À la merveille

ECRANS | L’amour naissant et finissant, la perte et le retour de la foi, la raison d’être au monde face à la beauté de la nature et la montée en puissance de la technique… Terrence Malick, avec son art génial du fragment et de l’évocation poétiques, redescend sur terre et nous bouleverse à nouveau. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 26 février 2013

Les dernières images de Tree of life montraient l'incarnation de la grâce danser sur une plage, outre monde possible pour un fils cherchant à se réconcilier avec lui-même et ses souvenirs. C'était sublime, l'expression d'un artiste génial qui avait longuement mûri un film total, alliant l'intime et la métaphysique dans un même élan vital. Autant dire que Terrence Malick était parti loin, très loin. Comment allait-il revenir au monde, après l'avoir à ce point transcendé ? La première scène d'À la merveille répond de manière fulgurante et inattendue : nous voilà dans un TGV, au plus près d'un couple qui se filme avec un téléphone portable. Malick le magicien devient Malick le malicieux : l'Americana rêvée de Tree of life laisse la place à la France d'aujourd'hui et les plans somptueux d'Emmanuel Lubezki sont remplacés par les pixels rugueux d'une caméra domestique saisissant l'intimité d'un homme et d'une femme en voyage, direction «la merveille» : le Mont Saint-Michel. La voix-off est toujours là, mais dans la langue de Molière — le film parle un mélange de français, d'espagnol, d'italien et d'anglais — et son incipit est là aussi une pirouette : «Nouveau-né». De quelle naissance Malick parle-t-il ? Celle de l'amour, et l'ambition du film est d'en traquer toutes les manifestations, de son apparition à son éclipse. Flux et reflux des sentiments, comme la marée que les deux amants défient au crépuscule, seuls au monde, extatiques. Marina est française, Neil est américain ; elle a déjà eu une histoire avec un autre homme, dont elle a eu une petite fille, lui ressemble à une page blanche, à la fois indécis et indécidable — l'hébétude de Ben Affleck est ici judicieusement utilisée.

Émerveillement

Face à ce couple, Terrence Malick adopte à nouveau sa stratégie de la narration fragmentaire, attrapant la beauté partout où elle surgit, de la nature radieuse à la joie d'une vie irradiée par la béatitude. La beauté, c'est d'abord celle d'Olga Kurylenko, que le cinéaste magnifie dans chacun de ses plans. Plus besoin, comme dans Tree of life, de l'allégorie religieuse qui faisait de Jessica Chastain un être quasi divin ; Marina est une femme de maintenant, libre, charnelle et débordante de désir, d'un érotisme subjuguant. Avec elle, c'est comme si le monde se réenchantait miraculeusement, même lorsque celui-ci a les atours triviaux du quotidien. C'est le grand choc d'À la merveille : Malick contemple l'ordinaire de notre époque, rayons de supermarché, métros, conversations sur Skype, maisons à l'abandon après l'affaire des subprimes… D'un seul coup, son cinéma nous regarde et ses personnages n'ont jamais été aussi proches et bouleversants. On voit même se profiler, à la faveur de l'autre axe narratif d'À la merveille, qui suit la perte de foi d'un prêtre incarné par Javier Bardem, un Malick ethnologue et quasi-documentariste partant à la rencontre de l'Amérique des déclassés et des exclus, filmés sans filtre et dans leurs propres rôles. Il faut souligner la richesse romanesque déployée par le cinéaste, même s'il ne fait aucune concession au storytelling classique : le film ne cesse de rebondir au gré des doutes, séparations et retrouvailles des personnages, traversant les frontières, multipliant les motifs, dont le plus discret et pourtant essentiel est cette terre vérolée par les travaux et la technique, maladie qui ronge une nature célébrée dans toute sa splendeur.

Être-là

Le détail le plus surprenant de la biographie de Malick tient à son rôle de traducteur américain du philosophe Martin Heidegger. Sa pensée irrigue toute l'œuvre du cinéaste depuis La Ligne rouge, mais À la merveille est sans conteste son film le plus directement heideggerien. L'opposition entre nature et technique, l'interrogation répétée sur «l'être-là» — la capacité d'étonnement de l'homme face à sa propre existence — et cette parole méditative et poétique qui était pour Heidegger le seul accès possible à la métaphysique, autant de transcriptions cinématographiques d'une pensée en quête de sacré. La prouesse d'À la merveille est de ne jamais quitter des yeux, quelle que soit sa visée philosophique, son enjeu initial. Laissant ses comédiens vivre les situations — la petite Tatiana Chiline, stupéfiante de naturel et de vérité, semble oublier en permanence la caméra — Malick les regarde s'aimer, puis se déchirer, puis s'aimer à nouveau, sans jamais s'appesantir sur les raisons de ces disputes et de ces retrouvailles, confiant dans la capacité d'empathie du spectateur. Il reproduit la chose lorsque Neil retrouve une amie d'enfance, Jane (Rachel McAdams, loin de sa piteuse prestation dans Passion), avec qui il rejoue en accéléré son histoire d'amour avec Marina. Le cinéaste trouve alors une idée magnifique pour exprimer sans le dire leur rupture : Jane s'enfonce dans la maison de Neil, sombre et fantomatique, comme si elle explorait le versant ténébreux de son âme. Malick est alors au sommet de son romantisme : un peintre des sentiments qui anime l'environnement comme un miroir des êtres qu'il filme. Parfois, c'est le doute qui voile le monde d'un tulle d'inquiétude ; parfois, c'est une épiphanie qui s'abat sur lui, et tout est illuminé. Dans les deux cas, le sublime est à portée de regard.


