Martin Scorsese : « je vis toujours avec Silence »

C'est à moi que tu parles ? | Lors de son bref passage en France, Martin Scorsese a brisé le silence pour évoquer celui qui donne le titre à son nouveau film. Morceaux choisis et propos rapportés de sa conférence de presse.

Vincent Raymond | Mardi 7 février 2017

Photo : © DR


Votre titre est accompagné au générique de début par un réel silence. Doit-il s'entendre comme un constat ou une injonction ?
Martin Scorsese : C'est une façon d'attirer l'attention du spectateur, mais aussi une forme de méditation intime, car ce film exige une concentration du public. Nous venons tous du silence et nous allons tous y retourner ; alors autant s'y habituer et s'y sentir bien.

Qu'est-ce qui vous a autant attiré dans le livre de Shūsaku Endō ?
J'ai été attiré — obsédé, devrais-je dire — par l'histoire qu'il raconte. Pour moi, il parle d'une manière extraordinaire de la façon d'accepter la spiritualité qui est en nous. Sa résonance est toute particulière de nos jours, alors que le monde rencontre de grands changements technologiques et que des faits horribles se déroulent. J'espère que cette histoire — donc le film — pourra ouvrir un dialogue en montrant que la spiritualité existe, puisque qu'elle est une part intégrante de notre humanité profonde.

Vous avez porté ce projet plusieurs décennies. Que ressentez-vous à présent qu'il est achevé ?
Cela a duré longtemps, en effet, mais pendant les quinze premières années, j'ignorais comment transposer réellement le livre au cinéma. Ensuite, il y a eu des problèmes monumentaux, légaux et financiers. Sans compter que la communauté hollywoodienne me décourageait sans arrêt… Aujourd'hui, dans ma tête, je suis encore en train de le tourner. Pour moi, il n'est pas vraiment fini — il l'est bien, mais je le poursuis dans ma tête. Parce que je crois qu'il ne ressemble à aucun autre de mes films et qu'il m'appartient vraiment. En fait, je vis toujours avec Silence.

Il s'agit de votre film le plus dépouillé, mais aussi le plus en communion avec les éléments. Vous vous êtes doublement “dépaysé”…
L'histoire se prêtait à ce minimalisme, à cette mise à nu. Plus les années passaient, plus je visualisais le film en travaillant au scénario. Ça m'a permis d'opérer un processus de simplification, car je voulais absolument toucher à l'essence des choses au travers de ce film — de la mise en images au montage : je n'avais plus à prouver que je savais manier une caméra, ni à faire des effets. Quant au fait de tourner en extérieur, d'être entouré par toute cette nature… Cela m'a transformé.

Moi qui suis un New-Yorkais allergique à tout, ayant grandi dans des couloirs sombres en regardant la vie derrière une fenêtre comme dans Fenêtre sur cour, me retrouver au sommet de cette montagne, c'était presque vivre une expérience mystique !

En plus nous tournions dans des lieux extrêmement difficiles d'accès. Parfois, je trouvais ça éprouvant, mais je ne me plaignais pas parce j'étais exactement là où je voulais être.

Silence a-t-il eu des résonances sur votre vie intérieure ?
De tous ceux que j'ai réalisés, ce film est celui qui a eu le plus de connexions avec ce que je vivais. J'ai dû faire des choix, réévaluer des choses pour finalement comprendre ce que c'était qu'“accepter”, au sens philosophique du terme, la vie que les objets ou les êtres pouvaient changer. Mais aussi que parfois il fallait, dans la mesure du possible, repenser ses valeurs afin d'être présent pour les autres. C'est pour cela que ce film m'habite encore.

Au générique de fin, vous faites entendre des sons naturels, des bruits d'oiseau. Est-ce une manière de dire qu'en définitive, le silence n'existe pas sur Terre ?
Sans vouloir faire de jeu de mots, les sons que vous entendez sont du silence, et ce silence me parle, justement ! Durant le tournage dans les grottes, j'ai entendu un son très fort : c'est la marée montante ; je n'avais jamais entendu ça à New York. Ça m'a rappelé une pièce de Tennessee Williams, Boom ! dans laquelle il dit que le son des vagues est celui de votre propre cœur. J'ai compris alors ce que cette phrase voulait dire. Pendant qu'on tournait, les oiseaux commentaient nos actions par leur harmonie subconsciente. Pour moi, les sons de la nature font partie du réconfort du silence.

Critique : Du doute, pour une foi

En relatant le chemin de croix de jésuites du XVIIe siècle éprouvant leur foi en évangélisant un Japon rétif à ces conversions, Scorsese le contemplatif explore ici sa face mystique — ce nécessaire ubac permettant à son œuvre d'atteindre des sommets.

Loin d'être monochromatique, la filmographie de Scorsese reflète depuis toujours une admiration conjointe pour deux mondes ritualisés : le temporel des truands et le spirituel des religieux. S'il n'y a guère de malfrats dans Silence, on y découvre quelques châtiments pratiqués par les autorités nippones sur les chrétiens refusant d'apostasier que des mafieux trouveraient à leur goût !

La violence des confrontations entre ces deux univers autour de la notion de foi ne pouvait que fasciner le réalisateur de Taxi Driver et de Casino. Pour autant, Silence ne s'inscrit pas dans la veine stylistique des Infiltrés ni des Affranchis : la question intérieure et méditative prime sur la frénésie exaltée. Lent, posé, d'inspiration asiatique dans sa facture, il se rapproche du semi ésotérique Kundun (1997).

Chacun sa croix

Débutant par la recherche d'un missionnaire porté disparu, Silence se poursuit par une succession d'introspections pour le père Rodrigues parti sur ses traces, telles que : feindre une abjuration ou fouler aux pieds des icônes dans le but de poursuivre sa mission d'évangélisation n'est-il pas plus “productif” que de mourir orgueilleusement en martyr — puisque la tentation se présente ?

Livrant son lot de réponses contradictoires, le film est une interrogation en mouvement, montrant la labilité extrême de l'être humain face aux grands choix, et notamment son doute chronique quant à l'existence de Dieu. Il révèle aussi son paradoxal besoin d'idolâtrer des fétiches et de s'y soumettre, quitte à y perdre la vie : les crucifix ici, comme les dollars pour Jordan Belfort.

Ce n'est certainement pas un hasard si la lente maturation du livre de Shūsaku Endō a abouti après Le Loup de Wall Street : malgré les différences radicales d'approche, Rodrigues est en apparence condamné à abandonner une “illégalité” sans issue, à l'instar de Belfort.

Silence peut dérouter le spectateur, exigeant qu'il adopte son rythme et comprenne son indécision. Mais loin d'être une œuvre prosélyte, il ne recèle ni ne proclame de vérité ; peut-être peut-il aider chacun(e) à se recentrer. Hors des chapelles.

Silence de Martin Scorsese (E-U-It-Mex-Jap, avec avertissements, 2h41) avec Andrew Garfield, Adam Driver, Liam Neeson…


Silence

De Martin Scorsese (ÉU, 2h41) avec Andrew Garfield, Adam Driver... XVIIème siècle, deux prêtres jésuites se rendent au Japon pour retrouver leur mentor, le père Ferreira, disparu alors qu’il tentait de répandre les enseignements du catholicisme.
Cinéma Mourguet 15 rue Deshay Sainte-Foy-lès-Lyon
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Gringe : « reconstituer le puzzle de notre histoire commune »

Récit | Rappeur et maître slacker auprès de son acolyte Orelsan au sein de Casseurs Flowteurs ou en solo, dans la série Bloqués ou le film Comment c'est loin, Gringe lève le voile dans son premier livre, Ensemble, on aboie en silence, sur un aspect plus grave de son existence, avec lequel il lui a fallu composer parfois dans la douleur : la schizophrénie de son frère Thibault, diagnostiquée il y a vingt ans. Avant une rencontre au Mob Hotel, il nous entretient de ce livre, de son élaboration avec Thibault, également co-auteur, d'un lien fraternel aussi chaotique que puissant, et de son rapport naissant à d'autres formes d'écriture.

