Le Fils de Joseph

ECRANS | de Eugène Green (Fr/Bel, 1h55) avec Victor Ezenfis, Natacha Régnier, Fabrizio Rongione…

Vincent Raymond | Mardi 19 avril 2016

Photo : © DR


En acclimatant au 7e art son obsession viscérale pour la prononciation baroque, Eugène Green est devenu l'auteur d'une œuvre anticonformiste, unique car identifiable dès la première réplique. Il exige de ses interprètes l'usage de la liaison systématique et appuyée, telle que codifiée par son courant de prédilection — au risque de créer des impressions (fautives) de cuirs en cascades. Inscrite dans un dialogue déclamé d'une voix blanche par des comédiens semblant avoir reçu pour consigne d'adopter le plus désincarné des jeux possibles, cette particularité participe donc d'un ensemble singulier : son style, auquel on peut souscrire comme à une convention ou à un dogme religieux. Un intégrisme bien inoffensif, s'il prête à sourire : à côté d'Eugène Green, le rigoriste Rohmer passerait pour un cuistre barbarisant la langue française !

Tous deux ont cependant en commun la fascination pour les lettres classiques et la jeunesse, ainsi que l'art d'attirer à eux les acteurs — au point d'en faire des apôtres. Déjà convoqués par le passé, Natacha Régnier, Fabrizio Rongione et Mathieu Amalric sont ainsi réunis autour de ce Fils de Joseph. Si le titre lorgne implicitement du côté des évangiles, avec un héros enfant d'un mère célibataire (prénommée Marie) abandonnée par un pape — plus qu'un dieu — de l'édition omnipotent, il ne s'agit pas vraiment d'une transposition contemporaine de la vie de Jésus, du sacrifice d'Abraham ou d'un quelconque acte de foi.

En réalité, Green se montre ici davantage fasciné par les représentations antérieures (notamment picturales) des récits bibliques et par les vestiges de la culture chrétienne (les églises). Il ne faut pas s'attendre à un miracle, mais à la célébration mystique d'un monde abstrait et suranné, qui ne séduira que les convertis. Pour les autres, la messe est dite.


Le fils de Joseph

De Eugène Green (Fr-Bel, 1h55) avec Victor Ezenfis, Natacha Régnier... Vincent, un adolescent, a été élevé avec amour par sa mère, Marie, mais elle a toujours refusé de lui révéler le nom de son père. Vincent découvre qu’il s’agit d’un éditeur parisien égoïste et cynique, Oscar Pormenor.
Cinéma Mourguet 15 rue Deshay Sainte-Foy-lès-Lyon
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Samuel Tilman : « Le spectateur doit prendre position »

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Quelle est l’origine de ce thriller ? Samuel Tilman : Le sujet, c’est vraiment l’envie de parler du regard que l’on peut porter sur l’autre, de l’incapacité de se dévoiler totalement et donc de connaître l’autre totalement. Mais également la peur d’être jugé, comment le jugement impacte un groupe… J'avais envie aussi de mettre les personnages dans de grands paysages, qu’ils soient un peu perdus dans une forme de nature oppressante. Au départ, ils auraient dû être en vacances à la Costa Del Sol, mais il n’y avait pas l’isolement que je voulais : ça ne pouvait pas fonctionner dans un club de vacances ou un camping. Comme je suis un grand fan de montagne — mon père m’emmenait en montagne faire des randos quand j’avais 7, 8 ans, faire des randos et j’avais vécu une expérience extraordinaire sur un court métrage précédent —, les Vosges se sont imposées. Et j’ai découvert qu’il y a de la forêt et que c’est très sauvage. En plus de la montagne, un autre élément ajoute une inquiétude diffuse au film : c’est l’ambiguïté que peut dégager Fabrizio Rongione, l’interprète de David