À la merveille

De Terrence Malick (ÉU, 1h52) avec Ben Affleck, Olga Kurylenko... Même s’ils se sont connus sur le tard, la passion qu’ont vécue Neil et Marina à la Merveille - Le Mont-Saint-Michel - efface les années perdues. Neil est certain d’avoir trouvé la femme de sa vie. Belle, pleine d’humour, originaire d’Ukraine, Marina est divorcée et mère d’une fillette de 10 ans, Tatiana.
Pathé Bellecour 79 rue de la République Lyon 2e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Celui qui croyait au Ciel et à la terre : "Une vie cachée"

Biopic à la Malick | L’inéluctable destin d’un paysan autrichien objecteur de conscience pendant la Seconde Guerre mondiale, résistant passif au nazisme. Ode à la terre, à l’amour, à l’élévation spirituelle, ce biopic conjugue l’idéalisme éthéré avec la sensualité de la nature. Un absolu de Malick, en compétition à Cannes 2019.

Vincent Raymond | Mardi 10 décembre 2019

Celui qui croyait au Ciel et à la terre :

Sankt Radegund, Autriche, à l’aube de la Seconde Guerre mondiale. Fermier de son état, Franz Jägerstätter refuse par conviction d’aller au combat pour tuer des gens et surtout de prêter serment à Hitler. Soutenu par son épouse, honni par son village, il sera arrêté et torturé… Il convient d’emblée de dissiper tout malentendu. Cette “vie cachée“ à laquelle le titre se réfère n’évoque pas une hypothétique clandestinité du protagoniste, fuyant la conscription en se dissimulant dans ses montagnes de Haute-Autriche pour demeurer en paix avec sa conscience. Elle renvoie en fait à la citation de la romancière George Eliot que Terrence Malick a placée en conclusion de son film : « car le bien croissant du monde dépend en partie d’actes non historiques ; et le fait que les choses n’aillent pas aussi mal pour vous et moi qu’il eût été possible est à moitié dû à ceux qui vécurent fidèlement une vie cachée et reposent dans des tombes que l'on ne visite plus. » Un esprit saint Créé bienheureux par l’Église en 2007, Jägerstätter

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La Malédiction : "L’Homme qui tua Don Quichotte"

Enfin ? | Pendant un quart de siècle, Terry Gilliam a quasiment fait don de sa vie au Don de Cervantès. Un dévouement aveugle, à la mesure des obsessions du personnage et aussi vaste que son monde intérieur. Mais l’histoire du film n’est-elle pas plus grande que le film lui-même ?

Vincent Raymond | Mardi 22 mai 2018

La Malédiction :

De retour en Espagne, où il avait tourné son film d’études inspiré de Cervantès, un réalisateur de pubs en panne créative retrouve le cordonnier à qui il avait confié le rôle de Don Quichotte. Mais celui-ci se prend désormais pour le Chevalier à la triste figure et l’entraîne dans sa quête… À un moment, il faut savoir terminer un rêve. Même quand il a tourné en cauchemar. L’histoire de la conception de L’Homme qui tua Don Quichotte est l’une des plus épiques du cinéma contemporain, bien davantage que celle racontée par ce film aux visées picaresques. Palpitante et dramatique, même, jusque dans ses ultimes et rocambolesques rebondissements. Idéalisée par son auteur pendant un quart de siècle, cette œuvre a gagné au fil de ses avanies de production une nimbe de poisse à côté de laquelle la malédiction de Toutankhamon passe pour un rappel à la loi du garde-champêtre. Elle a aussi suscité une attente démesurée auprès du public, sa

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Ce qui nous liait : "Everybody knows"

¿Quién? | Sous le délicieux présent, transperce le noir passé… Asghar Farhadi retourne ici le vers de Baudelaire dans ce thriller familial à l’heure espagnole, où autour de l’enlèvement d’une enfant se cristallisent mensonges, vengeances, illusions et envies. Un joyau sombre. Ouverture de Cannes 2018, en compétition.

