Le Capital

ECRANS | De Costa-Gavras (Fr, 1h53) avec Gad Elmaleh, Gabriel Byrne, Natacha Régnier…

Christophe Chabert | Mercredi 7 novembre 2012

Incorrigible Costa-Gavras ! Il semble être le dernier à croire aux vertus du cinéma à thèse, ce rouleau compresseur de la dénonce courroucée dont l'objet varie au gré des circonstances politico-sociales. Ici, c'est le libéralisme qui en prend plein les dents, du moins en apparence. En montrant l'accession d'un énarque anonyme à la tête d'une grande banque européenne pour préparer sa reprise en main par des actionnaires avides, puis sa détermination à conserver le poste et les avantages qui vont avec, Gavras décrit un prototype de crapule que l'on devrait se plaire à détester.

Conçu comme un thriller (la musique, envahissante, nous le fait bien comprendre), Le Capital s'égare toutefois dans une triple intrigue sentimentale aussi démonstrative et lourde que son propos politique. Mais là n'est pas le plus grave : par scrupule ou par paresse, Gavras invente une conscience à son anti-héros, qui se manifeste à l'écran par des flashs de violence fantasmée avant retour à la réalité. Le procédé est cinématographiquement éculé et dédouane le personnage de sa bassesse, pourtant affichée dès le départ (l'argent, l'argent, l'argent).

On a oublié de parler de Gad Elmaleh : son jeu monolithique sent le contre-emploi sérieux, mais il perd toute crédibilité dès qu'une vraie comédienne lui donne la réplique — en l'occurrence, l'excellente Céline Salette, très au-dessus du niveau de ce film profondément ringard.

Christophe Chabert

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Quand l’Europe tentait le régime sans Grèce : "Adults in the Room"

Thriller | Comment la Grèce a tenté de résister, grâce à Yánis Varoufákis, au chantage de l’Eurogroupe et à l’intrusion humiliante des technocrates dans son économie… Costa-Gavras revient en force avec un thriller économico-politique constatant un déni de démocratie ordinaire.

Vincent Raymond | Mardi 5 novembre 2019

Quand l’Europe tentait le régime sans Grèce :

Grèce, janvier 2015. Syriza, parti de gauche radicale, remporte les législatives. Élu député, l’économiste Yánis Varoufákis est nommé aux Finances et s’emploie à convaincre les instances européennes de renégocier la dette, sans nouveaux sacrifices. Une mission quasi impossible… La Providence aurait-elle un goût pervers pour l’ironie ? Aurait-elle ourdi cette tragédie grecque 2.0 que constitue la crise de la dette publique ayant frappé la République hellénique à partir de 2008, pour qu’au terme d’un infernal sirtaki dans les hautes sphères, Costa-Gavras puisse signer ce thriller économico-politico-diplomatique, retrouvant le mordant combatif faisant défaut à sa dernière réalisation en date, Le Capital (2012) — promenade dans l’univers de la haute finance plus désabusée qu’à l’accoutumée ? À l’instar des précieux Z, L’Aveu ou Missing, Adults in the Room relate le parcours d’un individu contre une machine étatique que sa puissance bureaucratique et sa doctrine économique ou politique ont transformée en monstr

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Présumé coupable : "Une part d'ombre"

Thriller | De Samuel Tilman (Bel, 1h30) avec Fabrizio Rongione, Natacha Régnier, Baptiste Lalieu…

Vincent Raymond | Mardi 21 mai 2019

Présumé coupable :

Père et mari comblé, professeur apprécié, David peut compter sur sa bande d’amis. Du moins, c’est ce qu’il croyait : entendu comme témoin puis suspect dans une affaire de meurtre, il voit ses fidèles potes s’éloigner quand une facette de son existence qu’ils ignoraient est mise au jour… N’y aurait-il pas comme une once d’inspiration simenonesque dans ce thriller aussi belge que l’était le créateur de Maigret ? C’est ici en effet moins l’enquête (et ses rebondissements portant sur les dessous ou les recoins de la vie de David) qui importent que l’étude psychologique des personnages — de la dynamique du groupe — et la morale que l’on peut en tirer. Une morale évidemment peu réjouissante quant à la valeur des relations humaines et le potentiel hypocrisie que chacun peut recéler. En accentuant le plus possible la subjectivité, Tilman accroît le sentiment de malaise, voire de paranoïa, de son protagoniste admirablement servi par l’ambigu Fabrizio Rongione. Le comédien, malheureusement trop rare, dégage un je-ne-sais-quoi de trouble et d’inquiétant rendant crédible l’h

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Costa-Gavras, acte 2 : Nos culpabilités

Intégrale, saison 2 | On aurait envie de parler de deuxième round tant l’œuvre de Costa-Gavras compte de coups de poings et de coups de force cinématographiques. Réunissant ses (...)

