Before midnight

ECRANS | De Richard Linklater (ÉU-Grèce, 1h48) avec Julie Delpy, Ethan Hawke…

Christophe Chabert | Vendredi 21 juin 2013

Tous les neuf ans, Linklater, Delpy et Hawke reviennent prendre des nouvelles du couple qu'ils ont inventé avec Before sunrise : après la rencontre, après les retrouvailles, voici le temps du bilan. Céline et Jesse sont mariés, ils ont deux jumelles et passent leur été sur une île grecque dans une résidence pour écrivains.

Before midnight fonctionne à nouveau sur une unité de temps — une journée — mais Linklater et ses deux comédiens-scénaristes radicalisent un peu plus leur dispositif cinématographique : le film n'est constitué que de grands blocs de dialogues tournés en plans-séquences dont le plus "spectaculaire" dure 14 minutes, et se déroule entièrement dans une voiture en mouvement. Ces longues discussions, où les conflits peuvent être larvés ou ouverts, où ce qui s'exprime clairement est aussi important que les hésitations et les atermoiements des personnages, et où la mise en scène cherche à se rendre invisible — la grande scène de dispute à l'hôtel prouve pourtant qu'elle est souveraine, des seins dénudés de Julie Delpy à ses entrées et sorties faussement théâtrales — ne sont futiles qu'en apparence. Before midnight pose avec acuité toutes les questions qui hantent un couple, des fantômes des amours précédentes au choix nécessaire entre vie privée et accomplissement professionnel.

Surtout, Linklater ne perd jamais de vue que tout ici est avant tout question de "rôles" à tenir : Céline et Jesse se projettent sans cesse dans un futur hypothétique, jusqu'à une très belle inflexion temporelle où ils regardent la soirée qu'ils sont en train de vivre comme un souvenir déjà lointain, dont ils écrivent et commentent la fin tout en l'écrivant au présent. Une idée à l'image du film tout entier : il enregistre l'instantané d'un couple qui se délite comme s'il voulait l'inscrire dans une éternité quasi-mythologique.

Christophe Chabert


Before Midnight

de Richard Linklater (ÉU, 1h48) avec Julie Delpy, Ethan Hawke... Céline, son mari Jesse et leurs deux filles passent leurs vacances chez des amis. La veille du retour à Paris, les amis offrent au couple une nuit dans un hôtel sans les enfants. Les vieilles rancœurs remontent à la surface et la soirée en amoureux tourne au règlement de comptes
Pathé Bellecour 79 rue de la République Lyon 2e
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« On ne peut se fier à sa mémoire ». Aux allures de mantra, cette réplique est un peu la clef de La Vérité : on l’entend sortir de la bouche de Lumir (reprochant les arrangements de sa mère avec la vérité dans son livre), mais aussi de celle de la fantasque Fabienne, faisant remarquer en retour à sa fille que le point de vue d’une enfant est trompeur. Si l’actrice revendique dans sa vie comme son art le “mentir vrai“ d’Aragon, en assumant également une incorrigible mauvaise foi et ses caprices, elle sait — par le bénéfice de l’âge — que toute vérité est relative, subjective. Que la perfection qu’elle suppose est forcément impossible à atteindre. Et que l’écrit est un pis-aller au jeu, donc à la vie. Acteurs 1, scénaristes 0 ? Difficile de savoir qui aura le dernier mot ! Kore-eda accomplit ici une œuvre d’une vertigineuse adresse offrant bien des niveaux de lectures. Sans renoncer aux valeurs intrinsèques de son cinéma (ses “plans haïkus“ célébrant la saisonnalité et la nature ; la famille…), il témoigne d’une authentique compréhension et assimilation des codes

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1966. Vaincu par ses addictions, Chet Baker n’est plus ce James Dean du jazz qu’il a été. Mais la rencontre avec la belle Jane à la faveur du tournage d’un film hommage, l’encourage à entreprendre une renaissance. Ce ne sera pas la première, ni la dernière… La douloureuse trajectoire torve de Baker appartient à cette mythologie du jazz faite de cycles de grandeur-déchéance, de caves enfumées et d’ivresses prolongées ; en cela, elle est éminemment cinématographique. Encore faut-il savoir y prélever les éléments les plus saillants, et confier cette réelle mission à un comédien inventif, capable de surcroît d’éviter l’odieux piège de la surcomposition. Ethan Hawke, décidément abonné aux vieilles gloires éthyliques (voir Les 7 mercenaires), se révèle excellent pour interpréter la partition du bugliste à la voix d’ange et au visage de jeune premier désespéré. Dans cette élégie élégante et délicate, jouant parfois avec sa propre structure et faisant fi

