Melville : Son nom est stetson

Vincent Raymond | Mardi 5 avril 2016

Photo : © DR


On a tendance à voir dans le polar un genre par essence américain, essaimant de façon univoque sur les autres continents et cultures. S'il suffisait d'un homme pour dénoncer ce postulat, il aurait un chapeau de cowboy et des lunettes teintées d'aviateur californien. Son nom ? Jean-Pierre Grumbach, dit Melville, cinéaste français comptant parmi les plus déterminants stylistes du 7e art ; auteur d'œuvres épurées jusqu'à l'abstraction cristalline, et maître incontesté de plusieurs générations de réalisateurs nippons, étasuniens ou européens, revendiquant avec déférence son ombre tutélaire.

Franc-tireur dans l'industrie, partisan d'un contrôle total de ses productions, Melville a su également extraire de ses comédiens une fascinante quintessence : d'abord, la grâce féline du jeune Belmondo ; ensuite, l'aura hiératique d'un Delon minéral. Deux de leurs trois collaborations ont été retenues par le cycle Ciné-Collection pour illustrer l'œuvre au noir de Melville : Le Samouraï (1967) bien sûr, où le comédien, mutique et glacial, trouva les contours de son personnage totémique ; et Le Cercle rouge (1972), le plus contemplatif de tous les casses de bijouterie, servi par une distribution aussi hallucinante que les visions causées par le délirium tremens du personnage joué par Montand.

Enfin, parce que Melville, ancien résistant, a consacré à la période 39-45 des films privilégiant aux fresques bouchères les récits d'affrontements psychologiques ou les tensions individuelles, il faut ajouter L'Armée des ombres (1966) monument votif aussi coupant qu'une nuit de novembre. Un triptyque essentiel. VR

Rétrospective Melville
Dans les salles du Grac jusqu'au 2 mai


Le Cercle rouge

De Jean-Pierre Melville (1970, Fr-It, 2h30) avec Alain Delon, Bourvil... Un truand marseillais, un détenu en cavale et un ancien policier mettent au point le hold-up du siècle. Le commissaire Mattei, de la brigade criminelle, leur tend une souricière.
Cinéma Saint-Denis 77 grande rue de la Croix-Rousse Lyon 4e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


L'Armée des ombres

De Jean-Pierre Melville (1969, Fr, 2h23) avec Lino Ventura, Simone Signoret... Les activités et la vie extrêmement difficiles d'un réseau de résistants sous l'occupation allemande
Cinéma Le Toboggan 14 avenue Jean Macé Décines-Charpieu
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Le Samouraï

De Jean-Pierre Melville (1967, Fr, 1h45) avec Alain Delon, Nathalie Delon...
Cinéma Gérard Philipe 12 avenue Jean Cagne Vénissieux
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Face B ! Des forêts innombrables derrière les arbres

Institut Lumière | L'Institut Lumière explore la face parfois oubliée des grands réalisateurs de l'Histoire du cinéma : bienvenue dans un cycle baptisé Face B.

Vincent Raymond | Vendredi 11 septembre 2020

Face B ! Des forêts innombrables derrière les arbres

Indolore, nécessitant ni prise de sang, ni qu’on farfouille vos fosses nasales, ce test mérite d’être effectué. Prenez la liste des cinéastes (ou interprètes) à l’affiche du cycle de rentrée de l’Institut Lumière, puis citez spontanément un titre, le premier vous venant à l’esprit — attention, il peut y avoir plusieurs réponses possibles. Jacques Becker ? Touchez pas au Grisbi. Julien Duvivier ? Le Petit Monde de Don Camillo. John Schlesinger ? Macadam Cowboy. Jacques Tati ? Les Vacances de M. Hulot. Et ainsi de suite. À ce jeu où il n’y a pas de mauvaise réponse, on observe cependant une constante : certaines œuvres de grande qualité, loin d’être méconnues pourtant, demeurent obombrées par la postérité d’un chef-d’œuvre indiscuté. Parcourir la Face B de l’histoire du cinéma, c’est rappeler à notre bon souvenir l’existence d’autres pépites dans le filon d’un auteur et l’occasion de les savourer sur grand écran. Délices de succomber à l’art de la couleur de Powell & Pressburger dans Le Narcisse noir, vertiges de

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Tout Melville : L’Hexagone noir

Rétrospective | L’Institut Lumière a débuté une rétrospective intégrale de l’œuvre trop brève du pape du film policier français, Jean-Pierre Melville. Chapeau bas !

