Cannes - Jour 1 : attention ! film méchant…

ECRANS | "Heli" d’Amat Escalante

Christophe Chabert | Mercredi 15 mai 2013

Il y a du monde cette année à Cannes. L'explication facile serait de dire que la présence de Steven Spielberg comme président du jury et l'annonce d'une pléthore de stars dans les divers films de la compétition ont attiré le chaland. Il n'a pas été déçu par la disponibilité dudit Spielberg, qui signait des autographes à la sortie de la conférence de presse, puis par la classe internationale d'un Leonardo Di Caprio dont l'étoffe d'acteur mythique, à la hauteur d'un Pacino ou d'un De Niro, se peaufine film après film — et sa prestation grandiose dans Gatsby le magnifique le prouve encore.

Il se trouve que, par ailleurs, il pleut cette année à Cannes. Et pas qu'un peu. Le souvenir du déluge tombé lors du premier dimanche de l'édition 2012 est dans toutes les têtes et les prévisions météo n'annoncent rien de bon pour les jours à venir. Le festivalier était donc déjà trempé jusqu'à l'os, et nous avons dû subir notre première longue queue au milieu d'une foule de parapluies serrés pour pouvoir accéder au  film en compétition de la soirée, Heli du Mexicain Amat Escalante.

Heli a pris d'entrée la place du film pas aimable de la sélection, occupée l'an dernier par Paradis : Amour d'Ulrich Seidl. Pire : après l'épreuve de la pluie, c'est une œuvre incroyablement hostile au spectateur qu'il a fallu subir 1h45 durant. L'impression était donc celle de s'être pris des bassines d'eau sur la tronche, puis de se recevoir un sceau de merde sur la gueule ; on a connu signal de départ plus sympa.

Disons-le d'entrée, Escalante repousse les limites du soutenable au cours d'une séquence particulièrement horrible où deux jeunes gens se font torturer, à coups coups de bâtons répétés avant une immolation de testicules. Il avait toutefois semé, tel le petit Poucet, quelques cailloux sur le chemin avant ce moment paroxystique : un entraînement militaire où l'on doit se rouler dans son propre vomi, puis être suspendu au-dessus d'un puits de merde, ou encore ce pauvre chiot qui se fait tordre le kiki sans sommation.

On l'avait déjà dit à l'époque de Los Bastardos, mais c'est encore plus flagrant ici : Escalante a vraiment la complaisance dans le sang, plaçant dès qu'il le peut une image racoleuse qu'il s'empresse de filmer dix ou vingt secondes de trop. Il y a quelque chose qui ne tourne pas rond au Mexique, se dit-on après avoir déjà enduré les derniers Reygadas — ici producteur — et Michel Franco l'an dernier. On comprend aisément le désespoir des auteurs face à un pays qui s'enfonce dans la corruption et le chaos, mais aussi leur volonté de pointer la racine sociale d'un mal qui pousse même le plus innocent vers la violence et la frustration.

C'est d'ailleurs la piste qui pourrait sauver Heli : Heli lui-même, personnage taciturne, ouvrier modèle, à la fois fils, mari, père et frère dévoué à sa famille pour qui il se sacrifie sans broncher. Placé dans une spirale de brutalité, il va voir tous ses instincts ressurgir, ne pouvant plus réprimer ses sentiments. Au cours de la plus belle scène du film, Escalante laisse les larmes d'Heli couler, dans un moment de tendresse qui crée enfin une réelle identification à l'écran. Mais, incurable, il s'empresse de placer un détail cracra une séquence plus tard — une femme flic qui lui offre gentiment ses nénés et, face à son désintérêt, lui demande s'il n'est pas pédé.

Tout cela est assez désolant, mais c'est peut-être encore ailleurs qu'il faut chercher ce qui agace le plus dans Heli. Sans doute dans cette manière de construire un film sur l'équation "une scène = une information", conduisant à reproduire le schéma éculé de ce cinéma d'auteur mondialisé avec ses scénarios post-it et ses plans totalitaires où il faut toujours tout montrer, abolissant de facto l'idée même de hors champ. Il y a, dans n'importe quel rape and revenge movie — et Heli appartient, l'air de rien, à ce genre-là — un sens plus aiguisé de la montée dramatique, sans volonté de culpabiliser le spectateur mais en lui offrant une expérience vraiment cathartique. Rien de tout ça chez Escalante : une fois la noirceur du monde exposée sous toutes ses coutures, il referme son film sèchement avec le sentiment du devoir accompli. C'est un peu court, car ce mélange d'académisme et de provocation paraît déjà appartenir à un autre siècle…

Demain, il pleuvra encore… Espérons au moins que les films ramèneront un peu de soleil !

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Kids of Kabul : "L'Orphelinat"

Drame | Kaboul, fin des années 1980. Errant dans les rues, Qoadrat vit d’expédients et n’a qu’une passion : les films de Bollywood. Serré par la police, il est expédié dans un orphelinat d’État où, entre rêve et réalité, il assiste aux prémices de la révolution islamique qui va renverser le régime…

Vincent Raymond | Mardi 26 novembre 2019

Kids of Kabul :

Après Wolf and Sheep (1996) — premier opus d’une série qui devrait compter cinq épisodes —, Shahrbanoo Sadat poursuit à hauteur d’adolescent sa relecture de l’histoire afghane contemporaine en changeant à la fois de décor et de style : fini, l’ambiance rurale et aride du conte pastoral, place à un décor urbain plus complexe puisque qu’il encapsule l’univers mental de Qoadrat habité par les “films qu’il se fait”, transpositions des productions bollywoodiennes dont il se gave et devient le héros. En l’intégrant dans des séquences reprenant les codes des comédies musicales héroïsantes indiennes, la réalisatrice signe davantage que d’habiles parodies ou contrefaçons : elle le dote d’un territoire et d’un imaginaire personnels, outrancièrement fictifs mais esthétiquement différents de la fiction tenue pour authentique qu’assènent d’abord les représentants de l’État puis les révolutionnaires. Les premiers colportent le mirage soviétique (avec une jolie propagande et un déplacement dans le pays grand-frère),

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L’Orphelinat

Avant-Première | Deuxième volet d’une ambitieuse série portant sur l’histoire récente de l’Afghanistan, L’Orphelinat décrit, après le rural Wolf and Sheep, la vie d’adolescents (...)

