Cannes – Jour 8 : Amour (encore)

ECRANS | "All is lost" de J.C. Chandor. "La Vie d’Adèle" d’Abdellatif Kechiche

Christophe Chabert | Vendredi 24 mai 2013

Sommes-nous fatigués ? Même pas ! Alors que l'on en est à déjà trente films vus lors de ce festival de Cannes, la journée du mercredi nous a remis de l'essence dans le moteur. Bien sûr, il a fallu passer au réveil par l'inutile Only god forgives d'un Nicolas Winding Refn qui a pris un gros melon et se regarde filmer en roue libre. La douche froide festivalière réservée à son film devrait le faire vite revenir sur terre.

Ce fut d'autant plus dingue d'enchaîner avec l'inattendu All is lost de J.C. Chandor, qui possède l'ambition énorme d'être constamment modeste. Chandor, révélé par Margin call, huis clos plutôt bavard et théâtral, en prend ici le contre-pied parfait : entièrement en extérieurs, avec un seul acteur et pour tout dialogue trois mots : «God», «Fuck» et «Help». Avec tout cela, il arrive à faire un grand spectacle qui, exploit, n'utilise aucune des cordes du blockbuster contemporain. C'est pourtant un film catastrophe dans la plus belle tradition du genre, mais une catastrophe circonscrite à un tout petit point au milieu de l'océan : un homme dont le voilier heurte un container et dont le naufrage n'est plus qu'une question de jours.

On peut voir All is lost au moins de trois manières différentes, toutes passionnantes : la plus évidente, c'est donc ce film de survie réduit à ses données les plus élémentaires. Par instants, on a l'impression d'un pitch de Roland Emerich tourné par Alain Cavalier. La première partie notamment montre cet homme sans nom ne jamais céder à la panique, pour déployer à la place un sang-froid et un professionnalisme que Chandor traduit à l'écran par une attention soutenue au moindre de ses gestes. Faire un nœud pour jeter l'ancre, colmater la brèche dans l'embarcation en fabriquant une colle artisanale, tenter de réparer la radio de bord : action, action, action, pas un mot, juste la précision et la méticulosité pour accomplir un objectif.

Deuxième piste, qui découle de tout cela : All is lost est un documentaire sur l'acteur Robert Redford au travail. De tous les dinosaures de Hollywood, Redford est sans doute celui qui, ces dernières années, s'était le plus mis en retrait de la caméra, lui préférant son rôle de réalisateur (inégal) et celui de patron du festival de Sundance. Chandor vient rappeler à point nommé que Redford est en fait un géant du niveau d'Hoffman, De Niro et Pacino. Tout le film tient sur ses épaules, ses mains et son visage, dans une démonstration d'expressivité et d'efficacité au bas mot hallucinante. Chandor le lui rend bien : jamais œuvre n'avait offert un écrin aussi singulier au talent d'un comédien.

Dernière bouée lancée au spectateur : un remake particulièrement retors de Margin call. Qu'est-ce qui déclenche l'accident ? Ce fameux container rempli de chaussures made in China, abandonné en plein océan comme une perte dérisoire au regard d'une production qu'on imagine délirante. Plus tard, Chandor filera à nouveau la métaphore : pendant qu'un homme est en train de sombrer, les affaires continuent, indifférentes à la souffrance et aux appels à l'aide, comme un flux constant que rien ne doit venir ralentir. Au didactisme de Margin call, Chandor préfère ici l'allusion discrète, mais cela ne change absolument rien au fond de sa démarche. Un auteur est né !

