Cannes, l'exception française…

ECRANS | De quoi le 66e festival de Cannes (du 15 au 26 mai) sera-t-il fait ? Les films français et américains trustent majoritairement les sélections, les grands cinéastes sont au rendez-vous de la compétition et les sections parallèles promettent leur lot de découvertes… Pendant ce temps, en coulisses, le cinéma hexagonal s’agite et s’inquiète. Christophe Chabert

François Cau | Mardi 14 mai 2013

Alors que débute le 66e festival de Cannes – avec en ouverture la version Baz Luhrmann, attendue comme kitsch et mélodramatique, de Gatsby le magnifique – le cinéma français est en émoi.

Après l'adoption de la nouvelle convention collective fixant la rémunération des techniciens, les syndicats de producteurs indépendants et une poignée de cinéastes sont montés au créneau pour protester contre ce texte qu'ils jugent mortel pour une partie des films produits dans l'hexagone.

Comme si cela ne suffisait pas, la Commission européenne s'apprête à négocier de nouveaux accords de libéralisation commerciale avec les États-Unis, pour lesquels la question de l'exception culturelle serait dans la balance. Autant dire que ce qui s'annonçait comme une belle fête pourrait s'avérer plus houleuse que prévue… Sans parler de la crise, cette foutue crise dont les effets devraient aussi se faire sentir du côté du marché du film, sinon dans le nombre de festivaliers accrédités.

Promesses pour une grand-messe

Pourtant, si l'on s'en tient à la sélection officielle et aux films eux-mêmes, c'est une édition prestigieuse qui devrait se dérouler du 15 au 26 mai. On le sait, Cannes, c'est un peu une année sur deux ; en 2012, la compétition était décevante, alors qu'en 2011, elle était flamboyante ; en 2010, elle était carrément pourrie, tandis qu'en 2009, elle avait été explosive. Pour 2013, avec sur le papier les nouveaux films de James Gray (The Immigrant), les frères Coen (Inside Llewyn Davis), Nicolas Winding Refn (Only God forgives – photo ci-dessus), Arnaud Desplechin (Jimmy P.), Abdellatif Kechiche (La Vie d'Adèle, chapitres 1 et 2, soit 3h au total !), Steven Soderbergh (Behind the candelabra), François Ozon (Jeune et jolie – photo), Alexander Payne (Nebraska), Roman Polanski (La Vénus à la fourrure) ou encore Jim Jarmusch (Only lovers left alive, invité de dernière minute), on doit concéder que le festival est cette année très excitant.

Sans oublier les sections parallèles : Sofia Coppola avec The Bling ring en ouverture d'Un certain regard et Ari Folman avec Le Congrès pour débuter la Quinzaine des réalisateurs, cela fait déjà deux événements de poids dès l'entame du festival. On y ajoutera un Johnnie To en séance de minuit (Blind detective), une adaptation de Faulkner par cet hyperactif de James Franco à Un certain regard (As I lay dying), le one-man-film de JC Chandor avec Redford hors compétition (All is lost) et un Stephen Frears inattendu en séance spéciale (Muhammad Ali's greatest fight) et notre agenda est déjà bien rempli.

Comme il convient aussi d'aller à Cannes pour découvrir des films, il faudra guetter le dernier vainqueur de Sundance (Fruitvale station), un film d'horreur allemand qu'on dit prometteur (Tore Tanzt) et quelques films de genre (polar, comédie et même science-fiction !) dissimulés du côté de la Quinzaine ou de la Semaine de la critique…

Sous le signe de l'Hexagone

De ce programme extrêmement riche se dégage un constat : la France et les États-Unis dominent de la tête et des épaules les sélections. La France notamment est massivement représentée en tant que productrice ou coproductrice. Un bon exemple : Le Passé (photo), le nouveau film de l'Iranien Asghar Farhadi après le triomphe d'Une séparation, a été tourné à Paris avec des capitaux et des acteurs français (Bérénice Bejo et Tahar Rahim). Mais quand un film mexicain (Heli d'Amat Escalante) ou africain (Grigris de Mahamat-Saleh Haroun) trouvent la voie de la compétition, ils doivent souvent leur existence à un cofinancement hexagonal. Sans parler des cinéastes d'ici qui font le voyage en Amérique : Desplechin, mais aussi Guillaume Canet (Blood ties, hors compétition) et le redoutable Jérôme Salles (Zulu, en clôture)… Des considérations qui voleront vite en éclats une fois le festival lancé, avec ses premières surprises et ses premières déceptions – inévitables…

