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Loué soit Laugier

Christophe Chabert | Mardi 15 avril 2014

Après Nicolas Boukhrief l'an dernier, c'est le cinéaste Pascal Laugier qui a droit à une carte blanche durant Hallucinations collectives. L'homme qui avait durablement éprouvé les spectateurs avec son tétanisant Martyrs — pour lequel il avait dû subir les foudres d'une censure française qui cache de moins en moins son nom — est un cinéphile passionnant ; chacune de ses interviews le prouve et le texte qu'il a fourni pour le catalogue du festival en est un exemple définitif. Il s'y hasarde à quelques programmations virtuelles — dont une, surprenante, où il confesse son amour pour Ma nuit chez Maud, La Gueule ouverte et Sans toit ni loi — avant d'énoncer celle qu'il viendra finalement défendre : L'Exorciste 2, l'hérétique, Le Locataire et Ces garçons qui venaient du Brésil. Trois films bizarres signés par des cinéastes plus que reconnus — Boorman, Polanski et Franklin J. Schaffner — qui reposent tous sur des paradoxes féconds.

Ainsi, quand John Boorman récupère le projet d'une suite de L'Exorciste — à l'époque, un des plus grands succès de toute l'histoire du cinéma américain — il le détourne instantanément, quitte à semer la fureur chez les fans du film original. On retrouve certes la petite Reagan — même si Linda Blair a grandi depuis — mais l'exorcisme auquel elle va être soumise est très loin de la description clinique et viscérale pratiquée par Friedkin. Il s'agit plus d'une embardée vers le film-trip et psychédélique, où les forces du mal se confondent avec les forces de la nature déchaînée, grand thème boormanien s'il en est un.

Locataire et néo-nazis

D'une certaine façon, Le Locataire est aussi une variation de Roman Polanski autour de son film le plus célèbre : Rosemary's baby. Confiné dans son appartement parisien, l'immigré Trelkovsky (Polanski lui-même) est persuadé non pas qu'il est enceint du Diable, mais que ses voisins fomentent un complot contre lui visant à le pousser au suicide, comme ce fut le cas pour la locataire précédente. L'ambiguïté géniale et le climat de parano menaçante qui maintenaient le spectateur aux abois jusqu'aux dernières secondes de Rosemary's baby ne fonctionnent toutefois pas jusqu'au bout du Locataire. Malgré ce final raté, le film est absolument terrifiant, Polanski y déployant toute sa science de la mise en scène pour faire dresser à chaque instant les cheveux du spectateur sur sa tête. Inoubliable, par exemple, les séquences où Trelkovsky observe les cabinets communs en face de sa cuisine, jusqu'à y voir apparaître son double — par un troublant hasard de programmation, le festival présentera aussi The Double de Richard Aoyade avec Jesse Eisenberg, adaptation du roman de Dostoievski que Polanski a longtemps cherché à porter à l'écran…

Quant à Ces Garçons qui venaient du Brésil, adapté d'un roman d'Ira Levin — l'auteur de… Rosemary's baby ! — il repose lui aussi sur un alliage pour le moins curieux : la dureté de son pitch, où des dignitaires nazis réfugiés en Amérique latine préparent l'avènement d'un Quatrième Reich à base de clones dormants d'Hitler, est sans cesse contrecarrée par l'étonnante santé qu'injecte Schaffner à sa mise en scène, notamment grâce à ses acteurs, qui prennent un pied manifeste à forcer la théâtralité de leur jeu. Que ce soit Laurence Olivier en chasseur de nazis ou Gregory Peck en méchant docteur Mengele, tout le monde s'amuse sur l'écran, mais cela n'empêche pas la fin du film d'être d'une violence sidérante et d'un pessimisme absolu.

Christophe Chabert

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Vous ne rêvez pas : Hallucinations Collectives va commencer !

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Vincent Raymond | Mardi 1 septembre 2020

Vous ne rêvez pas : Hallucinations Collectives va commencer !