Stéphane Duchêne | Jeudi 22 octobre 2020

Gringe : « reconstituer le puzzle de notre histoire commune »

Qu'est-ce qui a présidé à ce livre ? Dans le premier chapitre vous expliquez avoir été convaincu par la confortable avance proposée par l'éditeur mais c'est peut-être un peu court... Gringe : Je n'avais absolument rien prémédité, c'est vraiment la proposition qui déclenche l'envie à un moment où je finissais la tournée de mon premier album solo, où je n'avais rien de prévu, pas de perspectives de dates et assez peur de m'ennuyer. On me proposait cette carte blanche d'écriture en évoquant la participation de mon frère. Voilà comment c'est né, en septembre-octobre de l'année dernière. Vous avez dû travailler au corps votre frère Thibault pour le convaincre de faire ce livre dont l'un des sujets est sa schizophrénie. Comment se sont passées ces négociations ? Avant qu'il ne décide de s'engager il a fallu le rassurer, lui expliquer les enjeux du bouquin, lui parler de mon approche, du fait que je ne comptais pas le résumer à son état de souffrance. Je le dis en rigolant au début du livre mais l'aspect financier à joué dans le sens où il se re

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Comme un petit goût de reviens-y-pas : "The Dead Don't Die"

Cannes 2019 | Quelle mouche a piqué Jim Jarmusch (ou quel zombie l’a mordu) pour qu’il signe ce film ni série B, ni parodique, ni sérieux ; ni rien, en fait. Prétexte pour retrouver ses copains dans une tentative de cinéma de genre, ce nanar de compétition figure dans celle de Cannes 2019 dont il effectue en sus l’ouverture.

Vincent Raymond | Mercredi 15 mai 2019

Comme un petit goût de reviens-y-pas :

Centerville, États-Unis. Depuis la fracturation des Pôles, la terre est sortie de son axe et de drôles de phénomènes se produisent : la disparition des animaux ou l‘éveil des macchabées qui attaquent la ville. Au bureau du shérif Robertson, on commence à lutter contre les zombies… Certes oui, l’affiche de The Dead Don’t Die vantant son « casting à réveiller les morts » a de la gueule. Mais empiler des tombereaux de noms prestigieux n’a jamais constitué un gage de qualité, ni garanti de provoquer le tsunami de spectateurs escompté par les producteurs. Voyez les cimetières, où l’on trouve pourtant la plus forte concentration de génies au mètre carré (et une proportion non négligeables de sinistres abrutis) : outre les taphophiles, ils ne rameutent guère les foules. Blague à part, cette affiche reproduisant luxueusement celle plus brute de décoffrage de La Nuit des Morts-Vivants (1968) annonce d’emblée la couleur : Jarmusch vient rejouer la partition du classique horrifique de George A. Romero. C’est loin d’être la premiè

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Tout Melville : L’Hexagone noir

Rétrospective | L’Institut Lumière a débuté une rétrospective intégrale de l’œuvre trop brève du pape du film policier français, Jean-Pierre Melville. Chapeau bas !

Vincent Raymond | Mardi 14 mai 2019

Tout Melville : L’Hexagone noir

Il n'y a pas de plus profonde singularité que celle de Jean-Pierre Melville (1917-1973) dans le cinéma français. Si ce n’est celle d’Alfred Hitchcock à Hollywood… Peut-être… À l’instar de son aîné britannique, le réalisateur français a imprimé une double marque dans le genre policier : en construisant sa silhouette entre mille reconnaissable (lunettes noires & Stetson), mais également en définissant un style de récit où l’action est aussi blanche que les peaux livides et les décors gris, douchés par la pâleur des lumières artificielles. Où les personnages épousent les marges, frayent avec l’ombre, côtoient l’interlope ; où le plomb du silence pèse sur des hommes confrontés à leur solitude, à leur destin et/ou à leurs démons intérieurs. L’amuï américain Cette “formule” trouvant sa quintessence dans Le Samouraï (1967), Melville l’obtient, en patient alchimiste, à force non d’ajouts mais de soustractions et d’épure — ne dit-on pas less is more outre-Manche ? Inspiré par le roman et le cinéma noirs américains, comme par ses a

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La parole à la défense : "Le Silence des autres"

Documentaire | De Almudena Carracedo & Robert Bahar (Esp, 1h35)

Vincent Raymond | Mercredi 13 février 2019

La parole à la défense :

Une loi d’amnistie générale des crimes commis pendant la période franquiste ayant été votée dans la foulée de la mort du dictateur, la justice espagnole n’a pas eu la possibilité de poursuivre les tortionnaires du régime. Mais de même que Pinochet avait été mis en accusation en Espagne, un groupe de victimes, de descendants de disparus, de parents dont les enfants furent volés a déposé plainte devant les tribunaux argentins, qui ont jugé l’affaire recevable. Ce documentaire produit par Pedro Almodóvar relate leur longue procédure, toujours en cours… Une piqûre de rappel aux mémoires défaillantes ainsi qu’aux jeunes générations : une nation qui banalise ou oblitère les crimes d’une dictature au nom de la réconciliation s’expose à des contre-coups violents : résurgence de la haine et impossibilité pour les victimes de tourner la page. C’est justement ce qui se passe en Espagne où l’ombre du franquisme a continué à planer. Résultat ? Le parlement andalou vient d’accueillir ses premiers élus d’extrême-droite et certaines personnes n’ont toujours pas pu se reconstruire, quarante ans après. L’une d’elle e

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Afros, blancs et méchants : "BlacKkKlansman - J'ai infiltré le Ku Klux Klan"

Rire sous cape | Deux flics — l’un noir, l’autre blanc et juif — infiltrent la section Colorado du KKK. Le retour en grâce de Spike Lee est surtout une comédie mi-chèvre mi-chou aux allures de film des frères Coen — en moins rythmé. Grand Prix Cannes 2018.

Vincent Raymond | Mercredi 22 août 2018

Afros, blancs et méchants :

Colorado Springs, aube des années 1970. Tout juste intégré dans la police municipale, un jeune flic noir impatient de “protéger et servir” piège par téléphone la section locale du Ku Klux Klan. Aidé par un collègue blanc, sa “doublure corps“, il infiltrera l’organisation raciste… Spike Lee n’est pas le dernier à s’adonner au jeu de l’infiltration : dans cette comédie « basée sur des putains de faits réels » (comme l’affiche crânement le générique), où il cite explicitement Autant en emporte le vent comme les standards de la Blaxploitation (Shaft, Coffy, Superfly…), le réalisateur de Inside Man lorgne volontiers du côté des frères Coen pour croquer l’absurdité des situations ou la stupidité crasse des inévitables sidekicks, bêtes à manger leur Dixie Flag. Voire sur Michael Moore en plaquant en guise de postface des images fraîches et crues des émeutes de Charlottesville (2017). Cela donne un ton cool, décalé-cocasse et familier, rehaussé d’une pointe d’actualité pour enfoncer le clou, au cas où les allusions appuyées à la

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La Malédiction : "L’Homme qui tua Don Quichotte"

Enfin ? | Pendant un quart de siècle, Terry Gilliam a quasiment fait don de sa vie au Don de Cervantès. Un dévouement aveugle, à la mesure des obsessions du personnage et aussi vaste que son monde intérieur. Mais l’histoire du film n’est-elle pas plus grande que le film lui-même ?

Vincent Raymond | Mardi 22 mai 2018

La Malédiction :

De retour en Espagne, où il avait tourné son film d’études inspiré de Cervantès, un réalisateur de pubs en panne créative retrouve le cordonnier à qui il avait confié le rôle de Don Quichotte. Mais celui-ci se prend désormais pour le Chevalier à la triste figure et l’entraîne dans sa quête… À un moment, il faut savoir terminer un rêve. Même quand il a tourné en cauchemar. L’histoire de la conception de L’Homme qui tua Don Quichotte est l’une des plus épiques du cinéma contemporain, bien davantage que celle racontée par ce film aux visées picaresques. Palpitante et dramatique, même, jusque dans ses ultimes et rocambolesques rebondissements. Idéalisée par son auteur pendant un quart de siècle, cette œuvre a gagné au fil de ses avanies de production une nimbe de poisse à côté de laquelle la malédiction de Toutankhamon passe pour un rappel à la loi du garde-champêtre. Elle a aussi suscité une attente démesurée auprès du public, sa

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Liam Neeson : « Les personnages que j’aime jouer ne sont pas des super-héros, mais des gens de la rue »

Entretien | Regard bleu mélancolie et silhouette émaciée, Liam Neeson marque une pause pour évoquer sa nouvelle course contre la montre à grande vitesse dans The Passenger. En voiture s’il vous plaît…

Vincent Raymond | Mardi 23 janvier 2018

Liam Neeson : « Les personnages que j’aime jouer ne sont pas des super-héros, mais des gens de la rue »

C’est la quatrième fois que vous travaillez avec Jaume Collet-Serra ; dans quelle mesure parvenez-vous à vous surprendre mutuellement ? Liam Neeson : Nous ne nous surprenons pas vraiment. En tout cas, à chaque fois c’est de plus en plus facile pour nous de travailler ensemble et nous sommes de plus en plus proches. On ne cherche pas à suranalyser chaque chose ni des motivations aux personnages ; on est tout de suite dans le concret. J’arrive sur le tournage, on regarde les mouvements de caméra, et puis on met en boîte — c’est aussi simple que cela. Sauf s’il y a une scène un peu plus complexe, auquel cas on fait une répétition. Nous aimons notre énergie mutuelle. L’équipe le perçoit ; elle sait qu’on ne va pas attendre jusqu’à la cinquième prise. Et puis, il est très inventif ; sa caméra est au service de l’histoire et j’adore ça. Après Non Stop, il m’a fait passer d’un avion à un train — j’étais curieux de savoir comment il allait filmer. Et l’on va recommencer pour notre cinquième film ensemble, dans un espace encore plus petit : un placard (sourires) Non, en fait