Cette année, le festival de Cannes a donné lieu à plusieurs conflits larvés entre les critiques : le Sorrentino, notamment, a cristallisé beaucoup de débats, même si on se rendait compte au fil du temps que les détracteurs les plus acharnés du film n'avaient même pas daigné aller le voir ! Ceux-là qui, sérieusement, traitaient Serge Bozon de génie et son dernier film, Tip Top, de meilleur du festival — on leur renvoie l'ascenseur, impossible de trouver le courage pour aller se farcir la nouvelle livraison du réalisateur de l'immonde La France. Bref, l'unanimité ne semblait pas se profiler à l'horizon, jusqu'à ce qu'Abdellatif Kechiche débarque avec sa Vie d'Adèle, provoquant une communion critique comme on n'en avait pas vu depuis longtemps à Cannes.

Alors oui, La Vie d'Adèle est un chef-d'œuvre, encore plus fort que les précédents Kechiche, en tout cas plus solaire et moins noué. Après avoir vidé un abcès de noirceur jusqu'à l'ultime goutte de pus dans Vénus noire, Kechiche s'empare d'un roman graphique à succès (Le Bleu est une couleur chaude) pour filmer une vraie grande histoire d'amour. Où l'on fait la connaissance d'Adèle, lycéenne passionnée de littérature classique, à l'aube de ses premiers émois sentimentaux. Tout devrait se passer comme prévu, avec un camarade plutôt bien sous tous rapports qui lui fait perdre, sans drame, sa virginité. Mais un regard échangé avec Emma, une mystérieuse fille aux cheveux bleus, puis un baiser langoureux avec une copine de son lycée, l'amènent à se demander si, en fait, elle ne préfère pas le sexe opposé.

Intuition confirmée lorsqu'elle recroise Emma, avec qui elle va nouer une passion charnelle intense, puis partager sa vie. Le génie de Kechiche, c'est de raconter cet amour en laissant planer dans chaque scène la menace de son échec : on ne sait jamais d'où viendra la rupture, car celle-ci peut surgir de partout. De la différence sociale entre les deux filles (l'une venant d'une famille prolo, l'autre ayant pour mère et beau-père deux bobos progressistes un peu ridicules), d'une homosexualité qu'Adèle a malgré tout du mal à assumer, de leurs aspirations (Emma veut être artiste, Adèle s'agrippe à son envie de devenir institutrice) ou bien encore de la routine d'une vie à deux où l'on finit fatalement par faire un peu moins attention à l'autre.

La durée fleuve de La Vie d'Adèle (3 heures, qui passent comme une lettre à la poste), permet à Kechiche de bâtir son film comme un grand observatoire des émotions humaines. Il y a chez lui une croyance absolue dans le pouvoir de la scène : si on arrive à capter tous les états des personnages à un instant précis de leur existence, si on se donne le temps de voir apparaître ce miracle à l'écran, on peut résumer des mois et des années entières de leur vie. D'où ces grands blocs en quasi temps réel reliés par des ellipses béantes de récit, conduisant à une familiarité totale avec Adèle et Emma. On en vient presque à se dire dans sa tête : «Tiens, tu as changé de couleur de cheveu ?», «Ah, mais tu as des lunettes maintenant ?» ou encore «Tu as des nouvelles de ce type que tu avais croisé en soirée et qui avait fait l'acteur arabe de service dans un blockbuster américain ?».

C'est dire si le projet de Kechiche vise une intimité absolue, tout en cherchant, par petites touches, à poursuivre son portrait social de la France d'aujourd'hui. Niveau intime, rien ne dépasse les incroyables scènes de sexe du film. On n'avait jamais vu ça sur un écran, et si Jean-Claude Brisseau découvre le résultat, il risque de détruire par désespoir l'intégralité de sa filmographie. Kechiche, malgré l'absence totale de pudeur de ces séquences, arrive à ne jamais mettre le spectateur dans une position de voyeur, peut-être parce qu'il ne cherche pas à mettre en scène un fantasme (hétéro), mais à recréer la réalité d'un rapport sexuel entre femmes. Cette intimité-là, on la retrouve aussi bien dans les scènes de fête que dans les moments où Adèle découvre son métier d'institutrice ; c'est la même énergie, le même désir d'être dans un présent complet, comme si le film s'inventait sous nos yeux.