Vincent Raymond | Mardi 23 janvier 2018

Costa-Gavras, acte 2 : Nos culpabilités

On aurait envie de parler de deuxième round tant l’œuvre de Costa-Gavras compte de coups de poings et de coups de force cinématographiques. Réunissant ses longs-métrages tournés entre 1986 et 2012, ce coffret prend la suite des “années Montand” et étrangement, coïncide avec la première cohabitation — donc la déception de la gauche mitterrandienne. Après deux films américains, Costa revient en France avec une comédie policière interprétée par un Johnny Hallyday inattendu, Conseil de Famille (1986). En souterrain, il interroge le déterminisme social et déjà, le sentiment de culpabilité qui contamine profondément la suite de son œuvre. Jamais procureur ni juge, le cinéaste met en lumière des tendances ou des faits sous des prismes insoupçonnés. Ce sont d’abord les spectres de l'extrême-droite et du nazisme, à rebours, à travers ses rejets contemporains dans La Main droite du diable (1988), puis Music Box (1989) mettant face à face présent et passé, et enfin Amen. (2002) qui plonge au cœur de la mach

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Costa-Gavras : « Il faut aller à l’utopie ! »

Entretien | Toujours dans le mouvement, Costa-Gavras prépare un film d’après Conversations entre adultes de Yánis Varoufákis, s’apprête à sortir ses souvenirs et présente la suite de son intégrale en DVD. Entretien exclusif avec un indispensable humaniste.

Vincent Raymond | Mardi 23 janvier 2018

Costa-Gavras : « Il faut aller à l’utopie ! »

Quel regard porte-t-on sur ses propres films au moment de leur restauration ? Costa-Gavras : On ne voit pas vraiment les films dans la continuité, on les passe morceau par morceau pour faire ceci ou cela car les couleurs et les sons ont changé. Et on avance… Parfois on décide de les voir, mais ce n’est pas facile d’avoir passé deux jours à les regarder morceau par morceau et de les voir entièrement. Quand même, le retour en arrière est intéressant : on a incontestablement une nouvelle vision d'un film sur ce qu’on a fait par rapport à la technique, aux acteurs. Surtout lorsqu’on ne l’a pas touché depuis des années. A posteriori, voyez-vous une continuité se dessiner à travers vos œuvres ? Comme je n’ai jamais eu de programme, je ne vois pas de continuité — et je n’en cherche pas. La seule continuité, c’est que ce sont des sujets qui m’ont intéressé au moment où ils ont été tourné. Des situations qui me touchaient profondément. J’ajoute qu’il y a des choses qui m’ont touché, mais que je n’ai pas eu les moyens de faire en film.

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Costa-Gavras ou la preuve par 9

ECRANS | La première partie de l’indispensable œuvre de Costa-Gavras est à redécouvrir en DVD. Et l’homme, prodigieux d’humanité comme d’humilité, à rencontrer.

Vincent Raymond | Mardi 22 novembre 2016

Costa-Gavras ou la preuve par 9

Comme Roman Polanski, Costa-Gavras est de ces auteurs multiculturels dont le cinéma français peut s’enorgueillir. Et qui a pu accomplir une carrière aussi diverse grâce à l’ouverture d’esprit et l’accueil bienveillant de la profession hexagonale à son égard dans ses jeunes années — c’est, en tout cas, le constat que le cinéaste opère aujourd’hui dans le passionnant entretien réalisé par Edwy Plenel, bonus de L’Intégrale Volume 1 (1965 – 1983) (Arte Cinéma). Un coffret réunissant ses neuf premiers longs-métrages, dont la parution vaut la visite lyonnaise de cet indispensable géant. Gavras, de Costa à Z À la fois conteur et conscience de son époque, Costa-Gavras n’a cessé de secouer des mentalités assoupies par des œuvres lucides sur l’état du monde. Son cinéma, qui ne se réduit pas au champ du seul “cinéma politique”, est davantage celui de plusieurs interrogations : peut-on s’affranchir des carcans et des idéologies barbares — voir la “trilogie Montand” avec Z

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Oliviero Toscani : Vous le reconnaissez ?

