Trois questions à Kervern & Delépine

Vincent Raymond | Mercredi 2 mars 2016

Photo : © DR


Refaites-vous la route des vins pour présenter votre film ?
La stratégie de notre distributeur étant de ne faire aucune avant-première, nous n'allons que dans les cinémas nous suivant depuis le début ou que nous aimons bien, comme le Comœdia à Lyon. Comme nous nous voyons rarement [Delépine vit à Angoulême, Kervern à Paris, NDLR], ça nous permet aussi de réfléchir au film suivant. On écrit au dernier moment, lorsque l'on a une trame sûre. En ce moment, on tourne autour d'un sujet sans l'atteindre. Mais on a tourné autour de Saint Amour au moins quatre ans avant de le concrétiser.

Le tournage au Salon de l'Agriculture a-t-il été aisé ?
C'est un truc de dingue : vingt minutes du film ont été tournées en deux jours et demi là-bas, quasiment en caméra cachée, avec des acteurs à forte personnalité. On a obtenu l'accord du Salon… pour tourner des ambiances, pas pour des scènes de comédie — elles devaient être réalisées en studio. Mais en studio, ça perd tellement de charme, de force, de vie… Pour les films précédents, on avait pris le parti de plans-séquences assez léchés, avec des formes de tableaux cinématographiques. On s'est doté ici d'une seconde caméra : ça a changé la donne, et il a fallu conserver ce style sur l'ensemble du film.

Qui a eu l'idée de confier l'affiche à Floc'h ?
Notre distributeur, encore lui ! Les photos de tournage étaient bien, mais toujours à côté de la plaque, car aucune n'était posée. Là, au moins, c'est une vraie affiche. Et on a le regard qui s'arrête, avec ce verre de vin offert…

Propos recueillis par VR


Saint Amour

De Benoit Delépine et Gustave Kervern (Fr, 1h41) avec Gérard Depardieu, Benoît Poelvoorde... Tous les ans, Bruno fait la route des vins… sans quitter le salon de l’Agriculture ! Mais cette année, son père, Jean, venu y présenter son taureau champion Nabuchodonosor, décide sur un coup de tête de l’emmener faire une vraie route des vins afin de se rapprocher de lui.
Pathé Bellecour 79 rue de la République Lyon 2e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Saint Amour

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Vincent Raymond | Mercredi 2 mars 2016

Saint Amour

Pour un réalisateur seul, jongler les yeux bandés avec un baril de pétrole ouvert et un flambeau doit certainement se révéler plus sécurisant que diriger la paire Depardieu-Poelvoorde partant en goguette sur la route des vins. Sur le papier, Kervern & Delépine n’étaient donc pas trop de deux face au fameux duo. Cela dit, les risques étaient limités pour les compères, étant donné leur proximité avec les comédiens (déjà pratiqués dans Mammuth et Le Grand Soir) ; ils partageaient en outre leur science du jus de la treille. Cette… “communion d’esprit” explique comment et pourquoi les auteurs ont pu mener leur barque sans dériver, en nochers précis. Spirituel ou spiritueux Mais Saint Amour ne se limite pas à son germe éthylique : l’essence de ce road movie, c’est le voyage de quelques centimètres que vont parcourir un père et un fils l’un vers l’autre. Un rapprochement sensible et enivrant — facilité par leur hâbleur de chauffeur — donnant l’occasion d’apprécier Depardieu, plus fragile qu’un roseau dans son corps de chêne, lorsqu’il tente avec une maladresse rustaude de parler à son Bruno de fils,

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