¡ Feliz cumpleaños, les Reflets !

Christophe Chabert | Mardi 18 mars 2014

Photo : "Cannibal" de Martin Manuel Cuenca


L'air de rien, les Reflets du cinéma ibérique et latino-américain du Zola fêtent cette année leur trentième édition. Une endurance remarquable qui ne s'accompagne d'aucun signe visible d'embourgeoisement. Au contraire : le festival affiche une santé insolente qui se traduit par une moisson de films très excitants. Ne reparlons pas de ceux que l'on a déjà défendus ici (Les Bruits de Recife, Gloria, Rêves d'or et Les Sorcières de Zugarramurdi, même si ce n'est pas le meilleur De La Iglesia) ; attardons-nous plutôt sur quelques inédits fort alléchants, comme cette jolie brochette espagnole qui réunit Martin Manuel Cuenca et son Cannibal, avec son tailleur assassin et amoureux, Enrique Urbizu et son thriller multiprimé aux Goyas, No habra paz para los malvados ou encore le film de montage Con la pata quebrada, qui dresse une vision kaléidoscopique de la femme à travers le cinéma espagnol.

Ça bouge du côté de l'Amérique du Sud : tandis que le Mexique s'enferre dans des ruminations misanthropes — le douteux Heli d'Amat Escalante, nouveau lauréat du Prix de la mise en scène cannois à un film mexicain cracra et arrogant après Reygadas l'an dernier — le Chili monte en puissance : sept films représenteront le pays aux Reflets, avec notamment deux fictions revenant sur les années Pinochet (Carne de perro et El Tio), le beau L'Été des poissons volants de Marcella Saïd et un film de vengeance, Matar a un hombre, récompensé au dernier festival de Sundance.

Enfin, grande première pour le festival, la séance de clôture présentera un film d'animation brésilien, Rio 2096, qui a glané le Grand Prix au dernier festival d'Annecy. Sans oublier, anniversaire oblige, une fiesta grande au Transbordeur le samedi 29 mars, dont l'ambiance s'annonce passablement loca

Christophe Chabert

Reflets du cinéma ibérique et latino-américain
Au Zola, du 19 mars au 2 avril

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Festivals de cinéma : reports pour les Reflets et Les Intergalactiques

Cinéma | Les Reflets du Cinéma Ibérique et Latino-américain comme Les Intergalactiques, échaudés, ont d'ores et déjà ciblé le mois de septembre pour leur édition 2021.

Vincent Raymond | Mardi 9 février 2021

Festivals de cinéma : reports pour les Reflets et Les Intergalactiques

Le 7 février, le symbolique cap des 100 jours de fermeture consécutifs pour les salles de spectacles et de cinéma a été franchi. Prudence étant mère de sûreté, les festivals prennent les devants et commencent à annoncer des décalages, des reports ou des aménagements. Il faut dire que l’exemple vient d’en haut : la Berlinale se déroulera du 1er au 5 mars en ligne et Cannes (qui avait tant tergiversé l’an dernier) s’est positionné du 6 au 17 juillet sur la Croisette. Bien malchanceux en 2020 (le premier confinement les avait frappés de plein fouet, même s’ils avaient pu proposer une version allégée après l’été), Les Reflets du Cinéma Ibérique et Latino-américain ont ainsi choisi de renoncer au mois de mars, ciblant la quinzaine entre le 22 septembre et le 6 octobre, pour une mise à l’honneur « de l’Espagne, du Portugal, du Mexique ». Du côté des Intergalactiques, on la joue aussi rebelote : le 9e édition ne pouvant se tenir en avril 2020 avait é

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Au Zola, des Reflets du cinéma ibérique et latino-américain diffractés

Villeurbanne | Et puis, tout d’un coup, la quinzaine des Reflets du cinéma ibérique et latino-américain annulée à la veille de son lancement en mars, renaît en septembre. (...)

Vincent Raymond | Mercredi 9 septembre 2020

Au Zola, des Reflets du cinéma ibérique et latino-américain diffractés

Et puis, tout d’un coup, la quinzaine des Reflets du cinéma ibérique et latino-américain annulée à la veille de son lancement en mars, renaît en septembre. Certes, dans une forme allégée pour respecter les nouvelles règles en vigueur, sans la foultitude d’animation et de rencontres qui font son piquant (même s’il y en a quelques-unes), mais avec quantité de films inédits, en avant-première ou récemment sortis, ainsi qu’une compétitions. On vous recommande le focus brésilien (La Vie invisible d’Euridice Gusmão, Aquarius, Bacurau, Les Bruits de Recife…), le très douloureux Canción sin Nombre, l’étonnant portrait Mamacita… et de vous laisser porter pendant deux semaines pour en voir le maximum. Il y a bien des étés indiens ; pourquoi pas un été ibérique et latino-américain ? Ce sera du 16 au 30 septembre au Zola à Villeurbanne.

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Kids of Kabul : "L'Orphelinat"

Drame | Kaboul, fin des années 1980. Errant dans les rues, Qoadrat vit d’expédients et n’a qu’une passion : les films de Bollywood. Serré par la police, il est expédié dans un orphelinat d’État où, entre rêve et réalité, il assiste aux prémices de la révolution islamique qui va renverser le régime…

Vincent Raymond | Mardi 26 novembre 2019

Kids of Kabul :

Après Wolf and Sheep (1996) — premier opus d’une série qui devrait compter cinq épisodes —, Shahrbanoo Sadat poursuit à hauteur d’adolescent sa relecture de l’histoire afghane contemporaine en changeant à la fois de décor et de style : fini, l’ambiance rurale et aride du conte pastoral, place à un décor urbain plus complexe puisque qu’il encapsule l’univers mental de Qoadrat habité par les “films qu’il se fait”, transpositions des productions bollywoodiennes dont il se gave et devient le héros. En l’intégrant dans des séquences reprenant les codes des comédies musicales héroïsantes indiennes, la réalisatrice signe davantage que d’habiles parodies ou contrefaçons : elle le dote d’un territoire et d’un imaginaire personnels, outrancièrement fictifs mais esthétiquement différents de la fiction tenue pour authentique qu’assènent d’abord les représentants de l’État puis les révolutionnaires. Les premiers colportent le mirage soviétique (avec une jolie propagande et un déplacement dans le pays grand-frère),

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L’Orphelinat

Avant-Première | Deuxième volet d’une ambitieuse série portant sur l’histoire récente de l’Afghanistan, L’Orphelinat décrit, après le rural Wolf and Sheep, la vie d’adolescents (...)

Vincent Raymond | Mardi 19 novembre 2019

L’Orphelinat

Deuxième volet d’une ambitieuse série portant sur l’histoire récente de l’Afghanistan, L’Orphelinat décrit, après le rural Wolf and Sheep, la vie d’adolescents dans une institution de Kaboul. Nourri d’images oniriques empruntées au cinéma bollywoodien, ce film dur et cependant empli de fantaisie est une réussite que vous pourrez partager en avant-première en compagnie de la réalisatrice Shahrbanoo Sadat. L’Orphelinat Au Comœdia ​le mercredi 27 novembre 20h

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Lacunes sur la lagune : "Venise n'est pas en Italie"

Comédie | De Ivan Calbérac (Fr, 1h35) avec Benoît Poelvoorde, Valérie Bonneton, Helie Thonnat…

Vincent Raymond | Mardi 28 mai 2019

Lacunes sur la lagune :

Tout sépare Émile de Pauline, la collégienne dont il est épris : lui vit avec sa famille bohème (les Chamodot) dans une caravane ; elle réside dans la villa cossue de ses parents bourgeois. Quand elle l’invite à Venise pour l’été, Émile se réjouit… brièvement. Car ses parents veulent l’accompagner. En adaptant ici son propre roman lointainement autobiographique (succès en librairie), déjà porté (avec autant de bonheur) par lui-même sur les planches, le sympathique Ivan Calbérac avait en théorie son film tourné d’avance — le fait d’avoir en sus la paire Poelvoorde/Bonneton parmi sa distribution constituant la cerise sur le Lido. Las ! Le réalisateur a jeté dans un grand fait-tout façon pot spaghetti les ingrédients d’une comédie familiale un peu Tuche et d’une romance d’ados un peu Boum, quelques tranches de road movie, un peu d’oignon pour faire pleurer à la fin, nappé le tout d’une sauce Roméo & Juliette. Et puis il a oublié sa gamelle sous le feu des projecteurs. Résultat ? Un bloc hybride et peu digeste, où l’on di

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La cuisine ouverte de Cannibale au Sonic

Rock | Parce que le temps file, qu'on a dépassé les 40 ans et qu'il vaut mieux boulotter la barbaque tant qu'elle fume encore, les hurluberlus Born Badiens de (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 19 mars 2019

La cuisine ouverte de Cannibale au Sonic

Parce que le temps file, qu'on a dépassé les 40 ans et qu'il vaut mieux boulotter la barbaque tant qu'elle fume encore, les hurluberlus Born Badiens de Cannibale n'ont guère lanterné avant de donner un successeur à leur inaugural et trois étoiles No Mercy For Love. Et de livrer un nouveau modèle d'artisanat rock et d'idiosyncrasie esthétique qui inclut dans ses nombreux ingrédients son propre exotisme, en plus de tous ceux qu'il convoque aux quatre coins des genres, et une sauce résolument psychédélique dont seuls ces Bas-normands ont le secret. Si bien que l'on en vient à se dire que le titre dudit album, Not Easy to Cook, est bien mensonger, tant la décontraction et l'aisance semblent parcourir l'échine de ces onze titres électrisants oscillant entre la messe pas toujours noire et la danse de sabbat (comme sur The Ugliest Rabbit of the 70's). Comme une version, pas révolutionnaire, non, mais sans doute plus raffinée de leur précédent exercice. « It is a delicate and sweet dish » chante

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« ¿Que tal, Zola ? — Muito bem, obrigada ! »

Les 35e Reflets au Zola | Alors que la boussole géopolitique subit d’inquiétantes oscillations — tout particulièrement au sud du Rio Grande —, qu’il est rassurant de trouver un havre (...)

