçants et usagers. Ensuite, la structure chorale du film, avec ses trois histoires entremêlées — une femme malade tombe amoureuse d’un homme plus jeune qu’elle, un père cherche sa fille fugueuse, une agent immobilière ne supporte pas d’être séparée de son mari et de ses enfants — paraît là aussi dictée par une intention trop appuyée, celle de faire se croiser dans un microcosme à la fois unique et mondialisé des destins singuliers. Que Claire Simon ait recours

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Le Temps de l’aventure

ECRANS | Brève rencontre entre une comédienne de théâtre et un Anglais endeuillé, un 21 juin à Paris : un petit film charmant et très français de Jérôme Bonnell, sans fausse note mais sans élan non plus. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 2 avril 2013

Le Temps de l’aventure

Il y a toujours quelque chose de touchant à voir un cinéaste faire une déclaration d’amour à une actrice… C’est en tout cas une évidence qui saute aux yeux dès le début du Temps de l’aventure : Jérôme Bonnell a voulu offrir un beau cadeau à Emmanuelle Devos, dont on sait à quel point elle se plaint de la maigreur des personnages féminins dans le cinéma français, à travers Alix, comédienne de théâtre vivant depuis longtemps avec un homme que l’on ne verra jamais, et dont on imagine que leur relation est à un tournant — on ne dira pas lequel. Une séquence, d’ailleurs, est une merveilleuse mise en abyme de cette fascination. Alix va passer un casting pour un long métrage : seule face à la caméra vidéo d’un obscur assistant qui lui donne la réplique, elle a droit à deux "prises", la première sur un ton de comédie, la deuxième beaucoup plus mélodramatique. Dans les deux, elle est parfaite et c’est évidemment tout le talent d’Emmanuelle Devos, son sens magistral de la rupture de jeu, qui éclate à l’écran. Paris vaut bien une aventure… C

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Nuits de Fourvière 2013 - La programmation

MUSIQUES | Pour certains, le début du printemps coïncide avec la floraison des crocus et le réveil des hérissons. Pour d'autres, elle s'incarne dans un bouillonnement hormonal, dans une atmosphère révolutionnaire ou dans une recrudescence de la présence de punks à chien (les hirondelles des citadins). Au Petit Bulletin, le printemps devient réalité au moment où les Nuits de Fourvière dévoilent l'intégralité leur programmation. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Samedi 23 mars 2013

Nuits de Fourvière 2013 - La programmation

Cette année, c'est ve lundi 25 mars à 11h que les Nuits de Fourvière ont annoncé qui, à l'instar de M (13 juin), Dead Can Dance (27 juin), Crosby, Stills & Nash (16 juillet) et Nick Cave (27 juillet), aura cet été l'insigne honneur d'être enseveli sous des coussins – au contraire du Cirque Plume qui, pour rappel, investira le Parc de Parilly du 28 juin au 1er août. La colline a des vieux S'il fallait résumer la teneur de cette édition 2013 des Nuits en un mot qui n'existe pas, ce serait vénérabilité. Et pour cause ! L'événement a beau accueillir chaque année son lot de mythes vivants, on a rarement vu une telle concentration d'artistes aux carrières longues comme des jours sans communiqués de presse (notre pain quotidien) à son affiche. Jugez plutôt : outre le rereretour du metteur en scène Georges Lavaudant (en ouverture du 4 au 12 juin avec un Cyranoc de Bergerac), les antiques hauteurs de Lyon verront défiler les chorégraphes Angelin Preljocaj

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Tu honoreras ta mère et ta mère

ECRANS | De Brigitte Roüan (Fr, 1h32) avec Nicole Garcia, Éric Caravaca, Gaspard Ulliel, Emmanuelle Riva…

