Después de Lucía

ECRANS | De Michel Franco (Mex, 1h43) avec Tessa Ía, Hernán Mendoza…

Christophe Chabert | Mardi 25 septembre 2012

Photo : DR


Parfois, un centimètre de recul dans le cadre, une poignée de secondes de trop dans le plan traduisent la mauvaise distance d'un cinéaste par rapport à ce qu'il filme et en disent long quant à son regard sur l'humanité. Michel Franco appartient à cette catégorie de metteurs en scène qui se croient moralistes (dans la lignée d'Haneke, qui a depuis dépassé ses propres scories), mais ne sont que moralisateurs. Les sujets traités (le kidnapping de classe et l'inceste dans son précédent Daniel & Ana, le deuil, le harcèlement moral et la vengeance dans Después de Lucía) ne sont que des prétextes pour accabler le spectateur, rendu complice d'un malaise entretenu par le cinéaste. L'usage systématique du plan séquence dédramatisé met ainsi tout le monde au même niveau : bourreaux et victimes, groupe et individus. Sous couvert de froideur et de neutralité, ce cinéma-là n'est en fait que du voyeurisme crapoteux (c'est l'adjectif qui vient spontanément en tête face au cinéma de Franco) et n'a en définitive qu'une finalité : créer de la culpabilité chez celui qui le regarde. Très peu pour nous…

Christophe Chabert

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Cannes 2015, jours 10 et 11. La dernière ligne droite…

ECRANS | "Valley of Love" de Guillaume Nicloux. "Chronic" de Michel Franco. "Macbeth" de Justin Kurzel. "Notre petite sœur" d’Hirokazu Kore-eda. "Marguerite et Julien" de Valérie Donzelli. Le Palmarès du festival.

Christophe Chabert | Mardi 26 mai 2015

Cannes 2015, jours 10 et 11. La dernière ligne droite…

Encore une poignée de films arrachés à l’épuisement de fin de festival. Une journée pour souffler après le Palmarès. Et nous voilà de retour derrière notre clavier pour commenter tout ça, depuis nos calmes pénates et sous un ciel grisâtre, loin des coups de soleil et du stress cannois. Nicloux : Depardieu et Huppert, perdus dans l’espace La fin de la compétition — et les deux films rattrapés in extremis avant de rentrer — auront achevé de faire pencher la balance longtemps indécise du jugement global porté sur sa qualité : c’était quand même très moyen. On y reviendra à la fin de ce billet, mais il faut remonter à loin pour trouver autant de déceptions, sinon de films franchement mauvais, dans ce qui est censé être le top du festival. Et s’il y eût aussi quelques grands moments, c’est bien l’écart entre les deux extrêmes qui pose question. Mais bon, ne spoilons pas, on développera plus tard. Ainsi du Valley of Love de Guillaume Nicloux qui, sans être le «navet» proclamé par certains, nous a quand même sérieusement laissé sur notre faim. Il faut dire que Nicloux est un drôle de cinéaste, que l’on a d’abor

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Daniel & Ana

ECRANS | De Michel Franco (Mexique, 1h30) avec Dario Yatzbek Bernal, Marimar Vega…

Dorotée Aznar | Lundi 19 avril 2010

Daniel & Ana

S’inspirant d’une histoire vraie, Daniel & Ana avait tout pour être une nouvelle claque du cinéma mexicain après La Zona. Deux ados, frère et sœur issus des classes supérieures, sont kidnappés par une bande organisée. Pendant leur détention, les ravisseurs les obligent à coucher ensemble et filment leur relation sexuelle. Libérés, Daniel et Ana doivent faire face à cette révélation brutale d’une sexualité jusqu’ici ignorée. Les deux scènes-choc du film sont en effet plutôt choquantes, même si Franco adopte une neutralité absolue pour les mettre en scène, loin de tout voyeurisme. Mais cette neutralité, en définitive, est surtout une démission globale de la part d’un cinéaste qui, le reste du temps, ne filme que des temps morts et du rien dans des plans laids, longs et sans le moindre point de vue. Daniel & Ana, c’est du cinéma d’auteur dans le pire sens du terme, un Haneke qui serait allé boire un coup au café du coin pendant que sa caméra tourne. Christophe Chabert

