Gravité sur la rentrée ciné

ECRANS | Après un été en demi-teinte, les quatre prochains mois devraient confirmer le cru exceptionnel de cette année 2013. Avec les locomotives cannoises et une pléiade d’auteurs dont on trépigne de découvrir les nouveaux opus, la rentrée est en effet salement musclée. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 20 août 2013

Après le marteau-piqueur estival qui faisait résonner semaine après semaine le même air connu fait de blockbusters, d'animation pour gamins décérébrés, de films d'auteur qu'on ne savait pas où mettre ailleurs et de comédies françaises dont tout le monde se fout, le cinéma reprend ses droits comme à chaque rentrée, avec des œuvres plus audacieuses et moins routinières.

C'est évidemment le cas des deux gagnants du dernier Cannes, en l'occurrence La Vie d'Adèle d'Abdellatif Kechiche (9 octobre) et Inside Llewin Davis des frères Coen (6 novembre). Rien de commun toutefois entre le roman naturaliste sur les amours adolescentes déployé magistralement, trois heures durant, par Kechiche, et le vagabondage d'un folkeux dépressif et poissard dans l'Amérique des années 60 raconté en mode faussement mineur et vraiment métaphysique par les Coen. Rien, sinon une envie de pousser les murs du cinéma, en faisant imploser les limites de la durée d'un côté, et celles des structures scénaristiques de l'autre. En cela, ce sont les deux grands films insoumis de cette rentrée.

On espère pouvoir y ajouter en cours de route le nouveau Bong Joon-ho, Snowpiercer (30 octobre), adaptation d'une bande dessinée française par le cinéaste de The Host, qui imagine un futur où ce qui reste de l'humanité se retrouve dans un train fonçant à toute vitesse à travers les glaces, les riches en tête de wagons, les pauvres derrière. Dans le même registre de superproduction ambitieuse et, on croise les doigts, intelligente, Gravity (23 octobre) marque le retour d'Alfonso Cuaron derrière une caméra cinq ans après la déflagration des Fils de l'homme. Son distributeur, Warner, a laissé filtré tout l'été de larges extraits de ce survival d'un genre nouveau où Sandra Bullock se retrouve perdue dans l'immensité spatiale ; le moins que l'on puisse dire est qu'ils donnent, au sens strict, le vertige.

Gravity fera écho au très beau deuxième film de J. C. Chandor, All is lost (11 décembre), qui lui aussi crée du spectacle en montrant le combat d'un homme seul face aux éléments, en l'occurrence un océan hostile. Robert Redford tient d'un bout à l'autre ce récit d'aventures qui peut se lire aussi comme une pertinente parabole sur la crise économique contemporaine.

Marathon men

Connaissez-vous David Gordon Green ? Sans doute pas — ou mal, tant ses derniers films, commandes comiques sans envergure, ne reflètent pas le style de ce cinéaste discret, auteur de quelques magnifiques OVNI au début des années 2000. C'est ce Green-là qui est de retour avec Prince of Texas (23 octobre), malheureuse "traduction" française de Prince Avalanche, road movie à pied sur une route en construction entre Emile Hirsch et Paul Rudd. Green a depuis réalisé un autre film, Joe, avec Nicolas Cage, qui sortira sur les écrans au début de l'année prochaine. Une productivité qui n'a d'égale que celle de Steven Soderbergh, même si ce metteur en scène cher à notre cœur a décidé de mettre fin à sa carrière après Ma vie avec Liberace (18 septembre), formidable bio filmée de ce pianiste follement gay — l'occasion pour Michael Douglas de livrer une composition d'anthologie. La santé du film et sa science irrésistible de la narration nous poussent à prier pour qu'il revienne au plus vite sur sa décision.

Plus rapide encore, James Wan vient à peine de triompher avec son terrifiant Conjuring qu'il remet le couvert de son tout aussi effrayant Insidious pour un chapitre 2 (2 octobre) qui devrait le consacrer définitivement maître de l'horreur contemporain. Enfin, Alex De la Iglesia rejoint ses boulimiques de la caméra en optant pour le rythme soutenu d'un film par an : en 2013, ce sera Les Sorcières de Zugarramurdi (30 octobre), retour aux sources du fantastique après le chef-d'œuvre historico-baroque Balada Triste.