Christophe Chabert | Vendredi 1 février 2013

Tu honoreras ta mère et ta mère

À l’image de Nous York, Tu honoreras ta mère et ta mère ressemble à un film de vacances, dans tous les sens du terme. Vacances des protagonistes, venus en Grèce participer à un festival finalement annulé pour cause de crise économique, et du coup réduits à des chamailleries familiales où la mère (Nicole Garcia) devient le centre de toutes les névroses ; mais aussi vacances du scénario, dont on attend sans succès qu’il fasse apparaître un quelconque enjeu dramatique. Le film ne joue donc que sur l’accumulation, à commencer par celle des personnages, innombrables et dont on survole les caractères sans jamais les approfondir. Cette superficialité se retrouve aussi dans des allusions à l’actualité sans conséquence — de la Syrie à l’influence néfaste du FMI — ou des références brouillonnes à la tragédie grecque. Le film avance en roue libre, amenant des péripéties qu’il règle dans la minute suivante, des conflits qu’il oublie en cours de route. Du coup, quand le film s’achève, on a le sentiment qu’il n’a même pas commencé. Christophe Chabert

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Benjamin Biolay

MUSIQUES | «À Lyon, déclarait Benjamin Biolay dans une interview aux Inrocks en juin 2011, je suis devenu un homme». Ce qui explique inévitablement l'attachement du (...)

Stéphane Duchêne | Vendredi 7 septembre 2012

Benjamin Biolay

«À Lyon, déclarait Benjamin Biolay dans une interview aux Inrocks en juin 2011, je suis devenu un homme». Ce qui explique inévitablement l'attachement du Caladois à la ville à laquelle il consacra le titre Lyon Presqu'île sur son album La Superbe. Lui qui affirme qu'il ne pourra jamais jouer à Saint-Étienne – sans qu'on sache trop s'il fait allusion à une éventuelle carrière de footballeur – revient en revanche régulièrement dans la ville de son cœur. Ou au moins, juste à côté, à Villeurbanne, au Transbordeur, où il se produira mercredi 22 mai prochain pour présenter Vengeance, son nouvel album à venir le 5 novembre prochain, qu'on espère terrible. Benjamin Biolay - BB#1 par naiverecords

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Le Fils de l’autre

ECRANS | De Lorraine Levy (Fr, 1h45) avec Emmanuelle Devos, Pascal Elbé, Jules Sitruk…

Christophe Chabert | Mercredi 28 mars 2012

Le Fils de l’autre

Casse-gueule au possible, le sujet du Fils de l’autre ressemble à une version sérieuse de La Vie est un long fleuve tranquille transposé dans le contexte israélo-palestinien. Soient deux couples, l’un juif, l’autre arabe, dont les enfants ont été échangés par inadvertance à la maternité et qui, dix-sept ans plus tard, découvrent la méprise. Peut-être consciente qu’elle marche sur des œufs, Lorraine Levy (sœur de Marc et réalisatrice de deux films plutôt oubliables jusqu’ici) s’applique à se sortir par le haut des embûches de son script. Le questionnement identitaire des deux ados, notamment, est finement traité, l’enfant de Gaza ayant déjà une longueur d’avance sur son "frère" de Tel-Aviv, maturité acquise dans l’adversité et lui offrant un recul salutaire face à la situation. À l’arrivée, cette identité apparaît avant tout comme une construction culturelle, et non une question de sang ou de sol, donc aisément déplaçable. Levy choisit clairement d’aller vers l’optimisme ce qui lui évite, à la différence du récent Une bo

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Young folk

MUSIQUES | Coqueluche lyonnaise depuis près de deux ans, Ronan Siri sort enfin son premier disque, "To be twin sides", un EP 6 titres qui témoigne de la belle évolution musicale de ce musicien autodidacte et annonce le meilleur pour l'album à venir. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Vendredi 20 janvier 2012

Young folk

Il y a quelques jours, Ronan Siri a posté sur le net une reprise d'Heart of gold de Neil Young. Un événement considérable quand on songe qu'il y a encore quelques temps, on moquait gentiment lors d'une discussion informelle le jeune musicien lyonnais, fan de Bon Iver ou Ray Lamontagne, qui avouait mal connaître ses classiques, dont Neil Young. La preuve s'il en fallait une que sa trajectoire de météorite n'a pas empiété sur l'évolution musicale du bonhomme. Tout commence avec l'envoi d'un morceau pour un concours musical comme il y en a des centaines, sauf que le prix est un peu particulier : «Ma maquette a été sélectionnée parmi 80 autres et j'ai gagné le droit de faire la première partie de Benjamin Biolay.». La fée Biolay flaire le talent et le prend alors sous son aile mais sans l'étouffer, sans même qu'une éventuelle collaboration ne soit envisagée comme c'est souvent le cas avec ce compositeur-producteur : «Benjamin", argumente Stéphane Thien, directeur artistique de BeMyEvents, éditeur et ange gardien du jeune musicien, "est conscient que Ronan a suffisamment de talent pour voler de ses propres ailes. Il sent un potentiel musical tel qu'il