Mais au fait, ça sert à quoi, Cannes ? Disons-le, avant tout à préparer les grands moments de la saison cinéma, que ce soit pour le critique ou les exploitants, indispensables relais de la vie des films. On peut tout gagner et tout perdre à Cannes. Ce n'est pas qu'une question de prix à l'arrivée – l'indifférence avec laquelle le Prix de la mise en scène de l'an dernier, Post Tenebras Lux, a touché les écrans la semaine dernière le montre bien ; c'est aussi une affaire de buzz, dans ce qu'il a de plus fascinant mais aussi de plus traître. À 8h du matin, un film est encore saignant ; le soir, parfois, il est cuit. Mais lorsqu'il arrive à passer ce cap fatidique, l'avenir lui appartient. C'est grâce à Cannes que Les Bêtes du Sud sauvage, No ou, exemple tout frais, Mud, ont ainsi pu réussir leurs belles carrières en salles.

Qui prendra leur suite en 2013 ? On tâchera d'y répondre quotidiennement via le blog que l'on tiendra jusqu'au palmarès, et dans ces mêmes colonnes dès mercredi prochain.

Crédits Photo : En compétition : "Only God forgives" du Danois Nicolas Winding Refn avec l'Américain Ryan Gosling, coproduit par la France.

entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Cannes, à la Vie, à l’amour…

ECRANS | En couronnant ce qui est incontestablement le meilleur film de la compétition, "La Vie d’Adèle" d’Abdellatif Kechiche, Steven Spielberg et son jury ont posé un beau point final à un 66e festival de Cannes passionnant en son centre, sinon dans ses périphéries. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 27 mai 2013

Cannes, à la Vie, à l’amour…

Y croyait-on vraiment ? Imaginait-on Steven Spielberg se lever de sa chaise durant la cérémonie du palmarès cannois pour annoncer, du haut de sa stature de cinéaste mondialement reconnu et présentement président du jury, la Palme à La Vie d’Adèle d’Abdellatif Kechiche, chef-d’œuvre du naturalisme à la française relatant la passion entre Adèle et Emma à coups de grands blocs de réalité réinventée, des premiers regards à la dernière étreinte en passant par de longs moments d’intimité physique ? C’est pourtant ce qui s’est passé, et on en est encore ému. Car si La Vie d’Adèle n’était pas notre film préféré de la compétition — on dira lequel plus tard — c’était d’évidence le meilleur, le plus incontestablement ample et abouti, le plus furieusement contemporain, que ce soit dans sa matière romanesque, ses personnages ou son dispositif. Kechiche est aujourd’hui l’héritier direct de Pialat, même s’il développe aussi sa propre singularité et même si, avec ce film-là, il dévoile sa part la moins sombre, la plus solaire, comme une antithèse absolue de son précédent et terrible

Continuer à lire

Cannes – Jour 10 : Bouquet final

ECRANS | "The Immigrant" de James Gray. "Only lovers left alive" de Jim Jarmusch. "La Vénus à la fourrure" de Roman Polanski.

Christophe Chabert | Samedi 25 mai 2013

Cannes – Jour 10 : Bouquet final

Au moment où n’importe quel festivalier voit apparaître sur son visage des rides de fatigue qui le font ressembler à Bruce Dern dans Nebraska, il fallait pourtant se ressaisir d’urgence, car Thierry Frémaux, dans un hallucinant tir groupé final, avait placé en fin de compétition de très gros morceaux signés par de très grands cinéastes. C’est d’ailleurs à l’aune de cette attente, pour le coup gigantesque, que The Immigrant de James Gray a déçu. Attention, tout de même… Gray, dont les quatre derniers films ont tous été présentés en compétition, y a systématiquement récolté les mêmes commentaires perplexes ou frustrés, avant que lesdits films, à leur sortie, ne reçoivent un accueil enthousiaste d’une presse ayant revu son jugement à la hausse, et de spectateurs qui ont l’avantage considérable de ne pas s’être empiffré 35 films en dix jours. Mais la déception est soigneusement entretenue par Gray lui-même. En effet, The Immigrant part sur une piste qu’on identifie immédiatement comme coppolienne façon Parrain 2. Plan sur la stat

Continuer à lire

Cannes – Jour 9 : Une certaine idée de la langueur

ECRANS | "Nebraska" d’Alexander Payne. "Michael Kohlhaas" d’Arnaud Des Pallières. "Magic Magic" de Sebastian Silva.

