Hugh Hudson : sport et révolution

Christophe Chabert | Mardi 6 janvier 2015

On vous parle un peu partout ailleurs dans ce numéro des rencontres Sport, cinéma et littérature organisées par l'Institut Lumière. Qui, suractif en plus de racheter tous les cinémas de la ville, à créer un crossover à l'intérieur de l'événement en profitant de la venue de Hugh Hudson pour lui consacrer son week-end de rentrée. Un nom qui ne doit pas dire grand-chose aux moins de trente ans, tant ce cinéaste anglais a pour le moins disparu des radars depuis la fin des années 80 — selon IMDB, il aurait un nouveau film sur le feu, Altamira, avec Golshifteh Farahani et Antonio Banderas. Le voici donc à l'honneur avec d'un côté, ses deux films sportifs — Les Chariots de feu et un docu sur Fangio — et de l'autre un documentaire qui lui est consacré, Hugh Hudson l'insoumis, co-réalisé par Jean-Pierre Lavoignat, Christophe d'Yvoire et Cyril Bron, et la "director's cut" de son film maudit, Révolution.

Quand il se lance dans ce projet ambitieux et coûteux cherchant à retracer la révolution américaine du point de vue d'un homme (Al Pacino, dont l'échec du film précipitera aussi la carrière dans un trou noir de quatre années) et de son fils, Hudson est au fait de sa gloire après le triomphe de Greystoke, son meilleur film. Mais Révolution est un bide absolu, tant critique que public, et c'est seulement en 2009 que le cinéaste décide, à la manière de Cimino avec La Porte du Paradis, de remonter "sa" version, restée inédite en salles comme en vidéo chez nous. L'occasion est belle de la découvrir et de réévaluer un film mal aimé et passablement oublié par les cinéphiles.

Christophe Chabert

Week-end Hugh Hudson
À l'Institut Lumière, les 10 et 11 janvier

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Plus le temps passe, plus la place de Matrix dans l’Histoire du cinéma se consolide. La chose s’avère même troublante : rares sont en effet les films à jouir d’une telle aura, intacte depuis sa sortie ; le désamour du purgatoire s’étant reporté sur ses deux suites, fatalement décevantes — mais peut-être que la nuit proposée par l’Institut Lumière permettra de réviser ce jugement ? Reprenons les choses dans l’ordre et rappelons pourquoi ce film des Wachowski s’est élevé au rang de légende. Lorsque Matrix débarque sur les écrans, à la fin du XXe siècle et en plein frémissement millénariste, le monde oscille entre peur du bug de l’an 2000 et enthousiasme pour les promesses de l’Internet, dont la bulle gonfle démesurément les chiffres de la bourse. Alors, un film qui anticipe comme les meilleures dystopies de Philip K. Dick, une société alternative où les machines font vivre les humains (leur source d’énergie) dans un simulacre de réalité, la Matrice, ça avait de quoi

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1956, à Stalinstadt en RDA. Pour protester à leur façon contre la répression en cours à Budapest, Kurt, Theo et Lena proposent à leurs camarades de terminale de procéder à une minute de silence. L’initiative est adoptée, mais les conséquences seront redoutables… Sur les écrans français quelques semaines après que l’on a célébré en Allemagne le 5 février dernier le Zirkeltag — date à partir de laquelle le nombre de jours depuis l’effondrement du Mur dépasse celui durant lequel il balafrait la ville — ce biopic d’anonymes porte une valeur très symbolique outre-Rhin, et purement informative ailleurs. En particulier à destination des générations nouvelles : difficile d’imaginer pour elles que les Corées actuelles correspondent à un modèle superlatif des RFA et RDA d’antan. Pas de révélation en revanche dans la présentation des méthodes coercitives dont le régime “démocratique” pouvait user lorsqu’il s’agissait de “convaincre” une brebis dès lors qu’elle s’égarait du bon troupeau et de ses camarades : chantage, manœuvres psychologiques, intimidations… Une sacrée bande de vil