Vincent Raymond | Mardi 19 novembre 2019

L’Orphelinat

Deuxième volet d’une ambitieuse série portant sur l’histoire récente de l’Afghanistan, L’Orphelinat décrit, après le rural Wolf and Sheep, la vie d’adolescents dans une institution de Kaboul. Nourri d’images oniriques empruntées au cinéma bollywoodien, ce film dur et cependant empli de fantaisie est une réussite que vous pourrez partager en avant-première en compagnie de la réalisatrice Shahrbanoo Sadat. L’Orphelinat Au Comœdia ​le mercredi 27 novembre 20h

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Lacunes sur la lagune : "Venise n'est pas en Italie"

Comédie | De Ivan Calbérac (Fr, 1h35) avec Benoît Poelvoorde, Valérie Bonneton, Helie Thonnat…

Vincent Raymond | Mardi 28 mai 2019

Lacunes sur la lagune :

Tout sépare Émile de Pauline, la collégienne dont il est épris : lui vit avec sa famille bohème (les Chamodot) dans une caravane ; elle réside dans la villa cossue de ses parents bourgeois. Quand elle l’invite à Venise pour l’été, Émile se réjouit… brièvement. Car ses parents veulent l’accompagner. En adaptant ici son propre roman lointainement autobiographique (succès en librairie), déjà porté (avec autant de bonheur) par lui-même sur les planches, le sympathique Ivan Calbérac avait en théorie son film tourné d’avance — le fait d’avoir en sus la paire Poelvoorde/Bonneton parmi sa distribution constituant la cerise sur le Lido. Las ! Le réalisateur a jeté dans un grand fait-tout façon pot spaghetti les ingrédients d’une comédie familiale un peu Tuche et d’une romance d’ados un peu Boum, quelques tranches de road movie, un peu d’oignon pour faire pleurer à la fin, nappé le tout d’une sauce Roméo & Juliette. Et puis il a oublié sa gamelle sous le feu des projecteurs. Résultat ? Un bloc hybride et peu digeste, où l’on di

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Tous en chœur ! : "Dans la terrible jungle"

Documentaire | de Caroline Capelle & Ombline Ley (Fr, 1h21) avec Ophélie Lefebvre, Léa Lenoir, Médéric Sergott…

Vincent Raymond | Mercredi 13 février 2019

Tous en chœur ! :

Pendant plusieurs mois, Caroline Capelle & Ombline Ley ont suivi des ados en situation de handicap résidents de l’IME La Pépinière. Tout à la fois galerie de portraits singuliers et portrait d’un groupe uni par la musique, ce film capture le quotidien et l’extraordinaire… Dans la terrible jungle donne à voir au grand public l’immense diversité du monde du handicap. Et il interroge au passage sur ces établissements rassemblant des individus dont le seul point commun est précisément de ne pas être communs : une personne en fauteuil, une autre à la vue basse, une autre encore atteinte d’un trouble du spectre autistique ont des besoins spécifiques et différents deux à deux. Alternant saynètes jouées pour la caméra, conversations d’ados entre eux et instants pris sur le vif parfois spectaculaires — la crise du jeune Gaël, qui se projette dans le décor de toutes ses forces comme un cascadeur désarticulé devant l’air fataliste de son éducateur, risque de faire sourire nerveusement et parler d’elle —, le film trouve dans le

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"The Jane Doe Identity" de André Øvredal : chair inconnue

ECRANS | de André Øvredal (G-B ; E-U, int. -12 ans avec avert., 1h39) avec Emile Hirsch, Brian Cox, Ophelia Lovibond…

Vincent Raymond | Mardi 30 mai 2017

Un médecin-légiste et son fils entreprennent la dissection du corps incroyablement intact d’une jeune inconnue trouvée sur une scène de crime barbare. Peu à peu, d’étranges phénomènes paranormaux interfèrent avec l’autopsie, menaçant leur santé mentale, voire leur vie… Quasi huis clos en quasi temps réel, ce thriller horrifique dissimule sous sa gangue de série B une pulpe complexe, révélant à l’examen d’appétissants composants : traces d’Histoire, extraits de politique, essence de légendes urbaines… À la vérité, c’est la raison d’être du film d’épouvante que de transmuter des éléments sulfureux et de les hybrider avec des germes gothiques pour en tirer des allégories contemporaines : Hawks a ainsi évoqué le communisme dans The Thing (1951), Siegel le conformisme dans Body Snatchers (1956) et Coppola le sida dans son Dracula (1992). André Øvredal crée donc un jeu de piste pour carabins à travers les organes de la malheureuse victime qui montre bien comment l’Homme réagit face à l’irrationnel : l’obscura

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"Orpheline" : critique et entretien avec Arnaud des Pallières

ECRANS | De l’enfance à l’âge adulte, le portrait chinois d’une femme jamais identique et cependant toujours la même, d’un traumatisme initial à un déchirement volontaire. Une œuvre d’amour, de vengeance et d’injustices servie par un quatuor de comédiennes renversantes.

