Les Secrets des autres

ECRANS | Le deuxième film de Patrick Wang après In the family confirme la naissance d’un cinéaste américain à suivre de près.

Christophe Chabert | Samedi 18 juillet 2015

On s'en veut beaucoup d'avoir raté à sa sortie In the Family, le premier film de Patrick Wang. Car même s'il s'affiche comme un projet plus modeste, Les Secrets des autres confirme l'apparition d'un authentique auteur américain, dont le cinéma est absolument singulier.

La famille est à nouveau son sujet et sa matière romanesque, à travers cinq personnages qui doivent tous faire face à un drame enfoui sous les malentendus et les non-dits : une petite fille qui sèche les cours, un garçon obèse victime des railleries de ses camarades, une demi-sœur enceinte et enfin un couple qui s'éloigne imperceptiblement…

Si Wang semble dans un premier temps privilégier l'intemporalité d'un cinéma en chambre basé sur les dialogues, avec une image en 16 mm volontairement neutre, il finit par le déconstruire à partir d'un procédé tout simple, mais dont l'utilisation est assez inédite : des surimpressions où le passé vient s'incruster dans le présent, le gripper et le faire dérailler.

Peu à peu, la vérité apparaît et avec elle les nœuds qui empêchent cette famille de s'épanouir et la maintiennent dans le deuil — le titre original, Le Chagrin des autres, était ainsi plus fidèle à l'âme du film. Wang s'offre même le luxe de placer dans la sous-intrigue autour des dioramas le propos profond de son film, en un seul lapsus dont on ne sait s'il est volontaire ou involontaire.

Tout converge vers un dernier plan exceptionnel, où une ultime surimpression devient source d'harmonie et non de conflit, et où c'est la lumière (sole) qui l'emporte sur la solitude (solo). C'est magnifique et d'une grande intelligence, à l'image de ce beau film à contre-courant du cinéma indépendant américain actuel.

Christophe Chabert

Sortie le 26 août

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