Thor : le monde des ténèbres

ECRANS | Écrit n’importe comment et sans aucune ligne artistique, ce nouveau Thor est sans doute ce que les studios Marvel ont fait de pire. Mais est-ce vraiment du cinéma, ou seulement de la télévision sur grand écran ? Christophe Chabert

Christophe Chabert | Samedi 2 novembre 2013

Une intro pompée sur Le Seigneur des anneaux, du rétrofuturisme médiéval, de la comédie romantique, de la destruction massive, des monstres… Le brassage de ce nouveau Thor pourrait être qualifié de «pop» si on considérait qu'il y avait autre chose que des décideurs derrière. On préfèrera donc parler de pot-pourri marketing où une armée de scénaristes réunis en pool tentent de faire entrer des carrés dans des ronds avant qu'un cinéaste venu de la télé n'aille illustrer l'affaire à la va-comme-je-te-pousse — qui pourra par exemple expliquer cette succession de mises au point ratées, à moins que ce ne soit la post-production qui ait saccagé certains plans ?

Il n'est pas compliqué de mettre en pièces ce blockbuster poussif et vain à côté duquel le premier volet signé Kenneth Brangah, pourtant très moyen, prend soudain une intégrité indéniable. Par exemple, son absence totale de ligne artistique, qui peut passer d'un combat titanesque platement mis en scène dans un champ banal et sans ligne de fuite à un univers entièrement numérique complètement baroque et sans horizon, de Londres à Asgard, où la ville semble avoir été repêchée dans les décors vacants de Game of thrones — Alan Taylor, le réalisateur, en vient. Le film en a conscience, et ne cesse de noyer le poisson en accumulant les péripéties scénaristiques et les cliffhangers, au mépris de la plus absolue logique, changeant régulièrement de route et d'enjeux pour éviter que le spectateur ne regarde concrètement ce qui se passe sur l'écran.

A tout cela, Taylor et ses scénaristes ont ajouté ce qu'ils appellent sans doute de «l'humour», et qui n'est rien d'autre qu'un mépris profond pour la mythologie qu'ils manient. Déjà dans le premier volet, la deuxième partie faisait entrer une dose de ridicule dans l'histoire en confrontant les Dieux descendus de l'Olympe et quelques ploucs de l'Amérique profonde. Ici, la dérision s'insinue à tous les niveaux ; le personnage de Thor n'est pas épargné, lançant des vannes ridicules ou faisant rigoler en accrochant son marteau à un portemanteau ; mais les humains ne sont pas mieux traités, avec notamment un acharnement sur ce pauvre Stellan Skarsgard, condamné à se promener à poil ou en slip pendant une grande partie du film.

Mais le sentiment qui domine en voyant Thor : le monde des ténèbres, c'est celui de s'être fait flouer. Par la misère du spectacle proposé, certes, mais surtout par la prétention à le vendre comme du cinéma. Or, le film fonctionne exactement comme une série télé, et pas la meilleure, ça va de soi. Primat de l'écriture — conçue comme rouleau compresseur narratif qui écrase tout sur son passage — sur l'idée même de développer une mise en scène. De fait, on passe tellement de temps à essayer de suivre ce qui se raconte que rien n'imprime vraiment la rétine. Il n'y a aucune sidération visuelle, aucun plan, aucune séquence qui surnage de cette bouillabaisse (télé)visuelle. Car, malgré ses effets spéciaux, son scope, son IMAX et sa 3D, Thor est avant tout fait pour être apprécié sur des petits écrans, chez soi ou sur son téléphone portable, découpé en autant de morceaux que de stations de métro ou de fenêtres mal fermées.

Bien sûr, entre temps, Gravity est passé par là. On a beaucoup entendu à son propos que le film «manquait de scénario» ; étrange reproche pour un film qui vise si clairement l'épure et la stase visuelle, qui prend le temps non pas de la surenchère mais de l'immersion dans un univers et dans le drame d'un personnage, qui n'oublie jamais d'écrire parfaitement par le dialogue la quotidienneté des situations et qui, surtout, propose au spectateur une expérience de contemplation qui est l'essence même du cinéma depuis son invention. Pendant que Cuarón réinventait le cinéma fait pour le cinéma, Marvel, Taylor et ses sbires sans talent ne font que du home cinéma, c'est-à-dire un avatar médiocre de ce que la télévision propose déjà jusqu'à l'overdose, et qu'aujourd'hui les studios américains produisent en série — et la scène post-générique indique que l'on n'est pas près d'en voir la fin.


