Des hallucinations de haute volée

ECRANS | Avec une deuxième édition particulièrement réussie, le festival Hallucinations collectives a trouvé son bon format, rencontré un large succès et proposé une sélection d’une grande tenue, que le jury a justement souligné en décernant un grand prix mérité au génial Kill list. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 11 avril 2012

Depuis la naissance de L'Étrange festival, et sa transformation en Hallucinations collectives l'an dernier, ce festival nous tient à cœur et c'est avec une certaine joie que l'on peut affirmer que l'édition 2012 restera comme un excellent cru. Et, cela ne gâte rien, le public a répondu présent, malgré la pléthore de propositions culturelles (ou pas, genre l'ouverture du centre commercial Confluence) et le début des vacances de Pâques. De là à dire que celui-ci se lasse du formatage cinématographique actuel et démontre qu'il est prêt à se lancer dans des expériences extrêmes, il y a un pas que l'on ne franchira pas ; mais qu'il puisse répondre présent une fois par an pour découvrir des films hors norme, et parfois franchement déroutants, est un pied de nez salutaire au marketing envahissant et à la longue gonflant qui tente de nous faire croire à la nouveauté là où, de toute évidence, il n'y a que de la redite.

La compétition, grande innovation du festival depuis l'édition précédente, a ainsi démontré une vigueur galvanisante. Galvanisant, c'est d'ailleurs le mot qui vient à l'esprit pour qualifier The Raid de Gareth Evans, présenté en ouverture et qui a sans doute contribué à créer la belle dynamique qui a perduré jusqu'au bout d'Hallucinations collectives. Le film est en effet un retour aux fondamentaux du cinéma d'action, allant piocher dans les films d'exploitation des années 70 aussi bien que dans les blockbusters les plus prestigieux des années 80 (Piège de cristal, par exemple) ou le cinéma hong-kongais des années 90 la substantifique moelle de ce que tirer, mutiler et frapper veut dire, cinématographiquement parlant.

The Raid réussit l'exploit d'être à la fois fun et sérieux, le déferlement de violence à l'écran (d'abord des flingues, puis des armes blanches et finalement des pieds et des poings) produisant un effet de plaisir absolu, sans jamais tomber dans l'ironie, le pastiche ou le clin d'œil façon Europacorp. Chaque séquence est à la fois l'occasion d'explorer un pan du décor, de mettre en lumière un enjeu du récit et d'offrir au spectateur un morceau de bravoure, privilégiant la durée des plans et l'occupation de l'espace plutôt que le surdécoupage illisible.

Des twists en trop...

Tout n'était pas forcément du même niveau dans cette compétition, et il y eut même quelques déceptions : ainsi de Babycall de Pal Slethaune, énième manipulation scénaristique qui maquille en film de genre un drame psychologique non seulement plutôt chiant à suivre dans ses fausses pistes et ses rebondissements, mais où le réalisateur finit par biffer l'ensemble d'un "tout ça, en fait, c'est dans la tête", procédé usé jusqu'à la corde et qui, en plus, s'avère ici particulièrement laborieux.

On mesure à quel point la pratique du twist final peut nuire au cinéma contemporain en voyant The Incident, le premier long d'Alexandre Courtès, qui sans ce renversement idiot aurait été un parfait modèle de série B horrifique à l'ancienne. Visiblement influencé par les premiers Carpenter (Assaut et Fog, notamment), Courtès invente un survival intemporel (pas de téléphones portables, pas d'ordinateurs, aucune technologie contemporaine) qui, un peu à la manière d'un Hazanavicius, chercherait à retrouver l'esprit du genre par la reproduction fétichiste de ses figures.

Les héros sont de jeunes rockers moustachus et chevelus, les «méchants» des dingos anonymes et souvent interchangeables prenant le contrôle d'un asile coupé du monde (plus d'électricité, plus de lumière). La mise en scène de Courtès vise d'abord à faire monter progressivement la tension et l'angoisse avant de se lancer dans une série de scènes ultra-violentes, dont le sadisme rappelle que, même s'il est tourné en Anglais et coproduit par la Belgique, The Incident appartient bel et bien à la french touch du cinéma d'horreur.

Les fins du monde

C'est un peu le cas aussi de The Divide de Xavier Gens. Reconnaissons que le cinéaste a progressé depuis le navrant Frontière(s), et si The Divide peine à convaincre, il n'a rien de honteux. Par moments, la mise en scène arrive vraiment à faire sentir le désespoir de cette poignée de survivants cloîtrés dans une cave suite à une explosion atomique. Mais Gens veut aussi donner une leçon d'anti-humanité au spectateur, en soulignant à gros traits la régression vers la bestialité des individus. Il le fait par tous les moyens en sa possession : dégradation physique des acteurs (le casting, a priori improbable réunion de vieilles gloires oubliées genre Michael Biehn ou Rosanna Arquette et de comédiens ayant fait leurs armes dans le cinéma de genre, devient vite un atout pour le cinéaste), érosion de leurs limites morales mais aussi, et là le bât blesse, torrent de dialogues servant à la fois à faire durer le malaise et à transmettre la noirceur qui finit par atteindre l'ensemble des personnages.

On ne sait trop dès lors ce qui relève d'un pessimisme sincère ou d'un jusqu'auboutisme qui, ici encore, trahit les origines françaises de son réalisateur. Confondant parfois fin du monde et effondrement global de tous les repères (c'est souvent hasardeux, comme la pulsion homosexuelle qui saisit un des personnages, dernier stade de la déchéance plutôt qu'impossible demande d'amour !), Gens laisse de côté des pistes intéressantes (les humains transformés en cobayes à l'extérieur de la cave, le gardien de l'immeuble traumatisé par la mort de sa femme le 11 septembre) et n'arrive pas vraiment à faire de son héroïne un rempart suffisant à la lâcheté généralisée de son microcosme.

En cela, Hell, premier film de Tim Fehlbaum, parti sur des bases similaires (après une catastrophe inexpliquée, le soleil est devenu une menace permanente, obligeant les survivants à vivre la nuit et à errer à la recherche d'un endroit encore habitable) arrive à un résultat autrement plus probant. Son économie de série B (c'est en fait le film de fin d'étude de son réalisateur) où c'est la lumière saturée qui constitue le principal effet spécial, l'oblige à se concentrer sur le comportement de ses personnages, leur lutte pour survivre étant avant tout une question d'action et de mouvement.

Grâce à une caméra tremblante parfaitement dosée, Hell ne quitte jamais ses protagonistes, et notamment Marie, jeune femme qui se découvre combattante au fil des périls qu'elle traverse. Même les ennemis qu'elle rencontre échappent à la caricature facile, adoptant face à leur disparition annoncée des stratégies cruelles mais compréhensibles. Fehlbaum a un vrai sens du rythme, il ne laisse aucun gras dans son récit, qui avance à cent à l'heure et réserve de nombreuses bifurcations inattendues. Une vraie révélation, dont on se demande pourquoi elle n'est pas appelée à sortir en salles.

La compression, c'est l'innovation

Enfin, terminons avec deux films absolument singuliers, qui n'ont à vrai dire rien de commun, sinon celui d'aller bouger les limites du cinéma de genre. Detention de Joseph Kahn, présenté en clôture d'Hallucinations collectives, est un concentré de pop culture complètement cinglé, un objet dont on ne sait trop s'il faut le théoriser à outrance ou le classer dans la catégorie des plaisirs coupables. Kahn ne se fixant aucune barrière, il fait rentrer dans chacun de ses plans toutes les références, tous les artifices narratifs, tous les modes de représentation au risque, avéré, d'épuiser les facultés du spectateur à les assimiler. Si Scream faisait le point sur la connaissance par le public des codes du slasher, si Sex academy tentait de réfléchir ceux du teen movie, Detention prend ces deux films, les imbrique et cherche à la fois à les dépasser et à en tirer des leçons sur l'évolution des trois dernières décennies.

C'est parfois brillant, comme lorsque, par la grâce d'un transfert de personnalité, on découvre que dans les années 90, le sommet du cool c'est d'être en avance sur son temps alors que dans les années 2000, le top de la branchitude, c'est le revival des modes d'hier ; ou encore quand le film dans le film dans le film dans le film dans le film démarre avec un série B téléchargée illégalement sur internet et se finit par un porno vintage à l'image crasseuse. Le voyage dans le temps prend des allures de commentaire sur l'époque, avec l'ironie un peu arrogante de celui qui a tout compris au film — c'est moins le cas du spectateur, et à côté de Detention, les délires de Gregg Araki font figure de sage classicisme !

 L'an dernier, le jury du festival avait couronné Balada triste au terme d'une délibération éclair — un choix logique. Cette année, il n'a pas fallu plus de temps à Nicolas Boukhrief et ses camarades pour décerner leur prix à Kill list de Ben Wheatley, et c'est tout aussi justifié, tant le film a brillé très au-dessus de cette compétition pourtant remarquable. C'est dire à quel point on a affaire ici à une œuvre à part, et sans doute à l'éclosion d'un cinéaste dont il faudra retenir le nom pour les années à venir. Kill list, si on devait le définir, c'est comme si Terrence Malick avait tourné un polar ésotérique ; l'ombre de Malick plane en effet sur la mise en scène de Wheatley, cette manière de désynchroniser l'image et le son, de traiter les scènes comme des fragments arrachés à des séquences qu'on imagine plus longues, où les acteurs semblent vivre les situations tout autant qu'il les joue, où l'observation du quotidien le plus trivial paraît héberger des arrières mondes métaphysiques — lumineux chez Malick, sombres chez Wheatley. C'est aussi une façon de privilégier une logique interne de rêve éveillé plutôt que le traditionnel schéma scénaristique où l'on finit toujours par expliquer le pourquoi du comment afin de rassurer le spectateur pressé de comprendre.