Vincent Raymond | Mercredi 9 mai 2018

Ce qui nous liait :

Comme le mécanisme à retardement d’une machine infernale, une horloge que l’on suppose être celle d’une église égrène patiemment les secondes, jusqu’à l’instant fatidique où, l’heure sonnant, un formidable bourdonnement précipite l’envol d’oiseaux ayant trouvé refuge dans le beffroi. C’est peut dire que l’ouverture d’Everybody knows possède une forte dimension métaphorique ; sa puissance symbolique ne va cesser de s’affirmer. Installée au sommet de l’édifice central du village, façon nez au milieu de la figure, cette cloche est pareille à une vérité connue de tous, et cependant hors des regards. Elle propage sa sonorité dans les airs comme une rumeur impalpable, sans laisser de trace. Battant à toute volée sur une campagne ibérique ensoleillée, telle une subliminale évocation de l’Hemingway période espagnol, cette cloche rappelle enfin de ne « jamais demander pour qui sonne le glas : il sonne pour [soi]. » Pour l’illusion du bonheur et de l’harmonie, également, dans laquelle baignent Laura et ses enfants, qui revient en Espagne pour assister au mariage de sa sœur. Et retrouver sa f

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Un coup de dés jamais n'abolira le bazar : "Game Night"

Comédie | de Jonathan Goldstein & John Francis Daley (E-U, 1h40) avec Jason Bateman, Rachel McAdams, Kyle Chandler…

Vincent Raymond | Mardi 17 avril 2018

Un coup de dés jamais n'abolira le bazar :

Depuis toujours, Max est rabroué et humilié par son frère aîné Brooks, dont la superlative réussite minore le moindre de ses succès. Invités chez le vantard pour une soirée jeux entre amis, Max et son épouse Annie ont l’intention de prendre leur revanche. Mais rien ne se passe comme prévu… Semblant résulter de la rencontre fortuite entre The Game et Very Bad Trip sur un plateau de Pictionnapoly, Game Night appartient à cette race de films qu’on soupçonne d’avoir été créés par des scénaristes en chien un soir d’éthylisme festif ; à ce moment d’open bar où les hybridations les plus tordues n’effraient plus personne — c’est dans ce contexte que le (pas si mal, d’ailleurs) Abraham Lincoln : Chasseur de vampires avait dû voir le jour. Comme il y a toujours un producteur éméché pour dire « j’achète », vous devinez la suite… Pas de surprise dans l’enchaînement des gags, ni des situations : le film déroule une escalade de quiproquos et de méprises comme Fast &

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Ego tripes : "Mother !" de Darren Aronofsky

Thriller | Thriller fantastique aux échos polanskiens, cette réflexion sur les affres effroyables de la création est aussi une puissante création réflexive. Et le récit du voyage aux enfers promis à celles et ceux qui gravitent trop près autour d’un·e artiste. Métaphorique et hypnotique.

Vincent Raymond | Mardi 12 septembre 2017

Ego tripes :

Un poète en panne d’écriture vit à l’écart du monde dans la vaste demeure que sa jeune et aimante épouse achève de rafistoler. L’arrivée d’un couple d’inconnus perturbe leur intimité. Mais si la maîtresse de maison est troublée par ces sans-gênes, le poète se montre des plus exaltés… À croire qu’une internationale de cinéastes s’est donné pour mot d’interroger les tourments de l’inspiration littéraire : après Jim Jarmusch (Paterson), Pablo Larraín (Neruda), Mariano Cohn & Gastón Duprat (Citoyen d’honneur), voici que Darren Aronofsky propose sa vision du processus d’écriture. Vision divergée, puisqu’épousant les yeux de la muse plutôt que celle de l’auteur. Mais pas moins douloureuse : afin d’accomplir l’œuvre lui permettant d’être sans cesse adulé par ses lecteurs, le poète va vampiriser son entourage jusqu’aux derniers sangs, avec l’ingratitude égoïste d’un saprophyte. Gore allégorique Si dans Black Swan, l’acte créat

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On connaît la chanson : "Song To Song" de Terrence Malick

Love story | Retour à une forme plus narrative pour le désormais prolifique Terrence Malick, qui revisite ici le chassé-croisé amoureux dans une forme forcément personnelle et inédite.

Vincent Raymond | Mercredi 5 juillet 2017

On connaît la chanson :

Deux hommes, deux femmes : leurs histoires d’amour et professionnelles, croisées ou réciproques dans l’univers musical rock d’Austin… Après le sphérique et autoréférenciel Voyage of Time — amplification des séquences tellurico-shamaniques de Tree of Life façon poème mystique à liturgie restreinte — Terrence Malick renoue avec un fil narratif plus conventionnel. Avec ce que cela suppose d’écart à la moyenne venant du réalisateur de À la Merveille. Song To Song prouve, si besoin en était encore, que ce n’est pas un argument qui confère à un film son intérêt ou son originalité, mais bien la manière dont un cinéaste s’en empare. Le même script aurait ainsi pu échoir à Woody Allen ou Claude Lelouch (amours-désamours chez les heureux du monde et dans de beaux intérieurs, avec les mêmes caméos de Val Kilmer, Iggy Pop, Patti Smith), on eût récolté trois films autant dissemblables entre eux que ressemblants et identifiables à leur auteur. Persistance de la mémoire

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"Voyage of Time : au fil de la vie" de Terrence Malick en projection unique

ECRANS | Jusqu’à présent, seuls les amateurs de space opera vénéraient le 4 mai, et ne manquaient pas une occasion de se souhaiter mutuellement un retentissant « May (...)