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Hors du train-train quotidien : "The Passenger"

Action ferroviaire | de Jaume Collet-Serra (E-U-Fr-G-B, 1h43) avec Liam Neeson, Vera Farmiga, Patrick Wilson…

Vincent Raymond | Mardi 23 janvier 2018

Hors du train-train quotidien :

Ancien flic reconverti dans les assurances, Michael est brutalement viré. Le même jour, ce fringant sexagénaire voit sa routine chamboulée dans son train de banlieue quand une inconnue lui propose un étrange marché. À la clef, beaucoup d’argent. Mais aussi des dangers potentiels… Jaume Collet-Serra serait-il devenu pour Liam Neeson ce que J. Lee Thompson fut pour Charles Bronson — un réalisateur transmutant ad lib un type ordinaire harcelé par des malfaisants en surhomme capable de sauver la planète ? Relativisons : Neeson est moins ouvertement vigilante que Bronson, et semble plutôt pousser pour leur quatrième collaboration son personnage du côté des Tom Hanks/Harrison Ford : toute l’ouverture est une tentative en ellipses “pixariennes” pour l'ancrer dans sa monotonie consentie de banlieusard. Ensuite, la victime idéale se transforme en bourreur de pifs expert. Si Collet-Serra maîtrise son espace contraint (en un seul mot), il succombe à la tentation de la surenchère, perdant dans les vingt dernières minutes le bénéfice de l’ar

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Un Soderbergh petit bras : "Logan Lucky"

ECRANS | de Steven Soderbergh (E-U, 1h58) avec Channing Tatum, Adam Driver, Seth MacFarlane…

Vincent Raymond | Mardi 24 octobre 2017

Un Soderbergh petit bras :

Les frères Logan sont des poissards, Clyde (qui a perdu son avant-bras à l’armée) en est persuadé. Bien que récemment viré et divorcé, son aîné Jimmy n’y croit pas et lui propose un casse d’autant plus ardu à accomplir qu’ils doivent compter sur Joe Bang, un braqueur… incarcéré. Heu ? Face à l’affiche, il y a de quoi baver : Soderbergh réunit James Bond, la petite-fille d’Elvis, Kylo Ren et Magic Mike pour exploser le coffre-fort, non pas d’un casino au Nevada, mais d’un circuit de course automobile en Caroline du Nord. Soderbergh a beau translater son intrigue dans un État moins proche de l’Idaho, et la saturer de bras cassés (ou amputés), cette énième resucée auto-parodique de Ocean’s Eleven ne casse malheureusement pas trois pattes à un canard. Certes, il y a des crétins à la “frères-Coen”, un portrait affligeant de la classe infra-moyenne et de l’Amérique profonde, mais on sent Tonton Steven tourner sur la réserve, sans forcer son talent, tout à la joie d’être avec ses potes. Si ça lui fait plaisir, pourquoi pas, mais quelle frustration pour le publi

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Hallucinations Collectives se dévoile

Festival | Oyez ! Oyez ! Hallucinations collectives dévoile sa 10ème programmation avec des infos juteuses… pour ne pas dire saignantes ! Sévissant du 11 au 17 avril, le festival accueillera des invités de choix et des avant-premières à la pointe de l’actualité pour le plus grand plaisir de tous les cinéphiles déviants.

Julien Homère | Vendredi 24 mars 2017

Hallucinations Collectives se dévoile

Notons la présence du phénomène Get Out de Jordan Peele, petit thriller terrifiant qui ravage le box-office US au point de rallier William Friedkin lui-même à sa cause. Le culte Fabrice Du Welz viendra présenter son polar énervé Message from the King, avec l’étoile montante Chadwick Boseman. La France aura pour représentant Xavier Gens pour la séance d’Hitcher de Robert Harmon, série B jouissive avec Rutger Hauer. Il n’y a pas qu’au rayon des exclusivités que l’association Zone Bis a marqué le coup pour cette édition anniversaire. En plus d’offrir une soirée commémorative le vendredi et une nuit Hallucinations auditives avec Joe La Noïze & Ta Gueule, le cinéma Comœdia verra s’imprimer sur ses toiles plusieurs classiques oubliés tels qu’Opéra de Dario Argento,

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"Paterson" : Poète, vos papiers (du véhicule)

ECRANS | Une semaine ordinaire dans la vie de Paterson, chauffeur de bus à Paterson, New Jersey et poète à ses heures. Après la voie du samouraï, Jarmusch nous indique celle d’un contemplatif alter ego, transcendant le quotidien sur son carnet. Une échappée hors du temps bienvenue.

Vincent Raymond | Mardi 20 décembre 2016

Dalí soutenait que la gare de Perpignan était le centre du monde. Alors, la ville de Paterson, avec ses rues peu fréquentées, ses murs de briques rouges et sa quiétude provinciale, ne pourrait-elle être le nord magnétique de la poésie américaine ? Escale obligée — semble-t-il — pour une foule de maîtres du verbe, de Ginsberg à Iggy Pop, ce cadre apparemment dépourvu de pittoresque et de distractions a inspiré William Carlos Williams tout au long de sa carrière. Il est aussi la patrie d’un bien nommé Paterson, émule du précédent ; le lieu d'où il compose son œuvre dans le secret d’un carnet de notes, sans jamais se départir de son impassibilité. Citoyen en apparence quelconque d’une ville banale, Paterson trouve dans son train-train matière à émerveillement, transmutant les choses vues en vues singulières. Carnet de notes sur revêtement de ville Emboîtant les pas de ce scribe machiniste, Jarmusch révèle le caractère ininterrompu du processus d’écriture : entre la cristallisation de l’inspiration et la fixation du texte sur le papier, les mots s’affichent, s’accumulent, s’agencent dans son esprit —

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Lumière 2015 : Scorsese, un cinéphile parmi nous

ECRANS | ​Proposer à un amateur de cinéma de faire escale au festival Lumière, c’est comme donner à un bec sucré l’opportunité de passer la nuit dans une pâtisserie. Et quand Martin Scorsese s’infiltre aux fourneaux, comment résister à la tentation de goûter à toutes les délices qu’il se propose de servir ? Vincent Raymond

Vincent Raymond | Mardi 6 octobre 2015

Lumière 2015 : Scorsese, un cinéphile parmi nous

Même si le festival Lumière ne débute que le lundi 12 octobre, Martin Scorsese est déjà parmi nous. Sur les murs, les abribus, les vitrines et surtout, dans les esprits. D’aucuns attribuent sa venue en terres lyonnaises à la proximité de l’hommage que lui consacre la Cinémathèque française (dès le 14 octobre). On mettra volontiers cette conjonction sur le compte du hasard : même s’il ne fait pas son âge, Scorsese est désormais entré dans une période de sa vie où se succèdent les honneurs et les life achievements. Lui qui, pendant des lustres, a attendu qu’on lui remette son Oscar (c’était en 2007), parcourt aujourd’hui la planète de musées en célébrations — le MoMa de New York achève en ce moment même une exposition-rétrospective présentant une partie de sa collection personnelle d’affiches. Cela, bien évidemment, sans que Marty ne cesse de tourner. Ni de voir des films : s’il exerce depuis près d’un demi-siècle son métier de cinéaste, il n’a certes pas abandonné sa carrière de cinéphile, engagée une quinzaine d’années plus tôt. Un comble pour cet homme qui a renoncé à la prêtrise : Scorsese semble entré en cinéphili

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La rentrée de l'Institut Lumière

ECRANS | Frappé par la perte de son historien maison Raymond Chirat fin août, l'institut Lumière trompe son deuil en s'investissant sur tous les fronts. La frénésie scorsesienne semble contagieuse…