Christophe Chabert | Vendredi 24 mai 2013

Cannes – Jour 9 : Une certaine idée de la langueur

Jeudi matin, tout le monde était encore sous le choc de La Vie d’Adèle. Comme pour Holy motors l’an dernier, un film se plaçait soudain au centre de toutes les attentions. Plus encore qu’Holy motors l’an dernier, La Vie d’Adèle rassemblait peu à peu tous les festivaliers, presse, exploitants et finalement public lors d’une ultime projection qui se terminait vers une heure du matin par quinze minutes de standing ovation — record cannois en 2013. Dur dur de passer derrière, et c’est Alexander Payne qui en a fait les frais. Ça aurait pu être pire, car Nebraska est une toute petite chose, un feel good movie qui n’a pas l’ambition de Sideways et de The Descendants — d’ailleurs, Payne, scénariste prodigieux, n’en a pas écrit le sc

Continuer à lire

Cannes – Jour 8 : Amour (encore)

ECRANS | "All is lost" de J.C. Chandor. "La Vie d’Adèle" d’Abdellatif Kechiche

Christophe Chabert | Vendredi 24 mai 2013

Cannes – Jour 8 : Amour (encore)

Sommes-nous fatigués ? Même pas ! Alors que l’on en est à déjà trente films vus lors de ce festival de Cannes, la journée du mercredi nous a remis de l’essence dans le moteur. Bien sûr, il a fallu passer au réveil par l’inutile Only god forgives d’un Nicolas Winding Refn qui a pris un gros melon et se regarde filmer en roue libre. La douche froide festivalière réservée à son film devrait le faire vite revenir sur terre. Ce fut d’autant plus dingue d’enchaîner avec l’inattendu All is lost de J.C. Chandor, qui possède l’ambition énorme d’être constamment modeste. Chandor, révélé par Margin call, huis clos plutôt bavard et théâtral, en prend ici le contre-pied parfait : entièrement en extérieurs, avec un seul acteur et pour tout dialogue trois mots : «God», «Fuck» et «Help». Avec tout cela, il arrive à faire un grand spectacle qui, exploit, n’utilise aucune des cordes du blockbuster contemporain. C’est pourtant un film catastrophe dans la pl

Continuer à lire

Cannes - Jour 7. Le Queer lui va si bien...

ECRANS | "Behind the candelabra" de Steven Soderbergh. "As I lay dying" de James Franco. "Grigris" de Mahamat-Saleh Haroun. "Les Salauds" de Claire Denis.

Christophe Chabert | Jeudi 23 mai 2013

Cannes - Jour 7. Le Queer lui va si bien...

Judicieusement placé en plein milieu de la compétition, le dernier film (le dernier ?) de Steven Soderbergh, Behind the candelabra, nous a redonné de l’énergie pour terminer le festival. C’est un film champagne mais c’est aussi, comme Gatsby et La Grande Bellezza, un film qui inclut dans son programme sa propre gueule de bois. Pourquoi Soderbergh tenait-il tant à ce biopic du pianiste excentrique et homo Liberace, sorte de Clayderman de Las Vegas, certes talentueux mais surtout très doué pour faire la retape de sa propre image, showman avéré mais dont la vie privée a été soigneusement falsifiée pour ne pas effrayer son fan club de mamies pudibondes. C’est par cet angle (mort)-là que Soderbergh choisit de raconter Liberace : son jeune amant Scott, tombé sous le charme de ce sexagénaire qui refuse de vieillir et qui va le transformer en portrait de Dorian Gray vivant ; pendant qu’il

Continuer à lire

Cannes - Jours 5 et 6 : Mauvais genres

ECRANS | "Shield of straw" de Takashi Miike. "The Last days on mars" de Ruairí Robinson. "Blue Ruin" de Jeremy Saulnier. "Borgman" d’Alex Van Warmerdam.

Christophe Chabert | Mardi 21 mai 2013

Cannes - Jours 5 et 6 : Mauvais genres

C’est une question qui revient chroniquement sur le tapis concernant les sélections cannoises. Doivent-elles s’ouvrir au cinéma de genre, et éviter ainsi de vivre repliées sur un cheptel d’auteurs qui ont vite fait de s’enfermer dans la formule du film pour festivals ? Il faut reconnaître à Thierry Frémaux d’avoir réussi quelques beaux coups en la matière dans le passé : on se souvient de l’accueil triomphal réservé au Labyrinthe de Pan ou à Drive. Le polar de Takashi Miike devait servir de caution genre au sein de la compétition cette année, mais l’affaire a tourné à l’eau de boudin pure et simple. Shield of straw a même quelque chose d’une grosse erreur de casting, comme un film du marché qui se serait égaré sur le tapis rouge du Grand Théâtre Lumière… Miike est un cinéaste inégal et éclectique, mais au cours de sa longue carrière, on ne l’avait jamais vu

Continuer à lire

Cannes – Jour 4 : psy-folk

ECRANS | "Grand central" de Rebecca Zlotowski. "Jimmy P." d’Arnaud Desplechin. "Inside Llewin Davis" de Joel et Ethan Coen.