Signatures internationales

Quelques belles signatures seront de la partie d'ici Noël, que ce soit Ridley Scott avec son thriller écrit par Cormac MacCarthy, Cartel (13 novembre), ou Martin Scorsese, dont Le Loup de Wall Street (25 décembre) marque sa cinquième collaboration avec Leonardo Di Caprio. En France, les espoirs reposent sur Albert Dupontel et son 9 mois ferme (16 octobre) qu'on annonce dans la lignée grinçante de Bernie ou Enfermés dehors, et, dans une certaine mesure, Jean-Pierre Jeunet, dont le T. S. Spivet (16 octobre aussi) cherchera à retrouver le succès d'Amélie Poulain.

L'année se terminera avec un des meilleurs films vus à Cannes, A touch of sin de Jia Zhang Ke (11 décembre), récit multiple illustrant la violence qui gangrène les relations humaines en Chine, d'une ampleur visuelle impressionnante, mais aussi avec une grosse énigme : celle du dernier Lars Von Trier, Nymphomaniac (25 décembre et 1er janvier). Présenté en deux parties, le film promet du cul non simulé en quantité pour raconter l'histoire d'une nymphomane de son adolescence à son âge adulte. Certes, Guiraudie et Kechiche lui ont un peu grillé la politesse cette année, mais si le rusé cinéaste danois va jusqu'au bout de son défi, cela promet quelques cris d'effroi des puritains de tout poil. Qu'on nous pardonne ce calembour final douteux : à Noël, quoi de meilleur qu'un film de boules ?

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Berlinale 2014, jour 3. Vraies et fausses valeurs

ECRANS | Nymphomaniac volume 1 (version longue) de Lars von Trier. Kreuzweg de Dietrich Brüggemann. Historia de miedo de Benjain Naishtat. A long way down de Pascal Chaumeil.

Christophe Chabert | Lundi 10 février 2014

Berlinale 2014, jour 3. Vraies et fausses valeurs

Dans un festival de cinéma, jes journées se suivent et ne se ressemblent pas. Après un samedi fracassant, ce dimanche fut des plus décevants, avec un retour en force de l’auteurisme frelaté qui, jusqu’ici, était resté gentiment à la porte. Le meilleur film du jour, et de très très loin, n’était pas une surprise du tout, puisqu’il s’agissait de la version longue de Nymphomaniac volume 1. Soit le montage voulu par Lars von Trier, avec la totalité des plans de sexe explicite et la durée imaginée par l’auteur. Niveau cul, disons-le, s’il y a là plus de bites en érection et de coïts en insert que dans la version courte, on reste loin du porno annoncé. En revanche, le rythme de cette version est très différent de celle sortie en salles, et cela ne fait désormais plus aucun doute : Nymphomaniac est une des œuvres cinématographiques les plus importantes de ces dernières années. La mise en scène gagne en ampleur, en beauté, en profondeur, gardant tout ce qui faisait déjà la force de la version courte — l’humour insolent, la logorrhée figurative, les morceaux de bravoure comme le chapitre sur Mrs H. / Uma Thurman — en y ajoutant une dimension imp

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Nymphomaniac volume 2

ECRANS | Fin du diptyque de Lars von Trier, qui propulse très haut sa logique de feuilleton philosophique en complexifiant dispositif, enjeux, références et discours, avec d’incroyables audaces jusqu’à un ultime et sublime vertige. On ose : chef-d’œuvre ! Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 23 janvier 2014