En leur for intérieur, les amateurs de cinéma de genre triskaïdékaphobes doivent se demander s’ils doivent jubiler ou être ravagés par l’angoisse : la treizième édition du festival Hallucinations Collectives qui n’a pas eu lieu à Pâques ressuscite… treize semaines pile après la Trinité. Coïncidence ? À mettre au crédit de quelque esprit fort, démoniaque ou fort démoniaque, alors. Et par une ironie encore plus mordante, la programmation intègre parmi ses thématiques une rétrospective en quatre films baptisée “Vaudou : Walking with the Zombies”, complétée par l’adaptation d’un manga, I am a Hero, par Shinsuke Sato. En ces temps de Covid-19 — qui, outre le décalage de la manifestions, influe évidemment sur son organisation en supprimant les votes du public pour les films en compétition — on ne s’étonnera pas de voir d’autres productions anticiper des problématiques de contamination. C’est le cas avec le film d’ouverture, Colour Out of Space, du revenant Richard Stanley, interprété par le non-moins miraculé Nicolas Cage : dans cette adaptation de Lovecraft la maladie

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Écran noir, série rose & carte blanche

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Vincent Raymond | Mardi 9 avril 2019

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Subversive, l’image d’une Lady Liberty noire l’était certainement dans les années 1970 ; il se peut hélas qu’elle le soit redevenue aujourd’hui, alors que les suprémacistes blancs affichent de manière décomplexée leurs haines multicolores. Si l’époque voit les mentalités régresser, autant lui rafraîchir la mémoire. Avec leur rétrospective “Unexploited“, les Hallus rappellent que le cinéma a contribué à inscrire les Afro-Américains dans la société US et à leur donner une visibilité au-delà des clichés hollywoodiens, à les faire exister comme personnages et non comme “types sociaux“ ou alibis. En complément de l’iconique Sweet Sweetback’s Baadasssss Song (1971) de Melvin Van Peebles, on découvrira Ganja & Hess (1973) de William Gunn, Top of the Heap (1972) de Christopher St. John et une œuvre parfaitement méconnue de Jules Dassin, Point Noir (1968). À ce sujet, si vous êtes en quête de films inclassables ou ayant totalement disparu des radars, des écrans et des écrans-radars, la section “Cabinet de Curiosités“ saura sans nul doute étancher votre s

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« On fait ce qu'on aime, ça n'a pas de prix »

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Vincent Raymond | Mardi 9 avril 2019

« On fait ce qu'on aime, ça n'a pas de prix »

Le fait d’œuvrer dans un collectif — à partir de deux, vous constituez déjà un collectif, non ? — exacerbe-t-il vos penchants respectifs pour les formes et formats “hallucinatoires“ ? Hélène Cattet & Bruno Forzani : D’une certaine manière, oui, car dans la dynamique d'écriture en duo, on essaie tout temps de déstabiliser l'autre et de le faire halluciner avec des séquences auxquelles il ne s'attend pas. Irréductible à un genre, votre cinéma revendique au contraire l’hybridation et le mélange, voire cette “impureté“ que Epstein attribuerait au diable. Le territoire que vous dessinez film après film appartient-il à un Enfer perdu ? À un enfer qu'on essaie de trouver, plutôt. Il n'est pas vraiment perdu car il n'existe pas, il faut à chaque fois le créer de toutes pièces. L’hermétisme/conformisme français vis-à-vis du genre ne surmarginalise-t-il pas votre travail ? Est-ce vivable d’un point de vue artistique et économique ? C'est difficilement vivable, mais on fait ce qu'on aime, donc ça n'a pas de prix, o

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Pierre Deroudilhe | Mardi 27 mars 2018

L'envoûtante sélection d'Hallucinations Collectives

C'est sous le signe du pentacle et de la sorcellerie que l'association Zone Bis place cette année son festival Hallucinations Collectives, avec sa thématique Sabbat Mater. Séduisante (et dangereuse ?) sélection, pour laquelle nous invoquerons le cultissime Season of the Witch (1972) de George A. Romero. Le réalisateur disait de cet OVNI cinématographique : « c’est, de tous mes films, celui dont je voudrais faire un remake, car il reste toujours d’actualité. » Figure d’émancipation, de résistance, victime de l’opprobre des masses, la sorcière définit en creux la société qui l’a créée : un monde où règne la toute puissance du bon goût et la tyrannie du politiquement correct. Les organisateurs démentent toute tentative d’envoyer un message politique, Zone Bis précisant que leur seul militantisme est celui du cinéma audacieux : les films militent d’eux-mêmes. Durant tout le festival, les œuvres ne seront pas du genre "politiquement correct". Fidèle à son principe, l’association présente un cinéma délaissé par les circuits de distribution traditionnels. Une programmation complètement décalée, un dépaysement assuré. On r

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10 Hallus Cinés

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Julien Homère | Mardi 4 avril 2017