Rien de tout ça dans Kill list. On ne saura pas «ce qui s'est passé à Kiev», mais on se doute que cela a à voir avec les événements déroutants que traversent les deux protagonistes, ex-soldats devenus tueurs à gage. On n'en dira pas plus, du coup. Enfin si, car quelle que soit l'étrangeté des situations, celle-ci n'atteint jamais vraiment les personnages, aux prises avec des soucis très quotidiens : mal de dos, problème d'argent, querelle de couple, engueulade avec une bande de chrétiens peu discrets, vol de savon dans un hôtel de luxe… Plus que le fantastique, ce mélange d'humour très noir et de violence extrême fournit une authentique sensation d'absurde, ce que renforce la performance exceptionnelle des deux comédiens, qui apportent un réalisme et une crédibilité sans faille à leurs personnages en improvisant partiellement le dialogue. Kill list réussit ce tour de force d'être prenant tout en misant sans arrêt sur le flottement, l'attente et l'anecdote. Ce grand film sortira en juillet sur tous les écrans.

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La Villa Gillet déroule un Mode d'Emploi 100% Web

Festival des Idées | Faute de pouvoir se tenir en "présentiel", selon l'infâme expression un peu trop consacrée, Mode d'Emploi s'avance donc virtuellement jusqu'au 21 novembre pour ne pas nous sevrer totalement de débats d'idées et de réflexions sur notre espace contemporain, déjà sacrément chamboulé. Comme pour les Assises Internationales du Roman au printemps, l'événement est à retrouver tous les soirs à partir de 19h sur le site de la Villa Gillet. Si vous voulez un conseil — autre que de défense —, faites-y donc un tour. Voici le programme.

Stéphane Duchêne | Mardi 17 novembre 2020

La Villa Gillet déroule un Mode d'Emploi 100% Web

Confinée au moment des Assises Internationales du Roman, la Villa Gillet en avait livré une version virtuelle sur son site Web. Reconfinée au moment de Mode d'Emploi, son festival des idées, la voici contrainte mais néanmoins enthousiaste de remettre le couvert avec un programme qui, sur la forme, se calque quelque peu sur le couvre-feu et, sur le fond, embrasse les thématiques auxquelles cette drôle d'année 2020 est venue donner davantage de relief. Ainsi chaque jour, sauf exception, Mode d'Emploi proposera un programme en trois temps. À 19h, il sera question de Libertés d'expression, sous la forme de capsules sonores ou vidéo avec des artistes et citoyens engagés. À 19h30 — de 16h à 19h pour la journée, copieuse, du samedi —, on enchaînera avec Les idées sous couvre-feu, soit une heure quotidienne de débats et conversations thématiques avec é

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Amour en eaux douces : "Une sirène à Paris"

Fantastique | Alors que son père va vendre la péniche familiale Flowerburger, historique siège d’un groupe d’embellisseurs de vie — les surprisiers — Gaspard, un musicien au cœur brisé, découvre Lula, jeune sirène échouée sur les rives de Seine. Pour la sauver, il l’emmène chez lui…

Vincent Raymond | Mardi 10 mars 2020

Amour en eaux douces :

S’il n’y avait les rêveurs pour le porter et lui donner de l’oxygène, le monde s’écroulerait, asphyxié. Mathias Malzieu en fait partie, qui déploie son imaginaire de chansons en livres et de livres en films, explorant des univers connexes à ceux de ses devanciers Tim Burton ou Jean-Pierre Jeunet. Comme dans La Mécanique du cœur ou Métamorphose en bord de ciel, le meneur de Dionysos ose ici un conte façon alchimie entre merveilleux et mélancolie avec des héros cabossés depuis l’enfance et des créatures surnaturelles. Avec ses décors baroques, sa musique faite maison, ses interprètes attachants (le couple Duvauchelle/Lima s’avère osmotique), Une sirène à Paris cherche à ranimer un certain esprit magique, que l’on peut apprécier comme une forme de nostalgie d’un paradis cinématographique perdu. Malgré tout, ce mixte d’ambition et de naïveté revendiquée manque, c’est triste à dire, de moyens à l’écran. Peut-être aurait-il fallu être étourdi par un surcroît de couleurs et de frénésie à la Baz Luhrmann pour que la féérie du projet soit plus

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Aux chants, élisez ! : "Teen Spirit"

Drame | Issue d’une famille immigrée polonaise vivant dans l’austérité et la foi sur une petite île britannique, la talentueuse Violet rêve de devenir chanteuse. Quand l’émission "Teen Spirit" organise des auditions près de chez elle, elle tente sa chance, escortée par un coach atypique…

Vincent Raymond | Mercredi 26 juin 2019

Aux chants, élisez ! :

Bien qu’elle semble toute de probité candide et de lin blanc vêtue, la diaphane Elle Fanning doit posséder un je-ne-sais-quoi dans sa longiligne silhouette la désignant comme l’interprète idéale d’une ambition dévorante, mais inconsciente. Modèle à l’éclosion diaboliquement faramineuse pour Nicolas Winding Refn (The Neon Demon en 2016), elle mue ici d’oie blanche en popstar en étant propulsée au milieu d'une scintillante foire aux vanités fluo à la demande de l'acteur Max Minghella, qui signe ici son premier long-métrage. Si sa très crédible transfiguration constitue l’un des atouts du film, celui-ci ne se repose pas sur les talents de son interprète (dans tous les sens du terme). Version acidulée de A Star is born à l’heure des télé-crochets, Teen Spirit reprend la trame de la rédemption du vieux mentor en assaisonnant le cynisme de ces shows formatés où les dés sont pipés. Rien de bien nouveau, mais l’efficacité de la mise en scène et l’intégrité du personnage de Violet purifient l’ambiance viciée de ce showbiz abrutissant. Teen Spirit De Max Ming

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Remise en selle : "Nevada"

Drame | De Laure de Clermont-Tonnerre (Fr-É-U, 1h36) avec Matthias Schoenaerts, Jason Mitchell, Bruce Dern…

Vincent Raymond | Mardi 18 juin 2019

Remise en selle :

Détenu asocial et mutique, enfermé dans sa colère et sa douleur, Roman arrive dans une prison du Nevada où sa juge le convainc de participer à un programme visant à dresser des mustangs. À leur contact, l’indomptable Roman renoue avec lui-même. Et les autres. Premier long-métrage d’une remarquable maîtrise, Nevada se révèle économe en mots, mais en dit long sur nombre de sujets connexes : d’une part la situation carcérale, l’aménagement des longues peines, le travail de réinsertion des détenus ; de l’autre la condition sociale et familiale de ceux qui ont été condamnés. Ces gens au col plus bleu que blanc payent parfois toute leur existence le prix d’une micro-seconde d’égarement — inutile d’insister sur la responsabilité du deuxième amendement garantissant le droit de porter une arme aux États-Unis, où se déroule le film. Si Nevada limite le dialogue, la réalisatrice préserve cependant de l’espace et du temps afin que les spectateurs assistent à un groupe de parole de prisonniers, durant lequel chacun explique pourquoi et depuis quand il est là. Non pour les juger

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Shellac est (bientôt) là

Plus Loin | Il y a presque neuf ans, les programmateurs de l'Épicerie Moderne réalisaient un vieux rêve longtemps inassouvi, celui d'accueillir en ses murs la Statue (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 5 mars 2019

Shellac est (bientôt) là

Il y a presque neuf ans, les programmateurs de l'Épicerie Moderne réalisaient un vieux rêve longtemps inassouvi, celui d'accueillir en ses murs la Statue du Commandeur du rock indépendant et même de l'indépendance tout court : le dénommé Steve Albini, genre de Saint-François d'Assise en salopette, apôtre de la frugalité faite rock, que ce soit derrière la console qui le vit produire quelques monuments du rock saignant, du Rid of Me de PJ Harvey au In Utero de Nirvana en passant par le Surfer Rosa des Pixies (ceci pour l'infime partie émergée de l'immense iceberg albinien), ou aux commandes de Shellac. Et c'est avec son groupe, non moins mythique que lui, à la production rare et erratique, mêlant noise et math rock dans une quête quasi obsessionnelle de l'épure, qu'Albini se repointe une fois encore sur la scène de Feyzin pour le plus grand bonheur de ses disciples en ascèse musicale et en attaque sonore. Apparition annoncée pour le 29 mai.

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Métal Hurlant

Sounds Like Hell | Les trois filles de Sounds Like Hell propulsent le métal sur le devant de la scène lyonnaise depuis dix ans déjà : retour sur l'histoire des promoteuses qui ont fait venir la crème du genre, de Overkill à Batushka, dans notre cité.

Sébastien Broquet | Mardi 25 septembre 2018

Métal Hurlant

Dix ans, déjà. Dix ans que les filles de Sounds Like Hell ont posé leur empreinte indélébile sur la scène metal régionale, en devenant les actrices incontournables : si la ville foisonne de concerts de black, speed ou heavy, elles n'y sont certainement pas étrangères, ayant contribué à entretenir un terreau fertile. Tout a commencé en 2008, donc, quand Klémentine Develay et Magali Besson ont lancé l'aventure, alors étudiantes. De passionnées du genre, elles en sont devenues chroniqueuses au sein de webzines. Insuffisant. L'envie d'en découdre étant plus forte, une association émerge, pour organiser les premiers concerts dédiés à la jeune scène locale qu'elles fréquentent. Le premier se déroulera au Lyon's Hall, à Vaise, salle aujourd'hui détruite restée dans les mémoires des aficionados, avant une date charnière en 2009 au CCO, leur festival H'Elles on Stage, qui les persuade de persévérer. Elle prend tellement forme, l'aventure, que des agents commencent à les remarquer et leur proposer leurs groupes en tournée. Lesquels apprécient d'être au centre du projet. Mais tout ceci se fait encore en parallèle des études ou des premiers boulots

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Les luttes et les rêves

CONNAITRE | Michelle Zancarini-Fournel participera à la table ronde "Au cœur de la révolte", le mercredi 23 mai à 19h. Elle est l’autrice de Les luttes et les rêves (éd. Zones), véritable encyclopédie chronologique des luttes populaires en France de 1685 à 2005.