Vincent Raymond | Mardi 12 mars 2019

 « ¿Que tal, Zola ? — Muito bem, obrigada ! »

Alors que la boussole géopolitique subit d’inquiétantes oscillations — tout particulièrement au sud du Rio Grande —, qu’il est rassurant de trouver un havre de stabilité au Zola, temple des Reflets du cinéma ibériques et latino-américains ! Mais ne vous méprenez pas : stabilité ne signifie aucunement immobilisme. En conservant son cap et sa ligne directrice, la 35e édition du festival continue surtout à défricher ces immenses pampas cinématographiques couvrant la moitié du Nouveau Monde et le quart sud-ouest de l’Ancien. Pour preuve, il sera sillonné par l’intégralité du film-fleuve argentin en quatre épisodes de Marian Llinás, La Flor. Et accueillera une réjouissante moisson d’inédits ou d’exclusivités, comme Cómprame un revolver de Julio Hernández Cordón (l’auteur des Marimbas del Infierno), le retour au Zola de Jaime Rosales pour Petra, en sa présence ou Yuli, le nouveau Icíair Bollaín en clôture — du lourd. Si la sélection compte 41 films, la compétition en r

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Maud Lefebvre, une partie du tout

Portrait | Membre du Collectif X, Maud Lefebvre a la rigueur des grands enfants appliqués et la folie de ceux qui tentent de bousculer le quotidien. C’est comme metteure en scène de Cannibale que cette comédienne de formation nous avait épatés. Avec Maja, à la Renaissance cette semaine, elle convie l’étrange et nos peurs sur un plateau. Rare.

Nadja Pobel | Mardi 12 mars 2019

Maud Lefebvre, une partie du tout

Printemps 2016. Théâtre de l’Élysée. Semaine de vacances de Pâques, donc absence quasi abyssale de programmation dans les théâtres, un temps creux pour les "professionnels de la profession". Voir Cannibale presque par hasard. Et y trouver un phare de la création contemporaine : Maud Lefebvre met en scène un texte d’Agnès D’Halluin écrit d’après son idée originale : comment un jeune couple vit alors que la maladie incurable s’empare du corps de l’un d’eux ? Tout est là : leur cadre (les différentes pièces de l’appartement, le dehors), leurs émotions (la colère forte, l’amour fou), leur quotidien (cuisiner, se laver, s’éteindre). Avec un récit qui s’élève largement au-dessus du banal, une homosexualité jamais commentée, Maud Lefebvre signe une œuvre pleine, où aucun élément du théâtre n’est négligé au prétexte (réel) d’une économie étriquée. Alors, le travail dans l’urgence compense : « j’ai deux semaines de travail au plateau, trois au maximum » dit-elle. Et toujours, à l'observer, ce souci de rendre partageable ce qui se trame en amont. Maja, cette semaine à la Renaissance en est une nouvelle preuve. À 33 ans, Maud Lefebvre

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Tous en chœur ! : "Dans la terrible jungle"

Documentaire | de Caroline Capelle & Ombline Ley (Fr, 1h21) avec Ophélie Lefebvre, Léa Lenoir, Médéric Sergott…

Vincent Raymond | Mercredi 13 février 2019

Tous en chœur ! :

Pendant plusieurs mois, Caroline Capelle & Ombline Ley ont suivi des ados en situation de handicap résidents de l’IME La Pépinière. Tout à la fois galerie de portraits singuliers et portrait d’un groupe uni par la musique, ce film capture le quotidien et l’extraordinaire… Dans la terrible jungle donne à voir au grand public l’immense diversité du monde du handicap. Et il interroge au passage sur ces établissements rassemblant des individus dont le seul point commun est précisément de ne pas être communs : une personne en fauteuil, une autre à la vue basse, une autre encore atteinte d’un trouble du spectre autistique ont des besoins spécifiques et différents deux à deux. Alternant saynètes jouées pour la caméra, conversations d’ados entre eux et instants pris sur le vif parfois spectaculaires — la crise du jeune Gaël, qui se projette dans le décor de toutes ses forces comme un cascadeur désarticulé devant l’air fataliste de son éducateur, risque de faire sourire nerveusement et parler d’elle —, le film trouve dans le

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Maud Lefebvre nous parle de Maja

3 questions à... | Elle nous avait ébloui par sa mise en scène de Cannibale en 2016. La voici en résidence pour trois ans à la Renaissance d'Oullins. Rencontre.

Nadja Pobel | Lundi 10 septembre 2018

Maud Lefebvre nous parle de Maja

Comment va se dérouler cette résidence ? Maud Lefebvre : Le théâtre va co-produire les deux prochains spectacles, que je fais avec le Collectif X. Pour cette année, ils ont acheté Maja, ma deuxième création qui naîtra à Andrézieu-Bouthéon en novembre. Ensuite, je vais travailler sur une adaptation cinématographique de John Cassavetes, Une Femme sous influence, que je mettrai en scène. C'est un challenge car c'est un texte déjà écrit alors que jusque là, j'étais dans des créations pures. L'année suivante, le projet, en collaboration avec quatre auteurs, se passera dans le futur avec deux cosmonautes. Et il y aura des ateliers avec les enfants, des personnes âgées, atteintes d'Alzheimer. D'où vient le projet de Maja, premier texte en tant qu'auteur et qui s'adresse aux enfants ? Ce n'est pas vraiment pour enfants. C'est même un spectacle pour adultes, adultes-parents mais pas forcément car ça peut rappeler des choses de sa propre en

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Savoureuse dévoration

Théâtre | Depuis sa création il y a tout juste deux ans, Cannibale a fait du chemin passant notamment par le remarquable festival Théâtre en Mai de Dijon l'an (...)

Nadja Pobel | Mardi 17 avril 2018

Savoureuse dévoration

Depuis sa création il y a tout juste deux ans, Cannibale a fait du chemin passant notamment par le remarquable festival Théâtre en Mai de Dijon l'an dernier. Ce n'est que justice que ce spectacle fasse encore escale par ici (au Théâtre de la Renaissance, Oullins, du 25 avril au 4 mai). Un couple amoureux (deux garçons) dissertent autour du repas du soir confectionné sous nos yeux de ce qu'il adviendra d'eux, de celui qui reste quand la maladie dont est atteint l'autre l'aura irrémédiablement fait passer par dessus bord. Physique, brutal, à vif mais toujours tendre, ce texte d'Agnès D'halluin mis en scène par Maud Lefevre est ambitieux. Les deux jeunes femmes ont su le déployer pleinement (décor représentant toutes les pièces d'un appartement, extérieur, vidéo...) et s'appuyer sur deux comédiens impeccables rencontrés à l’école de la Comédie de Saint-Étienne dont ils sont issus, Martin Sève et Arthur Fourcade. Certains membres de ce Collectif X seront, dans un tout autre genre, présents aux Ateliers Frappaz, le 29 juin, à l'issue d'un long travail mené sur le territoire de Villeurbanne avec la

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Les Reflets du cinéma ibérique et latino-américain : ¡Fiesta y cinema!

Festival | Faire miroiter les œuvres cinématographiques du monde hispanophone et lusophone, telle est la raison d’être du festival Les Reflets. Que ce soit pour (...)

Aliénor Vinçotte | Mardi 13 mars 2018

Les Reflets du cinéma ibérique et latino-américain : ¡Fiesta y cinema!

Faire miroiter les œuvres cinématographiques du monde hispanophone et lusophone, telle est la raison d’être du festival Les Reflets. Que ce soit pour faire découvrir des réalisations passées inaperçues — à l’exemple du long-métrage argentin El Presidente de Santiago Mitre, avec Ricardo Darín à l’affiche, dont la sortie début janvier fut plus que fugace. Ou mettre en avant ceux désignés comme étant les plus prometteurs tel Les Bonnes Manières, un film brésilien un peu surcoté au demeurant, mélangeant tous les genres pour un résultat moyennement convaincant. Pour cette 34e édition, la péninsule ibérique est à l’honneur avec dix films espagnols projetés dont deux en présence de leurs réalisateurs — le très attendu Abracadabra de Pablo Berger (auteur du remarquable Bianca Nieves) en avant-première et La Mano Invisible de David Macián, en compétition. On pourra également revoir une copie restaurée de Attache-moi (1989), seul film de l’emb

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Cannibale : la compagnie créole

Psyché garage | Tardive révélation et nouvelle trouvaille du label Born Bad, les quarantenaires de Cannibale bouffent à tous les râteliers musicaux créolisant le rock avec un appétit pan-exotique hautement contagieux.