Vincent Raymond | Mardi 2 mai 2017

Jusqu’à présent, seuls les amateurs de space opera vénéraient le 4 mai, et ne manquaient pas une occasion de se souhaiter mutuellement un retentissant « May the 4th be you » — en référence au fameux mantra de Star Wars. Ils devront cette année partager leur date fétiche avec d’autres férus d’explorations cosmiques tirant sur le mystique : le fidèle public des œuvres de Terrence Malick. Habitué aux propositions singulières, le non moins atypique cinéaste ne faillit pas à sa farouche réputation en proposant ce jeudi 4 mai au soir la projection exclusive d’un nouveau film, Voyage of Time : Au fil de la vie. Qu’un film s’affranchisse des règles en sortant du calendrier traditionnel (le mercredi) n’a rien d’exceptionnel en mai — moult dérogations sont consenties du fait des ponts et du festival de Cannes ; qu’il soit en revanche projeté en séance unique l’est davantage. Reformulons pour être bien clair : en manquant ce rendez-vous, vous n’aurez aucune autre possibilité de découvrir cet opus

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Spotlight

ECRANS | De Tom McCarthy (ÉU, 2h08) avec Michael Keaton, Mark Ruffalo, Rachel McAdams…

Vincent Raymond | Mercredi 27 janvier 2016

Spotlight

Toujours se méfier des rumeurs, surtout lorsqu’elles concernent un film portant sur une enquête journalistique : celles précédant celui-ci étaient flatteuses. Force est de constater qu’il s’agissait d’une magnifique opération d’enfumage, tant la réalisation (“mise en images” serait plus approprié) et l’interprétation semblent rivaliser de classicisme plat. Spotlight s’abrite derrière ce qu’il révèle — une équipe d’investigation du Boston Globe met à jour l’implication de l’Église locale dans plusieurs dizaines d’affaires de prêtres pédophiles — pour justifier son absence hurlante de projet cinématographique original. C’est tenir le 7e art en bien piètre estime que de le considérer comme une vulgaire lentille grossissante, ne méritant pas plus d’attention particulière ! Et réfléchir à très court terme : les œuvres narrant des combats asymétriques au service d’innocents ou dénonçant des abominations humaines sont légion. Seules celles osant se démarquer — artistiquement et esthétiquement — impriment réellement leur époque, voire l’Histoire, offrant à la cause qu’elles défendent un écho supplémentaire. 12 hommes en

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Berlinale 2015, jour 4. Malick, évidemment…

ECRANS | « Knight of cups » de Terrence Malick.

Christophe Chabert | Lundi 9 février 2015

Berlinale 2015, jour 4. Malick, évidemment…

Bien sûr, on a vu d’autres films aujourd’hui à Berlin… Bien sûr, monopoliser un billet entier pour un seul film, dans un festival, ce n’est pas forcément le contrat… Mais un nouveau film de Terrence Malick est un événement qui mérite qu’on lui accorde une place particulière. Et ce d’autant plus que Knight of cups est absolument admirable, surprenant pour ceux qui ne considèrent pas le cinéma de Malick seulement comme une suite d’images accompagnée de voix-off méditatives. Depuis ce sommet indépassable qu’était Tree of life, il semble que Malick se plaise à déplier les motifs qu’il avait synthétisés dans son œuvre phare, tout en ramenant son cinéma vers des sujets profondément actuels. Déjà, dans À la merveille, il évoquait à sa manière singulière la crise des subprimes ou l’extraction du gaz de schiste. Dans Knight of cups, c’est l’écart monstrueux entre le monde du divertissement californien avec ses fêtes et ses excès, et les miséreux qui jonchent les trottoirs de Los Angeles où qui hantent les ateliers de fabrica

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Gone Girl

ECRANS | Film à double sinon triple fond, "Gone Girl" déborde le thriller attendu pour se transformer en une charge satirique et très noire contre le mariage et permet à David Fincher de compléter une trilogie sur les rapports homme / femme après "The Social Network" et "Millenium". Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 7 octobre 2014

Gone Girl

Dans le commentaire audio de The Game, David Fincher affirme qu’il avait tourné là son dernier film pensé pour le soir de sa «première». Tournant majeur qui consiste à ne plus vouloir scotcher le spectateur sur son siège par une succession d’effets de surprise, mais à s’inscrire dans un temps plus long où le film gagnerait en profondeur et en complexité, révélant à chaque vision de nouvelles couches de sens. C’est ce qui a fait, en effet, le prix de Fight Club, Zodiac et The Social Network. Gone Girl, cependant, a les apparences du pur film de «première» : le calvaire de Nick Dunne, accusé de la disparition de sa femme le jour de leur cinquième anniversaire de mariage, repose sur un certain nombre de retournements de situations importés du roman de Gillian Flynn qu’il convient de ne pas révéler si l’on veut en préserver l’efficacité. La matière est donc celle d’un bon thriller psychologique : un écriv