Elliott Aubin | Mardi 15 mai 2018

Les luttes et les rêves

« Le récit s’attache à mettre en exergue des histoires singulières et pas seulement une histoire de groupes, de mouvements ou d’organisations. Il s’agit d’une histoire incarnée passant parfois par l’intime, une histoire sensible, attentive aux émotions, aux bruits et aux sons, aux paroles et aux cris. C’est pourquoi le texte est émaillé de nombreuses citations – témoignages, manifestes et chansons – qui sont autant de voix à entendre » explique Michelle Zancarini-Fournel. Les Luttes et les Rêves est une référence au titre choisi par Victor Hugo pour le Livre 3 des Contemplations, hommage à l’œuvre de l’auteur des Misérables. Car ce livre retrace l’histoire de ces foules anonymes, des « gens d’en bas », des classes populaires, de ces femmes et de ces hommes « sans nom », de ceux qui luttent dans l’ombre. On explore cette frise chronologique de 1000 pages depuis 1685, année de l’adoption du Code Noir et de la révocation de l’Édit de Nantes, jusqu’aux émeutes urbaines de 2005. Entre revendications, rêves, révoltes, conflits sociaux, grèves, guerres et répressions, le lecteur traverse ces év

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Révolutions intérieures aux Assises du roman

Révolte | "Au cœur de la révolte", l'une des thématiques fortes de cette édition 2018, et comme pour célébrer à distance Mai 68, les Assises Internationales du Roman ont placé deux auteurs américains, Martin Neill Null et A.G. Lombardo, dont les deux premiers romans épiques entraînent leurs personnages dans un désordre qui finit par les éclairer. Et nous avec.

Stéphane Duchêne | Mardi 15 mai 2018

Révolutions intérieures aux Assises du roman

« La rébellion est dans l'œil de celui qui la regarde » écrit A.G. Lombardo page 365 de son Graffiti Palace. Un aphorisme qui pourrait commenter, page 206 du Miel du Lion de Martin Neill Null, ces mots de Shelby Randolph, entrepreneur et copropriétaire de la Cheat River Paper & Pulp, une société du début du XXe siècle qui transforme les forêts de Virginie-Occidentale en pâte à papier et les ouvriers en forçats, persuadé de faire œuvre de philanthropie à travers le profit : « Quant aux syndicalistes, pour la plupart, ils se fourvoyaient tout bêtement et cédaient à la tentation typiquement humaine de la paresse. » On le sait, ce qui fait écho un jour peut résonner longtemps. Et il ne viendrait à l'idée de personne de contester le caractère actuel de deux phrases ayant la vertu d'expliquer la schizophrénie à l'œuvre dans une société française occupée à célébrer d'une main l'anniversaire du bel esprit de Mai 68 tout en balayant de l'autre la pertinence des grèves et manifestations qui pour s'ancrer dans notre quotidien de 2018 ne sont pas frappées, elles, du sceau de la nostalgie – pas plu

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Chienne de guerre ! : "Le Collier rouge"

Pacifiste | de Jean Becker (Fr, 1h23) avec François Cluzet, Nicolas Duvauchelle, Sophie Verbeeck…

Vincent Raymond | Mardi 27 mars 2018

Chienne de guerre ! :

1919. L’officier Lantier doit instruire le dossier de Morlac, un héros de guerre accusé d’un mystérieux crime contre la Nation. Pendant qu’un chien aboie sans cesse hors de la caserne où le prévenu est retenu, Lantier cherche à comprendre et, pourquoi pas, à obtenir son élargissement… De Jean Becker, on espère encore la sécheresse et la sensualité d’un Été meurtrier ; hélas, depuis Les Enfants du marais, il semble préférer les crépuscules du passé ou d’un présent vitrifié. Parfois, cela donne des moments de grâce (le tendre La Tête en friche) ; parfois de fausses bonnes idées. Tel ce film-dossier montant tout une mayonnaise autour d’un acte que des yeux contemporains jugeront insignifiant de banalité. Car jamais il ne leur est permis d’épouser le regard de l’époque, ni de s’installer dans la mentalité d’alors. L’emboîtement des récits, la romance et la politique se marchent sur les pieds au point de se faire trébucher ; quant aux personnages, il n’ont pas le temps d’être incarnés dans leurs profondeurs

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Hugh Jackman : « Il faut donner au public une raison d'aller au cinéma »

Entretien | Hugh Jackman a posé les griffes de Logan et enfilé la tenue de Monsieur Loyal de l’inventeur du spectacle moderne, Phineas Taylor Barnum. Showtime !

Vincent Raymond | Mardi 23 janvier 2018

Hugh Jackman : « Il faut donner au public une raison d'aller au cinéma »

Pour quelles raisons teniez-vous à ce film et à ce que vous vouliez réussir, en tant qu’artiste et être humain ? Hugh Jackman : J’ai grandi dans l’amour des comédies musicales avec Fred Astaire et Gene Kelly — comme Chantons sous la pluie. En 2009, alors que je présentais la cérémonie des Oscars, son producteur Larry Mark m’a proposé de faire un musical. Mais à l’époque, c’était difficile de convaincre Hollywood sur un projet totalement original et neuf — l’ironie étant que La La Land était parallèlement en production, sans que nous le sachions. L’essentiel dans un musical étant le livret, c’était risqué de soumettre onze chansons originales à l’approbation du public. Lorsque Justin Paul en a écrit cinq, on a su que l’on tenait quelque chose — et le studio aussi. D’abord, le sujet “Barnum” s’adaptait parfaitement à un musical : avec ses rêves et son imagination, le personnage était plus grand que nature

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Un joyeux Barnum : "The Greatest Showman"

Musical | de Michael Gracey (E-U, 1h46) avec Hugh Jackman, Michelle Williams, Zac Efron…

Vincent Raymond | Mardi 23 janvier 2018

Un joyeux Barnum :

Des poussières de son enfance miséreuse aux paillettes de la gloire, en passant par ses échecs, la vie romancée à la façon d’une comédie musicale de l’inventeur du spectacle moderne, l’entrepreneur Phineas Taylor Barnum (1810-1891). Créée ex nihilo pour le cinéma, sans passer par la case Broadway — une exception partagée avec La La Land —, cette comédie musicale adopte les codes du grand spectacle contemporain pour en conter la genèse, avec ce qu’il y a d’extravagance, de scintillant, mais aussi de clichés et de tape-à-l’œil façon Baz Luhrmann — la mise en abyme est de ce point de vue réussie. Et quel meilleur ambassadeur pour incarner Barnum que Hugh Jackman ? Ultime représentant de ces showmen plus qu’accomplis : absolus, conservant leur crédibilité sur toutes les scènes, il fait évidemment

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Crème de Poirot à la neige : "Le Crime de l’Orient-Express"

Le Film de la Semaine | Les plus fameuses bacchantes de la littérature policière sont de retour sur Kenneth Branagh, nouvel avatar d’Hercule Poirot dans une version dynamisée du classique d’Agatha Christie. S’il n’efface pas celui de Lumet, ce "whodunit all-star game" est promesse d’une jolie série…

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Crème de Poirot à la neige :

Kenneth Branagh n’a jamais manqué de panache. Las, le Britannique a eu l’exquise malchance de partager avec ses trop illustres devanciers Welles et Olivier un goût structurant pour Shakespeare. De l’avoir défendu avec ferveur sur les planches et de s’être jeté dans plusieurs de ces adaptations ambitieuses qui, à moins d’un engouement aussi inespéré que soudain pour le théâtre élisabéthain, attisent la méfiance des studios comme du grand public. Toutefois, parce qu’il est à l’instar d’Orson et Laurence un comédien éclectique prenant du plaisir à (tout) jouer, le cinéaste n’a jamais été mis au ban du métier. Il s’est même refait du crédit auprès des financeurs en signant du blockbuster pour Paramount et Disney. Envisageait-il déjà de redonner jeunesse et visage neufs au héros iconique d’Agatha Christie ? Le revoici en position de force à sa place favorite : des deux côtés de la caméra, en route pour une potentielle franchise. Son Poirot embarque ici in extremis à bord du train de luxe pour un trajet agité : son wagon va se trouver immobilisé et il au

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Kenneth Branagh : « un metteur en scène est un détective »

Le Crime de l'Orient-Express | Kenneth Branagh était sans doute le mieux placé pour donner, des deux côtés de la caméra, une nouvelle existence cinématographique au classique d’Agatha Christie. Rencontre avec un cinéaste et comédien à l’humour et l’élégance toutes britanniques…

Vincent Raymond | Mardi 12 décembre 2017

Kenneth Branagh : « un metteur en scène est un détective »

Réaliser ce film, était-ce pour vous le moyen de prendre part au meurtre tout en incarnant le personnage d’Hercule Poirot ? Kenneth Branagh : C’est la première fois que j’ai l’occasion d’être à la fois réalisateur et détective, et je trouve que c’est un mélange parfait, puisque tous deux sont à la recherche de la vérité. Et lorsqu’Hercule Poirot mène son investigation pour trouver qui a commis le crime, il demande aux personnages d’être soit à l’intérieur, dehors, dans la cuisine, dans le tunnel pour les interroger — ce sont des indications de metteur en scène, c’est une mise en scène. Metteur en scène et détective sont à la recherche d’une vérité exprimée par l’acteur ou par le personnage : il s’agit toujours de débusquer la vérité et le mensonge. C’est très amusant d’être au milieu de tout cela. Le Crime de l’Orient-Express arrive après Cendrillon ou Thor. Y a-t-il chez vous une volonté de vous approprier des thèmes connus et de les rendre contemporains ? Pour moi, la modernité vient de l’intérieur. Qu’est-ce que le classicisme, si

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Ego tripes : "Mother !" de Darren Aronofsky

Thriller | Thriller fantastique aux échos polanskiens, cette réflexion sur les affres effroyables de la création est aussi une puissante création réflexive. Et le récit du voyage aux enfers promis à celles et ceux qui gravitent trop près autour d’un·e artiste. Métaphorique et hypnotique.