Stéphane Duchêne | Mardi 3 octobre 2017

Cannibale : la compagnie créole

Qui a vu le culte Cannibal Holocaust n'en a sûrement jamais effacé les images de sa rétine. Dans ce vrai-faux docu, un groupe de journalistes fort antipathiques part à la recherche d'une tribu cannibale au cœur de la forêt amazonienne et se fait recevoir avec les honneurs dus à son manque de savoir-vivre : les voilà transformés en brochettes sauce état de nature. On ne sait guère à quelle sauce JB Guillot, boss du label Born Bad, s'attendait à être mangé lorsqu'il enfourcha sa moto à destination d'un coin reculé de Normandie à la rencontre d'une tribu elle aussi Cannibale, dont la réputation commençait à bruire à travers les feuilles – il était temps, ses membres, la quarantaine bien tapée, avaient officié deux décennies durant dans une kyrielle de groupes dont le dernier Bow Low avait connu un début de petit succès classé sans suite. Selon la légende, les Cannibale lui servirent un plat plus commun que sa propre tête – une simple purée, qui n'en contenait pas moins une haute portée s

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La rentrée musique : 13 concerts à ne pas manquer

Les concerts de l'automne | Beth Ditto Affranchie de The Gossip, c'est assez naturellement que Beth Ditto s'est retournée, avec son premier album solo, Fake Sugar, vers ses (...)

Stéphane Duchêne | Mercredi 20 septembre 2017

La rentrée musique : 13 concerts à ne pas manquer

Beth Ditto Affranchie de The Gossip, c'est assez naturellement que Beth Ditto s'est retournée, avec son premier album solo, Fake Sugar, vers ses racines, du fin fond de l'Arkansas. Un mal (la douleur de la séparation d'un groupe vieux de 17 ans) pour un bien puisque la chanteuse y gagne en nuances et en diversité. Moins punk, plus pop, n'hésitant pas à fricoter avec la musique de son enfance : la country et toutes ces sortes de choses, rappelant parfois, dans une proximité de timbre sudiste une Dolly Parton sévèrement azimutée – si tant est que ce ne soit pas un pléonasme – électrifiée et parfois dansante. Pas sûr qu'une partie des fans hardcore habitués au désordre punk-glam-discoïdes des concerts de The Gossip, apprécient. Les inconditionnels un peu plus ouverts y verront une belle, et parfois émouvante, surprise. Au Transbordeur le mercredi 4 octobre Cannibale Difficile de qualifier la musique de Cannibale, découverte cette année grâce à l'indispensable label Born Bad Records

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"The Jane Doe Identity" de André Øvredal : chair inconnue

ECRANS | de André Øvredal (G-B ; E-U, int. -12 ans avec avert., 1h39) avec Emile Hirsch, Brian Cox, Ophelia Lovibond…

Vincent Raymond | Mardi 30 mai 2017

Un médecin-légiste et son fils entreprennent la dissection du corps incroyablement intact d’une jeune inconnue trouvée sur une scène de crime barbare. Peu à peu, d’étranges phénomènes paranormaux interfèrent avec l’autopsie, menaçant leur santé mentale, voire leur vie… Quasi huis clos en quasi temps réel, ce thriller horrifique dissimule sous sa gangue de série B une pulpe complexe, révélant à l’examen d’appétissants composants : traces d’Histoire, extraits de politique, essence de légendes urbaines… À la vérité, c’est la raison d’être du film d’épouvante que de transmuter des éléments sulfureux et de les hybrider avec des germes gothiques pour en tirer des allégories contemporaines : Hawks a ainsi évoqué le communisme dans The Thing (1951), Siegel le conformisme dans Body Snatchers (1956) et Coppola le sida dans son Dracula (1992). André Øvredal crée donc un jeu de piste pour carabins à travers les organes de la malheureuse victime qui montre bien comment l’Homme réagit face à l’irrationnel : l’obscura

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Who's (Born) Bad ?

MUSIQUES | Quand on lui parle de la tournée anniversaire qui vient couronner la belle décennie musicale du label Born Bad, JB Guillot avoue qu'il se serait bien passé (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 2 mai 2017

Who's (Born) Bad ?

Quand on lui parle de la tournée anniversaire qui vient couronner la belle décennie musicale du label Born Bad, JB Guillot avoue qu'il se serait bien passé d'un tel raout, que son emploi du temps est bien assez chargé et qu'il se serait plutôt fait un cadeau à lui-même. Pourtant cette tournée est bien là, elle existe - « il y avait beaucoup de demandes » avoue-t-il. Comme existe encore Born Bad, le label phare du renouveau rock et pop français, en réalité né en 2006. Parfois au grand étonnement de son fondateur, rocker alternatif qui souhaite à l'origine remettre à l'heure les pendules de l'indépendance déréglées par son expérience de directeur artistique en major (voir interview). Premier groupe signé, comme un symbole : Frustration – « meilleur groupe de post punk français », précise-t-il – dont le batteur est propriétaire de la boutique Born Bad à laquelle s'adosse le label sur les modèles de Rough Trade ou New Rose. D'entrée, Born Bad se veut « très cocardier », soucieux de défendre la contre culture française : de rééditions de pépites françaises 60's, 70's, 80's, oubliées (« une façon de revendiquer une f

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"Orpheline" : critique et entretien avec Arnaud des Pallières

ECRANS | De l’enfance à l’âge adulte, le portrait chinois d’une femme jamais identique et cependant toujours la même, d’un traumatisme initial à un déchirement volontaire. Une œuvre d’amour, de vengeance et d’injustices servie par un quatuor de comédiennes renversantes.

Vincent Raymond | Mardi 28 mars 2017

Enseignante et enceinte, Renée reçoit la visite surprise dans sa classe de la belle Tara, fantôme d’autrefois. Peu après, la police l’arrête, dévoilant devant son époux médusé sa réelle identité, Sandra. Elle qui avait voulu oublier son passé, se le reprend en pleine face : sa jeunesse délinquante, son adolescence perturbée, jusqu’à un drame fondateur. Comme vivre après ça ? Il faut rendre grâce à Arnaud des Pallières d’avoir osé confier à trois actrices aux physionomies différentes le soin d’incarner les avatars successifs d’un unique personnage. Ce parti-pris n’a rien d’un gadget publicitaire ni d’une coquetterie, puisqu’il sert pleinement un propos narratif : montrer qu’une existence est un fil discontinu, obtenu par la réalisation de plusieurs “moi” juxtaposés. À chaque étape, chaque métamorphose en somme, Kiki-Karine-Sandra abandonne un peu d’elle-même, une exuvie la rendant orpheline de son identité passée et l’obligeant à accomplir le deuil de sa propre personne pour évoluer, grandir, s’améliorer. Ce qui n’est pas le cas de son vénéneux génie, l’immarcescible Tara, qui revêt les traits de Gemma Arterton. Brelan de dam

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Chez Jérémy Galvan, le nouvel étoilé par le Michelin

Restaurant | Il y a la première étoile qu’on accroche sur sa combi de ski, dès qu'on sait faire le "chapeau pointu". Et il y a celle qui comble les restaurateurs (et leurs carnets de réservation) qui intègrent, comme Jérémy Galvan, la sélection élitiste d’un célèbre guide rouge.

Adrien Simon | Mardi 14 mars 2017

Chez Jérémy Galvan, le nouvel étoilé par le Michelin

Le Michelin, cette vieille institution, est-il encore LA référence mondiale des guides gastronomiques ? Décalons la question : le débat sur la crédibilité de sa sélection n'est-il pas lui même un peu fatigué ? Le dénigrement du guide rouge (trop élitiste, trop conservateur) participe à revigorer l'événement que constitue encore le dévoilement de son palmarès. Cette année, c'était le 9 février. Et parmi les 70 nouvelles étoiles, les heureux élus lyonnais n'ont guère fait débat : le Miraflores, dans le 6e et Jérémy Galvan, dans le 5e. Si à 50 ans, on ne s’est pas attablé chez un étoilé Michelin, a-t-on raté sa vie ? Sûrement pas. Mais le pouvoir (magique) du Bibendum tient justement dans le fait de rendre fiers à la fois chefs et convives. Quand le client pousse la porte de l'étoilé, il entre chez l'élite, et veut en faire partie aussi. On l'aide avec la belle vaisselle, la pléthore de serveurs, le pain servi à la pince, la serviette du sommelier, et puis la litanie des "bonne dégustation !". Chez Jérémy Galvan, dans le Vieux Lyon, on joue un peu à ce jeu-là. Sans trop en faire cependant : on a remi

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Deux nouveaux étoilés à Lyon

Guide Michelin 2017 | Le célèbre Guide Michelin a attribué aujourd’hui ses étoiles pour l’édition 2017 : à Lyon, Jérémy Galvan et Miraflores (où le chef Carlos Camino propose une (...)