Vincent Raymond | Mardi 1 septembre 2015

La rentrée de l'Institut Lumière

La rentrée s’est déjà effectuée rue du Premier-Film. Tristement, d'abord, avec la disparition de l'une des mémoires des lieux ; l'un de ceux qui, avec Bernard Chardère, avaient milité pour que Lyon se dote, à l'endroit où le 7e art était né, d'une institution cinématographique digne de ce nom. Cruelle ironie du sort : Raymond Chirat est mort la veille de la soirée de reprise de saison. Une saison ne célébrant plus d'énigmatique chiffre moyennement rond (les 120 ans de l'invention du Cinématographe, à l'instar de la Maison Gaumont), mais qui s'annonce conquérante sur le site historique, comme hors les murs. Dans la ligne de mire, le Festival Lumière (du 12 au 18 octobre) avec un hommage à Pixar, une Nuit de la Peur et le Prix Lumière décerné au cinéaste Martin Scorsese. Pour réviser son œuvre récente, les quatre films qu’il a tournés avec sa nouvelle muse Leonardo DiCaprio (Aviator, Les Infiltrés, Shutter Island et Le Loup de Wall Street) seront projetés en septembre. La salle du Hangar accueillera également Costa-Gavras à l’occasion d’une jolie rétrospective (le grand Const

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While We’re Young

ECRANS | Après Frances Ha, Noah Baumbach continue d’explorer le New York branché et sa bohème artistique, transformant "Solness le constructeur" d’Ibsen en fable grinçante et néanmoins morale où des bobos quadras se prennent de passion pour un couple de jeunes hipsters. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 21 juillet 2015

While We’re Young

Quarante ans, toujours pas parents ; Josh et Cornelia — couple inattendu mais crédible formé par Ben Stiller et Naomi Watts — sont en pleine crise. Tandis que leurs amis BoBos new-yorkais s’assurent une descendance, eux semblent frappés de stérilité. Celle-ci n’est pas seulement sexuelle, elle est aussi créative, en particulier pour Josh, en galère pour terminer un documentaire fleuve qui, manifestement, n’intéresse que lui. Jusqu’au jour où ils rencontrent Jamie et Darby — Adam Driver et Amanda Seyfried, prototypes de hipsters ayant fait de la bohème une règle de vie. À leur contact, Josh et Cornelia trouvent une seconde jeunesse, revigorés par ce couple qui semble vivre dans un présent perpétuel. Noah Baumbach se livre alors à une comédie de mœurs contemporaine, même s’il s’inspire très librement d’une pièce vieille d’un siècle — Solness le constructeur d’Ibsen. Le ton y est mordant et le monde actuel en prend pour son grade : tandis que Josh se débat avec son portable, ses CD et son appartement design, Jamie ne jure que par les vinyles, les VHS et le mobilier vintage. La jeunesse s’empare des objets ringards de ses aînés et les rends

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Martin Scorsese : un Prix Lumière en majesté

ECRANS | Immense cinéphile et cinéaste majeur, Martin Scorsese avait depuis le début le profil d’un prix Lumière parfait. Son sacre aura lieu au cours de l’édition 2015 du festival Lumière, dont la programmation, même incomplète, est déjà enthousiasmante. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 18 juin 2015

Martin Scorsese : un Prix Lumière en majesté

Plus encore que Quentin Tarantino, qui est un peu son héritier débraillé et furieux, Martin Scorsese avait depuis la création du festival Lumière la stature parfaite pour recevoir un Prix Lumière. D’abord parce que son apport au cinéma est considérable ; ensuite parce que sa passion pour la conservation et la redécouverte des films est au diapason de la mission que se sont fixée Thierry Frémaux, l’Institut Lumière et le festival : célébrer le patrimoine cinématographique comme une histoire vivante qu’on se doit de conserver et de diffuser aux générations nouvelles. Il aura donc fallu attendre sept années où Scorsese n’a pas chômé — quasiment un film par an, et quels films ! pour qu’il vienne recevoir à Lyon le précieux trophée qui ira grossir sa collection déjà bien chargée — Palme d’or cannoise pour Taxi Driver, Oscar du meilleur réalisateur pour Les Infiltrés… Ce sera de plus l’occasion unique de revoir son œuvre, dont le moins que l’on puisse dire est qu’elle raconte le cinéma américain contemporain mieux qu’aucune autre. Violence et passions Débutée dans le sillage de son ami John Cassavetes (Who’s That Knocking at My Doo

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Le Labyrinthe du silence

ECRANS | De Giulio Ricciarelli (All, 2h03) avec Alexander Fehling, André Szymanski…

Christophe Chabert | Mardi 28 avril 2015

Le Labyrinthe du silence

Alors que les spectateurs français ne manifestent pas une passion débordante pour l’Histoire contemporaine de leur propre pays, ils ont tendance à acclamer la moindre fiction évoquant celle de l’Allemagne. Le Labyrinthe du silence a déjà moissonné on ne sait combien de prix du public dans les festivals et s’apprête à faire le bonheur des enseignants lors des séances scolaires, le film étant taillé sur mesure pour être transformé en chair à débats et exposés. Niveau cinéma, en revanche, l’affaire est carrément discutable. Car s’il est bon de rappeler que l’Allemagne a mis près de vingt ans à instruire le procès des criminels SS qui, la guerre terminée, avaient tranquillement retrouvé une place dans l’establishment du pays, on aurait aimé que Giulio Ricciarelli empoigne le sujet avec autre chose qu’une reconstitution ripolinée, une mise en scène impersonnelle à l’Américaine et quelques bons gros clichés qui, c’est un comble, finissent par semer le doute sur la crédibilité de ce que l’on nous raconte. Il faut dire qu’à force de brushings impeccables — l’ambassadeur américain, proche de la parodie façon OSS 117 — de musiques emphatiques et de grands élan

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Hungry Hearts

ECRANS | Après "La Solitude des nombres premiers", Saverio Costanzo prolonge son exploration des névroses contemporaines en filmant l’enfermement volontaire d’une femme, atteinte d’une phobie radicale du monde extérieur. Un film dérangeant dont la mise en scène rappelle Polanski. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 24 février 2015

Hungry Hearts

La rencontre entre Jude et Mina pourrait être le prélude à une comédie romantique : ils se retrouvent tous deux enfermés dans les toilettes d’un restaurant chinois, incommodés par l’odeur et embarrassés par cette promiscuité forcée. Cette première scène de Hungry Hearts agit donc comme un faux-semblant pour le reste du film, pas franchement drôle et même carrément inquiétant. Mais Saverio Costanzo, déjà auteur du remarquable et terrible La Solitude des nombres premiers, y offre deux indices au spectateur quant à la tournure que prendront les événements : d’abord, la claustration physique et son prolongement psychologique, véritable sujet du film ; puis cette idée d’un corps masculin dont les fluides créent des effluves nauséabondes et potentiellement dangereuses. C’est ce qui va détraquer l’histoire d’amour : une fois le mariage célébré, l’enfant à naître n’est pas vraiment désiré. «Ne viens pas en moi !» demande Mina, mais Jude ne parvient pas à se retenir. Quelque chose d’étranger est donc entré

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Enjoy the silence

MUSIQUES | En octobre 2012, dans un blog consacré à la scène pop islandaise, nous vous présentions entre autres espoirs locaux Of Monsters & Men et un certain Ásgeir Trausti. Huit mois plus tard, le jeune homme, alors parfaitement inconnu, ouvrait pour les précités au Transbordeur. Le voilà de retour avec une version anglophone de son "premier" album. A ceci près qu'il est maintenant la «vedette islandaise». Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 23 septembre 2014

Enjoy the silence

Son premier album, Dýrð í dauðaþögn, Ásgeir l'a enregistré alors qu'il était encore lycée – avec des paroles écrites par son père, poète septuagénaire – et publié sur les conseils de son... prof de javelot. Sorti en 2012, il a immédiatement battu les records de vente pour un premier album d'artiste local – 10 % de la population du pays possédant ainsi son disque, triple platiné ; guère renversant en termes de chiffres mais quand on connaît la concurrence... Il faut dire qu'on a rarement vu, à part peut-être du côté de chez Bon Iver, une telle capacité à équilibrer mélodies et textures, aussi changeantes que la météo et les humeurs islandaises, entre moments d'effondrement total et absolues élévations. On glose souvent sur les clichés relatifs au pouvoir évocateur de la musique islandaise, mais ce disque-là, s'il ne fait pas halluciner des baleines, des volcans et des elfes, dit beaucoup du paysage où a grandi son auteur.  

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"Raging bull", la passion du christ-boxeur

ECRANS | Après dix ans à se chercher des anti-héros dans les marges de la société, le cinéma américain entamait les années 80 en poussant un cran plus (trop ?) loin les (...)