Vincent Raymond | Mardi 12 septembre 2017

Ego tripes :

Un poète en panne d’écriture vit à l’écart du monde dans la vaste demeure que sa jeune et aimante épouse achève de rafistoler. L’arrivée d’un couple d’inconnus perturbe leur intimité. Mais si la maîtresse de maison est troublée par ces sans-gênes, le poète se montre des plus exaltés… À croire qu’une internationale de cinéastes s’est donné pour mot d’interroger les tourments de l’inspiration littéraire : après Jim Jarmusch (Paterson), Pablo Larraín (Neruda), Mariano Cohn & Gastón Duprat (Citoyen d’honneur), voici que Darren Aronofsky propose sa vision du processus d’écriture. Vision divergée, puisqu’épousant les yeux de la muse plutôt que celle de l’auteur. Mais pas moins douloureuse : afin d’accomplir l’œuvre lui permettant d’être sans cesse adulé par ses lecteurs, le poète va vampiriser son entourage jusqu’aux derniers sangs, avec l’ingratitude égoïste d’un saprophyte. Gore allégorique Si dans Black Swan, l’acte créat

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Sortie de piste pour Pixar : "Cars 3" de Brian Fee

Animation | de Brian Fee (É-U, 1h49) animation avec les voix (v.f.) de Guillaume Canet, Gilles Lellouche, Nicolas Duvauchelle…

Vincent Raymond | Mercredi 5 juillet 2017

Sortie de piste pour Pixar :

Flash McQueen se fait vieux : la nouvelle génération relègue sa génération aux stands, voire à la casse. Bien décidé à montrer qu’il en a encore sous le capot, l’ancien élève de Doc Hudson tente de remettre les gaz aidé par Cruz Ramirez — une coach qui aurait aimé être pilote… Oublié, le deuxième volet à base d’essence d’espionnage frelatée ; retour ici aux fondamentaux : la course, la gomme brûlée et la fascination puérile pour la vitesse — en se livrant à un peu de psychanalyse de comptoir, on tirerait sûrement des choses rigolotes de cette vénération pour les objets polis, aérodynamiques et écarlates majoritairement masculins. À l’instar d’un Rocky Balboa moyen, McQueen doit accepter son déclin et de transmettre le flambeau. Mais de continuer à en remontrer à une bleusaille arrogante. Cette leçon vaut bien un rodage, sans doute, mais elle n’ajoute rien à la gloire de Pixar, dont on espère avec Coco (en novembre sur les écrans) enfin un digne successeur au merveilleux Vice-Versa

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"Ghost in the Shell" : critique et interview de Scarlett Johansson

ECRANS | À l’instar de ses héros humains améliorés par les machines, ce film en prises de vues réelles s’hybride avec toutes les technologies visuelles contemporaines pour revisiter le classique anime de Mamoru Oshii (1997). Une (honnête) transposition, davantage qu’une adaptation.

Vincent Raymond | Mardi 28 mars 2017

Dotée d’un corps cybernétique augmentant ses capacités humaines, le Major a été affectée à la Section 9, une unité d’élite dépendant du gouvernement. Sa prochaine mission vise à combattre un criminel capable de pirater les esprits, mais aussi de lui révéler un passé qu’on lui a dissimulé… En s’appropriant le joyau de Oshii, Rupert Sanders touche à un tabou. Ghost in the Shell constitue en effet un jalon dans l’histoire des anime : il est le premier à avoir été universellement considéré comme un film “adulte” (en tout cas moins familial ou jeune public que les Takahata et Miyazake) ainsi qu’une œuvre de science-fiction visionnaire, dans la lignée des adaptations de Philip K. Dick ou Asimov. Sa narration elliptique, intriquant anticipation et tensions géopolitiques, ajoutée à son esthétique élégante et épurée, l’ont érigé en référence d’un futur dystopique… dépassé. Bien en chair Car depuis vingt ans, EXistenZ, Matrix puis la réalité virtuelle ont rattrapé certaines des projections de l’anime. Sanders et ses scénaristes l’ont donc “déshab

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Insomniaque

Clubbing | Trois plans pour vos nuits blanches.

Sébastien Broquet | Mardi 14 février 2017

Insomniaque

17>02>17 LE SUCRE DJ HELL Le maître de la techno glamour teutonne fait son retour sur les dancefloors avec un récent track incendiaire (au niveau du bas-ventre, s'entend) baptisé I Want U : c'est érogène tendance cuir noir, un rien vicieux comme sait le faire DJ Hell depuis ses années électroclash, rappelons que son label se nomme International Deejay Gigolo... Et donc, le Munichois déboule au Sucre pour tenir compagnie au résident, son ami The Hacker. Zip. 17>02>17 TRANSBORDEUR DUB ECHO Le dub n'en finit plus de convaincre les millenials, qui se ruent à chaque édition de cette soirée qui fête là sa douzième en compagnie des maîtres du genre entre Rhône et Saône, à savoir High Tone dans son incarnation sound-sytem, Dub Invaders - ce qui devrait pour le coup pousser quelques vieux à se joindre à la folle jeunesse skankeuse. Précisons qu'au micro se relayeront l'inoxydable Sir Jean, mais aussi Shanti D et Omar Perry. Lourd.

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"First date" : quand Barack rencontre Michelle

ECRANS | de Richard Tanne (E-U, 1h21), avec Parker Sawyers, Tika Sumpter, Jerod Haynes…

Vincent Raymond | Mardi 30 août 2016

Ah, la délicate pudibonderie du titre français — et cependant en anglais — "Premier rendez-vous" ! Une formule sibylline que les initiés décrypteront par : "Comment Barack a pécho Michelle…" Car Hollywood ne pouvait rester bien longtemps insensible aux charmes du couple présidentiel le plus décontracté et le plus glamour depuis les Kennedy ; il se devait de les biopiquiser, histoire de dorer davantage leur légende — au moins, Richard Tanne a-t-il eu la décence d’attendre que le président parvienne au terme de son second mandat, pour éviter tout enjeu politique. L’on suit ici cette fameuse journée de 1989 où Barack, alors stagiaire de Michelle dans un cabinet d’avocats, parvient à convaincre la belle rétive à coup d’argumentations éblouissantes, d’éclatants sourires, de rentre-dedans et d’une visite dans le quartier où il a brillamment servi comme bénévole. Lui, un peu (de) gauche mais décidé, qui fume pour évacuer son stress ; elle, plus fragile qu’elle veut bien l’admettre, se pomponnant dans sa salle de bains avant le rendez-vous… En somme, une mignonne hagiogr

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Le concert de William Sheller annulé

Nuits de Fourvière | Le concert de William Sheller, prévu ce mardi 12 juillet dans le cadre des Nuits de Fourvière, est annulé : le chanteur étant toujours souffrant n'est pas en (...)

Sébastien Broquet | Lundi 11 juillet 2016

Le concert de William Sheller annulé

Le concert de William Sheller, prévu ce mardi 12 juillet dans le cadre des Nuits de Fourvière, est annulé : le chanteur étant toujours souffrant n'est pas en mesure d'assurer sa prestation. Il ne défendra donc pas à Lyon son dernier album Stylus, paru fin 2015, mais espère pouvoir reprendre la scène en septembre prochain. Les spectateurs munis d’un billet peuvent demander le remboursement à partir du vendredi 15 juillet et avant le jeudi 15 septembre 2016 sur le lieu d’achat du billet.

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Le Combat ordinaire

ECRANS | De Laurent Tuel (Fr, 1h40) avec Nicolas Duvauchelle, Maud Wyler…

Christophe Chabert | Samedi 18 juillet 2015

Le Combat ordinaire

Extraire la bande dessinée de sa gangue d’imaginaire pour la ramener sur le territoire de la chronique réaliste : c’est dans le fond le principe de ce qu’on appelle le "roman graphique". Manu Larcenet avec Le Combat ordinaire, récit des conflits qui émaillent la vie d’un trentenaire sujet aux crises d’angoisse et à la disparition annoncée de son père, en a livré un exemple convaincant. Le problème, c’est que cette matière-là, originale dans le cadre de la BD, est totalement éculée en ce qui concerne le cinéma (français), et cette adaptation signée Laurent Tuel en fait la cruelle démonstration. Car rien de plus attendu que ces scènes de la vie quotidienne faites d’atermoiements — dois-je m’installer avec ma copine ? Avoir un enfant ? Renoncer à ma vie parisienne pour me ressourcer à la campagne ? — et de plaisirs minuscules, d’angoisses et de regrets… Surtout quand Tuel les filme avec une caméra à l’épaule lourde et envahissante — aucune grâce dans les déplacements et tremblements du caméraman — et qu’il confie à Nicolas Duvauchelle, dont le jeu inarticulé et l’inexpressivité deviennent franchement pénibles, le soin de les incarner. Face à lui, Maud Wyler n’a a

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Berlinale 2015, jour 6. Le cinéma au futur antérieur.

ECRANS | « Under electric clouds » d’Alexei Guerman Jr. « Every thing will be fine » de Wim Wenders. « Selma » d’Ava Du Vernay. « Body » de Malgorzata Szumowska. « Angelica » de Mitchell Lichtenchtein.

Christophe Chabert | Mercredi 11 février 2015

Berlinale 2015, jour 6. Le cinéma au futur antérieur.