Portrait | Tirer le portrait d’un photographe relève à tout le moins de l’exercice saugrenu. Sauf lorsqu’il s’agit d'Oliviero Toscani, qui s’est toujours arrangé pour sortir des cadres trop contraignants. À la fois artiste et homme d’appareil, graphiste et homme d’affaires, ce Milanais aux allures tranquilles, maintes fois couronné pour ses créations, n’est pas à un paradoxe près.

Vincent Raymond | Mardi 26 avril 2016

Oliviero Toscani : Vous le reconnaissez ?

À l’origine, le tête-à-tête avec Oliviero Toscani avait été fixé dans un bar de la Presqu’île, dont le nom ronflant résonnait malicieusement : L’Institution. Mais l’établissement ayant fermé ses portes de manière inopinée et anticipée ce jour-là, l’entrevue se translata aux Négociants voisins. Comme si le hasard avait voulu manifester un brin d’ironie taquine au Janus italien de la photographie. Artiste ou boutiquier ? Créateur inspiré ou adroit faiseur ? Agitateur de conscience ou provocateur rétribué ? Depuis plus d’un demi-siècle, Toscani suscite le débat et clive l’opinion par des images à double-face, qui vendent en faisant parler ; qui donnent une aura singulière à ce que les yeux ne regardent pas, qui interrogent le consommateur au lieu de lui servir une réponse immédiate. Stratège de la communication — pour les autres comme pour sa propre personne —, le Milanais affiche à 74 ans un flegme souriant et souverain de gentleman farmer, ne masquant cependant pas totalement quelques envies de ruer dans les brancards. Photo de famille Ainsi se montre-t-il interloqué, au sortir d’une rencontre avec des apprentis photographes : « Les é

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Le Fils de Joseph

ECRANS | de Eugène Green (Fr/Bel, 1h55) avec Victor Ezenfis, Natacha Régnier, Fabrizio Rongione…

Vincent Raymond | Mardi 19 avril 2016

Le Fils de Joseph

En acclimatant au 7e art son obsession viscérale pour la prononciation baroque, Eugène Green est devenu l’auteur d’une œuvre anticonformiste, unique car identifiable dès la première réplique. Il exige de ses interprètes l’usage de la liaison systématique et appuyée, telle que codifiée par son courant de prédilection — au risque de créer des impressions (fautives) de cuirs en cascades. Inscrite dans un dialogue déclamé d’une voix blanche par des comédiens semblant avoir reçu pour consigne d’adopter le plus désincarné des jeux possibles, cette particularité participe donc d’un ensemble singulier : son style, auquel on peut souscrire comme à une convention ou à un dogme religieux. Un intégrisme bien inoffensif, s’il prête à sourire : à côté d’Eugène Green, le rigoriste Rohmer passerait pour un cuistre barbarisant la langue française ! Tous deux ont cependant en commun la fascination pour les lettres classiques et la jeunesse, ainsi que l’art d’attirer à eux les acteurs — au point d’en faire des apôtres. Déjà convoqués par le passé, Natacha Régnier, Fabrizio Rongione et Mathieu Amalric sont ainsi réunis autour de ce Fils de Joseph. Si le titre lorgne im

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Costa-Gavras, une conscience en action

ECRANS | ​Avec Costa-Gavras, plus d’un demi-siècle d’images et d’histoire nous saisissent. L’institut Lumière lui rend hommage par une rétrospective, une exposition et deux soirées en son indispensable présence.

Vincent Raymond | Mardi 8 septembre 2015

Costa-Gavras, une conscience en action

Si durant les cinquante dernières années, moult intellectuels se sont laissé berner par les miroirs aux alouettes tendus à droite comme à gauche, il en est un qui a su résister aux aveuglements idéologiques : Costa-Gavras. Usant du cinéma pour dessiller les yeux de ses contemporains, le réalisateur a consacré l’essentiel de son œuvre à mettre au jour les atteintes aux libertés fondamentales et à l’humanité. À cartographier les impasses sociales et politiques sous les régimes dictatoriaux autoritaires (L’Aveu) comme sous les démocraties (Le Couperet) ; en temps de guerre (Section spéciale, le mésestimé Amen.) comme en temps de paix (Mad City). Malgré de rares accidents (Le Capital), son parcours artistique demeure l’un des plus éblouissants du cinéma mondial ; et son style nerveux — non dénué de causticité ni d’élégance — a su rendre visibles puis sublimes des causes honnêtes. Ce que l’on pourra constater mardi 15 avec Z, explosive critique du régime des Colonels, Oscar du montage et du film étranger. Costa