Nymphomaniac volume 2

5+3. Cette addition, qui lançait la vie sexuelle de Joe dans le premier volume de Nymphomaniac, est aussi la répartition choisie par Lars von Trier entre les chapitres de chaque partie. 5 pour le coït vaginal et le volume 1 ; 3 pour la sodomie et le volume 2 qui, de facto, fait un peu plus mal que le précédent… Après nous avoir laissé sur un climax diabolique, où la nymphomane hurlait : «Je ne sens plus rien !», von Trier reprend les choses là où elles en étaient : dans la chambre de Seligman, qui ne va pas tarder à expliquer les raisons de sa chaste attitude face au(x) récit(s) de débauche de Joe-Gainsbourg ; et dans celle de Joe-Martin et de Jerome, premier amant, grand amour idéalisé, compagnon et père de son enfant. Mais avant d’embrayer sur un nouveau chapitre et un nouvel épisode entre fantasme (romanesque) et fantasme (sexuel), le voilà qui digresse déjà en flashback sur Joe-enfant et son premier orgasme, où lui apparaissent deux icônes qu’elle prend pour des visions de la vierge Marie, mais que

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Les Sorcières de Zugarramurdi

ECRANS | Alex de la Iglesia fait de nouveau exploser sa colère dans un film baroque et échevelé, comédie fantastico-horrifique qui règle ses comptes avec la crise espagnole et, mais là le bât blesse, la gente féminine. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 2 janvier 2014

Les Sorcières de Zugarramurdi

L’Espagne va mal, plombée par la crise et le retour d’un obscurantisme rallumé par le gouvernement Rajoy. Il n’en fallait pas plus pour raviver la colère d’Alex de la Iglesia, dont le cinéma s’est toujours nourri à égale mesure de culture geek et de révolte politique. L’entrée en matière des Sorcières de Zugarramurdi restera comme un de ses gestes les plus éminemment subversifs : en plein cœur de Madrid, un Christ, un soldat vert et Bob l’éponge vont faire un hold-up dans une boutique de cash contre or, autrement dit un usurier moderne qui profite de la précarisation ambiante. La charge est violente, mais pas autant que les images elles-mêmes, puisque le casse vire au carnage, et la mise en scène à un impressionnant morceau de bravoure où de la Iglesia arrive à faire sentir physiquement le chaos de la situation. Les faux mimes et gangsters amateurs doivent donc fuir à bord d’un taxi direction la frontière franco-espagnole, avec étape à Zugarramurdi. En chemin, les voilà qui dissertent hystériquement sur les raisons qui les ont poussés à commettre leur forfait : leurs ex-femmes ou nouvelles copines qui les ont réduits à l’état de mâles pleurnichards et dévirilisé

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Festival des Arcs : partie 1

ECRANS | Les Sorcières de Zugarramurdi. Nymphomaniac volume 1. Ida. Tonnerre.

Christophe Chabert | Vendredi 20 décembre 2013

Festival des Arcs : partie 1

Le festival du cinéma européen des Arcs — et les Journées DIRE, on va expliquer tout ça assez vite — fait irrésistiblement penser à un film (européen) récent, L’Enfant d’en haut d’Ursula Meier. La station vit sur quatre niveaux d’altitude, de Bourg Saint-Maurice aux Arcs 2000, et il s’agit de faire la navette — littéralement, ce qui, un jour de neige, fout autant le vertige que d’assister à sa première projection de Gravity — entre les différents sites. Et plus on monte, plus c’est la profession — exploitants, distributeurs, presse — qui s’accapare les lieux, tandis que le public reste majoritairement en bas — ce qui ne veut pas dire qu’il n’a pas droit à d’excellents films, bien au contraire. Le festival se répartit ainsi en trois grandes sections : la compétition, composée de films inédits ; les avants-premières et les séances spéciales, qui mettent en avant quelques événements à venir dans l’actualité cinématographique — comme les derniers Nicole Garcia et Patrice Leconte, ou le biopic d’Andrzej Wajda sur Lech Walesa… ; et enfin un panorama, cette année consacrée au cinéma de l’ex-yougoslavie, avec beaucoup de très bonnes choses comme la première pal