Après une semaine de Berlinale et 25 films, on commence un peu à fatiguer. D’autant plus que les films ne font pas trop de cadeaux. À commencer par Under electric clouds d’Alexei Guerman Jr, présenté en compétition, épreuve assez rude à 9 heures du matin, sachant qu’en plus la durée annoncée (2h10) était largement sous-estimée d’une bonne dizaine de minutes supplémentaires. Là n’est pas forcément la question car eût-il été plus court ou encore plus long, le film n’en aurait pas été plus facile à avaler, tellement il nécessite qu’on s’accroche en permanence à ce qui se passe à l’écran pour espérer — mais ce n’est pas une certitude — parvenir à en percer le sens. Présenté comme une fable se déroulant en 2017 — date symbolique du centenaire de la révolution soviétique — où une poignée de personnages se croisent autour d’une tour dont la construction a été arrêtée et dont l’architecte se serait suicidé de désespoir, Under electric clouds décline ensuite en chapitres les vies de ces hommes et de ces femmes qui, d’une manière ou d’une autre, sont liés à l’édifice. Le prologue pose en voix-off ce principe narratif et explique la situation ; on

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It follows

ECRANS | De David Robert Mitchell (ÉU, 1h40) avec Maika Monroe, Keir Gilchrist…

Christophe Chabert | Mardi 3 février 2015

It follows

Comment renouveler le genre éculé du slasher horrifique ? David Robert Mitchell, réalisateur du remarqué — même si inédit en salles — The Myth of the American Sleepover, a trouvé une réponse plutôt ingénieuse, et il est bien dommage qu’It Follows ne soit pas à la hauteur de son surprenant pitch de départ : Jay, adolescente bien comme il faut, vit une expérience sexuelle avec un beau garçon ténébreux. Rien de bien grave, mais peu de temps après, elle est persuadée qu’une présence menaçante la poursuit. Y a-t-il un lien entre les deux événements ? Vendons la mèche : oui, et Mitchell invente ainsi la MST boogeyman, idée plutôt gonzo mais que le film — c’est tout à son honneur — prend très au sérieux à l’écran. Pour preuve de sa bonne foi, il ne cesse de se référer au Carpenter glorieux d’Halloween et de Fog, jusqu’à sa bande-son électro v

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Maintenant ou jamais

ECRANS | De Serge Frydman (Fr, 1h35) avec Leïla Bekhti, Nicolas Duvauchelle, Arthur Dupont…

Christophe Chabert | Mardi 2 septembre 2014

Maintenant ou jamais

Charles et Juliette rêvent de s’installer avec leurs enfants dans une maison à la campagne, loin des appartements parisiens étriqués. Alors que le chantier démarre, Charles est licencié par la banque qui l’employait ; et, un soir, Juliette se fait voler son sac par un inconnu. Plutôt que de le dénoncer à la police, elle finit par proposer à ce petit voleur sans envergure un deal : organiser le braquage de la banque sus-citée. Maintenant ou jamais commence donc comme Une vie meilleure (déjà avec Leïla Bekhti) et se poursuit à la façon de Sur mes lèvres, avec une femme qui révèle une nature héroïque au contact du crime. L’addition mécanique de deux bons films n’accouche pas forcément d’une merveille, et Serge Frydman a bien du mal à camoufler les invraisemblances de son scénario. Le coup de force initial — le basculement de Juliette et son plan parfaitement orchestré qui surgit tel le lapin du chapeau —pèse lourd sur les péripéties à venir — dont une obscure visite à des malfrats belges trafiquants sur les champs de course ; quant aux at

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The Raid 2

ECRANS | En suivant une logique inflationniste — plus long, plus violent, plus grand — cette suite à la très bonne série B de Gareth Evans — de retour aux manettes — invente une sorte de pornographie de l’action où le scénario n’est qu’une sauce froide et convenue entre deux scènes ultra-spectaculaires. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 25 juillet 2014

The Raid 2

Sorti de nulle part — tourné en Malaisie par un réalisateur gallois — The Raid avait redonné ses lettres de noblesse à un cinéma d’action flirtant avec l’exploitation pure et dure en repartant des fondamentaux du genre : un lieu unique, un scénario simplissime, des combats extrêmement violents et parfaitement chorégraphiés où les coups faisaient mal et où le principe était à la fois celui d’une progression — d’étages en étages, de méchants en méchants jusqu’au boss — et d’une variété des armes employées — pieds et poings, armes blanches, armes à feu. Pour cette suite, Gareth Evans retrouve son héros Rama, qui doit cette fois infiltrer un gang de mafieux avant de le démanteler. Étendu cette fois à l’échelle d’une ville entière — Jakarta — The Raid 2 tente de passer le premier volet au carré, en multipliant les personnages, les lieux et en étirant au maximum les scènes de baston et de fusillades. On ne discutera pas la virtuosité de la mise en scène : la caméra d’Evans dessine d’hallucinantes arabesques que l’on ne trouve guère que chez Gaspar Noé aujourd’hui, pri

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Othello / Welles : l’amour à Maure

ECRANS | Par trois fois, Orson Welles s’est attaqué à l’œuvre shakespearienne : une adaptation rugueuse de Macbeth tournée dans des terrains vagues écossais et (...)

Christophe Chabert | Mardi 22 avril 2014

Othello / Welles : l’amour à Maure

Par trois fois, Orson Welles s’est attaqué à l’œuvre shakespearienne : une adaptation rugueuse de Macbeth tournée dans des terrains vagues écossais et handicapée par la maigreur de sa production ; un étonnant mashup permettant de faire émerger la figure secondaire de Falstaff en la ramenant au premier plan — Falstaff, donc, d’un souffle et d’une folie visuelle assez grandioses ; au milieu, cet Othello — cette semaine au Comœdia — couronné en 1952 d’une Palme d’or cannoise qui se tient justement en équilibre entre l’ascétique Macbeth et le baroque Falstaff. Welles s’y donne le rôle du Maure de Venise, et il y est littéralement monstrueux — ce qui fait oublier instantanément qu’il a dû en passer par le cirage et les bigoudis pour foncer son teint et crêper ses cheveux. Compressant le récit de Shakespeare en le recentrant sur le triangle fait d’amour, de vengeance, de manipulations et de jalousie entre Othello, le traître Iago et la trop belle Desdémone, Welles arrive à conserver l’ampleur shakespearienne sans sombrer dans la théâtralité. Cela se fait grâce à un travail aussi rigoureux que somptueux sur les décors — qui

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Salaud, on t’aime

ECRANS | De Claude Lelouch (Fr, 2h04) avec Johnny Hallyday, Eddy Mitchell, Sandrine Bonnaire…

Christophe Chabert | Mardi 1 avril 2014

Salaud, on t’aime

En hommage à son ami Georges Moustaki — «qui vient de nous quitter», est-il dit deux fois dans le dialogue au cas où on ne serait pas au courant — Claude Lelouch fait entendre sur la bande-son de Salaud, on t’aime Les Eaux de mars. Jolie chanson qui dit le bonheur du temps qui s’écoule, de la nature et des plaisirs fugaces. Soit tout ce que le film n’est pas, torture ultime où en lieu et place de cascade, on a surtout droit à un grand robinet d’eau froide déversant les pires clichés lelouchiens sur la vie, les hommes, les femmes, l’amitié, le tout en version "vacances à la montagne". La vraie star du film, ce n’est pas Johnny, marmoréen au possible, mais un aigle que Lelouch filme sous toutes les coutures. Se serait-il découvert un caractère malickien sur le tard ? Pas du tout ! Cette fixette sur l’animal est une des nombreuses stratégies pour remplir cette interminable histoire de retrouvailles entre un mauvais père et ses quatre filles — qu’il a appelées Printemps, Été, Automne, Hiver ; Claude, arrête la drogue ! Son meilleur ami et médecin — Eddy Mitchell, tout content de faire du playback sur la scène chantée de Rio Bravo, et c’est

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Malavita

ECRANS | Pur fantasme d’un Luc Besson emballant à la va-vite des concepts de plus en plus boiteux, "Malavita" tente de greffer en Normandie la mythologie du film de mafia new-yorkais. Écrit n’importe comment, sans angle ni point de vue, cette comédie pas drôle sent le naufrage. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Samedi 26 octobre 2013

Malavita

Un film d’animation pour enfants, une bio d’Aung San Suu Kyi, une comédie de mafia avec De Niro… La filmographie de Luc Besson prend des allures d’inventaire à la Prévert, alignant les versions premium des produits cheaps livrés par EuropaCorp, dont il assure lui-même la réalisation en y apposant un savoir-faire de moins en moins flagrant. Malavita, adapté d’un roman de Tonino Benacquista, portait pourtant en lui une belle promesse : celle de faire se rencontrer la mythologie phare du cinéma américain, celle des films de mafieux new-yorkais façon Scorsese, et la réalité de la France d’aujourd’hui. On y voit ainsi une famille de repentis s’installer dans un bled paumé en Normandie et tenter d’y faire profil bas, même si le naturel revient toujours au galop. De tout cela, il ne sort qu’une médiocre comédie policière, nonchalante dans ses enjeux, incroyablement mal écrite, et où seuls les deux acteurs principaux (De Niro et Pfeiffer) réussissent à tirer leur épingle du jeu en ne cherchant ni à être des parodies de leurs personnages mythiques, ni des pantins au service d’un film opportuniste. Dégénéré Car Besson ne tire absolument rien de son argum

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Pour une femme

ECRANS | De Diane Kurys (Fr, 1h50) avec Benoît Magimel, Mélanie Thierry, Nicolas Duvauchelle…

