Qui sommes nous   |   Envoyez un programme   |   Diffusion   |   Recrutement   |   Coordonnées   |   Publicité   |   Archives

LYON
LE WEB DES SPECTACLES

SUIVEZ-NOUS


Balada triste

CINEMA | critique publiée le Mardi 21 juin 2011 par Dorotée Aznar

Petit Bulletin n°627

Cinéma : critique du film Balada triste d'Alex de la Iglesia Coup de foudre / Rageur, baroque et violent, Balada triste évoque les années noires du franquisme à travers la rivalité de deux clowns amoureux d’une même femme : ni allégorique, ni ironique, Alex de la Iglesia signe son meilleur film, une tragédie d’une noirceur absolue. Christophe Chabert

Balada triste

Alors que l’écran est encore noir, des rires d’enfants emplissent la bande-son. Quand l’image apparaît, on découvre les bambins exultant devant un spectacle de clowns. Si les enfants rient, le spectateur, lui, ne se laisse pas emporter : les objectifs déformants choisis par Alex de la Iglesia, son montage abrupt et l’absence de décor donnent à la scène des allures de pantomime lugubre, comme la énième répétition d’un numéro usé jusqu’à la corde. C’est que ce spectacle-là n’en est pas un. C’est un divertissement, une distraction ; au-dehors la guerre fait rage. Les armées républicaines se battent contre celles du général Franco, et lorsqu’elles débarquent sous le chapiteau, c’est pour enrôler les deux clowns dans leur combat. Le clown blanc rechigne, l’Auguste s’engage, laissant derrière lui son fils Javier, seul avec un lion qui paraît bien moins inquiétant que ces soldats armés jusqu’aux dents.

Tragiques distractions

Ce prologue (comme l’énigmatique générique qui le suit, où des images de la dictature franquiste voisinent avec celles d’artistes populaires) est trompeur : Alex de la Iglesia n’utilise pas le cirque comme une métaphore de l’Histoire espagnole pendant sa période la plus sombre. Les deux événements (la guerre et l’atavisme familiale qui conduira Javier à reprendre le flambeau de son père) coexistent dans le récit, et finissent par interagir. La séquence suivante le dit clairement : armé d’une machette, le père encore grimé participe au massacre avec une sauvagerie inouïe. Vision infernale que la mise en scène baroque, excessive, énorme de de la Iglesia contribue à rendre inoubliable, pour nos yeux comme pour ceux du fiston. L’énergie de Balada triste (de trompeta, selon le titre original) est rageuse, son principe est celui du spectacle furieux contre le divertissement codifié, aseptisé et propagandiste. Une visite au musée des horreurs, la romance sirupeuse entendue dans un mélodrame d’époque, une chasse menée par le dictateur vieillissant ou la construction d’une Basilique grandiose sont autant de leurres cachant des réalités inavouables, simples effets de diversion pour ne pas regarder les choses en face. Le cinéaste choisit donc, pour répondre à ces simulacres, la frontalité extrême pour raconter le cœur de son intrigue : la rivalité qui se développe entre Javier, timide et maladroit, et Sergio, son patron brutal et autoritaire, autour de Natalia, affolante acrobate à la plastique fellinienne. Faisant fi des injures féministes qui ne manqueront pas de tomber à son propos, de la Iglesia fait de Natalia une fille dépendante d’un homme qui la maltraite, lui pardonnant par amour ses excès, ce que Javier ne comprend pas. Sa plongée dans la folie est le résultat de ce malentendu : il a transformé son rival en monstre, il le deviendra à son tour, espérant obtenir les faveurs de la belle. Son désir l’aveugle au point de traverser tous les événements majeurs de son pays sans vraiment les comprendre, élément incontrôlable d’un régime qui aimerait au contraire tout contrôler.

La main de Franco

Il n’est pas interdit, face à Balada triste, de penser aux Bienveillantes, l’extraordinaire roman de Jonathan Littell : même choc entre la trajectoire intime d’un héros ambivalent et la chronique méticuleuse des événements historiques, même envie de raconter une période en adoptant un point de vue subjectif et fictionnel. Une scène invite particulièrement à la comparaison, la main de Franco remplaçant le nez d’Hitler, mais la fiction prenant dans les deux cas ses aises avec la réalité. C’est dire aussi l’ambition de de la Iglesia : emprunter les armes du cinéma de genre (les références sont nombreuses dans le film, en premier lieu aux classiques comme Frankenstein et King Kong) pour investir un patrimoine national jusqu’ici réservé à la reconstitution académique. Par son jusqu’auboutisme forcené (le climax final est la réponse du cinéaste au Peter Jackson du Seigneur des anneaux, avec lequel il dialoguait déjà dans son précédent Crimes à Oxford), Balada triste s’impose comme le film le plus cohérent de son auteur, son plus personnel aussi. Là où tout pouvait le pousser à écrire une farce noire, il choisit au contraire de faire une tragédie désespérée, ce que la boucle du récit vient souligner. Aux rires des enfants en ouverture répondent ainsi les larmes de deux hommes mûrs, soudain conscients du chaos dans lequel ils ont plongé leur vie.