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Dix bougies soufflées et 1000 univers à dévorer ! Point de ralliement pour tous les cinéphiles déviants, Hallucinations collectives rouvre les portes de sa “Chambre des Merveilles” regorgeant de nouveautés aussi folles que drôles, tantôt connues, tantôt oubliées. Digne d’une chasse aux œufs punk, la soirée d’anniversaire régalera ses invités d’une ribambelle de court-métrages, clips et bandes-annonces inédits, en passant par la projection d’un film secret en avant-première mondiale. En plus d’accueillir Fabrice Du Welz, pont à lui seul de la Belgique aux États-Unis avec son Message from the King en avant-première, attardons-nous un instant sur deux films qui résument le sens de cette manifestation, antinomiques sur la forme mais oniriques dans le cœur : Soy Cuba de Mikhaïl Kalatozov et Litan de Jean-Pierre Mocky. Redécouvert dans les années 1990, le pre

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Julien Homère | Vendredi 24 mars 2017

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Notons la présence du phénomène Get Out de Jordan Peele, petit thriller terrifiant qui ravage le box-office US au point de rallier William Friedkin lui-même à sa cause. Le culte Fabrice Du Welz viendra présenter son polar énervé Message from the King, avec l’étoile montante Chadwick Boseman. La France aura pour représentant Xavier Gens pour la séance d’Hitcher de Robert Harmon, série B jouissive avec Rutger Hauer. Il n’y a pas qu’au rayon des exclusivités que l’association Zone Bis a marqué le coup pour cette édition anniversaire. En plus d’offrir une soirée commémorative le vendredi et une nuit Hallucinations auditives avec Joe La Noïze & Ta Gueule, le cinéma Comœdia verra s’imprimer sur ses toiles plusieurs classiques oubliés tels qu’Opéra de Dario Argento,

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Green Room : no future

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On le sait depuis Psychose d’Hitchcock : les films qui bifurquent sans crier gare dans l’hémoglobine méritent toujours qu’on consente un détour en leur direction. Faisant mine de nous emmener dans des contrées connues, ils se plaisent à nous projeter au milieu d’un ailleurs terrifiant confinant parfois au nulle part — cette terra incognita cinématographique qui se réduit comme une peau de chagrin. Green Room appartient à cette race bénie d’œuvres maléfiques se payant même le luxe de changer plusieurs fois de directions. Conservant le spectateur pantelant, dans un état d’incertitude en accord avec l’intranquillité seyant à des personnages de survival. Et ourlant ses massacres de ponts rock (ou plutôt punk) du plus bel effet. Haches tendres et battes de bois Partant d’un chaos dérisoire, de la situation minable d’un groupe tirant le diable par la queue, Green Room semble brandir l’étendard d’une comédie ingénue, laissant entrevoir de fines plaisanteries sur les musiciens à cheveux gras, leur combi pourri ou les parquets en bois norvégien. On s’attend à une succession de mésaventures anecdotiques — tendanc

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Vincent Raymond | Mardi 5 avril 2016

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En septembre dernier, le ministère de la Défense français emménageait dans ses nouveaux quartiers, à la froideur grise et géométrique, sur le site Balard. Au même moment était projeté à Toronto la première du film High-Rise, adaptation d’un roman publié en 1975 par J.G. Ballard, décrivant l’inéluctable échec d’un projet urbanistique. Lier ces événements synchrones autrement que par leur vague homophonie semble insensé. Cependant, tous deux nous ramènent à cette éternelle obsession humaine pour l’édification ; ce tabou sans cesse transgressé depuis Babel par des créatures se rêvant créateurs, et fabriquant des citadelles… Mais laissons pour l’heure l’Hexagone-Balard : le film métaphorique de Wheatley a plus à dire que la grande muette — sur notre société d’hier, mais aussi sur la manière dont elle a accouché d’aujourd’hui. La cité rageuse Trouble mixte entre culte nostalgique pour un passé idéalisé et franche défiance vis-à-vis d’un futur instable, High-Rise revendique sans le dater précisément son ancrage dans les seventies. Jamais trop excentriques, décors et costumes portent la marque de ce temps révolu, instaurant cette distan

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Hallucinations collectives fait du 9 (même avec du vieux)

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Hallucinations collectives fait du 9 (même avec du vieux)

Pâques vous casse les œufs ? Optez pour une alternative certes moins cacaotée, mais enrichie en sensations filmiques : Hallucinations collectives, un festival amoureusement moulé à la louche par les comparses de ZoneBis. Creuset des sous-genres d’hier et des formats divergents d’aujourd’hui, ce rendez-vous désormais incontournable est le seul endroit où peuvent se côtoyer sans hypocrisie du trash, de l’avant-garde, du porno, de la poésie — en gros, cette liberté imprimée sur pellicule ou DCP défrisant tant les congestionnés du slip ces derniers temps, qu’ils se précipitent à la barre pour tenter de lui attirer des verges. L’apoplexie les guette cette année avec un zoom consacré à l’ultra prolifique Jesús “Jess” Franco (trois films dont Crimes dans l’extase et Les Inassouvies), une carte blanche à Lucille Hadzihalilovic (plus la projection de son Innocence de 2004), de grandes reprises : l’angoissant Phase IV du génial Saul Bass, histoire de méditer sur la fragilité humaine face aux insectes ; Créatures célestes, pour se rappeler que Peter Ja

