Hitchcock

Christophe Chabert | Mercredi 30 janvier 2013

Photo : DR


Quand il entreprend de tourner Psychose, Alfred Hitchcock sort du triomphe de La Mort aux trousses, un projet qu'il a longuement mûri et qui marque l'apogée de son style des années 50. Craignant de se répéter — et donc de lasser le public — il voit dans l'adaptation du roman de Robert Bloch, lui-même inspiré de l'histoire vraie du serial killer Ed Gein, un nouveau territoire à explorer, plus cru, plus choquant et plus viscéral.

C'est ce cinéaste, finalement plus occupé par le désir des spectateurs que par sa propre postérité, que croque Sacha Gervasi au début de Hitchcock, et c'est sa grande qualité — en plus de la légèreté gracieuse de la mise en scène : refusant les habituelles tartes à la crème sur le génie et son inspiration, il montre un metteur en scène pragmatique, calculateur et prêt à défier studios et censeurs.

Dans le film, Hitchcock a un double : son épouse Alma, véritable collaboratrice artistique qui, lassée de vivre dans l'ombre de son mari, entreprend de prêter son talent à un scénariste bellâtre. Tout cela est très juste historiquement — la bio de MacGilligan en avait fait un de ses angles — mais se révèle plus laborieux sur l'écran : la jalousie d'Hitchcock sonne faux et ramène le film vers les clichés du biopic.

Gervasi arrive toutefois à contourner l'écueil en gardant en permanence un regard bienveillant sur ses personnages ; on l'avait déjà noté avec Anvil, Gervasi est un gentil qui aime les gentils, surtout ceux qui font de leur vie une passion. Hitchcock est en cela un terrain de jeu parfait pour sa première incursion dans le cinéma de fiction.

Christophe Chabert


Hitchcock

De Sacha Gervasi (ÉU, 1h38) avec Anthony Hopkins, Helen Mirren... Alfred Hitchcock, réalisateur reconnu et admiré, surnommé « le maître du suspense », est arrivé au sommet de sa carrière. A la recherche d’un nouveau projet risqué et différent, il s’intéresse à l’histoire d’un tueur en série.
Pathé Vaise 43 rue des Docks Lyon 9e
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Lorsqu’il met en chantier La Mort aux trousses, Alfred Hitchcock sort du semi-échec de Vertigo qui, par une de ces ironies cruelles de l’histoire du cinéma, deviendra avec les années son film le plus vénéré. Mais cela fait longtemps que le projet est en préparation, avec comme titre L’Homme sur le nez de Lincoln, en référence à son climax sur le Mont Rushmore. L’idée d’Hitchcock est d’arriver à un parfait film d’espionnage à suspense où la figure du "faux coupable" est prise dans des péripéties qui l’amènent à traverser les États-Unis avec, à défaut de la mort, tout un tas d’agents secrets à ses trousses. Cary Grant y est cet innocent que l’on prend pour un autre appelé George Kaplan, personnification parfaite du MacGuffin hitchcockien — tout le monde le cherche, mais il n’est qu’un leurre, une ombre, et ce sont bien ceux qui le cherchent, leur duplicité et leurs traîtrises, qui forment le vrai nœud de l’intrigue. La Mort aux trousses traduit donc ce goût du "tourisme" à l’œuvre chez Hitchcock, où l’on passe de New York à Chicago puis à Rapid City, de la ville à un champ de maïs et aux fameuses statues représentant les Présidents améri

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Christophe Chabert | Mardi 9 septembre 2014

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Un œil s’ouvre sur l’écran, comme la conséquence d’un mystérieux alignement de cercles qui renvoient autant à des planètes en révolution qu’à des éclats lumineux, pendant que la bande-son bourdonne en boucles entêtantes et en stridences de cordes. Quelque chose s’incarne donc lors du prologue abstrait d’Under the Skin et la séquence suivante, celle qui va vraiment ouvrir le récit et lui donner son élan, en est l’expression immédiate : sur fond blanc, une femme nue en déshabille une autre avant d’enfiler ses vêtements. La silhouette, découpée en une ombre chinoise soulignant sa plastique parfaite, se fait personnage en trouvant son costume, mais ce corps au-delà du réel s’est imprimé dans la rétine du spectateur comme un effet d’optique, donnant un sens concret à l’expression "enveloppe charnelle". Sous la peau, dans la peau Ce corps, c’est celui de Scarlett Johansson et, dans Under the Skin, il vient effectivement d’ailleurs. Le film, avare en explications (et en dialogues), ne dira jamais où est cet ailleurs, mais l’alien, épaulée par un mystérieux motard, semble être venue sur Terre dans un but aussi précis qu’intrigant : attirer des hommes

