Les Amants passagers

ECRANS | De Pedro Almodóvar (Esp, 1h3O) avec Javier Camara, Carlos Areces…

Christophe Chabert | Mardi 19 mars 2013

Après un incident technique, un avion est en perdition au-dessus de Tolède, attendant une solution pour un atterrissage forcé. Le personnel de bord, stewards plus ou moins ouvertement pédés, drogue les passagers de la classe éco et tente de régler la situation avec les "privilégiés" (un tueur, un banquier corrompu, une mère maquerelle, un couple en voyage de noces, un homme volage).

On voit bien la métaphore filée par Almodóvar derrière ce récit de pure fantaisie : alors que les mœurs évoluent en Espagne (un des stewards a même un mari !), l'économie régresse vers un archaïsme de classe dirigé par des puissants en pleine déréliction. Point de vue intéressant mais qui se heurte très vite au désir du cinéaste de retrouver l'esprit Movida de ses premiers films. Ce maître du scénario invente ainsi un récit complètement décousu, qui n'avance pas vraiment et se contente d'empiler les saynètes inégales. Les Amants passagers ne trouve jamais sa vitesse de croisière, même si l'ensemble n'est pas déplaisant à suivre.

Alors que La Piel que habito réussissait à sortir le cinéma d'Almodóvar des ornières mélodramatiques dans lesquelles il s'était enfermé, le meilleur moment des Amants passagers est celui où il en retrouve le sentier, le temps d'une escapade hors de son huis clos qui prouve aussi que ce dispositif est un habitacle sans doute trop étroit pour la créativité de l'auteur.

Christophe Chabert


Les Amants passagers

De Pedro Almodóvar (Esp, 1h30) avec Javier Cámara, Carlos Areces... Des personnages hauts en couleurs pensent vivre leurs dernières heures à bord d’un avion à destination de Mexico. La vulnérabilité face au danger provoque une catharsis générale qui devient le meilleur moyen d’échapper à l’idée de la mort.
UGC Astoria 31 cours Vitton Lyon 6e
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Le temps des hommages est venu pour Salvador Mallo, cinéaste vieillissant que son corps fait souffrir. Son âme ne l’épargnant pas non plus, il renoue avec son passé, se rabiboche avec d’anciens partenaires de scène ou de lit, explore sa mémoire, à la racine de ses inspirations… Identifiable à son auteur dès la première image, reconnaissable à la vivacité de ses tons chromatiques, mélodiques ou narratifs, le cinéma d’Almodóvar semble consubstantiel de sa personne : une extension bariolée de lui-même projetée sur écran, nourrie de ses doubles, parasitant sa cité madrilène autant que ses souvenirs intimes… sans pour autant revendiquer l’autobiographie pure. À la différence de Woody Allen (avec lequel il partage l’ancrage urbain et le goût de l’auto-réflexivité) le démiurge hispanique est physiquement absent de ses propres films depuis plus de trente ans. Almodóvar parvient cependant à les “habiter” au-delà de la pellicule, grignotant l’espace épi-filmique en imposant son visage-marque sur la majorité de l’environnement iconographique — il figure ainsi sur nombre de photos de tournages, rivalisant en no

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Un mélo avec un chien à adopter ? Sur le papier, ça sent aussi mauvais qu’un vieux clébard abandonné sous la pluie. Mais heureusement, en Espagne il fait sec. Et puis ledit toutou (Truman de son petit nom, donc) n’est qu’un prétexte, occupant au plus quelques minutes l’écran ; l’amorce de retrouvailles entre deux complices, le catalyseur d’un film lumineux sur ce qui vaut d’être vécu et conclu, avant que la vie elle-même ne le soit. Car bien que le spectre de la maladie et la perspective d’un suicide assisté flottent en permanence sur cette histoire, elle célèbre des adieux heureux, des apaisements, des résolutions… Le fait que Cesc Gay ait choisi avec Julian, plutôt qu’un héros égrotant, un type encore actif, crée un malaise dans l’entourage de ce dernier. Truman en dit beaucoup en effet sur le rapport philosophique à la mort dans notre société, et la manière dont sont perçus ceux qui veulent prendre le pouvoir sur l’arbitraire en devançant de leur propre chef l’heure de leur trépas. Julian manifeste sa liberté intime, ce qui ne l’empêche pas d’être par ailleurs un monstre d’égoïsme. C’est cette complexité qui rend son person