Christophe Chabert | Mardi 3 juin 2014

Après dix ans à se chercher des anti-héros dans les marges de la société, le cinéma américain entamait les années 80 en poussant un cran plus (trop ?) loin les choses, inventant une poignée de flamboyants héros négatifs. Orgueilleux, aveugles, bêtes, cyniques ou tout cela en même temps, ils hantent des œuvres aussi essentielles que La Porte du paradis de Cimino ou Scarface de De Palma. De tous, Jake La Motta est sans doute le plus retors : ce boxeur, qui fut un des rares blancs à aller décrocher un titre de champion du monde au nez et à la barbe de ses adversaires blacks, était dans le privé un monstre paranoïaque, jaloux et profondément égocentrique, ce qui le conduira à une suite de choix désastreux qui ruineront sa carrière et sa famille avant de l’envoyer faire un petit tour en taule. Dans Raging Bull, sous la caméra de Scorsese — et dans la peau extensible d’un De Niro plus vrai que nature — la vie de La Motta devient une passion christique, manière habile de contourner les écueils de la bio filmée — pas aussi en vogue à l’époque

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Insomniaque - Semaines du 30 avril au 13 mai

MUSIQUES | Trois soirées à ne pas manquer dans les deux semaines à venir : Flight Facilities au Double Mixte, la nouvelle collaboration entre Haste et SNTWN au Club Transbo et Ron Trent au DV1. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 29 avril 2014

Insomniaque - Semaines du 30 avril au 13 mai

30.04 BasementComme remède musicale à l'angoisse à plus de 10 000 mètres d'altitude, on connaissait le Music for Airports de Brian Eno. Depuis 2010, on peut aussi calmer ses crises de broyage d'accoudoirs avec l'électro-pop élégiaque et tintinnabulante de Flight Facilities, duo de Pygmalion australiens – à chaque tube (en tête le superbe Clair de Lune) ou presque sa diva inconnue au bataillon – qui risque cette semaine de se retrouver bien à l'étroit au Double Mixte. A moins que Fritz Kalkbrenner, valeur sûre de l'écartement de murs et seconde tête d'affiche de la soirée, ne foule la scène avant lui. 07.05 Live Acts #3
Un jour, promis, nous vous dresserons plus longuement le portrait de Noma, Raja et Visitors for Reworks, les trois têtes dansantes du Palma Sound System. Soit l'une des plus efficaces machines à transpirer du coin, comme l'ont prouvées leurs prestations en embus

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Melville, cinéaste des ombres

ECRANS | La rétrospective que lui consacre l’Institut Lumière est l’opportunité de redécouvrir le cinéma de Jean-Pierre Melville, et en particulier ses films noirs mythiques, dont l’origine est à chercher dans l’expérience de la résistance et sa reconstitution à l’écran dans "L’Armée des ombres".

Christophe Chabert | Mercredi 8 janvier 2014

Melville, cinéaste des ombres

Les tueurs à pardessus et chapeau mou, les flics qui les traquent sans états d’âme, froids comme la mort qu’ils finiront par donner, et la fine frontière qui sépare parfois ces deux côtés de la loi : voici l’essence du cinéma de Melville tel qu’il a été légué à une longue postérité. Cette légende s’appuie, dans le fond, sur quelques films qui, au fil des reprises, remakes avoués ou déguisés et rediffusions télé, ont rendu son œuvre légendaire. Citons-les d’entrée : Le Deuxième souffle, Le Cercle rouge, Le Samouraï, Le Doulos et le très minimaliste et abstrait Un flic, sa dernière production, qui a été vue soit comme un accomplissement, soit comme une caricature desséchée de son propre style. Une anecdote fameuse raconte que Melville lui-même jouait de l’ambiguïté : quelques temps avant sa mort, il tente de convaincre un producteur de s’engager sur un nouveau projet. À sa secrétaire qui lui demande de quoi le film va parler, il aurait répondu : «Dites-lui seulement que ce sera un Melville…». Nom de guerre : Melville Né Grumbach en 1917, Melville rejoint la résistance tandis que la France est occupée par les n

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Le Loup de Wall Street

ECRANS | La vie de Jordan Belfort, courtier en bourse obsédé par les putes, la coke et surtout l’argent, permet à Martin Scorsese de plonger le spectateur trois heures durant en apnée dans l’enfer du capitalisme, pour une fresque verhovenienne hallucinée et résolument burlesque, qui permet à Di Caprio de se transcender. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 27 décembre 2013

Le Loup de Wall Street

«Greed is good». C’était la maxime de Gordon Gecko / Michael Douglas dans le Wall Street d’Oliver Stone. Un film de dénonce balourd qui a eu pour incidence contre-productive de transformer Gecko en héros d’une meute d’abrutis cocaïnés et irresponsables, trop heureux de se trouver un modèle ou un miroir selon le degré d’avancement de leur ambition. Jordan Belfort, auquel Martin Scorsese consacre cette bio filmée de trois heures et à qui Leonardo Di Caprio prête ses traits, est de cette génération-là, celle qui a eu Gecko pour modèle et son slogan comme obsession. Le film, passé son prologue provocateur — grosse bagnole et coke à même l’anus d’une prostituée — attrape d’ailleurs son héros dans un instant paradoxal : le lundi noir de 1989 où, alors qu’il s’apprête à concrétiser son rêve et devenir courtier à Wall Street, la bourse plonge et avec elle une partie de l’économie mondiale. Faux départ, retour à zéro : l’itinéraire de Jordan Belfort s’édifie sur un moment de purge financière supposée assainir le système et qui ne fait que préparer l’avènement d’une corruption plus grande encore, par de jeunes loups ayant tiré les leçons du passé… L’important, ma

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Frances Ha

ECRANS | En noir et blanc et au plus près de sa formidable actrice et co-auteur Greta Gerwig, Noah Baumbach filme l’errance d’adresses en adresses d’une femme ni tout à fait enfant, ni tout à fait adulte, dans un hommage au cinéma français qui est aussi une résurrection du grand cinéma indépendant américain. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 25 juin 2013

Frances Ha

Elle s’appelle Frances et c’est déjà tout un programme pour le nouveau film de Noah Baumbach, son meilleur depuis Les Berkman se séparent. Frances est une New-yorkaise pur jus, mais c’est comme si cette belle création cinématographique, fruit d’un travail en symbiose entre le cinéaste et son actrice Greta Gerwig, était aussi l’héritière d’un certain cinéma français. Dans une des nombreuses chambres où elle va échouer et qu’elle se refuse obstinément à ranger, Frances épingle un poster anglais de L’Argent de poche de François Truffaut ; avec un de ses colocataires, elle regarde un soir à la télé Un conte de Noël de Desplechin ; sur un coup de tête, la voilà partie pour Paris, où elle traîne entre le Café de Flore et la Sorbonne, tentant vainement d’avancer dans sa lecture de Proust ; enfin, séquence mémorable, on la voit danser en toute liberté dans la rue tandis que la caméra l’accompagne en travelling latéral, avec Modern Love de David Bowie déchaîné sur la bande-son.

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Enjoy the silence

MUSIQUES | Le monde de la musique se divise en deux catégories : ceux qui brûlent des planches et ceux qui gravent des sillons. D'un côté les bêtes de scène, de l'autre (...)

Benjamin Mialot | Vendredi 2 novembre 2012

Enjoy the silence

Le monde de la musique se divise en deux catégories : ceux qui brûlent des planches et ceux qui gravent des sillons. D'un côté les bêtes de scène, de l'autre les animaux de studio. Les performers et les songwriters. Dans ce tableau inspiré d'un célèbre traité de taoïsme social appliqué (Le Bon, la brute et le truand, par le professeur Sergio Leone), Dominique Dillon de Byington fait figure d'anomalie. Pas parce qu'elle fait partie des trop rares individus invalidant ce clivage. C'est le cas, après tout, de la plupart des musiciens dont le portrait orne ces pages. Mais parce que les mélodies de cette jeune et jolie Allemande d'origine brésilienne ne méritent d'être découvertes ni le cul vissé dans un canapé, ni les pieds ancrés au sol en béton ciré d'une salle de concert, mais les yeux rivés à un écran. Et pour cause : elle a la délicieuse et régulière manie d'interpréter des extraits de This Silence kills, son premier album, en direct de sa chambre, attifée comme une madone en cavale (grosses lunettes de soleil, épaisse couche de rouge à lèvres) et face webcam. Il suffit d'entendre une fois sa voix d'enfant qu'aurait grandi tr

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Rêve et silence

ECRANS | Avec ce beau film intime et douloureux, Jaime Rosales réussit à conserver la radicalité formelle de son cinéma tout en y faisant entrer une émotion pudique, donnant sa définition très personnelle du mélodrame. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 25 septembre 2012

Rêve et silence

Une figure de style recoupe les plus beaux films de la rentrée, comme un inconscient collectif qui réunirait les cinéastes ayant encore de l’ambition pour leur art. De Quelques heures de printemps à Reality en passant par ce Rêve et silence et en attendant Au-delà des collines et Amour, le plan-séquence fait un retour en force sur les écrans, comme une réaction au surdécoupage qui standardise le cinéma mainstream et réduit la mise en scène à une pure et simple réalisation du scénario. Jaime Rosales est sans doute celui qui va le plus loin dans cette logique : Rêve et silence n’est fait que de longs plans-séquences, issus de prises uniques où les acteurs improvisent leur texte et qui parfois s’achèvent en pleine action lorsque le magasin est vide — car Rosales a tourné son film "à l’ancienne", avec une pellicule 35 mm à gros grain. Dans La Soledad et plus encore avec

