Expendables 2

ECRANS | Retour de «l’unité spéciale» emmenée par Stallone, avec quelques nouvelles recrues prestigieuses, pour un deuxième volet mieux branlé que le précédent, assumant sans complexe son côté série B d’action vintage. Curieusement plaisant. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 22 août 2012

«On devrait tous être au musée». C'est une des dernières répliques d'Expendables 2, et cela résume parfaitement l'esprit de cette improbable franchise : les papys du cinéma d'action font de la résistance, un dernier tour de piste de prestige qui est aussi, pour certains, l'occasion de sortir de la malédiction du direct to DVD qui les frappe. Pour ce deuxième épisode, Stallone, fort du succès du premier, a d'ailleurs réussi la totale (ou presque, Steven Seagal manque à l'appel !) en incorporant au casting Jean-Claude Van Damme et Chuck Norris et en laissant plus d'espace à Bruce Willis et Arnold Schwarzenegger, au-delà des simples apparitions clin d'œil du premier. La recette est peu ou prou la même : une équipe de mercenaires, une mission, de la castagne et des vannes en guise de dialogues. Plus une pincée de distanciation mélancolique sur l'air de «On est trop vieux pour ces conneries», lucidité bienvenue même si elle n'empêche pas les vétérans d'exhiber gros bras et dextérité dans le carnage lorsque l'occasion se présente — fréquemment.

À l'est, que des anciens

On pouvait craindre qu'en laissant sa place derrière la caméra au yes man Simon West, Stallone laisse le film dériver dans une surenchère contraire à son esprit de retour au cinoche d'action des années 80. C'est l'inverse qui se produit : la mise en scène joue intelligemment la carte de la série B à l'ancienne, refusant le surdécoupage et préférant inscrire tranquillement l'action et les personnages dans un décor soigneusement choisi. C'est la meilleure idée d'Expendables 2 : le film a été tourné en Bulgarie comme la plupart des produits torchés par les yakayos déclinants (Seagal, Van Damme et Lundgren, en particulier). Mais plutôt que de camoufler la chose en faisant sembler de se trouver quelque part aux États-Unis, il l'incorpore à son scénario : les pays de l'Est et ses villages en dehors du temps, marqués par les reliquats de la guerre froide (qui faisait le bonheur des films d'action dans les années 80) sont assumés comme arrière-plan dramatique et esthétique. Dans un passage particulièrement bien vu, Stallone et West poussent l'ironie jusqu'à faire se réfugier l'équipe dans un bled désert où les Soviétiques avaient reconstitué une petite ville américaine, panneaux publicitaires compris. Ce refus de tricher est la principale qualité d'un film qui ose la littéralité : Jean-Claude Van Damme est un vilain nommé Vilain, Chuck Norris est un «loup solitaire» qui extermine à lui seul une armée entière et apparaît à l'écran sur la musique du Bon, la Brute et le Truand. Premier degré, deuxième degré : qu'importe, le résultat est là, curieusement plaisant comme un bon film de vidéo club.

Requiem pour un yakayo

Tout le film assume ainsi son côté pauvre, sale, vieux, à l'opposé des machines hollywoodiennes luxueuses et rutilantes. Les invraisemblances du scénario, sa manière de faire débarquer au bon moment un sauveur inespéré ou de faire systématiquement passer au travers des balles ses héros, deviennent accessoires au regard du rythme plutôt soutenu imposé par le cinéaste et l'énergie du casting. Seul ratage, prévisible : le combat final, où les armes tombent et les muscles se bandent, mais où la mise en scène a surtout besoin d'un maximum d'obscurité et d'un montage épileptique pour dissimuler le fait que les deux comédiens sont doublés dans la plupart des plans. Dernier point, troublant : le premier acte d'Expendables 2 repose sur un climax dramatique conduisant à la disparition de la plus jeune recrue de l'équipe. On voit alors Stallone se lancer dans un requiem sur le mode «Pourquoi ceux qui ont un avenir doivent-ils disparaître alors que nous, qui n'en avons plus, sommes encore là ?» Impossible de ne pas faire le rapprochement avec la disparition de son propre fils, survenue bien après la fin du montage, cruelle ironie existentielle dont le cinéma, parfois, se fait le témoin involontaire et prémonitoire.

entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Glass

ECRANS | Kevin Crumb et ses identités multiples ayant à nouveau enlevé des jeunes filles, “l’incassable“ David Dunn se lance à ses trousses. Mais lors de la capture, (...)