Lisa Dumoulin | Jeudi 9 février 2017

Deux nouveaux étoilés à Lyon

Le célèbre Guide Michelin a attribué aujourd’hui ses étoiles pour l’édition 2017 : à Lyon, Jérémy Galvan et Miraflores (où le chef Carlos Camino propose une cuisine franco-péruvienne) obtiennent chacun un macaron. Ils viennent ainsi grossir les rangs des étoilés lyonnais, qui s’élèvent désormais au nombre de 18, aux côtés de Prairial, Pierre Orsi, L'Auberge de l'Ile Barbe, Au 14 Février, Les Loges, Takao Takano, Les Terrasses de Lyon, Têtedoie, Les Trois Dômes, Le Gourmet de Sèze, L'Alexandrin, Maison Clovis et Le Passe-Temps. Sans oublier les deux étoiles de La Mère Brazier et du Neuvième Art et bien sûr les trois étoiles de Paul Bocuse. Bon appétit ! Jérémy Galvan : 29 rue du Boeuf, Lyon 5e Miraflores : 60 Rue Garibaldi, Lyon 6e

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Collectif X : un talent cru

Théâtre de l'Élysée | Sans grand moyen mais avec une ambition artistique immense, Cannibale est la preuve que le théâtre est une arme d'émotion massive avec cette fable moderne sur l'amour et la douleur.

Nadja Pobel | Mardi 20 septembre 2016

Collectif X : un talent cru

Deux hommes cuisinent en se racontant des banalités. Ils sont manifestement chez eux, les odeurs de viande et de légumes dorés à la poêle commencent à envahir l'espace. Ça n'a l'air de rien, c'est pourtant légèrement inquiétant : le couteau, même manié avec attention pour émincer des oignons, est presque un danger. Un faux mouvement et c'est la blessure assurée. Cannibale est à l'instar de ce geste : constamment sur le fil du rasoir. Le récit se nourrit de ces détails ; pour le reste, rien à signaler : que le couple soit formé de deux garçons n'est jamais un sujet. L'homosexualité n'est pas discutée. Elle est là, montrée et vécue, en même temps totalement absente. Ce qui intéresse l'auteur Agnès D'halluin est cette histoire d'amour solide et magnifique ébranlée par la maladie incurable de l'un deux, poussant le rescapé à envisager de dévorer le corps de l'autre, mort. Last exit to... death Ce cannibalisme est aussi théâtral : l'envie de livrer une pièce très écrite et très incarnée, comme si Truffaut avait croisé François Ozon, comme si Rohmer se baladait chez Gui

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Théâtre de l'Elysée : Deux trésors de retour à l'affiche

Théâtre de l'Élysée | Le mal qui gangrène les théâtres avec la multiplication de pièces programmées pour seulement trois ou quatre soirs d'exploitation est contrecarré en cette rentrée (...)

Nadja Pobel | Mardi 6 septembre 2016

Théâtre de l'Elysée : Deux trésors de retour à l'affiche

Le mal qui gangrène les théâtres avec la multiplication de pièces programmées pour seulement trois ou quatre soirs d'exploitation est contrecarré en cette rentrée par l'Élysée. Son directeur, Jacques Fayard, a décidé de faire revenir deux trésors de la saison dernière, dont Illusions, conte retors sur l'amour, sa durée et ses failles raconté par quatre vieilles personnes. Bien qu'incarnés par une jeune garde de comédiens, les mots du contemporain Ivan Viripaev gardent leur dangerosité dans cet espace, entouré des spectateurs imaginés par le metteur en scène Olivier Maurin qui a l'art de porter à la scène les balbutiements et les messes-basses. Dans la foulée, retour de ce qui a été un choc, calé en plein milieu de la période creuse des vacances de Pâques : Cannibale. Écrite, mise en scène, jouée par des anciens de la Comédie de Saint-Étienne (pour trois d'entre eux) réunis en collectif X, cette chronique

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"Ma Ma" : un grand rôle pour Penélope Cruz

ECRANS | Avec sa construction sophistiquée et son interprétation épurée, cette chronique d’un combat contre l’injustice de la maladie signe le retour du grand Julio Medem. Elle offre en sus un vrai rôle à Penélope Cruz, qui malgré son abondante filmographie, n’en a guère endossé.

Vincent Raymond | Mardi 7 juin 2016

Présentée en primeur lors des derniers Reflets du cinéma ibérique et latino-américain, la nouvelle réalisation de l’auteur des Amants du Cercle polaire aborde avec un tact et une grâce remarquables l’un des pires casse-museaux du cinéma : le cancer. Un sujet dont certains s’emparent à des fins d’exorcisme personnel ou de témoignage, dans des tire-larmes indignes où les interprètes se livrent à des simagrées stratosphériques pour contrefaire la maladie. Ce n’est pas le cas de Penélope Cruz qui, dans Ma Ma, apparaît sobre comme on ne l’a plus vue depuis des lustres. Incarnant une femme au chômage, abandonnée par son mari, touchée à un sein, subissant une chimio et ses effets secondaires, une mastectomie, puis une récidive alors qu’elle a retrouvé l’amour — avouez que le tableau est complet —, la comédienne vise autre chose qu’une performance outrancière adossée à une déchéance physique. Magda, son personnage, s

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¡Hola cine! Les Reflets du cinéma ibérique et latino-américain

ECRANS | Sous la houlette de leur directeur Laurent Hugues, les Reflets villeurbannais sont devenus une indispensable passerelle entre les cinémas latins et le public français. Et un passage obligé pour les cinéastes de référence.

Vincent Raymond | Mercredi 9 mars 2016

 ¡Hola cine!
Les Reflets du cinéma ibérique et latino-américain

Qu’est-ce qui a présidé au choix du film d’ouverture, Hablar de Joaquín Oristrell ? Laurent Hugues : On voulait à la fois commencer par la compétition et un film ibérique — puisque nous faisons cette année un focus sur l’Espagne. Hablar s’est imposé par son parti pris artistique : il s’agit d’un faux plan-séquence dans une rue historique de Madrid, sur 300 mètres, permettant de croiser une vingtaine de petites histoires. C’est un cri d’alarme militant que lance Oristrell, qui a tourné ce film avec des amis. Certains ont complètement improvisé sur la trame préétablie. Hablar dresse un portrait de l’Espagne d’aujourd’hui par la parole, l’échange, dans une rue où Podemos est bien implanté. Et il défend les couleurs espagnoles dans la compétition. Il n’y a qu’un seul film en lice par pays ? Pour éviter la surreprésentation, oui. Avec l’Espagne, cela aurait été facile de faire concourir trois films. Notre engagement étant que les films soumis au choix du public soient inédits, ou que leur distribution en France ne soit pas prévue pour l’instant. C’est une manière de porter un éclaira

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Dix concerts qui vont faire du bruit

MUSIQUES | Dans le landerneau des organisateurs de concerts, ce mois d'octobre 2015 est si dense en propositions qu'il est surnommé "Octobrute". Un nickname d'autant plus approprié qu'une bonne partie d'entre elles fait plus dans le jean élimé que dans la dentelle. Exemples contractuels.

Benjamin Mialot | Mardi 13 octobre 2015

Dix concerts qui vont faire du bruit

Valient Thorr / Broken Water On a découvert Valient Thorr par hasard, au détour d'un abattoir reconverti en squat de vikings. C'était à l'été 2014, on avait une bonne douzaine d'années de retard sur le reste de la population mondiale – du moins celle assez sensible au high energy rock'n'roll pour s'organiser en chapitres – mais qu'importe : rarement a-t-on vu musiciens faire montre d'autant d'engagement que ces Américains aux bonnes trognes... ben d'Américains. Au point de descendre, entre deux riffs taillés pour faire imploser les jukeboxes des restoroutes, faire du rameur dans la fosse. [+ Child + Black Bone] Au Warmaudio jeudi 15 octobre On a déploré la brouille de Frank Black et Kim Deal. On a chouiné à l'idée que Thurston Moore et Kim Gordon les imitent – et ils ont fini par le faire, les salauds. Puis est apparu Broken Water. C'était en 2010 avec Whet, un premier album qui voyait ce très revendicatif trio mixte d'Olympia (des droits des femmes à la surveillance généralisée, ce ne sont pas

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La rentrée musique côté jazz et world

MUSIQUES | Du côté de l'AOC "world, soul, jazz, etc.", le fourre-tout est de rigueur, les talents pluriels et les esthétiques en quinconce. Si bien qu'on ne sait plus où donner de la tête. Eh bien c'est juste ici, un peu partout.