Même quand Kechiche tombe dans une certaine lourdeur — les références littéraires du début, très appuyées — il a ce talent de les immerger très vite dans le flux de l'action et de la parole des personnages. Et lorsqu'il s'aventure dans l'observation du monde d'aujourd'hui, de la Gay Pride à une exposition de peintures branchouille, ce n'est jamais pour en tirer des leçons ou se poser en observateur surplombant. La Vie d'Adèle, en cela, est l'anti-Jeune et jolie, que l'on critiquait en début de festival pour son moralisme sournois et son absence totale d'empathie envers une jeunesse qu'Ozon s'empressait d'enfouir sous d'hâtives généralisations. Kechiche, lui, est toujours à la hauteur de ses héroïnes, et ce n'est donc pas un hasard si les deux comédiennes semblent investies corps et âmes dans le projet. C'est le cas d'Adèle Exarchopoulos, mais c'est aussi, et même surtout, celui d'une Léa Seydoux qui envoie du bois, passant en un seul film du statut de comédienne prometteuse à celui d'actrice confirmée, peut-être la meilleure actuellement en France. Si le jury arrive à faire plier le règlement un peu stupide du palmarès, il y a des chances qu'en plus de la Palme, toutes deux repartent avec un fort mérité prix d'interprétation féminine.

Christophe Chabert

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All is lost

ECRANS | Le réalisateur de "Margin call" surprend avec cet étonnant huis clos à ciel ouvert où un homme seul, sans nom et sans passé lutte pour sa survie face à un océan hostile. Un film d’aventures minimaliste qui est aussi un documentaire sur son acteur Robert Redford. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 3 décembre 2013

All is lost

«Je suis désolé». Ce sont les premiers mots que l’on entend dans All is lost, et ce seront quasiment les seuls. Ils proviennent d’une lettre rédigée, après huit jours de survie et au moment où il pense que «tout est perdu», par un homme dont on ne saura rien : ni son nom, ni son passé, ni le pourquoi de sa présence sur un voilier de plaisance baptisé le Virginia Jean qui a eu le malheur de heurter un container de baskets coréennes à la dérive. Cet homme, «notre homme» comme il est écrit au générique de fin, c’est Robert Redford. L’acteur, que l’on ne voyait plus trop sur les écrans sinon dans ses propres films mais dont on connaissait l’activisme (controversé) au sein du festival de Sundance, est donc seul à l’écran pendant une heure quarante. Et il y est impressionnant, magistral, fascinant. JC Chandor remet Redford non seulement au cœur d’un film, mais aussi au cœur de la légende du cinéma américain, aux côtés de Newman, Pacino, De Niro ; et All is lost, en plus d’être un passionnant film d’aventures minimaliste à côté duquel Gravity

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Cannes, à la Vie, à l’amour…

ECRANS | En couronnant ce qui est incontestablement le meilleur film de la compétition, "La Vie d’Adèle" d’Abdellatif Kechiche, Steven Spielberg et son jury ont posé un beau point final à un 66e festival de Cannes passionnant en son centre, sinon dans ses périphéries. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 27 mai 2013

Cannes, à la Vie, à l’amour…

Y croyait-on vraiment ? Imaginait-on Steven Spielberg se lever de sa chaise durant la cérémonie du palmarès cannois pour annoncer, du haut de sa stature de cinéaste mondialement reconnu et présentement président du jury, la Palme à La Vie d’Adèle d’Abdellatif Kechiche, chef-d’œuvre du naturalisme à la française relatant la passion entre Adèle et Emma à coups de grands blocs de réalité réinventée, des premiers regards à la dernière étreinte en passant par de longs moments d’intimité physique ? C’est pourtant ce qui s’est passé, et on en est encore ému. Car si La Vie d’Adèle n’était pas notre film préféré de la compétition — on dira lequel plus tard — c’était d’évidence le meilleur, le plus incontestablement ample et abouti, le plus furieusement contemporain, que ce soit dans sa matière romanesque, ses personnages ou son dispositif. Kechiche est aujourd’hui l’héritier direct de Pialat, même s’il développe aussi sa propre singularité et même si, avec ce film-là, il dévoile sa part la moins sombre, la plus solaire, comme une antithèse absolue de son précédent et terrible

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Cannes – Jour 10 : Bouquet final

ECRANS | "The Immigrant" de James Gray. "Only lovers left alive" de Jim Jarmusch. "La Vénus à la fourrure" de Roman Polanski.