Thor : Le Monde des ténèbres

D'Alan Taylor (ÉU, 2h10) avec Chris Hemsworth, Natalie Portman... Thor se bat pour restaurer l’ordre dans le cosmos, mais une ancienne race, sous la conduite du terrible Malekith, un être assoiffé de vengeance, revient pour répandre les ténèbres.
Pathé Cordeliers 20 rue Thomassin Lyon 2e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Doudou et dur à la fois : "Mon ninja et moi" d'Anders Matthesen

Animation | Depuis que sa mère s’est remise en ménage, Alex a hérité d’un “demi-frère“ de son âge qui le tyrannise à la maison et au collège. Quand son oncle excentrique lui offre une poupée de ninja magique ramenée de Thaïlande, Alex pense tenir sa revanche. Mais la contrepartie sera rude…

Vincent Raymond | Mercredi 8 juillet 2020

Doudou et dur à la fois :

La toute neuve société de distribution Alba Films tient sa première authentique pépite avec ce long-métrage danois méritant d’être le succès d’animation de l’été 2020. Mon ninja et moi marque en effet une réjouissante révolution dans l’univers plutôt corseté et policé des productions destinées au “jeune public” — vocable flou qui rassemble bambins jusqu’aux ados. À présent que tous les studios d’animation ont globalement atteint une excellence technique comparable à celui développé par Blue Sky, Dreamworks ou Pixar et uniformisé leur style graphique, le récit (et son traitement) est devenu l’ultime refuge de la singularité. Un retour aux fondamentaux pour spectateurs blasés des prouesses visuelles asymptotiques. Auteur et coréalisateur de Mon ninja et moi, Anders Matthesen donne le ton dès le début en montrant des enfants exploités dans une usine thaïlandaise, clairement maltraités pour fabriquer les jouets des petits Occidentaux : la mondialisation expliquée par une relation de cause à effet, sans parabole émolliente. De la même manière seront ab

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Aux limites du genre : "Border"

Le Film de la Semaine | La rencontre de deux êtres à la monstruosité apparente, une enquête sur des monstruosités cachées et des éveils sensuels peu humains… Chez Ali Abbassi, la Suède est diablement fantastique et plus vraie que nature. Prix Un Certain Regard Cannes 2018.

Vincent Raymond | Mardi 8 janvier 2019

Aux limites du genre :

Dotée d’un physique ingrat, Tina possède un odorat hors du commun lui permettant de repérer les fraudeurs à la frontière où elle est douanière. Un jour, elle détecte un suspect au physique aussi repoussant que la sien, Vore. En sa compagnie, Tina va découvrir qui elle est réellement… Par ses personnages rivalisant avec l’immonde Jo “Le Ténia“ Prestia (Irréversible) ou le répugnant Willem “Bobby Peru“ Dafoe (Sailor & Lula), Ali Abbasi interroge ici en premier chef la féconde question de la monstruosité, travaillant le traditionnel syntagme affichée/effective : la disgrâce physique n’étant pas le réceptacle obligé d'une âme hideuse — le fantastique abonde d’exemples contraires ; souvenons-nous de Freaks ou de La Belle et la Bête. Mais s’il tient du conte initiatique, Border ne se borne pas à traiter des seules apparences et oppositions ; il explore cette zone grise, intermédiaire, aux contours indistincts et flous constituant la frontière, dans les nombreuses acceptions du concept. Et m

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Welcome to the Hotel California & Nevada : "Sale temps à l'hôtel El Royale"

Thriller | de Drew Goddard (É-U, int.-12 ans, 2h22) avec Chris Hemsworth, Dakota Johnson, Jon Hamm…

Vincent Raymond | Mardi 6 novembre 2018

Welcome to the Hotel California & Nevada :

Fin des années 1960. Construit à cheval entre la Californie et le Nevada, l’Hotel El Royale a connu des jours meilleurs. C’est pourtant dans ce décor décrépit que se retrouvent une poignée de voyageurs en apparence ordinaire. Ne vous a-t-on jamais dit de vous méfier des apparences ? Distribution de prestige, première séquence intrigante, décor prometteur… Drew Goddard sort du bois avec du costaud dans la musette. Sous l’apparence d’un polar mode-vintage, un peu exagérément série B, à la manière d’une fantaisie des frères Coen, et chapitré/destructuré à la Tarantino, Sale temps à l’hôtel El Royale cristallise dans ses coursives un concentré des obsessions, des hantises et des traumas ayant frappé la société américaine au tournant des années 1960, alors qu’elle faisait le deuil de ses soldats morts au Vietnam, de(s) Kennedy, des Trente Glorieuses et de nombreuses illusions… Derrière le paravent du film de braquage, c’est en ce lieu symboliquement frontière que le mythe d’une nation éternellement adolescente prend du plomb dans l’aile (et d

