Hallucinations Collectives : une compet' hallucinante

ECRANS | De l’Angleterre à l’Inde en passant par l’Autriche, la France et l’Espagne, la compétition d’Hallucinations collectives est aussi alléchante qu’internationale.

Christophe Chabert | Mardi 31 mars 2015

Cette année, Hallucinations Collectives a fait une récolte proprement mirifique en ce qui concerne les inédits et avant-premières soumis à appréciation du jury, du public et, pour la première année, du Petit Bulletin, puisque notre fine équipe remettra un prix lors de la cérémonie de clôture.

On notera tout d'abord le retour de Peter Strickland, qui avait remporté le Grand Prix en 2013 avec Berberian Sound Studio, pour The Duke of Burgundy, exploration hallucinée d'une relation lesbienne et sado-maso. Le film est produit par Ben Wheatley, titulaire du Grand Prix du festival en 2012 pour son magnifique Kill List.

Le génial Alex De La Iglesia avait pour sa part été lauréat de la distinction avec son chef-d'œuvre, Balada Triste, en 2011 ; et c'est lui aussi en tant que producteur qu'il figurera dans la compétition en 2015 grâce à Shrew's Nest, nouvelle sensation macabre et perverse du fantastique espagnol où, dans les années 50 franquistes, une femme agoraphobe doit recueillir son voisin blessé, intrusion dans son quotidien qui ne sera pas sans conséquence. Signé des nouveaux venus Juanfer Andres et Esteban Roel, le film est porté par l'interprétation de trois grands acteurs espagnols, Luis Tosar, Hugo Silva et Macareña Gomez.

Cette compétition très internationale accueillera aussi un film autrichien, Goodnight Mommy, réalisé par Severin Fiala et Veronika Franz, madame Ulrich Seidl à la ville, et une autoproduction hexagonale, Dealer de Jean-Luc Herbulot, annoncée comme le Pusher français.

On y verra aussi un film d'horreur américain indépendant précédé d'une réputation flatteuse, Spring de Justin Benson et Aaron Moorhead et, plus casse-gueule, un blockbuster indien de trois heures, I, qui a déjà eu droit à une séance au Pathé Vaise et que Cyril Despontin a tenu à remettre en lumière au cours du festival.

Enfin, la clôture sera l'occasion de retrouver un habitué des Hallucinations collectives : Sono Sion avec son nouveau — et particulièrement barré — Tokyo Tribe.

Christophe Chabert

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The Duke of Burgundy

ECRANS | Peter Strickland met en scène une fable sado-masochiste au féminin comme un rituel répétitif et fétichiste, faisant écho à sa propre cinéphilie mais aussi à son goût pour les récits clos à tous les sens du terme : un exercice fascinant et, presque par nature, lassant. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 16 juin 2015

The Duke of Burgundy

À une époque indéfinissable et dans un monde où les hommes semblent avoir été bannis, une servante vient quotidiennement rendre visite à sa maîtresse dans une grande bâtisse restée dans son jus des temps victoriens. Le rituel social vire au jeu d’humiliation, mais tout cela n’est qu’un faux-semblant : le vrai rapport qui unit les deux femmes est avant tout érotique et cette mise en scène est celle, longuement préparée, de deux êtres unis par un goût commun pour le sado-masochisme. Quoique, le "commun" est fragile : tandis qu’Evelyn se plaît dans son rôle de dominée, Cynthia désire au contraire que cet amour-là prenne une forme moins extrême et plus conventionnelle. Peter Strickland articule ainsi son récit, comme une spirale discrète où les différences entre chaque scène sont moins flagrantes que leur répétition. Ce n’est pas le cas seulement pour les séquences entre Evelyn et Cynthia, mais aussi pour ses passages très mystérieux où Cynthia donne des conférences sur les papillons devant un parterre exclusivement féminin — ça et là, le cinéaste dispose quelques mannequins de cire, renforçant l’étrangeté de la situation. En cela, il donne sans doute la meilleure représen

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Christophe Gans invité d'Hallucinations collectives

ECRANS | Il faut l’avouer, Christophe Gans a longtemps été un de nos héros. De ceux qui nous ont fait découvrir des cinéastes majeurs comme Carpenter, Friedkin, Tsui (...)

