Trois questions à Christophe Barratier, réalisateur de "L'Outsider"

Trois questions à... | Après le Pape, Jérôme Kerviel a trouvé en Christophe Barratier un nouveau témoin de moralité de poids.

Vincent Raymond | Mardi 21 juin 2016

Photo : © DR


Pourquoi ce titre ?
Quelqu'un m'a dit un jour : « Jérôme Kerviel n'était pas fait pour être trader, il est arrivé comme un outsider » Quand ce jeune homme de Pont-L'Abbé est arrivé sur le desk, personne ne soupçonnait que deux ans plus tard il gagnerait 200 fois plus que les autres, et serait huit ans plus tard l'auteur du plus grand scandale financier de tous les temps. Après l'avoir rencontré, quelque chose ne collait pas dans cette histoire. C'est la personne la plus fiable que je connaisse : je n'hésiterais pas à lui confier les clefs de mes maisons, la garde de ma fille, ce que vous voulez… Comment se fait-il que ce type-là, pour moi l'un des plus honnêtes, soit connu comme le plus grand fraudeur de tous les temps ? La version de la Société Générale du “loup solitaire terroriste“ ne résiste pas à l'épreuve des faits quand on fait huit jours d'enquête.

N'est-ce pas vous L'Outsider, dans la mesure où vous sortez ici de votre “zone de confort” ?
Si vous le dites, je ne le refuse pas… Mais je ne me suis jamais dit à un moment « je vais montrer que je sais faire autre chose ». L'époque durant laquelle se déroule le film n'a pas grande importance, il n'y a que le sujet qui m'intéresse : si je n'étais pas tombé sur Kerviel, je ne l'aurais pas fait. Mais j'ai été obsédé par l'histoire pendant trois ans, comme pour Les Choristes. Même si cela se passe dans un autre milieu, la thématique n'est pas si différente : on suit un homme qui a priori ne ressemble pas au moule dans lequel il entre et qui est victime de son succès…

Pourquoi avoir enlevé le portrait du vrai Kerviel figurant dans la première version du film, en fin de générique ?
Sachant que des échéances judiciaires arrivaient, je ne voulais pas prêter le flanc à un président qui lui aurait reproché de faire du cinéma — déjà que son bouquin avait été mal vu par l'institution judiciaire… Là, on est trop dans l'actualité. Mais sa photo sera dans l'édition DVD, parce que dans vingt ans, les spectateurs ne le reconnaîtront plus. Comme à la fin d'Argo.

Vous avez dû vous obstiner pour monter ce film…
Plus on en parlait, plus les interlocuteurs se barraient. Ils se disaient, c'est un film sur la finance, et je m'enrouais à leur expliquer que c'était sur un homme dans le cadre de la finance. Comme sur dix projets de films, neuf se plantent, c'est très facile de dire qu'on n'y croit pas et d'avoir raison. Curieusement, on a eu une offre pour aller tourner au Luxembourg, parce qu'on défiscalise là-bas. Mais je le sentais moyen : si on m'avait posé la question : « vous dénoncez un peu le système financier tout en étant produit en partie par un pays qui est le roi de l'évasion fiscale », j'aurais eu du mal à répondre…


L'outsider

De Christophe Barratier (Fr, 1h57) avec Arthur Dupont, François-Xavier Demaison... On connaît tous Jérôme Kerviel, le trader passé du jour au lendemain de l’anonymat au patronyme le plus consulté sur les moteurs de recherche du net en 2008… l’opérateur de marchés de 31 ans dont les prises de risque auraient pu faire basculer la Société Générale voire même le système financier mondial… l’homme condamné deux ans plus tard à cinq ans de prison dont trois ferme et aux plus lourds dommages-intérêts jamais vus pour un particulier: 4, 9 milliards d’euros.
Cinéma Alhambra 2 rue Praire Saint-Étienne
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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L’Outsider : espaces à géométrie variable

Peinture | Pour la première exposition personnelle dans son nouvel espace de la rue Auguste Comte, la Galerie Slika accueille L’Outsider, artiste peintre breton issu du graffiti.

Sarah Fouassier | Mardi 29 janvier 2019

L’Outsider : espaces à géométrie variable

Depuis son exposition Flags en 2014, on observe une mutation assez radicale du travail de L’Outsider, les couleurs ainsi que la rationalité géométrique se sont dépouillées. « J’ai toujours été fasciné par les calligraphies japonaises et chinoises, j’ai cherché un moyen de transposer mon graffiti avec l’aérosol Mad Maxxx sur des toiles. » L’aboutissement de cette introspection se révèle sur des toiles grand format où la géométrie devient abstraite en noir et blanc. Des espaces en mouvements perpétuels successivement imparfaits, droits, flous, dans lesquels le regard se perd sans se figer. L’artiste nous porte dans une contemplation en suspension dans ses propres Espaces fantasmés, dont la parfaite exécution est d’autant plus perceptible sous l’impeccable éclairage de la galerie. Les textures et formes résultant de ce travail à l’aérosol varient d’une toile à l’autre. On perçoit l’esprit rationnel de L’Outsider se libérer au profit de la sensation et même de l’onirisme avec cette immense toile horizontale d’où s'échappe d'un aplat de noir, un halo de lumière captivant et délicat. « Je vis en Bretagne, j’aim

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"L'Outsider" : pour enfin comprendre l'affaire Kerviel

ECRANS | Christophe Barratier remise patine et chansonnette pour prendre le parti de Jérôme Kerviel face à la Loi des marchés. Il réalise une jolie plus-value au passage : grâce à ce film maîtrisé, la séance se clôt par une forte hausse de la valeur de son cinéma.