Vincent Raymond | Mardi 14 mai 2019

Tout Melville : L’Hexagone noir

Il n'y a pas de plus profonde singularité que celle de Jean-Pierre Melville (1917-1973) dans le cinéma français. Si ce n’est celle d’Alfred Hitchcock à Hollywood… Peut-être… À l’instar de son aîné britannique, le réalisateur français a imprimé une double marque dans le genre policier : en construisant sa silhouette entre mille reconnaissable (lunettes noires & Stetson), mais également en définissant un style de récit où l’action est aussi blanche que les peaux livides et les décors gris, douchés par la pâleur des lumières artificielles. Où les personnages épousent les marges, frayent avec l’ombre, côtoient l’interlope ; où le plomb du silence pèse sur des hommes confrontés à leur solitude, à leur destin et/ou à leurs démons intérieurs. L’amuï américain Cette “formule” trouvant sa quintessence dans Le Samouraï (1967), Melville l’obtient, en patient alchimiste, à force non d’ajouts mais de soustractions et d’épure — ne dit-on pas less is more outre-Manche ? Inspiré par le roman et le cinéma noirs américains, comme par ses a

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Thaïs Alessandrin : « avec ce film, on a mis de la conscience sur notre séparation »

Mon bébé | Enfant de la balle dont les deux parents sont cinéastes, Thaïs Alessandrin est à la fois l’inspiratrice et l’interprète principale du nouveau film de sa mère Lisa Azuelos. Un premier “premier rôle“ dont elle s’acquitte avec un beau naturel. Normal : c’est le sien. Rencontre.

Vincent Raymond | Mercredi 13 mars 2019

Thaïs Alessandrin : « avec ce film, on a mis de la conscience sur notre séparation »

Jade vous emprunte des traits personnels, notamment votre fascination pour Godard puisque vous rejouez l’ouverture du Mépris. Avez-vous cependant souhaité retrancher du scénario des éléments qui vous semblaient trop proches de vous ? Thaïs Alessandrin : Retranchés, non… Mais il y a une chose que j’aurais aimé davantage montrer : ma relation avec mon grand frère. On n’en montre qu’un aspect, alors qu’elle est beaucoup plus complète, plus intense et plus forte, du fait que l’on a peu d’écart. À part cela, il n’y a rien que j’aurais voulu changer. Quant à Godard, mais aussi tout le cinéma français des années 1960 jusqu’aux années 1980, ça a vraiment été une grande découverte pendant mon année de terminale. J’ai été émerveillée par ce monde, fascinée par les couleurs et les histoires de Godard en particulier dans Le Mépris. Faire ce clin d’œil à Godard et à Brigitte Bardot (pour qui j’éprouve également une grande admiration) était important pour moi. Je trouvais la scène assez drôle… Comment avez-vo

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Sandrine Kiberlain, les liens du sans : "Mon Bébé"

Comédie Dramatique | De Lisa Azuelos (Fr, 1h27) avec Sandrine Kiberlain, Thaïs Alessandrin, Victor Belmondo…

Vincent Raymond | Mardi 12 mars 2019

Sandrine Kiberlain, les liens du sans :

Jade va passer le bac. Et ensuite ? Direction le Canada pour ses études. Comme elle est la dernière des trois enfants à quitter la maison, sa mère Héloïse commence à angoisser à l’idée de la séparation. Et de la solitude : Héloïse vit sans mec, et a de surcroît un père en petite forme… Il aura fallu à Lisa Azuelos une tentative d’éloignement d’elle-même (le faux-pas Dalida) pour se rapprocher au plus près de ses inspirations, et signer ce qui est sans doute son meilleur film. En cherchant à exorciser son propre “syndrome du nid vide“, la cinéaste a conçu un portrait de parent — pas seulement de mère ni de femme — dans lequel beaucoup pourront se retrouver : égarée dans l’incertitude du quotidien, redoutant le lendemain, son héroïne tente d’emmagasiner (avec son téléphone) le plus d’images d’un présent qu’elle sait volatil. Dans le même temps, elle est gagnée par une tendre mélancolie : des souvenirs de Jade petite se surimprimant par bouffées soudaines sur sa grande ado. Grâce à ces flash-back doucement intrusifs, contaminant le présent

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Jean-Paul Belmondo à Lumière

ECRANS | Deux ans après l'hommage que lui a rendu par Quentin Tarantino en ouverture, Jean-Paul Belmondo fait son retour au festival Lumière. Il accompagnera (...)