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Cette année, Hallucinations Collectives a fait une récolte proprement mirifique en ce qui concerne les inédits et avant-premières soumis à appréciation du jury, du public et, pour la première année, du Petit Bulletin, puisque notre fine équipe remettra un prix lors de la cérémonie de clôture. On notera tout d’abord le retour de Peter Strickland, qui avait remporté le Grand Prix en 2013 avec Berberian Sound Studio, pour The Duke of Burgundy, exploration hallucinée d’une relation lesbienne et sado-maso. Le film est produit par Ben Wheatley, titulaire du Grand Prix du festival en 2012 pour son magnifique Kill List. Le génial Alex De La Iglesia avait pour sa part été lauréat de la distinction avec son chef-d’œuvre, Balada Triste, en 2011

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Il faut l’avouer, Christophe Gans a longtemps été un de nos héros. De ceux qui nous ont fait découvrir des cinéastes majeurs comme Carpenter, Friedkin, Tsui Hark et qui nous ont donné envie d’écrire sur le cinéma. Et une fois cet ancien journaliste de Starfix passé derrière la caméra, il nous a fait croire que le cinéma de genre s’était trouvé en France un styliste majeur. Aussi, lorsque nous sommes sortis dépités de La Belle et la Bête, le sentiment était celui d’avoir tué le père, avec ce que cela implique de mélancolie et de culpabilité. Heureusement, grâce à Hallucinations Collectives, tout est pardonné : en l’invitant à choisir trois films pour une carte blanche résolument surprenante, le festival prouve que Gans est resté un cinéphile pointu prêt à se faire le défenseur de toutes les formes d’innovations en matière de mise en scène — on n’a pas oublié par exemple ses visionnaires analyses à la sortie d’Avatar. I

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Christophe Chabert | Mardi 31 mars 2015

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L’important dans l’expression «politique des auteurs», disait avec un peu de retard et d’opportunisme François Truffaut, ce n’est pas le mot «auteurs» mais bien le mot «politique». Pourquoi citer l’institution truffaldienne en ouverture d’un papier sur ce festival tout sauf institutionnel qu’est Hallucinations Collectives ? Peut-être parce que ses organisateurs ont, mieux que personne, pris la précision du réalisateur du Dernier métro au pied de la lettre. Qu’on regarde, même d’un œil distrait, leur — fabuleuse, tant il n’y a strictement rien à jeter dedans — programmation de 2015, et cela sautera aux yeux : on y croise certes des grands noms acclamés bien au-delà des amateurs de cinéma de genre ou de films bis : Dario Argento, David Cronenberg, Mario Bava, Lucio Fulci et même Ridley Scott… Mais ils voisinent avec d’autres cinéastes souvent regardés comme mineurs, à tort ou à raison (Ruggero Deodato, Larry Cohen, Shinya Tsukamoto) sans parler de quelques parfaits inconnus (Wakefield Poole, Paul Donovan ou Piero Schivazappa) et des cinéastes débutants qui forment le bataillon d’une très alléchante compétition. Cette mosaïque

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Christophe Chabert | Mardi 15 avril 2014

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Vous rentrez chez vous crevé par une longue journée de boulot mal payée, prêt à retrouver femme et enfants ; pas de bol, vous avez le malheur d’habiter dans un quartier pourri et une bande de délinquants pas forcément juvéniles et pas forcément colorés ont eu la mauvaise idée de violer et massacrer toute votre famille. Votre sang ne fait qu’un tour et vous voilà devenu aussi, sinon plus, sauvage que vos agresseurs, armé jusqu’aux dents, décidé à faire payer le prix fort à ces saligauds. Bref, vous voici transformé en vengeur urbain, sautant à pieds joints par-dessus les lois et prônant une justice expéditive bien plus efficace que la justice officielle, évidemment corrompue. Ce scénario, quasi-immuable, a fait la fortune d’un sous-genre du cinéma policier baptisé selon la terminologie consacrée par les cinéphages — frange mordante et mal lunée de la cinéphilie — vigilante movie. Charles Bronson en Justicier dans la ville est l’emblème de ce "mouvement" qui relève de l’exploitation pure et dure et dont les valeurs penchent très très à droite. Le progressisme n’est pas de mise dans le vigilante movie, mais les cinéastes les plus malins ont su détourner ce