Christophe Chabert | Samedi 25 mai 2013

Cannes – Jour 10 : Bouquet final

Au moment où n’importe quel festivalier voit apparaître sur son visage des rides de fatigue qui le font ressembler à Bruce Dern dans Nebraska, il fallait pourtant se ressaisir d’urgence, car Thierry Frémaux, dans un hallucinant tir groupé final, avait placé en fin de compétition de très gros morceaux signés par de très grands cinéastes. C’est d’ailleurs à l’aune de cette attente, pour le coup gigantesque, que The Immigrant de James Gray a déçu. Attention, tout de même… Gray, dont les quatre derniers films ont tous été présentés en compétition, y a systématiquement récolté les mêmes commentaires perplexes ou frustrés, avant que lesdits films, à leur sortie, ne reçoivent un accueil enthousiaste d’une presse ayant revu son jugement à la hausse, et de spectateurs qui ont l’avantage considérable de ne pas s’être empiffré 35 films en dix jours. Mais la déception est soigneusement entretenue par Gray lui-même. En effet, The Immigrant part sur une piste qu’on identifie immédiatement comme coppolienne façon Parrain 2. Plan sur la stat

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Cannes – Jour 9 : Une certaine idée de la langueur

ECRANS | "Nebraska" d’Alexander Payne. "Michael Kohlhaas" d’Arnaud Des Pallières. "Magic Magic" de Sebastian Silva.

Christophe Chabert | Vendredi 24 mai 2013

Cannes – Jour 9 : Une certaine idée de la langueur

Jeudi matin, tout le monde était encore sous le choc de La Vie d’Adèle. Comme pour Holy motors l’an dernier, un film se plaçait soudain au centre de toutes les attentions. Plus encore qu’Holy motors l’an dernier, La Vie d’Adèle rassemblait peu à peu tous les festivaliers, presse, exploitants et finalement public lors d’une ultime projection qui se terminait vers une heure du matin par quinze minutes de standing ovation — record cannois en 2013. Dur dur de passer derrière, et c’est Alexander Payne qui en a fait les frais. Ça aurait pu être pire, car Nebraska est une toute petite chose, un feel good movie qui n’a pas l’ambition de Sideways et de The Descendants — d’ailleurs, Payne, scénariste prodigieux, n’en a pas écrit le sc

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Cannes - Jour 7. Le Queer lui va si bien...

ECRANS | "Behind the candelabra" de Steven Soderbergh. "As I lay dying" de James Franco. "Grigris" de Mahamat-Saleh Haroun. "Les Salauds" de Claire Denis.

Christophe Chabert | Jeudi 23 mai 2013

Cannes - Jour 7. Le Queer lui va si bien...

Judicieusement placé en plein milieu de la compétition, le dernier film (le dernier ?) de Steven Soderbergh, Behind the candelabra, nous a redonné de l’énergie pour terminer le festival. C’est un film champagne mais c’est aussi, comme Gatsby et La Grande Bellezza, un film qui inclut dans son programme sa propre gueule de bois. Pourquoi Soderbergh tenait-il tant à ce biopic du pianiste excentrique et homo Liberace, sorte de Clayderman de Las Vegas, certes talentueux mais surtout très doué pour faire la retape de sa propre image, showman avéré mais dont la vie privée a été soigneusement falsifiée pour ne pas effrayer son fan club de mamies pudibondes. C’est par cet angle (mort)-là que Soderbergh choisit de raconter Liberace : son jeune amant Scott, tombé sous le charme de ce sexagénaire qui refuse de vieillir et qui va le transformer en portrait de Dorian Gray vivant ; pendant qu’il

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Cannes - Jours 5 et 6 : Mauvais genres

ECRANS | "Shield of straw" de Takashi Miike. "The Last days on mars" de Ruairí Robinson. "Blue Ruin" de Jeremy Saulnier. "Borgman" d’Alex Van Warmerdam.