Christophe Chabert | Dimanche 19 mai 2013

Cannes – Jour 4 : psy-folk

Le déluge s’est donc abattu sur Cannes. Ce fut un joyeux bordel qui a plongé une partie des festivaliers dans la morosité, ce que l’émeute à l’entrée de la projection presse d’Inside Llewin Davis n’a fait qu’intensifier. Pourtant, ce fut sans doute la plus belle journée en matière de cinéma depuis le début de ce Cannes 2013 ; enfin, a-t-on envie de dire, car jusqu’ici, la compétition n’avait pas tout à fait tenu ses promesses. Avant d’en venir aux deux très gros morceaux de ce samedi, un mot sur Grand central de Rebecca Zlotowski. Histoire d’amour adultère et portrait d’une équipe s’occupant de l’entretien d’une centrale nucléaire, le film reproduit, avec plus d’ambition et de maîtrise, les qualités et les défauts de son précédent Belle épine. Zlotowski aime peindre des environnements forts et y implanter des enjeux intimes, mais les deux ne s’interpénètrent jamais vraiment. Les séquences dans la centrale sont assez impressionnantes, reprenant des codes importés du thriller ou du film d’horreur, et la cinéaste y décrit avec précision

Continuer à lire

Le Passé

ECRANS | Pour son premier film tourné hors d’Iran, Asghar Farhadi prouve à nouveau qu’il est un des cinéastes importants apparus durant la dernière décennie. Mais ce drame du non-dit et du malentendu souffre de la virtuosité de son auteur, un peu trop sûr de son talent. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Samedi 18 mai 2013

Le Passé

Il n’aura pas fallu longtemps à Asghar Farhadi pour devenir la star du cinéma d’auteur mondial. Découvert par les cinéphiles avec le très fort A propos d’Elly, puis couvert de récompenses — ours d’or, césar, oscar — et adoubé par le grand public pour Une séparation, le voilà qui quitte son Iran natal pour tenter l’aventure en français dans le texte avec Le Passé. Il faut rappeler ce qui a fait la force du cinéma de Farhadi : une vision inédite des classes moyennes iraniennes, dont les cas de conscience exposés dans des récits puissants et brillamment construits avaient quelque chose d’universel, et que le cinéaste parvenait à faire vivre grâce à des mises en scènes tendues comme des thrillers. Le Passé peut d’abord  se regarder comme un grand jeu des sept erreurs : qu’est-ce qui reste du Farhadi iranien dans sa version française, et qu’est-ce qui s’en écarte ? La classe moyenne est toujours au centre du récit, mais comme une donnée presque routinière, et le choc des cultures entre un mari iranien et sa femme française, qui plus est vivant avec un nouvel amant d’origine algérienn

Continuer à lire

Cannes - Jour 3 : enfance et partage

ECRANS | "Stop the pounding heart" de Roberto Minervini. "Tel père, tel fils" d’Hirokazu Kore-Eda. "L’Inconnu du lac" d’Alain Guiraudie.

Christophe Chabert | Samedi 18 mai 2013

Cannes - Jour 3 : enfance et partage

En attendant un samedi qui s’annonce salement excitant (avec Desplechin et les frères Coen, rien que ça !), ce vendredi a été frappé par une certaine nonchalance. On a gentiment tenu jusqu’au bout de Stop the pounding heart, qui bénéficie d’une généreuse séance spéciale hors compétition. Ce documentaire autour d’une tribu de Texans qui passent leur temps à faire du rodéo, prier Dieu, tirer avec des armes à feu et traire des chèvres, rejetant tout ce qui pourrait écorner leur système de valeurs archaïques — école, médecine, technologie — est déjà beaucoup trop joli pour être honnête. On a vraiment du mal à croire que le cinéaste (Roberto Minervini) a réussi à tirer autant de poses graciles de la part de ses «interprètes» dont le vocabulaire et l’intelligence avoisinent le zéro pointé, par la seule force de sa patience et de son obstination. Plus encore, la stylisation permanente de l’image et la neutralité du dispositif (ni voix-off, ni interviews) posent sérieusement la question du point de vue de Minervini sur ces mabouls : pense-t-il faire œuvre d’ethnologue en regardant comme une loint

