Men & Chicken : décalé et incorrect

ECRANS | de Anders Thomas Jensen (Dan, 1h44) avec Mads Mikkelsen, David Dencik, Nicolas Bro…

Vincent Raymond | Mardi 24 mai 2016

Photo : © DR


Pas étonnant que le nouveau Anders Thomas Jensen ait remporté les faveurs du public lors du festival Hallucinations collectives : Men & Chicken était carrossé pour une audience raffolant d'un cinéma de genre décalé, dynamique et incorrect. Un sorte d'hybride dont le Danois s'est fait le champion depuis Les Bouchers verts (2003), avec des réalisations baignées d'un humour noir mettant volontiers à mal ses personnages, comme ceux qui les interprètent. C'est encore le cas ici pour son comédien fétiche Mads Mikkelsen, qui subit niveau maquillage ce que Serrault acceptait jadis de Mocky : un enlaidissement gratiné lui donnant visage presque aussi inhumain que ses malheureux partenaires, joyeuses fratrie de freaks passant leur temps à se flanquer des peignées à coup d'oiseaux empaillés (quand ils ne fabriquent pas du fromage).

D'aucuns trouveraient morbide ou malsaine cette inclination pour la tératologie, qui rapproche Jensen du Guillermo del Toro réalisateur du Labyrinthe de Pan et surtout de L'Échine du diable (2001). Tous deux usent de la monstruosité physique comme d'une extériorisation métaphorique des turpitudes morales de l'Homme ; comme d'une réplique immanente aux prétentions humaines à défier l'ordre de la Nature et son éthique. Mais si le cinéaste mexicain ressasse la culpabilité de la nation espagnole, et tente de la dissiper dans des œuvres saturées d'angoisses, son homologue venu du Nord opte pour un exorcisme par l'absurdité et l'humour. Une approche en apparence plus légère, aux effets collatéraux inattendus : à moins d'être particulièrement pervers, il vous sera difficile de consommer du poulet, du bœuf ou du fromage en quittant la salle.


Men and chicken

De Anders Thomas Jensen (All-Dan, 1h44) avec Mads Mikkelsen, Nikolaj Lie Kaas... A la mort de leur père, Elias et Gabriel découvrent qu’ils ont été adoptés et que leur père biologique, Evelio Thanatos, est un généticien qui travaille dans le plus grand secret sur une île mystérieuse. Malgré leur relation houleuse, ils décident de partir ensemble à sa rencontre.
Le Zola 117 cours Émile Zola Villeurbanne
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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À voir cul sec : "Drunk" de Thomas Vinterberg

Comédie | Thomas Vinterberg s’empare d’une théorie tordue pour s’attaquer à un nouveau “pilier culturel“ scandinave : la surconsommation d’alcool. Une fausse comédie et une vraie étude de mœurs à voir cul sec.

Vincent Raymond | Jeudi 8 octobre 2020

À voir cul sec :

Ils sont quatre potes, au bas mot quadragénaires et profs dans le même lycée. Quatre à ressentir une lassitude personnelle et/ou professionnelle. Quatre à se lancer, « au nom de la science » dans une étude secrète : tester la validité de la théorie d’un chercheur norvégien postulant qu’un humain doit atteindre une alcoolémie de 0, 5 g/l pour être dans son état normal : désinhibé et créatif. Commence alors une longue descente — et pas qu’aux enfers… Drunk se décapsule sur une séquence qu’on croirait documentaire, montrant ce qui ressemble à une soirée d’intégration entre étudiants (en réalité, il s’agit d’élèves de terminale), en train de se livrer à une sorte de compétition sportive. Sauf qu’ici, l’enjeu pour les participants n’est point tant de courir vite, mais pour chacun d’engloutir le contenu d’une caisse de bière, de le vomir, avant d’aller semer sa “bonne humeur“ éthylique dans les rues de la ville et ses transports en commun. Ce ne sont pas tant les débordements (somme toute minimes et potaches) causés par ces lycéens bien peignés qui choquent ; pl

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Soirée culte aux 400 Coups avec Spielberg et del Toro

Fantastique | Il n’y a pas si longtemps, le Mexicain Guillermo Del Toro et l’Américain Steven Spielberg étaient tous les deux nommés pour l’Oscar du meilleur film... (...)