Christophe Chabert | Mardi 21 mai 2013

Cannes - Jours 5 et 6 : Mauvais genres

C’est une question qui revient chroniquement sur le tapis concernant les sélections cannoises. Doivent-elles s’ouvrir au cinéma de genre, et éviter ainsi de vivre repliées sur un cheptel d’auteurs qui ont vite fait de s’enfermer dans la formule du film pour festivals ? Il faut reconnaître à Thierry Frémaux d’avoir réussi quelques beaux coups en la matière dans le passé : on se souvient de l’accueil triomphal réservé au Labyrinthe de Pan ou à Drive. Le polar de Takashi Miike devait servir de caution genre au sein de la compétition cette année, mais l’affaire a tourné à l’eau de boudin pure et simple. Shield of straw a même quelque chose d’une grosse erreur de casting, comme un film du marché qui se serait égaré sur le tapis rouge du Grand Théâtre Lumière… Miike est un cinéaste inégal et éclectique, mais au cours de sa longue carrière, on ne l’avait jamais vu

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Cannes – Jour 4 : psy-folk

ECRANS | "Grand central" de Rebecca Zlotowski. "Jimmy P." d’Arnaud Desplechin. "Inside Llewin Davis" de Joel et Ethan Coen.

Christophe Chabert | Dimanche 19 mai 2013

Cannes – Jour 4 : psy-folk

Le déluge s’est donc abattu sur Cannes. Ce fut un joyeux bordel qui a plongé une partie des festivaliers dans la morosité, ce que l’émeute à l’entrée de la projection presse d’Inside Llewin Davis n’a fait qu’intensifier. Pourtant, ce fut sans doute la plus belle journée en matière de cinéma depuis le début de ce Cannes 2013 ; enfin, a-t-on envie de dire, car jusqu’ici, la compétition n’avait pas tout à fait tenu ses promesses. Avant d’en venir aux deux très gros morceaux de ce samedi, un mot sur Grand central de Rebecca Zlotowski. Histoire d’amour adultère et portrait d’une équipe s’occupant de l’entretien d’une centrale nucléaire, le film reproduit, avec plus d’ambition et de maîtrise, les qualités et les défauts de son précédent Belle épine. Zlotowski aime peindre des environnements forts et y implanter des enjeux intimes, mais les deux ne s’interpénètrent jamais vraiment. Les séquences dans la centrale sont assez impressionnantes, reprenant des codes importés du thriller ou du film d’horreur, et la cinéaste y décrit avec précision

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Le Passé

ECRANS | Pour son premier film tourné hors d’Iran, Asghar Farhadi prouve à nouveau qu’il est un des cinéastes importants apparus durant la dernière décennie. Mais ce drame du non-dit et du malentendu souffre de la virtuosité de son auteur, un peu trop sûr de son talent. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Samedi 18 mai 2013