Christophe Chabert | Mardi 25 juin 2013

Pour une femme

Ouvertement — et lourdement — autobiographique, Pour une femme est pour Diane Kurys l’occasion de creuser un peu plus ses racines familiales, déjà abordées dans Coup de foudre et Diabolo Menthe — ses deux premiers et meilleurs films. Force est de constater qu’entre-temps — trente ans — son cinéma s’est englué dans un académisme télévisuel à base de reconstitution proprette et partant jamais crédible, de dialogues sur-écrits placés tels quels dans la bouche des acteurs, et de clichés à l’eau de rose ou plutôt au parfum éventé qui donne son titre au film. L’ennui gagne très vite face à ce ménage à trois sur fond de communisme après-guerre, d’envoyés de Moscou chargés de traquer et liquider les dignitaires nazis préparant leur exil, et de réussite sociale dans le prêt-à-porter. Les allers-retours entre le présent, où une Sylvie Testud tapote le scénario dans des chambres d’hôtel lyonnaises sur son Mac antique et rend visite à un Magimel outrageusement grimé, et le passé, mélodrame sans fougue et sans chair où deux frères convoitent la même femme, participent de la paresse dramaturgique ambi

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Le Monde fantastique d’Oz

ECRANS | La rencontre entre Disney et Sam Raimi autour d’une ingénieuse genèse au "Magicien d’Oz" débouche sur un film schizo, où la déclaration d’amour au cinéma du metteur en scène doit cohabiter avec un discours de croisade post-"Narnia". Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 5 mars 2013

Le Monde fantastique d’Oz

En écrivant la semaine dernière que Spring Breakers était une variation autour du Magicien d’Oz où James Franco serait une version gangsta dudit magicien, on ne savait pas encore que celui-ci l’incarnait pour de bon dans cette version signée Sam Raimi. Il faut dire que le titre français est trompeur : il laisse entendre que l’on est face à un remake du classique de Victor Fleming, alors qu’il en écrit en fait la genèse. Il s’agit donc de raconter comment un prestidigitateur minable et très porté sur la gente féminine, qui se rêve en Thomas Edison mais se contente de tours à deux sous dans une roulotte du Kansas, va passer de l’autre côté de l’arc-en-ciel et découvrir le monde d’Oz, ses vilaines sorcières et son chemin de briques jaunes. Sam Raimi rend avant tout un hommage esthétique à l’original : il débute par trente minutes en noir et blanc, son mono et format carré, avant de laisser exploser couleurs, effets sonores et 3D débridée par la suite.

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Week-end royal

ECRANS | De Roger Michell (Ang, 1h35) avec Bill Murray, Laura Linney…

Christophe Chabert | Lundi 18 février 2013

Week-end royal

La grande histoire par son versant anecdotique : Week-end royal, après Le Discours d’un Roi — avec lequel il partage un personnage, celui de George VI — témoigne de ce nouvel académisme qui consiste à raconter les événements par le plus petit bout de la lorgnette possible. Ici, c’est une des maîtresses de Franklin D. Roosevelt qui retrace les dernières années du Président (un Bill Murray perdu au milieu du décor), et notamment un fameux week-end avec le nouveau roi d’Angleterre et son épouse. Un bel exemple de ce culte du détail : le climax du film consiste à savoir si oui ou non le roi croquera dans un hot dog. De cela dépend l’avancée des relations américano-britanniques dans la guerre contre Hitler. Michell aimerait ainsi montrer la politique comme un vaudeville ou un mélodrame, mais son dispositif (voix-off et reconstitution méticuleuse) pèse trop lourd pour aboutir à une telle légèreté. L’élégance même du film est contre-productive tant la mise en scène participe de l’ennui poli mais ferme qui saisit le spectateur. Christophe

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L'appel du pied

MUSIQUES | JB Wizz par-ci, JB Wizz par-là : quand un média se met en tête de tirer le portrait d'un contre-exemple du lent déclin qualitatif et structurel de l'industrie (...)

Benjamin Mialot | Jeudi 24 janvier 2013

L'appel du pied

JB Wizz par-ci, JB Wizz par-là : quand un média se met en tête de tirer le portrait d'un contre-exemple du lent déclin qualitatif et structurel de l'industrie musicale, il n'y en a que pour le boss du label Born Bad. Tant mieux pour lui, d'autant qu'il est indéniablement l'un des rares activistes du secteur à avoir non seulement du flair et de la passion, mais aussi un discours plus élaboré que la rhétorique de punk à chien dans laquelle se complait nombre de ses confrères. Reste qu'il n'est pas le seul à perpétuer à la force de ses bras tatoués une certaine idée du rock'n'roll (insoumission, débrouille et compagnie). C'est également, par exemple, le cas du dénommé Mr Cu!, fondateur de Kicking Records, label plus qu'indé qui depuis maintenant six ans fait frétiller les pavillons des amateurs de musiques à guitares franches du collier, aussi bien sur disque que par le biais d'un festival maison, le Kicking Fest. La prochaine édition de celui-ci, originellement programmée en septembre, se tiendra finalement samedi 2 février au Clacson. À l'affiche : le heavy rock horrifique et burné des Hellbats et les Girondins de Sleeppers, dont la noise n'a pas grand chose à envier en

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Mariage à Mendoza

ECRANS | De Édouard Deluc (France, 1h31) avec Nicolas Duvauchelle, Philippe Rebbot, Paloma Contreras...

Jerôme Dittmar | Vendredi 18 janvier 2013

Mariage à Mendoza

D'abord il y a eu Kerouac, la route, l'Amérique, une renaissance, l'idée que le monde continuait ; puis il y a eu Nouvelles frontières, le tourisme de masse, l'ère d'un exotisme de contrôleur fiscal réduisant le réel à des images à vérifier. Au milieu est né le road movie, qui finira malgré lui par bercer des générations à coup de posters cheap vantant on ne sait quoi d'un ailleurs idéalisé où Lévi-Strauss côtoierait Nicolas Hulot. C'est un peu ça, Mariage à Mendoza, un road movie français en Argentine, qui dégurgite tellement son petit cahier des charges du genre appauvri qu'il fait de la peine. Tout est gentil dans cette histoire sentimentale entre frangins, la vie et ses difficultés, l'amour et ses désillusions, le voyage et ses rencontres. Même les moments durs sont gommés par une intrigue sous anxiolytiques oubliant qu'elle suit un circuit balisé de tour-opérateur existentiel. Heureusement, comme chez Kerouac, il y a une fille pour divertir et remplir la carte postale. Jérôme Dittmar

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Kill list

ECRANS | Ce n’est que le deuxième film de Ben Wheatley (le troisième, Touristes !, déjà terminé et présenté à Cannes, le confirmera), mais Kill list l’impose déjà comme un (...)

Christophe Chabert | Vendredi 6 juillet 2012

Kill list

Ce n’est que le deuxième film de Ben Wheatley (le troisième, Touristes !, déjà terminé et présenté à Cannes, le confirmera), mais Kill list l’impose déjà comme un des cinéastes contemporains à suivre de très près. Il accompagne ici deux Anglais de la classe moyenne, anciens soldats devenus tueurs à gage, d’abord dans leur quotidien un peu terne, puis dans une mission qui va s’avérer de plus en plus déroutante et ésotérique. Ce qui se joue ici, c’est la greffe entre les codes du thriller et une mise en scène atmosphérique et envoûtante faite de constants décalages entre le son et l’image, entre le présent de l’action et ses répercussions dans l’intrigue. De fait, au lieu de chercher artificiellement l’étrangeté ou la tension, Wheatley les fait surgir au milieu de la banalité ; un bref plan sur une femme dessinant un pentacle derrière un tableau suffit à amener le fantastique au milieu d’un repas entre amis où l’on parle politique, problèmes domestiques et relations amoureuses. Ce regard presque malickien, où l’improvisation des comédiens contraste génialement avec la ligne suivie par le scénario, donne au film sa profonde originalité, chose deven

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The Raid

ECRANS | Un Gallois exilé en Indonésie redéfinit avec panache les règles du cinéma d’action : The Raid n’a pas d’autre ambition que d’en mettre plein la gueule, mais par la rigueur de son intrigue et de sa mise en scène, procure une sensation d’euphorie qu’on pensait avoir oubliée. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 14 juin 2012

The Raid

Pas besoin d’avoir décroché le Nobel pour résumer The Raid : une bande de flics d’élite veut déloger d’un immeuble transformé en forteresse imprenable un baron de la drogue qui a mis chaque étage en coupe réglée et assure sa protection via deux gardes du corps sans pitié, l’un adepte des armes, l’autre préférant la baston à mains nues. Une exposition éclair et c’est parti pour une heure trente d’action pure, où Gareth Evans va exploiter au maximum les possibilités de son décor labyrinthique mais aussi toutes les formes de combat : d’abord des flingues et des explosifs, puis des armes blanches et enfin d’homériques dégelées façon free fight, jusqu’à épuisement des forces en présence. Il dédouble l’affaire d’un conflit moral entre deux frères, l’un du côté de la loi, l’autre du côté du crime, faisant de cette opération commando une affaire personnelle autant que policière. Baston à l’indonésienne Quoi de neuf dans The Raid ? À proprement parler rien, mais ce n’est manifestement pas l’objectif de Gareth Evans, cinéaste gallois ayant choisi Djakarta comme destination idéale pour faire renaître un cinéma d’exploitation décomplexé,

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Babycall

ECRANS | De Pal Sletaune (Norvège, 1h36) avec Noomi Rapace, Kristoffer Joner…

Christophe Chabert | Lundi 30 avril 2012

Babycall

Babycall démontre à quel point la pratique du twist scénaristique, ce renversement de situation final qui pousse à revoir l’ensemble du film sous un jour nouveau, est aujourd’hui une pratique éculée et, c’est un comble, prévisible. Dès le début, Sletaune nous envoie de gros clins-d’œil pour bien nous faire comprendre que l’angoisse de cette mère qui surprotège son gamin face à un éventuel retour d’un père violent et abusif, n’est pas ce que l’on pourrait croire. La mise en scène cherche à créer un climat oppressant, mais produit surtout une grande passivité chez le spectateur, pressé de savoir ce qui relève du réel ou du fantasme. Sauf que le script est tellement emberlificoté qu’en définitive, rien ne subsiste une fois le brouillard dissipé, sinon la sensation d’avoir assisté à du vent. Même le thème, passionnant chez Nakata dans Dark Water, de la solitude urbaine et de la maternité comme un sacrifice de soi, ne semble que lointainement intéresser le cinéaste, qui préfère faire le malin plutôt que de prendre au sérieux le mélange de mélo et de fantastique que son matériau lui autorisait. Christophe Chabert

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Les Hallucinations, c’est maintenant !