Vincent Raymond | Mardi 28 mars 2017

Enseignante et enceinte, Renée reçoit la visite surprise dans sa classe de la belle Tara, fantôme d’autrefois. Peu après, la police l’arrête, dévoilant devant son époux médusé sa réelle identité, Sandra. Elle qui avait voulu oublier son passé, se le reprend en pleine face : sa jeunesse délinquante, son adolescence perturbée, jusqu’à un drame fondateur. Comme vivre après ça ? Il faut rendre grâce à Arnaud des Pallières d’avoir osé confier à trois actrices aux physionomies différentes le soin d’incarner les avatars successifs d’un unique personnage. Ce parti-pris n’a rien d’un gadget publicitaire ni d’une coquetterie, puisqu’il sert pleinement un propos narratif : montrer qu’une existence est un fil discontinu, obtenu par la réalisation de plusieurs “moi” juxtaposés. À chaque étape, chaque métamorphose en somme, Kiki-Karine-Sandra abandonne un peu d’elle-même, une exuvie la rendant orpheline de son identité passée et l’obligeant à accomplir le deuil de sa propre personne pour évoluer, grandir, s’améliorer. Ce qui n’est pas le cas de son vénéneux génie, l’immarcescible Tara, qui revêt les traits de Gemma Arterton. Brelan de dam

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Chez Jérémy Galvan, le nouvel étoilé par le Michelin

Restaurant | Il y a la première étoile qu’on accroche sur sa combi de ski, dès qu'on sait faire le "chapeau pointu". Et il y a celle qui comble les restaurateurs (et leurs carnets de réservation) qui intègrent, comme Jérémy Galvan, la sélection élitiste d’un célèbre guide rouge.

Adrien Simon | Mardi 14 mars 2017

Chez Jérémy Galvan, le nouvel étoilé par le Michelin

Le Michelin, cette vieille institution, est-il encore LA référence mondiale des guides gastronomiques ? Décalons la question : le débat sur la crédibilité de sa sélection n'est-il pas lui même un peu fatigué ? Le dénigrement du guide rouge (trop élitiste, trop conservateur) participe à revigorer l'événement que constitue encore le dévoilement de son palmarès. Cette année, c'était le 9 février. Et parmi les 70 nouvelles étoiles, les heureux élus lyonnais n'ont guère fait débat : le Miraflores, dans le 6e et Jérémy Galvan, dans le 5e. Si à 50 ans, on ne s’est pas attablé chez un étoilé Michelin, a-t-on raté sa vie ? Sûrement pas. Mais le pouvoir (magique) du Bibendum tient justement dans le fait de rendre fiers à la fois chefs et convives. Quand le client pousse la porte de l'étoilé, il entre chez l'élite, et veut en faire partie aussi. On l'aide avec la belle vaisselle, la pléthore de serveurs, le pain servi à la pince, la serviette du sommelier, et puis la litanie des "bonne dégustation !". Chez Jérémy Galvan, dans le Vieux Lyon, on joue un peu à ce jeu-là. Sans trop en faire cependant : on a remi

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Deux nouveaux étoilés à Lyon

Guide Michelin 2017 | Le célèbre Guide Michelin a attribué aujourd’hui ses étoiles pour l’édition 2017 : à Lyon, Jérémy Galvan et Miraflores (où le chef Carlos Camino propose une (...)

Lisa Dumoulin | Jeudi 9 février 2017

Deux nouveaux étoilés à Lyon

Le célèbre Guide Michelin a attribué aujourd’hui ses étoiles pour l’édition 2017 : à Lyon, Jérémy Galvan et Miraflores (où le chef Carlos Camino propose une cuisine franco-péruvienne) obtiennent chacun un macaron. Ils viennent ainsi grossir les rangs des étoilés lyonnais, qui s’élèvent désormais au nombre de 18, aux côtés de Prairial, Pierre Orsi, L'Auberge de l'Ile Barbe, Au 14 Février, Les Loges, Takao Takano, Les Terrasses de Lyon, Têtedoie, Les Trois Dômes, Le Gourmet de Sèze, L'Alexandrin, Maison Clovis et Le Passe-Temps. Sans oublier les deux étoiles de La Mère Brazier et du Neuvième Art et bien sûr les trois étoiles de Paul Bocuse. Bon appétit ! Jérémy Galvan : 29 rue du Boeuf, Lyon 5e Miraflores : 60 Rue Garibaldi, Lyon 6e

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Ruptures de ton

SCENES | À 40 ans, toujours vieux garçon, Yaacobi se réveille, envoie valdinguer sa partie de dominos et ses tee-parties sur le balcon de son ami Leidental qu'il (...)

Nadja Pobel | Mardi 20 janvier 2015

Ruptures de ton

À 40 ans, toujours vieux garçon, Yaacobi se réveille, envoie valdinguer sa partie de dominos et ses tee-parties sur le balcon de son ami Leidental qu'il congédie sans ménagement car «cet homme est un bouchon, il empêche la vie de s'écouler». Yaacobi ne pense qu'à rattraper le temps perdu. Donc s'accrocher aux fesses de la première femme croisée au hasard, Laurence Besson, souvent vue sur les planches du TNP car elle appartient à sa troupe permanente, comme d'autres membres de cette jeune compagnie du Vieux Singe. Le premier mérite de ce travail est de porter à la connaissance du public l'écriture de l’Israélien Hanokh Levin, décédé prématurément en 1999. Fin observateur de nos petites misères et grandes solitudes, l'auteur sait transformer une matière sociologique en objet caustique, drôle, tendre et cruel à la fois, n'épargnant pas les croyances des hommes (et c'est plus que salutaire en ces temps malades) ; s'adressant à Dieu, Yaacobi s'agace : «il est temps que tu me donnes quelque chose de tangible, de palpable, de réel». Sans jamais les engluer dans le réalisme, Levin teinte ses personnage

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Beau tirage

MUSIQUES | Le récent trépas de Framboisier, le coureur permanenté qui tenait le micro des Musclés, est l'occasion de rappeler que sous leurs chemises criardes – à en (...)