Le Passé

Il n’aura pas fallu longtemps à Asghar Farhadi pour devenir la star du cinéma d’auteur mondial. Découvert par les cinéphiles avec le très fort A propos d’Elly, puis couvert de récompenses — ours d’or, césar, oscar — et adoubé par le grand public pour Une séparation, le voilà qui quitte son Iran natal pour tenter l’aventure en français dans le texte avec Le Passé. Il faut rappeler ce qui a fait la force du cinéma de Farhadi : une vision inédite des classes moyennes iraniennes, dont les cas de conscience exposés dans des récits puissants et brillamment construits avaient quelque chose d’universel, et que le cinéaste parvenait à faire vivre grâce à des mises en scènes tendues comme des thrillers. Le Passé peut d’abord  se regarder comme un grand jeu des sept erreurs : qu’est-ce qui reste du Farhadi iranien dans sa version française, et qu’est-ce qui s’en écarte ? La classe moyenne est toujours au centre du récit, mais comme une donnée presque routinière, et le choc des cultures entre un mari iranien et sa femme française, qui plus est vivant avec un nouvel amant d’origine algérienn

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Cannes - Jour 3 : enfance et partage

ECRANS | "Stop the pounding heart" de Roberto Minervini. "Tel père, tel fils" d’Hirokazu Kore-Eda. "L’Inconnu du lac" d’Alain Guiraudie.

Christophe Chabert | Samedi 18 mai 2013

Cannes - Jour 3 : enfance et partage

En attendant un samedi qui s’annonce salement excitant (avec Desplechin et les frères Coen, rien que ça !), ce vendredi a été frappé par une certaine nonchalance. On a gentiment tenu jusqu’au bout de Stop the pounding heart, qui bénéficie d’une généreuse séance spéciale hors compétition. Ce documentaire autour d’une tribu de Texans qui passent leur temps à faire du rodéo, prier Dieu, tirer avec des armes à feu et traire des chèvres, rejetant tout ce qui pourrait écorner leur système de valeurs archaïques — école, médecine, technologie — est déjà beaucoup trop joli pour être honnête. On a vraiment du mal à croire que le cinéaste (Roberto Minervini) a réussi à tirer autant de poses graciles de la part de ses «interprètes» dont le vocabulaire et l’intelligence avoisinent le zéro pointé, par la seule force de sa patience et de son obstination. Plus encore, la stylisation permanente de l’image et la neutralité du dispositif (ni voix-off, ni interviews) posent sérieusement la question du point de vue de Minervini sur ces mabouls : pense-t-il faire œuvre d’ethnologue en regardant comme une loint

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Cannes ou le petit air des (h)auteurs

ECRANS | Le festival de Cannes a à peine commencé, et il est déjà temps de pointer les déceptions et les bonnes surprises de sa sélection qui, une fois n’est pas coutume, ne sont pas là où on les attendait. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 17 mai 2013

Cannes ou le petit air des (h)auteurs

Bizarre, bizarre. Alors qu’on attaquait plutôt confiant ce 66e festival de Cannes, sa compétition nous a assez vite brinquebalé d’un sentiment à l’autre, au point de ne plus savoir dès le troisième jour à quel saint se vouer. Ainsi, que pouvait-on attendre du Gatsby le magnifique signé Baz Luhrmann en ouverture ? Pas grand-chose, sinon un film tapis rouge calibré pour monopoliser l’attention et garantir le minimum festif pour lancer la grand-messe cannoise. Surprise, Gatsby vaut infiniment plus que cela, et Luhrmann a réussi à s’emparer de manière fort pertinente du roman de Fitzgerald, cherchant à travers les ruptures de sa mise en scène à en capter les humeurs. De l’euphorie 3D pleine d’anachronismes pop de la première partie à la progressive nudité d’une seconde heure qui plonge dans le mélodrame, mais surtout dans le spleen et les regrets, Gatsby le magnifique enchante et déchante en deux temps et, bien sûr, beaucoup de mouvements — à commencer par ceux, parfaitement dosés, d’un impressionnant Leonardo Di Caprio. À l’inverse, on pouvait légitimement espérer de Fra

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Cannes - Jour 2 : du vieux avec des jeunes

ECRANS | "Jeune et Jolie" de François Ozon. "The Bling ring" de Sofia Coppola. "A touch of sin" de Jia Zhang-ke.

