Nicolas Bedos & Doria Tillier : « on fait un cinéma de l'entre-deux qui est celui qui nous plaît le plus. »

Entretien | Difficile de condenser en deux heures toute la seconde moitié du XXe siècle français en miroir avec les sentiments d’un couple d’écrivains : c’est pourtant ce qu’ont tenté Nicolas Bedos et son actrice/coscénariste Doria Tillier. Réponses et références seventies des intéressés.

Julien Homère | Mercredi 15 mars 2017

Photo : © Les Films Du Kiosque / Christophe Brachet


Est-ce que l'époque du film était déjà plantée dés l'écriture ?
Doria Tillier : On s'est très vite arrêtés sur les années 1970. On les aime visuellement, humoristiquement et intellectuellement, avec l'état d'esprit dans lequel les personnages sont au début : la liberté, Beauvoir, Sartre, le quartier latin… Je trouvais cool que le film finisse aujourd'hui et pas en 2000 ou 2025. Cet univers correspondait naturellement aux personnages, et on ne s'est pas posé vraiment la question.

Votre premier désir de cinéma découle-t-il de cette période historique ?
Nicolas Bedos : Plus du côté des années 1990. Comme beaucoup de gens de ma génération, on s'était pris Tarantino, Kassovitz et Wong Kar-wai. Il y avait beaucoup de cinéastes dans des genres très différents à cette époque. C'était le début des grands formalistes américains comme Paul Thomas Anderson ou David Fincher, dont je me suis un peu inspiré pour faire ce film-là, même s'il y demeure des influences très françaises.

En plus du cinéma américain classique (Citizen Kane), y a-t-il des clins d'œil à Philippe de Broca ?
N.B : Selon lui, de Broca était hors Nouvelle Vague et revendiquait une sorte de mépris pour le cinéma intello français, ce qui n'est pas mon cas. Il s'était un peu auto-proclamé “l'Américain du cinéma français” avec des films chers et ambitieux. Je crois que Doria et moi avions envie de faire un cinéma jubilatoire et qui se permet tout dans les mouvements de caméra, les ellipses ou la musique. Ce sont des effets qui sont en général laissés de côté car considérés comme suspects. Il y a un certain catéchisme du cinéma d'auteur qui associe la richesse visuelle à de la facilité putassière. On fait un cinéma de l'entre deux qui est celui qui nous plait le plus.


Monsieur & Madame Adelman

De Nicolas Bedos (Fr, 2h) avec Doria Tillier, Nicolas Bedos... Lorsque Sarah rencontre Victor en 1971, elle ne sait pas encore qu’ils vont traverser ensemble 45 ans d’une vie pleine de passion et de secrets, de chagrins et de surprises... L’odyssée d’un couple.
La Vence Scène 1 avenue Général de Gaulle Saint-Égrève
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

La Belle époque

ECRANS | Nicolas Bedos est-il un jeune vieux ? Si Monsieur & Madame Adelman avait dans son projet l’ambition encyclopédique d’embrasser une (double) vie, La (...)

Vincent Raymond | Mardi 5 novembre 2019

La Belle époque

Nicolas Bedos est-il un jeune vieux ? Si Monsieur & Madame Adelman avait dans son projet l’ambition encyclopédique d’embrasser une (double) vie, La Belle Époque — et bientôt OSS 117 : Alerte rouge en Afrique noire, semble-t-il — accréditent la thèse d’une nostalgie un peu paradoxale pour des années 1970 qu’il n’a pas connues. Se livrerait-on à la psychanalyse de comptoir (avec le personnage de Fanny Ardant, psy reconvertie dans le numérique, on se sent presque autorisé), qu’on y verrait comme un fantasme de résurrection de cette époque où son père, dont il est le clone, régnait au music-hall. Mais laissons cette hypothèse. À peine un « grand film malade » (pour reprendre le mot de Truffaut), plutôt un Leo McCarey mort-né, La Belle Époque agace parce qu’il tape à côté en gâchant une jolie idée. L’argument central, la “guérison amoureuse“ de Victor, se trouve en effet pollué par une sous-intrigue sentimentale déplaçant le centre de gravité vers l’égotique organisateur des reconstitutions — en clair, le metteur en

Continuer à lire

Quentin se fait son cinéma : "Once Upon a Time… in Hollywood"

ECRANS | Hollywood, 1969. Rick Dalton, vedette sur le déclin d’une série TV, Cliff Booth, son cascadeur homme à tout faire ; leur voisine, la jeune comédienne Sharon (...)

Vincent Raymond | Mercredi 14 août 2019

Quentin se fait son cinéma :

Hollywood, 1969. Rick Dalton, vedette sur le déclin d’une série TV, Cliff Booth, son cascadeur homme à tout faire ; leur voisine, la jeune comédienne Sharon Tate, épouse Polanski : trois destins parallèles et convergents dans une ville entre décors, faux-semblants et rêves brisés… Lors de l’une de ses venues au Festival Lumière, Quentin Tarantino avait concocté une sélection de films portant l’estampille 1970. Au-delà du nombre rond, cette année charnière marque en effet l’ancrage définitif du Nouvel Hollywood, l’irrésistible ascension de ses nouveaux moguls et l’inéluctable déclin des anciens nababs. Autant dire que le choix de 1969 pour situer cette semi-fiction est signifiant : il correspond à la fin d’un âge d’or — en tout cas idéalisé par ceux qui l’ont vécu a posteriori. Et à travers l’écran d’argent. Dans sa reconstitution appliquée, Tarantino est loin de tout repeindre en rose pailleté, même si la tentation est grande : le Hollywood de 1969 transpire de coolness ambiante, d’érotisme débridé, ruisselle de musiques indépassables —

Continuer à lire

Benoît Forgeard : « à force de laisser entrer les IA dans le quotidien, il va devenir de difficile de leur résister »

ECRANS | Après Gaz de France, vous continuez avec un scénario racontant une sorte de fin de monde… Benoît Forgeard : Oui c’est vrai : c’est ça la définition (...)