Christophe Chabert | Mardi 31 mars 2015

Christophe Gans invité d'Hallucinations collectives

Il faut l’avouer, Christophe Gans a longtemps été un de nos héros. De ceux qui nous ont fait découvrir des cinéastes majeurs comme Carpenter, Friedkin, Tsui Hark et qui nous ont donné envie d’écrire sur le cinéma. Et une fois cet ancien journaliste de Starfix passé derrière la caméra, il nous a fait croire que le cinéma de genre s’était trouvé en France un styliste majeur. Aussi, lorsque nous sommes sortis dépités de La Belle et la Bête, le sentiment était celui d’avoir tué le père, avec ce que cela implique de mélancolie et de culpabilité. Heureusement, grâce à Hallucinations Collectives, tout est pardonné : en l’invitant à choisir trois films pour une carte blanche résolument surprenante, le festival prouve que Gans est resté un cinéphile pointu prêt à se faire le défenseur de toutes les formes d’innovations en matière de mise en scène — on n’a pas oublié par exemple ses visionnaires analyses à la sortie d’Avatar. I

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Hallucinations collectives : la politique des horreurs

ECRANS | Le festival Hallucinations collectives s’impose désormais comme un rendez-vous incontournable pour les cinéphiles lyonnais. Cette année, entre une compétition de films inclassables, des raretés empruntées à l’histoire bis du cinéma et l’invitation lancée à ce grand cinéphage de Christophe Gans, le festival poursuit son exploration d’une autre politique des auteurs. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 31 mars 2015

Hallucinations collectives : la politique des horreurs

L’important dans l’expression «politique des auteurs», disait avec un peu de retard et d’opportunisme François Truffaut, ce n’est pas le mot «auteurs» mais bien le mot «politique». Pourquoi citer l’institution truffaldienne en ouverture d’un papier sur ce festival tout sauf institutionnel qu’est Hallucinations Collectives ? Peut-être parce que ses organisateurs ont, mieux que personne, pris la précision du réalisateur du Dernier métro au pied de la lettre. Qu’on regarde, même d’un œil distrait, leur — fabuleuse, tant il n’y a strictement rien à jeter dedans — programmation de 2015, et cela sautera aux yeux : on y croise certes des grands noms acclamés bien au-delà des amateurs de cinéma de genre ou de films bis : Dario Argento, David Cronenberg, Mario Bava, Lucio Fulci et même Ridley Scott… Mais ils voisinent avec d’autres cinéastes souvent regardés comme mineurs, à tort ou à raison (Ruggero Deodato, Larry Cohen, Shinya Tsukamoto) sans parler de quelques parfaits inconnus (Wakefield Poole, Paul Donovan ou Piero Schivazappa) et des cinéastes débutants qui forment le bataillon d’une très alléchante compétition. Cette mosaïque

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La bataille du Mount Kimbie

MUSIQUES | Quoi de plus beau que la métamorphose d'une chenille en papillon ? Celle de Mount Kimbie, duo d'avant-gardistes de la bass music devenu paire d'orfèvres pop. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Jeudi 28 novembre 2013