Christophe Chabert | Jeudi 16 mai 2013

Cannes - Jour 2 : du vieux avec des jeunes

Ce deuxième jour — moins pluvieux que ce qui avait été annoncé — a marqué l’irruption de la jeunesse dans les différentes sélections. Pas la jeunesse des cinéastes, mais la jeunesse comme sujet d’étude. Ce qui, en soi, dit déjà la limite de Jeune et jolie de François Ozon (en compétition) et The Bling ring de Sofia Coppola (en ouverture d’Un certain regard) : deux films qui prétendent faire un point sur la jeunesse contemporaine, mais qui n’en gardent en définitive qu’une matière à dissertation, sentimentalo-cul chez Ozon, sociologique chez Coppola. Jeune et jolie est en cela particulièrement contestable. Il attrape son héroïne, Isabelle (Marine Vacth, très bien, même si le film aurait pu lui ouvrir une palette d’émotions encore plus grande), dix-sept piges, dans la lunette d’une paire de jumelles, sur une plage déserte, en plein bronzage topless. Ozon s’offre un effet de signature très visible par rapport à son œuvre, mais c’est une fausse piste ; pas de voyeurisme là-dedans, mais le portrait en «quatre saisons et quatre ch

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Cannes - Jour 1 : attention ! film méchant…

ECRANS | "Heli" d’Amat Escalante

Christophe Chabert | Mercredi 15 mai 2013

Cannes - Jour 1 : attention ! film méchant…

Il y a du monde cette année à Cannes. L’explication facile serait de dire que la présence de Steven Spielberg comme président du jury et l’annonce d’une pléthore de stars dans les divers films de la compétition ont attiré le chaland. Il n’a pas été déçu par la disponibilité dudit Spielberg, qui signait des autographes à la sortie de la conférence de presse, puis par la classe internationale d’un Leonardo Di Caprio dont l’étoffe d’acteur mythique, à la hauteur d’un Pacino ou d’un De Niro, se peaufine film après film — et sa prestation grandiose dans Gatsby le magnifique le prouve encore. Il se trouve que, par ailleurs, il pleut cette année à Cannes. Et pas qu’un peu. Le souvenir du déluge tombé lors du premier dimanche de l’édition 2012 est dans toutes les têtes et les prévisions météo n’annoncent rien de bon pour les jours à venir. Le festivalier était donc déjà trempé jusqu’à l’os, et nous avons dû subir notre première longue queue au milieu d’une foule de parapluies serrés pour pouvoir accéder au  film en compétitio

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Cannes, l’exception française…

ECRANS | De quoi le 66e festival de Cannes (du 15 au 26 mai) sera-t-il fait ? Les films français et américains trustent majoritairement les sélections, les grands cinéastes sont au rendez-vous de la compétition et les sections parallèles promettent leur lot de découvertes… Pendant ce temps, en coulisses, le cinéma hexagonal s’agite et s’inquiète. Christophe Chabert

François Cau | Mardi 14 mai 2013

Cannes, l’exception française…

Alors que débute le 66e festival de Cannes – avec en ouverture la version Baz Luhrmann, attendue comme kitsch et mélodramatique, de Gatsby le magnifique – le cinéma français est en émoi. Après l’adoption de la nouvelle convention collective fixant la rémunération des techniciens, les syndicats de producteurs indépendants et une poignée de cinéastes sont montés au créneau pour protester contre ce texte qu’ils jugent mortel pour une partie des films produits dans l’hexagone. Comme si cela ne suffisait pas, la Commission européenne s’apprête à négocier de nouveaux accords de libéralisation commerciale avec les États-Unis, pour lesquels la question de l’exception culturelle serait dans la balance. Autant dire que ce qui s’annonçait comme une belle fête pourrait s’avérer plus houleuse que prévue… Sans parler de la crise, cette foutue crise dont les effets devraient aussi se faire sentir du côté du marché du film, sinon dans le nombre de festivaliers accrédités. Promesses pour une grand-messe

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