Vincent Raymond | Mercredi 26 juin 2019

Benoît Forgeard : « à force de laisser entrer les IA dans le quotidien, il va devenir de difficile de leur résister »

Après Gaz de France, vous continuez avec un scénario racontant une sorte de fin de monde… Benoît Forgeard : Oui c’est vrai : c’est ça la définition d’apocalypse d’ailleurs : pas forcément la destruction de la planète, plutôt le début d’un nouveau monde. Comment Yves a-t-il germé dans votre esprit ? Pendant plusieurs années, je faisais des pitchs de films imaginaires pour la revue So Film, et j’avais pour habitude de les écrire de façon assez poétique, sans trop me soucier de leur faisabilité. Là, j’étais allé à une conférence sur la domotique au Collège de France ; un spécialiste parlait des IA domestiques qui allaient arriver dans les maisons, notamment de la voiture automatique de demain qui lorsqu’elle percevra l’abaissement de vos paupières, prendra le contrôle du véhicule, se mettra sur le côté et appellera un proche (rires). Quand j’ai entendu ça, je me suis dit qu’il y avait une possibilité de faire une comédie : le potentiel burlesque est important dans cette idée que les IA prennent des initiatives.

Continuer à lire

Robot après tous : "Yves"

ECRANS | En galère personnelle et artistique, Jérem (William Lebghil) s’est installé chez sa feue grand-mère pour composer son album. Mentant sur sa situation, il (...)

Vincent Raymond | Mercredi 26 juin 2019

Robot après tous :

En galère personnelle et artistique, Jérem (William Lebghil) s’est installé chez sa feue grand-mère pour composer son album. Mentant sur sa situation, il s’inscrit pour devenir testeur d’un réfrigérateur tellement intelligent baptisé Yves qu'il va devenir son valet, son confident, son inspirateur et finalement son rival… Mieux vaut rire, sans doute, de la menace que constituent les progrès de l’intelligence artificielle et le déploiement – l’invasion – des objets connectés dans l’espace intime. D’un rire couleur beurre rance, quand chaque jour apporte son lot "d’innovations" dans le secteur du numérique et des assistants personnels ou de l’agilité des robots androïdes. Sans virer dans le catastrophisme ni prophétiser pour demain le soulèvement des machines décrit par la saga Terminator, mais en envisageant un après-demain qui déchante lié à l’omniprésence de ces technologies ou à notre tendance à tout leur déléguer inconditionnellement. Mister Freezer Yves n’es

Continuer à lire

« Ce film est une tragédie grecque dans un sous-marin aujourd’hui »

ECRANS | Pour une première réalisation de long-métrage, vous vous êtes imposé un double défi : signer un quasi huis clos en tournant dans des sous-marins, mais aussi (...)

Vincent Raymond | Lundi 25 février 2019

« Ce film est une tragédie grecque dans un sous-marin aujourd’hui »

Pour une première réalisation de long-métrage, vous vous êtes imposé un double défi : signer un quasi huis clos en tournant dans des sous-marins, mais aussi donner de la visibilité au son… Antonin Baudry : C’était l’une des composantes, dans l’idée de créer un espace immersif. Il fallait d’abord reproduire le son et ensuite avoir une représentation visuelle des choses qu'on entend, et une représentation dans le son des choses qu'on voient. C’est envoûtant : on a essayé de recréer des écrans à la fois beaux et réalistes, qui jouent narrativement, politiquement également. Cela fait partie du décor, du rapport entre les êtres humains et les machines, les sonars, donc de la problématique du film. Le terme “Chant du Loup“ préexistait-il ? AB : C'est le nom que l’on donne souvent à des sonars ennemis, parce qu’il reflète cette notion de danger. Une fois, quand j'étais à bord d’un sous marin à moitié en exercice et en mission, une espèce de sirène a retenti et j'ai vu que tout le monde se crispait un peu. J’ai entendu quelqu'un qui disait : « Arrêtez ! C'est le chant du loup ! » C

Continuer à lire

Le Chant du loup

ECRANS | L'ouïe hors du commun de Chanteraide lui permet d’identifier grâce à sa signature sonore n’importe quel submersible ou navire furtif. Mais à cause d’une (...)

Vincent Raymond | Mercredi 13 février 2019

Le Chant du loup

L'ouïe hors du commun de Chanteraide lui permet d’identifier grâce à sa signature sonore n’importe quel submersible ou navire furtif. Mais à cause d’une hésitation, l’infaillibilité du marin est remise en cause. Une crise nucléaire sans précédent va pourtant le rendre incontournable… Scénariste sous le pseudonyme d’Abel Lanzac de la série BD et du film Quai d’Orsay, le diplomate Antonin Baudry change de “corps“ mais pas d’état d’esprit en signant ici son premier long-métrage : une nouvelle fois en effet, c’est une certaine idée du devoir et de la servitude à un absolu qu’il illustre. Les sous-mariniers forment un “tout“ dévoué à leur mission, comme le ministre des Affaires étrangères l’était à sa “vision“ d’une France transcendée par sa propre geste héroïque. Mais s’il s’agit de deux formes de huis clos (l’un dans cabinets dorés du pouvoir, l’autre parmi les hauts fonds), tout oppose cinématographiquement les projets. Le Chant du loup assume l’audace rare dans le paysage hexagonal de conjuguer intrigue de géopolitique-fiction f

Continuer à lire

Toxic Affair : "Phantom Thread"

ECRANS | Il y a quelque malice à sortir le nouvel opus de Paul Thomas Anderson le jour de la Saint-Valentin. Car si l’amour et la passion sont au centre de (...)