Vincent Raymond | Lundi 14 janvier 2019

Glass

Kevin Crumb et ses identités multiples ayant à nouveau enlevé des jeunes filles, “l’incassable“ David Dunn se lance à ses trousses. Mais lors de la capture, Dunn est lui aussi arrêté et transféré avec Crumb dans un hôpital où une psy veut les convaincre qu’ils ne sont pas des super-héros… L’intrigue de Glass risque de surprendre les adeptes de tarabiscotages et d’artifices par son apparente simplicité. Mais tout comme la tétralogie Scream a permis à Wes Craven de dérouler du concept sur l’architecture générale du film d’horreur (et de ses séquelles) par la mise en abyme, Glass constitue pour Shyamalan un parfait véhicule théorique visant à illustrer ses principes cinématographiques, les stéréotypes narratifs et à donner un écho supplémentaire à ses films. Ligne de partage des os Se situant pour l’essentiel dans un hôpital psychiatrique, Glass fait de ses héros des objets d’étude placés sous l’œil permanent de caméras ubiquistes. De fait,

Continuer à lire

M. Night Shyamalan : « j’aime les films incomplets où le public remplit les béances de la narration »

ECRANS | L’apparition finale de Bruce Willis après le générique de Split signifiait-elle que Glass déjà planifié, écrit et prêt à être tourné ? M. Night Shyamalan : (...)

Vincent Raymond | Mercredi 16 janvier 2019

M. Night Shyamalan : « j’aime les films incomplets où le public remplit les béances de la narration »

L’apparition finale de Bruce Willis après le générique de Split signifiait-elle que Glass déjà planifié, écrit et prêt à être tourné ? M. Night Shyamalan : Cela s’est passé étape par étape. Je tenais à faire avec Split un thriller autonome, et j’ai demandé à Disney la permission d’utiliser le personnage de David, joué par Bruce Willis dans Incassable. Contre toute attente, ils ont accepté pour un film Universal. Cette autorisation nous a permis d’envisager la suite. Mais je n’ai rien écrit avant la sortie de Split, j’ai attendu, au cas où le film ne fonctionnait pas, ça n’aurait pas été la peine de tourner une suite. Puis il a fallu demander l’autorisation à Disney et Universal — étant donné que chacun des deux studios est propriétaire à 100% des films et donc de tous les personnages —, en leur précisant que je tenais à en assurer la production, que cela demeure un “petit“ film et que les deux le distribuent conjointement. Ils ont dit OK, c’est ce qui a déclenché le film.

Continuer à lire

Du plomb dans la tête

ECRANS | Quelques semaines après son ex-rival et nouveau pote expendable Schwarzenegger, c’est au tour de Stallone de se lancer dans la course au meilleur senior (...)

Christophe Chabert | Lundi 18 février 2013

Du plomb dans la tête

Quelques semaines après son ex-rival et nouveau pote expendable Schwarzenegger, c’est au tour de Stallone de se lancer dans la course au meilleur senior du cinéma d’action. Différence notable : là où Schwarzy recrutait un Sud-coréen hype derrière la caméra de son moyen Dernier rempart, Stallone, cohérent avec son envie de faire revivre la série B mal embouchée des années 80, a fait appel au vétéran Walter Hill pour cette adaptation d’un roman graphique français. Saine initiative : Du plomb dans la tête s’impose assez vite comme un concentré nostalgique du genre, sec, violent, plein d’humour noir mais jamais parodique, bien raconté et habilement mis en scène. Stallone y campe un tueur à l’ancienne qui n’est pas prêt à se coucher devant la loi, la morale et l’époque, même quand celles-ci sont incarnées par un flic incorruptible au milieu d’une police gangrenée par l’argent sale et les magouilles en tout genre. C’est l’alliance temporaire entre le vieux grincheux, brutal, taiseux, allergique à la technologie et le jeune loup idéaliste, naïf, scotché à son smartphone qui donne au film son échine de buddy movie et qui permet à Stallone de

Continuer à lire

Looper

ECRANS | Boucler la boucle. C’est en substance l’enjeu de Looper, jusque dans son titre, qui désigne les tueurs du film, chargés de supprimer les témoins gênants (...)

Christophe Chabert | Mercredi 31 octobre 2012

Looper

Boucler la boucle. C’est en substance l’enjeu de Looper, jusque dans son titre, qui désigne les tueurs du film, chargés de supprimer les témoins gênants d’exactions commises 30 ans plus tard et envoyés dans le passé grâce à une machine à remonter le temps. Loopers, car vient fatalement le moment où ce sont eux, ou plutôt leur double de trente ans plus âgé, qu’ils doivent supprimer, contre quelques lingots d’or qui leur assureront une "retraite" méritée ; la boucle est donc bouclée. Quand arrive le tour du héros, Joe, le protocole est rompu : son autre lui débarque tête nue, se débat et réussit à s’échapper. Pas le choix : il faut le retrouver au plus vite, car sinon c’est lui qui sera exécuté, mettant fin de facto à l’existence de son alter ego. Compliqué ? Ce n’est pourtant que la trame de base d’un film dont le scénario se montre particulièrement généreux avec le spectateur. Rian Johnson fait partie de ces cinéastes matheux (proche cousin par exemple d’un Christopher Nolan) pour qui une œuvre est avant tout une suite d’équations entremêlées dont la logique, une fois comprise, s’avère imparable. Là où le garçon a vraiment du talent, c’est qu’il ne se contente p

Continuer à lire

Moonrise kingdom

ECRANS | Revoici Wes Anderson, sa griffe de cinéaste intacte, dès les premiers plans de Moonrise kingdom. Sa caméra explore frontalement une grande demeure comme (...)