ECRANS | La deuxième édition d’Hallucinations collectives propose pendant cinq jours au Comœdia un recueil de ce que le cinéma compte de films bizarres, originaux, provocants, rappelant au passage que ce cinéma-là est en voie d’extinction sur les écrans… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 30 mars 2012

Les Hallucinations, c’est maintenant !

Cette semaine, deux événements se font concurrence en matière de cinéma : sur la rive gauche du Rhône, l’arrivée au sein du «pôle de loisirs» (notez le mot «loisirs», il est important) Confluence d’un nouveau multiplexe UGC Ciné Cité ; de l’autre côté du fleuve, au Comœdia, ce sera la deuxième édition d’Hallucinations collectives, où il s’agira de montrer tout ce qui a peu de chances d’atterrir sur les écrans d’en face, la position du groupe UGC étant par exemple de ne plus sortir les films interdits aux moins de 16 ans — soyons justes, beaucoup de cinémas indépendants font implicitement la même chose… Car Hallucinations collectives et ses organisateurs (l’association Zone Bis) aiment justement ce qui, de l’Histoire du cinéma à son actualité, bouscule le spectateur et lui rappelle qu’un film, ce n’est pas qu’une sortie, mais aussi une expérience. Que les émotions au cinéma, ça ne se fabrique pas dans les bureaux d’un studio mais ça se contrôle par le travail de la mise en scène. Et qu’en définitive, cette marge-là restera quand les pages des nouveautés hebdomadaires auront depuis longtemps été déchirées des mémoires. Voyage au bout de l’enfer

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My week with Marilyn

ECRANS | Il n’y a paradoxalement que peu de genres cinématographiques aussi balisés que le biopic (pour “biographic picture“), alors que dans un monde parfait, (...)

Dorotée Aznar | Vendredi 30 mars 2012

My week with Marilyn

Il n’y a paradoxalement que peu de genres cinématographiques aussi balisés que le biopic (pour “biographic picture“), alors que dans un monde parfait, chaque personnalité ainsi transfigurée par le 7e art devrait au moins voir ses singularités respectées… Hélas : l’œuvre d’une vie est vouée à y être résumée et expliquée par les plus petits dénominateurs communs, et l’interprète se doit de foncer dans un mimétisme outré, garant de nombreuses nominations. Dans ce contexte lénifiant, un film comme My week with Marilyn, où les comédiens courent moins à l’imitation qu’à la réinterprétation, fait donc a priori un bien fou – il ne se concentre que sur une parenthèse désenchantée de la tumultueuse vie de Marilyn Monroe, lors d’un tournage en Angleterre sous la houlette du très pincé Laurence Olivier. L’occasion pour le réalisateur de nous amuser du choc des cultures entre le professionnalisme guindé de l’establishment cinématographique anglais et le capricieux star system américain ne jurant que par la «method» chère à l’Actors Studio. Dans l’écrin d’une mise en scène discrète mais élégante, l’expérience se révèle même savour

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Illumination collective

ECRANS | Les fans de Kevin Smith seront surpris en découvrant Red state… En effet, s’ils s’attendent à trouver les habituelles potacheries et l’esprit geek du (...)

Christophe Chabert | Vendredi 30 mars 2012

Illumination collective

Les fans de Kevin Smith seront surpris en découvrant Red state… En effet, s’ils s’attendent à trouver les habituelles potacheries et l’esprit geek du réalisateur de Clerks, ils déchanteront assez vite : Smith est en colère contre l’Amérique et entend le dire avec le même sérieux qui animait le brûlot de John Carpenter Invasion Los Angeles. On sait que le film a été tourné de manière complètement indépendante, le cinéaste n’ayant pas digéré les bidouillages effectués sur son précédent Top cops, œuvre de commande il est vrai assez indéfendable. Red state se déroule dans le midwest américain, où le christianisme a engendré une flopée de sectes à l’intégrisme extrême. Trois adolescents, qui ne voulaient au départ que tirer leur crampe, se font séquestrer par une de ces bandes de mabouls, dont le prédicateur entend bien laver les péchés de l’Amérique en sacrifiant tout ce qui, à ses yeux, relève du vice et de la corruption morale. Ledit pasteur est incarné par un phénoménal Michael Parks, qui s’offre un sidérant morceau de bravoure en tenant le crachoir plus de dix minutes durant pour vociférer des incantations illuminées avant de convier

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La politique de l’Autriche

ECRANS | Il est sûr que si Régis Jauffret était tombé sur une projection de Schizophrenia, il aurait immédiatement versé le film dans le dossier à charge qu’il mène contre (...)

Christophe Chabert | Jeudi 29 mars 2012

La politique de l’Autriche

Il est sûr que si Régis Jauffret était tombé sur une projection de Schizophrenia, il aurait immédiatement versé le film dans le dossier à charge qu’il mène contre ce pays. Pensez donc ! Un type bizarre sort de prison pour avoir tué une vieille dame et, à peine le nez dehors, il s’introduit dans une maison bourgeoise et s’emploie à massacrer froidement ses habitants, dont un adolescent attardé mental. Bien avant Michael Haneke, en 1983, Gerald Kargl s’intéressait aux pulsions homicides de ses compatriotes ; mais à la différence du moraliste barbu, lui inventait une forme cinématographique qui n’avait rien de distancié. Au contraire, Schizophrenia (titre français stupide qui remplace le Angst — "La Peur" — original) fait tout pour nous faire pénétrer dans le cerveau détraqué de son personnage principal. Pour cela, Kargl s’est associé avec un opérateur de génie, Zbigniew Rybczynski, par ailleurs coscénariste du film ; celui-ci a inventé un système de travellings extrêmement audacieux où la caméra est attachée au comédien Erwin Leder

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Le boucher des vanités

ECRANS | Définitivement hors de ses gonds initiaux, L’Épouvantable vendredi de l’Institut Lumière fait suite à sa Nuit Stephen King en rendant hommage à un autre auteur (...)

Christophe Chabert | Jeudi 8 mars 2012

Le boucher des vanités

Définitivement hors de ses gonds initiaux, L’Épouvantable vendredi de l’Institut Lumière fait suite à sa Nuit Stephen King en rendant hommage à un autre auteur clé de l’épouvante littéraire : Clive Barker. Un écrivain donc, mais aussi un cinéaste qui, à la différence de King, a plutôt réussi le passage de la page à l’écran, signant quelques films importants du genre et, surtout, proposant sa propre vision cinématographique de son univers avec le mythique Hellraiser (présenté en ouverture de la soirée). Barker fait de la souffrance physique un instrument de châtiment mais aussi de plaisir, et la chair torturée est chez lui à la fois prétexte à un déluge de gore bien crado (et définitivement premier degré, amis de la rigolade s’abstenir) mais aussi à une représentation de purs fantasmes SM. On y découvre une créature qui marquera les esprits : le géant Pinhead, blafard et glabre, en long manteau de cuir noir et recouvert de clous, tout droit sorti de l’enfer — ou d’une backroom gay hardcore.

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Hallucinations et moutons électriques

ECRANS | La programmation du prochain festival Hallucinations collectives (au Comœdia du 4 au 9 avril) a été dévoilée : des Belges bizarres, un tueur en série autrichien, un cinéaste sud-africain visionnaire, un hommage à Philip K. Dick et une belle brochette d’inédits. Passionnant ! Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 15 février 2012

Hallucinations et moutons électriques

La première édition avait tenu toutes ses promesses : Hallucinations collectives prolongeait, avec un enthousiasme contagieux, l’expérience menée pendant trois ans par L’Étrange festival et revendiquait une identité singulière, où la défense des films «orphelins» (jolie formule désignant ces œuvres auxquelles les auteurs n’ont souvent jamais donné de suite !) et hors norme brisait les frontières étanches du bon goût cinéphile (cinéma de genre, cinéma d’auteur : peu importe !). La programmation de l’édition 2012 poursuit donc cet effort, et elle est déjà très excitante (il manque encore quelques titres, qui seront révélés dans les jours à venir). Dick in my brain Surprise : ce n’est pas un cinéaste mais un écrivain qui sera à l’honneur dans la première partie du festival. L’immense Philip K. Dick, référence majeure de la littérature de science-fiction avec des romans comme Ubik, Le maître du haut château ou Substance mort, sera donc célébré à travers une table ronde, une lecture, un concert de Richard Pinhas et, bien sûr, un film.