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En vert et contre tout : "Woman at War"

Drame | de Benedikt Erlingsson (Is, 1h41) avec Halldora Geirhardsdottir, Davíd Thór Jónsson, Magnús Trygvason Eliassen…

Vincent Raymond | Mardi 3 juillet 2018

En vert et contre tout :

Avec son arc, ses flèches et son culot, la combative Halla sabote les installations électriques islandaises afin de pénaliser l’industrie de l’aluminium et surtout préserver l’environnement. Parallèlement, elle espère depuis trois ans obtenir un feu vert pour adopter une petit fille… Les cinémas du Nord usurpent rarement leur réputation d’excentricité, pas plus qu’ils ne manquent une occasion de valoriser leurs territoires. En prenant pour héroïne une activiste écolo cheffe de chœur et quasi quinquagénaire, Benedikt Elingsson met donc la barre haut question singularité ; dommage qu’il incorpore à son récit une sœur jumelle, vieille lune scénaristique dont il est évident dès son apparition à l’écran qu’elle aura un rôle décisif dans le dénouement. Cela gâche, sinon la férocité du propos politique et poly-militant — en faveur de l’adoption par des femmes seules, contre la marchandisation des ressources naturelles, contre le délit de faciès etc. —, la qualité globale du film. Même s’il va dans le sens de l’Histoire ; même s’il est joliment emballé dans une esthétique ultra-léchée (avec bande originale visible car joué

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Jazz à Vienne... à Val Thorens

Festival | En attendant l'été, et pour la première fois, Jazz à Vienne a décidé de prendre du 10 au 12 avril ses quartiers de printemps là où l'hiver dure un peu plus (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 13 février 2018

Jazz à Vienne... à Val Thorens

En attendant l'été, et pour la première fois, Jazz à Vienne a décidé de prendre du 10 au 12 avril ses quartiers de printemps là où l'hiver dure un peu plus longtemps qu'ailleurs : à Val Thorens à 2300 m d'altitude. Le forfait, très éclectique, comprendra non seulement apéro-jazz, JazzMix, conférence, projection, spectacle jeune public, exposition 10 ans de photos de Jazz à Vienne mais aussi concerts jusqu'en bas des pistes, sis entre 13h et 2h du matin. Avec au programme ; des étoiles telles que le Kyle Eastwood Quintet, China Moses, Foehn trio, le trio funk lyonnais Da Break, Dowdelin et DJ Harry Cover... Et très logiquement, ça s'appelle Jazz à Val Thorens.

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We Blew It

ECRANS | Nul besoin de vous rappeler à quel point nous avions apprécié le documentaire de Jean-Baptiste Thoret, We blew it (consacré à l’évolution des États-Unis des années (...)

Vincent Raymond | Mercredi 17 janvier 2018

We Blew It

Nul besoin de vous rappeler à quel point nous avions apprécié le documentaire de Jean-Baptiste Thoret, We blew it (consacré à l’évolution des États-Unis des années 1970 à Trump) et combien nous avions déploré que ce road-movie analytique, chargé de témoignages précieux et débordant d’amour pour le cinéma (starring Peter Bodganovitch, Jerry Schatzberg, Tobe Hooper…), n’ait été programmé sur aucun écran lyonnais lors de sa sortie nationale. Miracle ! Le cinéma Jeanne-Mourguet répare cet oubli en conviant le réalisateur lors d’une soirée spéciale. Au Cinéma Jeanne-Mourguet à Saint-Foy-lès-Lyon le mercredi 17 janvier à 20h

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Les USA, entre le road movie et la mort : "We blew it"

Le Film de la Semaine | Comment a-t-on pu passer de sex, summer of love & rock’n’roll au conservatisme le plus radical ? Sillonnant la Route 66, Jean-Baptiste Thoret croise les témoignages d’Étasuniens oubliés des élites et désillusionnés avec ceux de hérauts du Nouvel Hollywood. Balade amère dans un pays en gueule de bois.

Vincent Raymond | Mardi 7 novembre 2017

Les USA, entre le road movie et la mort :

Sans doute Thoret aurait-il aimé ne jamais avoir à réaliser ce documentaire. Mais par l’un de ces étranges paradoxes dont l’histoire des idées et de la création artistique regorge, son édification a découlé d’une déprimante série de constats d’échecs — ou d’impuissance. Elle se résume d’ailleurs en cette sentence laconique donnant son titre au film : « We Blew it », « On a merdé ». Empruntée à Peter Fonda dans Easy Rider (1969) de Dennis Hopper, la réplique apparaît à bien des égards prémonitoire, voire prophétique. Roots et route La route est longue de Chicago à Santa Monica : 2450 miles. Prendre le temps de la parcourir permet de mesurer (au sens propre) l’accroissement incessant de la distance entre les oligarques du parti démocrate et la population. De constater la paupérisation et la fragilité de celle-ci. D’entendre, également, son sentiment de déshérence ainsi que sa nostalgie pour un “âge des possibles” — et de toutes les transgressions — révolu. Une somme de frustrations capitalisées par un Trump prompt à faire miro

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On connaît la chanson : "Song To Song" de Terrence Malick

Love story | Retour à une forme plus narrative pour le désormais prolifique Terrence Malick, qui revisite ici le chassé-croisé amoureux dans une forme forcément personnelle et inédite.