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Figure de la génération Starfix, Nicolas Boukhrief a été biberonné comme ses frères à un cinéma bis et surtout radical. En lui donnant les mains libres pour une brève mais intense programmation, Hallucinations Collectives a trouvé là l'occasion de montrer deux films monstrueux dans tous les sens du terme. Deux car on glissera volontiers sur Le Dernier monde cannibale, version soft et à peine moins crapoteuse de Cannibal holocaust du même Ruggero Deodato. Si le film représente un bon exemple de cinéma nihiliste et provocateur, pile dans ces 70's désabusées où l'homme cherche au-delà de son hyper civilisation industrielle l'excitation porno de la sauvagerie pure, il demeure trop putassier pour être honnête. Il n'est surtout pas aussi fort que Possession d'Andrzej Zulawski, second titre choisi par Boukhrief. Mythique, longtemps interdit, ce film choc transforme l'hystérie chère au cinéaste polonais en un chantier baroque et névrosé hallucinant. Entremêlant le récit d'un couple en crise à une vision absolutiste de l'aliénation communiste et son c

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Si l'âge d'or de la pépite venue d'Asie est depuis longtemps révolu, cette nouvelle édition d'Hallucinations Collectives offre malgré tout quelques titres à ne pas rater. Puisqu'on ne l'a pas vu, on ne dira rien de The Land of Hope, nouveau Sono Sion, auteur japonais à l'origine des iconoclastes Love Exposure ou Suicide Club. Présenté en avant-première, le film s'installe dans l'après Fukushima et promet un drame écolo-social sur fond de décors ravagés par le tsunami. Immanquable, Dragon Gate permettra lui de prendre des nouvelles de Tsui Hark, récemment revenu en forme avec Detective Dee après un gros passage à vide. Montré pour la première et dernière fois en France dans sa version 3D (il sortira ici en vidéo), le film pousse les expérimentations visuelles du hongkongais vers des cimes inédites. Celui qui autrefois renversait la géométrie euclidienne du plan et du montage s'attaque désormais au relief. Le résultat intrigue à défaut de révolutionner la technique, sans gâcher un pur film de sabre dans une tradition que l'auteur connait bien.

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Christophe Chabert | Jeudi 21 mars 2013

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Il n’était pas simple d’être cinéphile dans les années 80. La VHS était en VF, et les films en salles proposaient une maigre alternative entre l’explosion du high-concept movie et un cinéma d’auteur fatigué. Même les revues de cinéma se cherchaient un nouveau souffle, entre la constance pépère de Positif, les couvertures racoleuses de Première et des Cahiers du Cinéma convalescent de leur période Mao. Au milieu de tout cela, il fallait une contre-culture et un organe qui la synthétisait : ce fut Starfix, monté par une bande de passionnés parmi lesquels Christophe Gans, Christophe Lemaire, Nicolas Boukhrief, François Cognard et Doug Headline — le fils de Jean-Patrick Manchette. Des gens nourris au cinéma de genre des années 60 et 70, aux comics et à la rock culture, qui avaient l’ambition de faire bouger des lignes figées, d’abord dans la critique puis, la revue mise en berne, dans le cinéma lui-même. L’extrême et les extrêmes Pour sa sixième édition (et sa troisième sous ce nom), Hallucinations

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Christophe Chabert | Mercredi 11 avril 2012

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Depuis la naissance de L’Étrange festival, et sa transformation en Hallucinations collectives l’an dernier, ce festival nous tient à cœur et c’est avec une certaine joie que l’on peut affirmer que l’édition 2012 restera comme un excellent cru. Et, cela ne gâte rien, le public a répondu présent, malgré la pléthore de propositions culturelles (ou pas, genre l’ouverture du centre commercial Confluence) et le début des vacances de Pâques. De là à dire que celui-ci se lasse du formatage cinématographique actuel et démontre qu’il est prêt à se lancer dans des expériences extrêmes, il y a un pas que l’on ne franchira pas ; mais qu’il puisse répondre présent une fois par an pour découvrir des films hors norme, et parfois franchement déroutants, est un pied de nez salutaire au marketing envahissant et à la longue gonflant qui tente de nous faire croire à la nouveauté là où, de toute évidence, il n’y a que de la redite. La compétition, grande innovation du festival depuis l’édition précédente, a ainsi démontré une vigueur galvanisante. Galvanisant, c’est d’ailleurs le mot qui vient à l’esprit pour qualifier The Raid de Gareth Evans, présenté en ouverture

