The Bling ring

ECRANS | De Sofia Coppola (ÉU, 1h30) avec Israel Broussard, Emma Watson…

Christophe Chabert | Mardi 4 juin 2013

L'accueil tiède (et à nos yeux injuste) réservé à Somewhere malgré son Lion d'or à Venise a sans doute poussé Sofia Coppola à faire profil bas avec The Bling ring, qui n'affiche aucun des atours modernistes de son film précédent. Au contraire, la cinéaste illustre le fait-divers dont elle s'inspire — quatre filles et un garçon californiens dévalisent les villas des stars qu'ils adulent — avec un minium d'effets de style. Son thème de prédilection, à savoir la fascination pour l'oisiveté et la célébrité mêlées, subi lui aussi une torsion déflationniste flagrante.

Plutôt que d'épouser le regard de ses personnages, elle adopte une posture distante sinon surplombante, comme si elle tenait la chronique froide de ce qui est avant tout la répétition d'un même cérémonial. L'overdose de marques et le name dropping constant n'est plus une matière de cinéma comme auparavant, mais une observation sociologique qui tend vers un réquisitoire dont les motifs sont plutôt éculés : Internet, la presse people, la médiatisation de soi, tous coupables de décérébrer la jeunesse.

Par moments, une idée de mise en scène vient sortir le spectateur de sa torpeur : celle, notamment, qui consiste à filmer un des cambriolages de très loin et en plan fixe, uniquement à travers les pièces de la maison qui s'allument et s'éteignent. Il paraît — c'est dans le dossier de presse — qu'elle provient du génial (et défunt) chef opérateur Harris Savides ; c'est sûr, il manquera cruellement à l'avenir au cinéma de Sofia Coppola.

Christophe Chabert


The Bling Ring

De Sofia Coppola (ÉU, 1h30) avec Israel Broussard, Emma Watson... À Los Angeles, un groupe d’adolescents fascinés par le people et l’univers des marques traque via Internet l’agenda des célébrités pour cambrioler leurs résidences. Ils subtiliseront pour plus de 3 millions de dollars d’objets de luxe. Les médias ont surnommé ce gang, le "Bling Ring".
Pathé Bellecour 79 rue de la République Lyon 2e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Lettre de Cannes #4

Festival de Cannes 2017 | Ou comment on fête un anniversaire, et comment Nicole Kidman est devenue notre copine de festival

Christophe Chabert | Jeudi 25 mai 2017

Lettre de Cannes #4

Cher PB, hier soir, le festival de Cannes fêtait son soixante-dixième anniversaire, dans une cérémonie qui faisait des ponts entre passé, présent et je ne sais pas quoi, avec des palmés passés – dont David Lynch, prêt à présenter les premiers épisodes de la nouvelle saison de Twin Peaks que tu as déjà dû voir, petit coquinou, en streaming sur je ne sais quelle plateforme de mauvaise vie –, des palmés futurs – Sorrentino et Park Chan-wook, cette année préposés à la remise de palme au sein du jury – et des presque palmés – Pedro Almodovar, dans le rôle du cinéaste cocu mais bon joueur au milieu des ex-vainqueurs. On notait quelques absences de poids : Terrence Malick, qui pourtant n’a plus peur de montrer sa trogne en public ; les frères Dardenne, pourtant grands potes de Therry Frémaux ; Steven Soderbergh, sans doute un peu vexé que son dernier Logan Lucky est atterri piteusement au Marché du film cette année ; les frères Coen, Nuri Bilge Ceylan ou encore Lars Von Trier, dont on ne sait trop s’il est encore persona non grata au festival, ou simplement retenu par le montage de son dernier film, ou si son camping car est au garage pour réparation – va lire le d

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"La Belle et la Bête" : il était (encore) une fois…

ECRANS | La jeune et pure Belle accepte de prendre la place de son père, capturé par la Bête — un prince charmant transformé en monstre par une sorcière. L’amour que (...)