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Nymphomaniac, volume 1

ECRANS | Censuré ? Remonté ? Qu’importe les nombreuses anecdotes et vicissitudes qui entourent le dernier film de Lars von Trier. Avec cette confession en huit chapitres d’une nymphomane — dont voici les cinq premiers —, le cinéaste est toujours aussi provocateur, mais dans une tonalité légère, drôle et ludique qui lui va plutôt bien. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 17 décembre 2013

Nymphomaniac, volume 1

On avait laissé Lars von Trier sur la fulgurante dernière image de Melancholia, parvenu au bout de sa dépression et affirmant que le meilleur moyen d’apaiser ses tourments, c’était encore de voir le monde voler en éclats. Au début de Nymphomaniac, après avoir plongé longuement le spectateur dans le noir et une suite de bruits anxiogènes, il révèle le corps de Joe — Charlotte Gainsbourg, réduite dans ce premier volet au statut de narratrice des exploits de son alter ego adolescente, la troublante Stacy Martin — dans une ruelle sombre, ensanglantée et amochée. Passe par là un brave bougre nommé Selligman — Stellan Skarsgard — qui la recueille chez lui et lui demande ce qui s’est passé. «Ça va être une longue histoire» dit-elle, après avoir affirmé qu’elle était une «nymphomane»… En fait, l’histoire tient en deux films décomposés en huit chapitres comme autant de récits obéissant à des règles esthétiques propres, utilisant une panoplie d’artifices — ralentis, split screen, retours en arrière — et changeant sans cesse de formats — pellicule e

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Gravity de retour en IMAX

ECRANS | Pour tous ceux qui ne l’auraient pas encore vu, et pour tous ceux qui voudront le revoir dans les conditions voulues par son cinéaste Alfonso Cuarón, (...)

Christophe Chabert | Mercredi 13 novembre 2013

Gravity de retour en IMAX

Pour tous ceux qui ne l’auraient pas encore vu, et pour tous ceux qui voudront le revoir dans les conditions voulues par son cinéaste Alfonso Cuarón, Gravity ressort pour une semaine en IMAX au Pathé Carré-de-Soie de Vaulx-en-Velin, avec notamment une seule et unique projection en VO ce lundi 18 novembre à 19h10. Dans cette version, le spectacle est encore plus immersif et la beauté de la mise en scène, notamment le magnifique travail d'Emmanuel Lubezki, qui a cherché à redonner une texture proche de l'argentique à l'image numérique, toujours plus frappante.

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Prince of Texas

ECRANS | De David Gordon Green (ÉU, 1h34) avec Paul Rudd, Emile Hirsch…

Christophe Chabert | Lundi 28 octobre 2013

Prince of Texas

Après trois comédies graduellement décevantes, Prince of Texas marque le retour en forme de David Gordon Green, dont on avait tant aimé L’Autre rive. Retour discret toutefois : ce road movie minimaliste où deux hommes tracent une route au milieu de nulle part séduit par sa nonchalance, son humour pince-sans-rire et son goût des creux dramatiques. Il ne s’y passe donc pas grand chose, et lorsque des événements importants arrivent aux personnages, c’est hors de leur périmètre, méticuleusement respecté. Le film ne quitte donc jamais cette route sans début ni fin, mais y fait transiter des lettres, des anecdotes et des fantômes, le temps de séquences suspendues où les caractères vacillent peu à peu — le psychorigide comprend la vacuité de son existence, le chien fou se découvre doué d’une forme insoupçonnée de compassion. Petit film donc, parfait pour patienter avant le prochain David Gordon Green, Joe, avec Nicolas Cage. Christophe Chabert

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Snowpiercer

ECRANS | Après "The Host" et "Mother", Bong Joon-ho frappe à nouveau très fort avec cette adaptation cosmopolite d’une bande dessinée française des années 80, récit d'anticipation se déroulant dans un train tournant sans fin autour d’un monde rendu à l’ère glaciaire. Épique et politique, une fable très sombre d’une grande intelligence dans son propos comme dans sa mise en scène. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 24 octobre 2013