Benjamin Mialot | Mardi 6 octobre 2015

Jean-Paul Belmondo à Lumière

Deux ans après l'hommage que lui a rendu par Quentin Tarantino en ouverture, Jean-Paul Belmondo fait son retour au festival Lumière. Il accompagnera son fils Paul mardi 13 octobre à 15h au Pathé Bellecour pour assister à la projection de Belmondo par Belmondo, le documentaire qu'il lui consacre avec le concours de Régis Mardon. Plus d'infos sur le film Billetterie

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Les soldats de la résistance selon Melville

ECRANS | Ce 8 mai, on fête le 70e anniversaire de la victoire alliée au cours de la Seconde Guerre mondiale ; et il était un temps où les chaînes de télévision (...)

Christophe Chabert | Mardi 5 mai 2015

Les soldats de la résistance selon Melville

Ce 8 mai, on fête le 70e anniversaire de la victoire alliée au cours de la Seconde Guerre mondiale ; et il était un temps où les chaînes de télévision publiques diffusaient, ce même 8 mai, L’Armée des ombres dans la torpeur de l’après-midi férié — c’est ainsi qu’on a découvert, ébahi, le film. Les traditions cathodiques se sont bien perdues, mais le numérique — qui n’a pas que des mauvais côtés — permet aux salles de cinéma de pallier cette déficience : c’est donc dans une copie restaurée que le chef-d’œuvre de Melville, adapté de Joseph Kessel, sera visible cette semaine au Comœdia, à quelques encablures d’un des lieux de son tournage — dans le Vieux Lyon, entre Saint-Jean et Saint-Paul. On l’avait dit lors de la rétrospective Melville à l’Institut Lumière, il faut voir dans L’Armée des ombres la source intime et mystérieuse de son cinéma : les résistants impassibles, mus par une détermination sans faille et une dévotion complète à leur mission, incapables de laisser retomber la pression et jouir de la vie, prêts à sacrifier leurs (plus) proches pour préserver leur réseau, sont les doubles des tueurs à gages et autres malfrats qui hantent

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Un incertain Monsieur Klein

ECRANS | Ce mois-ci, la Ciné-collection du GRAC propose un film essentiel, dans notre panthéon personnel de l’histoire du cinéma : Monsieur Klein. Loin d’être une (...)

Christophe Chabert | Mardi 3 février 2015

Un incertain Monsieur Klein

Ce mois-ci, la Ciné-collection du GRAC propose un film essentiel, dans notre panthéon personnel de l’histoire du cinéma : Monsieur Klein. Loin d’être une rareté — il triompha aux Césars l’année de sa sortie, en 1976 — il fait partie de ces œuvres mystérieuses vers lesquelles on retourne sans cesse. Alain Delon apporte le scénario à Joseph Losey qui l’avait dirigé dans L’Assassinat de Trotsky, conscient que le cinéaste américain, juif chassé par le maccarthysme, saura mieux qu’aucun autre trouver la note juste pour raconter cette histoire qui entrecroise questionnement identitaire, paranoïa sous le Paris occupé et préparation méthodique de la rafle du Vel’ d’Hiv’. Delon y est Robert Klein, marchand d’art égoïste et sans scrupule, qui n’hésite pas à profiter des persécutions juives pour racheter, à bas prix, les toiles de maître qu’ils vendent pour payer leur passage en zone libre. Un matin, il trouve sur son palier un exemplaire d’Actualité juive qui lui est adressé ; il part à la recherche de cet autre Monsieur Klein avec qui on l’a confondu, mais plus il met ses pas dans ceux de son double, plus il se retrouve pris au piège d’une machine étati

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Melville, cinéaste des ombres

ECRANS | La rétrospective que lui consacre l’Institut Lumière est l’opportunité de redécouvrir le cinéma de Jean-Pierre Melville, et en particulier ses films noirs mythiques, dont l’origine est à chercher dans l’expérience de la résistance et sa reconstitution à l’écran dans "L’Armée des ombres".