Stéphane Duchêne | Mardi 22 septembre 2015

La rentrée musique côté jazz et world

C'est comme souvent le Rhino jazz qui va donner le tempo de la rentrée jazz. Mais tel le rhinocéros, l'événement, une fois lancé, court dans tous les sens et c'est dans trois départements que le spectateur doit se mettre en mode safari. Tout le monde n'étant pas équipé d'une jeep, contentons-nous ici des haltes lyonnaises : outre Tigran (voir page 4), se présenteront l'étrangeté électro-jazz-blues Yom (à l'Opéra le 12 octobre), Vincent Perrier qui va «bopper avec Django» à la Clé de Voûte le 23 ou encore le duo Donkey Monkey, croisement de jazz et de rock japonais, oui madame, le 24 au Périscope. Un Périscope qui garde son cap de chaudron expérimental. Citons pêle-mêle : Emmanuel Scarpa et François Raulin (aucun lien) pour leur Tea Time le 1er octobre, le violoniste Régis Huby et son projet Equal Crossing dont on a lu, sans rire, qu'il promettait une «ambiance frottis» ; ou encore le 13 novembre le chelou Finlandais Mikko Innanen. Et pour la bonne bouche, Cannibales et vahinés, où l'on ret

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Hallucinations collectives : la politique des horreurs

ECRANS | Le festival Hallucinations collectives s’impose désormais comme un rendez-vous incontournable pour les cinéphiles lyonnais. Cette année, entre une compétition de films inclassables, des raretés empruntées à l’histoire bis du cinéma et l’invitation lancée à ce grand cinéphage de Christophe Gans, le festival poursuit son exploration d’une autre politique des auteurs. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 31 mars 2015

Hallucinations collectives : la politique des horreurs

L’important dans l’expression «politique des auteurs», disait avec un peu de retard et d’opportunisme François Truffaut, ce n’est pas le mot «auteurs» mais bien le mot «politique». Pourquoi citer l’institution truffaldienne en ouverture d’un papier sur ce festival tout sauf institutionnel qu’est Hallucinations Collectives ? Peut-être parce que ses organisateurs ont, mieux que personne, pris la précision du réalisateur du Dernier métro au pied de la lettre. Qu’on regarde, même d’un œil distrait, leur — fabuleuse, tant il n’y a strictement rien à jeter dedans — programmation de 2015, et cela sautera aux yeux : on y croise certes des grands noms acclamés bien au-delà des amateurs de cinéma de genre ou de films bis : Dario Argento, David Cronenberg, Mario Bava, Lucio Fulci et même Ridley Scott… Mais ils voisinent avec d’autres cinéastes souvent regardés comme mineurs, à tort ou à raison (Ruggero Deodato, Larry Cohen, Shinya Tsukamoto) sans parler de quelques parfaits inconnus (Wakefield Poole, Paul Donovan ou Piero Schivazappa) et des cinéastes débutants qui forment le bataillon d’une très alléchante compétition. Cette mosaïque

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Au Zola, l’Espagne sera au coeur des Reflets

ECRANS | Si sa superbe programmation va beaucoup fureter du côté de l’Amérique latine, c’est bien l’Espagne qui va faire plusieurs fois l’événement lors des 31e Reflets du cinéma ibérique et latino-américain du Zola. Ou comment une production touchée par la crise survit grâce à sa diversité et l’inventivité de ses cinéastes. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 10 mars 2015

Au Zola, l’Espagne sera au coeur des Reflets

Aux derniers Goya, l’équivalent espagnol de nos César, deux films se tiraient la bourre dans la course aux récompenses finales : La Isla Minima (qui sortira en France sous le titre Marshland) et La Niña de Fuego. Deux films de genre, l’un tirant vers le cinéma criminel, l’autre vers le thriller. Cela fait longtemps qu’on loue dans nos colonnes la force des cinéastes espagnols lorsqu’ils s’attaquent à des territoires squattés par les productions anglo-saxonnes, mais cette reconnaissance par les professionnels — ainsi que par le public, les deux films ayant été de gros succès au box-office national — montre que, loin de s’être commué en académisme ou en opportunisme commercial, le cinéma de genre made in Spain est encore en pleine effervescence. Et ce malgré la crise qui a touché le pays et, par voie de conséquence, le financement de son industrie cinématographique ainsi que sa distribution — nombre de salles ont fermé leurs portes ces dernières années. Marshland : un thriller post-franquiste La Niña de Fuego et Marshland seront les deux événements majeurs de la nouvelle édition des Reflets du ci

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Ruptures de ton

SCENES | À 40 ans, toujours vieux garçon, Yaacobi se réveille, envoie valdinguer sa partie de dominos et ses tee-parties sur le balcon de son ami Leidental qu'il (...)

Nadja Pobel | Mardi 20 janvier 2015

Ruptures de ton

À 40 ans, toujours vieux garçon, Yaacobi se réveille, envoie valdinguer sa partie de dominos et ses tee-parties sur le balcon de son ami Leidental qu'il congédie sans ménagement car «cet homme est un bouchon, il empêche la vie de s'écouler». Yaacobi ne pense qu'à rattraper le temps perdu. Donc s'accrocher aux fesses de la première femme croisée au hasard, Laurence Besson, souvent vue sur les planches du TNP car elle appartient à sa troupe permanente, comme d'autres membres de cette jeune compagnie du Vieux Singe. Le premier mérite de ce travail est de porter à la connaissance du public l'écriture de l’Israélien Hanokh Levin, décédé prématurément en 1999. Fin observateur de nos petites misères et grandes solitudes, l'auteur sait transformer une matière sociologique en objet caustique, drôle, tendre et cruel à la fois, n'épargnant pas les croyances des hommes (et c'est plus que salutaire en ces temps malades) ; s'adressant à Dieu, Yaacobi s'agace : «il est temps que tu me donnes quelque chose de tangible, de palpable, de réel». Sans jamais les engluer dans le réalisme, Levin teinte ses personnage

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Beau tirage

MUSIQUES | Le récent trépas de Framboisier, le coureur permanenté qui tenait le micro des Musclés, est l'occasion de rappeler que sous leurs chemises criardes – à en (...)

Benjamin Mialot | Mardi 13 janvier 2015

Beau tirage

Le récent trépas de Framboisier, le coureur permanenté qui tenait le micro des Musclés, est l'occasion de rappeler que sous leurs chemises criardes – à en décoller la rétine de Magnum lui-même – se cachaient de fieffés salopiots. Une chanson en particulier est révélatrice de leur méconnue gaillardise : Son petit chat, sérénade dont les tournures félines sont autant de sous-entendus vénériens. Les rires des Bordelais de Cliché, énièmes ambassadeurs de la pop en français dans le texte dont bruissent les années 2010, ne se sont probablement jamais mêlés à ceux qui alourdissaient les frasques du backing band de Dorothée. Pas chat, le morceau qui clôt leur premier EP éponyme, sonnerait pourtant presque comme un hommage, s'il n'était aussi délicat et candide, dans son verbe («dans les pelages du monde, je plongerai mes doigts») comme dans sa partition (jeux de contraires vocaux à la Gainsbourg, patine burgalatienne et quelques miaulements chipés à Grandaddy). Car chez Cliché – un nom qui est autant un pied-de-nez qu'un aveu – ce n'est pas dans le jus de merguez que l'on fraie, mais dans l'eau de rose, combustible raffiné de tubes (

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Amours cannibales

ECRANS | De Manuel Martín Cuenca (Esp-Roum-Russie-Fr, 1h56) avec Antonio de la Torre, Olimpia Melinte…

Christophe Chabert | Mardi 16 décembre 2014

Amours cannibales

Carlos, tailleur discret de Grenade, aime les femmes. Mais attention, il les aime bien préparées. Aussi habile avec un fil et des aiguilles qu’avec un couteau de boucher, il déguste ses victimes selon un rituel presque monotone, sans en tirer de plaisir apparent. On a présenté les choses avec un poil d’ironie, mais Amours cannibales en est résolument dépourvu. Au contraire, la froideur de la mise en scène renvoie plutôt à la "glaciation émotionnelle" tant vantée par Michael Haneke. Même lorsqu’une histoire d’amour, une vraie, se profile entre Carlos et la sœur d’une des femmes qu’il a tuées, Cuenca ne déroge pas à sa grammaire : plans tirés au cordeau, absence de musique, quête de distance et d’atonie dans l’approche des événements. Cette forme-là, respectable dans son principe mais devenue très académique à force d’être mise à toutes les sauces, est assez contre-productive dans le cas d’Amours cannibales. On n’est jamais loin du pléonasme tant la grisaille et l’absence de passion semblent envahir en permanence et l’action, et les personnages, et l’approche visuelle de Cuenca. Même les scènes gore ne créent pas vraiment de malaise, fondues dans