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La Permission de minuit

ECRANS | De Delphine Gleize (Fr, 1h50) avec Vincent Lindon, Quentin Challal, Emmanuelle Devos…

Christophe Chabert | Mercredi 23 février 2011

La Permission de minuit

La Permission de minuit permet à Delphine Gleize de sublimer le thème qui parcourait ses courts et ses longs-métrages : la question de la normalité face au pathologique. À travers l’amitié entre un médecin quinquagénaire et un adolescent atteint d’une maladie génétique rare lui interdisant de s’exposer à la lumière, la cinéaste aborde la question avec la bonne distance. La maladie et le cérémonial qui l’entoure (des combinaisons futuristes, une maison aux vitres teintées…) introduisent une étrangeté presque fantastique dans le récit. Les rapports entre David et Romain, très crus et loin du sérieux de la relation médecin patient, sont un autre contre-pied au mélodrame attendu. Le choix de Vincent Lindon, acteur intense et intègre, est pour beaucoup dans ce naturel bienvenu. Dommage que Gleize soit meilleur cinéaste que scénariste : le deuxième acte perd du temps avec le personnage-fonction d’Emmanuelle Devos, et le film n’arrive pas à se choisir une fin. Il faut dire qu’il trouve son point d’orgue bien plus tôt, dans une très belle et très gonflée scène d’amour entre deux ados où Gleize ne détourne pas plus le regard de la nudité qu’elle ne le faisait de la maladie. CC

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Qui a envie d'être aimé ?

ECRANS | D’Anne Giafferi (Fr, 1h29) avec Éric Caravaca, Arly Jover, Benjamin Biolay…

Christophe Chabert | Mardi 1 février 2011

Qui a envie d'être aimé ?

La semaine du triomphe annoncé de "Des hommes et des dieux" aux Césars sort "Qui a envie d’être aimé ?", et le cinéma français franchit un pas supplémentaire dans le choix de la religion contre le politique. Un signe des temps que l’on ne se résout pas à accepter docilement. Comme le film de Beauvois, celui de Giafferi soigne l’emballage : le casting est intelligent (notamment les seconds rôles de Biolay et Bidaud), le scénario et les dialogues se tiennent, et la réalisation est proprette. Mais sur le fond, c’est une autre paire de manches… La crise existentielle de l’avocat Caravaca est résolue non par un deus ex-machina, mais par une révélation au sein d’un groupe de parole catholique. Pas d’illumination ou de conversion spectaculaire ; le film vend une approche light de la religion telle que l’Église la markette depuis la fin du XXe siècle : cool, tolérante, un peu ringarde mais ouverte, porteuse de bienfait pour soi et inoffensive pour autrui. Les intolérants, ce sont ceux qui ne comprennent ni n’acceptent ce choix. La conclusion, édifiante de prosélytisme et sans la moindre trace d’ironie, légitime totalement le parcours de son personnage. Il était malade, il est maintenant

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Un balcon sur la mer

ECRANS | De Nicole Garcia (Fr, 1h45) avec Jean Dujardin, Marie-Josée Croze…

Christophe Chabert | Lundi 13 décembre 2010

Un balcon sur la mer

Marc, agent immobilier à Aix, voit ressurgir dans sa vie la fille qu’il a aimée enfant dans les rus d’Oran, et avec elle le souvenir de la guerre d’Algérie. "Un balcon sur la mer", c’est un canevas parfait pour que Nicole Garcia déploie son habituel cinéma psychologique à la mise en scène guindée et surdramatisée. Cette fois, elle est allée chercher "Vertigo" à la rescousse, dont elle réagence tous les éléments (la brune / la blonde, le fantôme du souvenir et même le complot, la part la plus faible du film) sans faire surgir aucun mystère, aucun trouble, aucune passion. Seule satisfaction : dans ce cinéma où la légèreté est absolument interdite, Dujardin arrive toutefois à rapatrier un peu de sa sympathie naturelle, et à faire exister un personnage juste et touchant. CC