Vincent Raymond | Mercredi 5 juillet 2017

On connaît la chanson :

Deux hommes, deux femmes : leurs histoires d’amour et professionnelles, croisées ou réciproques dans l’univers musical rock d’Austin… Après le sphérique et autoréférenciel Voyage of Time — amplification des séquences tellurico-shamaniques de Tree of Life façon poème mystique à liturgie restreinte — Terrence Malick renoue avec un fil narratif plus conventionnel. Avec ce que cela suppose d’écart à la moyenne venant du réalisateur de À la Merveille. Song To Song prouve, si besoin en était encore, que ce n’est pas un argument qui confère à un film son intérêt ou son originalité, mais bien la manière dont un cinéaste s’en empare. Le même script aurait ainsi pu échoir à Woody Allen ou Claude Lelouch (amours-désamours chez les heureux du monde et dans de beaux intérieurs, avec les mêmes caméos de Val Kilmer, Iggy Pop, Patti Smith), on eût récolté trois films autant dissemblables entre eux que ressemblants et identifiables à leur auteur. Persistance de la mémoire

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"Jackie" : Une reine pour Larraín

ECRANS | de Pablo Larraín (E-U, 1h40) avec Natalie Portman, Peter Sarsgaard, Greta Gerwig…

Vincent Raymond | Mardi 31 janvier 2017

Novembre 1963. JFK vient d’être assassiné et sa désormais veuve Jackie Bouvier Kennedy reçoit un journaliste dans sa résidence glacée pour évoquer l’attentat de Dallas, mais aussi son avenir. Au fil de la discussion, elle se remémore pêle-mêle les jours heureux à la Maison-Blanche, les préparatifs des obsèques et la journée fatale… À l’instar de Neruda sorti il y a un mois, Jackie est un biopic transgressif où le sujet principal ayant la pleine conscience de sa future place dans l’Histoire, se permet d’en soigner les contours en abrasant la moindre irrégularité apparente : la si lisse Mrs. Kennedy affirme ainsi ne pas fumer… en écrasant une de ses innombrables cigarettes ; la si droite Jackie tient debout… gavée de calmants et d’alcool. Dans la famille Kennedy, l’apparence prime sur l’expression publique d’un quelconque affect privé ; qu’importent les circonstances, Jackie se doit de participer à l’écriture de la glorieuse geste de cette dynastie. La construction achron

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Téléactivité au Comœdia en présence de Jérôme Jouvray

Avant-Première | Prévu pour être diffusé sur Arte le 20 septembre à 20h30, le documentaire de Myriam Tonelotto [Thorium] La face gâchée du nucléaire possède l’originalité d’intégrer des (...)

Vincent Raymond | Mardi 6 septembre 2016

 Téléactivité au Comœdia en présence de Jérôme Jouvray

Prévu pour être diffusé sur Arte le 20 septembre à 20h30, le documentaire de Myriam Tonelotto [Thorium] La face gâchée du nucléaire possède l’originalité d’intégrer des séquences animées signées par l’illustrateur Jérôme Jouvray et une équipe d’étudiants (Émile-Cohl, Bellecour École d’Art, EMCA). La réalisatrice et l’animateur se déplaçant pour une projection publique en avant-première au Comœdia, vous pourrez découvrir avant tout le monde le destin avorté des réacteurs à sels fondus, ce qui vous permettra de briller (dans le noir) en société. Ou de vous faire dédicacer votre programme télé… Au Comœdia le samedi 10 septembre à 11h

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Nature Writing : La littérature des grands espaces

ECRANS | Aux racines du film d'Iñárritu se trouve un livre éponyme de Michael Punke, romançant l’épopée de Hugh Glass : l’histoire extraordinaire du trappeur de la (...)