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Christophe Chabert | Mardi 18 mars 2014

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Imaginez le monolithe de 2001 l’odyssée de l’espace apparaissant de nos jours dans un Apple store et donnant naissance à des milliers d’Hal 9000 domestiques qui essaimeraient dans les processeurs de nos téléphones portables et adopteraient la voix de la femme ou de l’homme de nos rêves… C’est peu ou prou ce qui arrive dans Her, le nouveau film d’un Spike Jonze en pleine maturité créative. Son héros, Theodore Twombly — un nom sans doute choisi en référence au peintre et photographe Cy Twombly — y traîne une déprime tenace suite à une rupture amoureuse. Il travaille dans un open space dont les murs sont des aplats colorés façon Pantone où il rédige des lettres d’amour pour les autres, avant de rentrer tristement dans son appartement hi-tech jouer à des jeux vidéo et pratiquer le sexe online avec des inconnues. Jonze fait de lui le prototype de l’homme ordinaire du XXIe siècle : celui qui ne converse plus guère qu’avec son oreillette, c’est-à-dire, d’un point de vue extérieur, qui parle seul dans les rues d’une ville anonyme à l’architecture écrasante — en fait, un croisement invisible entre Los Angeles et Shanghaï. Lorsque sort

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Christophe Chabert | Jeudi 5 septembre 2013

Comme chaque année, le festival Lumière investira l'Auditorium pour un ciné-concert où l'Orchestre National de Lyon, sous la direction de Lenoard Slatkin, mettra en musique un chef-d'œuvre du muet. Pour l'édition 2013, ce sera donc Blackmail d'Alfred Hitchcock, fraîchement restauré par le British Film Institute grâce à son programme "Rescue the Hitchcock 9" — neuf films muets du cinéaste dont les copies étaient menacées de disparition — dans la partition composée en 2008 par Neil Brand et orchestrée par Timothy Brock. Le ciné-concert se déroulera le mercredi 16 octobre à 20h15, et Lumière programmera durant le festival le remake parlant de Blackmail, tourné quelques années plus tard par Hitchcock lui-même.

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Christophe Chabert | Mardi 5 février 2013

Dietrich, sans alibi

Redécouvrir Le Grand alibi (Stage fright) cette semaine à l’Institut Lumière, c’est comme ramasser plusieurs actualités cinématographiques dans une même reprise ! D’abord, la rétrospective consacrée à Marlene Dietrich par ledit Institut, dont le cœur réside bien entendu dans la longue et fructueuse collaboration entre l’actrice et Joseph Von Sternberg, mais où l’on pourra constater qu’elle a aussi travaillé avec tout ce que son temps comptait de réalisateurs géniaux (Walsh, Wilder, Welles, Lubitsch, Lang…). Et donc Hitchcock, dont Sacha Gervasi vient de livrer un portrait amusant dans le biopic du même nom, et qui revient hanter cette semaine le cinéma de son plus grand émule Brian De Palma. Ceci étant dit, Le Grand alibi, puisque c’est de ça qu’on cause, est resté comme un des films les plus retors du maître Alfred. Il repose sur un twist final qui non seulement vient révéler la vérité aux yeux du spectateur, mais surtout vient trahir les mensonges volontaires du metteur en scène. C’est une des premières fois au cinéma où l’image ment sciemment, où

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360

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Jerôme Dittmar | Vendredi 13 juillet 2012

360

Pour mémo : songer à laisser La Ronde au passé, et se contenter de l'adaptation d'Ophüls, jamais dépassée depuis. Malgré le bien qu'on peut penser ici de Fernando Meirelles, lui confier une énième version de la pièce de Schnitzler n'était pas forcément une bonne idée. Sur les traces d'Innaritu, en plus aimable avec ses personnages, 360 tient du Babel de l'amour. Film choral mondialisé, ce tour operator du désir, du sexe et des sentiments voudrait être partout, refaire la lutte des classes, parler famille, raconter l'ironie du destin, résumer l'univers à coup de chassés-croisés lelouchiens. Mais il est nulle part, suivant mollement le petit ordre moral du scénario, affaiblissant ses images d'une adéquation balourde entre son montage et son titre (360, la ronde, le monde, etc.). Meirelles découvre le split screen et bricole. C'est fluide, pas moche, le casting international (de Jude Law à Jamel) fait le job. Sauf que tout est publicitaire, pas finaud, survolé et sans enjeux. Jérôme Dittmar

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Nouveau départ

ECRANS | Et si on en finissait avec le cynisme, le second degré, la misanthropie light du temps présent ? Après Spielberg et son magnifique Cheval de guerre, c’est (...)