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Père et mari comblé, professeur apprécié, David peut compter sur sa bande d’amis. Du moins, c’est ce qu’il croyait : entendu comme témoin puis suspect dans une affaire de meurtre, il voit ses fidèles potes s’éloigner quand une facette de son existence qu’ils ignoraient est mise au jour… N’y aurait-il pas comme une once d’inspiration simenonesque dans ce thriller aussi belge que l’était le créateur de Maigret ? C’est ici en effet moins l’enquête (et ses rebondissements portant sur les dessous ou les recoins de la vie de David) qui importent que l’étude psychologique des personnages — de la dynamique du groupe — et la morale que l’on peut en tirer. Une morale évidemment peu réjouissante quant à la valeur des relations humaines et le potentiel hypocrisie que chacun peut recéler. En accentuant le plus possible la subjectivité, Tilman accroît le sentiment de malaise, voire de paranoïa, de son protagoniste admirablement servi par l’ambigu Fabrizio Rongione. Le comédien, malheureusement trop rare, dégage un je-ne-sais-quoi de trouble et d’inquiétant rendant crédible l’h

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Du cœur au ventre : "Diane a les épaules"

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Vincent Raymond | Mardi 14 novembre 2017

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Diane est du style à se replacer seule l’épaule lorsqu’elle se la déboite. Ce qui lui arrive souvent en ce moment : elle rénove une maison pour occuper sa grossesse. Diana, qui est enceinte pour un couple d’amis, a tout prévu. Sauf son coup de foudre pour Fabrizio, l’artisan qui l’aide… La présence de Clotilde Hesme au générique d’une comédie sentimentale va devenir un indice de modernité amoureuse : après le ménage à trois des Chansons d’amour (2007), la voici engagée dans une GPA. Cette inscription dans une réalité sociale n’a rien d’anecdotique : elle témoigne d’une volonté de rebattre les cartes d’un genre épuisé, qui d’ordinaire réchauffe des sauces éventées quand elles ne sont pas rancies (nul besoin de citer les coprolithes polluant les écrans). Diane a les épaules renverse les perspective en donnant au caractère féminin la place centrale et décisionnaire (tout en jouant avec ses atermoiements), sans faire l’impasse ni sur sa féminité ni ses sentiments. Au-delà du fait qu’il aborde la GPA, le propos est a

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À intervalles réguliers, le cinéma d’auteur produit ce genre de gags — car l’hilarité n’est jamais loin à la vision de La Sapienza — perché très haut dans ses principes formels, incapable de redescendre à hauteur de spectateur. Eugène Green offre ici une variation autour du Voyage en Italie de Rossellini — un couple en désamour va se séparer pour mieux se retrouver, au terme d’une errance où ses angoisses seront dialectisées au contact d’un autre couple, un frère étudiant en architecture et une sœur atteinte d’un mal mystérieux — qu’il passe au tamis d’un ultra-bressonisme à base de jeu blanc et de liaisons dangereuses. Car non seulement les comédiens ne mettent aucun pathos dans leurs (longues) tirades, mais ils doivent en plus en respecter scrupuleusement les accords, donnant à l’ensemble un caractère littéraire d’une pédanterie proche d’une parodie des Inconnus. Sans parler du fatras mystique qui englobe le tout, refuge de plus en plus courant des artistes en quête de sens et en manque d’inspiration. Ce que Green est, jusqu'à la caricature — cf. les scènes à la Villa Médicis, qui font sérieusement pitié. Christophe Chabe

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Deux jours, une nuit

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Lève toi et marche. Au premier plan de Deux jours, une nuit, Sandra (Marion Cotillard, formidable, qui se fond dans l’univers des frères Dardenne comme Cécile de France avant elle dans Le Gamin au vélo) émerge d’un sommeil médicamenteux et sort de son lit pour répondre au téléphone. C’est le film qui l’arrache de cette dépression dont on ne connaîtra jamais le motif mais qui est devenue la source de son malheur actuel : juste avant son retour de congé maladie, elle apprend qu’elle va perdre son emploi, le patron de son entreprise de panneaux solaires ayant choisi d’accorder une prime aux autres ouvriers contre le "départ" d’une des leurs. Décision cruelle à laquelle Sandra refuse de se plier ; avec son mari Manu (Fabrizio Rongione), elle va aller à leur rencontre, tentant de les convaincre un par un de revenir sur leur vote. Les frères Dardenne suivent donc à la trace leur héroïne, toujours en mouvement ; elle encaisse les coups, trébuche, tombe, se relève, repart à l’assaut et se recharge avec les quelques rayons de solidarité qui lui donnent le