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Benjamin Biolay

MUSIQUES | De retour dans sa Villefranche natale pour un concert exceptionnel le 11 décembre, Benjamin Biolay garde aussi un lien pérenne avec Lyon, ses collines et ses quais comme intarissable source d’inspiration. SL

Dorotée Aznar | Dimanche 5 décembre 2010

Benjamin Biolay

Petit Bulletin : Quels étaient vos «spots culturels» de prédilection à l’époque où vous étiez étudiant au Conservatoire de Lyon ?Benjamin Biolay : Je fréquentais beaucoup l’Opéra, la Maison de la Danse et l’Auditorium, même si je le trouve hideux. J’allais aussi à la Bourse du Travail pour les concerts, au Transbordeur et dans des petits clubs comme le Bistroy, qui a malheureusement disparu. Mais il y a pas mal de beaux endroits à Lyon pour la culture. Dans votre chanson Lyon Presqu’île, vous dites «c’est comme si j’étais parti hier», mais en l’occurrence le bout de la presqu’île s’est complètement métamorphosé depuis votre départ. Avez-vous eu l’occasion de découvrir le quartier Confluences, cette architecture radicalement nouvelle à Lyon ?Oui, et je trouve ça plutôt réussi, même si ça a été un choc pour moi qui suis plus porté sur les vieilles pierres. J’aime mieux les quais de Saône et les quartiers Renaissance, mais je trouve la politique d’aménagement de la ville très audacieuse depuis quelques années. Quels sont les monuments, l’architecture qui vous touche personnellement ?Étant plus ému par l’ancien, j’aime beaucoup les ponts et les

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La Meute

ECRANS | De Franck Richard (Fr-Belg, 1h25) avec Émilie Dequenne, Benjamin Biolay, Yolande Moreau…

Christophe Chabert | Mardi 21 septembre 2010

La Meute

Les vingt premières minutes de "La Meute" sont encourageantes : ambiance trou du cul du monde réussie, dialogues percutants à la Bernie Bonvoisin, casting à contre-emploi efficace. On nage alors dans une comédie très noire, qui s’arrête net avec l’irruption de l’horreur et du fantastique. Le film n’a alors plus grand-chose à raconter, sinon les lieux communs du genre — des monstres dégueux, des humains obligés de se liguer pour lutter contre la menace comme dans certains Hawks. Étrange sensation d’une série B partie en trombe et qui tombe en panne sèche dès son premier tiers, se contentant alors de remplir pour remplir, sans espoir de retour. CC

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Le Superbe

MUSIQUES | Album / Il faut un certain culot pour intituler son album La Superbe quand on a déjà une réputation d’imbuvable qui pète plus haut que son cul et crache sur (...)

Dorotée Aznar | Vendredi 19 mars 2010

Le Superbe

Album / Il faut un certain culot pour intituler son album La Superbe quand on a déjà une réputation d’imbuvable qui pète plus haut que son cul et crache sur les copains. Ou pour ouvrir cet album d’un titre éponyme à la grandiloquence entretenue. Il faut ne pas avoir peur d’offrir son flanc au sacrifice de l’éreintement de la critique. Mais en martelant en guise de refrain désabusé «on la perd, on la gagne, la superbe», ce Benjamin Biolay à l’inspiration et aux humeurs en montagnes russes, sait de quoi il parle et retrouve la sienne, de superbe. Et comme tous ceux qui connaissent des pannes d’inspiration, quand il la retrouve, il lâche les vannes, les rênes et les violons. Pas vraiment freiné musicalement par son nouveau label Naïve, Biolay a fait tout ce qu’il a voulu et voulu tout et son contraire. Ca donne ce morceau d’ouverture, donc, La Superbe, qui nous réconcilie avec cette vieille lune fade qu’est devenu le trip-hop et ouvre les choses en grand. Album de variété au sens propre du terme, d’influence hip-hop comme pop (Prenons Le Large, très New Order, ou Reviens-mon amour patiné Smiths), La Superbe est un album roboratif mais jamais étouffan

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L’Impossible Monsieur B.B.