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Heli

ECRANS | D’Amat Escalante (Mex-Fr, 1h45) avec Armando Espitia, Andrea Vergara…

Christophe Chabert | Mardi 8 avril 2014

Heli

Heli, ouvrier, mari, père, fils et frère modèle, va être entraîné dans une spirale de violence mettant en cause gangs et police, tout ça parce que sa sœur a eu le malheur de fréquenter un flic ripou acoquiné avec des trafiquants de drogue. Spirale de violence : c’est un doux euphémisme tant Amat Escalante ne lésine pas sur les images atroces — pendaison, torture à coups de bâtons avant immolation de testicules et, spéciale dédicace à Brigitte Bardot, chiot au cou brisé. Pourtant, le film est plus intenable qu’insoutenable : Heli propose une sorte de version auteuriste d’un torture porn ou d’un rape and revenge movie, noyant le genre dans des séquences collées les unes aux autres comme des post-it interchangeables, où rien ne doit échapper au regard d’un cinéaste qui abolit le hors champ pour une complaisance évidente grossièrement déguisée en colère contre la société mexicaine. Preuve en est, dès qu’il peut faire un "beau" plan, il ne s’en prive pas, comme celui où le trajet d’une voiture épouse parfaitement les courbes d’une dune de sable au crépuscule… Escalante se regarde filmer et oublie de regarder ce qu’il filme : paradoxe absurde d’un fi

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Les Bruits de Recife

ECRANS | Formidable premier film du Brésilien Kleber Mendonça Filho, cette exploration d’une psychose sécuritaire au motif incertain importe les codes du cinéma de genre dans un récit prenant, mis en scène avec un sens spectaculaire de l’espace et du son. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 11 mars 2014

Les Bruits de Recife

Un jeune couple s’embrasse goulûment dans une ruelle ; un gamin frappe son ballon contre un mur ; un chien aboie la nuit… Ce sont les bruits que les résidents de ce quartier aisé de Recife entendent dans les premières séquences du film. Bruits anodins mais que cette classe moyenne paranoïaque, persuadée d’une menace alentour, prend comme la manifestation d’un danger. À cela s’ajoute le vol chronique d’auto-radios et l’arrivée de deux individus proposant d’assurer jour et nuit la sécurité des habitants… Et voici lancée l’implacable mécanique de ce premier film signé Kleber Mendonça Filho — un nom à retenir impérativement. La multiplication des personnages laisse à penser que Les Bruits de Recife va travailler une chronique chorale sur le modèle Dodeskaden… En fait, sa structure en chapitres trace un dessin beaucoup plus complexe ; si chaque destin semble avancer de manière autonome, une même angoisse sourde les réunit. Mais quelle en est la cause ? Les pauvres qui traînent dans les rues sont tous intégrés dans cet écosystème économique — les femmes de mén

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Vandal

ECRANS | D’Hélier Cisterne (Fr, 1h23) avec Zinedine Benchedine, Chloé Lecerf, Emile Berling…

Christophe Chabert | Mardi 1 octobre 2013

Vandal

Chérif, ado à problème, est envoyé à Strasbourg pour passer son CAP de maçon, où il est accueilli par son oncle pète-sec — un Jean-Marc Barr très bear — et où il retrouve son père démissionnaire mais sympa — étonnant Ramzy. Il découvre alors, fasciné, que son cousin, sous ses allures de gentil garçon propret, fait partie d’un collectif de graffeurs sévissant la nuit sous le pseudo de Ork, à la recherche de leur rival sans visage, Vandal. Auteur d’un court-métrage magnifique — Les Paradis perdus — Hélier Cisterne signe un premier long qui ressemble un peu trop à un premier long français : un récit d’initiation que l’on essaye de renouveler par son background plus que dans sa mécanique. C’est bien le problème : le scénario est vraiment trop appliqué, si scolaire que l’on a toujours une bonne longueur d’avance sur les événements. En revanche, Vandal possède une belle énergie dans sa mise en scène, que ce soit celle de ses jeunes comédiens, excellents, ou celle qui se dégage des scènes de graff, portées par une musique spatiale et emportées par l

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Avignon - Jour 2 - Tous azimuts

SCENES | "Ping Pang Qiu", "Orphelins" et "Concerto pour deux clowns".

Nadja Pobel | Vendredi 12 juillet 2013

Avignon - Jour 2 - Tous azimuts

Il nous a fallu laisser Angelica Liddell sur le côté pour enfin attaquer le Off du festival. Mais l'Espagnole n'est pas du genre qu'on oublie : récemment, son texte Belgrade avait résonné d'une manière absolument bouleversante au Théâtre des Ateliers,  grâce au collectif La Meute, et nous attendons depuis que cette création soit diffusée pour vous en parler plus longuement. À Avignon, elle met en scène ses propres textes, dont Ping Pang Qiu, dont le nom fait référence à la "diplomatie du ping-pong" - un échange de joueurs entre la Chine et les États-Unis dans les années 70, grâce auxquels les deux pays entretiennent depuis de bons rapports économiques, tant qu'il n'est pas question de droits de l'homme. Un travail documentaire à quatre voix, parfois trop délirant (le final où tout le monde se jette des nouilles chinoises à la figure) mais bien souvent instructif et intransigeant avec une Chine plus aimée que dénoncée.  De son côté, la comédienne Valérie Marinese, déjà aperçue au Théâtre de l'Elysée à Lyon joue dans Oprhelins, une très bonne pièce d'un dramaturge anglais contemporain, Den

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Insomniaque - Semaine du 10 au 16 juillet

MUSIQUES | Les trois soirées à ne pas manquer cette semaine. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Vendredi 5 juillet 2013

Insomniaque - Semaine du 10 au 16 juillet

12.07 Le Bal !Au bal masqué, on danse on danse on danse et on ne peut pas s'arrêter, ohé ohé. Au bal du Transbordeur, on fait du hula hoop, on s'adonne à des jeux vidéo au format architectural, on mate les portraits sonores du graphiste lyonnais Francis le Gaucher, on déguste des burgers et on se tord les cervicales au son du rock'n'roll vénéneux et malpropre de Jack of Heart (l'une des figures de proue du renouveau garage made in France, à l'instar de JC Satan et Catholic Spray) et du surf punk cinoque des Cannibal Mosquitos

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Cannes ou le petit air des (h)auteurs

ECRANS | Le festival de Cannes a à peine commencé, et il est déjà temps de pointer les déceptions et les bonnes surprises de sa sélection qui, une fois n’est pas coutume, ne sont pas là où on les attendait. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 17 mai 2013

Cannes ou le petit air des (h)auteurs

Bizarre, bizarre. Alors qu’on attaquait plutôt confiant ce 66e festival de Cannes, sa compétition nous a assez vite brinquebalé d’un sentiment à l’autre, au point de ne plus savoir dès le troisième jour à quel saint se vouer. Ainsi, que pouvait-on attendre du Gatsby le magnifique signé Baz Luhrmann en ouverture ? Pas grand-chose, sinon un film tapis rouge calibré pour monopoliser l’attention et garantir le minimum festif pour lancer la grand-messe cannoise. Surprise, Gatsby vaut infiniment plus que cela, et Luhrmann a réussi à s’emparer de manière fort pertinente du roman de Fitzgerald, cherchant à travers les ruptures de sa mise en scène à en capter les humeurs. De l’euphorie 3D pleine d’anachronismes pop de la première partie à la progressive nudité d’une seconde heure qui plonge dans le mélodrame, mais surtout dans le spleen et les regrets, Gatsby le magnifique enchante et déchante en deux temps et, bien sûr, beaucoup de mouvements — à commencer par ceux, parfaitement dosés, d’un impressionnant Leonardo Di Caprio. À l’inverse, on pouvait légitimement espérer de Fra

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Cannes - Jour 1 : attention ! film méchant…

ECRANS | "Heli" d’Amat Escalante

Christophe Chabert | Mercredi 15 mai 2013

Cannes - Jour 1 : attention ! film méchant…

Il y a du monde cette année à Cannes. L’explication facile serait de dire que la présence de Steven Spielberg comme président du jury et l’annonce d’une pléthore de stars dans les divers films de la compétition ont attiré le chaland. Il n’a pas été déçu par la disponibilité dudit Spielberg, qui signait des autographes à la sortie de la conférence de presse, puis par la classe internationale d’un Leonardo Di Caprio dont l’étoffe d’acteur mythique, à la hauteur d’un Pacino ou d’un De Niro, se peaufine film après film — et sa prestation grandiose dans Gatsby le magnifique le prouve encore. Il se trouve que, par ailleurs, il pleut cette année à Cannes. Et pas qu’un peu. Le souvenir du déluge tombé lors du premier dimanche de l’édition 2012 est dans toutes les têtes et les prévisions météo n’annoncent rien de bon pour les jours à venir. Le festivalier était donc déjà trempé jusqu’à l’os, et nous avons dû subir notre première longue queue au milieu d’une foule de parapluies serrés pour pouvoir accéder au  film en compétitio

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Mine de rien

ARTS | A l’occasion de deux expositions (Laurence Cathala à la Fondation Bullukian et "Le Dessin en couleurs" à la galerie Descours), nous avons voulu nous pencher sur le dessin. Le sujet est très à la mode, voire tarte à la crème. Aussi, pour lui redonner sa singularité, avons-nous donné la parole à plusieurs artistes lyonnais. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 18 avril 2013