Vincent Raymond | Lundi 12 février 2018

Toxic Affair :

Il y a quelque malice à sortir le nouvel opus de Paul Thomas Anderson le jour de la Saint-Valentin. Car si l’amour et la passion sont au centre de Phantom Thread, ils ne sont en rien conventionnels ni réductibles au chromo du couple de tourtereaux roucoulant ses vœux sucrés sur fond de cœur rose. La relation ici dépeinte — ou plutôt brodée — tiendrait plutôt d’un ménage à quatre où Éros partagerait sa couche enfiévrée avec Thanatos ; où les corps à corps psychologiques supplanteraient les cabrioles et le climax du plaisir serait atteint en habillant plutôt qu’en dévêtant ses partenaires. Rien d’étonnant, au demeurant, étant donné le contexte… Couturier britannique, le réservé Reynolds Woodcock règne sur la haute société de l’après-guerre grâce à son génie créatif, sa prévenante séduction et la main de maîtresse de sa sœur Cyril, en charge du business comme de la “gestion” des muses qu’il consomme. Un jour d’errance, son attention est captée par une serveuse, Alma, dont il fait sa nouvelle égérie, mais qu’il ne pourra pas jeter comme les autres… Paul Estomac Anderson

Continuer à lire

Happy End

ECRANS | Après avoir causé la mort de sa mère dépressive par surdose d’anxiolytique, une pré-adolescente débarque chez son chirurgien de père, qui partage la demeure (...)

Vincent Raymond | Mardi 3 octobre 2017

Happy End

Après avoir causé la mort de sa mère dépressive par surdose d’anxiolytique, une pré-adolescente débarque chez son chirurgien de père, qui partage la demeure familiale calaisienne avec un patriarche réclamant l’euthanasie, une sœur entrepreneuse en plein tracas professionnels… Toujours aussi jovial, Michael Haneke convoque ici des figures et motifs bien connus pour une mise en pièce classique d’une caste déclinante, résonnant vaguement avec l’actualité grâce à l’irruption un tantinet artificielle de malheureux migrants. Dans le rôle du patriarche appelant la mort, Trintignant joue une extension de son personnage de Amour — il y fait explicitement allusion ; quant à Huppert, elle fronce le museau, écarquille les sourcils et incarne un bloc de béton congelé — quelle surprise ! Happy End ressemble hélas à du Haneke en kit : si tous les éléments habituels dérangeants sont là, manque un liant — comme la durée obstinée des plans, par exemple. Privé des longues séquences de tension fais

Continuer à lire

"M. & Mme Adelman" : un ego trip visant à côté

ECRANS | M. & Mme Adelman a une ambition qui va au-delà des a priori existants sur l’ex-miss météo et l’ex-chroniqueur tête à claques. S’inspirant ouvertement de (...)

Julien Homère | Mardi 14 mars 2017

M. & Mme Adelman a une ambition qui va au-delà des a priori existants sur l’ex-miss météo et l’ex-chroniqueur tête à claques. S’inspirant ouvertement de Citizen Kane, le film est un flashback fleuve, retraçant l’histoire d’amour entre Sarah Adelman et son mari décédé. Relecture des années 1970, ce long souvenir narré formule le seul atout de l’œuvre où les performances d’acteurs sont crédibles et le romantisme s’assume à travers une dramaturgie maîtrisée. Mais les défauts sur les scènes au temps présent trahissent cette note d’intention originelle. Au rayon des maladresses grossières, citons Jack Lang dans son propre rôle, lien ridicule malgré lui avec le réel et le twist final déplacé, sapant toute émotion post-générique. Se rêvant grands dés leur premier essai, Bedos et Tillier visent à côté, pris au piège par leurs citations écrasantes. M. & Mme Adelman De Nicolas Bedos (Fr, 2h) avec Nicolas Bedos, Doria Tillier, Pierre Arditi…

Continuer à lire

"De plus belle" : à la fleur de l’âge

ECRANS | Quadragénaire recroquevillée sur ses complexes, Lucie vient de se rétablir d’une chimiothérapie et conserve des séquelles psychologiques de sa maladie. Si elle (...)

Vincent Raymond | Mardi 14 mars 2017

Quadragénaire recroquevillée sur ses complexes, Lucie vient de se rétablir d’une chimiothérapie et conserve des séquelles psychologiques de sa maladie. Si elle ne peut hélas compter sur l’affection de sa mère, qui ne cesse de la rabrouer, elle va trouver en Clovis, un dragueur compulsif et Dalila, une danseuse optimiste, deux soutiens pour affronter la vie. À nouveau. Non, De plus belle n’est pas un film SUR le cancer — sujet terrifiant, et repoussoir s’il en est ; il se situe dans sa périphérie. Abordant surtout la question de la guérison, il s’intéresse moins à celle du corps qu’à la résorption des blessures narcissiques. Tout aussi douloureuses que les affections physiologiques laissant cicatrices ou mutilations, ces dommages collatéraux invisibles sont rarement traités. Pourtant, la restauration de l’estime de soi est aussi décisive dans un processus de rétablissement que le soutien des proches ou le suivi thérapeutique. Cette première réalisation, si elle n’est pas exempte de petites incertitudes, touche par son attention portée aux écorché(e)s et aux meurtri(e)s. Alors qu’on assène ordinairement la joie de comme une évidence,

Continuer à lire

De plus belle

ECRANS | Cela faisait bien longtemps qu’on ne l’avait pas vu à Lyon, où il avait laissé un grand souvenir lors de l’avant-première au CNP Terreaux de son film (...)

Vincent Raymond | Mardi 28 février 2017

De plus belle

Cela faisait bien longtemps qu’on ne l’avait pas vu à Lyon, où il avait laissé un grand souvenir lors de l’avant-première au CNP Terreaux de son film Assassin(s). Mathieu Kassovitz revient pour accompagner Anne-Gaëlle Daval lors de l’avant-première de De plus belle, son premier long-métrage, ainsi que sa partenaire à l’écran et comédienne principale du film, Florence Foresti. Voilà du beau monde à accueillir… De plus belle Au Pathé Bellecour le vendredi 3 mars à 20h

Continuer à lire

Fincher en Lumière

ECRANS | Un quart de siècle déjà qu’il retourne les perspectives cinématographiques, prend du champ avec les codes et donne de la profondeur aux grands genres. David (...)