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Cette semaine, deux événements se font concurrence en matière de cinéma : sur la rive gauche du Rhône, l’arrivée au sein du «pôle de loisirs» (notez le mot «loisirs», il est important) Confluence d’un nouveau multiplexe UGC Ciné Cité ; de l’autre côté du fleuve, au Comœdia, ce sera la deuxième édition d’Hallucinations collectives, où il s’agira de montrer tout ce qui a peu de chances d’atterrir sur les écrans d’en face, la position du groupe UGC étant par exemple de ne plus sortir les films interdits aux moins de 16 ans — soyons justes, beaucoup de cinémas indépendants font implicitement la même chose… Car Hallucinations collectives et ses organisateurs (l’association Zone Bis) aiment justement ce qui, de l’Histoire du cinéma à son actualité, bouscule le spectateur et lui rappelle qu’un film, ce n’est pas qu’une sortie, mais aussi une expérience. Que les émotions au cinéma, ça ne se fabrique pas dans les bureaux d’un studio mais ça se contrôle par le travail de la mise en scène. Et qu’en définitive, cette marge-là restera quand les pages des nouveautés hebdomadaires auront depuis longtemps été déchirées des mémoires. Voyage au bout de l’enfer

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Les fans de Kevin Smith seront surpris en découvrant Red state… En effet, s’ils s’attendent à trouver les habituelles potacheries et l’esprit geek du réalisateur de Clerks, ils déchanteront assez vite : Smith est en colère contre l’Amérique et entend le dire avec le même sérieux qui animait le brûlot de John Carpenter Invasion Los Angeles. On sait que le film a été tourné de manière complètement indépendante, le cinéaste n’ayant pas digéré les bidouillages effectués sur son précédent Top cops, œuvre de commande il est vrai assez indéfendable. Red state se déroule dans le midwest américain, où le christianisme a engendré une flopée de sectes à l’intégrisme extrême. Trois adolescents, qui ne voulaient au départ que tirer leur crampe, se font séquestrer par une de ces bandes de mabouls, dont le prédicateur entend bien laver les péchés de l’Amérique en sacrifiant tout ce qui, à ses yeux, relève du vice et de la corruption morale. Ledit pasteur est incarné par un phénoménal Michael Parks, qui s’offre un sidérant morceau de bravoure en tenant le crachoir plus de dix minutes durant pour vociférer des incantations illuminées avant de convier

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Il est sûr que si Régis Jauffret était tombé sur une projection de Schizophrenia, il aurait immédiatement versé le film dans le dossier à charge qu’il mène contre ce pays. Pensez donc ! Un type bizarre sort de prison pour avoir tué une vieille dame et, à peine le nez dehors, il s’introduit dans une maison bourgeoise et s’emploie à massacrer froidement ses habitants, dont un adolescent attardé mental. Bien avant Michael Haneke, en 1983, Gerald Kargl s’intéressait aux pulsions homicides de ses compatriotes ; mais à la différence du moraliste barbu, lui inventait une forme cinématographique qui n’avait rien de distancié. Au contraire, Schizophrenia (titre français stupide qui remplace le Angst — "La Peur" — original) fait tout pour nous faire pénétrer dans le cerveau détraqué de son personnage principal. Pour cela, Kargl s’est associé avec un opérateur de génie, Zbigniew Rybczynski, par ailleurs coscénariste du film ; celui-ci a inventé un système de travellings extrêmement audacieux où la caméra est attachée au comédien Erwin Leder

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La première édition avait tenu toutes ses promesses : Hallucinations collectives prolongeait, avec un enthousiasme contagieux, l’expérience menée pendant trois ans par L’Étrange festival et revendiquait une identité singulière, où la défense des films «orphelins» (jolie formule désignant ces œuvres auxquelles les auteurs n’ont souvent jamais donné de suite !) et hors norme brisait les frontières étanches du bon goût cinéphile (cinéma de genre, cinéma d’auteur : peu importe !). La programmation de l’édition 2012 poursuit donc cet effort, et elle est déjà très excitante (il manque encore quelques titres, qui seront révélés dans les jours à venir). Dick in my brain Surprise : ce n’est pas un cinéaste mais un écrivain qui sera à l’honneur dans la première partie du festival. L’immense Philip K. Dick, référence majeure de la littérature de science-fiction avec des romans comme Ubik, Le maître du haut château ou Substance mort, sera donc célébré à travers une table ronde, une lecture, un concert de Richard Pinhas et, bien sûr, un film.