MUSIQUES | Portrait / Ex-petit génie ramenard revenu de tout, Benjamin Biolay a toujours agacé autant qu’impressionné. Mais avec La Superbe, album déprimé et grandiose doublement récompensé aux Victoires de la Musique, Biolay a retrouvé la sienne. Ou quand le talent s’illumine à mesure que l’homme s’assombrit. Stéphane Duchêne

Dorotée Aznar | Vendredi 19 mars 2010

L’Impossible Monsieur B.B.

Livrons nous à un petit sondage, puisque c’est à la mode. «Si vous deviez, à l’aide d’une citation, définir au plus près Benjamin Biolay diriez-vous comme Michel Audiard : «Les cons ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnaît» ou comme Jonathan Swift : «Quand un génie véritable apparaît en ce bas monde, on peut le reconnaître à ce signe que les imbéciles sont tous ligués contre lui». Il y a fort à parier que le résultat d’une telle enquête d’opinion frôlerait le 50-50, dévoilant la réalité d’un chanteur détesté par tous ceux qui ne l’adorent pas. Con génial ou génie déconnant, la réalité de Biolay, pourtant, se trouve sans doute à mi-chemin de la punchline des Tontons Flingueurs et de l’aphorisme du père de Gulliver, fruit de l’agacement dont le chanteur fait régulièrement l’objet et de la reconnaissance artistique sans cesse renouvelée dont il bénéficie depuis sa première Victoire de la Musique en 2002. Adoubé Chevalier des Arts et des Lettres en 2004, Biolay a eu contre lui d’être aussi un paladin du mot cru asséné comme un coup d’épée, fut-ce mal ajusté, fut-ce dans l’eau croupie de la rancœur, comme dans une fameuse interview à Technikart en 2007. Un Gulliver

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Beau, oui, comme Biolay

MUSIQUES | Disco / De disques ambitieux en albums personnels, la trajectoire de Benjamin Biolay à travers sa musique.

Dorotée Aznar | Vendredi 19 mars 2010

Beau, oui, comme Biolay

"Rose Kennedy" (2001)Disque inaugural et album concept autour du clan Kennedy. Biolay y donne des indices de ses élans fitzgéraldiens (John comme Francis Scott) : sa fascination pour la grandeur et pour la décadence qui la suit comme son ombre. Encore un peu lisse mais déjà compositeur et arrangeur de premier ordre. "Négatif" (2003)Un temps pensé comme un double album et sorti comme tel en édition limité. Biolay pousse le bouchon orchestral encore plus loin, tout en explorant son côté folk (il sample la Carter Family, parangon du dépouillement) et en rêvant toujours d’Amérique. "Home" (2004)BB rentre à la maison avec ce disque de folk domestique en duo avec sa femme d’alors, Chiara Mastroianni. Écrit sur la route et enregistré dans le cocon familial, "Home" est l’album du bonheur conjugal simple. Chiara y joue les Françoise Hardy folk pour un Biolay si enamouré qu’il laisse de côté la déco parfois pensante dont il est friand. "À l’origine" (2005)Étiqueté singe savant pop, Biolay montre ici qu’il n’est pas qu’un accordeur de violons, un arrondisseur d’angles un peu morts. Enhardi par l’influence de plus en plus manifeste du hip-hop,

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Dans ta face

MUSIQUES | Quoi qu’on pense des «sorties» de Biolay, il faut lui reconnaître un certain sens de la formule. Florilège. Technikart, juillet-août 2007 :«Le pire, (...)