Continuer à lire

Cannes ou le petit air des (h)auteurs

ECRANS | Le festival de Cannes a à peine commencé, et il est déjà temps de pointer les déceptions et les bonnes surprises de sa sélection qui, une fois n’est pas coutume, ne sont pas là où on les attendait. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 17 mai 2013

Cannes ou le petit air des (h)auteurs

Bizarre, bizarre. Alors qu’on attaquait plutôt confiant ce 66e festival de Cannes, sa compétition nous a assez vite brinquebalé d’un sentiment à l’autre, au point de ne plus savoir dès le troisième jour à quel saint se vouer. Ainsi, que pouvait-on attendre du Gatsby le magnifique signé Baz Luhrmann en ouverture ? Pas grand-chose, sinon un film tapis rouge calibré pour monopoliser l’attention et garantir le minimum festif pour lancer la grand-messe cannoise. Surprise, Gatsby vaut infiniment plus que cela, et Luhrmann a réussi à s’emparer de manière fort pertinente du roman de Fitzgerald, cherchant à travers les ruptures de sa mise en scène à en capter les humeurs. De l’euphorie 3D pleine d’anachronismes pop de la première partie à la progressive nudité d’une seconde heure qui plonge dans le mélodrame, mais surtout dans le spleen et les regrets, Gatsby le magnifique enchante et déchante en deux temps et, bien sûr, beaucoup de mouvements — à commencer par ceux, parfaitement dosés, d’un impressionnant Leonardo Di Caprio. À l’inverse, on pouvait légitimement espérer de Fra

Continuer à lire

Cannes - Jour 2 : du vieux avec des jeunes

ECRANS | "Jeune et Jolie" de François Ozon. "The Bling ring" de Sofia Coppola. "A touch of sin" de Jia Zhang-ke.

Christophe Chabert | Jeudi 16 mai 2013

Cannes - Jour 2 : du vieux avec des jeunes

Ce deuxième jour — moins pluvieux que ce qui avait été annoncé — a marqué l’irruption de la jeunesse dans les différentes sélections. Pas la jeunesse des cinéastes, mais la jeunesse comme sujet d’étude. Ce qui, en soi, dit déjà la limite de Jeune et jolie de François Ozon (en compétition) et The Bling ring de Sofia Coppola (en ouverture d’Un certain regard) : deux films qui prétendent faire un point sur la jeunesse contemporaine, mais qui n’en gardent en définitive qu’une matière à dissertation, sentimentalo-cul chez Ozon, sociologique chez Coppola. Jeune et jolie est en cela particulièrement contestable. Il attrape son héroïne, Isabelle (Marine Vacth, très bien, même si le film aurait pu lui ouvrir une palette d’émotions encore plus grande), dix-sept piges, dans la lunette d’une paire de jumelles, sur une plage déserte, en plein bronzage topless. Ozon s’offre un effet de signature très visible par rapport à son œuvre, mais c’est une fausse piste ; pas de voyeurisme là-dedans, mais le portrait en «quatre saisons et quatre ch

Continuer à lire

Cannes - Jour 1 : attention ! film méchant…

ECRANS | "Heli" d’Amat Escalante

Christophe Chabert | Mercredi 15 mai 2013

Cannes - Jour 1 : attention ! film méchant…

Il y a du monde cette année à Cannes. L’explication facile serait de dire que la présence de Steven Spielberg comme président du jury et l’annonce d’une pléthore de stars dans les divers films de la compétition ont attiré le chaland. Il n’a pas été déçu par la disponibilité dudit Spielberg, qui signait des autographes à la sortie de la conférence de presse, puis par la classe internationale d’un Leonardo Di Caprio dont l’étoffe d’acteur mythique, à la hauteur d’un Pacino ou d’un De Niro, se peaufine film après film — et sa prestation grandiose dans Gatsby le magnifique le prouve encore. Il se trouve que, par ailleurs, il pleut cette année à Cannes. Et pas qu’un peu. Le souvenir du déluge tombé lors du premier dimanche de l’édition 2012 est dans toutes les têtes et les prévisions météo n’annoncent rien de bon pour les jours à venir. Le festivalier était donc déjà trempé jusqu’à l’os, et nous avons dû subir notre première longue queue au milieu d’une foule de parapluies serrés pour pouvoir accéder au  film en compétitio

Continuer à lire