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Depuis qu’elle est réalisatrice, Julie Delpy cuisine la famille à toutes les sauces. En s’inspirant de sa pittoresque tribu, à l’origine de son caractère pour le moins fantasque. Ainsi, dans sa prolifique filmographie, une continuité indiscutable relie 2 Days in Paris (2007) et 2 Days in New York (2012) : deux comédies enlevées jouant sur les stéréotypes culturels, où elle confronte son couple mixte — car à chaque fois, elle partage la vie d’un Étatsunien — avec son père, Français bohème décontracté du slip (quand il en porte un…). Le Skylab (2011) montait un cran plus haut en plaçant des ados au milieu d’une maison de vacances des années soixante-dix transformée en cocotte-minute familiale — une sorte de Hôtel de la plage revu et corrigé par Sautet. our Lolo, Delpy réussit le prodige d’aller plus loin dans la perversité, avec une œuvre dont elle est persuadée qu’elle est grand public. Son Lolo ressemble à Tanguy — l’ado attardé de Chatiliez qui s’incruste chez sa parents. En pire, puisque ce fils exclusif et sournois fait fuir les amants de sa mère afin de conserver sur elle un empire total. Jusqu’

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En 2001, Richard Linklater tournait un drôle de film d’animation en forme de rêverie documentaire et philosophique, Waking Life. Dans une des séquences, deux filles discutaient dans un café et l’une d’entre elles disait ceci : «On pense à une image de soi bébé et on dit : "C’est moi." Pour faire le lien entre cette image et ce que l’on est aujourd’hui, on doit inventer une histoire : "C’est moi quand j’avais un an ; plus tard, j’ai eu les cheveux longs, puis nous avons déménagé à Riverdale et me voilà !" Il faut une histoire, une fiction pour créer cette connection entre nous et ce bébé, pour créer notre identité.» 2001, c’est le moment où Linklater commence à tourner Boyhood, qu’il achèvera douze ans plus tard ; impossible aujourd’hui de ne pas voir dans ce film unique et hors norme la mise en pratique de cette théorie de l’identité évoquée dans Waking Life. Ces douze années — et les 165 minutes du film — c’est le temps nécessaire pour raccorder, par le biais d’une fiction, l’image du jeune Ellar Coltrane, gamin insouciant traversant les rues sur son vélo, de celle du même Coltrane, sortant de l'adolescence, tout juste débarqué à l’un

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Le succès surprise de 2 days in Paris tenait beaucoup à la spontanéité que Julie Delpy y avait mis, son plaisir évident à filmer ses parents, cabotins de génie, tout en se gaussant des clichés sur les étrangers à Paris. Cette suite tente donc de recréer la magie initiale, mais ressemble plutôt à ces chanteurs qui, ayant enregistré un tube sans forcément le vouloir, se dépêchent d’en faire un autre en en recréant la «formule». 2 days in New York voit donc Albert Delpy ressortir ses saillies libertaires et soixante-huitardes, Alexia Landeau décliner sa nymphomanie, Alexandre Nahon promener sa nonchalance jointée et irresponsable, et Julie Delpy elle-même refaire son numéro de Woody Allen au féminin, névrosée et speed. Seul Chris Rock débarque comme un parfum de nouveauté plutôt bienvenu, mais cela conduit aussi aux passages les plus pénibles (les monologues face à la PLV d’Obama). Le film s’avère laborieux dans la comédie, agaçant dans son déballage de poncifs sur l’Amérique, et seule l’apparition d’une guest star inattendue procure un vrai frisson de plaisir. On gardera donc secrète son identité, pour ne pas gâcher la meilleure idée de 2 days in New