Christophe Chabert | Mercredi 8 janvier 2014

Melville, cinéaste des ombres

Les tueurs à pardessus et chapeau mou, les flics qui les traquent sans états d’âme, froids comme la mort qu’ils finiront par donner, et la fine frontière qui sépare parfois ces deux côtés de la loi : voici l’essence du cinéma de Melville tel qu’il a été légué à une longue postérité. Cette légende s’appuie, dans le fond, sur quelques films qui, au fil des reprises, remakes avoués ou déguisés et rediffusions télé, ont rendu son œuvre légendaire. Citons-les d’entrée : Le Deuxième souffle, Le Cercle rouge, Le Samouraï, Le Doulos et le très minimaliste et abstrait Un flic, sa dernière production, qui a été vue soit comme un accomplissement, soit comme une caricature desséchée de son propre style. Une anecdote fameuse raconte que Melville lui-même jouait de l’ambiguïté : quelques temps avant sa mort, il tente de convaincre un producteur de s’engager sur un nouveau projet. À sa secrétaire qui lui demande de quoi le film va parler, il aurait répondu : «Dites-lui seulement que ce sera un Melville…». Nom de guerre : Melville Né Grumbach en 1917, Melville rejoint la résistance tandis que la France est occupée par les n

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Lumière s’annonce brillant

ECRANS | Ouverture ce lundi du cinquième festival Lumière, avec d’ores et déjà un engouement exceptionnel lié à la venue de Quentin Tarantino. Mais il ne sera pas le seul invité prestigieux de cette édition… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 4 octobre 2013

Lumière s’annonce brillant

Une heure pour les 3000 places du Prix Lumière, deux pour les 4600 places de la Halle et la clôture du festival. C’est le temps qu’il a fallu pour que les deux séances de Lumière 2013 rendant hommage à Quentin Tarantino affichent sold out, record qui n’est pas lié à la rareté des films présentés — Jackie Brown et Pulp fiction — mais bien à la présence du maître Quentin, sorte de cinéaste-cinéphile-DJ dont on murmure qu’il ira se mettre aux platines du Sucre après la remise de son prix ! Car si certains se lamentent de n’avoir pu récupérer un précieux ticket pour voir leur idole en chair et en os, qu’ils soient rassurés : Tarantino sera omniprésent au cours du festival, dirigeant sa version de la Sortie de l'usine Lumière et allant présenter les films qu’il a choisis dans sa «Proposition», mélange de curiosités absolues — Hitler dead or alive, Le Justicier du Minnesota, western post-Django de Corbucci, Le Spécialiste du même Corbucci avec notre Johnny national, Le Déserteur, film soviétique daté 1939 que Tarantino voulait absolument vo

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Delon, de l’ombre au Plein soleil

ECRANS | Séquence émotion au cours du dernier festival de Cannes : en séance de clôture de Cannes Classics, Alain Delon vient présenter la version restaurée de Plein Soleil (...)

Christophe Chabert | Jeudi 4 juillet 2013

Delon, de l’ombre au Plein soleil

Séquence émotion au cours du dernier festival de Cannes : en séance de clôture de Cannes Classics, Alain Delon vient présenter la version restaurée de Plein Soleil — à redécouvrir cette semaine au Comœdia. On s’attend à voir l’éternel délire mégalo de l’acteur prendre toute la place mais, surprise, le voici au bord des larmes, submergé par l’émotion, évoquant René Clément comme celui sans qui sa carrière n’aurait pas été celle qu’elle est. En effet, Clément est celui qui a fait de Delon une star, le faisant basculer de son statut de second rôle dans des films populaires à celui de comédien majeur dont le magnétisme noir aspire tout sur son passage. De plus, Plein soleil inscrit à même son intrigue ce passage de l’ombre à la lumière. Delon y est Tom Ripley, mais dans les premières séquences, Tom Ripley n’est pas grand chose. Juste un petit escroc que l’on paie 5000 dollars pour convaincre Philippe, un riche héritier, de cesser sa vie de playboy sous le soleil italien pour revenir dans ses pénates familiales. Ripley fait ce qu’il peut pour accomplir sa mission, mais il est renvoyé dans les

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Rio répond à nouveau

ECRANS | Eldorado commercial à la formule perdue, le cinéma français populaire de qualité des années 60 et 70 se déguste aujourd’hui avec un zeste de nostalgie et un fond (...)