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Vie sauvage

ECRANS | Cédric Kahn s’inspire de l’affaire Fortin pour relater la cavale d’un père et ses deux fils qui fuguent loin de la ville, trouvant refuge dans une communauté de néo-hippies. Un film qui tourne un peu trop autour de son sujet, malgré un Kassovitz époustouflant et des moments poignants. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 28 octobre 2014

Vie sauvage

Dans l’introduction coup de poing de Vie sauvage, Cédric Kahn retrouve l’énergie et la vitesse de son précédent et très beau long-métrage, Une vie meilleure. Une femme — Céline Salette, toute en dreads crasseuses, dont l’absence marquera durablement le reste du film, preuve de sa qualité avérée de comédienne — quitte précipitamment sa caravane en emportant ses deux enfants pour se réfugier chez ses parents. Caméra à l’épaule sportive chevillée à des corps tremblants et frénétiques, à la limite de l’hystérie : Kahn rappelle ce que son cinéma doit à Pialat, notamment ses premiers films. Le cinéaste maintient cette nervosité jusqu’à ce que le père des gosses — Mathieu Kassovitz — les kidnappe à son tour. Ils trouvent refuge à la campagne, dans une communauté de hippies contemporains, avec cracheurs de feu et joueurs de djembé, altermondialistes radicaux ayant rompu les ponts avec la modernité. Ce n’est pas qu’une planque commode ; c’est aussi un vrai choix de la part de ce paternel parano qui vomit la société de consommation et le confort bourgeoi

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Geronimo

ECRANS | De Tony Gatlif (Fr, 1h44) avec Céline Salette, Rachid Yous, David Murgia…

Christophe Chabert | Mardi 14 octobre 2014

Geronimo

Le début "kusturickien" de Geronimo, où l’éducatrice incarnée par la toujours géniale Céline Salette vient faire la leçon à des jeunes de banlieue turbulents, témoigne d’une jolie vivacité de la part de Tony Gatlif. Cette fraîcheur est toutefois de brève durée : plus qu’un banlieue-film revisité par ce spécialiste de la culture gitane, c’est un West Side Story d’aujourd’hui que raconte Gatlif, où deux bandes rivales, l’une turque, l’autre manouche, s’écharpent suite au mariage entre Nil et Lucky. Cela donne quelques séquences où l’affrontement est autant musical et chorégraphique que physique, mais la mise en scène peine à suivre cette énergie dégagée par ses protagonistes. La rigueur, c’est ce qui manque cruellement à Geronimo pour transformer en instants de cinéma ses intentions ; celles-ci sont pourtant intéressantes, notamment le travail sur les décors, mélangeant friches industrielles transformées en tags géants, nature sauvage et cités urbaines. Mais les personnages les traversent sans vraiment s’y fondre, comme si les mythologies éternelles — familles rivales, amour impossible, cœur pur sacrifié — peinaient à s’incarner dans ces corps fu

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Les Coen en ont sous le chapeau

ECRANS | Quelques semaines avant la sortie de leur excellent Inside Llewyn Davis, voici que revient sur les écrans Miller’s Crossing des frères Coen. Ce n’est que (...)

Christophe Chabert | Mercredi 9 octobre 2013

Les Coen en ont sous le chapeau

Quelques semaines avant la sortie de leur excellent Inside Llewyn Davis, voici que revient sur les écrans Miller’s Crossing des frères Coen. Ce n’est que leur troisième film, mais c’est déjà un des plus aboutis, même si cet accomplissement passera relativement inaperçu à l’époque. Lointainement inspiré de La Moisson rouge de Dashiell Hammett, il se situe durant la Prohibition et met en scène une guerre des gangs fictionnelle où les Italiens sont tenus en respect par un flegmatique ponte irlandais (Albert Finney), dont l’autorité sera contestée quand il entamera une liaison avec la sœur d’un bookmaker juif qui a eu le malheur d’arnaquer le boss rital du clan d’en face (un John Turturro déchaîné, chialant sa mère pour qu’on lui laisse la vie sauve). Au milieu de ce foutoir sentimentalo-criminel se tient, stoïque, Tom Reagan (Gabriel Byrne, dans son meilleur rôle), qui va passer d’un bord à l’autre en lissant le cuir de son Stetson, cherchant à payer ses dettes de jeu tout en sortant par le haut de ce panier de crabes. Le génie de Miller’s Crossing tient à l’incertitude qu