Vincent Raymond | Mercredi 24 février 2016

Nature Writing : La littérature des grands espaces

Aux racines du film d'Iñárritu se trouve un livre éponyme de Michael Punke, romançant l’épopée de Hugh Glass : l’histoire extraordinaire du trappeur de la Rocky Mountain Fur Company, abandonné vivant en 1823 par ses compagnons pensant qu’il ne survivrait pas à ses blessures infligées par une ourse, est authentique. Elle appartient même à ces légendes fondatrices du continent nord-américain, circulant de bouche (édentée) de pionnier à oreille (déchiquetée) de maréchal-ferrant, colportées de péripatéticienne en tenancier de saloon. L’auteur évoque dans son ouvrage d’autres figures emblématiques de la conquête de l’Ouest — tel George Drouillard — ayant payé de leur vie leur soif de grands espaces, de fortune et d’aventures. Disposant de sources lacunaires, Punke reconnaît avoir laissé son inspiration galoper : sa trame se révèle d’une tonalité plus noire, moins mystique et complexe que celle développée dans le film. Iñárritu a ajouté la concurrence de pilleurs de peaux, brodé sur le passé familial du trappeur pour lui donner des motifs de vengeance supplémentaires dépassant sa seule personne. Et justifié les attaques indiennes par de sombres antécédents, pour le

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Dix concerts qui vont faire du bruit

MUSIQUES | Dans le landerneau des organisateurs de concerts, ce mois d'octobre 2015 est si dense en propositions qu'il est surnommé "Octobrute". Un nickname d'autant plus approprié qu'une bonne partie d'entre elles fait plus dans le jean élimé que dans la dentelle. Exemples contractuels.

Benjamin Mialot | Mardi 13 octobre 2015

Dix concerts qui vont faire du bruit

Valient Thorr / Broken Water On a découvert Valient Thorr par hasard, au détour d'un abattoir reconverti en squat de vikings. C'était à l'été 2014, on avait une bonne douzaine d'années de retard sur le reste de la population mondiale – du moins celle assez sensible au high energy rock'n'roll pour s'organiser en chapitres – mais qu'importe : rarement a-t-on vu musiciens faire montre d'autant d'engagement que ces Américains aux bonnes trognes... ben d'Américains. Au point de descendre, entre deux riffs taillés pour faire imploser les jukeboxes des restoroutes, faire du rameur dans la fosse. [+ Child + Black Bone] Au Warmaudio jeudi 15 octobre On a déploré la brouille de Frank Black et Kim Deal. On a chouiné à l'idée que Thurston Moore et Kim Gordon les imitent – et ils ont fini par le faire, les salauds. Puis est apparu Broken Water. C'était en 2010 avec Whet, un premier album qui voyait ce très revendicatif trio mixte d'Olympia (des droits des femmes à la surveillance généralisée, ce ne sont pas

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Hacker

ECRANS | Ce devait être le grand retour de Michael Mann après le décevant "Public Enemies", mais ce cyber-thriller ne fait oublier un scénario aux enjeux dramatiques faibles et aux personnages superficiels que lors de ses scènes d’action époustouflantes et novatrices. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 17 mars 2015

Hacker

Pour son retour au cinéma après six ans de silence — et une série HBO avortée, Luck — Michael Mann s’est fixé un défi à la hauteur de sa réputation : filmer les flux du cyberespace et la manière dont cette mondialisation des données affecte le monde réel. Hacker va donc défier David Fincher, l’autre grand cinéaste numérique du XXIe siècle, sur son terrain de prédilection, et il le fait d’abord en matérialisant les circuits informatiques qui relient un cyberpirate à une centrale nucléaire chinoise, provoquant une catastrophe aux conséquences géopolitiques inattendues. En effet, la police chinoise doit pactiser avec le FBI américain pour retrouver l’auteur de l’attaque, qui pourrait avoir des liens avec un ancien hacker purgeant une peine de prison, à qui l’on accorde donc une gracieuse liberté conditionnelle le temps de l’enquête. On sent que Mann se plaît à amener son cinéma vers de nouveaux territoires, que ce soit celui des effets spéciaux numériques ou celui de l’empire capitaliste chinois avec ses villes polluées et ultratechnologiques. En revanche, il ne trouve de moyen pour les faire se rejoindre qu’un action man bodybuildé et