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CONNAITRE | La bûche digérée, vous reprendrez bien un peu de pudding ? À l’image d’une rubrique qu’on qualifiera pudiquement d’éclectique (mais l’éclectisme, au Petit (...)

Dorotée Aznar | Lundi 2 janvier 2012

Après les fêtes, les fêtes

La bûche digérée, vous reprendrez bien un peu de pudding ? À l’image d’une rubrique qu’on qualifiera pudiquement d’éclectique (mais l’éclectisme, au Petit Bulletin, est une sorte de religion), voici que se profile en cette nouvelle année une avalanche de festivals en tout genre, aux programmes souvent prolifiques et que quelques lignes ne sauraient résumer. Prenez la Fête du livre de Bron, par exemple ; elle se tiendra cette année les 1er, 2, 3 et 4 mars, toujours à l’Hippodrome de Parilly, et elle a déjà inscrit à son menu une brochette d’auteurs impressionnante, faisant la part belle aux gloires saisonnières (dont «notre» Prix Goncourt, Alexis Jenni) mais aussi à des écrivains carrément hors-mode, tel l’increvable Philippe Djian, ou encore Anne Wiazemsky qui n’en finit plus de revisiter littérairement les rencontres marquantes de sa carrière : hier Bresson sur Au hasard Balthazar, aujourd’hui Godard durant le tournage de La Chinoise. Cinémas du monde De cinéma, il sera aussi beaucoup question avec le défilé des festivals «thématiques» : aux Alizés de Bron, Drôle d’endroit pour des rencontres fait le point sur le cinéma français, e

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Aux antipodes du cinéma

ECRANS | Théma / Le programme le plus appétissant d’Hallucinations collectives est sans doute celui consacré à la «Ozploitation». Ce terme cinéphilo-geek désigne un pan (...)

Christophe Chabert | Vendredi 15 avril 2011

Aux antipodes du cinéma

Théma / Le programme le plus appétissant d’Hallucinations collectives est sans doute celui consacré à la «Ozploitation». Ce terme cinéphilo-geek désigne un pan du cinéma australien connu des amateurs de séries B, même si les quatre œuvres présentées au festival ne relèvent pas toutes de ce courant. Ainsi, le grand Peter Wei a surfé sur la vague avec Les Voitures qui ont mangé Paris, mais Pique-Nique à Hanging rock prouvait que le cinéaste avait déjà des ambitions plus hautes qui le conduiront jusqu’à Hollywood. C’est en effet un film important, dont l’influence se fait notamment sentir dans le Virgin suicides de Sofia Coppola. Décrivant le quotidien de lycéennes à la fin du XIXe siècle, puis leur disparition mystérieuse au cours d’un pique-nique, Weir adopte un style onirique et éthéré, avec une photo aux relents hamiltoniens et une musique hypnotique, tirant le film vers le conte fantastique. La nature et ses forces telluriques sont au centre de Pique-nique à Hanging rock, et elles le sont aussi dans Long week-end, étonnant survival de Colin Eggleston. Un couple en pleine déréliction pense se ressoud

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Pour un cinéma coup de boule

ECRANS | L’idéologie de l’absence d’idéologie voudrait nous faire croire que le cinéma n’est qu’un loisir pour écervelés, une sorte de télévision en plus grand avec des (...)

Christophe Chabert | Mercredi 13 avril 2011

Pour un cinéma coup de boule

L’idéologie de l’absence d’idéologie voudrait nous faire croire que le cinéma n’est qu’un loisir pour écervelés, une sorte de télévision en plus grand avec des films où les pubs sont écrites dans les scénarios et les réalisateurs des diplômés de HEC. Par chance, il y aura toujours des activistes pour rappeler qu’à la marge de l’industrie, il y a des cinéastes qui n’ont qu’une obsession : sortir le spectateur de sa léthargie et faire des films qui durent plus longtemps qu’un seau de pop-corn. Parmi ces activistes, l’association ZoneBis organisait au Comœdia depuis trois ans un irréprochable Étrange festival qui a choisi de se rebaptiser Hallucinations collectives (voir ci-contre). Le succès rencontré en 2010 a poussé le festival à voir (un peu) plus grand. À commencer par la création cette année d’une compétition de longs-métrages inédits en salles, dont le programme a de la gueule. Poétique des auteurs Selon la définition donnée plus haut,   Balada triste de trompeta d’Alex De la Iglesia fait figure de favori, tant cette fresque sur le Franquisme à travers la rivalité amoureuse de deux clowns est parcourue par une rage peu commune : le

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Le Locataire

ECRANS | Alors que le DVD était disponible dans à peu près tous les pays du monde, Paramount s’est rendu compte à Noël, à l’occasion de la sortie d’un coffret Fnac qui (...)