Mine de rien

Dans une lettre datée du 8 septembre 1888, Vincent Van Gogh écrit : «Qu’est-ce que dessiner, comment y arrive-t-on ? C’est l’action de se frayer un passage à travers un mur de fer invisible qui semble se trouver entre ce que l’on sent et ce que l’on peut. Comment doit-on traverser ce mur ? Car il ne sert à rien d’y frapper fort. On doit miner le mur et le traverser à la mine, lentement et avec patience». Quand Christian Lhopital parle de la «légèreté du dessin», opposé au poids de la peinture, peut-être est-ce aussi pour ne pas frapper trop fort, asséner, aliéner. Même quand l’artiste lyonnais crée concrètement sur des murs, il préfère le crayon au pinceau, le jeu sur l’opposition de quelques valeurs plutôt que sur toutes les couleurs. «Un dessin ne doit jamais être lourd ou besogneux. Au fil du temps, l’habileté de la pratique nourrit cette entière liberté, cette puissance de possibilités de ce qui se passe sur l’espace blanc de la feuille de papier. Plus je dessine, plus je suis libre» dit-il. «Bing image à peine presque jamais une seconde temps sidéral bleu et blanc au vent »

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Elle greffe le rire à la nuit

ARTS | La galerie Jean-Louis Mandon présente une vingtaine de dessins, comme autant de nuits énigmatiques et ouvertes à l’éclosion de jours singuliers, de la jeune artiste lyonnaise Blanche Berthelier. Une très belle rencontre avec une œuvre en devenir. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Dimanche 24 mars 2013

Elle greffe le rire à la nuit

«Travaux de liasse et de liesse, ils se délivrent selon la famine, selon l’altercation de mondes tournoyants qui s’engendrent, se détruisent… et si, de la fermentation de leurs grappes pressées surgit la foudre, elle greffe le rire à la nuit…» Citer Jacques Dupin (L’Ecoute) parce que c’est notre lecture du moment, citer Jacques Dupin parce qu’aussi nombre de ses poèmes résonnent étrangement avec les terres sombres, les mondes vibratiles, les grappes noires, les écorces et les nuits transfigurées que fait éclore puis, très vite, se refermer Blanche Berthelier dans ses dessins (au fusain ou à l’encre de Chine, sur de petits ou de grands formats). Après avoir fait gicler à grands traits de la peinture sur de grandes feuilles, dans des gestes explosifs et spontanés, l’artiste (vivant à Lyon et née en 1982) a voulu, plus patiemment, «faire apparaître des formes et des figures. Je ne sais pas ce que cela représente exactement et j’aime qu’on ait l’impression de reconnaître quelque chose sans savoir vraiment de quoi il s’agit. D’où l’importance aussi du noir et blanc qui fait immédiatement rupture a

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À en perdre ses latins

ECRANS | Pour leur 29e édition, les brillants Reflets du cinéma ibérique et latino-américain du Zola ouvrent en fanfare avec le dernier Almodovar, puis continuent avec un programme mêlant best of de la saison et perspectives sur les événements cinématographiques à venir. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 11 mars 2013

À en perdre ses latins

Comment ça va, le cinéma latino ? Plutôt bien, si on en croit le début de saison, puisqu’au milieu d’une écrasante domination américaine, c’est bien du côté de l’Espagne, de l’Argentine et du Chili que la résistance a été la plus vive. Aussi, les Reflets du cinéma ibérique et latino-américain n’ont eu qu’à aller piocher ces bonnes nouvelles-là pour assurer le fond goûtu de leur 29e édition. On ne pourra donc que conseiller aux distraits de ne pas rater les séances de rattrapage de Blancanieves, petit bijou de cinéma muet d’aujourd’hui qui a entre temps effectué une razzia historique aux Goyas (les César espagnols). Plus frais encore, le génial No de Pablo Larraín sur le référendum organisé par Pinochet en 1988 pour asseoir son pouvoir — raté ! mérite une vie sur le long cours ; le festival sera un endroit parfait pour savourer ce thriller politique prenant et audacieux.Comme un justicier qui viendrait remet

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Coupable, forcément coupable…

ECRANS | En 1961, Elio Petri, jusqu’ici scénariste, signe son premier film en tant que réalisateur, L’Assassin. Débuts prometteurs, même si Petri n’a pas encore abouti (...)

Christophe Chabert | Jeudi 14 juin 2012

Coupable, forcément coupable…

En 1961, Elio Petri, jusqu’ici scénariste, signe son premier film en tant que réalisateur, L’Assassin. Débuts prometteurs, même si Petri n’a pas encore abouti pleinement ce qui fera par la suite la force de son cinéma. Un matin, la police vient arrêter Nello Poletti, antiquaire friqué, hautain et magouilleur (Marcello Mastroianni). On l’accuse du meurtre de sa maîtresse (Micheline Presle), mais lui clame son innocence. Ce pourrait être une fable kafkaïenne sur les méthodes arbitraires de la police (qui en prend pour son grade, toutefois), mais Petri et ses co-scénaristes (dont Tonino Guerra et Pasquale Festa Campanile) ont une autre idée en tête. Car si Nello est innocent du crime dont on l’accuse, chaque retour sur les lieux où il vécut cette liaison révèle une culpabilité plus profonde, plus morale : celle d’un possédant pour qui les femmes n’ont pas plus de valeur que les objets qu’il revend, et qui peuvent donc être sacrifiées si celles-ci troublent le cours de son existence. L’idée, très forte, de faire de Nello une victime (d’une machine étatique soucieuse d’efficacité) mais aussi un salaud forcé de reconnaître ses torts, circulera ensuite dans les

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Reflets électriques

CONNAITRE | La nouvelle édition des Reflets du cinéma ibérique et latino-américain propose une belle brochette de films issus d’une dizaine de pays, avec notamment une flamboyante délégation espagnole. Et quelques belles surprises venues d’ailleurs… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 8 mars 2012

Reflets électriques

Louons d’abord les Reflets du cinéma ibérique et latino-américain (qui n’ont pas lieu au cinéma Le Zola pour rien, salle dont la programmation est devenue l'une des plus pointues et excitantes de l’agglomération) pour une raison : offrir enfin aux spectateurs lyonnais une VO de Malveillance, le dernier film de Jaume Balaguero sorti uniquement en VF durant les vacances de Noël. L’Espagne sera de toute façon à l’honneur cette année, puisque l’ouverture du festival se fera avec l’avant-première de Eva, qui vient de remporter le Goya (le César local) du meilleur premier film. Kike Maillo, son réalisateur, s’empare d’un sujet qui rappelle inéluctablement le AI de Spielberg : en 2041, un ingénieur se voit confier la mission de créer un enfant-androïde. Si le fantastique espagnol a souvent fait des merveilles (notamment grâce à Balaguero…), il s’est rarement aventuré dans la science-fiction. D’où curiosité… Le nom de Montxo Armendariz ne dit pas forcément grand-chose aux spectateurs français ; il est toutefois depuis près de trente ans un des metteurs en scène espagnols importants. Son nouveau film, No tengas miedo, est annoncé comme un de ses plus a

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«Un mélange réussi»

ECRANS | Entretien / Michel Dulac, président de l’Association pour le Cinéma du Zola. Propos recueillis par CC

Christophe Chabert | Lundi 14 mars 2011

«Un mélange réussi»

Petit Bulletin : Quelle est l’importance des festivals dans la politique du Zola ?Michel Dulac : On s’est rendu compte que pour une petite salle monoécran comme la nôtre, ce sont les événements en dehors de la programmation, que ce soient les festivals ou les soirées spéciales, qui construisent notre identité. Cela se traduit dans les chiffres : la fréquentation hors-CNC, c’est-à-dire en dehors des films à l’affiche, est en hausse, alors que la fréquentation générale est en baisse. Par ailleurs, beaucoup de jeunes ont rejoint l’Association pour le Cinéma, et leur implication participe à la dynamique et l’originalité des festivals. Il y a aussi le travail mené dans le "Journal des Reflets" rédigé par l’Association. Il est important de remettre les films en perspective, que ce soit dans le parcours des cinéastes ou dans le contexte politique du pays. Quel regard portez-vous sur cette nouvelle édition des Reflets ?Cette année, il y aura beaucoup de films intéressants : je pense par exemple à "Contracorrente", ou bien sûr le nouveau film d’Alex de la Iglesia. Les Reflets sont un panorama : on es

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Ils seront aux reflets…

ECRANS | Laura MañaActrice chez Bigas Luna ou Vicente Aranda, Laura Maña viendra présenter son cinquième film en tant que réalisatrice, "La Vida empieza hoy", le lundi 28 (...)

Christophe Chabert | Jeudi 10 mars 2011

Ils seront aux reflets…

Laura MañaActrice chez Bigas Luna ou Vicente Aranda, Laura Maña viendra présenter son cinquième film en tant que réalisatrice, "La Vida empieza hoy", le lundi 28 mars à 20h45. Antonio FerreiraSon deuxième film, "Embargo", est une comédie noire inspirée de José Saramago, romancier disparu l’an dernier. Il le présentera le lundi 21 mars à 20h45. Nicolás Rincón GilleDans la riche sélection de films colombiens présentés aux Reflets, le documentaire "Los Abrazos del Rio" sur les mythes et réalités du fleuve Magdalena sera défendu par son réalisateur le dimanche 27 mars à 21h.