Vincent Raymond | Mardi 3 janvier 2017

Fincher en Lumière

Un quart de siècle déjà qu’il retourne les perspectives cinématographiques, prend du champ avec les codes et donne de la profondeur aux grands genres. David Fincher n’a signé que dix longs-métrages depuis 1992, mais il n’a à rougir d’aucun d’entre eux — qui peut se targuer de pareil bilan ? Cinématographiquement parlant, c’est en prenant les commandes d’Alien3 qu’il “voit le jour”. Le troisième opus d’un saga initiée par Ridley Scott où il succède à James Cameron et précède Jean-Pierre Jeunet — une bien belle collection d’obsédés visuels. Comme la plupart d’entre eux, il a auparavant poli son style dans les formats courts : des clips et pubs de prestige (Englishman in New York pour Sting, Staight Up pour Paula Abdul). Si le xénomorphe lui permet de mettre un pied à Hollywood, il s’y installe totalement dès son thriller suivant, Seven (1995), concentré pervers de virtuosité mais aussi réunion d’icônes émergentes : son futur interprète fétiche Brad Pitt et sa compagne d’alors

Continuer à lire

Quentin Tarantino pour l'ouverture du festival Lumière

ECRANS | Le Festival Lumière vient de dévoiler une surprise : la venue de Quentin Tarantino pour l'ouverture, trois ans après son prix Lumière. Il assistera à la (...)

Vincent Raymond | Mercredi 5 octobre 2016

Quentin Tarantino pour l'ouverture du festival Lumière

Le Festival Lumière vient de dévoiler une surprise : la venue de Quentin Tarantino pour l'ouverture, trois ans après son prix Lumière. Il assistera à la projection de Butch Cassidy et le Kid, le western que George Roy Hill tourna un casting de choc : Paul Newman, Robert Redford (son future duo gagnant de L'Arnaque) et Katharine Ross. Le film sera présenté en 35mm. Ce sera le samedi 8 octobre à 18h, à la Halle Tony Garnier.

Continuer à lire

De l'art de l'insolence

ARTS | « Jamais nous n'avons été aussi libres que sous l'occupation allemande », écrivait, provocateur, Jean-Paul Sartre en 1944... L'Iran n'est pas un pays (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 27 septembre 2016

De l'art de l'insolence

« Jamais nous n'avons été aussi libres que sous l'occupation allemande », écrivait, provocateur, Jean-Paul Sartre en 1944... L'Iran n'est pas un pays occupé, certes, mais la censure y pèse de son poids qui n'est pas de plume, sur la création artistique. Le ministère de la Guidance islamique (équivalent du ministère de la Culture) soumet toute pièce de théâtre à son autorisation préalable, interdit aux chanteuses d'enregistrer un disque, hommes et femmes ne peuvent pas se toucher entre eux sur scène... Malgré cela, la vie créative bouillonne toujours à Téhéran, jouant avec les limites du permis, bricolant des systèmes D, contournant la censure. C'est ce que montre le projet photographique de Jérémy Suyker, exposé à l'Atelier Item et publié

Continuer à lire

Paul Thomas Anderson réalise le nouveau clip de Radiohead

MUSIQUES | Radiohead s'est offert Paul Thomas Anderson (Inherent Vice, Magnolia...) pour la réalisation de son tout nouveau clip Present Tense, tourné en Californie (...)

Sébastien Broquet | Vendredi 16 septembre 2016

Paul Thomas Anderson réalise le nouveau clip de Radiohead

Radiohead s'est offert Paul Thomas Anderson (Inherent Vice, Magnolia...) pour la réalisation de son tout nouveau clip Present Tense, tourné en Californie en août dernier et nouvel extrait de l'album A Moon Shaped Pool. À savourer ici :

Continuer à lire

Le pouvoir des mots

CONNAITRE | Le 9 décembre 1964, le journal Clarté invitait Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Jean-Pierre Faye, Jorge Semprun et quelques autres à répondre à la (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mercredi 2 mars 2016

Le pouvoir des mots

Le 9 décembre 1964, le journal Clarté invitait Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Jean-Pierre Faye, Jorge Semprun et quelques autres à répondre à la question : « Que peut la littérature ? ». Le débat entre le structuralisme et l'existentialisme battait son plein, mais Sartre lui-même, à cette époque, avait dépassé l'idée de l'écrivain ou de l'intellectuel engagé à la Zola ou à la Gide, simple dénonciateur de l'état du monde dans les pages des journaux et des livres. Il déclarait même en avril 1964 : « J'ai vu des enfants mourir de faim. En face d'un enfant qui meurt, La Nausée ne fait pas le poids. ». Dans son intervention, Sartre se focalise sur l'expérience du lecteur, expérience de liberté selon lui où le lecteur accède à un nouveau sens possible et global de son existence : « il s'agit simplement de lui donner une sorte de sens total de lui-même, avec l'impression que c'est la liberté qu'il y a derrière, qu'il a vécu un moment de liberté, en s'échappant et en comprenant plus ou moins nettement ses conditionnements sociaux et autres. » La littérature n'est pas hors du monde, mais expérience nouvelle du monde, inventant des lign

Continuer à lire

Les Huit salopards

ECRANS | De par sa connaissance monstrueuse du cinéma et son admiration pour Howard Hawks, Tarantino devait s’y attendre : lorsque l’on commence à s’immiscer dans (...)

Vincent Raymond | Mardi 5 janvier 2016

Les Huit salopards

De par sa connaissance monstrueuse du cinéma et son admiration pour Howard Hawks, Tarantino devait s’y attendre : lorsque l’on commence à s’immiscer dans l’univers du western, s’en extraire n’a rien d’une sinécure. Une question d’adhérence (celle du sang frais et visqueux aux bottes ?) ou d’adhésion intime à sa logique dramaturgique parfaite et épurée. Car l’Ouest n’est pas un monde sans foi ni loi. Connaissant des règles absolues et définitives, il séduit par sa radicalité claire, impitoyable, ne souffrant pas la moindre circonstance atténuante. L’Histoire américaine s’y est écrite, forgée à partir de mythes (con)fédérateurs. Depuis, nombreux sont les auteurs et cinéastes à être venus puiser dans cet immense territoire narratif, cet idéal de liberté faisant figure de paradis perdu et abstraction du rigorisme moral contemporain — tel Tarantino. Vous ne trouverez donc pas de minauderies hypocrites dans Les Huit salopards, ni de révisionnisme des comportements d’époque pour éviter de heurter nos ligues de vertu d’aujourd’hui. Puisque l’histoire se déroule après la Guerre de Sécession, ça fume, ça boit, ça jure, ça donne du «nigger», ça

Continuer à lire

L’Art de la fugue

ECRANS | Tiré d’un best-seller de Stephen McCauley, L’Art de la fugue se présente en film choral autour de trois frères tous au bord de la rupture : Antoine se (...)