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Alice au pays des mères vieilles

ECRANS | Trésor caché dans la filmographie de Martin Scorsese, "Alice n’est plus ici" est de retour sur les écrans, et il ne faut pas louper ce conte réaliste aux accents country folk, sans doute le film le plus estampillé Nouvel Hollywood du réalisateur de "Raging Bull". Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 21 septembre 2012

Alice au pays des mères vieilles

Écran carré, technicolor, décor de studio à la facticité étudiée, costumes aux étoffes chamarrées, musique toute de cordes lyriques : la première scène d’Alice n’est plus ici ressemble à un sample tiré d’un mélodrame des années 50, quelque part entre Minnelli et Michael Powell. C’est le fantasme d’Alice enfant, que le monde ressemble à une féerie hollywoodienne, un conte aux couleurs sucrées où les rêves de petites filles deviennent réalité. Rupture. L’écran s’allonge de quelques mètres, les couleurs se font ternes, la musique vire au groove funky, et la petite maison sur la colline typiquement américaine s’est transformée en bicoque branlante aux murs défraîchis. C’est le quotidien d’Alice (Ellen Burstyn), avec un gamin capricieux, un mari fatigué par un travail abrutissant, et pas grand-chose d’autre à faire que le ménage et la cuisine. En un clin d’œil, Martin Scorsese fait basculer son film de l’Eden perdu du cinéma classique au réalisme sans fard du Nouvel Hollywood. Alice n’est plus ici est l’œuvre où ce changement de paradigme s’exprime ouvertement, même si Scorsese crée au fil du récit un dialogue beaucoup plus subtil que ce contraste de départ

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The Amazing Spider-Man

ECRANS | Après un ravalement de casting, Spider-Man revient pour raconter à nouveau ses origines. Entre faiblesse des enjeux, mise en scène approximative et acteurs sous-employés, était-ce vraiment nécessaire ? Jérôme Dittmar

Jerôme Dittmar | Jeudi 28 juin 2012

The Amazing Spider-Man

Hollywood a toujours pratiqué l'amnésie forcée. Suites, remakes et désormais reboot ; recycler ou faire table rase est une pratique courante. Dix ans après le premier film de Sam Raimi, Sony remet donc les compteurs de Spider-Man à zéro pour relancer sa licence. Mais comment tout recommencer avec si peu d'intervalle entre les films ? En ne changeant rien. The Amazing Spider-Man n'a pas la prétention de raconter autre chose que l'histoire de son héros adolescent, et tant pis si elle est connue. Tout ou presque ce qui fait la mythologie du personnage est donc rapatrié ici : la figure du geek transformé en justicier, la découverte des pouvoirs et la responsabilité qui en découle, la perte de l'oncle Ben et la fabrication d'une icône héroïque populaire. Si le film se veut malgré tout une variation (le Lézard remplace le Bouffon vert ; Gwen Stacy devient la première amoureuse de Peter Parker), il suit les mêmes traces que son aîné, sauf que le casting a changé, et ce n'est qu'une partie du problème. Cahier des charges

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Rompre le silence

MUSIQUES | Tout au long de l'album, l'ambiguïté demeure. Deuil ? Séparation ? Les deux ? Un «je», des «tu», comme un dialogue intérieur avec la (les) personne(s) (...)

Stéphane Duchêne | Vendredi 3 février 2012

Rompre le silence

Tout au long de l'album, l'ambiguïté demeure. Deuil ? Séparation ? Les deux ? Un «je», des «tu», comme un dialogue intérieur avec la (les) personne(s) perdue(s) auquel serait invité l'auditeur. Est-ce qui rend cet album si bouleversant ? Sans doute. Au fond, peu importe de savoir car c'est une histoire «universelle, banale, mon histoire, notre histoire», comme il le murmure en préambule de l'album, avant que ne commencent les choses sérieuses. Ce sont les premières notes de Cette colère, manière de comptage d'abatis après un ouragan intime. C'est l'un des plus beaux morceaux écrits par Michel Cloup depuis longtemps. Sur un fond de guitares post-rock ascensionnelles Cloup scande : «Recycler cette colère / Car aujourd'hui plus qu'hier / Cette colère reste mon meilleur carburant». C'est le Cloup de Diabologum et d'Expérience, écorché vif et révolté, celui qui imaginait «de

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C(l)oup de blues

MUSIQUES | À la suite d'un «drame domestique» qui l'a profondément changé, l'ex-Diabologum et Expérience Michel Cloup a recyclé en solo sa colère sur "Notre Silence". Un album bouleversant, synonyme de nouveau départ, à découvrir sur la scène du Clacson. Propos recueillis Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Jeudi 2 février 2012

C(l)oup de blues

Sur le titre Cette colère, il apparaît que la colère que vous pensiez avoir apprivoisée avec l'âge est réapparue suite à un drame personnel pour, dites-vous, devenir votre «meilleur carburant». Est-ce la colère qui a engendré ce disque ?Michel Cloup : Non, ce sentiment est très présent dans le disque, mais n'en est pas l'élément central. J'ai effectivement souvent exprimé, dans chacun de mes différents projets, une colère, pour tout un tas d'autres raisons que le drame domestique qui m'a touché. Là, je voulais surtout rendre les différents états par lesquels on passe quand on perd quelqu'un. La colère, puis les souvenirs qui reviennent, la tristesse, le manque. C'était un cheminement personnel, aller au cœur de ce processus en étant exhaustif dans le rendu. Mais quand je parle de perte, c'est au sens large ; les gens n'ont pas besoin de mourir pour qu'on les perde. Paradoxalement, on sent aussi dans cet album une sorte d'apaisement, beaucoup de pudeur.Exactement. Même, si je ne me suis jamais autant livré, cet album n'est pas une psychanalyse. Le but n'était pas de raconter mes petits malheu

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Hugo Cabret

ECRANS | Sous couvert d’un conte familial aux accents dickensiens, Martin Scorsese signe une œuvre ambitieuse et intemporelle, où il s’empare de la 3D pour redonner vie au cinéma des origines et à un de ses maîtres, Georges Méliès. Christophe Chabert

Dorotée Aznar | Mercredi 7 décembre 2011

Hugo Cabret

Dans la première partie d’Hugo Cabret, le jeune orphelin Hugo délaisse un temps les horloges de la Gare Montparnasse pour emmener sa nouvelle amie Isabelle au cinéma. Elle n’y est jamais allée, son père — qu’elle appelle Papa Georges — vouant une haine inexplicable envers ses images en mouvement. Dans cette salle obscure où les deux gamins sont rentrés clandestinement, on diffuse Monte là-dessus, avec Harold Lloyd suspendu dans le vide se retenant aux aiguilles d’une immense pendule. Ce parallèle entre les activités d’Hugo et la fiction qu’il regarde n’est pas ce qui intéresse la mise en scène de Martin Scorsese. En effet, le cinéaste ne cherche pas la rime mais le contraste. Car si l’image du film dans le film reste obstinément dans sa 2D originelle, celle des deux enfants face à lui est en 3D, et les rayons lumineux du projecteur découpent à la perfection leurs silhouettes avant de se jeter hors de l’écran vers le spectateur, à son tour émerveillé. En quelques plans, Scorsese trace un pont fulgurant entre l’image cinématographique des débuts du XXe siècle, muette, en noir et blanc, plate mais véhiculant l’émotion naïve des films pionniers, et celle, colorée,

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Sans identité

ECRANS | De Jaume Collet-Serra (ÉU-Fr-All-Ang-Jap, 1h50) avec Liam Neeson, Diane Kruger…

Christophe Chabert | Mercredi 23 février 2011

Sans identité

Série B modeste et efficace, "Sans identité" marche sur les pas de Jason Bourne, mais Collet-Serra, artisan consciencieux, s’en démarque en ne cherchant pas à faire du Paul Greengrass. Soit un scénario astucieux où un médecin invité avec sa femme à un colloque en Allemagne se retrouve, après un spectaculaire accident, dépossédé de son identité. Le casse-tête conduit à un amusant circuit policier dans Berlin, entre Histoire oubliée (Ganz en ex-agent de la STASI a quelques répliques assassines) et contemporanéité hallucinée, le tout ponctué de climax filmés avec classicisme et retenue. Le combat final, qui préfère la continuité visuelle au surdécoupage, ferait presque penser à du MacTiernan. Rien de révolutionnaire là-dedans, mais en matière de divertissement, "Sans identité" est loin d’être honteux. CC