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Cartel

ECRANS | La rencontre entre Cormac McCarthy et le vétéran Ridley Scott produit une hydre à deux têtes pas loin du ratage total, n’était l’absolue sincérité d’un projet qui tourne le dos, pour le meilleur et pour le pire, à toutes les conventions hollywoodiennes. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 12 novembre 2013

Cartel

Il y a sans doute eu maldonne quelque part. Comment un grand studio hollywoodien a-t-il pu laisser Cormac McCarthy, romancier certes adulé mais absolument novice en matière d’écriture cinématographique, signer de sa seule plume ce Cartel, le faire produire par la Fox et réaliser par un Ridley Scott réduit ces dernières années à cloner sans panache ses plus grands succès (Robin des Bois, sous-Gladiator, Prometheus, sous-Alien…) ? Le film est en tout point fidèle à la lettre et à l’esprit de ses œuvres littéraires : omniprésence de la corruption morale, déliquescence d’un monde livré à la sauvagerie et s’enfonçant dans une régression inéluctable vers le chaos, voilà pour l’esprit ; pour la lettre, c’est là que le bât blesse, tant McCarthy se contrefout éperdument des règles élémentaires de la dramaturgie cinématographique. Pas d’expositions des personnages, de longues conversations plutôt virtuoses dans leur façon d’exprimer les choses sans vraiment les nommer, mais qui versen

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Oblivion

ECRANS | Après "Tron l’héritage", Joseph Kosinski avait toutes les cartes en main pour confirmer son statut de nouveau maître de la SF avec cette adaptation de son propre roman graphique. Hélas, le voilà rattrapé par son fétichisme kubrickien, qu’il tente vainement de transformer en blockbuster à grand spectacle. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 11 avril 2013

Oblivion

Dans une des pubs qui l’avaient fait connaître, Joseph Kosinski s’amusait à faire circuler le spectateur dans la reproduction virtuelle de l’hôtel Overlook imaginé par Stanley Kubrick pour Shining. Dans Tron l’héritage, qui marquait ses débuts prometteurs au cinéma, il recréait la chambre de 2001 et envoyait ses personnages dans un bar qui ressemblait comme deux gouttes de lait à celui d’Orange mécanique. Autant dire que Kosinski fait une fixette sur l’immense Stanley ; ce qu’on ne lui reprochera pas, loin de là, mais disons qu’il faut avoir les épaules solides pour oser se mesurer à un tel monument. Face à Oblivion, qui croule sous les références à 2001 — jusqu’au nom d’une des boîtes de production du film, Monolith Pictures ! — on ne peut que constater que cette obsession est filtrée par une culture geek avec laquelle elle ne fait pas forcément bon

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Argo

ECRANS | Pour son troisième film derrière la caméra, Ben Affleck s’empare d’une histoire vraie où un agent de la CIA a fait évader des otages en Iran en prétextant les repérages d’un film de SF. Efficace, certes, mais très patriotique. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 31 octobre 2012

Argo

Acteur sujet à de nombreuses railleries, Ben Affleck est en train de gagner ses galons en tant que réalisateur. Il faut dire qu’il est du genre élève appliqué, et si ni Gone baby gone, ni The Town ne révolutionnaient le film noir, ils prouvaient une certaine intelligence de mise en scène et un goût prononcé pour les personnages mélancoliques, en équilibre instable sur les frontières morales. En cela, Affleck s’affichait comme un disciple de Michael Mann ; si The Town était un peu son Heat, Argo est de toute évidence son Révélations : un thriller politique où un preux chevalier en voie de décomposition personnelle regagne l’estime de soi en allant défier un pouvoir inflexible. Ici, c’est l’Iran en 1979, juste après la chute du Shah et l’accession au pouvoir de Khomeiny, en pleine crise diplomatique : une attaque de l’ambassade américaine entraîne une vaste prise d’otages, dont seuls six personnes réussissent à réchapper pour se réfugier chez l’ambassadeur canadien. La CIA fait donc appel à son meilleur agent, Tony Mendez (Affle

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Skyfall

ECRANS | C’était à prévoir : avec Sam Mendes aux commandes, ce nouveau James Bond n’est ni efficace, ni personnel, juste élégamment ennuyeux et inutilement cérébral. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 29 octobre 2012