La bataille du Mount Kimbie

La présence d'une personne de forte corpulence sur la pochette d'un disque n'est jamais anodine. Le petit grassouillet qui roule des mécaniques sur You've Come a Long Way, Baby, l'enregistrement le plus rentable de Fatboy Slim ? L'assurance d'en prendre plein la (smiley) face. Le moustachu à bourrelets qui prend la pose, nu, sur le Hefty Nine du Bloodhound Gang ? La promesse d'une bonne tranche de rigolade subabdominale. Pour son premier album, Crooks & Lovers, le duo anglais Mount Kimbie a lui jeté son dévolu sur une black en jogging écarlate dont le postérieur n'a rien à envier, question circonférence, à celui de The Watermelon Woman (La Femme Pastèque), une habituée des pages de Playboy qui, forte d'un tour de hanches de 120 cm, règne sur le pays des gros popotins, le Brésil. Signe qu'à son écoute nous allions littéralement nous remuer les fesses ? Loupé. Car la black en question s'éloigne nonchalamment de l'objectif, comme Dominic Maker et Kai Campos ont pris leur distance avec le dubstep pour mieux renouveler, à renforts de réverbérations à basse fréquence, de mélodies sous-marines

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One dubstep beyond

MUSIQUES | Harmony Korine a le sens du contre-emploi. Caster de jeunes égéries Disney en bimbos assoiffées d'alcool fort, de semence masculine et d'argent liquide, (...)

Benjamin Mialot | Vendredi 1 mars 2013

One dubstep beyond

Harmony Korine a le sens du contre-emploi. Caster de jeunes égéries Disney en bimbos assoiffées d'alcool fort, de semence masculine et d'argent liquide, il fallait oser. En revanche, confier la mise en musique de leur virée hédoniste à Skrillex – et au pauvre Cliff Martinez qui, deux ans après avoir tracé son sillon au cul de la Ferrari Testarossa de Kavinsky pour Drive, se retrouve de nouveau sur le bas-côté médiatique - relève du perfect match. Parce que ce cyber goth de 25 ans est, qu'on le veuille ou non, l'un des musiciens les plus emblématiques de la jeunesse d'aujourd'hui, cette fameuse Génération Y, aussi connectée et désinvolte que la précédente, subordonnée à Nirvana, était repliée et angoissée. Comment en est-il arrivé là ? En hissant le dubstep, musique urbaine et physique née au début du siècle à Londres, du rang de curiosité locale à celui de phénomène planétaire. Pas seulement en rompant avec le ton introspectif qui caractérisait le genre à son émergence, mais aussi et surtout en le salissant au contact de l'eurodance ou du rock – il fut le chanteur de From First to Last, groupe d'emocore sans génie. Les étudiants ricains comme les autres, quand

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Harmony retrouvé

ECRANS | Qu’est-il arrivé à Harmony Korine ? On l’avait découvert en auteur précoce (19 ans !) du premier film de Larry Clark, Kids, choc instantané qui remettait à plat (...)

Christophe Chabert | Mardi 26 février 2013

Harmony retrouvé

Qu’est-il arrivé à Harmony Korine ? On l’avait découvert en auteur précoce (19 ans !) du premier film de Larry Clark, Kids, choc instantané qui remettait à plat la mythologie des teenagers américains en la baignant dans un seau de réalisme morbide — comme une répétition générale de ce Spring breakers. Puis on l’avait retrouvé réalisateur du formidable Gummo, où il filmait sans pince-nez l’Amérique, inventant un cinéma du fragment cauchemardesque et rempli d’humour très noir. On se disait alors qu’on tenait un cinéaste majeur. Puis vint son étrange incursion du côté du Dogme danois inventé par Von Trier et Vinterberg pour un Julien Donkey Boy qui ressemblait à une caricature autiste de Gummo. Ensuite, ce sont les tabloïds qui nous apportèrent des nouvelles d’Harmony Korine ; celles d’un garçon perdu dans la drogue et les excès, loin du cinéma, bousillé par sa sacralisation prématurée. Mister Lonely, son troisième film, en roue libre, ne rassurait pas sur son état de santé psychique. Pendant les cinq années suivantes,

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Spring Breakers

ECRANS | On le croyait égaré dans les paradis artificiels, mais Harmony Korine était en train de les filmer : avec Spring breakers, il envoie quatre bimbos de la classe moyenne vivre le «rêve américain» en Floride, pour un aller sans retour où expérimentations furieuses, visions élégiaques et distance ironique composent une sorte de Magicien d’Oz à l’ère du dubstep et de l’ecstasy. Une claque ! Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 26 février 2013