Vincent Raymond | Mardi 21 mars 2017

La jeune et pure Belle accepte de prendre la place de son père, capturé par la Bête — un prince charmant transformé en monstre par une sorcière. L’amour que Belle va lui porter pourrait lever le charme ; hélas, Gaston, un bellâtre bélître et jaloux va tout faire pour les séparer… C’est au tour de La Belle et la Bête (1991) de bénéficier de la vaste entreprise de transposition du répertoire animé en prises de vues réelles. Appartenant au second “âge d’or” de la firme Disney, il se trouve donc archi-cousu de chansons (bien plus encore que Cendrillon ou Le Livre de la Jungle), voire conçu comme une comédie musicale. Une romance appelant du merveilleux, du chamarré et de la fantaisie, là où la trame supporterait volontiers un supplément de mélancolie, de gothique, de fantastique. Ici, les crocs de la Bête disparaissent bien vite lorsque Belle commence à l’amadouer ; et les personnages/objets parlants secondaires, adjuvants destinés à adoucir le cadre terrifiant, prennent une telle place qu’ils envahissent l’écran — d’autant qu’ils sont tous campés en V.O. par des comédiens plus connus q

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Noé

ECRANS | Sauf le respect qu’on doit à Darren Aronofsky, ses débuts dans le blockbuster à gros budget relèvent du naufrage intégral, et cette libre relecture du mythe biblique est aussi lourdingue que formatée, kitsch et ennuyeuse… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Dimanche 13 avril 2014

Noé

Qui était Noé selon Darren Aronofsky ? Un fanatique écolo, illuminé par l’annonce d’un désastre et la damnation d’une humanité corrompue, entouré par des anges envoyés par Dieu et incarnés en géants de pierre aux yeux phosphorescents. Ce résumé lapidaire de la première heure — interminable — de Noé résume dans le fond le formatage auquel est soumis ce blockbuster : un peu d’air du temps, un peu de messianisme divin — quand va-t-on nous foutre la paix avec ces stupides histoires de religion et quand passera-t-on au XXIe siècle dans cet occident que l’on dit éclairé et que l’on trouve de plus en plus obscurantiste ? — et un peu d’héroïc fantasy. Comme liant, un sérieux papal dans des dialogues qui calquent grossièrement ceux de n’importe quel serial historique actuel — Game of thrones, pour ne pas le citer. Face à ce gros foutoir en forme de kouglof indigeste et laborieux, on attend, comme dans l’expression consacrée, le déluge, car tout Aronofsky qu’il soit, c’est bien ce qu’on demande à un cinéaste qui engloutit plus de cent millions de dollars dans un film sur l’arche de Noé : filmer ce putain de déluge, même si celui-ci n’est que l’addition d’effets n

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Cannes ou le petit air des (h)auteurs

ECRANS | Le festival de Cannes a à peine commencé, et il est déjà temps de pointer les déceptions et les bonnes surprises de sa sélection qui, une fois n’est pas coutume, ne sont pas là où on les attendait. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 17 mai 2013

Cannes ou le petit air des (h)auteurs

Bizarre, bizarre. Alors qu’on attaquait plutôt confiant ce 66e festival de Cannes, sa compétition nous a assez vite brinquebalé d’un sentiment à l’autre, au point de ne plus savoir dès le troisième jour à quel saint se vouer. Ainsi, que pouvait-on attendre du Gatsby le magnifique signé Baz Luhrmann en ouverture ? Pas grand-chose, sinon un film tapis rouge calibré pour monopoliser l’attention et garantir le minimum festif pour lancer la grand-messe cannoise. Surprise, Gatsby vaut infiniment plus que cela, et Luhrmann a réussi à s’emparer de manière fort pertinente du roman de Fitzgerald, cherchant à travers les ruptures de sa mise en scène à en capter les humeurs. De l’euphorie 3D pleine d’anachronismes pop de la première partie à la progressive nudité d’une seconde heure qui plonge dans le mélodrame, mais surtout dans le spleen et les regrets, Gatsby le magnifique enchante et déchante en deux temps et, bien sûr, beaucoup de mouvements — à commencer par ceux, parfaitement dosés, d’un impressionnant Leonardo Di Caprio. À l’inverse, on pouvait légitimement espérer de Fra

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Cannes - Jour 2 : du vieux avec des jeunes

ECRANS | "Jeune et Jolie" de François Ozon. "The Bling ring" de Sofia Coppola. "A touch of sin" de Jia Zhang-ke.