Christophe Chabert | Mardi 3 mars 2015

L’Art de la fugue

Tiré d’un best-seller de Stephen McCauley, L’Art de la fugue se présente en film choral autour de trois frères tous au bord de la rupture : Antoine se demande s’il doit s’engager plus avant avec son boyfriend psychologue ; Gérard est en instance de divorce avec sa femme ; et Louis entame une relation adultère alors qu’il est sur le point de se marier. Le tout sous la férule de parents envahissants et capricieux — savoureux duo Guy Marchand / Marie-Christine Barrault. On sent que Brice Cauvin aimerait se glisser dans les traces d’une Agnès Jaoui — ici actrice et conseillère au scénario — à travers cette comédie douce-amère à fort relents socio-psychologiques. Il en est toutefois assez loin, notamment dans des dialogues qui sentent beaucoup trop la télévision — les personnages passent par exemple leur temps à s’appeler par leurs prénoms, alors qu’ils sont à dix centimètres et qu’ils entretiennent tous des liens familiaux ou professionnels… C’est un peu pareil pour la mise en scène, plus effacée que transparente, tétanisée à l’idée de faire une fausse note. Malgré tout cela, le film se laisse voir, il arrive même à être parfois touchan

Continuer à lire

Inherent Vice

ECRANS | Quelque part dans les volutes de la Californie psychédélique au début des années 70, Doc Sportello semble sortir d’un rêve évaporé lorsqu’il voit surgir chez lui (...)

Christophe Chabert | Mardi 3 mars 2015

Inherent Vice

Quelque part dans les volutes de la Californie psychédélique au début des années 70, Doc Sportello semble sortir d’un rêve évaporé lorsqu’il voit surgir chez lui son ex-petite amie, Shasta Fay, qui lui annonce qu’elle est tombée amoureuse d’un richissime promoteur immobilier — marié — et dont elle soupçonne qu’on ourdit un complot contre lui. Sportello, qui exerce la fonction de détective privé, décide d’enquêter, moitié par amour envers cette fille qu’il n’arrive pas à s’enlever de la tête, moitié par curiosité professionnelle envers un monde bien éloigné de celui de la contre-culture beatnik, adepte de drogues et de nonchalance cool, dans lequel il baigne. Raconté comme ça, le point de départ d’Inherent Vice rappelle inévitablement les romans noirs de Raymond Chandler, ainsi que ses relectures iconoclastes par Robert Altman — Le Privé — ou les frères Coen — The Big Lebowski. Sauf que Paul Thomas Anderson n’adapte pas l’auteur du Grand Sommeil, mais un autre immense romancier américain, Thomas Pynchon. Et si Vice caché se nourrissait de cette mythologie propre à la littérature criminelle, il la cabossait par un réf

Continuer à lire

Paul Thomas Anderson et Joaquin Phoenix à l'Institut Lumière

ECRANS | C'est un sacré événement que propose l'Institut Lumière : l'avant-première d'Inherent Vice, le nouveau film de Paul Thomas Anderson, en présence du réalisateur et (...)

Christophe Chabert | Jeudi 15 janvier 2015

Paul Thomas Anderson et Joaquin Phoenix à l'Institut Lumière

C'est un sacré événement que propose l'Institut Lumière : l'avant-première d'Inherent Vice, le nouveau film de Paul Thomas Anderson, en présence du réalisateur et de son acteur, Joaquin Phoenix, le samedi 24 janvier à 20h. Adapté d'un roman du génial Thomas Pynchon (Vice caché, en français), le film est un polar situé dans les années 70, qu'on annonce dans la lignée du précédent P. T. Anderson, le fabuleux The Master. Les réservations pour l'avant-première seront ouvertes demain à 11h...

Continuer à lire

Vie sauvage

ECRANS | Dans l’introduction coup de poing de Vie sauvage, Cédric Kahn retrouve l’énergie et la vitesse de son précédent et très beau long-métrage, Une vie meilleure. (...)

Christophe Chabert | Mardi 28 octobre 2014

Vie sauvage

Dans l’introduction coup de poing de Vie sauvage, Cédric Kahn retrouve l’énergie et la vitesse de son précédent et très beau long-métrage, Une vie meilleure. Une femme — Céline Salette, toute en dreads crasseuses, dont l’absence marquera durablement le reste du film, preuve de sa qualité avérée de comédienne — quitte précipitamment sa caravane en emportant ses deux enfants pour se réfugier chez ses parents. Caméra à l’épaule sportive chevillée à des corps tremblants et frénétiques, à la limite de l’hystérie : Kahn rappelle ce que son cinéma doit à Pialat, notamment ses premiers films. Le cinéaste maintient cette nervosité jusqu’à ce que le père des gosses — Mathieu Kassovitz — les kidnappe à son tour. Ils trouvent refuge à la campagne, dans une communauté de hippies contemporains, avec cracheurs de feu et joueurs de djembé, altermondialistes radicaux ayant rompu les ponts avec la modernité. Ce n’est pas qu’une planque commode ; c’est aussi un vrai choix de la part de ce paternel parano qui vomit la société de consommation et le confort bourgeoi

Continuer à lire

Lumière 2014 : Alien, une histoire de cinéastes

ECRANS | 1979 : Alien, Ridley Scott Alors que les golden boys du Nouvel Hollywood connaissent des fortunes diverses — gloire pour Spielberg et Lucas, temps (...)