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1001 grammes

ECRANS | De Bent Hamer (Norv-All-Fr, 1h30) avec Ane Dale Thorp, Laurent Stocker…

Christophe Chabert | Mardi 10 mars 2015

1001 grammes

Marie, scientifique norvégienne, a une mission : protéger précieusement le kilo national pour l’amener à la conférence du Bureau International des Poids et Mesures à Paris, où tous les pays viennent étudier les infimes variations subies par leur étalon au fil des ans. À la différence de ce travail soigneusement organisé, la vie de Marie est un chantier : la santé de son père est vacillante et ses amours sont au point mort. Lorsqu’elle croise un jardinier philosophe nommé Pi (le frenchy Laurent Stocker de la Comédie française), elle entame un marivaudage en sourdine, que Bent Hamer choisit de mettre en scène à la Norvégienne, c’est-à-dire avec cet humour à froid embastillé dans des cadres calculés au micromètre. La comédie se joue donc à deux à l’heure, tandis que la romance se déploie moins vite encore ; on peut trouver ça charmant, mais c’est surtout un peu gentillet. Les jeux de répétition — de plans, de lieux, de déplacements — s'ajoutent à ce petit précis d’horlogerie sentimentale, où tout n’est que calcul de précision — c’est le sujet, mais c’est aussi la forme du film. Christophe Chabert

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Les dossiers de Warren

CONNAITRE | Visuelle par excellence, la littérature policière est l'une des plus solubles dans le neuvième art. La très belle collection d'adaptations que co-éditent (...)

Benjamin Mialot | Mardi 1 avril 2014

Les dossiers de Warren

Visuelle par excellence, la littérature policière est l'une des plus solubles dans le neuvième art. La très belle collection d'adaptations que co-éditent Castermann et Rivages depuis 2008, et qui comprend notamment un scrupuleux et iconique Dahlia Noir par Matz, David Fincher et Myles Hyman, suffit à en attester. La présence simultanée dudit Myles Hyman et de James Ellroy à Quais du polar aussi. Ce n'est toutefois pas dans cette convergence que réside l'événement BD de cette édition 2014, mais dans la venue d'un scénariste anglais à la barbe druidique dont l'un des principaux accomplissements est d'avoir déconstruit la figure du super-héros. Non, il ne s'agit pas d'Alan Moore, mais de Warren Ellis, auteur de Planetary et The Authority, sagas spectaculaires et sophistiquées qui le virent, d'un côté par le prisme d'une organisation secrète d’archéologues surhumains, de l'autre par celui d'une force d'intervention planétaire aux méthodes expéditives, non seulement mettre au jour les modes de construction de la culture pop (du cinéma hongkongais aux comics eux-mêmes), mais aussi examiner sous un angle inédit de brûlantes questions de société (d

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Rush

ECRANS | Autour de la rivalité entre Niki Lauda et James Hunt, Ron Howard surprend en signant un film à la fois efficace et discret où, par-delà l’affrontement sportif, l’important est de se trouver un meilleur ennemi. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 23 septembre 2013

Rush

Pour toute une génération, Niki Lauda est ce champion de Formule 1 autrichien défiguré après un accident spectaculaire, un visage monstrueux autant qu’une légende de son sport. Diverses plaisanteries pas très fines ont achevé d’en faire un mythe, et Rush en ajoute une dernière, accessible au seul public français, en faisant incarner le coureur par l’excellent Daniel Brühl… Cette transformation est le pivot dramatique du film de Ron Howard, son climax un peu obscène — les scènes d’hôpital ne sont pas du meilleur goût en termes de mise en scène — mais c’est aussi là que se joue sa séduisante alliance d’efficacité et de subtilité. Rush n’est pas exactement une bio filmée de Lauda, du moins est-elle couplée à une autre consacrée à son rival sportif et intime, l’Anglais James Hunt — très bon Chris Hemsworth, qui Thor ici le cou à ses détracteurs. La première partie pose leur antagonisme : Lauda est cérébral, impassible et pas très glamour, mais sa science de la mécanique et de la conduite le rendent imbattable sur les circuits ; Hunt est impulsif, dragueur, fêtard, beau gosse et, malgré ses audaces en

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Avengers

ECRANS | La réunion des super-héros Marvel, pas toujours très bien servis séparément lors de leurs aventures individuelles, trouve en Joss Whedon l’homme de la situation : un amoureux des récits multiples et des comics, un cinéaste à la fois efficace, intelligent et élégant. Une vraie réussite. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 25 avril 2012

Avengers

C’était une gageure : comment faire tenir dans un seul film de 2h20 cinq héros de comics ayant donné chacun un ou plusieurs films autonomes, sans tomber dans le zapping frénétique dicté par leur temps de présence à l’écran ? Avengers y répond sur la fin par un plan qui fait figure de déclaration d’intention : au beau milieu d’une bataille épique, monstrueuse, où les super-héros affrontent des centaines d’aliens, Joss Whedon s’offre un looping visuel magistral où il relie, par la grâce du numérique, chacun d’entre eux luttant à sa façon contre les envahisseurs. Le plaisir n’est pas que celui de la virtuosité technique : il tient aussi à ce prodige enfin accompli, qui consiste à leur donner l’épaisseur nécessaire — et l’iconisation qui va avec —  pour qu’aucun ne puisse bénéficier des faveurs du spectateur. Tous égaux, tous unis ; tous respectés par le cinéaste, qui cherche avant tout à prendre au sérieux (même si le film ne s’interdit ni l’humour, ni l’ironie) les figures qu’il déploie à l’écran. Esprit de sérieux Pour en arriver là, Whedon commence par installer patiemment les diverses lignes de son récit. Une scène très réussie lui permet notamment de

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Légende d'Hawthorne

MUSIQUES | C'est l'histoire, de plus en plus courante, du jeune blanc-bec qui, après avoir tâté du hip-hop (le Britannique Plan B), ou pas (Eli «Paper Boy» Reed), (...)