Tags  • Balada triste • Alex de la Iglesia • Carlos Aceres • Antonio de la Torre • Carolina Ba

Vous aimez cet article ? partagez le sur les réseaux sociaux !

À LIRE AUSSI

+ ¡Hola cine! Les Reflets du cinéma ibérique et latino-américain (CINEMA / 3 mars 2016)

+ Amours cannibales (CINEMA / 11 décembre 2014)

+ Lectures cinéphiles et estivales (CINEMA / 7 juillet 2014)

+ Les Sorcières de Zugarramurdi (CINEMA / 2 janvier 2014)

+ Les Amants passagers (CINEMA / 19 mars 2013)

+ La tragédie d’un clown ridicule (CINEMA / 14 juin 2011)

+ Crimes à Oxford (CINEMA / 19 mars 2008)

comments powered by Disqus
Un Oeil sur...

Le nouvel épisode d'un œil sur... est consacré à la salle À Thou Bout d'chant.

Recherche
+ CINEMA
THEMATIQUE
DATE

Film
SALLE
Notre selection
Avant premiere
en V.O en 3D   
         Mot-clé

RECHERCHER ►
les choix de la rédaction


le Film de la semaine

Green Room

De Jeremy Saulnier (EU, 1h34) avec Anton Yelchin, Imogen Poots...
Au terme d’une tournée désastreuse, le groupe de punk rock The Ain’t Rights accepte au pied levé de donner un dernier concert au fin fond de l’Oregon… pour finalement se retrouver à la merci d’un gang de skinheads particulièrement violents.

Voir les salles et horaires du film

Au cinéma


BADEN BADEN
De Rachel Lang (Fr, Bel, 1h34) avec Salomé Richard, Claude Gensac, Swann Arlaud
Voir la fiche du film

BRAQUEURS
De Julien Leclercq (Fr, 1h21) avec Sami Bouajila, Guillaume Gouix, Youssef Hajdi
Voir la fiche du film

CONFUSION
De Yacine Brahem (Sui, 1h11)
Voir la fiche du film

CRIMINAL - UN ESPION DANS LA TÊTE
De Ariel Vromen (ÉU, 1h54) avec Kevin Costner, Ryan Reynolds, Gal Gadot
Voir la fiche du film

DIEU, MA MÈRE ET MOI
De Federico Veiroj (Urug, 1h26) avec Álvaro Ogalla, Marta Larralde...
Voir la fiche du film

DIEU, MA MÈRE ET MOI
De Fédérico Veiroj (Esp-Fr-Urg, 1h20) avec Álvaro Ogalla, Marta Larralde...
Voir la fiche du film

DOUGH
De John Goldschmidt (Angl, 1h34) avec Jonathan Pryce, Malachi Kirby...
Voir la fiche du film

EDDIE THE EAGLE
De Dexter Fletcher (All-GB-ÉU, 1h46) avec Taron Egerton, Hugh Jackman...
Voir la fiche du film

EDDIE THE EAGLE
De Dexter Fletcher (EU-Angl-All, 1h46) avec Taron Egerton, Hugh Jackman...
Voir la fiche du film

JOHN FROM
De Joao Nicolau (Port-Fr, 1h40) avec Júlia Palha, Filipi Vargas...
Voir la fiche du film

KRAMPUS
De Michael Dougherty (ÉU, 1h38) avec Toni Collette, Adam Scott, David Koechner
Voir la fiche du film

LA RÉSURRECTION DU CHRIST
De Kevin Reynolds (ÉU, 1h42) avec Joseph Fiennes, Tom Felton, Peter Firth
Voir la fiche du film

LES AMANTS DE CARACAS
De Lorenzo Vigas Castes (Venez-Mex, 1h33) avec Alfredo Castro, Alí Rondon...
Voir la fiche du film

LES AMANTS DE CARACAS
De Lorenzo Vigas Castes (Mex-Vén, 1h33) avec Alfredo Castro, Alí Rondon...
Voir la fiche du film

MONTANHA
De Joao Salaviza (Por, 1h31) avec David Mourato, Rodrigo Perdigao...
Voir la fiche du film

MR. HOLMES
De Bill Condon (ÉU, Angl, 1h54) avec Ian McKellen, Laura Linney, Milo Parker
Voir la fiche du film

RED AMNESIA
De Wang Xiaoshuai (Chine, 1h56) avec Lü Zhong, Feng Yuanzheng, Hao Qin
Voir la fiche du film

THE WHOLE GRITTY CITY
De Richard Baber, Andre Lambertson (ÉU, 1h30) documentaire
Voir la fiche du film

UN HOMME À LA HAUTEUR
De Laurent Tirard (Fr, 1h38) avec Jean Dujardin, Virginie Efira, Cédric Kahn
Voir la fiche du film

VENDEUR
De Sylvain Desclous (Fr, 1h29) avec Gilbert Melki, Pio Marma...
Voir la fiche du film

 

De l'atelier photo au cours de didgeridoo... toutes les disciplines que vous recherchez sont représentées sur Cours & Stages Lyon