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Julieta : une lettre à l'absente

Accrochant un nouveau portrait de femme abattue aux cimaises de sa galerie personnelle, le cinéaste madrilène semble avoir concentré sur cette malheureuse Julieta toute la misère du monde. Avec son absence de demi-mesure coutumière, Almodóvar l’a en effet voulue veuve, abandonnée par sa fille unique, dépressive, en délicatesse avec son père et rongée par la culpabilité. Un tableau engageant — qui omet de mentionner son amie atteinte de sclérose en plaques… Construit comme une lettre à l’absente, Julieta emprunte la veine élégiaque de l’auteur de La Fleur de mon secret. On est très loin des outrances, des excentricités et des transgressions des Amants passagers (2013), son précédent opus façon purge s’apparentant à un exercice limite de dépassement de soi — et qui s’était soldé par un colossal décrochage. Revenu les pieds sur terre, Almodóvar se met ici au diapason de sa bande originale jazzy : en sourdine. Au milieu de ce calme relatif, seules les couleurs persistent à crier — les personnages et le montage faisant l’impasse sur l’hystérie mécanique emblématique de son cinéma et tellement épuisante. Alors oui, on a l’impressi

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La saison cinéma de patrimoine se termine (presque) comme elle avait (presque) commencé. Alors qu’en octobre, Lyon vivait au rythme espagnol avec le prix Lumière remis à Pedro Almódovar, c’est en ce mois de juin les salles indépendantes réunies sous la bannière du GRAC qui visitent un chapitre de son œuvre : pas n’importe lequel, puisque Femmes au bord de la crise de nerfs est le premier grand succès populaire — et mondial — du cinéaste madrilène, visage filmique de la Movida, le mouvement qui permit à l’Espagne de tourner culturellement la page du franquisme. Pourtant, rien de particulièrement underground dans cette comédie de mœurs en huis clos où une femme trompée se retrouve au cœur d’un imbroglio sentimentalo-policier mêlant une demi-douzaine de personnages, tous reliés à l’amant volage et en fuite. Dans une sorte de boulevard sous psychotropes — résumé par l’épisode mythique du Gaspacho bourré de somnifères — Almódovar multiplie les situations burlesques tout en montrant, déjà, son envie de mélodrame, qui s’épanouira pleinement dans la deuxième partie de sa carrière. Le trait d’union entre les deux : des décors volontairement artificie

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Les billets pour le Prix Lumière remis à Pedro Almodóvar (avec la projection de Parle avec elle) se sont arrachés en 45 minutes. Combien de temps faudra-t-il pour ceux de la séance de clôture, où sera projeté Tout sur ma mère du même Almodóvar, en présence du réalisateur et de son actrice Marisa Paredes ? En tout cas, ils seront mis en vente ce mardi 30 septembre à partir de 13h, sur Internet et dans les points de vente habituels. La séance, elle, aura lieu le dimanche 19 octobre à 15h30 à la Halle Tony Garnier.

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C’est donc Faye Dunaway qui viendra inaugurer la sixième édition du Festival Lumière à la Halle Tony Garnier le lundi 13 octobre. Actrice mythique, que l’on avait pu redécouvrir à Lumière dans un de ses plus grands rôles — celui de Portrait d’une enfant déchue de Schatzberg — elle présentera la version restaurée de Bonnie and Clyde, classique du film criminel et rampe de lancement d’un certain Nouvel Hollywood dont son réalisateur, Arthur Penn, fut un agitateur discret mais essentiel. On le sait, Lumière se targue d’être un festival de cinéma grand public et, après le doublé Belmondo / Tarantino de l’an dernier, la barre était placée assez haute en matière d’invités prestigieux. Pour donner le change, le Prix Lumière atterrira donc en 2014 dans les mains de Pedro Almodóvar ; le festival prépare sa venue tout au long du mois de septembre avec une séance spéciale d’Attache-moi — pas forcément son meilleur film, cela dit — et une autre de La Mauvaise éducation précédée d’une confé