Christophe Chabert | Lundi 13 octobre 2014

Lumière 2014 : Alien, une histoire de cinéastes

1979 : Alien, Ridley Scott Alors que les golden boys du Nouvel Hollywood connaissent des fortunes diverses — gloire pour Spielberg et Lucas, temps difficiles pour Coppola et Cimino, vitesse de croisière pour De Palma — les studios découvrent les vertus d’une génération d’Anglais venus de la pub et du clip : Alan Parker, Adrian Lyne et enfin Ridley Scott, peu de temps avant son frère Tony, passent à la mise en scène de cinéma. Scott, remarqué pour le beau Duellistes, se retrouve aux manettes d’Alien et invente le film d’horreur galactique, à la direction artistique impeccable, misant sur le suspense et la suggestion, montrant des ouvriers de l’espace aux prises avec un monstre viscéral. Les inoubliables visions de ce premier film ont posé la mythologie Alien : les face huggers, l’accouchement abdominal de la bête et, moins horrible, Sigourney Weaver en survivante sexy et virile. 1986 : Aliens, le retour, James Cameron Cameron sort du succès surprise de Terminator et empoigne cette suite pour en faire un film raccord avec l’état d’esprit du cinéma américain des années 80 : un Vi

Continuer à lire

Gone Girl

ECRANS | Dans le commentaire audio de The Game, David Fincher affirme qu’il avait tourné là son dernier film pensé pour le soir de sa «première». Tournant majeur qui (...)

Christophe Chabert | Mardi 7 octobre 2014

Gone Girl

Dans le commentaire audio de The Game, David Fincher affirme qu’il avait tourné là son dernier film pensé pour le soir de sa «première». Tournant majeur qui consiste à ne plus vouloir scotcher le spectateur sur son siège par une succession d’effets de surprise, mais à s’inscrire dans un temps plus long où le film gagnerait en profondeur et en complexité, révélant à chaque vision de nouvelles couches de sens. C’est ce qui a fait, en effet, le prix de Fight Club, Zodiac et The Social Network. Gone Girl, cependant, a les apparences du pur film de «première» : le calvaire de Nick Dunne, accusé de la disparition de sa femme le jour de leur cinquième anniversaire de mariage, repose sur un certain nombre de retournements de situations importés du roman de Gillian Flynn qu’il convient de ne pas révéler si l’on veut en préserver l’efficacité. La matière est donc celle d’un bon thriller psychologique : un écriv

Continuer à lire

Le Dahlia Noir, œuvre au noir

CONNAITRE | "L'affaire du Dahlia Noir", c'est l'histoire d'un meurtre non élucidé, celui d'une jeune femme de vingt-deux ans à la chevelure florale, Elizabeth Ann (...)

Benjamin Mialot | Jeudi 14 novembre 2013

Le Dahlia Noir, œuvre au noir

"L'affaire du Dahlia Noir", c'est l'histoire d'un meurtre non élucidé, celui d'une jeune femme de vingt-deux ans à la chevelure florale, Elizabeth Ann Short, retrouvée mutilée dans un terrain vague du Los Angeles de l'immédiate après-guerre. C'est aussi et surtout le point de départ du roman le plus important de James Ellroy, polar vénéneux, cathartique – sous le vernis écaillé de l'enquête criminelle affleure l'adieu de l'auteur à sa propre mère assassinée – et, depuis sa parution en 1987, réputé inadaptable. A raison si l'on se réfère au film auto-parodique qu'en a tiré Brian De Palma.   A tort dans le cas de la bande

Continuer à lire

Programme complet du Cinéma Lumière

ECRANS | À l'heure du bouclage lundi dernier, nous ne disposions pas du programme de la semaine du Cinéma Lumière. Il est tronqué, et même faux, dans la version papier (...)

Nadja Pobel | Mercredi 6 novembre 2013

Programme complet du Cinéma Lumière

À l'heure du bouclage lundi dernier, nous ne disposions pas du programme de la semaine du Cinéma Lumière. Il est tronqué, et même faux, dans la version papier du journal parue ce mercredi. La programmation du 6 au 12 novembre est la suivante : Avant-première :The Immigrant V.O.De James Gray (EU, 1h57) Mer 21h15Furyo V.O.De Nagisa Oshima (1983, Jap, 2h06)Mer 16h30Une femme douceDe Robert Bresson (Fr, 1h28)Sam 14h30L'Ami retrouvé V.O.De Jerry Schatzberg (1h50)Sam 16h15 - lun 14h15L'Impasse V.O.De Brian de Palma (2h24)Sam 21h - dim 19h - lun 18h30 - mar 18h15Nos plus belles années V.O.De Sydney Pollack (1h58)Dim 16h45 - lun 16h15 - mar 21hRétrospective Tarantino

Continuer à lire

Tarantino et les glorieux inconnus du cinéma

ECRANS | En se choisissant comme Prix Lumière 2013 Quentin Tarantino, le festival du même nom a ouvert la boîte de Pandore. Non seulement Tarantino sera honoré, fêté, (...)

Christophe Chabert | Jeudi 10 octobre 2013

Tarantino et les glorieux inconnus du cinéma

En se choisissant comme Prix Lumière 2013 Quentin Tarantino, le festival du même nom a ouvert la boîte de Pandore. Non seulement Tarantino sera honoré, fêté, célébré, acclamé, non seulement l’intégralité de son œuvre sera présentée au public — dans des copies 35 mm, exigence non négociable du cinéaste lui-même — mais, en plus, il est allé fouiller le coffre à trésors de son château sur Hollywood Hills pour en ramener quelques films oubliés, réunis dans ce que le festival a nommé «un voyage personnel de Quentin Tarantino à travers le cinéma». La cinéphilie du réalisateur de Pulp fiction est du genre éclectique, mais il a ce goût de la perle rare et de l’œuvre que personne d’autre que lui ne connaît. Ce plaisir-là transparaît dans ses films, qui accumulent les références et les citations, faisant réapparaître à la surface le souvenir d’un petit maître laissé pour compte par les historiens du cinéma ou, plus fort encore, d’un acteur depuis longtemps relégué au second, troisième ou dernier plan, et qu’il remet au centre de l’écran. Qui connaissait vraiment Michael Parks avant que Tar

Continuer à lire

Insomniaque - Semaine du 16 au 22 octobre

MUSIQUES | 17.10 Join the Navy #1 Le Sirius flotte mais ne sombre pas. Au contraire : non seulement la péniche la plus rock'n'roll du quai Victor Augagneur a fêté (...)