Christophe Chabert | Jeudi 16 mai 2013

Cannes - Jour 2 : du vieux avec des jeunes

Ce deuxième jour — moins pluvieux que ce qui avait été annoncé — a marqué l’irruption de la jeunesse dans les différentes sélections. Pas la jeunesse des cinéastes, mais la jeunesse comme sujet d’étude. Ce qui, en soi, dit déjà la limite de Jeune et jolie de François Ozon (en compétition) et The Bling ring de Sofia Coppola (en ouverture d’Un certain regard) : deux films qui prétendent faire un point sur la jeunesse contemporaine, mais qui n’en gardent en définitive qu’une matière à dissertation, sentimentalo-cul chez Ozon, sociologique chez Coppola. Jeune et jolie est en cela particulièrement contestable. Il attrape son héroïne, Isabelle (Marine Vacth, très bien, même si le film aurait pu lui ouvrir une palette d’émotions encore plus grande), dix-sept piges, dans la lunette d’une paire de jumelles, sur une plage déserte, en plein bronzage topless. Ozon s’offre un effet de signature très visible par rapport à son œuvre, mais c’est une fausse piste ; pas de voyeurisme là-dedans, mais le portrait en «quatre saisons et quatre ch

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Le Monde de Charlie

ECRANS | De Stephen Chbosky (ÉU, 1h42) avec Emma Watson, Ezra Miller, Logan Lerman

Jerôme Dittmar | Mercredi 19 décembre 2012

Le Monde de Charlie

Avec ses airs de Breakfast Club ressuscité par le sentimentalisme existentiel d'un Cameron Crowe, Le Monde de Charlie est un peu ce teen movie fragile et précieux qu'on n'attendait plus. Un film servant les clichés du genre à la louche (début des années 90, un lycéen timide de banlieue découvre la vie au contact d'une nouvelle bande de potes marginaux), mais avec une folle envie de cristalliser ces moments miraculeux qui ont fait de l'adolescence une légende américaine. Ces moments où sur une pop song de Bowie, l'infini vous tend les bras en même temps que le regard d'une fille ou d'un ami. Aussi fin qu'appuyé, truffé de références has been, le film menace toujours de s'effondrer, jusque dans un final explicatif d'une balourdise absolue, et pourtant c'est beau. Peut-être parce que plus qu'une énième histoire de fin d'innocence à l'orée des rêves adultes, Stephen Chbosky (adaptant son best seller) tourne un film tendre et bienveillant sur une époque appelée à devenir un moment symbolique. Jérôme Dittmar

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Somewhere

ECRANS | Poussant jusqu’à son point limite le goût des récits minimalistes et de l’observation du silence, Sofia Coppola signe le beau portrait d’une star en stand-by professionnel et existentiel, dans un film fragile, ténu et marquant. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 21 décembre 2010

Somewhere

La caméra fixe une route perdue au milieu de nulle part. Une voiture de sport la traverse à pleine vitesse, mais la caméra ne l’accompagne pas. Le bruit du moteur s’éloigne, puis se rapproche, et la voiture traverse une autre portion du cadre, un autre morceau de route dans le fond de l’image ; elle disparaît encore… Le son se perd, revient et le bolide passe une fois de plus au premier plan. Ce premier plan de Somewhere où un homme tourne longuement en rond, effectuant quatre fois le même parcours en temps réel, jettera d’emblée pas mal de spectateurs dans le fossé. Le cinéma de Sofia Coppola, qui avait séduit le monde entier en filmant la brève rencontre à Tokyo entre Bill Murray et Scarlett Johansson, prend depuis Marie-Antoinette le risque de ne plus se parer d’effets de mode, mais de filmer la mode sans afféterie, comme une tapisserie qui sur la durée n’exprimerait que sa propre superficialité, qui est aussi celle des êtres qui l’habitent. La vie sur un fil C’est ce qui arrive à Johnny Marco (Stephen Dorff, dans un rôle qu’on imagine proche de sa propre vie), star du cinéma d’action échouée au my

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