Margaux Rinaldi | Mardi 29 mai 2018

Soirée culte aux 400 Coups avec Spielberg et del Toro

Il n’y a pas si longtemps, le Mexicain Guillermo Del Toro et l’Américain Steven Spielberg étaient tous les deux nommés pour l’Oscar du meilleur film... Malheureusement pour Pentagon Papers, c’est La Forme de l’eau qui l’a emporté. Et si on remettait en compétition ces deux réalisateurs sur le ring du film fantastique, qui gagnerait ? Voyons ça dans le Beaujolais, aux 400 Coups, lors d'une soirée dédiée à ce genre. Pour un duel intense, mieux vaut choisir deux films cultes. Côté Steven Spielberg, même si la série des Indiana Jones pourrait faire l’affaire, l’un des chefs-d ‘œuvres du réalisateur reste l’histoire de E.T l’Extraterrestre, réalisé en 1982. Alors que le petit Elliot se lie d’amitié avec l’extraterrestre et fait tout pour le cacher au gouvernement, E.T cherche à rentrer parmi les siens. Et si tout le monde retient sans problème la réplique « E.T téléphone maison », on en oublie parfois les quatre Osc

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Guillermo del Toro : « Le genre de mon film ? Un film de moi ! »

Entretien | Lion d’Or à Venise, Golden Globe et Bafta du Meilleur réalisateur (en attendant l’Oscar qui devrait logiquement suivre) pour La Forme de l’eau, Guillermo del Toro a hissé son art et ses monstres au plus haut degré d’excellence. Rencontre avec un maître du cinéma de genre adoubé par le gotha du cinéma mondial.

Vincent Raymond | Mardi 20 février 2018

Guillermo del Toro : « Le genre de mon film ? Un film de moi ! »

Quand vous avez reçu votre Lion d’Or, vous avez dit « Si vous restez pur et fidèle à ce que vous croyez — et pour moi ce sont les monstres —, alors vous pouvez faire ce que vous voulez ». D’où vous vient cette fascination pour les monstres ? Guillermo del Toro : Tout d’abord, je veux revenir sur cette phrase : à Venise, ils avaient traduit « monsters » par « mustard », c’est-à-dire « moutarde » (rires), trouvant que c’était une métaphore géniale : « il aime les condiments ». Mais sinon pour moi, ça a commencé tôt, presque au berceau, quand j’avais deux ans. Mon psy dit que c’était un mécanisme d’inversion, tellement j’étais effrayé d’être né. Quand j’étais gosse, je me sentais étrange. Déjà, j’étais incroyablement mince — si si —, mes cheveux étaient extrêmement blonds, presque blancs, et j’étais tellement timide que je boutonnais ma chemise jusqu’au col. Je me battais si fréquemment que j’ai commencé à prendre du poids pour être capable de me défendre. Alors forcément, j’éprouvais de l’empathie pour les monstres : je voyais la créature de Frankenstein comme un martyre, comme la figure de Jésu

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Solution amoureuse en milieu aqueux : "La Forme de l'eau - The Shape of Water"

Guillermo del Toro | Synthèse entre La Belle et la Bête et un mélo de Douglas Sirk, ce conte moderne marque le triomphe de Guillermo del Toro, Lion d’Or 2017 qui signe son film le plus consensuel, sans renoncer à ses marottes arty-trashy. Une transgression homéopathique mais un spectacle impeccable.

Vincent Raymond | Mardi 20 février 2018

Solution amoureuse en milieu aqueux :

États-Unis, début des années 1960. Jeune femme muette menant une existence monotone, à peine égayée par ses caresses matinales et ses visites à son voisin homosexuel, Elisa travaille comme agent d’entretien dans un labo du gouvernement. Un jour, elle entre en contact avec un sujet d’expérience : un étrange être amphibie aux pouvoirs phénoménaux… Une créature que seuls les exclus et/ou les marginaux — les “âmes” innocentes bibliques — ont les ressources affectives pour accueillir et aider ; un méchant (irremplaçable Michael Shannon) ruisselant de cruauté, portant la haine sur son visage et la pourriture au creux du corps… rien de bien nouveau sous la lune, mais on retrouve l’excitation de l’enfant aimant entendre pour la millième fois la même histoire avant de sombrer dans les bras de Morphée. Mémoire de l’eau Guillermo del Toro possède l’art de conter, et