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Vous traitez d'un moment très précis, le 14 juillet, et pour autant, vous traitez aussi d'un mouvement dans sa durée quand « la protestation ne cessa point ». Qu'est-ce qui vous intéresse le plus ? Eric Vuillard : Il y a deux choses. Toute révolte se fait sur un fond structurel d’inégalités très fortes vécues au long cours. Évidemment que l'Ancien Régime n'est pas devenu inégalitaire d'un seul coup. Ce qu'il y a de particulier avec le XVIIIe siècle est que le taux d'éducation a monté, que la bourgeoisie est devenue puissante et surtout que pendant toutes les dernières décennies qui précédent la Révolution française, il y a des problèmes alimentaires extrêmement importants et des révoltes chroniques un peu partout en province. Et ce phénomène nouveau de la ville, de Paris, avec ses faubourgs ouvriers, des problèmes de chômage et, comme on dit aujourd'hui, de pouvoir d'achat avec une répression militaire, royale féroce. Vous employez le terme de « chômeur » et « chômage ». Est-ce que ces termes existaient à l'époque ? Oui mais c'est en effet un a

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Si, dans les faits, la Révolution de jasmin tunisienne a commencé par une immolation à Sidi Bouzid, Férid Boughedir lui imagine des prémices plus fleur bleue. Cette manière “romantique” de reconsidérer l’Histoire immédiate peut surprendre ; pourtant, elle vaut (par l’esprit, conservons des proportions à chaque entreprise) la latitude que s’octroyait Shakespeare en relatant les guerres civiles britanniques, ou Musset lorsqu’il façonnait Lorenzaccio à partir des rivalités à la cour florentine. Parfait candide, le héros de Parfum de Printemps parcourt une capitale-cocotte-minute peu avant que Ben Ali ne soit déposé. Indifférent aux factions, imperméable aux idéologies, hermétique aux événements, le brave garçon joue pourtant à son insu (mais par amour) un rôle déterminant dans la Révolution. La fable rappelle en cela Bienvenue Mr Chance de Hal Ashby, en gentillet (Zied Ayadi surjoue quand Peter Sellers visait l’understatement) ; quant à Boughedir, il renoue timidement avec l’érotisme de son film le plus connu, Halfaouine. Mais là aussi, en plus naïf.

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Le cinéma britannique, comme le Royaume-Uni lui-même, est une entité plurielle. Entre le cinéma social et la tradition du cinéma de genre, entre les stylistes et les réalistes, il y a parfois des gouffres… Le festival Ciné O’Clock du Zola se charge de réunir tout cela en une dizaine de jours, mélangeant fleurons récents, classiques et avant-premières. Dans cette programmation éclectique, recommandons d’abord une séance délocalisée au Scénario de Saint-Priest, celle du Dernier pub avant la fin du monde, ultime volet de la "trilogie Cornetto" d’Edgar Wright et Simon Pegg. Passée inaperçue à sa sortie, il s’agit pourtant de leur œuvre la plus accomplie et ambitieuse, la satire sociale attendue se muant en cours de route en remake déglingué de Body Snatchers, mais aussi, et c’est assez nouveau, en réflexion acide sur la joyeuse démission de l’humanité face à l’idée même de civilisation. Sans parler de ses incroyables scènes d’action, où le mobilier des pubs anglais se transforme en armes renvoyant aux chorégraphies du cinéma asiatique. Niveau inédits, il faudra guetter For those in peril de Paul Wright, qui fit forte impression à la dernière Semain

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C’est dans l’air. Les artistes, citoyens hautement revendiqués, semblent plus que jamais assoiffés de questionnements politiques. Sur les écrans, le documentaire de Christian Rouaud Tous au Larzac ! brille par sa pertinence et son enthousiasme. Réveiller les gens plutôt que leur fournir un manuel de petit guerrier, voilà bien aussi l’intention du metteur en scène Olivier Rey et de ses acolytes sur le projet Révolution (au Théâtre du Point du Jour du 12 au 14 décembre. Dire des choses sérieuses sans se prendre au sérieux promet Olivier Rey comme lors de ses «pressings», happenings branques, joyeux et engagés dans des lieux iconoclastes sur le travail, les rapports homme/femme ou le logement. Sur le plateau du théâtre du 5e, chacun des comédiens issus de l’impro, du classique, du clown, les plasticiens ou les vidéastes s’empareront des lettres du mot "Révolution" et les déclineront en autant de saynètes. S’il n’y a dans ce travail aucun appel au vote pour un quelconque parti, y figure bien le désir assumé de faire un théâtre militant sous forme d’AG et de redonner au terme Révolution son sens profond. En attendant que la

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