Benjamin Mialot | Mardi 13 janvier 2015

Beau tirage

Le récent trépas de Framboisier, le coureur permanenté qui tenait le micro des Musclés, est l'occasion de rappeler que sous leurs chemises criardes – à en décoller la rétine de Magnum lui-même – se cachaient de fieffés salopiots. Une chanson en particulier est révélatrice de leur méconnue gaillardise : Son petit chat, sérénade dont les tournures félines sont autant de sous-entendus vénériens. Les rires des Bordelais de Cliché, énièmes ambassadeurs de la pop en français dans le texte dont bruissent les années 2010, ne se sont probablement jamais mêlés à ceux qui alourdissaient les frasques du backing band de Dorothée. Pas chat, le morceau qui clôt leur premier EP éponyme, sonnerait pourtant presque comme un hommage, s'il n'était aussi délicat et candide, dans son verbe («dans les pelages du monde, je plongerai mes doigts») comme dans sa partition (jeux de contraires vocaux à la Gainsbourg, patine burgalatienne et quelques miaulements chipés à Grandaddy). Car chez Cliché – un nom qui est autant un pied-de-nez qu'un aveu – ce n'est pas dans le jus de merguez que l'on fraie, mais dans l'eau de rose, combustible raffiné de tubes (

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Heli

ECRANS | D’Amat Escalante (Mex-Fr, 1h45) avec Armando Espitia, Andrea Vergara…

Christophe Chabert | Mardi 8 avril 2014

Heli

Heli, ouvrier, mari, père, fils et frère modèle, va être entraîné dans une spirale de violence mettant en cause gangs et police, tout ça parce que sa sœur a eu le malheur de fréquenter un flic ripou acoquiné avec des trafiquants de drogue. Spirale de violence : c’est un doux euphémisme tant Amat Escalante ne lésine pas sur les images atroces — pendaison, torture à coups de bâtons avant immolation de testicules et, spéciale dédicace à Brigitte Bardot, chiot au cou brisé. Pourtant, le film est plus intenable qu’insoutenable : Heli propose une sorte de version auteuriste d’un torture porn ou d’un rape and revenge movie, noyant le genre dans des séquences collées les unes aux autres comme des post-it interchangeables, où rien ne doit échapper au regard d’un cinéaste qui abolit le hors champ pour une complaisance évidente grossièrement déguisée en colère contre la société mexicaine. Preuve en est, dès qu’il peut faire un "beau" plan, il ne s’en prive pas, comme celui où le trajet d’une voiture épouse parfaitement les courbes d’une dune de sable au crépuscule… Escalante se regarde filmer et oublie de regarder ce qu’il filme : paradoxe absurde d’un fi

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¡ Feliz cumpleaños, les Reflets !

ECRANS | L’air de rien, les Reflets du cinéma ibérique et latino-américain du Zola fêtent cette année leur trentième édition. Une endurance remarquable qui ne s’accompagne (...)

Christophe Chabert | Mardi 18 mars 2014

¡ Feliz cumpleaños, les Reflets !

L’air de rien, les Reflets du cinéma ibérique et latino-américain du Zola fêtent cette année leur trentième édition. Une endurance remarquable qui ne s’accompagne d’aucun signe visible d’embourgeoisement. Au contraire : le festival affiche une santé insolente qui se traduit par une moisson de films très excitants. Ne reparlons pas de ceux que l’on a déjà défendus ici (Les Bruits de Recife, Gloria, Rêves d’or et Les Sorcières de Zugarramurdi, même si ce n’est pas le meilleur De La Iglesia) ; attardons-nous plutôt sur quelques inédits fort alléchants, comme cette jolie brochette espagnole qui réunit Martin Manuel Cuenca et son Cannibal, avec son tailleur assassin et amoureux, Enrique Urbizu et son th

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Vandal

ECRANS | D’Hélier Cisterne (Fr, 1h23) avec Zinedine Benchedine, Chloé Lecerf, Emile Berling…

Christophe Chabert | Mardi 1 octobre 2013

Vandal

Chérif, ado à problème, est envoyé à Strasbourg pour passer son CAP de maçon, où il est accueilli par son oncle pète-sec — un Jean-Marc Barr très bear — et où il retrouve son père démissionnaire mais sympa — étonnant Ramzy. Il découvre alors, fasciné, que son cousin, sous ses allures de gentil garçon propret, fait partie d’un collectif de graffeurs sévissant la nuit sous le pseudo de Ork, à la recherche de leur rival sans visage, Vandal. Auteur d’un court-métrage magnifique — Les Paradis perdus — Hélier Cisterne signe un premier long qui ressemble un peu trop à un premier long français : un récit d’initiation que l’on essaye de renouveler par son background plus que dans sa mécanique. C’est bien le problème : le scénario est vraiment trop appliqué, si scolaire que l’on a toujours une bonne longueur d’avance sur les événements. En revanche, Vandal possède une belle énergie dans sa mise en scène, que ce soit celle de ses jeunes comédiens, excellents, ou celle qui se dégage des scènes de graff, portées par une musique spatiale et emportées par l

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Avignon - Jour 2 - Tous azimuts

SCENES | "Ping Pang Qiu", "Orphelins" et "Concerto pour deux clowns".