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Les sorties ciné de 2018

Panorama Cinema | Janvier annonce la seconde rentrée cinéma de l’année. Avec son lot de promesses, d’incertitudes et, surtout — on l’espère — d’inconnues. Voyez plutôt…

Vincent Raymond | Mardi 9 janvier 2018

Les sorties ciné de 2018

Ce que l’on sait… Préparez-vous à quatre uppercuts d’entrée. D’abord, 3 Billboards, les Panneaux de la vengeance de Martin McDonagh (17 janvier), un brillant western contemporain aux faux-airs de frères Coen qui ne cesse d’épater par ses rebondissements déroutants, ses personnages peaufinés et sa réalisation impeccable. Trois lauréats de la Mostra se succèderont ensuite sur les écrans : L’Insulte du Libanais Ziad Doueiri (31 janvier), ou comment une querelle de voisinage se transforme en affaire d’État (et vaut un prix d’interprétation masculine à Venise) ; Jusqu’à la garde de Xavier Legrand (7 février), glaçant drame de l’après séparation qui sourd d’une tension permanente et le poétique Lion d’or vintage de Guillermo del Toro, La Forme de l’eau (21 février), conte façon Belle et la Bête revisitant la Guerre froide et les fifties. Ce que l’on attend… Le Janus Spielberg, qui n’avait rien livré depuis d

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Guillermo del Toro : « Le genre de mon film ? Un film de moi ! »

Festival Lumière | Lion d’Or à Venise pour La Forme de l’eau, Guillermo del Toro fait escale au Festival Lumière ce week-end pour présenter une sélection de ses œuvres de chevet. Il en profitera pour montrer en avant-première sa romance fantastique entre un homme aquatique et une femme de ménage muette…

Vincent Raymond | Samedi 14 octobre 2017

Guillermo del Toro : « Le genre de mon film ? Un film de moi ! »

Quand vous avez reçu votre Lion d’Or, vous avez dit « Si vous restez pur et fidèle à ce que vous croyez — et pour moi ce sont les monstres —, alors vous pouvez faire ce que vous voulez ». D’où vous vient cette fascination pour les monstres ? Guillermo del Toro : Tout d’abord, je veux revenir sur cette phrase : à Venise, ils avaient traduit « monsters » par « mustard », c’est-à-dire « moutarde » (rires), trouvant que c’était une métaphore géniale : « il aime les condiments ». Mais sinon pour moi, ça a commencé tôt, presque au berceau, quand j’avais deux ans. Mon psy dit que c’était un mécanisme d’inversion, tellement j’était tellement effrayé d’être né. Quand j’étais gosse, je me sentais étrange. Déjà, j’étais incroyablement mince — si si —, mes cheveux étaient extrêmement blonds, presque blancs, et j’étais tellement timide que je boutonnais ma chemise jusqu’au col. Je me battais si fréquemment que j’ai commencé à prendre du poids pour être capable de me défendre. Alors forcément, j’éprouvais de l’empathie pour les monstres : je voyais la cr

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Crimson Peak

ECRANS | Poème tragique beau comme une malédiction gothique, le nouveau Guillermo del Toro tient du conte de Poe et du steampunk. De quoi donner des idées à Tim Burton, qui n’en a plus guère…

Vincent Raymond | Mardi 13 octobre 2015

Crimson Peak

Cela faisait presque dix ans, depuis Le Labyrinthe de Pan (2006), que Guillermo Del Toro n’avait pas livré une œuvre à ce point personnelle. C’est-à-dire nourrie jusqu’à la gueule de toutes ses obsessions et influences — d’ailleurs tellement assimilées et fondues ensemble qu’il n’en reste que des motifs vaguement identifiables, noyés dans l’immensité de sa composition. Cette histoire d’une jeune héritière américaine du XIXe siècle tombant amoureuse d’un nobliau britannique désargenté (flanqué d’une inquiétante sœur) et inventeur d’une machine à extraire de l’argile rouge, a des allures de Barbe bleue revisité à la sauce Shelley puis relu par Edgar Poe. Car les spectres rôdent ; une menace constante et invisible se ligue à l’humidité ambiante pour oppresser le thorax avec l’amoureuse efficacité d’une phtisie d’antan, le tout dans des décors vertigineusement délabrés… J'aurai ton Poe ! L’œil exulte face au spectacle réservé par Del Toro, roi des accords chromatiques (souvenez-vous de L’Échine du diable). Aux séquences new-yorkaises, des alliances chaleureuses d’orangé et de vert ; à la partie britannique, le noi