Spring Breakers

«Spring break, bitches !» : c’est le slogan lancé sur une plage à l’attention de centaines d’étudiants américains ivres de bière et avides de sexe, en maillots de bain ou topless, saisis sur fond de dubstep dans un ralenti qui vient souligner les défauts de leurs corps pas si parfaits. Ici, de la cellulite sur les fesses et les cuisses ; là, une trop visible marque de bronzage une fois le bikini tombé. «Spring break, bitches !» : c’est aussi un mot de passe qui ouvre sur une autre planète, soudain libérée de cette gravité qui pèse sur l’adolescence. Les parents, les cours, la morale, les interdits, tout cela disparaît quand ce nouveau magicien d’Oz qu’est le rappeur-gangsta James Franco, qui se fait appeler Alien, prononce la formule magique. Le magicien des doses L’apesanteur, Harmony Korine en fait le motif principal de sa mise en scène. Spring breakers se maintient une heure trente durant dans un flottement permanent, le cinéaste prélevant de brefs instants à l’intérieur des scènes pour construire une temporalité irréelle où le passé, le présent et le futur se télescopent sans cesse. L’expérience, hautement narcotique, pro

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The Promise / The Promise : The Darkness on the Edge of the Town Story Columbia Sony Music

MUSIQUES | BRUCE SPRINGSTEEN

Stéphane Duchêne | Vendredi 26 novembre 2010

The Promise / The Promise : The Darkness on the Edge of the Town Story
Columbia Sony Music

Alors que ses plus dignes héritiers, les géantissimes Arcade Fire, sont en plein bourre, il convient sans doute de rappeler qui dans le domaine du rock sombre aux envolées lyriques, reste le patron. Et la patron, le Boss, celui qu'on a qualifié dans les 70's de Dylan de son époque, reste et restera Bruce Springsteen. Témoin un splendide et inépuisable coffret, disponible en version 2 CD ("The Promise") ou en format luxueux 3 CD et 3 DVD ("The Promise : The Darkness on the Edge of the Town Story"). À la fin des années 70, "Darkness..." sonna la fin de la récréation des Trente Glorieuses, ramenant sous des projecteurs en bout de course la réalité sociale de l'Amérique bientôt livrée aux mains du Reaganisme triomphant (lequel trouva par la suite le moyen de faire du brûlot "Born in the USA", un argument de campagne patriotique, oubliant d'en écouter autre chose que le titre). "Darkness..." fut aussi, quelques années avant le dépouillé "Nebraska", un sérieux coup d'arrêt au lyrisme de "Born to Run" qui le précédait. "The Promise" est l'occasion de découvrir maints diamants noirs issus des sessions de ce chef d'oeuvre et que Springsteen choisit alors de laisser dans leur écrin ou d'offr

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Sleep dealer

ECRANS | D’Alex Rivera (Mex/EU, 1h30) avec Léonor Varela, Jacob Vargas…

Christophe Chabert | Lundi 8 décembre 2008

Sleep dealer

Depuis quelques années, on vous loue dans ces colonnes les qualités du cinéma mexicain, le talent visionnaire de ses principaux hérauts contemporains, Alfonso Cuaron et Guillermo Del Toro en tête. Il n’est pas vraiment certain qu’Alex Rivera rejoindra ses prestigieux compatriotes dans nos cœurs : si les intentions de son film sont nobles (démontrer, dans un contexte de science-fiction, les fatalités économiques et sociales vouées à frapper le peuple mexicain), il ne parvient jamais à élever cinématographiquement son propos, engoncé dans un style privilégiant un sens du démonstratif particulièrement lourdaud. Même en faisant abstraction d’effets numériques d’un autre temps et d’un casting à peine dirigé, on ne peut raisonnablement pas adhérer au projet de son auteur, tant ce dernier persiste à le plomber d’une mise en scène claudicante et d’une écriture passablement surannée. FC

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