Christophe Chabert | Mercredi 11 avril 2012

Nouveau départ

Et si on en finissait avec le cynisme, le second degré, la misanthropie light du temps présent ? Après Spielberg et son magnifique Cheval de guerre, c’est au tour de Cameron Crowe, qui signe ici son meilleur film depuis Presque célèbre, de travailler à recréer l’espoir naïf d’un monde où la mort et la crise sont surmontées non par l’ironie, mais par un optimisme lucide. C’est de cela dont il est question dans Nouveau départ (réglons une bonne fois pour toutes le sort de ce titre français pourri : le film s’appelle We bought a zoo, On a acheté un zoo). Benjamin Mee (Matt Damon, excellent, et à nouveau surprenant après The Informant, True Grit, Contagion…), reporter casse-cou qui a bravé bien des épreuves sauf une, la mort de sa femme, veut renouer

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Christophe Chabert | Dimanche 9 janvier 2011

Une vie de cinéma

Alfred Hitchcock, une vie d’ombres et de lumière, l’ouvrage massif (plus de mille pages) de Patrick McGilligan traduit en français et co-édité par Actes Sud et l’Institut Lumière, n’est pas la première biographie consacrée à Hitchcock. Mais, à n’en pas douter, elle est la plus complète. La somme monumentale de documents, entretiens, anecdotes et notes internes qu’utilise l’auteur a de quoi laisser pantois, ses analyses sur les participants à chaque film aussi, tout comme son habileté à passer sans arrêt de la vie à l’œuvre, des films à leurs conditions parfois acrobatiques de production. Allant jusqu’à croiser des sources parfois contradictoires (et souvent sciemment rendues confuses par les déclarations d’Hitchcock, qui réécrivait sa propre légende au gré des interviews) pour essayer d’en tirer des certitudes, McGilligan lève quelques lièvres jusqu’ici tenus secrets (l’impuissance du cinéaste et ses conséquences : la révélation la plus spectaculaire du livre). Mais là n’est pas l’essentiel, même si cela contribue au plaisir de la lecture ; McGilligan tord le cou à de nombreuses idées reçues sur la manière dont Hitchcock travaillait, notamment dans la phase de préparati

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Christophe Chabert | Vendredi 7 janvier 2011

Les enfants d’Hitchcock

De Palma : l’art du palimpseste Aucun cinéaste n’aura autant cité Hitchcock que Brian De Palma. Une grande partie de son œuvre n’est d’ailleurs qu’une relecture des classiques hitchcockiens dont il lève les sous-entendus et intensifie la violence, quand il ne cherche pas à rivaliser avec son maître en mouvements de caméra virtuoses. "Obsession" est son "Vertigo", "Pulsions" son "Psychose" ; mais c’est "Body double" qui s’avère la variation la plus insensée autour d’Hitchcock, puisqu’il croise le voyeurisme de "Fenêtre sur cour" avec le fantôme féminin et le trauma de "Vertigo". Il tentera un exercice du même ordre, mais moins réussi, avec "L’Esprit de Cain", où "Psychose" est dupliqué en un infini jeu de miroirs. Lynch : le double amoureux Il suffit de revoir le pilote de "Twin Peaks" pour constater à quel point la mise en scène de David Lynch retient les leçons de Hitchcock (ainsi que son humour très noir). Mais avec "Lost highway", Lynch cite ouvertement (mais à sa manière) "Vertigo", en l’inversant : la femme brune meurt et réapparaît en blonde, et avec elle l’amour fou d’un homme perdu dans les m

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L’ombre d’Hitchcock

ECRANS | Lors du dernier festival Lumière, les projections de "Psychose" dans une version restaurée en numérique avec un son «spatialisé» ont affiché systématiquement (...)