Nadja Pobel | Vendredi 12 juillet 2013

Avignon - Jour 2 - Tous azimuts

Il nous a fallu laisser Angelica Liddell sur le côté pour enfin attaquer le Off du festival. Mais l'Espagnole n'est pas du genre qu'on oublie : récemment, son texte Belgrade avait résonné d'une manière absolument bouleversante au Théâtre des Ateliers,  grâce au collectif La Meute, et nous attendons depuis que cette création soit diffusée pour vous en parler plus longuement. À Avignon, elle met en scène ses propres textes, dont Ping Pang Qiu, dont le nom fait référence à la "diplomatie du ping-pong" - un échange de joueurs entre la Chine et les États-Unis dans les années 70, grâce auxquels les deux pays entretiennent depuis de bons rapports économiques, tant qu'il n'est pas question de droits de l'homme. Un travail documentaire à quatre voix, parfois trop délirant (le final où tout le monde se jette des nouilles chinoises à la figure) mais bien souvent instructif et intransigeant avec une Chine plus aimée que dénoncée.  De son côté, la comédienne Valérie Marinese, déjà aperçue au Théâtre de l'Elysée à Lyon joue dans Oprhelins, une très bonne pièce d'un dramaturge anglais contemporain, Den

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Cannes, à la Vie, à l’amour…

ECRANS | En couronnant ce qui est incontestablement le meilleur film de la compétition, "La Vie d’Adèle" d’Abdellatif Kechiche, Steven Spielberg et son jury ont posé un beau point final à un 66e festival de Cannes passionnant en son centre, sinon dans ses périphéries. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 27 mai 2013

Cannes, à la Vie, à l’amour…

Y croyait-on vraiment ? Imaginait-on Steven Spielberg se lever de sa chaise durant la cérémonie du palmarès cannois pour annoncer, du haut de sa stature de cinéaste mondialement reconnu et présentement président du jury, la Palme à La Vie d’Adèle d’Abdellatif Kechiche, chef-d’œuvre du naturalisme à la française relatant la passion entre Adèle et Emma à coups de grands blocs de réalité réinventée, des premiers regards à la dernière étreinte en passant par de longs moments d’intimité physique ? C’est pourtant ce qui s’est passé, et on en est encore ému. Car si La Vie d’Adèle n’était pas notre film préféré de la compétition — on dira lequel plus tard — c’était d’évidence le meilleur, le plus incontestablement ample et abouti, le plus furieusement contemporain, que ce soit dans sa matière romanesque, ses personnages ou son dispositif. Kechiche est aujourd’hui l’héritier direct de Pialat, même s’il développe aussi sa propre singularité et même si, avec ce film-là, il dévoile sa part la moins sombre, la plus solaire, comme une antithèse absolue de son précédent et terrible

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Cannes – Jour 10 : Bouquet final

ECRANS | "The Immigrant" de James Gray. "Only lovers left alive" de Jim Jarmusch. "La Vénus à la fourrure" de Roman Polanski.

Christophe Chabert | Samedi 25 mai 2013

Cannes – Jour 10 : Bouquet final

Au moment où n’importe quel festivalier voit apparaître sur son visage des rides de fatigue qui le font ressembler à Bruce Dern dans Nebraska, il fallait pourtant se ressaisir d’urgence, car Thierry Frémaux, dans un hallucinant tir groupé final, avait placé en fin de compétition de très gros morceaux signés par de très grands cinéastes. C’est d’ailleurs à l’aune de cette attente, pour le coup gigantesque, que The Immigrant de James Gray a déçu. Attention, tout de même… Gray, dont les quatre derniers films ont tous été présentés en compétition, y a systématiquement récolté les mêmes commentaires perplexes ou frustrés, avant que lesdits films, à leur sortie, ne reçoivent un accueil enthousiaste d’une presse ayant revu son jugement à la hausse, et de spectateurs qui ont l’avantage considérable de ne pas s’être empiffré 35 films en dix jours. Mais la déception est soigneusement entretenue par Gray lui-même. En effet, The Immigrant part sur une piste qu’on identifie immédiatement comme coppolienne façon Parrain 2. Plan sur la stat

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Cannes – Jour 9 : Une certaine idée de la langueur

ECRANS | "Nebraska" d’Alexander Payne. "Michael Kohlhaas" d’Arnaud Des Pallières. "Magic Magic" de Sebastian Silva.

Christophe Chabert | Vendredi 24 mai 2013

Cannes – Jour 9 : Une certaine idée de la langueur

Jeudi matin, tout le monde était encore sous le choc de La Vie d’Adèle. Comme pour Holy motors l’an dernier, un film se plaçait soudain au centre de toutes les attentions. Plus encore qu’Holy motors l’an dernier, La Vie d’Adèle rassemblait peu à peu tous les festivaliers, presse, exploitants et finalement public lors d’une ultime projection qui se terminait vers une heure du matin par quinze minutes de standing ovation — record cannois en 2013. Dur dur de passer derrière, et c’est Alexander Payne qui en a fait les frais. Ça aurait pu être pire, car Nebraska est une toute petite chose, un feel good movie qui n’a pas l’ambition de Sideways et de The Descendants — d’ailleurs, Payne, scénariste prodigieux, n’en a pas écrit le sc

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Cannes – Jour 8 : Amour (encore)

ECRANS | "All is lost" de J.C. Chandor. "La Vie d’Adèle" d’Abdellatif Kechiche

Christophe Chabert | Vendredi 24 mai 2013

Cannes – Jour 8 : Amour (encore)

Sommes-nous fatigués ? Même pas ! Alors que l’on en est à déjà trente films vus lors de ce festival de Cannes, la journée du mercredi nous a remis de l’essence dans le moteur. Bien sûr, il a fallu passer au réveil par l’inutile Only god forgives d’un Nicolas Winding Refn qui a pris un gros melon et se regarde filmer en roue libre. La douche froide festivalière réservée à son film devrait le faire vite revenir sur terre. Ce fut d’autant plus dingue d’enchaîner avec l’inattendu All is lost de J.C. Chandor, qui possède l’ambition énorme d’être constamment modeste. Chandor, révélé par Margin call, huis clos plutôt bavard et théâtral, en prend ici le contre-pied parfait : entièrement en extérieurs, avec un seul acteur et pour tout dialogue trois mots : «God», «Fuck» et «Help». Avec tout cela, il arrive à faire un grand spectacle qui, exploit, n’utilise aucune des cordes du blockbuster contemporain. C’est pourtant un film catastrophe dans la pl

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Cannes - Jour 7. Le Queer lui va si bien...