Dorotée Aznar | Vendredi 19 mars 2010

Dans ta face

Quoi qu’on pense des «sorties» de Biolay, il faut lui reconnaître un certain sens de la formule. Florilège. Technikart, juillet-août 2007 :«Le pire, c'est Bénabar. (…) Je comprends pas comment on peut avoir envie d'être ce gars là. /…/ Tu te fantasmes pas en mec habillé en fonctionnaire des postes qui te dit : «tiens on va se faire livrer une pizza». /…/ La chanson française me débecte ! Tu prends le métro, tu vois des affiches pour des Fabien Martin et des Martin Fabien qui ont tous la même tête...».  Le Figaro, 20 octobre 2009, à propos de l’interview de 2007 dans Technikart :«C’est ma croix. Il faut l'avoir fait une fois dans sa vie pour ne jamais retourner à une interview ivre mort». Le Nouvel Obs’, 15 octobre 2009 :«Polnareff ? Un débile mental... En plus, je le trouve bidon. On dirait Philippe Lucas».«Jean-Louis Murat me fait penser à Leonard Cohen. Hélas, les gens ne le voient pas comme le grand chanteur qu'il est, mais seulement comme le bon client qui débine tout le monde à la télé. Katerine est un chanteur raffiné que j'admire. Pour se faire reconnaître par le grand publi

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Complices

ECRANS | De Frédéric Mermoud (Fr-Suisse, 1h33) avec Gilbert Melki, Emmanuelle Devos, Cyril Descours…

Christophe Chabert | Mercredi 13 janvier 2010

Complices

Complices, premier film d’un jeune cinéaste suisse aux courts-métrages prometteurs, souffre d’une schizophrénie fatale. Présenté comme un polar avec meurtres, flics et enquête, il s’agit en fait d’une énième laborieuse chronique de mœurs. Le corps d’un ado est retrouvé sur les rives du Rhône ; au fil d’incessants flashbacks (la pire idée du scénario, qui tue dans l’œuf l’envie d’en connaître l’issue), on découvre que Vincent était un gigolo ayant entraîné sa petite amie dans ses relations tarifées avec des hommes mariés. En parallèle, les inspecteurs Melki (qui refait peu ou prou son personnage dans la trilogie de Belvaux) et Devos (dont les apartés placement produit pour Meetic font vraiment peine), passent plus de temps à se tourner autour qu’à élucider le fait-divers. Le film accumule au passage tous les clichés — les notables partouzeurs, les jeunes friqués et pervers, les homos honteux ou solitaires… et ne masque pas son véritable dessein : se repaître de l’anatomie de son acteur principal, filmé comme une couverture de Têtu, ce qui en dit long sur la visée générale de Complices, à savoir du Téchiné new-look et branché. CC

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À l'origine

ECRANS | Remonté et raccourci après sa présentation cannoise, le quatrième film de Xavier Gianolli y a gagné en force, cohérence et mystère, donnant à l’odyssée d’un petit escroc construisant un tronçon d’autoroute un caractère épique et fascinant. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 4 novembre 2009

À l'origine

Lors du dernier festival de Cannes, 'À l’origine' avait surtout frappé par sa durée un peu mégalo (2h35 !) et son désir de tout expliquer, frisant la surdose psychologique. Xavier Gianolli a depuis revu sa copie, dans le bon sens : la version qui sort en salles est bien meilleure, puisqu’elle ressert et opacifie les enjeux, se concentre sur l’action et relègue les motivations à l’arrière-plan (il en reste toutefois quelques traces dans des dialogues qui, parfois, mettent dans la bouche des personnages les intentions de l’auteur). Ainsi du protagoniste de l’histoire ; on ne sait plus rien du passé de ce type bizarre qui, dès les premiers plans, monte un «coup» aussi énorme qu’étrange. Il se fait passer pour Philippe Miller, patron d’une filiale fictive de la CGI, une entreprise de travaux publics qui a arrêté net la construction d’une autoroute sous la pression des écologistes locaux défendant une race de scarabées. Miller fait croire qu’il va la remettre en chantier. Son plan fonctionne au-delà de ses attentes : dans une région dévastée par le chômage, il apparaît comme un messie moderne, ressuscitant les rêves de travail de la population, élus ou citoyens, entrepreneurs ou simples