Stéphane Duchêne | Vendredi 23 mars 2012

Légende d'Hawthorne

C'est l'histoire, de plus en plus courante, du jeune blanc-bec qui, après avoir tâté du hip-hop (le Britannique Plan B), ou pas (Eli «Paper Boy» Reed), tombe en amour pour la soul. En ce qui concerne Mayer Hawthorne, petit gars du Michigan parti vivre son rêve à Los Angeles : celle des légendes Isaac Hayes, Curtis Mayfield ou Barry White, qu'il s'approprie en la rafraîchissant. La teintant de pop (la frontière entre pop et une certaine soul étant de toute manière plutôt ténue), de hip-hop (on croise Snoop Dog sur son dernier album How do you do) et de cette modernité propre à la jeunesse. Mais sans pour autant jamais trahir les secrets de recettes qui ont fait les tubes des Holland-Dozier-Holland, l'infernal trio d'auteurs compositeurs de la Motown, dont Mayer est un disciple évident. Dans le genre petit blanc remuant, ne pas négliger la présence, lors de cette joyeuse petite sauterie du 28 mars à l'Epicerie Moderne, du Hollandais volant et chantant Benny Sings et de son fourre-tout popotinant (au sens de pop agissant efficacement au niveau du popotin) entre électro-soul minimaliste et groove désinvolte mais chic à la Phoenix.

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On the road again…

CONNAITRE | Tout grand film américain est un grand film sur l’Amérique, dit-on. Bernard Bénoliel (ancien des Cahiers du cinéma et aujourd’hui pilier de la Cinémathèque (...)

Christophe Chabert | Jeudi 9 février 2012

On the road again…

Tout grand film américain est un grand film sur l’Amérique, dit-on. Bernard Bénoliel (ancien des Cahiers du cinéma et aujourd’hui pilier de la Cinémathèque française) et Jean-Baptiste Thoret (chroniqueur chez Charlie Hebdo et déjà auteur d’un ouvrage-clé sur le cinéma américain des années 70) élargissent la maxime à un genre tout entier : le road movie. Fixant au genre une source (Le Magicien d’oz, mais aussi L’Émigrant de Chaplin) et un horizon (les mondes virtuels de Matrix et Tron comme nouvelles cartographie), ils s’attardent bien sûr sur son âge d’or : les trajets existentiels et désenchantés des marginaux d’Easy rider, Cinq pièces faciles (qui ressort d’ailleurs cette semaine), Wanda ou L’Épouvantail, ou comment l’Amérique, accomplie dans ses frontières, devient l’espace d’une nouvelle cartographie, métaphysique celle-ci. Ils viendront présenter ce beau livre (Road movie USA) à l’Institut Lumière lors d’une conférence ouverte à tous le jeudi 16 février, qui sera suivie p

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Thor

ECRANS | De Kenneth Branagh (ÉU, 1h54) avec Chris Hemsworth, Natalie Portman…

Christophe Chabert | Mercredi 20 avril 2011

Thor

L’association Marvel / Kenneth Branagh avait de quoi faire ricaner sur le papier… Pourtant, le début de Thor donne tort aux rieurs tant on y trouve un souffle inattendu. Branagh filme ses Dieux avec sérieux et arrive à rendre l’environnement rétrofuturiste crédible, piochant du côté de la mythologie grecque et nordique mais aussi, bien sûr, de Shakespeare. Au bout de ces trente minutes pas mal du tout, Thor est déchu et envoyé sur Terre et là, le film amorce comme lui une irréversible dégringolade. Le choix du panel humain (des abrutis gonflés à la bière, des men in blacks rigides et une équipe de scientifiques) conduit soit à de la comédie style Les Visiteurs en Amérique, soit à des conflits dramatiques mous — le personnage faiblard de la chercheuse Natalie Portman est vite acquise à la cause de Thor. Quand les potes de Thor débarquent d’Asgard avec leurs costumes ridicules poursuivis par un robot géant, Branagh s’embourbe dans la série B et laisse sa mise en scène aller à vau-l’eau, se contentant de faire des cadres penchés. Même le climax final, dont l’enjeu est la destruction d’un pont arc-en-ciel, est assez maigre en matière de spectacle. Pas vraim