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Never let me go

ECRANS | Adaptation pertinente d’un roman de Kazuo Ishiguro par Alex Garland au scénario et Mark Romanek à la mise en scène, cette fable glaçante et complexe sur l’aliénation à la norme invente une science-fiction au passé qui, malgré ses tics, frappe par son originalité. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 23 février 2011

Never let me go

Never let me go commence comme un énième film de pensionnat rigoriste à l’anglaise. Écoliers en uniforme, maîtresses rigides, règles strictes : tout y est, et la caméra de Mark Romanek ne semble pas s’apercevoir des clichés qu’elle enregistre. Cependant, quelques détails viennent gripper cet ensemble a priori académique : les enfants ne peuvent pas sortir de l’institution, même pour chercher un ballon tombé derrière une barrière ; ils portent un bracelet électronique qu’ils doivent impérativement présenter à chaque sortie de cours ; enfin, quand la narratrice (Kathy H., interprétée par l’excellente Carey Muligan), ramasse un gnon du camarade dont elle est secrètement amoureuse (Andrew Garfield, bien revenu de Social network), une armée de blouses blanches l’ausculte comme si elle risquait d’en périr. Il faudra vingt minutes pour commencer à entrevoir le terrible secret de ces enfants extraordinaires, et saisir ce que le film nous raconte vraiment : une fable qui extrapolerait au passé une révolution scientifique permettant d’allonger la durée de vie des êtres humains. Cobayes consommables Dans le roman de Kaz

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"The Social Network" : quand David Fincher conte la naissance de Facebook

Biopic | David Fincher et Aaron Sorkin retracent l’ascension de Mark Zuckerberg, le créateur de Facebook, de ses années à Harvard jusqu’aux deux procès intentés contre lui, dans un film passionnant et d’une folle ambition sur la naissance d’une nouvelle forme de capitaliste.

Christophe Chabert | Mercredi 6 octobre 2010

Première séquence de The Social Network : Mark Zuckerberg et sa petite amie Erica discutent autour d’une bière. Il lui explique avec arrogance l’intérêt d’entrer dans les clubs selects de Harvard, et qu’elle n’y parviendra pas sans lui ; en retour, elle le plaque sèchement, ce qui trouble à peine sa détermination. Prologue brillant où s’épanouit la verve inimitable d’Aaron Sorkin ; le créateur d’À la maison blanche retrouve ici son terrain de prédilection : les coulisses de l’Histoire racontées comme des marivaudages quotidiens, au plus près de la parole et des problèmes personnels de ses protagonistes. Restait à savoir comment le texte de ce virtuose allait être interprété par un cinéaste qu’on qualifie, par paresse, de "visuel" : David Fincher. Plus que jamais proche de l’intelligence cinématographique d’un Kubrick, Fincher a choisi d’adapter sa mise en scène à ce matériau scénaristique, ne cherchant ni à l’aérer, ni à l’agiter gratuitement, sans pour autant refuser d’y apposer une vision personnelle. C’est la première et immense qualité de The Social Network : la rencontre

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Tuer un merle moqueur

ECRANS | À l’affiche en octobre de la Ciné-collection dans les salles de l’agglomération, "Du silence et des ombres", un film humaniste et poignant de Robert Mulligan où les préjugés sont vus à hauteur d’enfants. CC

Christophe Chabert | Dimanche 3 octobre 2010

Tuer un merle moqueur

Aux États-Unis, c’est un classique, considéré comme un des meilleurs films de tous les temps (57e au classement des internautes d’IMDB) ; en France, "Du silence et des ombres" ("To kill a mockingbird") reste une œuvre assez méconnue, et cette reprise opportune permet de comprendre cet engouement américain. Il traite de la violence des préjugés racistes à travers le procès intenté à un homme noir par une jeune femme qui l’accuse de l’avoir violée. Il est défendu par Atticus Finch, interprété par un remarquable Gregory Peck. Mais au-delà de la thèse défendue, "Du silence et des ombres" est d’abord un film sur l’enfance. Le récit est raconté en voix-off par Scout, la fille d’Atticus, qui à l’écran ne quitte jamais son frère aîné Jem ; ensemble, ils font les 400 coups dans cette petite ville où les rumeurs courent vite, notamment celle, persistante, sur leur voisin d’en face, Boo Radley (longtemps invisible avant d’apparaître avec les traits juvéniles et le regard inoubliable de Robert Duvall). La première partie du film montre donc les enfants propager à leur échelle les mécanismes de l’intolérance cruelle reposant sur des préjugés, des ragots et des réflexes irrationnels. Leur pèr

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L'Agence tous risques

ECRANS | De Joe Carnahan (ÉU, 1h53) avec Liam Neeson, Bradley Cooper, Jessica Biel…

Christophe Chabert | Jeudi 17 juin 2010

L'Agence tous risques

À l’image du récent Iron man 2, The A Team (le titre français, hérité des années 80 et de la série d’origine, paraît soudain bien ridicule…) est un blockbuster qui marque un retour aux fondamentaux du genre : de l’action, certes, mais aussi des neurones ; du numérique, d’accord, mais aussi des comédiens, du verbe, du concret. L’introduction relate en une petite dizaine de minutes déjà spectaculaires la formation de cette équipe de rangers à la complémentarité parfaite (des muscles, un cerveau, une belle gueule et un grain de folie), puis l’envoie en Irak dans un futur proche au moment où l’Amérique retire ses troupes. Chargée de récupérer une machine à faux billets volée par les Irakiens, elle se fait doubler par un autre commando, avant de signer un pacte avec un agent de la CIA qui ressemble comme deux gouttes d’eau à un trader de wall street. Cette excellente entame scénaristique fait donc un grand pont entre le fiasco militaire et la déroute financière des États-Unis, cultivant un esprit anar où les institutions américaines sont ridiculisées au profit de la bande de mavericks rigolards en quête de rédemption. Carnahan n’a plus qu’à déplier avec un savoir-fa

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«Une atmosphère de film noir»

ECRANS | Entretien / Martin Scorsese, réalisateur de "Shutter island". Propos recueillis par CC

Christophe Chabert | Mardi 16 février 2010

«Une atmosphère de film noir»

Adaptation «J’ai d’abord lu le scénario de Laeta Kalogridis, et j’ai été très ému par l’histoire de Teddy Daniels, mais aussi surpris par les différents niveaux du récit. En l’espace de deux jours, j’ai relu le scénario, puis le livre de Dennis Lehane. Cela n’a fait que confirmer mon sentiment : cette adaptation était un véritable défi». Références«"Titicut follies" de Frédérick Wiseman est la référence-clé du film. Je l’ai montré à toute l’équipe pendant la préparation, et le docteur Gallagher, un des médecins du film, est devenu notre conseiller principal pour "Shutter island". L’autre film important sur la folie, c’est "Shock corridor" de Samuel Fuller. Mais c’est un tel classique que l’on ne peut que l’évoquer comme un mantra, en espérant que notre film sera aussi bon… Par ailleurs, mes souvenirs des années 50 sont ceux d’une époque gouvernée par la paranoïa. Enfant, j’avais peur de mourir dans l’explosion de la bombe atomique. C’était une atmosphère de film noir, comme celles des films que j’ai projetés pendant le tournage». Di Caprio«Après "Les Infiltrés

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Le Dj Scorsese se met au contemporain…

MUSIQUES | Musique / Lors des premiers plans de Shutter Island, on entend un bruit de cornes de brume assourdies accompagnant l’arrivée du bateau sur l’île. Ce n’est (...)