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Vous souvenez-vous de Monsieur Plus, ce guilleret moustachu qui s'évertuait, à coups de bousculades opportunes, à rendre plus appétissants et plus savoureux les biscuits Bahlsen ? Eh bien Franck-Emmanuel Conte est un peu le Monsieur Plus du baroque : avec Le Concert de l'Hostel Dieu, l'ensemble qu'il a fondé voilà deux décennies, il n'a de cesse de le sortir de sa zone de confort, soit en se penchant sur des répertoires méconnus, soit en le confrontant à d'autres disciplines – on ne lui souhaite toutefois pas de finir, comme le croqueur de tuiles, noyé dans la Seine dans l'indifférence générale. Une démarche qu'il pousse un cran plus loin cette saison avec la création de Baroque & Plus, un festival tout entier dédié au dépoussiérage de cette musique ornementale et contrastée.  Au programme de sa première édition : du théâtre avec l'immense Jacque

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Christophe Chabert | Mardi 24 septembre 2013

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Version lénifiante et léthargique d’un épisode de Desperate housewives, La Vie domestique est une sorte de cauchemar qui prendrait l’allure d’une sieste tranquille dans le jardin. Claquemuré dans une banlieue bourgeoise parisienne, le film suit quatre femmes au bord de la crise de nerfs, réduites à un pesant statut d’épouses ou de mères. La plus lucide — Emmanuelle Devos — tente de s’affranchir de ce patriarcat en retrouvant un job et en dispensant des ateliers de littérature à des élèves en difficulté, mais elle finira elle aussi par rentrer résignée dans ses pénates. Les autres se traînent entre shopping, McDo, dégustation de Nespresso et considérations sur la vie, soit le Grand Chelem du placement produit et de la scène à ne pas faire — on y ajouterait bien ce moment, ahurissant, où le mari de Devos vante les mérites d’Agnès Obel, avec bio Itunes en guise d’argumentaire. Où Isabelle Czajka veut-elle en venir avec ce regard sourdement ricanant sur des personnages confits dans l’aigreur ? Aucune critique sociale ne pointe à l’horizon sinon un vague drame en lointain arrière-plan, noyé dans les d

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Pascale Clavel | Vendredi 1 février 2013

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Dans l’univers étonnant des contre-ténors, Max Emanuel Cencic et Philippe Jaroussky tiennent tous deux le haut de l’affiche et restent indéboulonnables. Que le Festival de Musique Baroque de Lyon invite l’un ou l’autre et la salle déborde. Pris d'un engouement total depuis quelques années pour ces voix célestes, le public se retrouve en transe comme à la grande époque des Castrats. Rien n’a bougé, sa fascination reste la même. D'autant qu'à chaque génération de contre-ténor correspond un style bien particulier. On se souvient de l’époque Alfred Deller et de la découverte pour beaucoup de cette voix improbable. On reste ému par le timbre d’un James Bowman, de ces pionniers qui ont su faire redécouvrir tout un répertoire. Max Emanuel Cencic est lui d’une génération de contre-ténors touche-à-tout, baroqueux mais pas que. Comme son compère Jaroussky, ce virtuose décline son art dans tous les styles, loin des sentiers rebattus, passant allègrement des musiques du monde aux univers les plus contemporains. Pour la Chapelle de la Trinité, il a construit une programmation purement baroque autour de Venise. Vivaldi, Gasparini, Albinoni… c’est dans ce répertoire que

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Le Capital

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Christophe Chabert | Mercredi 7 novembre 2012