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La Vie domestique

ECRANS | D’Isabelle Czajka (Fr, 1h33) avec Emmanuelle Devos, Julie Ferrier, Natacha Régnier…

Christophe Chabert | Mardi 24 septembre 2013

La Vie domestique

Version lénifiante et léthargique d’un épisode de Desperate housewives, La Vie domestique est une sorte de cauchemar qui prendrait l’allure d’une sieste tranquille dans le jardin. Claquemuré dans une banlieue bourgeoise parisienne, le film suit quatre femmes au bord de la crise de nerfs, réduites à un pesant statut d’épouses ou de mères. La plus lucide — Emmanuelle Devos — tente de s’affranchir de ce patriarcat en retrouvant un job et en dispensant des ateliers de littérature à des élèves en difficulté, mais elle finira elle aussi par rentrer résignée dans ses pénates. Les autres se traînent entre shopping, McDo, dégustation de Nespresso et considérations sur la vie, soit le Grand Chelem du placement produit et de la scène à ne pas faire — on y ajouterait bien ce moment, ahurissant, où le mari de Devos vante les mérites d’Agnès Obel, avec bio Itunes en guise d’argumentaire. Où Isabelle Czajka veut-elle en venir avec ce regard sourdement ricanant sur des personnages confits dans l’aigreur ? Aucune critique sociale ne pointe à l’horizon sinon un vague drame en lointain arrière-plan, noyé dans les d

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L’Écume des jours

ECRANS | Avec cette adaptation du roman culte de Boris Vian, Michel Gondry s’embourbe dans ses bricolages et recouvre d’une couche de poussière un matériau littéraire déjà très daté. Énorme déception. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 25 avril 2013

L’Écume des jours

Plus madeleine de Proust adolescente que véritable chef-d’œuvre de la littérature française, L’Écume des jours avait déjà fait l’objet d’une adaptation cinématographique, devenue difficile à voir pour cause de gros échec à sa sortie en salles. Le cinéma français ayant redécouvert les vertus de son patrimoine littéraire, voici donc Michel Gondry qui s’y colle. Le moins que l’on puisse dire est que, là où beaucoup auraient jugé l’univers métaphorico-poétique de Vian ardu à transposer à l’écran, Gondry est face à lui comme un poisson dans l’eau, trouvant une matière propice à déverser toutes ses inventions visuelles. Trop propice, tant les premières minutes du film fatiguent par leur accumulation d’idées passées au broyeur d’un montage hystérique. On n’a tout simplement pas le temps de digérer ce qui se déroule sous nos yeux, Gondry enchaînant à toute blinde les trouvailles, multipliant les accélérés, les changements d’échelle ou les trucages à la Méliès. D’une certaine manière, sa fidélité à Vian est déjà un handicap : là où il aurait pu faire le tri, il préfère empiler 

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Le Temps de l’aventure

ECRANS | Brève rencontre entre une comédienne de théâtre et un Anglais endeuillé, un 21 juin à Paris : un petit film charmant et très français de Jérôme Bonnell, sans fausse note mais sans élan non plus. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 2 avril 2013

Le Temps de l’aventure

Il y a toujours quelque chose de touchant à voir un cinéaste faire une déclaration d’amour à une actrice… C’est en tout cas une évidence qui saute aux yeux dès le début du Temps de l’aventure : Jérôme Bonnell a voulu offrir un beau cadeau à Emmanuelle Devos, dont on sait à quel point elle se plaint de la maigreur des personnages féminins dans le cinéma français, à travers Alix, comédienne de théâtre vivant depuis longtemps avec un homme que l’on ne verra jamais, et dont on imagine que leur relation est à un tournant — on ne dira pas lequel. Une séquence, d’ailleurs, est une merveilleuse mise en abyme de cette fascination. Alix va passer un casting pour un long métrage : seule face à la caméra vidéo d’un obscur assistant qui lui donne la réplique, elle a droit à deux "prises", la première sur un ton de comédie, la deuxième beaucoup plus mélodramatique. Dans les deux, elle est parfaite et c’est évidemment tout le talent d’Emmanuelle Devos, son sens magistral de la rupture de jeu, qui éclate à l’écran. Paris vaut bien une aventure… C