Christophe Chabert | Mercredi 16 mai 2012

Moonrise kingdom

Revoici Wes Anderson, sa griffe de cinéaste intacte, dès les premiers plans de Moonrise kingdom. Sa caméra explore frontalement une grande demeure comme s'il visitait une maison de poupée dont il découperait l'espace en une multitude de petits tableaux peuplés de personnages formidablement dessinés. Au milieu, une jeune fille aux yeux noircis au charbon, cousine pas si lointaine de Marion Tenenbaum, braque une paire de jumelles vers nous, spectateurs. Ce n'est pas un détail : d'observateurs de ce petit théâtre, nous voilà observés par cette gamine énigmatique, dont on devine déjà qu'elle a un train d'avance sur les événements à venir. L’art de la fugue Par ailleurs, la bande-son se charge, via un opportun tourne-disque, de nous faire un petit cours autour d'une suite de Benjamin Britten. Où l'on apprend que le compositeur, après avoir posé la mélodie avec l'orchestre au complet, la rejoue façon fugue en groupant les instruments selon leur famille. Là encore, rien d'anecdotique de la part d'Anderson. Cet instant de pédagogie vaut règle du jeu du film à venir, où il est question d'enfance (qui n'est pas un jeu), de fugue (qui n'est pas musicale)

Continuer à lire

Le Flingueur

ECRANS | Arthur Bishop, tueur super classe capable d’exécuter ses contrats sans laisser de trace, forme un jeunot assez incompétent qui ne peut s’empêcher de foutre (...)

Dorotée Aznar | Jeudi 31 mars 2011

Le Flingueur

Arthur Bishop, tueur super classe capable d’exécuter ses contrats sans laisser de trace, forme un jeunot assez incompétent qui ne peut s’empêcher de foutre le boxon partout, d’où rebondissements, cascades et autres facéties de mauvais aloi qui n’empêchent pas le film de s’avérer aussi fascinant qu’un cintre cassé. Remake d’une série B nerveuse et bien sentie de 1972, "Le Flingueur" ne prouve que deux choses que l’on savait déjà : Jason Statham n’est pas Charles Bronson, et Simon West (dont le meilleur film est tout de même "Les Ailes de L’Enfer") n’est même pas Michael Winner (réalisateur de l’original et de trois "Justicier dans la ville"). François Cau

Continuer à lire

Course à la mort

ECRANS | 1975. Roger Corman produit La Course à la mort de l'an 2000, un film d'anticipation qui voyait des équipes de chauffards traverser les États-Unis en écrasant (...)

Dorotée Aznar | Mercredi 15 octobre 2008

Course à la mort

1975. Roger Corman produit La Course à la mort de l'an 2000, un film d'anticipation qui voyait des équipes de chauffards traverser les États-Unis en écrasant le plus de piétons possible. Ce postulat bien bas du front se retrouvait transfiguré par la caméra et les réécritures de Paul Bartel, qui transforma cette apologie racoleuse de la justice expéditive en charge subversive et jouissive contre le totalitarisme et le proxénétisme de la notion de divertissement. 2008. Après avoir rongé son frein pendant près d'un quart de siècle, Roger Corman trouve enfin le moyen de coproduire le film dont il rêvait à l'origine, et ce, grâce au "talent" de Paul W. S. Anderson, l'homme responsable de Resident Evil et Alien vs Predator. Dès la première scène de course, plus exactement à l'arrivée des co-pilotes bimbos sur fond de mauvais R'n'B, ce remake revendique sa putasserie à tous les étages. Du gore faussement craspec, des grosses voitures tunées, des petites pépées uniquement là pour faire joli, une bande son à base de popopopop, et le tour est joué. Revoyez plutôt le film original... FC

Continuer à lire

John Rambo

ECRANS | Critique / «Vivre pour rien, mourir pour quelque chose...» Quand John Rambo prononce cette phrase, il tient en joue avec son arc un mercenaire hésitant à (...)

| Mercredi 13 février 2008

John Rambo

Critique / «Vivre pour rien, mourir pour quelque chose...» Quand John Rambo prononce cette phrase, il tient en joue avec son arc un mercenaire hésitant à porter secours aux humanitaires chrétiens retenus en otage par des tortionnaires birmans. Rambo ajoute : «You call it» (Fais ton choix)... Ce moment-clé de John Rambo rappelle instantanément un autre personnage vu récemment sur les écrans : celui de Javier Bardem dans No country for old men. Chez les Coen comme pour Stallone, il s'agit de montrer le chaos du monde, sa violence, son absurdité et l'incapacité de l'homme à y changer quoi que ce soit. Et, dans les deux cas, les mythologies déployées sont tellement fortes qu'elles peuvent s'épanouir dans une forme d'épure cinématographique. Les plans de rizière sanglantes de John Rambo valent le désert-tombeau de No country for old men, et le dénouement (magnifique !) est tout aussi suspendu, incertain, mélancolique. La différence, car il y en a une, entre ces deux films impressionnants, c'est que Stallone a une revanche à prendre en tant que cinéaste, en tant qu'acteur et en tant qu'homme. Le cinéaste s'avère particulièrement doué : le film est un modèle de cinéma d'action à l'anci

Continuer à lire