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Pacific Rim

ECRANS | Des robots géants contre des monstres géants : avec ce blockbuster dantesque, à l’imaginaire proliférant et à la mise en scène démente, Guillermo Del Toro donne une ampleur spectaculaire à un univers personnel soufflant de beauté. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 12 juillet 2013

Pacific Rim

Alors qu’un robot d'une dizaine de mètres défonce plusieurs étages d’un building en se battant contre un monstre sorti des profondeurs du Pacifique, la caméra accompagne le mouvement de son bras mécanique jusqu’à s’immobiliser sur un pendule de Newton. Les billes, d’abord statiques, se mettent alors en mouvement sous l’effet des vibrations alentour, et Guillermo Del Toro stoppe le fracas apocalyptique de la scène pour ne regarder que ces petits chocs métronomiques. Ça ne pourrait être qu’un gag visuel, mais c’est beaucoup plus que ça : tout Pacific Rim est résumé dans ce geste de mise en scène, qui passe du gigantisme à la loupe grossissante en un imperceptible glissement d’échelle. Cela dit autre chose encore : ce qui relie le robot numérique à l’invention scientifique transformée en objet ludique, c’est l’obstination d’un artiste qui pense le cinéma comme un terrain de jeu dans lequel on peut tout fondre ensemble, de la peinture aux jeux vidéo, de la littérature à la bande dessinée, de la science aux sagas populaires. La guerre, c’est mieux à deux

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Michael Kohlhaas

ECRANS | Film difficile, qui cherche une voie moyenne entre l’académisme costumé et l’épure, cette adaptation de Kleist par Arnaud Des Pallières finit par séduire grâce à la puissance d’incarnation de ses acteurs et à son propos politique furieusement contemporain. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 10 juillet 2013

Michael Kohlhaas

L’honnêteté critique oblige à avouer que Michael Kohlhaas commence mal. Sa première demi-heure, trop longue, mal racontée, est une laborieuse exposition de ses enjeux. Arnaud Des Pallières semble pétrifié face au texte de Kleist qu’il adapte, et en respecte la lettre jusqu’à oublier la plus élémentaire des concisions cinématographiques. Il faut d’abord faire comprendre le conflit qui oppose le marchand de chevaux Kohlhaas aux autorités, puis son environnement familial, puis l’assassinat de sa femme et, enfin, sa décision de soulever le peuple pour réclamer justice. Le tout est mis en scène dans des plans lents et austères, cadrés au cordeau et soulignés par un boum boum de tambour en guise de musique. On voit bien que le cinéaste cherche à se tenir à égale distance de l’ascétisme façon Straub et de l’académisme européen en costumes, mais sa proposition semble surtout réconcilier les deux autour d’un ennui commun. Alors qu’on s’apprête à subir la suite, Des Pallières sort une séquence magistrale où la petite armée de Kohlhaas décime un château à l’arbalète. Chaque plan dessine une action millimétrée, fluid

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Les Cinq légendes

ECRANS | De Peter Ramsey (ÉU, 1h37) animation

Christophe Chabert | Lundi 26 novembre 2012

Les Cinq légendes

À une époque où les studios d’animation américains ont tendance à recycler jusqu’à la mort leurs franchises porteuses, un projet original comme Les Cinq légendes donnait très envie d’être défendu. Transformer le Marchand de sable, le Père Noël, la Fée des dents et le Lapin de Pâques en super-héros unis pour défendre le monde contre les attaques du croque-mitaine, c’est certes psychédélique mais en tout cas, il y a de l’idée neuve là-derrière. Le film a, qui plus est, une vraie séduction graphique, jouant sur les textures et les couleurs pour caractériser ses personnages, inventant un univers crédible pour raconter leurs exploits et refusant l’hystérie animée des précédentes productions Dreamworks. On sent la patte Guillermo Del Toro ici (il est producteur exécutif), et certains passages rappellent les plus belles séquences de Hellboy II. Hélas, cent fois hélas, les auteurs ont carrément perdu de vue la nécessité d’alimenter le scénario en péripéties, et narrativement, le film est exsangue, quand il ne