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Black Swan

ECRANS | Une jeune danseuse introvertie cherche à se dépasser pour incarner le double rôle d’une nouvelle version du "Lac des cygnes". Sans jamais sortir d’un strict réalisme, Darren Aronofsky fait surgir le fantastique et le trouble sexuel dans un film impressionnant, prenant et intelligent. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 1 février 2011

Black Swan

Éternel espoir d’une prestigieuse troupe de ballet new-yorkaise, Nina est à deux pas d’obtenir le sésame qui fera décoller sa carrière : le premier rôle d’une nouvelle création du "Lac des Cygnes" montée par un énigmatique et ambigu chorégraphe français, Thomas. Elle réussit haut la main les auditions dans la peau du cygne blanc, mais sa puérilité et son manque d’érotisme laissent planer un doute sur sa capacité à incarner son envers démoniaque, le cygne noir. D’autant plus qu’une jeune recrue, Lily, paraît bien plus à l’aise qu’elle, libre dans son corps et assumant une sexualité agressive qui nourrit sa prestation. Nina est un personnage polanskien, cousin de celui de Deneuve dans "Répulsion", mais accomplissant un trajet inversé : plutôt que de choisir la claustration conduisant à une folie homicide et autodestructrice face à la «menace» du désir, Nina doit au contraire sortir d’elle-même et de l’appartement dans lequel elle vit avec une mère surprotectrice, danseuse ratée reportant sur sa progéniture ses ambitions avortées — là, on est plutôt du côté du "Carrie" de De Palma. Elle subira cette révélation du sexe comme une transformation monstrueuse, la poussant vers une forme

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Brothers

ECRANS | De Jim Sheridan (ÉU, 1h45) avec Tobey Maguire, Natalie Portman, Jake Gyllenhaal…

Christophe Chabert | Vendredi 29 janvier 2010

Brothers

Alors que les années Bush ont globalement relevé le niveau d’exigence des films hollywoodiens, elles ont aussi accouché d’un cinéma engagé atone, paralysé par le sérieux de ses sujets et la gravité de ses enjeux. "Brothers", remake d’un film danois de Suzanne Bier, en est une nouvelle et pénible démonstration. Des acteurs qui tirent la gueule, chuchotent, sanglotent, s’absorbent dans des poses dramatiques soulignées par une photo froide et des plans étirés artificiellement : tout est fait pour que le spectateur comprenne qu’il n’est pas là pour rigoler. L’histoire suffit pourtant : un capitaine de l’armée américaine retourne en Afghanistan, y est donné pour mort, puis revient et découvre que sa femme et son frère se sont rapprochés pendant son absence. À l’écran, pas la moindre audace cinématographique, aucun trouble… Sheridan, qu’on a connu plus inspiré, s’efface derrière la performance, irritante, de ses comédiens, quand il ne commet pas un gigantesque impair (les scènes en Afghanistan avec des talibans ridicules à force de cruauté). De tout cela ne se dégage qu’une chose : un ennui mortel. CC

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"L’âge d’or du cinéma américain"

ECRANS | Jean-Baptiste Thoret, écrivain, critique et professeur de cinéma, dirige la revue Panic et pose, avec "Le Cinéma américain des années 70", un jalon définitif dans l’évaluation d’une période clé de l’histoire du cinéma. Propos recueillis par Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 20 septembre 2006

Avec Le Cinéma américain des années 70, vous semblez faire une synthèse entre l’approche esthétique de votre livre sur Carpenter et celle, plus politique, de 26 secondes, sur le film de l’assassinat de Kennedy...Jean-Baptiste Thoret : Le livre sur Carpenter avait tous les défauts et les qualités d’un premier livre. Niveau qualités, il y avait l’énergie et la volonté d’aborder le cinéma d’un point de vue analytique. En plus, j’ai abordé le cinéma par le cinéma de genre, et Carpenter était de ce point de vue un terrain de jeu idéal. Mais dans l’absolu, marier esthétique et politique est vraiment le but à atteindre ; ce n’était pas encore en place avec Carpenter, qui était très centré sur le cinéaste. Avec le "bouquin Kennedy", j’ai pu montrer que le cinéma américain était ontologiquement politique, une idée difficile à faire admettre en Europe, où le cinéma politique est vite identifié à un ciné-tract. Ce livre est effectivement le premier chapitre du Cinéma américain des années 70. D’ailleurs, mon projet est de fondre les deux dans une future édition. En lisant le livre, on se rend compte que dans

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