Politique des monstres
Article publié le Jeudi 16 février 2012 par Christophe Chabert Petit Bulletin n°655 consulté 383 fois
Freaks Tod Browning Wallace Ford Leila Hyams

C’est bien connu : certains films sont tellement en avance sur leur temps qu’ils suscitent, à leur sortie, hostilité et incompréhension ; les années passent, et ce sont pourtant ces films-là qui restent et qui inspirent les plus grands cinéastes. Ainsi de Freaks, qui fit frémir ses producteurs au point de le charcuter d’une demi-heure, accélérant son échec public. Rien n’y a fait ; même dans cette version tronquée, le film est toujours dérangeant, autant par ce qu’il montre que par ce qu’il dit de l’espèce humaine. Tod Browning, cinéaste star du cinéma fantastique grâce notamment à son Dracula avec Bela Lugosi, va profiter de sa gloire pour brusquer les codes du film d’horreur. Cette fois, les «monstres» seront bien réels, authentiques phénomènes de cirque que Browning filme avec un maximum de réalisme documentaire : un homme tronc, une femme à barbe, deux siamoises séparées, des nains… Ce qui l’intéresse, ce n’est pas leur handicap, mais la solidarité qu’ils ont établie entre eux, communauté errante dont les mœurs sont en fait extrêmement normales. Si drame il y a, c’est celui de la cupidité d’une belle écuyère qui veut tirer profit du nain Hans en l’épousant pour sa fortune. La scène la plus célèbre montre le banquet de mariage où les «freaks» accueillent l’étrangère en lui criant «Tu es des nôtres !», ce qu’elle ne peut pas supporter. Le vernis s’efface, le mépris s’affiche au grand jour et entraînera la vengeance finale. Et une dernière image, terrible et inoubliable, pour cette indémodable fable morale.
Christophe Chabert






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