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Veuve d’un homme qu’elle n’avait pas choisi, la Comtesse Bathory déchaîne les passions dans la Hongrie du XVIIe siècle. On la dit froide, cruelle, calculatrice. On la sait riche et influente. Julie Delpy, actrice et metteur en scène de ce film visiblement très personnel, veut faire émerger la vérité de la Comtesse sans quitter la rumeur tragique que l’on colporte sur elle — elle sera accusée d’avoir fait égorger des vierges pour boire leur sang juvénile. Pour cela, Delpy décrit chaque personnage à travers le conflit entre son désir intime et sa posture publique : István, le trop jeune amant, fidèle mais instrumentalisé par un père qui se venge de la comtesse, qui l’avait rejeté ; Darvulia, prétendument sorcière mais avant tout amoureuse délaissée par Bathory… L’ambiguïté du récit tient à savoir si ce qui nous est raconté à l’écran reproduit une réalité ou la fable qui se développe autour de la comtesse. Quand celle-ci prend le pouvoir dans le récit, c’est surtout une femme libre, franche face à son désir et ses névroses, qui apparaît au spectateur. Mais cette vision-là est une hérésie aux yeux de l’aristocratie de l’époque… Joliment réalisé, le film faiblit un peu dans une derni

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Remarqués avec le rigolo mais totalement vain Undead, ode à la série Z bricolée de toutes pièces, les frangins Spierig passent ici à la vitesse supérieure. Enfin, toutes proportions gardées : connaissant leur art de la débrouille, on peut cependant gager que pour eux, les 20 millions de dollars de budget ont dû leur donner l’impression de tourner Avatar ! Beaucoup moins potache que leur précédent opus, Daybreakers convainc de façon étonnante dans son exposition, via la description d’un monde entièrement régi par des vampires en mal de nourriture humaine, le tout avec une noirceur renvoyant les poupons de Twilight dans leur bac à sable. Mais la relative crédibilité de cette assise narrative ne résiste pas aux coups de butoir des rebondissements du script, tous plus tirés par les cheveux les uns que les autres – en dépit de quelques bonnes idées renouvelant le genre avec un certain panache, on a la fâcheuse impression que les deux metteurs ont plus soigné leur direction artistique que leur scénario… FC

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Le contexte périurbain oppressant, la structure en trois actes donnant systématiquement un nouveau regard sur les événements, et surtout, la composition d’Ethan Hawke en grand benêt dépassé par les événements, autant d’éléments qui tendraient à faire considérer la première réalisation de James De Monaco (auteur des scripts pas franchement mémorables de Jack, du remake d’Assaut et du Négociateur) comme une sorte de 7h58 ce samedi-là en mode mineur. Mais en dehors de ces filiations étrangement évidentes, l’auteur opte pour un ton plus décalé. Il transforme ainsi un chef mafieux déchu en écologiste hardcore, brode une sous-intrigue quasi science-fictionnelle sur fond d’eugénisme, brosse le personnage de Seymour Cassel avec une infinie tendresse en dépit de ses activités pas franchement reluisantes… Une somme de fantaisies qui rend le film plaisant à regarder, en dépit de maladresses typiques du cinéaste débutant, tellement fier de ses effets tant visuels que narratifs qu’il a tendance à les surligner de façon parfois gênante. François Cau

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Christophe Chabert | Mercredi 3 octobre 2007

7h58 ce samedi-là

C'est l'histoire d'un casse qui tourne mal, point de départ mais aussi moment central du film. Un casse aussi minable que celui qui ouvrait Un après-midi de chien, autre grand film de Sidney Lumet, dans une bijouterie tenue par une vieille dame qui se rebiffe et plombe son agresseur. La scène est tétanisante, mais on ne sait alors ni d'où elle vient, ni où elle va aboutir. Car, alors qu'on rejoint le complice du braqueur resté sagement dans la voiture, l'image se met à sauter, et nous voilà propulsés quelques jours auparavant aux côtés de deux frères : Andy, comptable ordinaire en proie à un contrôle fiscal, et Hank, qui cherche du pognon pour payer la pension alimentaire de son ex-femme. Première traversée des apparences : ce n'est pas le frangin dans la dèche qui a eu l'idée du casse, mais celui qui, a priori, mène une vie sans histoire. Tous les autres renversements scénaristiques, nombreux et toujours surprenants, ne doivent pas être révélés à moins de trahir le plaisir du spectateur devant ce film (très) noir à l'intelligence admirable et aux visées existentielles impressionnantes. Miroir brisé Car son mécanisme narratif (changer sans arrêt de point de vue

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