Le Capital

Incorrigible Costa-Gavras ! Il semble être le dernier à croire aux vertus du cinéma à thèse, ce rouleau compresseur de la dénonce courroucée dont l’objet varie au gré des circonstances politico-sociales. Ici, c’est le libéralisme qui en prend plein les dents, du moins en apparence. En montrant l’accession d’un énarque anonyme à la tête d’une grande banque européenne pour préparer sa reprise en main par des actionnaires avides, puis sa détermination à conserver le poste et les avantages qui vont avec, Gavras décrit un prototype de crapule que l’on devrait se plaire à détester. Conçu comme un thriller (la musique, envahissante, nous le fait bien comprendre), Le Capital s’égare toutefois dans une triple intrigue sentimentale aussi démonstrative et lourde que son propos politique. Mais là n’est pas le plus grave : par scrupule ou par paresse, Gavras invente une conscience à son anti-héros, qui se manifeste à l’écran par des flashs de violence fantasmée avant retour à la réalité. Le procédé est cinématographiquement éculé et dédouane le personnage de sa bassesse, pourtant affichée dès le départ (l’argent, l’argent, l’argent). On a oublié de parler de Gad Elma

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Que du bonheur !

MUSIQUES | Le Festival de Musique Baroque fête ses trente ans, Piano à Lyon convoque pour nous les plus grands pianistes de la planète, le conservatoire (CNSMD) (...)

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Le Festival de Musique Baroque fête ses trente ans, Piano à Lyon convoque pour nous les plus grands pianistes de la planète, le conservatoire (CNSMD) foisonne d’idées géniales, le Théâtre de la Renaissance s’invente une nouvelle aventure théâtrale et musicale, GRAME dévoile ses Journées. À Lyon, la musique se porte bien et la saison nouvelle est l’une des plus alléchantes de ces dernières années. S’il fallait choisir quelques pépites, s’il fallait planter de petits panneaux indicateurs : passons par le Festival de Musique Baroque, écouter avec force Laudes et chants soufis : méditations et réjouissances assurées. Y revenir plusieurs fois parce que son directeur historique, Éric Desnoues, donne envie par des spectacles où mises en espace, mise en perspective, mises en abyme sont de rigueur. Une pépite plus loin, il vous faut passer par la case Piano à Lyon, se précipiter Salle Molière pour se fracasser sur les Préludes et Fugues de Bach interprétés par un David Fray arrivé à maturation. C’est sur le thème du chemin que nous invite à flâner cette saison le CNSMD, chemin où toutes les disciplines se déploient et se montrent : de l’excellence à écouter sans modération. Ment

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Date de première diffusion:  20 Mars 2012Emission n°102 Durée: 29’41 minInvité: Marie Hendriks, artisteContenu: Le château des Adhémar, à Montélimar, présente dans ses entrailles pierreuses l’artiste néerlandaise Marie Hendriks jusqu’au 15 Avril 2012. La jeune plasticienne revient sur son univers baroque lors de l’entretien qu’elle a livré aux Rendez-vous. Chroniques: MattCoco interroge ses chères têtes blondes sur la notion de conte; Michel Nuridsany chronique dans son salon l’exposition Néons à la maison rouge à Paris. Liens utiles :  Quelques mots sur l’exposition de Marie Hendriks sur culture.fr Retrouvez également : le blog des rendez-vous de la création contemporaine 

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Petite balade dans trois lieux où la musique classique bouillonne, où l’innovation est un credo, où l’exigence artistique semble totale. Passez par iciLe Festival de Musique Baroque ouvre sa 29e édition. Son directeur artistique, Eric Desnoues, peut se frotter les mains par avance. Il a su faire venir les baroqueux les plus audacieux, ceux qui savent prendre encore des risques, ceux qui osent faire quelques infidélités à la partition, ceux qui offrent généreusement des interprétations réjouissantes voire inattendues. Dès l’ouverture, grand frisson assuré avec l’Ode à Sainte Cécile de Purcell sous la baguette d’un Jean Tubéry qui impose toujours une lecture pleine de spiritualité et d’élégance aux œuvres qu’il touche. S’égrènent au fil de la saison des chefs-d’œuvres servis par des interprètes très inspirés. Un Messie de Haendel, une Fairy Queen de Purcell, une Passion selon Saint Jean de Bach. À côté de ces mastodontes, s’imposent de drôles de petits moments décalés et savoureux. Et par làDe la sérénité, de la fierté aussi pour Jérôme Chabannes, directeur artistique de Piano à Lyon. Une septième saison qui s’annonce exceptionnelle, un programme à rendre jalo