Christophe Chabert | Vendredi 18 mars 2011

Le Locataire

Alors que le DVD était disponible dans à peu près tous les pays du monde, Paramount s’est rendu compte à Noël, à l’occasion de la sortie d’un coffret Fnac qui s’est écoulé en quelques jours, qu’il n’avait jamais édité Le Locataire en France. Absurde, d’autant plus que la version originale du film, tourné en Paris avec un casting à 80% français (dont une Adjani curieusement enlaidie), est clairement la VF. Erreur réparée, même si c’est au prix d’une jaquette hideuse et d’un dispensable livret faisant office d’édition collector. On s’en fout, car le film est extraordinaire, un monument d’angoisse cafardeuse où Trelkovski, un immigré polonais (Polanski lui-même), emménage dans un appartement où : 1) la précédente locataire s’est jetée par la fenêtre ; 2) les voisins s’avèrent de plus un plus hostiles. Délire de persécution ou xénophobie larvée ? Polanski, à l’inverse de Rosemary’s baby, ne tient pas l’ambiguïté jusqu’au bout. C’est une faiblesse du scénario, mais cela n’impacte étrangement en rien sur le climat de peur quotidienne qui se dégage de chaque séquence, où la terreur fissure peu à peu la psyché du protagoniste, et même son identité. Génialement mis en s

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«J’ai mis dans Martyrs ma colère contre le monde»

ECRANS | Petit Bulletin : Saint-Ange était très opératique dans sa mise en scène… Avec Martyrs, vous avez choisi au contraire un style brut et réaliste. En réaction avec (...)

Christophe Chabert | Mardi 26 août 2008

«J’ai mis dans Martyrs ma colère contre le monde»

Petit Bulletin : Saint-Ange était très opératique dans sa mise en scène… Avec Martyrs, vous avez choisi au contraire un style brut et réaliste. En réaction avec le précédent ?Pascal Laugier : Vous auriez pu dire formaliste aussi, concernant Saint-Ange… On est forcément à l’écoute des reproches qui nous sont faits, des critiques que l’on reçoit. Mais surtout, je ne voulais pas faire à nouveau un film référentiel, où le cinéaste reproduit sa collection de DVD. Je pense que le fantastique actuel a tendance à tourner en rond, à se mordre la queue. Le film n’appartient pas vraiment à un genre précis, c’est une sorte de thriller…Je revendique le fait d’avoir fait un film d’horreur, mais dans le sens le plus large du terme. En France, on a souvent une vision restrictive de ce genre, alors qu’en Amérique ou au Japon, le terme «horror» englobe aussi des œuvres très réalistes, pas forcément fantastiques. J’ai essayé de faire rentrer dans Martyrs d’autres genres en cours de route, le film de monstre, le film de fantômes… Martyrs est construit comme une montagne russe scénaristique, mais la dureté de ce qui est montré et le sérieux du film font que le spectateur ne p

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Martyrs

ECRANS | Image granuleuse, caméra portée, décor de zone industrielle rouillée, petite fille à moitié nue, ensanglantée, hurlant de douleur : dès ses premières images, Martyrs (...)

Christophe Chabert | Mardi 26 août 2008

Martyrs

Image granuleuse, caméra portée, décor de zone industrielle rouillée, petite fille à moitié nue, ensanglantée, hurlant de douleur : dès ses premières images, Martyrs signifie au spectateur son envie de ne pas le laisser en paix, de le malmener jusqu’à la nausée, provoquant une sensation de malaise que le reste du film se charge d’intensifier. Lucie, dix ans, a été torturée pendant de longues journées avant d’échapper à ses geôliers. Soignée dans un hôpital spécialisé, elle se lie d’amitié avec Anna. 15 ans plus tard, elle débarque dans une famille de bons bourgeois et les massacre à la chevrotine, persuadée d’avoir retrouvé ses bourreaux. Pendant qu’Anna essaye d’effacer le crime, Lucie sombre dans la psychose — elle croit être attaquée par un monstre qui la mutile — pendant qu’Anna doute de la santé mentale de cette amie dont elle ferait bien une amante. On a vu récemment des cinéastes de genre français faire un film entier avec un tel huis clos (le tout pourri À l’intérieur, le médiocre Haute tension). Pascal Laugier, qui avait déjà démontré avec Saint-Ange des ambitions et une maîtrise très au-dessus de ses homologues hexagonaux, n’en fait que le premier acte d’une œuvre qui bri

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