Christophe Chabert | Mercredi 5 juin 2013

Rio répond à nouveau

Eldorado commercial à la formule perdue, le cinéma français populaire de qualité des années 60 et 70 se déguste aujourd’hui avec un zeste de nostalgie et un fond de mauvaise foi. Il faut revoir L’Homme de Rio (1964) de Philippe De Broca pour comprendre que ce cinéma-là n’a jamais été l’égal de son cousin américain, même si il lui a fourni d’élégants brouillons — il y a du Indiana Jones dans L’Homme de Rio, notamment dans sa dernière demi-heure pleine de péripéties à base de grottes piégées et de jungle sauvage. De même, il faut remarquer qu’il tire profit des leçons de la Nouvelle Vague et de la fraîcheur filmique qu’elle a insufflée dans le cinéma français. À commencer par Belmondo, qui chambre avec le même charme canaille que chez Godard policiers et notables ; mais la mise en scène elle-même se soucie assez peu de cette "réalisation" qui glaçait les films commerciaux d’avant et pétrifie les films pour multiplexes de maintenant. De Broca n’a pas peur des faux raccords et des jump cuts, il privilégie le bloc qu’est la séquence plutôt que la fluidité dans l’enchaînement des plan

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Soleil Clément

ECRANS | La synergie entre Positif et l’Institut Lumière, devenue co-éditrice de cette excellente revue, continue avec la nouvelle programmation de la rue du (...)

Dorotée Aznar | Dimanche 29 janvier 2012

Soleil Clément

La synergie entre Positif et l’Institut Lumière, devenue co-éditrice de cette excellente revue, continue avec la nouvelle programmation de la rue du premier film. Alors que Positif publie ce mois-ci un dossier consacré à René Clément, l’Institut propose une passionnante rétrospective de son œuvre, qui ne se limite pas à ses films les plus célèbres (La Bataille du rail, Le Père tranquille, Jeux interdits ; que du très bon !). Monsieur Ripois, Les Maudits, l’étonnant La Course du lièvre à travers champs, son dernier film, introuvable et intrigant, La Baby sitter et même ses courts-métrages seront aussi présentés. Mais pour inaugurer cet hommage, c’est bel et bien un classique indémodable qui sera montré au public : Plein soleil (1960), adapté de Patricia Highsmith, où Alain Delon campe pour la première fois à l’écran (avant Dennis Hopper, Matt Damon ou John Malkovich) l’escroc séduisant et pervers Tom Ripley. Dans ce modèle de film noir, l’acteur, au sommet de sa beauté et de son charisme, ose endosser un personnage complexe, qui tue et usurpe l’identité de l’homme qu’il devait ramener au ber

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Astérix aux jeux Olympiques

ECRANS | De Thomas Langmann et Frédéric Forestier (Fr-All-Esp-It, 1h55) avec Gérard Depardieu, Clovis Cornillac, Alain Delon, Benoît Poelvoorde...

Christophe Chabert | Mercredi 6 février 2008

Astérix aux jeux Olympiques

L'échec artistique de ce troisième Astérix, patent et douloureux, peut se résumer facilement. Le projet de blockbuster paneuropéen de Thomas Langmann voulait fédérer les talents de chaque pays coproducteur. Des talents, il y en a (Depardieu, Poelvoorde, Delon, Cornillac, Astier, Segura, Garcia...), mais chacun est réduit à jouer sa partition en solo, souvent dans le registre qu'on lui connaît déjà. Ni le scénario, basique, ni la réalisation, occupée à justifier le budget du film, n'assure le liant. Langmann tenait aussi à se démarquer de la vision donnée par Chabat dans le précédent volet, jugé trop «Canal». Pourtant, dès le monologue de Delon, ce que l'on voit à l'écran, c'est un immense acteur en train de jouer en live son guignol. Rupture tranquille, donc, qui au fil du film se déporte de la chaîne cryptée vers TF1, avec la sainte trinité variétoche/comédie populaire/sport en ligne de mire. Sur le modèle des superproductions américaines formatées, Astérix aux jeux Olympiques ne repose que sur des équations marketing hasardeuses où chaque séquence est supposée répondre aux attentes d'une catégorie de spectateurs. C'est l'aveu terrible des 15 dernières minutes où il n'

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