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Désirs d'évasion

ARTS | Michel François, artiste belge étrangement méconnu en France, présente sa première grande exposition monographique à l'IAC de Villeurbanne. Et s'empare des espaces du musée avec brio et une très grande liberté. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 8 avril 2010

Désirs d'évasion

Quelque chose bat, palpite, à l'Institut d'art contemporain. Comme un cœur avec ses afflux et ses reflux, comme un organisme avec ses mouvements d'air et d'eau... Quelque chose croît dans les salles de musée, comme un lierre ou une herbe qui pousserait par le milieu, creusant, ouvrant des lignes de fuite et des lignes de vie dans les cloisons comme dans le regard du spectateur... Qu'il fasse des photographies, des vidéos, des installations ou des sculptures, Michel François affirme rester fondamentalement un sculpteur. Il donne naissance à des volumes, des environnements, des blocs d'affects, il donne souffle à la matière. Son travail voisine, par ses intensités libres et organiques, avec ces petits chefs-d'œuvre du cinéma que sont "Les Roseaux sauvages" d'André Téchiné ou "Les Herbes folles" d'Alain Resnais. Mêmes sensations d'être au milieu d'un flux, d'un processus, d'un devenir. À la lettre, les œuvres de Michel François se situent dans le domaine du virtuel, comme la graine contenant virtuellement l'arbre à venir. L'artiste sculpte donc aussi, d'une certaine façon, le temps. Temps en suspens d'un mouvement en cours de réalisation, de métamorphose... Tel un geste dansé, Michel

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Michel François, bio express

ARTS | 1956 : Naissance à Saint-Trond en Belgique. Aujourd'hui, Michel François vit et travaille à Bruxelles.1980 : Première exposition à Bruxelles, «Appartement à (...)

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 8 avril 2010

Michel François, bio express

1956 : Naissance à Saint-Trond en Belgique. Aujourd'hui, Michel François vit et travaille à Bruxelles.1980 : Première exposition à Bruxelles, «Appartement à louer» : six artistes transforment une galerie en appartement loué par un couple qui reçoit les visiteurs jour et nuit pendant trois semaines.1992 : Participe à la Documenta de Kassel.1996-97 : Pendant un an, travaille dans un TBS (centre de détention clinique aux Pays-Bas, soignant des criminels multi-récidivistes) de Rotterdam.1998-2008 : Projet évolutif du «Bureau augmenté» qui contamine les fonctions administratives des institutions qui l'accueillent et se laisse contaminer par elles.1999 : Participation à la 48e Biennale de Venise ; partage le pavillon belge avec Ann Veronica Janssens. 2000 : «La Plante en nous» désigne deux expositions (à Munich et à Bern) et un livre, réunissant des éléments liés à l'alcool, les hallucinations, les espaces troués, la vie végétative... L'expression est tirée d'une phrase de Carlos Castaneda : «L'ivresse comme apparition triomphale de la plante en nous». 2009-10 : «Plans d'évasion», exposition présentée successivement au SMAK de Gand, puis à l'IAC de Villeurbann

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«Une œuvre rhizomatique»

ARTS | Entretien / Michel François, artiste belge exposant ses «Plans d'évasion» à l'IAC de Villeurbanne. Propos recueillis par JED

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 8 avril 2010

«Une œuvre rhizomatique»

L'expositionEn travaillant en amont sur les plans de l'Institut d'art contemporain, j'ai été frappé par la symétrie du musée et par son aspect labyrinthique. Ma manière de créer est souvent la suivante : je reprends des choses déjà exploitées pour les revisiter, les redéployer autrement. Je réactive des pièces qui peuvent devenir jumelles, et, pour cette exposition en particulier, j'ai intensifié ces sensations de labyrinthe et de symétrie. Ma méthode de travail est rhizomatique... Je travaille tous les matériaux et les médiums artistiques, avec une pratique permanente de la photographie qui complète mon activité en atelier. Clefs formellesLa question de la contamination et celle de la dissémination sont centrales chez moi. Je suis très attentif au mouvement qui part d'une masse dense, obtuse, repliée sur elle-même, et qui va vers l'éparpillement, l'explosion ou même la disparition. Le mouvement entre un objet et sa possible disparition pourrait être une clef formelle de mon œuvre. Une autre dimension importante est celle des limites et de leur transgression. Enfin, il y a l'importance des traces : les choses comprises comme résidus d'une activité, comme res

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