Benjamin Mialot | Mercredi 9 octobre 2013

Insomniaque - Semaine du 16 au 22 octobre

17.10 Join the Navy #1 Le Sirius flotte mais ne sombre pas. Au contraire : non seulement la péniche la plus rock'n'roll du quai Victor Augagneur a fêté la semaine dernière son onzième anniversaire, mais elle inaugure ce jeudi un nouveau rendez-vous baptisé Join the Navy. Nul disco carnavalesque au programme de celui-ci, mais de la musique à guitares de premier choix, sélectionnée notamment par The Dukebox Stuntmen, duo marseillais aussi imposant - l'un ressemble à un gentleman belliqueux à la Bronson, l'autre à un wife-beater échappé d'un film de Rob Zombie, les deux aiment jouer avec le feu - que sudatoire

Continuer à lire

Lumière s’annonce brillant

ECRANS | Une heure pour les 3000 places du Prix Lumière, deux pour les 4600 places de la Halle et la clôture du festival. C’est le temps qu’il a fallu pour que les (...)

Christophe Chabert | Vendredi 4 octobre 2013

Lumière s’annonce brillant

Une heure pour les 3000 places du Prix Lumière, deux pour les 4600 places de la Halle et la clôture du festival. C’est le temps qu’il a fallu pour que les deux séances de Lumière 2013 rendant hommage à Quentin Tarantino affichent sold out, record qui n’est pas lié à la rareté des films présentés — Jackie Brown et Pulp fiction — mais bien à la présence du maître Quentin, sorte de cinéaste-cinéphile-DJ dont on murmure qu’il ira se mettre aux platines du Sucre après la remise de son prix ! Car si certains se lamentent de n’avoir pu récupérer un précieux ticket pour voir leur idole en chair et en os, qu’ils soient rassurés : Tarantino sera omniprésent au cours du festival, dirigeant sa version de la Sortie de l'usine Lumière et allant présenter les films qu’il a choisis dans sa «Proposition», mélange de curiosités absolues — Hitler dead or alive, Le Justicier du Minnesota, western post-Django de Corbucci, Le Spécialiste du même Corbucci avec notre Johnny national, Le Déserteur, film soviétique daté 1939 que Tarantino voulait absolument vo

Continuer à lire

Pulp fiction en clôture de Lumière - Actualisée

ECRANS | Sans grande surprise pour ceux qui avaient étudié attentivement le programme, c'est Pulp fiction et son réalisateur Quentin Tarantino qui viendront mettre (...)

Christophe Chabert | Mardi 24 septembre 2013

Pulp fiction en clôture de Lumière - Actualisée

Sans grande surprise pour ceux qui avaient étudié attentivement le programme, c'est Pulp fiction et son réalisateur Quentin Tarantino qui viendront mettre le point final au festival Lumière 2013, le dimanche 20 octobre à 15h à la Halle Tony Garnier. Le film, Palme d'or au festival de Cannes en 1994, a imposé le cinéaste sur le plan international, et n'a pas pris une ride depuis sa sortie. Les places seront en vente à partir de ce mercredi 25 septembre à 13h et, si tout se passe comme pour le Prix Lumière, elles devraient partir comme des petits pains. Et on ne s'y est pas trompé : les 4600 places de la Halle sont parties en deux heures top chrono ! Impressionnant, et sans doute désespérant pour ceux qui espéraient entrapercevoir le maître Tarantino. On leur donne un petit conseil d'ami : allez simplement voir des films à Lumière, il y a de fortes chances que vous l'y croisiez, et sans dotue pas très loin de là où vous serez assis…

Continuer à lire

Jackie Brown pour accompagner le Prix Lumière à Tarantino - Actualisée

ECRANS | C’est finalement Jackie Brown, troisième film de Quentin Tarantino, adapté du regretté Elmore Leonard et qui réunissait la star de la blaxploitation Pam (...)

Christophe Chabert | Mercredi 18 septembre 2013

Jackie Brown pour accompagner le Prix Lumière à Tarantino - Actualisée

C’est finalement Jackie Brown, troisième film de Quentin Tarantino, adapté du regretté Elmore Leonard et qui réunissait la star de la blaxploitation Pam Grier, le fidèle Samuel L. Jackson mais aussi Robert De Niro, Bridget Fonda, Michael Keaton et Robert Forster, qui sera projeté le vendredi 18 octobre à l’Amphithéâtre-Centre de Congrès de Lyon, pour accompagner la remise du Prix Lumière à son réalisateur. La soirée commencera à 19h45 par la remise du Prix et la projection aura lieu à 21h30 après une entracte. La billetterie, ouverte ce jeudi à 13h, a été littéralement prise d'assaut, si bien que toutes les places sont parties en quelques heures ! Le festival annonce toutefois que quelques unes seront sans doute remises en vente le soir-même à l'Amphithéâtre.

Continuer à lire

Looking for Eric

CONNAITRE | Nous vous l'annoncions la semaine dernière : l'événement BD de la rentrée est la venue, lundi 16 septembre à La BD et le lendemain chez Expérience, de Julie (...)