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Prophète en son pays

ECRANS | Événement / Il y a quelques semaines, Alex de la Iglesia claquait bruyamment (mais avec classe) la porte de l’Académie des sciences et des arts (...)

Christophe Chabert | Mercredi 9 mars 2011

Prophète en son pays

Événement / Il y a quelques semaines, Alex de la Iglesia claquait bruyamment (mais avec classe) la porte de l’Académie des sciences et des arts cinématographiques d’Espagne, en désaccord avec une partie de la profession sur l’équivalent ibérique de la loi Hadopi, qu’il jugeait liberticide. Manière de rappeler que le réalisateur du très punk "Action mutante" n’avait rien perdu de sa gnaque, malgré les succès publics et son tout récent triomphe à la Mostra de Venise avec son dernier film, "Balada triste de trompeta", qui y a obtenu le prix du scénario et le prix de la mise en scène. Il était temps de reconnaître le travail du cinéaste à sa juste valeur, c’est-à-dire non pas comme un geek officiant dans le cinéma de genre, mais comme un incroyable inventeur de formes et de récits, un des plus créatifs du cinéma européen contemporain. "Le Jour de la bête", "Perdita Durango", "Mort de rire", "800 balles" ou "Le Crime farpait" traduisaient une montée en puissance pour De la Iglesia, passant du rire potache à une réflexion caustique sur l’Histoire espagnole, ancienne ou récente, où le triomphe du consumérisme et l’oubli d’une culture populaire à la sincérité fondamentale se mariaient d

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¡ Caramba ! Un festival…

ECRANS | Cinéma / Les Reflets du cinéma ibérique et latino-américain du Zola s’offrent un grand cru 2011 : normal, cela faisait longtemps que les cinémas espagnol et sud-américain n’avaient affiché une si belle et grande diversité. Passage en revue obligatoire ! Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 9 mars 2011

¡ Caramba ! Un festival…

On l’avait dit en revenant de Cannes : dans un festival en retrait, le cinéma latino-américain avait plus que tiré son épingle du jeu, toutes sélections confondues. À Venise, il avait confirmé sa bonne santé grâce notamment à "Santiago 73", "Post mortem" du Chilien Pablo Larrain, film bien glaçant quoiqu’un chouille aut(eur)iste, à redécouvrir aux Reflets ; et c’est un film espagnol, "Balada triste de trompeta" signé Alex De La Iglesia, qui avait fait figure de grand gagnant au palmarès avec deux prix majeurs (lire encadré). Les Reflets du cinéma ibérique et latino-américain n’avaient donc que l’embarras du choix pour concocter une édition 2011 grand luxe, comme ils n’en avaient pas proposé depuis quelques années, il faut le reconnaître. Difficile de faire un tour exhaustif de tout ce qu’il ne faudra pas rater pendant cette quinzaine ; esquissons donc les grandes lignes et les films majeurs de cette sélection. Cry for me, Argentina Il y en a sûrement qui, malgré nos conseils répétés depuis sa présentation cannoise, n’ont toujours pas vu l’extraordinaire "Carancho" de l’Argentin Pablo Trapero. Plus d’excuse : vous allez tous vo

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Reflets à l’aveugle

ECRANS | Les nouveaux Reflets du cinéma ibérique et latino-américains misent sur la curiosité des spectateurs : pas de films venant éclipser les autres par la signature de leurs auteurs, beaucoup de pays peu répertoriés sur la carte cinéphilique… CC

Christophe Chabert | Dimanche 7 mars 2010

Reflets à l’aveugle

Alors que les Reflets du cinéma ibérique et latino-américains, 26 ans au compteur, ont acquis une solide réputation de qualité et d’exigence, la programmation de la quinzaine 2010 semble avoir fui les gros films événements des pays qu’elle propose d’ordinaire — pas de "Cellule 211", le "Prophète" espagnol, par exemple… Mais cela reflète une réalité : l’Espagne et le continent sud-américain ont été les grands absents des trois festivals majeurs que sont Venise, Berlin et Cannes — Almodovar seul en compétition, de médiocres produits auteurisants dans les sections parallèles, tous absents à Villeurbanne sauf le brésilien Mourir comme un homme, et l’uruguayen Mal dia para pescar, que l’on n’avait pas vus… Même le fantastique espagnol a marqué le pas, comme en témoignaient le raté Rec2 et les deux films présentés à Gérardmer. Les Reflets ont donc compensé ce manque d’actualité par un programme de films venus de pays encore peu représentés au festival. Rage sociale Ainsi du Nicaragua, où aucun film n’avait été produit depuis vingt ans. Curiosité donc pour La Yuma de Florence Jaugey, où une jeune f

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Gran Latino

ECRANS | Les Reflets du cinéma ibérique et latino-américain à Villeurbanne fêtent leurs vingt-cinq ans ; de retour au seul Zola, mais avec des incursions lyonnaises au Comœdia, le programme déroule une belle série d’avant-premières, d’inédits et de séances de rattrapage. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 25 février 2009

Gran Latino

Pour fêter leurs vingt-cinq ans, les Reflets du cinéma ibérique et latino-américains ont curieusement choisi la formule «less is more». Plutôt que de fêter ce quart de siècle (cap symbolique !) en mettant les bouchées doubles, ils reprennent l’aller simple vers le Zola. Adieu le Centre Culturel de la Vie Associative donc, ce qui ne nous manquera pas vu l’inadéquation du lieu à la projection de films ! En revanche, notable nouveauté, le festival villeurbannais tente une percée lyonnaise en délocalisant certaines projections au Comœdia. Et pas n’importe lesquelles, puisque c’est là-bas que l’on pourra découvrir en avant-première le nouveau film de Lucrecia Martel, La Femme sans tête, qui attendait patiemment depuis sa présentation mitigée au dernier festival de Cannes que son distributeur l’envoie sur les écrans français. Cannes, qui avait montré le dynamisme des cinématographies argentines, mexicaines et brésiliennes, est d’ailleurs une des sources principales de cette vingt-cinquième édition : rayon déjà sortis, on retrouve le problématique Los Bastardos d’Amat Escalante, cinéaste petit malin qui provoque son spectateur avant de lui faire un bras d’honneur et de se tirer en courant

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On s’fait une bouffe ?

SCENES | Cirque et Théâtre / Nouvelles coqueluches du théâtre contemporain, David Bobée et Renan Chéneau présentent aux Subsistances Cannibales, pièce pluridisciplinaire, existentielle et… prometteuse ! Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 12 juin 2008

On s’fait une bouffe ?

Nés dans les années 1970, adolescents dans les années 1980 quand «Dorothée passe d’Antenne 2 à TF1» et avec «l’apparition des cracottes chez Heudebert», adultes dans les années 2000, ils constatent «que rester vautré, recroquevillé chez soi, avec la dernière livraison de Jack Bauer, saison 4, n’est finalement pas ce qui peut nous arriver de plus mal…»… Voilà où nous en sommes, voilà où ils en sont, eux, couple trentenaire petit-bourgeois habitant un appartement immaculé et quasiment décalqué d’un catalogue d’Ikéa. C’est dans cet intérieur qu’on les découvre, «Elle» et «Lui», et dans l’intimité de leurs discussions décousues à propos de sexe, de bonheur, de science, de politique, de tout, de rien, de pas grand chose, de ce qui reste… Dernier volet d’une trilogie qui peut se découvrir séparément, Cannibales a été écrite par Ronan Chéneau directement sur le plateau avec la complicité du metteur en scène David Bobée et de ses comédiens : «Mon travail d’écriture se fait au cœur même de la machine théâtrale, avec le travail, de la lumière et du son, le jeu, la mise en scène, pour être contaminé par eux, toujours proche du vivant, du présent. En période de création, j’écris et réécris san

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L’Orphelinat

ECRANS | de Juan Antonio Bayona (Espagne, 1h47) avec Belen Rueda, Fernando Cayo…

Dorotée Aznar | Vendredi 29 février 2008

L’Orphelinat

Critique / Impossible de parler de L’Orphelinat sans évoquer son fulgurant succès public en Espagne : imaginez chez nous un film fantastique français trustant les hauteurs du box-office pendant de longues semaines, puis se retrouvant nommé dans toutes les catégories aux Césars ? Ce prodige-là est bien sûr le fruit d’une véritable culture du cinéma de genre local auprès des spectateurs, mais aussi du culot des producteurs et des distributeurs, associé au talent d’un jeune cinéaste de 32 ans qui, pour sa première œuvre, démontre une étourdissante maîtrise de la mise en scène. Certes. Mais L’Orphelinat est aussi la synthèse brillante et un peu facile de dix années de recherche où des cinéastes singuliers se sont réappropriés les codes du cinéma fantastique pour leur donner une nouvelle jeunesse. Cette relecture en forme de best of, Bayona prend soin de l’adresser, in fine, au plus large public, gommant le pessimisme qui règne en général dans le fantastique espagnol (mais on ne racontera pas la fin !). Il y a donc une mère et son fils dans une maison hantée, comme dans Les Autres ; des enfants fantômes qui communiquent avec des jeux effrayants comme d

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