Skyfall

Rappel des faits : avec Casino Royale, la plus ancienne franchise de l’histoire du cinéma tentait un lifting radical, à la fois retour aux origines du héros et volonté de lui offrir une mise à jour réaliste. Globalement salué, notamment à cause de l’implication de Daniel Craig pour camper un James Bond badass et pourtant vulnérable, ce premier volet s’est vu immédiatement entaché par une suite catastrophique, Quantum of Solace, qui courait pathétiquement derrière les Jason Bourne de Paul Greengrass et ne produisait que du récit indigent et de l’action illisible. Le prologue de Skyfall montre que les producteurs ont bien retenu la leçon : sans être révolutionnaire, il offre une scène d’action parfaitement claire et plausible, filmée avec calme et élégance — Roger Deakins, le chef op’ des Coen, est à la photo et cela se sent. La conclusion montre une fois de plus un Bond fragile, qu’une balle pourrait bien envoyer ad patres — là encore, beau plan sous-marin qui embraye sur un générique tout de suite plus kitsch, mais c’est la l

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La Terre outragée

ECRANS | Étrange film qui raconte en deux parties l’accident de Tchernobyl et ses conséquences vingt-cinq ans après sur une poignée de rescapés, avec la force visuelle du cinéma russe et la pesanteur psychologique du cinéma français. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 23 mars 2012

La Terre outragée

En 1986, tandis que la centrale de Tchernobyl explosait, la vie continuait dans les villages environnants. À Pripiat, Anya et Piotr se marient, et la joie de cet amour juvénile va, en pleine cérémonie, être obscurci par une menace que personne ne soupçonne, sinon un ingénieur ayant immédiatement compris l’ampleur de la catastrophe. Piotr, pompier, est appelé pour éteindre le feu ; il n’en reviendra pas, laissant Anya seule et marquée à jamais par le drame. Cette histoire, c’est celle que raconte Michale Boganim dans la première partie de La Terre outragée. Loin de s’en tenir à une reconstitution façon docu-fiction, elle saisit littéralement le spectateur par la force d’évocation des images : personnages et décors ne semblent faire qu’un au sein de plans composés dans la tradition du meilleur cinéma russe, avec un lyrisme visuel qui rappelle Klimov, Tarkovski ou Kalatozov. Dans ce bout d’Ukraine hors du temps et insouciante, seule une statue de Lénine en plein cœur du village vient rappeler que la liberté n’est que conditionnelle. Une fois la catastrophe arrivée, la machine étatique se met en marche et Boganim filme quelques séquences terrifiantes où les hommes sont arra

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Cannes, jours 5 et 6 : La pesanteur et la grâce

ECRANS | The Artist de Michel Hazanavicius. The Tree of life de Terrence Malick. L’Apollonide, souvenirs de la maison close de Bertrand Bonello.

Dorotée Aznar | Mardi 17 mai 2011

Cannes, jours 5 et 6 : La pesanteur et la grâce

La compétition cannoise a passé une vitesse entre dimanche et lundi, grâce notamment au magnifique nouveau film des frères Dardenne Le Gamin au vélo, dont on vous parle ici dès sa sortie mercredi, faisant oublier quelques ratés au démarrage (Sleeping beauty ou Polisse, même si ce dernier a été bien accueilli par la très chauvine presse française). Certes, cette montée en puissance ne fut pas sans déception. La plus notable, c’est celle de The Artist de Michel Hazanavicius. Film muet à la manière des pionniers américains qui met en abyme son principe dans son intrigue (Georges Valentin, comédien star du muet, est balayé par l’apparition du parlant), The Artist commence fort. Le pastiche de muet devient un film dans le film, mais quand l’écran s’élargit et révèle la salle de cinéma dans laquelle les spectateurs découvrent la dernière comédie de Valentin, il n’y a toujours pas de sons ou de dialogues, juste de la musique et des cartons en anglais. Hazanavicius réussit par l’humour et la distanciation à justifier ce qui est avant tout un exercice de style et un caprice de cinéphile fétichiste. Plus tard, une

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En attendant Terrence...

ECRANS | Le 17 mai, "Tree of life" sera sur les écrans après trois ans d’attente, au lendemain de sa première projection publique à Cannes. Pour patienter, la Ciné-Collection du GRAC propose dans ses salles "Les Moissons du ciel" du même Terrence Malick. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 5 mai 2011

En attendant Terrence...

Depuis Avatar de James Cameron, aucun film n’avait été aussi attendu que Tree of life, cinquième film en trente-sept ans pour Terrence Malick, cinéaste précieux et pas seulement parce qu’il est rare. Les raisons sont liées à la personnalité de Malick, à la légende qui l’entoure et qu’il ne cherche surtout pas à dissiper (il ne donne aucune interview et n’apparaît jamais en public), mais aussi à la nature de son cinéma, à ses ambitions philosophiques et métaphysiques, ce que Tree of life, vaste récit allant du big bang au dépassement de l’humain, risque de pousser vers de nouvelles hauteurs. Il y a des choses vraies sur Malick : il n’utilise le scénario que comme une base pour un tournage partiellement improvisé, ses films ne trouvent leur forme définitive qu’au montage, au risque de laisser de côté des personnages entiers (Mickey Rourke et Bill Pullman en ont fait l’expérience sur La Ligne rouge) ; il utilise systématiquement des voix-off, mais celles-ci ne sont écrites qu’une fois le montage finalisé ; et il adore prendre le temps de filmer la nature, sa flore et surtout sa faune. Mais chacune de ses affirmations a son envers, sa nuance…