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Royal affair

ECRANS | De Nicolaj Arcel (Danemark, 2h16) avec Mads Mikkelsen, Alicia Vikander…

Christophe Chabert | Jeudi 15 novembre 2012

Royal affair

Pour ceux qui se demandent ce que le mot "académisme" veut dire, on conseille la vision de Royal affair, véritable modèle du genre. Soit un sujet historique — la passion entre la Reine Caroline Matilde et le médecin du roi Christian VII, imprégné de philosophie des Lumières et qui va peu à peu, politiquement et sentimentalement, remplacer un souverain plus préoccupé par le jeu et les prostituées à gros seins que par le pouvoir — que Nicolaj Arcel prend soin de ne jamais bousculer par des idées de mise en scène. Il se contente de l’illustrer avec une reconstitution parfaite, une direction artistique top chic, de la musique bien pompière. Propret, Royal affair se contente d’exposer scolairement l’affair(e), sans jamais prendre le risque de l’ambiguïté ou de la zone d’ombre, faisant à la fois le musée et l’audio-guide, le roman et le dossier pédagogique qui l’accompagne. On serait bien en peine d’y trouver un quelconque point de vue, une once de trouble ou de regard contemporain. Christophe Chabert

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La Chasse

ECRANS | La calomnie d’une enfant provoque un déchaînement de violence sur un innocent assistant d’éducation. Comme un contrepoint de son tube «Festen», Thomas Vinterberg montre que la peur de la pédophilie est aussi inquiétante que la pédophilie elle-même, dans un film à thèse qui en a la qualité (efficace) et le défaut (manipulateur). Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 8 novembre 2012

La Chasse

On sort de La Chasse un peu sonné, pris comme le héros dans un engrenage asphyxiant où chaque tentative pour rétablir la vérité l’enfonce dans le désespoir et renforce l’injustice à son encontre. Thomas Vinterberg a de toute évidence réussi son coup : il laisse peu de place à la réflexion durant ces 110 minutes — jusqu’à la fin "ouverte" narrativement, mais totalement close philosophiquement. Les interrogations viendront après, une fois la distance retrouvée avec un spectacle efficace mais fondamentalement pipé. La Chasse raconte comment Lucas, assistant d’éducation en bisbille avec sa femme pour la garde de son fils, va voir le ciel lui tomber sur la tête après qu’une des petites filles de l’école où il travaille l’ait accusé de «lui avoir montré son zizi». L’enfant a en fait une réaction d’amoureuse déçue face à un homme qu’elle avait identifié comme un possible père de substitution, lui prodiguant l’affection que son vrai paternel ne lui témoignait plus. La calomnie va prendre des proportions terribles : directrice, professe

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Sur un air de Pan

ECRANS | L’Été en Cinémascope, le programme de films en plein air de l’Institut Lumière, a commencé mardi dernier avec la projection de César et Rosalie en hommage à Romy (...)

Christophe Chabert | Lundi 2 juillet 2012

Sur un air de Pan

L’Été en Cinémascope, le programme de films en plein air de l’Institut Lumière, a commencé mardi dernier avec la projection de César et Rosalie en hommage à Romy Schneider (auquel le Zola consacre aussi une rétrospective cet été, on y reviendra). Pour sa deuxième séance, c’est le magnifique Le Labyrinthe de Pan qui sera proposé aux spectateurs de la Place Ambroise courtois. Sommet provisoire dans l’œuvre de Guillermo Del Toro (qui, il est vrai, n’a tourné depuis que le beau Hellboy II, se faisant régulièrement éjecter ensuite de tous les projets auxquels il fut associé), le film raconte la guerre d’Espagne du point de vue d’une petite fille dont la mère a épousé en secondes noces un capitaine de l’armée franquiste particulièrement cruel (Sergi Lopez, parfait même s’il n’a pas caché par la suite sa difficulté à s’adapter à la direction très mécanique du cinéaste). Pour affronter la violence de la réalité, elle s’évade dans un monde imaginaire qui n’est pas fait que de merveilles, mais aussi de monstres effrayants e