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Les Revenants

ECRANS | Fabrice Gobert Studio Canal Vidéo

Christophe Chabert | Jeudi 3 janvier 2013

Les Revenants

Lors de sa diffusion en décembre, Les Revenants a provoqué un véritable raz-de-marée critique, suivi d’excellentes audiences sur Canal +. On y entendait sans cesse le même refrain : enfin, la série télé française n’a plus à rougir de la comparaison avec les Américains. Au lieu d’inspirer confiance, cela redoublait au contraire notre scepticisme. Car cela fait bientôt cinq ans qu’on entend cette chanson, notamment sur toutes les «créations originales» de Canal + ; or, d’Engrenages à Mafiosa, de Braquo à Kaboul Kitchen, les séries souffraient toujours des mêmes maux, dénoncés depuis belle lurette par ceux qui n’ont pas comme unique référence la toute puissante HBO, à savoir un manque hallucinant de quotidienneté dans le dialogue, une représentation stéréotypée des «métiers» (au premier rang desquels les flics, mais aussi les médecins, les juges, les hommes politiques, etc) et une audace qui se limite à mettre de la violence et du cul partout, comme si c’était cela qui avait fait l’originalité des Soprano, de Six feet under ou de The Shield (pour ne citer que les séries «historiques»). Revenons aux

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Les Seigneurs

ECRANS | D’Olivier Dahan (Fr, 1h37) avec José Garcia, Jean-Pierre Marielle, Ramzy, JoeyStarr, Gad Elmaleh, Franck Dubosc…

Christophe Chabert | Mercredi 19 septembre 2012

Les Seigneurs

Typique du cinéma industriel qui se développe en ce moment dans l’Hexagone, Les Seigneurs est avant tout un film de producteur, en l’occurrence l’ancien comédien Isaac Sharry. Olivier Dahan, certes réalisateur de La Môme mais qu’il avait tourné juste après une commande déjà bien foireuse pour Luc Besson (Les Rivières pourpres 2), ne vient donc qu’apporter sa griffe à un récit archi-calibré (en gros, un entraîneur à la dérive est engagé pour s’occuper d’une équipe de dernière zone sur l’île de Molène, Bretagne, et convainc tous ses anciens camarades de renfiler les gants pour défendre l’usine menacée de fermeture). Le problème, c’est que Dahan est plus une erreur de casting qu’un atout : il ne sait manifestement pas mettre en scène de la comédie, sinon en surdécoupant le jeu de ses comédiens ou en les cadrant large quand ils font leur numéro, et en jouant sur des effets qui rappellent rien moins que Les Fous du stade avec Les Charlots. Quant au foot, n’en parlons même pas — de toute façon, seul Carlos Reygadas a su le filmer dans

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La Rafle

ECRANS | De Rose Bosch (Fr, 1h55) avec Mélanie Laurent, Jean Reno, Gad Elmaleh…

Christophe Chabert | Lundi 8 mars 2010

La Rafle

Rose Bosch a choisi de raconter de tous les points de vue la rafle du Vel d’hiv’, des familles juives déportées aux Justes qui les ont aidés en passant par Hitler lui-même. Tout cela finit par s’annuler, car la mise en scène ne se pose jamais les bonnes questions : du côté des victimes, elle jongle avec le pathos comme avec de la dynamite — exemple, ce travelling à la steadycam assez obscène où un enfant court à travers le camp pour retrouver ses parents, et tombe sur un convoi entouré d’officiers allemands. Quant aux Justes, Bosch les met tellement en avant qu’elle oublie qu’ils ne sont que des exceptions dans une population silencieuse qui a cautionné l’horreur — le film étant une superproduction, il s’obstine à donner au spectateur des personnages positifs auxquels s’identifier. Enfin, La Rafle dérange vraiment quand il représente Hitler et les dignitaires nazis en villégiature bucolique dans le Tyrol. Ces images maintes fois montrées d’un dictateur gentil avec les animaux et avec les enfants sont de la pure propagande. Bosch ne filme pas leur mise en scène, mais les reproduit en prenant la place du cameraman nazi, créditant ainsi un mensonge pour soutenir sa thèse —

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