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Son nom était sur les listes des possibles récipiendaires du Prix Lumière depuis au moins la deuxième édition… Ça y est ! En 2014, Pedro Almodóvar recevra la fameuse distinction des mains de Thierry Frémaux et Bertrand Tavernier, couronnant une œuvre foisonnante et scindée en deux : d’un côté, la partie libertaire, brouillonne et décoiffante des années Movida (de Pepi, Luci, Bom et autres filles du quartier jusqu’à Femmes au bord de la crise de nerfs) ; et le moment où celle-ci affirme une souveraine maîtrise des codes (mélodrame, comédie et film noir) et de la mise en scène, qu’elle soit au service d’émotions fortes (Talons aiguilles, Tout sur ma mère, Parle avec elle, La Piel que habito) ou d’une démarche plus réflexive (Kika, La Fleur de mon secret, La Mauvaise éducation, Étreintes brisées). On espère que son activité de producteur sera aussi soulignée, pas tant pour le navet argentin en compétition à Cannes cette année que pour avoir accompagné l’éclosion d’un Alex De La Igle

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On se demandait comment le Festival Lumière allait pouvoir rebondir sur l'édition 2013, portée par un Quentin Tarantino d'une générosité et d'une culture sans pareils. Thierry Frémaux a apporté des éléments de réponse ce matin, d'abord en dévoilant le récipidiendaire du prochain Prix Lumière : le cinéaste espagnol Pedro Almodovar, qui viendra le recevoir en compagnie de la pulpeuse Penelope Cruz - voir ci-dessus la photo utilisée pour l'affiche de Lumière 2014, qui se tiendra du 13 au 19 octobre. Pour le reste, le festival tracera sa ligne directrice (donner à voir le cinéma du passé avec la complicité de ceux qui le font maintenant) au travers de trois rétrospectives (Claude Sautet, Frank Capra et le western italien), deux hommages (un à Isabella Rossellini, l'autre au méconnu Tod Kotcheff, réalisateur du premier Rambo), trois sections thématiques (les grandes restaurations de 2014, les plaisirs coupables et les chefs-d'oeuvre méconnus), et quantité d'hommages plus ciblés (au compositeur Michel Legrand, à Ida Lupino, l'une des

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Christophe Chabert | Lundi 11 mars 2013

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Comment ça va, le cinéma latino ? Plutôt bien, si on en croit le début de saison, puisqu’au milieu d’une écrasante domination américaine, c’est bien du côté de l’Espagne, de l’Argentine et du Chili que la résistance a été la plus vive. Aussi, les Reflets du cinéma ibérique et latino-américain n’ont eu qu’à aller piocher ces bonnes nouvelles-là pour assurer le fond goûtu de leur 29e édition. On ne pourra donc que conseiller aux distraits de ne pas rater les séances de rattrapage de Blancanieves, petit bijou de cinéma muet d’aujourd’hui qui a entre temps effectué une razzia historique aux Goyas (les César espagnols). Plus frais encore, le génial No de Pablo Larraín sur le référendum organisé par Pinochet en 1988 pour asseoir son pouvoir — raté ! mérite une vie sur le long cours ; le festival sera un endroit parfait pour savourer ce thriller politique prenant et audacieux.Comme un justicier qui viendrait remet

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La Piel que habito se déroule à Tolède l’année prochaine, mais il se passe aussi bien avant ce présent qui n’est pas le nôtre. De ce laps temporel qui enjambe gentiment notre actualité pour aller fouiller dans le passé et anticiper un futur proche où la science sans contrôle ne servira plus que les désirs de ceux qui la maîtrisent, Pedro Almodóvar fait plus qu’une pirouette narrative ; c’est un vrai geste de cinéaste, retournant aux sources de son œuvre pour lui donner un nouveau souffle, là où ses derniers films avaient tendance à s’enfoncer dans un auto-académisme à base de scénarios virtuoses et réflexifs et de mélodrames au féminin mis en scène avec une élégance glacée. Il faut remonter à Matador ou La Loi du désir pour trouver chez lui une histoire aussi tordue, qui n’hésite pas à emprunter les voies du cinéma de genre (le fantastique en tête, avec des références très assumées aux Yeux sans visage de Georges Franju et au Frankenstein de James Whale) pour distraire à tous les sens du terme le spectateur de son horreur fondamentale. Que l’on ne dévoilera pas, histoir