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Morning glory

ECRANS | De Roger Michell (ÉU, 1h47) avec Rachel McAdams, Harrison Ford…

Christophe Chabert | Jeudi 31 mars 2011

Morning glory

Les as du marketing hollywoodien ont découvert un filon juteux : le film pour seniors. Après "Sans plus attendre" (le mélo) et "Red" (le film d’action), voici la comédie romantique. Où l’on voit une jeune productrice aux dents longues (McAdams) débaucher un grand nom du journalisme vieillissant (Harrison Ford) pour animer une émission matinale d’infotainment. Le scénario expose avec une franchise désarmante sa philosophie : qu’est-ce qu’on en a à foutre des problèmes du monde et de l’actualité ? On veut de la régression et du divertissement ! Le film fait ainsi l’éloge du renoncement, du succès à tout prix et de la gaudriole pour ménagères sans aucun complexe, ridiculisant tout sur son passage — Diane Keaton qui danse le bras levé avec 50 cents ; une certaine idée de la déchéance. Cinq jours à relire Kant ne suffiraient pas à se laver le cerveau de ce truc hallucinant de crétinerie satisfaite. Christophe Chabert

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The Company Men

ECRANS | De John Wells (ÉU, 1h44) avec Ben Affleck, Chris Cooper…

Dorotée Aznar | Mercredi 23 mars 2011

The Company Men

La crise, c’est mal. Des gens souffrent. Prenez le personnage de Ben Affleck dans ce film : cadre lourdé par sa boîte, il peine à retrouver un job aussi bien payé, doit passer des stages de motivation, ne peut plus jouer au golf, et doit même renoncer à sa Porsche. Pardonnez l’ironie, mais à côté des vraies victimes de ce scandale financier toujours impuni, on a beaucoup, beaucoup de mal à sympathiser avec les “héros“ de ce film, grande entreprise de déculpabilisation apparemment vouée à montrer que les cols blancs ont une âme et même, parfois, des cas de conscience quand ils sont au pieu avec leur blonde. Taillé à la serpe lorsqu’il s’agit de décrire l’évolution psychologique de ses protagonistes, The Company Men devient franchement gênant dans la caractérisation de son personnage principal, contraint de la jouer humble en acceptant un boulot sur un chantier, après que son fiston a vendu sa X-Box (il finira par découvrir que son beauf rustaud est en fait un bon gars). Coupé de la réalité, à côté de la plaque et par moments franchement indécent, le film de John Wells ne peut compter que sur son ahurissant casting pour se garantir un minimum de crédit. Et même face à cet improbab

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Biutiful

ECRANS | Un ex-dealer en phase terminale cherche le salut au milieu de l’enfer social. Au sommet de son cinéma sulpicien et complaisant, Alejandro Gonzalez Iñarritu tombe le masque dans un film désespérant de médiocrité. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 13 octobre 2010

Biutiful

Dans "Biutiful", on ne sait pas qui va le plus mal : le héros Uxbal (Javier Bardem, méritant), ancien dealer dont la femme couche avec son frère, et qui se meurt lentement d’un cancer incurable ? Le monde, qui sous la caméra d’Alejandro Gonzalez Iñarritu ressemble à une sorte d’enfer social où tout est sale, corrompu, gangrené par le désespoir ? Ou le film lui-même, qui se repaît de ces humeurs malades jusqu’à en faire un système de représentation ? Revenu à une pure linéarité, débarrassé des constructions tarabiscotées de son scénariste Guillermo Arriaga, le cinéma d’Iñarritu est ici tout nu : son regard sulpicien et complaisant sur la misère sous toutes ses formes arrive à peine à se planquer derrière de grossiers effets de mise en scène et un déluge de pathos. Mauche Un exemple est frappant : Uxbal possède le pouvoir de parler avec les morts. Cette intrusion du fantastique dans le récit ne débouche sur rien, sinon quelques séquences où le trouble d’Uxbal conduit à une bande-son bourdonnante et une caméra qui tremble comme sous l’effet d’un séisme. À l’autre extrême de cette virtuosité sans enjeu, la scène de l’arrestation d