ECRANS | "Behind the candelabra" de Steven Soderbergh. "As I lay dying" de James Franco. "Grigris" de Mahamat-Saleh Haroun. "Les Salauds" de Claire Denis.

Christophe Chabert | Jeudi 23 mai 2013

Cannes - Jour 7. Le Queer lui va si bien...

Judicieusement placé en plein milieu de la compétition, le dernier film (le dernier ?) de Steven Soderbergh, Behind the candelabra, nous a redonné de l’énergie pour terminer le festival. C’est un film champagne mais c’est aussi, comme Gatsby et La Grande Bellezza, un film qui inclut dans son programme sa propre gueule de bois. Pourquoi Soderbergh tenait-il tant à ce biopic du pianiste excentrique et homo Liberace, sorte de Clayderman de Las Vegas, certes talentueux mais surtout très doué pour faire la retape de sa propre image, showman avéré mais dont la vie privée a été soigneusement falsifiée pour ne pas effrayer son fan club de mamies pudibondes. C’est par cet angle (mort)-là que Soderbergh choisit de raconter Liberace : son jeune amant Scott, tombé sous le charme de ce sexagénaire qui refuse de vieillir et qui va le transformer en portrait de Dorian Gray vivant ; pendant qu’il

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Cannes - Jours 5 et 6 : Mauvais genres

ECRANS | "Shield of straw" de Takashi Miike. "The Last days on mars" de Ruairí Robinson. "Blue Ruin" de Jeremy Saulnier. "Borgman" d’Alex Van Warmerdam.

Christophe Chabert | Mardi 21 mai 2013

Cannes - Jours 5 et 6 : Mauvais genres

C’est une question qui revient chroniquement sur le tapis concernant les sélections cannoises. Doivent-elles s’ouvrir au cinéma de genre, et éviter ainsi de vivre repliées sur un cheptel d’auteurs qui ont vite fait de s’enfermer dans la formule du film pour festivals ? Il faut reconnaître à Thierry Frémaux d’avoir réussi quelques beaux coups en la matière dans le passé : on se souvient de l’accueil triomphal réservé au Labyrinthe de Pan ou à Drive. Le polar de Takashi Miike devait servir de caution genre au sein de la compétition cette année, mais l’affaire a tourné à l’eau de boudin pure et simple. Shield of straw a même quelque chose d’une grosse erreur de casting, comme un film du marché qui se serait égaré sur le tapis rouge du Grand Théâtre Lumière… Miike est un cinéaste inégal et éclectique, mais au cours de sa longue carrière, on ne l’avait jamais vu

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Cannes – Jour 4 : psy-folk

ECRANS | "Grand central" de Rebecca Zlotowski. "Jimmy P." d’Arnaud Desplechin. "Inside Llewin Davis" de Joel et Ethan Coen.

Christophe Chabert | Dimanche 19 mai 2013

Cannes – Jour 4 : psy-folk

Le déluge s’est donc abattu sur Cannes. Ce fut un joyeux bordel qui a plongé une partie des festivaliers dans la morosité, ce que l’émeute à l’entrée de la projection presse d’Inside Llewin Davis n’a fait qu’intensifier. Pourtant, ce fut sans doute la plus belle journée en matière de cinéma depuis le début de ce Cannes 2013 ; enfin, a-t-on envie de dire, car jusqu’ici, la compétition n’avait pas tout à fait tenu ses promesses. Avant d’en venir aux deux très gros morceaux de ce samedi, un mot sur Grand central de Rebecca Zlotowski. Histoire d’amour adultère et portrait d’une équipe s’occupant de l’entretien d’une centrale nucléaire, le film reproduit, avec plus d’ambition et de maîtrise, les qualités et les défauts de son précédent Belle épine. Zlotowski aime peindre des environnements forts et y implanter des enjeux intimes, mais les deux ne s’interpénètrent jamais vraiment. Les séquences dans la centrale sont assez impressionnantes, reprenant des codes importés du thriller ou du film d’horreur, et la cinéaste y décrit avec précision

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Le Passé

ECRANS | Pour son premier film tourné hors d’Iran, Asghar Farhadi prouve à nouveau qu’il est un des cinéastes importants apparus durant la dernière décennie. Mais ce drame du non-dit et du malentendu souffre de la virtuosité de son auteur, un peu trop sûr de son talent. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Samedi 18 mai 2013

Le Passé

Il n’aura pas fallu longtemps à Asghar Farhadi pour devenir la star du cinéma d’auteur mondial. Découvert par les cinéphiles avec le très fort A propos d’Elly, puis couvert de récompenses — ours d’or, césar, oscar — et adoubé par le grand public pour Une séparation, le voilà qui quitte son Iran natal pour tenter l’aventure en français dans le texte avec Le Passé. Il faut rappeler ce qui a fait la force du cinéma de Farhadi : une vision inédite des classes moyennes iraniennes, dont les cas de conscience exposés dans des récits puissants et brillamment construits avaient quelque chose d’universel, et que le cinéaste parvenait à faire vivre grâce à des mises en scènes tendues comme des thrillers. Le Passé peut d’abord  se regarder comme un grand jeu des sept erreurs : qu’est-ce qui reste du Farhadi iranien dans sa version française, et qu’est-ce qui s’en écarte ? La classe moyenne est toujours au centre du récit, mais comme une donnée presque routinière, et le choc des cultures entre un mari iranien et sa femme française, qui plus est vivant avec un nouvel amant d’origine algérienn

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Cannes - Jour 3 : enfance et partage

ECRANS | "Stop the pounding heart" de Roberto Minervini. "Tel père, tel fils" d’Hirokazu Kore-Eda. "L’Inconnu du lac" d’Alain Guiraudie.