Christophe Chabert | Vendredi 7 janvier 2011

L’ombre d’Hitchcock

Lors du dernier festival Lumière, les projections de "Psychose" dans une version restaurée en numérique avec un son «spatialisé» ont affiché systématiquement complet. Il était pourtant certain que ce film, tourné il y a cinquante ans, était un des plus connus de la programmation. Mais voilà : quand on n’a pas vu "Psychose", quelque chose en nous nous intime l’ordre d’aller le voir ; et quand on l’a déjà vu, on a toujours envie de le revoir. Voilà la magie, le secret du cinéma d’Alfred Hitchcock : à la fois classique et totalement moderne, sinon avant-gardiste, commercial et furieusement personnel, il incarne un idéal fédérateur que peu de cinéastes ont réussi à atteindre. Control freak Hitchcock, tout d’abord, est un formidable manipulateur d’émotions. Son cinéma cherche avant tout l’efficacité, et son besoin de contrôle n’est pas gratuit ou totalitaire, mais vise clairement à ne rien laisser au hasard, à commencer par les réactions des spectateurs. Au fil d’une carrière sinueuse, commencée en Angleterre au temps du muet, ayant connu la révolution du parlant puis l’âge d’or des studios américains avant de terminer dans un très

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Hitch, expert en cinéma

ECRANS | Au dernier festival Lumière, les projections de "Psychose" dans une copie numérique HD au son restauré fut un événement qui a attiré le public en masse. Comme (...)

Christophe Chabert | Mercredi 22 décembre 2010

Hitch, expert en cinéma

Au dernier festival Lumière, les projections de "Psychose" dans une copie numérique HD au son restauré fut un événement qui a attiré le public en masse. Comme quoi… Il y a encore des chanceux qui découvrent aujourd’hui l’œuvre impérissable d’Alfred Hitchcock, et des cinéphiles qui vont s’y replonger pour se laver les yeux d’un cinéma contemporain qui a oublié la rigueur et la précision des mises en scène du maître. C’est ce que proposera pendant tout le trimestre l’Institut Lumière : une grande rétrospective consacrée à Hitchcock, accompagnée d’un livre signé Patrick McGilligan, biographie qui fait déjà référence concernant la vie et l’œuvre du réalisateur. Au programme, des films muets, les grands classiques de la période anglaise ("Jeune et innocent", "Les 39 marches", "Une femme disparaît"), les curiosités de la période américaine (notamment "Mr and Mrs Smith", la seule comédie réalisée par Hitchcock) et les chefs-d’œuvre qui ont assis sa légende (la liste est longue : "La Corde", "Fenêtre sur cour", "Les Enchaînés", "Vertigo", "La Mort aux trousses", "Psychose", "Les Oiseaux", etc.). Enfin, la rétrospective sera complétée par des épisodes de la série "Alfred Hitchcock présen

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Anvil !

ECRANS | Impossible, en voyant Anvil, de ne pas penser à Spinal Tap, le légendaire faux docu de Rob Reiner sur des zicos opportunistes ayant touché le fond. (...)

Dorotée Aznar | Lundi 1 février 2010

Anvil !

Impossible, en voyant Anvil, de ne pas penser à Spinal Tap, le légendaire faux docu de Rob Reiner sur des zicos opportunistes ayant touché le fond. Conscient de cette parenté, le réalisateur force d’ailleurs la comparaison à plus d’une occasion, dans sa construction dramatique notamment. À une notable différence près : les deux musiciens au cœur de ce long-métrage sont d’authentiques passionnés, qui n’ont jamais eu la place qui leur incombait dans leur discipline musicale, le heavy metal. Un microcosme bien particulier, au sein duquel Steve “Lips“ Kudlow et Robb Reiner (oui, l’ironie va jusque-là !) font figure de références incontournables. Tout démarre trente ans en arrière, par un concert mythique regroupant tous les futurs hérauts de cette galaxie rock, dont une formation canadienne démente ayant influencé bon nombre de groupes emblématiques, de Metallica à Slayer, en passant par Anthrax. Alors que leurs petits camarades percent à l’international en reprenant bon nombre de leurs gimmicks, les musiciens d’Anvil ne décolleront pas. Mauvais producteurs, mauvais managers, le sort s’acharne à les confiner dans l’anonymat, mais Steve et Robb n’ont jamais renoncé. À 50 ans passés,

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