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The Town

ECRANS | De et avec Ben Affleck (ÉU, 2h03) avec John Hamm, Rebecca Hall…

Christophe Chabert | Vendredi 10 septembre 2010

The Town

Le quartier irlando-américain de Charlestown à Boston est considéré comme le centre névralgique de la criminalité organisée. C’est là-bas que Ben Affleck a décidé de poser sa caméra pour filmer la traque d’un gang de braqueurs par une horde de flics emmenés par un agent du FBI particulièrement tenace. Après le mélancolique "Gone baby gone", Affleck monte d’un cran et s’essaye au polar d’action ; il y parvient plutôt bien d’ailleurs, car "The Town" possède une indéniable efficacité, ménageant plusieurs morceaux de bravoure spectaculaires où l’acteur-cinéaste fait preuve d’une réelle maîtrise de l’espace et du suspense. De plus, en posant un regard romantique sur le personnage de braqueur qu’il interprète (via une histoire d’amour avec une directrice de banque et un héritage criminel mal réglé avec son père) et en faisant du chef du FBI (John Hamm, assez génial) un sommet de raideur et de brutalité, il pratique une habile inversion des rôles entre le «bon» et le «méchant». Cela étant, si on le compare à ses modèles un peu trop visibles ("Les Infiltrés", "Heat" ou l’oublié mais puissant "Les Anges de la nuit"), "The Town" manque de cette originalité nécessaire, dans sa mise en scèn

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Un film tombé du ciel

ECRANS | Reprise en copie restaurée des "Moissons du ciel", deuxième film de Terrence Malick, une œuvre impressionniste sur la puissance des éléments et l’incertitude des sentiments, entre poème cinématographique et tentation romanesque. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 9 juin 2010

Un film tombé du ciel

C’est un film en état de grâce permanent, surgi de nulle part, qui ne ressemble à aucun autre. Les Moissons du ciel (1978) est un des plus beaux films du monde, et c’est sans doute son caractère miraculeux qui a longtemps empêché Terrence Malick d’y donner une suite — il faudra attendre dix-sept ans et La Ligne rouge pour qu’il retourne derrière une caméra. Ce qui rend l’œuvre si unique, c’est sa capacité à être à la fois absolument classique et résolument moderne, sinon avant-gardiste. Le classicisme, c’est celui d’un récit qui s’apparente dans sa simplicité (biblique) aux œuvres de Steinbeck : en 1916, deux amants, Bill et Abby, qui se font passer pour frère et sœur, sont engagés pour les moissons chez un propriétaire terrien richissime mais malade, qui tombe amoureux de la jeune fille, l’épouse et l’héberge avec son frère putatif. Cette histoire solide est racontée en voix-off par la jeune sœur de Bill ; mais ces bribes de pensée ne forment jamais un commentaire illustrant les images ou alimentant la narration. Ce sont des fulgurances rêveuses, arrachées sans heurt à une méditation intérieure qui fait écho à celle du cinéaste, ouvertement mythologique. La na

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Jeux de pouvoir

ECRANS | De Kevin Macdonald (ÉU, 2h07) avec Russell Crowe, Ben Affleck…

Christophe Chabert | Vendredi 19 juin 2009

Jeux de pouvoir

Au départ, une trépidante mini-série anglaise créée par Paul Abbott pour la BBC, sorte de réponse british à 24 heures chrono. À l’arrivée, un remake américain qui réduit le nombre de personnages, condense l’action mais en reprend grosso modo toutes les ficelles. On y voit un journaliste (Crowe, en mode post-hippie) enquêter sur le meurtre de la maîtresse d’un député influent (Affleck, plus fade que jamais) qui est, par ailleurs, son ami intime. Kevin Macdonald, qui avait un peu abusé son monde avec Le Dernier Roi d’Écosse, montre ici son vrai visage : un yes man sans personnalité qui illustre laborieusement en pompant à droite à gauche (un peu Mann, un peu Pakula) son matériau passionnant. L’exploit de Jeux de pouvoir est que rien n’y est crédible et, surtout, qu’il ne véhicule aucun suspense, sinon en avertissant le spectateur par l’usage d’une musique anxiogène. Un thriller arthritique qui, pour les fans de la série, ne sert strictement à rien. CC

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No country for old men

ECRANS | Avec "No country for old men", les frères Coen réalisent un film rare, à la croisée du cinéma de genre (western, film noir) et du film d'auteur personnel, un concentré de cinéma brillant et intelligent. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 30 janvier 2008

No country for old men

Le désert, la route, des motels et des diners : un paysage américain traditionnel. Des tueurs, un magot, un shérif : des ingrédients empruntant autant au film noir qu'au western. Et un mélange d'humour noir, d'ultra violence et de métaphysique : l'archétype d'un film des frères Coen, tiré d'un roman de Cormac McCarthy. No country for old men pourrait se résumer à cette formule-là, et son commentaire à l'alchimie inexplicable qui s'en dégage. Difficile par exemple d'expliquer pourquoi les fusillades qui constituent le cœur du film sont si grisantes : une certaine perfection dans le traitement de l'espace, du temps et du son fait que l'on se sent immédiatement impliqué dans le suspense dément qui s'y instaure. Pareil pour la qualité du dialogue, point fort des frangins depuis un bail, mais atteignant ici un degré de maîtrise tel qu'il permet de rendre inoubliables les répliques laconiques du tueur implacable (Javier Bardem) comme le magnifique monologue final de Tommy Lee Jones. En cela, No country for old men est un film touché par la grâce. La musique du hasard Cependant, ce film impressionnant de maîtrise est aussi un film sur... le hasard. L

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