Christophe Chabert | Samedi 18 mai 2013

Cannes - Jour 3 : enfance et partage

En attendant un samedi qui s’annonce salement excitant (avec Desplechin et les frères Coen, rien que ça !), ce vendredi a été frappé par une certaine nonchalance. On a gentiment tenu jusqu’au bout de Stop the pounding heart, qui bénéficie d’une généreuse séance spéciale hors compétition. Ce documentaire autour d’une tribu de Texans qui passent leur temps à faire du rodéo, prier Dieu, tirer avec des armes à feu et traire des chèvres, rejetant tout ce qui pourrait écorner leur système de valeurs archaïques — école, médecine, technologie — est déjà beaucoup trop joli pour être honnête. On a vraiment du mal à croire que le cinéaste (Roberto Minervini) a réussi à tirer autant de poses graciles de la part de ses «interprètes» dont le vocabulaire et l’intelligence avoisinent le zéro pointé, par la seule force de sa patience et de son obstination. Plus encore, la stylisation permanente de l’image et la neutralité du dispositif (ni voix-off, ni interviews) posent sérieusement la question du point de vue de Minervini sur ces mabouls : pense-t-il faire œuvre d’ethnologue en regardant comme une loint

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Cannes ou le petit air des (h)auteurs

ECRANS | Le festival de Cannes a à peine commencé, et il est déjà temps de pointer les déceptions et les bonnes surprises de sa sélection qui, une fois n’est pas coutume, ne sont pas là où on les attendait. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 17 mai 2013

Cannes ou le petit air des (h)auteurs

Bizarre, bizarre. Alors qu’on attaquait plutôt confiant ce 66e festival de Cannes, sa compétition nous a assez vite brinquebalé d’un sentiment à l’autre, au point de ne plus savoir dès le troisième jour à quel saint se vouer. Ainsi, que pouvait-on attendre du Gatsby le magnifique signé Baz Luhrmann en ouverture ? Pas grand-chose, sinon un film tapis rouge calibré pour monopoliser l’attention et garantir le minimum festif pour lancer la grand-messe cannoise. Surprise, Gatsby vaut infiniment plus que cela, et Luhrmann a réussi à s’emparer de manière fort pertinente du roman de Fitzgerald, cherchant à travers les ruptures de sa mise en scène à en capter les humeurs. De l’euphorie 3D pleine d’anachronismes pop de la première partie à la progressive nudité d’une seconde heure qui plonge dans le mélodrame, mais surtout dans le spleen et les regrets, Gatsby le magnifique enchante et déchante en deux temps et, bien sûr, beaucoup de mouvements — à commencer par ceux, parfaitement dosés, d’un impressionnant Leonardo Di Caprio. À l’inverse, on pouvait légitimement espérer de Fra

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Cannes - Jour 2 : du vieux avec des jeunes

ECRANS | "Jeune et Jolie" de François Ozon. "The Bling ring" de Sofia Coppola. "A touch of sin" de Jia Zhang-ke.

Christophe Chabert | Jeudi 16 mai 2013

Cannes - Jour 2 : du vieux avec des jeunes

Ce deuxième jour — moins pluvieux que ce qui avait été annoncé — a marqué l’irruption de la jeunesse dans les différentes sélections. Pas la jeunesse des cinéastes, mais la jeunesse comme sujet d’étude. Ce qui, en soi, dit déjà la limite de Jeune et jolie de François Ozon (en compétition) et The Bling ring de Sofia Coppola (en ouverture d’Un certain regard) : deux films qui prétendent faire un point sur la jeunesse contemporaine, mais qui n’en gardent en définitive qu’une matière à dissertation, sentimentalo-cul chez Ozon, sociologique chez Coppola. Jeune et jolie est en cela particulièrement contestable. Il attrape son héroïne, Isabelle (Marine Vacth, très bien, même si le film aurait pu lui ouvrir une palette d’émotions encore plus grande), dix-sept piges, dans la lunette d’une paire de jumelles, sur une plage déserte, en plein bronzage topless. Ozon s’offre un effet de signature très visible par rapport à son œuvre, mais c’est une fausse piste ; pas de voyeurisme là-dedans, mais le portrait en «quatre saisons et quatre ch

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Cannes, l’exception française…

ECRANS | De quoi le 66e festival de Cannes (du 15 au 26 mai) sera-t-il fait ? Les films français et américains trustent majoritairement les sélections, les grands cinéastes sont au rendez-vous de la compétition et les sections parallèles promettent leur lot de découvertes… Pendant ce temps, en coulisses, le cinéma hexagonal s’agite et s’inquiète. Christophe Chabert

François Cau | Mardi 14 mai 2013

Cannes, l’exception française…

Alors que débute le 66e festival de Cannes – avec en ouverture la version Baz Luhrmann, attendue comme kitsch et mélodramatique, de Gatsby le magnifique – le cinéma français est en émoi. Après l’adoption de la nouvelle convention collective fixant la rémunération des techniciens, les syndicats de producteurs indépendants et une poignée de cinéastes sont montés au créneau pour protester contre ce texte qu’ils jugent mortel pour une partie des films produits dans l’hexagone. Comme si cela ne suffisait pas, la Commission européenne s’apprête à négocier de nouveaux accords de libéralisation commerciale avec les États-Unis, pour lesquels la question de l’exception culturelle serait dans la balance. Autant dire que ce qui s’annonçait comme une belle fête pourrait s’avérer plus houleuse que prévue… Sans parler de la crise, cette foutue crise dont les effets devraient aussi se faire sentir du côté du marché du film, sinon dans le nombre de festivaliers accrédités. Promesses pour une grand-messe

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Mine de rien

ARTS | A l’occasion de deux expositions (Laurence Cathala à la Fondation Bullukian et "Le Dessin en couleurs" à la galerie Descours), nous avons voulu nous pencher sur le dessin. Le sujet est très à la mode, voire tarte à la crème. Aussi, pour lui redonner sa singularité, avons-nous donné la parole à plusieurs artistes lyonnais. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 18 avril 2013