Vincent Raymond | Mardi 21 juin 2016

Qu’il semble loin, le temps des Choristes, de Faubourg 36 ou de La Nouvelle Guerre des boutons ; cette époque laissant croire que Christophe Barratier préférait idéaliser un passé de carton-pâte, baigné d’insouciance nostalgique, comme s’il fuyait toute représentation du présent. Pour son premier film réellement contemporain, le cinéaste se paie le luxe de traiter frontalement un sujet en or que beaucoup de ses confrères français auraient sans doute évacué comme le mistigri : “l’affaire Kerviel”. Frontalement, c’est-à-dire sans recourir à ce faux-nez habituel qu’est “l’évocation de faits réels” — une touchante pudeur visant à se prémunir d’éventuelles poursuites. Ici, tout étant avéré, Barratier cite nommément et sans barguigner les protagonistes et les ra

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La Nouvelle guerre des boutons

ECRANS | De Christophe Barratier (Fr, 1h40) avec Guillaume Canet, Laetitia Casta, Kad Merad…

Dorotée Aznar | Dimanche 18 septembre 2011

La Nouvelle guerre des boutons

Comme prévu, cette deuxième Guerre des boutons est plus présentable que celle de Yann Samuell. Barratier a soigné la manufacture du film, et supplante son challenger sur tous les paramètres (scénario, direction d’acteurs, réalisation, photo). Ceci étant, cette version «propre» verse aussi dans ce qui était l’écueil attendu de cette vague boutonneuse : son côté chromo de la France villageoise, muséifiée malgré la tentative d’y incorporer la noirceur d’une époque pas vraiment édénique (l’occupation en 1944). Les acteurs sont engoncés (l’hypersexuée Laetitia Casta est renvoyée à sa première période Bicyclette — fleur — bleue), la mise en scène tient de la mise en images, et cette Nouvelle Guerre est quand même la plus vieillotte. Plus encore, on se rend compte que le roman de Pergaud a beau être mis à toutes les sauces, il manque sérieusement de piment, et dans tous les cas, c’est bien derrière le film d’Yves Robert que les cinéastes cavalent. Barratier gagne donc aux points un match définitivement nul. Christophe Chabert

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La guerre des moutons

ECRANS | Cinéma / Précipitée par une avalanche de bons films en août, la rentrée cinématographique s’offre comme un concentré limpide de la production actuelle, entre projets couillus et formules de studios, comme l’illustre la déjà triste affaire de la guerre de "La Guerre des boutons". Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 24 août 2011

La guerre des moutons

D’ordinaire, pour débuter la rentrée, il faut pousser quelques exclamations de joie et de bonne humeur. C’est vrai que c’est beau, la rentrée, toutes ces promesses de grands films faits par des réalisateurs intelligents, avec des histoires originales, des acteurs talentueux… Mais là, la rentrée cinéma nous accueille avec des culs de bus et des colonnes Morris placardés d’affiches mettant en scène non pas l’habituel défilé de longs-métrages alléchants, mais la rivalité absurde et pathétique entre deux films sortant à une semaine de distance et portant (presque) le même titre. C’est la guerre de "La Guerre des boutons", qui faisait déjà ricaner le monde entier à Cannes ; devenue réalité à l’orée de ce mois de septembre, elle ressemble au cauchemar d’un responsable marketing interné à l’asile. Du coup, plus question de se taire, sous peine d’être reconnu complice de la mascarade : tout cela n’a plus rien à voir avec le cinéma, et on aurait voulu révéler au grand jour les pratiques agressivement mercantiles de la production française actuelle, on ne s’y serait pas mieux pris. Car vouloir faire une nouvelle adaptation du livre de Louis Pergaud, après celle toujours regardable d’Yves

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Faubourg 36

ECRANS | de Christophe Barratier (Fr-All, 2h) avec Gérard Jugnot, Kad Merad, Clovis Cornillac…

Christophe Chabert | Vendredi 12 septembre 2008

Faubourg 36

Sortir du succès des Choristes et de sa réputation de film nostalgique de la vieille école d’avant-guerre était un challenge. Christophe Barratier a choisi d’ignorer tout cela et signe avec Faubourg 36 un deuxième long pas mal du tout, sincère jusque dans ses défauts, loin d’un quelconque plan de carrière. En 1936 dans un faubourg parisien où pullulent les cabarets peuplés de chansonniers déjà ringards, Le Chansonia, repris par son régisseur Pigoil (Jugnot dans son registre préféré de Français poissard, picoleur et terriblement humain), est au bord de la ruine, et le gangster fascisant Galapiat n’attend qu’une occasion pour récupérer les murs. Dans ce Paris du Front Populaire reconstitué à Prague par Barratier, on croise un pseudo Gabin coco (Cornillac, très bien), un imitateur dénué de talent (Kad Merad, parfait), un vieil ermite mythique (normal, c’est Pierre Richard) et une jolie chanteuse avec un grand cœur (Nora Arnezeder, une révélation qui ne tient pas toutes ses promesses). Si nostalgie il y a, c’est donc plus pour les images du cinéma français, tendance Prévert-Carné-Duvivier, que pour l’époque, dont Barratier prend soin de montrer la n

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