Snowpiercer

Même après sa fin, le monde continue de tourner. Enfin, pas exactement, car ce sont plutôt les humains qui le peuplent, derniers survivants d’une hasardeuse expérience scientifique ayant plongé la planète dans une nouvelle ère glaciaire, qui en sont réduits à faire des révolutions à bord d’un train-arche en mouvement perpétuel. La révolution, à l’autre sens du terme, couve dans les wagons de queue, où sont stockés dans des conditions de salubrité dégradantes les miséreux, à qui l’on enlève leurs enfants pour les emmener dans les wagons de tête, ceux des nantis. Bong Joon-ho, génial cinéaste sud-coréen de The Host et de Mother, a trouvé dans Le Transperceneige, BD française culte parue dans les années 80, cette cruelle métaphore d’une lutte des classes qui survit à l’apocalypse, repensant l’habituelle distribution verticale des rôles (les riches en haut, les pauvres en bas) dans une habile horizontalité. C

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Cuarón, enfin en orbite

ECRANS | Le triomphe de Gravity sonne pour Alfonso Cuarón les cloches d’une renommée tardive, après pas mal de rendez-vous manqués. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 16 octobre 2013

Cuarón, enfin en orbite

Alors que des cinéastes comme Fincher, P. T. Anderson ou Guillermo Del Toro sont depuis longtemps installés au sommet du cinéma contemporain, Alfonso Cuarón restait, jusqu’à Gravity, un outsider. Pourtant, il a débuté avant tous ces cinéastes-là et, à 52 ans, affiche plus de vingt années d’activité derrière la caméra. Son premier film, tourné en 1991 dans son Mexique natal, Solo con tu pareja, est remarqué par la presse mais est devenu quasiment introuvable — en DVD, seul l’excellent éditeur américain Criterion en propose une version. Quatre ans plus tard, le voilà déjà à Hollywood pour y réaliser l’adaptation d’un classique de la littérature enfantine, La Petite Princesse, qui fera l’admiration de Tim Burton mais qui s’avèrera un échec à sa sortie. Puis il signe pour une transposition contemporaine du roman de Dickens, De grandes espérances, sans doute son moins bon film, handicapé par un casting raté réunissant un fade Ethan Hawke et une peu crédible Gwyneth Paltrow. On sent que

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Gravity

ECRANS | En propulsant le spectateur en apesanteur aux côtés d’une femme perdue dans l’immensité sidérale, Alfonso Cuarón ne réussit pas seulement une révolution technique, mais donne aussi une définition nouvelle de ce qu’est un film d’auteur. Et marque une date dans l’Histoire du cinéma. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 16 octobre 2013

Gravity

Le silence, la Terre, et un panoramique excessivement lent, comme si la caméra elle-même flottait dans l’espace. On distingue ensuite une silhouette lointaine dans un scaphandre, tournant autour d’une station spatiale arrimée au satellite Hubble, en cours de réparation. Mission de routine pour ces astronautes américains ; l’un, Matt Kowalsky, chevronné et effectuant sa dernière sortie — un Georges Clooney égal à lui-même, c’est-à-dire dans un professionnalisme hawksien et une décontraction absolue — l’autre, Ryan Stone, passant pour la première fois du laboratoire aux travaux pratiques dans l’immensité spatiale — Sandra Bullock, fabuleuse, transmuée par un rôle qui la pousse vers une gamme complète d’émotions. D’ailleurs, durant cette introduction déjà furieusement immersive, le dialogue, remarquablement écrit, cherche une simplicité que l’on retrouvera dans la ligne claire de son récit et relève du badinage ordinaire ; Stone supporte mal le tangage lié à l’apesanteur, Kowalsky raconte des histoires sur sa jeunesse et sa femme, un troisième astronaute s’amuse à faire des pirouettes et Houston — Ed Harris, une voix

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Insidious : chapitre 2

ECRANS | Après la somme qu’était "Conjuring", James Wan allait-il faire avec ce deuxième "Insidious" le film d’horreur de trop ? Que nenni ! Passée une maladroite introduction, ce chapitre 2 s’avère au contraire son film le plus fou, baroque et expérimental. Un grand cinéaste, cette fois, c’est sûr ! Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 2 octobre 2013