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Stella

ECRANS | De Sylvie Verheyde (Fr, 1h43) avec Léora Barbara, Karole Rocher, Benjamin Biolay…

Christophe Chabert | Mercredi 5 novembre 2008

Stella

Fille de deux tenanciers de café, Stella intègre un collège bourgeois à Paris dans les années 80. Pour évoquer cette époque et ce contraste, Sylvie Verheyde choisit le registre attendu de la chronique autobiographique dans ce qui ressemble à un épisode inédit de la série Tous les garçons et les filles de leur âge. On en retrouve les figures imposées : les profs archétypaux, les boums, l’amitié compliquée, les relations avec (et entre) les parents… Si le film sonne juste, il sonne aussi assez creux — une fois de plus, faire les étonnés serait d’une grande mauvaise foi critique. Il faut cependant saluer la qualité et l’intelligence du casting : des gueules, des corps et des voix authentiques, notamment la trop rare Karole Rocher, un Benjamin Biolay bien meilleur que dans Didine et Guillaume Depardieu, bloc de douleur et de tendresse, à la présence très émouvante. CC

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Initiales BB

MUSIQUES | Benjamin Biolay, chanteur et musicien, brouille les pistes et brise son image, tout en livrant le meilleur de sa musique avec un album fulgurant, Trash Yéyé. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 31 octobre 2007

Initiales BB

Une vilaine rumeur circule depuis des semaines sur Internet. Une indiscrétion qui gonfle et finit par prendre toute la place. Du genre petit secret dont l'intéressé ne se glorifie pas même s'il a, ces derniers temps, beaucoup paru dans les media. D'ici à ce que cet article paraisse, cette rumeur sera officielle ou aura été démentie par les faits ; autant dès lors la livrer au conditionnel : Benjamin Biolay aurait accepté de faire partie du jury de la Star Academy. En soit, ce n'est pas un événement, et n'influe pas directement sur sa prestation très attendue au Ninkasi Kao - le concert est maintenu, quoi qu'il arrive. Cela ne mériterait même pas d'y prêter attention si, justement, l'ami Benjamin Biolay n'avait sorti le mois dernier son meilleur album, l'impressionnant et (dé)culotté Trash Yéyé. Car on ne peut s'empêcher de voir dans la corrélation entre les éruptions sexuelles et impudiques qui fournissent le moteur des textes et ce choix étrange d'aller siéger en prime time dans un jury d'ouverture aux côtés de Raphaëlle Ricci et Kamel Ouali un même désir de provocation. Non pas casser son image, mais la tordre dans tous les sens, la chiffonner et la jeter à la poubelle, pour qu'e

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Rois et reine

ECRANS | Arnaud Desplechin creuse la veine romanesque de son cinéma avec ce double récit aux connexions discrètes où cohabitent tragédie et comédie, fantaisie et rigueur, pur plaisir de la mise en scène et virtuosité du langage. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 30 novembre 1999

Rois et reine

On ne cessera jamais de le répéter : Arnaud Desplechin est un cas à part dans le cinéma d'auteur français. Et ce pour une raison simple que plus personne ne pourra nier après Rois et reine : il n'a jamais regardé le cinéma comme du discours, mais toujours comme un spectacle. Se présente alors à lui cet obstacle : comment rendre spectaculaire ce qui ne l'est pas (la parole, la pensée...) ? Question décisive à laquelle Rois et reine, magnifique feuilleton cinématographique à l'ambition démesurée, trouve des solutions extraordinaires. Une scène relève immédiatement le défi : Ismaël (Amalric, vraiment génial) se retrouve devant la porte de son appartement face à deux infirmiers venus l'embarquer pour l'hôpital psychiatrique. Le dialogue est hilarant (il le sera tout au long du film), mais Desplechin ne s'en tient pas là : il glisse entre les mains d'Ismaël un cheeseburger que celui-ci pose par terre, reprend en cours de route, glisse dans la poche de sa robe de chambre... Ce petit détail qui est en fait de la grande mise en scène suffit au cinéaste à introduire dans cette situation banale (trois mecs qui parlent) une dynamique cinématographique. De l'action, et cela change

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