Tous au Larzac

ECRANS | De Christian Rouaud (Fr, 2h) documentaire

Dorotée Aznar | Dimanche 20 novembre 2011

Un homme court sur un plateau escarpé, filmé depuis un plan aérien parfait, magnifiant à la fois le personnage et le décor dans lequel il s'inscrit ; l'ouverture de Tous au Larzac fait plus penser au Seigneur des anneaux qu'à un documentaire engagé sur un combat vieux de trente ans mais dont les répercussions se font sentir encore aujourd'hui (lire en page 20). Christian Rouaud, qui avait déjà fait parler de lui en réalisant Les Lips, est comme Depardon un documentariste qui ne voit pas le genre comme du sous-cinéma. Dans Tous au Larzac, le soin apporté à la mise en scène, que ce soit dans les interviews ou dans le traitement des archives, n'a donc rien à envier à la meilleure des fictions. Mais le sujet s'y prête, mélange étrange entre un western contemporain bien de chez nous et un suspense politique où chaque coup porté par un camp se traduit par une réponse ferme de l'autre. On peut trouver le film un peu long (comme la lutte, qui dura dix ans), on peut regretter que Rouaud n'aille pas chercher des témoins du côté de l'armée ou des gouvernements de l'époque (ont-ils seulement un visage ?) ; mais sa constance à ne jamais baisser les bras en tant que cinéaste, reflet de la combativité de ceux qu'il célèbre, force le respect.

Christophe Chabert

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Gardarem lo Larzac

ACTUS | Ça commence par ce que Christian Rouaud appelle «un coup de massue sur la tête». Michel Debré, ministre de la défense, fait en octobre 1970 une annonce (...)

Dorotée Aznar | Vendredi 18 novembre 2011

Gardarem lo Larzac

Ça commence par ce que Christian Rouaud appelle «un coup de massue sur la tête». Michel Debré, ministre de la défense, fait en octobre 1970 une annonce fracassante : un projet d’extension du camp militaire situé sur le plateau du Larzac. Ce qui équivaut à exproprier certains paysans qui y vivent et y travaillent. L’absence de concertation, typique des mœurs politiques concernant l’armée, est aussi un manque de discernement. Car si à cette époque le Larzac est essentiellement constitué de fermes isolées où, comme dans toutes les campagnes, les paysans se jalousent entre eux, quelques figures atypiques s’y sont installés : c’est le cas de Pierre et Christiane Burguière, de Michel Courtin, mais surtout de Guy Tarlier et de son épouse Marizette, qui rejoignent le Larzac en 1965. Ce sont eux qui ont l’idée, face à l’impossibilité de négocier avec l’État, de lancer un appel national pour sensibiliser l’opinion à la défense du Larzac. «La conjoncture est favorable car on est dans l’après-68» explique Christian Rouaud. «Et arrivent là tous les militants de l’époque quelle que soit leur obédience. Les paysans sont extrêmement émus de voir tous ces gens qui viennent

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