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Pascale Clavel | Vendredi 4 février 2011

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Classique / Au Festival de musique baroque de Lyon, on nous annonce une tempête d’amour et une Patricia Petitbon en très grande forme vocale. Le programme, concocté par la soprano, se concentre sur l’opéra baroque italien, celui qui décoiffe, qui émeut, qui offre des contrastes saisissants et qui renverse tout sur son passage. Patricia Petitbon invite le public à «un voyage à travers l’âme et l’exacerbation des sentiments». Les plus grands airs piochés chez Vivaldi, Haendel ou encore Scarlatti vont sonner à la chapelle de la Trinité par la voix singulière de cette soprano atypique. Les louanges ne manquent pas lorsque l’on évoque les interprétations de cette anti Diva : magnétiques, grandioses, extraordinaires. Patricia Petitbon vient nous livrer le contenu de son nouvel album «Rosso» ce rouge passion italien si singulier. Elle sera accompagnée par le Venice Baroque Orchestra dirigé par le bouillonnant Andrea Marcon. Le plaisir, la démesure et la sensibilité de l’époque baroque lui vont comme un gant, elle qui dans sa «colorature» ose se mettre en danger, ose l’humour et le décalage. «C’est important de voyager dans l’absurde», dit-elle, donc elle y va, elle donne tout, souvent dan

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Pascale Clavel | Jeudi 2 décembre 2010

Concertos en miroir

Classique / Vivaldi prétendait qu’il composait plus vite qu’un copiste ne pu copier. Des concertos, il en a écrit plus de 470, d’inégale qualité musicale ; certains étaient écrits à la hâte pour tel ou tel office religieux. Les quatre concertos pour violon donnés dans le cadre du Festival de Musique Baroque, par l’excellentissime Guiliano Carmignola et son ensemble Venice Baroque Orchestra ont, eux, une architecture remarquable. La virtuosité demandée au soliste est redoutable, l’équilibre entre le tutti d’orchestre et le violon solo approche la perfection. Les concertos de Vivaldi ont eu une renommé européenne immédiate parce que le compositeur a su y introduire un lyrisme tout à fait nouveau. Quant au Concerto en ré pour violon et orchestre de Jean-Marie Leclair, donné la même soirée, il est à l’image de son compositeur, brillant et élégant. Cet excellent musicien lyonnais, considéré comme le fondateur de l’école française de violon au XVIIIe siècle, reste hélas peu joué et peu connu. Nous ne pouvons que nous réjouir d’entendre une de ses œuvres à la Chapelle de la Trinité. L’excellentissime chef et violoniste Guiliano Carmignola, sera aux manettes : touche à tout inclassable, bo

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Pascale Clavel | Jeudi 17 septembre 2009

Perruques décoiffées

Éric Desnoues creuse son sillon avec malice. Le directeur du Festival de musique baroque de Lyon joue à nous surprendre encore et encore. On l’attend sur une programmation, il en offre une autre. On le soupçonne de préparer un concert improbable, il se montre encore plus décalé. 27 ans après son lancement, le Festival se renouvelle, en constante recherche de pépites musicales, d’excellence et d’ouverture. Pour cette nouvelle édition, trois géants de la musique baroque sont mis à l’honneur. Purcell et Pergolèse à l’occasion de l’anniversaire de leur naissance, Haendel à l’occasion de celui de sa mort. Aux côtés de ces trois grands, Éric Desnoues partage avec le public ce qu’il appelle ses «coups de cœur». Des projets musicaux atypiques où les esthétiques se confrontent, où les genres a priori opposés s’enrichissent mutuellement. Il en va ainsi du tout premier concert «Chants sacrés vénitiens et persans», objet musical rare, dialogue passionnant entre l’Islam, le monde catholique et les chants de transes aux mélopées suaves ; fruit d’un travail de recherche remarquable du chef d’orchestre Denis Raisin-Dadre. Dans un autre genre, Jordi Savall aborde un répertoire nouveau, la musique c

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Dorotée Aznar | Vendredi 14 novembre 2008