Mine de rien

Dans une lettre datée du 8 septembre 1888, Vincent Van Gogh écrit : «Qu’est-ce que dessiner, comment y arrive-t-on ? C’est l’action de se frayer un passage à travers un mur de fer invisible qui semble se trouver entre ce que l’on sent et ce que l’on peut. Comment doit-on traverser ce mur ? Car il ne sert à rien d’y frapper fort. On doit miner le mur et le traverser à la mine, lentement et avec patience». Quand Christian Lhopital parle de la «légèreté du dessin», opposé au poids de la peinture, peut-être est-ce aussi pour ne pas frapper trop fort, asséner, aliéner. Même quand l’artiste lyonnais crée concrètement sur des murs, il préfère le crayon au pinceau, le jeu sur l’opposition de quelques valeurs plutôt que sur toutes les couleurs. «Un dessin ne doit jamais être lourd ou besogneux. Au fil du temps, l’habileté de la pratique nourrit cette entière liberté, cette puissance de possibilités de ce qui se passe sur l’espace blanc de la feuille de papier. Plus je dessine, plus je suis libre» dit-il. «Bing image à peine presque jamais une seconde temps sidéral bleu et blanc au vent »

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Elle greffe le rire à la nuit

ARTS | La galerie Jean-Louis Mandon présente une vingtaine de dessins, comme autant de nuits énigmatiques et ouvertes à l’éclosion de jours singuliers, de la jeune artiste lyonnaise Blanche Berthelier. Une très belle rencontre avec une œuvre en devenir. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Dimanche 24 mars 2013

Elle greffe le rire à la nuit

«Travaux de liasse et de liesse, ils se délivrent selon la famine, selon l’altercation de mondes tournoyants qui s’engendrent, se détruisent… et si, de la fermentation de leurs grappes pressées surgit la foudre, elle greffe le rire à la nuit…» Citer Jacques Dupin (L’Ecoute) parce que c’est notre lecture du moment, citer Jacques Dupin parce qu’aussi nombre de ses poèmes résonnent étrangement avec les terres sombres, les mondes vibratiles, les grappes noires, les écorces et les nuits transfigurées que fait éclore puis, très vite, se refermer Blanche Berthelier dans ses dessins (au fusain ou à l’encre de Chine, sur de petits ou de grands formats). Après avoir fait gicler à grands traits de la peinture sur de grandes feuilles, dans des gestes explosifs et spontanés, l’artiste (vivant à Lyon et née en 1982) a voulu, plus patiemment, «faire apparaître des formes et des figures. Je ne sais pas ce que cela représente exactement et j’aime qu’on ait l’impression de reconnaître quelque chose sans savoir vraiment de quoi il s’agit. D’où l’importance aussi du noir et blanc qui fait immédiatement rupture a

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Coupable, forcément coupable…

ECRANS | En 1961, Elio Petri, jusqu’ici scénariste, signe son premier film en tant que réalisateur, L’Assassin. Débuts prometteurs, même si Petri n’a pas encore abouti (...)

Christophe Chabert | Jeudi 14 juin 2012

Coupable, forcément coupable…

En 1961, Elio Petri, jusqu’ici scénariste, signe son premier film en tant que réalisateur, L’Assassin. Débuts prometteurs, même si Petri n’a pas encore abouti pleinement ce qui fera par la suite la force de son cinéma. Un matin, la police vient arrêter Nello Poletti, antiquaire friqué, hautain et magouilleur (Marcello Mastroianni). On l’accuse du meurtre de sa maîtresse (Micheline Presle), mais lui clame son innocence. Ce pourrait être une fable kafkaïenne sur les méthodes arbitraires de la police (qui en prend pour son grade, toutefois), mais Petri et ses co-scénaristes (dont Tonino Guerra et Pasquale Festa Campanile) ont une autre idée en tête. Car si Nello est innocent du crime dont on l’accuse, chaque retour sur les lieux où il vécut cette liaison révèle une culpabilité plus profonde, plus morale : celle d’un possédant pour qui les femmes n’ont pas plus de valeur que les objets qu’il revend, et qui peuvent donc être sacrifiées si celles-ci troublent le cours de son existence. L’idée, très forte, de faire de Nello une victime (d’une machine étatique soucieuse d’efficacité) mais aussi un salaud forcé de reconnaître ses torts, circulera ensuite dans les

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L’Orphelinat

ECRANS | de Juan Antonio Bayona (Espagne, 1h47) avec Belen Rueda, Fernando Cayo…

Dorotée Aznar | Vendredi 29 février 2008

L’Orphelinat

Critique / Impossible de parler de L’Orphelinat sans évoquer son fulgurant succès public en Espagne : imaginez chez nous un film fantastique français trustant les hauteurs du box-office pendant de longues semaines, puis se retrouvant nommé dans toutes les catégories aux Césars ? Ce prodige-là est bien sûr le fruit d’une véritable culture du cinéma de genre local auprès des spectateurs, mais aussi du culot des producteurs et des distributeurs, associé au talent d’un jeune cinéaste de 32 ans qui, pour sa première œuvre, démontre une étourdissante maîtrise de la mise en scène. Certes. Mais L’Orphelinat est aussi la synthèse brillante et un peu facile de dix années de recherche où des cinéastes singuliers se sont réappropriés les codes du cinéma fantastique pour leur donner une nouvelle jeunesse. Cette relecture en forme de best of, Bayona prend soin de l’adresser, in fine, au plus large public, gommant le pessimisme qui règne en général dans le fantastique espagnol (mais on ne racontera pas la fin !). Il y a donc une mère et son fils dans une maison hantée, comme dans Les Autres ; des enfants fantômes qui communiquent avec des jeux effrayants comme d

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