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Happy New Year

ECRANS | de Garry Marshall (USA, 1h58) avec Hilary Swank, Michelle Pfeiffer, Robert De Niro, Zac Efron, Katherine Heigl…

Jerôme Dittmar | Vendredi 16 décembre 2011

Happy New Year

Echec permanent, le nouvel an avait peu de chance de trouver un salut au cinéma. Pas plus que la Saint-Valentin, déjà prétexte à un film people pour Garry Marshall. Regroupant une brochette de stars dans le creux de la vague ou à l'avenir incertain, Happy New Year tente pourtant l'impossible : le film choral sur la Saint-Sylvestre. Suivant le patron de Love Actually, Marshall assemble dix intrigues bidons pour n'en traiter aucune, veillant seulement au temps de présence du casting et justifier l'événement qui lui sert d'alibi. Jumeau en tout mais moins honteux que Valentine`s Day, Happy New Year tient du pudding de Noël, de la comédie romantique sucrée et eucharistique, entièrement prisonnière de son concept marketing sur la rédemption. Du néant, assez linéaire, s'échappe malgré tout Michelle Pfeiffer. En duo improbable avec Zac Efron, l'actrice erre ébahie, fragile, insaisissable, Catwoman malade fissurant d'un regard la formule insipide pour lui offrir un peu de sublime.Jérôme Dittmar    

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The Lady

ECRANS | De Luc Besson (Fr-Ang, 2h07) avec Michelle Yeoh, David Thewlis…

Christophe Chabert | Mercredi 23 novembre 2011

The Lady

Une bio filmée d’Aung San Suu Kyi par notre copain Luc Besson, cela avait de quoi faire trembler. Paradoxalement, c’est l’absurdité de cet attelage qui évite à The Lady le naufrage, comme si Besson, conscient de l’enjeu lié à son sujet, avait décidé de s’appliquer sagement à ne pas commettre d’impairs. On a rarement vu le cinéaste se tenir à un si strict classicisme, au risque de la platitude et de l’académisme (le film n’y échappe pas dans sa partie centrale). Ses défauts habituels (une représentation caricaturale des méchants militaires, quelques apartés de comédie toujours aussi lourdingues) sont, comme son héroïne, sévèrement astreints à résidence. Cela laisse le champ à une évocation du Prix Nobel birman un peu schématique mais qui ménage une bonne surprise (la seule !). Son mari, Michael Aris, est le vrai narrateur du film, qui débute avec un certain culot par l’annonce de son cancer. La portée hagiographique du récit est tempérée par l’annonce de cette mort inéluctable et David Thewlis, excellent, vole souvent la vedette à une Michelle Yeoh habitée mais un poil trop lisse.Christophe Chabert

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Rock n' Schmoll

MUSIQUES | Mardi 26 juillet

Dorotée Aznar | Mardi 12 juillet 2011

Rock n' Schmoll

Il l'a dit l'Eddy, cette fois, c'est sa dernière tournée, sa “dernière séance“ (lol). Ballot, il venait juste de sortir un album intitulé Come-back où il caracolait comme un desperado sur ses sérénades éternellement bluesy. Oui mais voilà, le Schmoll a décidé de raccrocher les tiags, parce que passé un certain âge ça donne des ampoules, même avec des chaussettes noires. C'est donc le moment de chevaucher jusqu'au Théâtre antique de Vienne pour voir le rideau tomber sur une carrière longue d'un demi-siècle. En somme, tout Eddy. SD

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La Dernière Piste

ECRANS | De Kelly Reichardt (ÉU, 1h44) avec Michelle Williams, Paul Dano, Bruce Greenwood…

Christophe Chabert | Mardi 14 juin 2011

La Dernière Piste

Avec La Dernière Piste, la réalisatrice d’Old joy et Wendy et Lucy prend à revers le revival du western américain. Il s’agit pour elle non pas de revisiter ses codes, mais d’en tirer une épure méditative en raréfiant enjeux et dialogues. L’introduction décrit en quelques plans ascétiques des pionniers muets écrasés par l’espace désertique qui les entoure. Et pour cause : ce convoi est perdu dès la première image. Une brève séquence nous apprend que c’est en suivant le «raccourci» indiqué par Stephen Meek, cowboy sale et grossier (génial Bruce Greenwood) qu’ils se sont égarés. La question est posée : faut-il lyncher Meek, qui malgré son assurance et sa connaissance de cet ouest sauvage, reste un étranger à la communauté ? Reichardt va redoubler le conflit lorsqu’un Indien est capturé par Meek, et que le groupe se divise sur ce qu’il faut en faire : l’exécuter ou le suivre en espérant qu’il les conduise à un point d’eau salvateur ? C’est la très belle idée de La Dernière Piste, à la fois interrogation lancée à l’Amérique d’aujourd’hui et déclaration d’indépendance cinématographique : faut-il accueillir dans une société ce qui lui résiste (l’Indi

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Blue valentine

ECRANS | De Derek Cianfrance (ÉU, 1h54) avec Ryan Gosling, Michelle Williams…

Christophe Chabert | Mardi 7 juin 2011

Blue valentine

Présenté à Cannes dans la section Un certain regard en 2010, Blue valentine aura attendu treize mois avant de sortir en France. En même temps, cela paraît presque court pour un film dont l’auteur, Derek Cianfrance, a mis douze ans à accoucher. Est-ce ce long délai de réflexion qui confère à l’œuvre son parfum de maturité ? Ou bien est-ce l’osmose qui unit le couple du film, Ryan Gosling et Michelle Williams, dont on peine à distinguer ce qui les sépare des personnages qu’ils interprètent ? Toujours est-il que Blue valentine raconte avec une grande honnêteté et une franche cruauté le crépuscule d’un amour. Au présent, Cianfrance capte des instants flottants, des silences et des regards inquiets, presque endeuillés, avec une caméra qui stylise nature et visages. Au passé, il laisse la complicité naître entre les deux amoureux, optant pour un réalisme partiellement improvisé, comme lors de la grande scène de séduction où chacun montre son petit talent (lui au ukulélé, elle avec une danse charmante de gaucherie). Mais Blue valentine est plus subtil que ce

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Source code

ECRANS | De Duncan Jones (ÉU, 1h35) avec Jake Gyllenhaal, Michelle Monaghan…

Christophe Chabert | Mercredi 13 avril 2011

Source code

Moon avait montré que Duncan Jones savait construire de la science-fiction conceptuelle avec de petits moyens et de grandes ambitions. Source code, bien qu’étant une commande, semblait tailler pour ce cinéaste prometteur. Voyage dans le temps, réalités parallèles, répétition ad libitum d’une même situation modifiée par la conscience qu’en prend le héros : quelque part entre Un jour sans fin et Matrix, Source code a tout du film casse-tête écrit par un auteur malin. Pourtant, c’est bien le scénario, trop long dans sa partie présente, trop rapide dans sa partie passée, qui laisse un sentiment de frustration. Dès le deuxième voyage, Gyllenhaal est déjà passé de l’incompréhension à l’action, tandis que le mystère autour de ce qu’il est devenu dans la réalité n’abuse personne. La mise en scène se charge heureusement d’insuffler l’élégance qui rend le film plutôt plaisant à regarder, et ce presque jusqu’à la fin, puisque l’ultime twist ne vaut que pour la proximité cinéphile qu’il introduit avec un fameux film de Chris Marker. Christophe Chabert

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Rabbit hole

ECRANS | De John Cameron Mitchell (ÉU, 1h32) avec Nicole Kidman, Aaron Eckhardt…

Christophe Chabert | Mardi 5 avril 2011

Rabbit hole

Difficile d’être insensible à ce Rabbit hole qui traite du drame par excellence : celui de la perte d’un enfant. Et pourtant… Si on verse une larme pendant sa scène finale (mais on pleurait à torrent devant la fin similaire d’"Arizona Junior"), le film de John Cameron Mitchell agace aussi par son insistance à solliciter l’émotion du spectateur. La faute à une adaptation maladroite de la pièce de théâtre initiale : ce que l’on peut accepter sur une scène devient factice à l’écran, notamment le fait que les personnages secondaires n’existent que pour illustrer un aspect du sujet, comme si le monde du film se réduisait à son thème. La mise en scène suit le même chemin : elle s’interdit distance et humour, confond pudeur et pose démonstrative. Enfin, les acteurs se livrent à un étrange anti-cabotinage, notamment Kidman qui semble expier les choix malheureux de sa carrière en acceptant de laisser quelques rides lui rendre l’expressivité qu’un abus de botox avait fini par effacer. Christophe Chabert

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Morning glory

ECRANS | De Roger Michell (ÉU, 1h47) avec Rachel McAdams, Harrison Ford…

Christophe Chabert | Jeudi 31 mars 2011

Morning glory

Les as du marketing hollywoodien ont découvert un filon juteux : le film pour seniors. Après "Sans plus attendre" (le mélo) et "Red" (le film d’action), voici la comédie romantique. Où l’on voit une jeune productrice aux dents longues (McAdams) débaucher un grand nom du journalisme vieillissant (Harrison Ford) pour animer une émission matinale d’infotainment. Le scénario expose avec une franchise désarmante sa philosophie : qu’est-ce qu’on en a à foutre des problèmes du monde et de l’actualité ? On veut de la régression et du divertissement ! Le film fait ainsi l’éloge du renoncement, du succès à tout prix et de la gaudriole pour ménagères sans aucun complexe, ridiculisant tout sur son passage — Diane Keaton qui danse le bras levé avec 50 cents ; une certaine idée de la déchéance. Cinq jours à relire Kant ne suffiraient pas à se laver le cerveau de ce truc hallucinant de crétinerie satisfaite. Christophe Chabert

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Hell driver

ECRANS | De Patrick Lussier (ÉU, 1h44) avec Nicolas Cage, Amber Heard…

Christophe Chabert | Dimanche 20 mars 2011

Hell driver

Échappé des flammes de l’enfer pour sauver sa petite fille kidnappée par un adorateur de Satan, Milton récupère bagnole et belle blonde, puis casse tronches et tronçons d’autoroutes sur fond de hard-rock qui tâche, se transformant en icône pour adeptes du mélange tuning-baston. Qu’on se le dise : "Hell driver" est un parangon de beauferie vulgos et décomplexée, un pur film de drive in sans le commentaire distancié qu’en avait fait Tarantino et Rodriguez. Le début tient la route grâce à un humour bien noir, un réel culot pour montrer des filles à poil et des crânes défoncés, et un certain soin dans la réalisation (3D comprise) et la caractérisation des personnages (notamment le «comptable» joué par William Fichtner). Après, ça sent nettement plus la série Z : effets spéciaux pourris, direction artistique scandaleuse (le repère des satanistes à la fin aurait mérité le licenciement du chef déco), cascades de dialogues pour débiles légers et incohérences de scénario trop voyantes pour être honnêtes. La leçon à en tirer : même le n’importe quoi mérite un tant soit peu de conscience professionnelle. Niveau inconscience, le film est au diapason d’un Nicolas Cage dont on se demande sinc

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