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Hellboy II, les légions d’or maudites

ECRANS | La suite des aventures du fils du Diable, toujours signée Guillermo Del Toro, laisse tous les blockbusters de la rentrée loin derrière par ses inventions graphiques et son côté fun et référentiel. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 21 octobre 2008

Hellboy II, les légions d’or maudites

Le prologue de ce deuxième Hellboy est au bas mot génial : encore gamin, le futur super-héros se laisse conter l’histoire qui deviendra l’argument de cette nouvelle aventure. Un Roi elfe fit construire une armée mécanique en or contrôlée par un sceau en trois parties, dont les morceaux ont ensuite été distribués aux peuples qui acceptèrent de signer la paix. Pour illustrer cette fable d’héroïc fantasy inspirée du Seigneur des anneaux, Guillermo Del Toro a une idée magnifique : la reconstituer avec des pantins de bois, virtuels mais à l’ancienne, et non avec le numérique photoréaliste d’un Peter Jackson. C’est une magistrale déclaration d’intention : par-delà la technologie, il faut faire vivre l’imaginaire pour garder la part d’enfance en chacun de nous. À tous ceux qui pensaient que le réalisateur du Labyrinthe de Pan s’acquittait là d’une commande commerciale, il envoie ainsi la plus personnelle des réponses. Et ce n’est que le début… Autoportrait en geek Des années plus tard, Hellboy est devenu un super-héros mal embouché, frimeur et glandeur. Mais Hellboy a depuis le premier volet u

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Soap

ECRANS | de Pernille Fischer Christensen (Danemark, 1h44) avec Trine Dyrholm, David Dencik, Frank Thiel…

Christophe Chabert | Mardi 20 mai 2008

Soap

L’idée de départ de ce premier film d’une jeune réalisatrice danoise est assez gonflée : raconter à la manière d’un soap opera à épisodes, avec résumé et questions en suspens avant chaque chapitre, l’histoire d’une trentenaire libérée qui, après avoir rompu avec son fiancé, fraternise (et plus si affinités) avec le travesti qui vit en dessous de chez elle. Les codes de la telenovela venant investir un environnement sous influence Fassbinder, François Ozon l’avait tenté avec Gouttes d’eau sur pierres brûlantes, et Almodovar ne faisait que ça dans ses premières œuvres. Le problème de Soap, c’est sa tiédeur absolue, sa retenue constante, sa façon de marcher sur des œufs, sur le fond comme sur la forme, tuant l’audace de son concept. Le film vise la justesse et une certaine vérité humaine, qu’il obtient par l’implication de ses deux interprètes, mais manque quand même vraiment d’ambition pour marquer durablement l’esprit du spectateur. CC

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Le Labyrinthe de Pan

MUSIQUES | GUILLERMO DEL TORO / Wild side vidéo

| Mercredi 18 juillet 2007

Le Labyrinthe de Pan

À tous ceux qui douteraient encore du statut de Guillermo del Toro dans le cinéma contemporain (non pas un grand cinéaste de films fantastiques, mais un auteur à l'univers personnel et aux mises en scène d'une perfection saisissante), on ne peut que conseiller de se procurer au plus vite le DVD du Labyrinthe de Pan. Déjà, le film est de plus en plus génial au fil des visions (notamment toutes les rimes entre le monde réel de l'Espagne franquiste et celui, fantasmé, gardé par le faune) ; mais surtout, Del Toro s'y livre, comme à son habitude, à un passionnant décryptage à la fois technique et poétique de son œuvre. Ainsi, si l'édition simple comprend un commentaire audio passionnant, l'édition double DVD propose en plus des suppléments qui prouvent le soin apporté à chaque détail de la mise en scène (décors, musique, direction d'acteurs, effets spéciaux, design des créatures...). Enfin, Wild side propose une ultime édition presque trop riche, puisqu'elle y ajoute un bouquin de dessins originaux conçus par Del Toro pour le film et le CD de la bande originale, mais aussi un quatrième disque qui est en fait le HD-DVD du Labyrinthe de Pan. L'idée de ne pas choisir entre les supports (DV

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