Insidious : chapitre 2

James Wan n’en a pas fait mystère, Insidious chapitre 2 marque ses adieux au genre qui l’a rendu célèbre : le film d’épouvante. Il peut passer à autre chose l’esprit tranquille : il lui a rendu ses lettres de noblesse et parvient même, dans son ultime effort, à en pousser encore les murs. Deux mois à peine après la sortie de Conjuring et son succès planétaire, il y avait pourtant un petit risque : comment surpasser sa magistrale première heure, aboutissement de la méthode Wan, fondée sur la suggestion et le contrôle de l’espace, du temps et des mouvements d’appareil pour créer des climats d’angoisse vintage d’une efficacité redoutable ? Le début d’Insidious chapitre 2 laisse penser qu’en effet, le cinéaste signe peut-être ici son film de trop. Si cette première demi-heure fait peur, c’est plus pour son côté débraillé et sa façon d’embrayer sans conviction sur la conclusion du premier volet que par ses instants de terreur. Peu inspirée, la mise en scène arrive tout juste à

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Ma vie avec Liberace

ECRANS | Pour ses adieux au cinéma, Steven Soderbergh relate la vie du pianiste excentrique Liberace et de son dernier amant, vampirisé par la star. Magistralement raconté, intelligemment mis en scène et incarné par deux acteurs exceptionnels. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 12 septembre 2013

Ma vie avec Liberace

Tout ce qui brille n’est pas or. Pour Liberace, pianiste virtuose et showman invétéré, c’est surtout le strass qui doit briller, en mettre plein la vue au point d’entraîner une étrange cécité chez ses fans. Lorsque Scott Thorson découvre son spectacle et l’enthousiasme du public straight et âgé qui le regarde, il se demande : «Comment peuvent-ils aimer un truc aussi gay ?». Son compagnon lui répond qu’ils ne veulent pas voir ce qui pourtant saute aux yeux. En cela, Liberace est autant un formidable personnage qu’un pur produit de son époque : du queer criard qui se terminera dans un grand crash larmoyant. La beauté du dernier film de Steven Soderbergh, c’est qu’il fonctionne sur le même type de santé paradoxale : le scénario de Richard LaGravenese est un modèle de storytelling, plein de verve et de répliques cinglantes, mais il explore les facettes les plus sombres de Liberace. Quant à la mise en scène, elle capte le kitsch scintillant qui constitue l’univers domestique du pianiste, avant d’en révéler la dimension cauchemardesque, à l’image de cette moumoute qui, une fo

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Une rentrée cinéma en apesanteur

ECRANS | De septembre à décembre, le programme de la rentrée cinéma est riche en événements. Grands cinéastes au sommet de leur art, nouveaux noms à suivre, lauréats cannois, blockbusters attendus et peut-être inattendus. Morceaux de choix à suivre… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 21 août 2012

Une rentrée cinéma en apesanteur

Une rentrée sans Palme d’or cannoise n’est pas vraiment une rentrée. Et même si, comme il y a trois ans, elle est signée Michael Haneke, il ne faudra pas rater Amour (24 octobre), tant le film est un accomplissement encore plus sidérant que Le Ruban blanc dans la carrière du cinéaste autrichien. Avec sa rigueur habituelle, mais sans le regard surplombant qui a parfois asphyxié son cinéma, Haneke raconte le crépuscule d’un couple dont la femme (Emmanuelle Riva) est condamnée à la déchéance physique et qui demande à son mari (Trintignant) de l’accompagner vers la mort. C’est très dur, mais aussi très beau et puissamment universel, grâce entre autres à la prestation inoubliable des deux comédiens, au-delà de tout éloge. L’autre événement post-cannois est aux antipodes de ce monument de maîtrise et d’intelligence ; pourtant, Les Bêtes du sud sauvage (12 décembre), premier film de l’Américain Benh Zeitlin, procure des émotions et des sensations tout aussi intenses. Osant le grand pont entre

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