Entrer dans le baroque

Cette 26e édition du Festival de musique baroque ne s’enferme pas dans du baroque pur jus. Éric Desnoues, son directeur, se régale depuis un quart de siècle à casser les codes, à briser des tabous, à secouer un cocotier parfois poussiéreux. Jeu de miroir avec des allers-retours entre le XVIIe et le XXIe siècle, jeu de séduction, jeu d’esprit, il y en a pour tous. La recette de ce succès est simple : tout d’abord fidéliser un public qui se rend chaque saison avec goût et obstination à la Chapelle de la Trinité. Ensuite, offrir à ce public passionné un lieu chargé d’histoire. Pas moins de 64 saisons musicales se sont succédées dans la Chapelle au XVIIIe siècle. Rameau, Campra ont joué là et l’histoire étant têtue, la musique y revient de plus belle. Pour Éric Desnoues, c’est un impératif, le répertoire choisi doit se fondre dans le lieu. Il connait le travail des musiciens chercheurs qui, depuis trente ou quarante ans, retrouvent des partitions dans des bibliothèques, décapent les phrasés, refont des instruments baroques avec le diapason adéquat, le tempérament pour un lieu adapté. Le tour est joué si l’on sait mitonner une programmation efficace et surprenante à la fois. C’est ce qu

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MUSIQUES | À 74 ans, ce chef hors norme traverse le temps musical faisant fi des modes, des genres, du bon goût et des critiques pour ne s’intéresser qu’à la chose (...)

Dorotée Aznar | Vendredi 14 novembre 2008

Maître Corboz…

À 74 ans, ce chef hors norme traverse le temps musical faisant fi des modes, des genres, du bon goût et des critiques pour ne s’intéresser qu’à la chose musicale. Chaque année, il vient là avec joie, à la demande d’Éric Desnoues et la musique se fait dans une rare simplicité. Lorsqu’on lui demande ce qu’il lui reste d’essentiel à faire, Michel Corboz répond simplement «continuer». Cette réponse reflète assez bien la volonté immuable et indéfectible de faire de la musique quoi qu’il arrive, quelles que soient les tendances du moment. Sur la scène musicale depuis cinquante ans, Michel Corboz ne s’est jamais soucié de faire carrière, on sait même qu’il aurait été heureux simplement à diriger les offices dans un monastère. Cette simplicité a toujours donné à ses interprétations une sincérité déconcertante. Chez lui, pas de gros partis pris, pas d’extravagances, juste une honnêteté viscérale à jouer ce que le compositeur a écrit. Cette année, poussé toujours par la même envie de faire découvrir les œuvres de Bach les plus somptueuses, il dirigera la Messe en si mineur, immense, architecturalement parfaite et d’inspiration quasi divine. À la tête de son ensemble vocal et instrumental de

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Dorotée Aznar | Vendredi 14 novembre 2008

Du plaisir de la programmation

Petit Bulletin : De quelles envies est né ce festival ?Éric Desnoues : J’ai pu répondre avec ce festival à la plupart de mes rêves les plus fous. Dès 1984, j’ai invité Michel Corboz qui a accepté immédiatement de venir avec l’Oratorio de Noël de Bach. Cet événement est de plus en plus visible et j’ai bien sûr envie qu’il dure. Si je prends par exemple les différents Contre-ténors qui ont jalonné le Festival, il est clair que les artistes se renouvellent. L’histoire a commencé avec Henri Ledroit puis Gérard Lesne, James Bowman et encore Andréas Scholl venu chanter des cantates de Bach. J’ai invité par la suite Philippe Jaroussky, le plus médiatique, la star. Comment le festival a pu se renouveler sans s’essouffler ?Je me suis posé beaucoup de questions pour le 25e anniversaire. Il y a toujours la même angoisse et la même jouissance mais finalement, ce moment a été une grande fête. J’ai été très heureux des concerts, les artistes ont donné tout ce qu’ils avaient, le public a été au rendez-vous, il y avait un monde fou. On n’avait pas connu un tel succès depuis plusieurs années. Quelles sont vos pépites, vos trouvailles pour cette nouvelle saison ?

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