Christophe Chabert | Mardi 16 février 2010

Le Dj Scorsese se met au contemporain…

Musique / Lors des premiers plans de Shutter Island, on entend un bruit de cornes de brume assourdies accompagnant l’arrivée du bateau sur l’île. Ce n’est pas du sound design, mais les premières notes du thème d’ouverture de l’extraordinaire musique concoctée pour le film par Scorsese et son superviseur musical, Robbie Robertson, mythique guitariste de The Band. Plutôt que d’écrire un score traditionnel, Scorsese lui a demandé de rassembler plusieurs morceaux existants, d’en isoler certaines parties et de créer un nouveau morceau à partir de ces éléments. Un vaste copier-coller qui évoque le travail mené par 2Many Dj’s, mais qui s’en éloigne aussi radicalement puisque les tubes en question sont ceux des grands compositeurs de musique contemporaine : John Adams, Giorgi Ligeti, Krzysztof Penderecki, Max Richter ou Nam June Paik. On voit ici un raccord supplémentaire entre Shutter island et Shining, qui piochait déjà dans le répertoire contemporain pour créer sa bande-son tétanisante. Mais Scorsese utilise aussi la musique comme un commentaire parfois très fin de l’action. On ne s’en rend pleinement compte qu’à l’écoute de la bande originale du film, qui «déplie»

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Shutter Island

ECRANS | Cinéma / Avec "Shutter Island", Martin Scorsese adapte le thriller de Dennis Lehane, retrouve Leonardo Di Caprio et confirme son nouveau statut, unique à Hollywood, de cinéaste de studio personnel et audacieux. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 16 février 2010

Shutter Island

La brume se lève sur Shutter island, un matin de 1954. Un bateau s’apprête à accoster avec à son bord deux détectives, Teddy Daniels et Chuck Aule, appelés pour une enquête mystérieuse : sur cette île au large de Boston où l’on soigne des criminels atteints de déficience mentale, une des patientes, Rachel Solando, a disparu sans explication. Au fil de sa plongée dans l’univers fermé et oppressant de Shutter island, Teddy Daniels va voir ressurgir les traumas de son passé : ses années de soldat pendant la Deuxième Guerre mondiale où il participa à l’ouverture du camp de Dachau, puis la mort de sa femme et de ses enfants… Le dernier film de Martin Scorsese suit ainsi avec fidélité les méandres du roman éponyme de Dennis Lehane, et ce jusqu’à son twist final. Autant dire tout de suite que les lecteurs du bouquin en seront quitte pour l’effet de surprise ; étrangement, ceux qui ne le connaissent pas risquent aussi de deviner assez vite le pourquoi du comment tant Scorsese, cinéaste tout sauf roublard, se refuse à perdre le spectateur dans un labyrinthe de fausses pistes. De plus, cette transposition cinématographique fait surgir, par un effet de calque, ce qui était sans do

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Boy A

ECRANS | De John Crowley (Ang, 1h40) avec Andrew Garfield, Peter Mullan…

Christophe Chabert | Mercredi 18 février 2009

Boy A

Par quel miracle ce film improbable a-t-il réussi à glaner tous les prix dans les festivals où il était présenté ? En même temps, le principe de la démagogie étant d’abuser son monde, Boy A a sensiblement atteint son objectif. Comment ne pas pester face à ce catalogue de clichés enrobant un sujet sensible en Angleterre, la remise en liberté des assassins et leur retour à la vie normale ? La stratégie compassionnelle du scénario et la logique de larme-à-l’œil permanente des acteurs (très mauvais dans leur cabotinage) renversent le problème de manière on ne peut plus manichéenne : les salauds, ce sont les médias, les lecteurs de tabloïds, les pauvres sans instruction et donc sans cœur, et même les chômeurs dont le désœuvrement pousse à la délation. Émule d’Alan Parker se rêvant en Ken Loach clippeux, Crowley ne fait en définitive que poser des briques dans un mur de lourdeurs consternantes. CC

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Sonder l’homme

ARTS | Expo / Dans l’ombre grisâtre d’intérieurs vides, quelque chose se détache : ça a une face avec des trous dedans, ça n’a pas d’âge bien défini, ça a des membres (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mercredi 10 décembre 2008

Sonder l’homme

Expo / Dans l’ombre grisâtre d’intérieurs vides, quelque chose se détache : ça a une face avec des trous dedans, ça n’a pas d’âge bien défini, ça a des membres antérieurs et postérieurs, un ventre, une poitrine, c’est habillé ou nu et, de partout, ça suinte la peur, la solitude et l’isolement… «Ça» c’est un être humain, mâle ou femelle, saisi frontalement dans sa détresse existentielle. Regards apeurés ou hagards, mains qui viennent se protéger du voyeurisme du spectateur, corps qui grelottent dans la peinture. Les acryliques de Jean Rustin (né en 1928) transpercent la rétine et le crâne pour aller se loger, se recroqueviller dans un coin d’humanité quasi insoupçonné de notre système nerveux et affectif. Certains ont pu connaître un Rustin beaucoup plus obscène, tous organes génitaux déballés ou vissés les uns dans les autres… D’autres ont même pu connaître (avant 1971) un Rustin abstrait jouant de couleurs vives et presque «joyeuses», période reniée par l’artiste… L’exposition à la galerie Pallade présente des tableaux assez sobres sur le plan de la sexualité (on le regrette un peu), mais représentatifs d’une œuvre plongeant jusqu’à l’hébétude et la répétition dans les tréfonds de

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Le théâtre de la politique

SCENES | Théâtre / Succès spontané et rassurant, «Le Silence des communistes» revient dans l'agglomération pour trois soirées. Jean-Pierre Vincent donne la parole à d'anciens militants du défunt Parti communiste italien. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Lundi 24 novembre 2008

Le théâtre de la politique

Dix ans après la chute du Mur de Berlin, Vittorio Foa, un ancien syndicaliste octogénaire veut comprendre ce qu'a été le communisme dans son pays, quel bilan le Parti communiste italien, dissout en 1991, peut faire de son action et surtout comment il interprète aujourd'hui ses silences. À l'autre bout de la correspondance, Miriam Mafai et Alfredo Reichlin, d'anciens militants et responsables du parti. Ils sont d'abord embarrassés par ces questions que beaucoup d'entre eux ont préféré contourner. Mais ils décident d'y répondre parce qu'il faut parler du présent avec cet éclairage-là. Comment un pays dont le tiers de la population était communiste dans la deuxième moitié du vingtième siècle peut-il aujourd'hui être gouverné par Silvio Berlusconi ? «Le présent dans lequel nous sommes immergés représente une authentique césure historique car il s’agit d’un changement très profond non seulement des choses mais des esprits et aussi de toutes les formes (l’État nation, les classes, l’industrialisme) dans lesquelles a été pensée la politique, et sur la base desquelles la gauche a élaboré son identité historique et organisé ses luttes», dit Alfredo dans sa première réponse. Il n'y pas de va

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FRIDA HYVÖNEN Silence is Wild

MUSIQUES | Secretly Canadian / Differ-ant

Stéphane Duchêne | Vendredi 7 novembre 2008

FRIDA HYVÖNEN
Silence is Wild

La dernière Frida qu’on a connue chanteuse était Suédoise elle aussi (bon, il y a plus de Suédoises prénommées Frida que Françoise, aussi). Elle officiait avec sa copine Agneta et deux Playmobils sans charisme au sein d’un groupe qui tenta de promouvoir, il y a 30 ans, les fringues en papiers d’alu et les brushings en forme de casque. Pour les fringues, ça n’a pas trop pris mais leur musique est encore aujourd’hui très prisée des soirées à perruques et des comédies con-con pour Catherinettes (Muriel, Mamma Mia !). Tout ça n’a pas grand-chose à voir avec notre Frida 2.0, plus barrée (si, si) et moins barbante, mais dont les racines musicales puisent elles aussi dans la pop à paillettes d’antan (Kate Bush) à mélanger avec les ingrédients chargés en sucres de la pop cantonaise et du cabaret baroque. Étrange objet que ce disque, addictif et répulsif à la fois. Œuvre d’une fille-monstre qui affirme que le silence est sauvage et cherche à l’apprivoiser en le remplissant hystériquement d’arrangements haut perchés et de compositions folledingues (l’improbable Scandinavian Blonde qui aborde (il était temps !) le thème crucial de la fascination bien légitime pour la beauté oxygénée des no

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Le Silence de Lorna

ECRANS | de Jean-Pierre et Luc Dardenne (Fr-Belg, 1h45) avec Arta Dobroshi, Jérémie Rénier…

Dorotée Aznar | Jeudi 28 août 2008

Le Silence de Lorna

Lorna a obtenu la nationalité belge en épousant Claudy, héroïnomane paumé qui voit dans cette expatriée albanaise glaciale sa planche de salut. Mais Fabio, truand à l’origine du mariage blanc, veut que Lorna se débarrasse de son “époux“ afin de la jeter dans les bras d’un mafieux russe. Encore plus que dans L’Enfant, les frères Dardenne installent ici un dispositif cinématographique à la cohérence implacable. L’apparente froideur du récit, développée au gré d’une poignée de scènes à l’impact émotionnel fracassant, se délite peu à peu pour accompagner avec justesse le revirement psychologique de leur héroïne. Les audaces de la mise en scène s’intensifient avec maîtrise, le récit se permet de (fausses) digressions et des ellipses fulgurantes, bouleversant sans cesse l’âme et le propos du film. Autant de partis pris courageux, qui trouvent leur pleine justification dans l’immédiate réception de cette œuvre coup de poing. On sort groggy de la projection, terrassé par ce chant du cygne d’idéaux bafoués, au nom d’une quête de simili respectabilité sociale dont chaque étape se paie au prix fort. Rarement personnage aura, dans l’œuvre cinématographique des frères Dardenne, autant joué

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