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Alors que l’écran est encore noir, des rires d’enfants emplissent la bande-son. Quand l’image apparaît, on découvre les bambins exultant devant un spectacle de clowns. Si les enfants rient, le spectateur, lui, ne se laisse pas emporter : les objectifs déformants choisis par Alex de la Iglesia, son montage abrupt et l’absence de décor donnent à la scène des allures de pantomime lugubre, comme la énième répétition d’un numéro usé jusqu’à la corde. C’est que ce spectacle-là n’en est pas un. C’est un divertissement, une distraction ; au-dehors la guerre fait rage. Les armées républicaines se battent contre celles du général Franco, et lorsqu’elles débarquent sous le chapiteau, c’est pour enrôler les deux clowns dans leur combat. Le clown blanc rechigne, l’Auguste s’engage, laissant derrière lui son fils Javier, seul avec un lion qui paraît bien moins inquiétant que ces soldats armés jusqu’aux dents. Tragiques distractions Ce prologue (comme l’énigmatique générique qui le suit, où des images de la dictature franquiste voisinent avec celles d’artistes populaires) est trompeur : Alex de la Iglesia n’utilise pas le cirque comme une métaphore de l’Histo

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La tragédie d’un clown ridicule

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Alors que l’écran est encore noir, des rires d’enfants emplissent la bande-son. Quand l’image apparaît, on découvre les bambins exultant devant un spectacle de clowns. Si les enfants rient, le spectateur, lui, ne se laisse pas emporter : les objectifs déformants choisis par Alex de la Iglesia, son montage abrupt et l’absence de décor donnent à la scène des allures de pantomime lugubre, comme la énième répétition d’un numéro usé jusqu’à la corde. C’est que ce spectacle-là n’en est pas un. C’est un divertissement, une distraction ; au-dehors la guerre fait rage. Les armées républicaines se battent contre celles du général Franco, et lorsqu’elles débarquent sous le chapiteau, c’est pour enrôler les deux clowns dans leur combat. Le clown blanc rechigne, l’Auguste s’engage, laissant derrière lui son fils Javier, seul avec un lion qui paraît bien moins inquiétant que ces soldats armés jusqu’aux dents. Tragiques distractions Ce prologue (comme l’énigmatique générique qui le suit, où des images de la dictature franquiste voisinent avec celles d’artistes populaires) est trompeur : Alex de la Iglesia n’utilise pas le cirque comme une mé

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Hier, nous disions qu'il manquait à la compétition cannoise un film susceptible de rallier les suffrages des festivaliers autrement que par de la comédie nostalgique (The Artist et Le Havre sont pour l'instant les films les mieux notés par la presse étrangère). Mais ce jeudi, Almodovar est arrivé et c'est peu de dire que son nouveau film a fait son effet sur la Croisette. Vieil habitué du festival depuis Tout sur ma mère, mais jamais récompensé au-delà d'un prix de la mise en scène, Almodovar faisait face à un reproche justifié ces dernières années : ses films n'étaient jamais mauvais, mais ils répondaient un peu trop exactement à ce que l'on attend du cinéaste (un mélange de mélodrame et de réflexion sur l'illusion, qu'elle soit cinématographique ou amoureuse, dans un écrin élégant et précieux ). La Piel que habito réussit cette deterritorialisation devenue impérative : c'est un film de genre, un thriller aux relents fantastiques (pour se prémunir de tout reproche sur la crédibilité du pitch, il situe l'action à Tolède l'année prochaine). Almodovar était réticent à montrer le film à Cannes, de peur que

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Christophe Chabert | Mercredi 17 juin 2009

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Avec Étreintes brisées, Pedro Almodovar semble avoir atteint ce qu’il n’avait que caresser dans La Mauvaise éducation : faire son 81/2, un grand film sur son art et son statut d’artiste. Comme si, arrivé à un point de reconnaissance que peu d’auteurs internationaux ont rencontré de leur vivant (un égal amour du public et de la critique), il se devait de peindre son autoportrait en cinéaste écartelé. Étreintes brisées multiplie cette figure de l’entre-deux : une femme entre deux hommes, un homme qui passe de la vue à la cécité, et en définitive deux figures de cinéaste, le filmeur compulsif dont les images finissent par modifier le cours des existences, et le metteur en scène réfléchi qu’on dépossède de son œuvre. Ce complexe écheveau, qui mélange autobiographie fantasmée et références cinéphiles, est brillamment scénarisé, réalisé et interprété. On regrettera juste qu’Almodovar ait un peu sacrifié ici l’émotion à la théorie… CC

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