Benjamin Mialot | Mercredi 4 septembre 2013

Looking for Eric

Nous vous l'annoncions la semaine dernière : l'événement BD de la rentrée est la venue, lundi 16 septembre à La BD et le lendemain chez Expérience, de Julie Maroh, la trop peu créditée auteur de Le Bleu est une couleur chaude, juste et pathétique romance saphique qui a servi de matière première à la palmée Vie d'Adele d'Abdellatif Kechiche, à l'occasion de la parution de son nouvel ouvrage, le très fauviste Skandalon, dans lequel elle décortique avec une férocité jubilatoire les mécanismes de starification – on appréciera l'ironie de la situation - via la descente aux enfers d'une rock star. Mais c'était avant qu'une chafouine notification Facebook ne nous invite à prendre part au véritable événement BD de la rentrée : la dédicace, encore chez Expérience (lundi 16 septembre), puis chez Comics Zone (le 17), d'Eric Powell. La bagarre ! Ce nom ne vous évoque sans doute qu'une lointaine affaire d'armes de destructions massives invisibles. Il est en réalité celui d'une petite institution de la bande-dessinée d'Outre-Atl

Continuer à lire

Présentation du festival Lumière

ECRANS | Vous le savez, le cinéphile et de plus en plus radical Quentin Tarantino sera à l'honneur de la prochaine édition du festival Lumière, qui se tiendra du 14 au (...)

Benjamin Mialot | Jeudi 22 août 2013

Présentation du festival Lumière

Vous le savez, le cinéphile et de plus en plus radical Quentin Tarantino sera à l'honneur de la prochaine édition du festival Lumière, qui se tiendra du 14 au 20 octobre. Mais quid du reste du programme ? Pour s'en faire une idée, vous pouvez soit relire l'avant-papier rédigé par nos soins au moment de l'annonce du festival, soit vous procurer à sa sortie notre numéro 722 (daté du 4 septembre), soit assister, sur simple inscription au 04 78 78 18 85, à l'une des huit soirées de présentation qu'animera Maelle Arnaud, programmatrice de l'Institut Lumière. En voici les dates : Mardi 10 septembre à 19h et 20h30Jeudi 12 septembre à 19h et 20h30Samedi 14 septembre à 11h30Jeudi 3 octobre à 19h et 20h30Mardi 8 octobre à 19h

Continuer à lire

Tarantino : glourious basterd

ECRANS | Au terme d’un suspens soigneusement orchestré, c’est sous des hurlements de joie qu’a été annoncé le nom du cinquième Prix Lumière, qui sera remis le 18 octobre (...)

Christophe Chabert | Vendredi 21 juin 2013

Tarantino : glourious basterd

Au terme d’un suspens soigneusement orchestré, c’est sous des hurlements de joie qu’a été annoncé le nom du cinquième Prix Lumière, qui sera remis le 18 octobre prochain (avec, au passage, un petit changement de date, la cérémonie ayant lieu le vendredi et non plus le samedi) : Quentin Tarantino. Le cinéaste avait le profil parfait pour le recevoir, tant il mène une œuvre singulière et, son Django unchained l’a prouvé, sans doute déjà à son apogée ; mais il est aussi un cinéphile fervent, qui travaille à la redécouverte de films et d’auteurs oubliés, devenant au fil du temps, avec Martin Scorsese, un des plus grands défenseurs du patrimoine cinématographique. Ses trois derniers films — Boulevard de la mort, Inglourious Basterds et Django unchained — ont aussi démontré quelle haute idée Tarantino se faisait du cinéma et de son histoire, ceux-ci étant capables de venir panser les plaies de l’Histoire elle-même, inventant une sorte d’uchronie où les minorités persécutées — femmes, juifs ou noirs — prenaient une revanche sur leurs oppresseurs via leurs doubles de celluloïd. Le 35 mm fait de la résistance C’est aussi un d

Continuer à lire

Quentin Tarantino : un Prix Lumière cinéphile et fédérateur

ECRANS | Au terme d’un suspens soigneusement orchestré, c’est sous des hurlements de joie qu’a été annoncé le cinquième Prix Lumière, qui sera remis le 18 octobre (...)

Christophe Chabert | Jeudi 20 juin 2013

Quentin Tarantino : un Prix Lumière cinéphile et fédérateur

Au terme d’un suspens soigneusement orchestré, c’est sous des hurlements de joie qu’a été annoncé le cinquième Prix Lumière, qui sera remis le 18 octobre prochain (avec, au passage, un petit changement de date, la cérémonie ayant lieu le vendredi et non plus le samedi) à rien moins que Quentin Tarantino. Le cinéaste avait le profil parfait pour le recevoir, tant il mène une œuvre singulière et, son Django unchained l’a prouvé, sans doute déjà à son apogée ; mais il est aussi un cinéphile fervent, qui travaille à la redécouverte de films et d’auteurs oubliés, devenant au film du temps, avec Martin Scorsese, un des plus grands défenseurs du patrimoine cinématographique. Ces trois derniers films — Boulevard de la mort, Inglourious Basterds et Django unchained — ont aussi démontré quelle haute idée Tarantino se faisait du cinéma et de son histoire, ceux-ci étant capables de venir panser les plaies de l’Histoire elle-même, inventant une sorte d’uchronie où les minorités persécutées — femmes, juifs ou noirs — prenaient une revanche sur leurs

Continuer à lire

Rio répond à nouveau

ECRANS | Eldorado commercial à la formule perdue, le cinéma français populaire de qualité des années 60 et 70 se déguste aujourd’hui avec un zeste de nostalgie et un fond (...)

Christophe Chabert | Mercredi 5 juin 2013

Rio répond à nouveau

Eldorado commercial à la formule perdue, le cinéma français populaire de qualité des années 60 et 70 se déguste aujourd’hui avec un zeste de nostalgie et un fond de mauvaise foi. Il faut revoir L’Homme de Rio (1964) de Philippe De Broca pour comprendre que ce cinéma-là n’a jamais été l’égal de son cousin américain, même si il lui a fourni d’élégants brouillons — il y a du Indiana Jones dans L’Homme de Rio, notamment dans sa dernière demi-heure pleine de péripéties à base de grottes piégées et de jungle sauvage. De même, il faut remarquer qu’il tire profit des leçons de la Nouvelle Vague et de la fraîcheur filmique qu’elle a insufflée dans le cinéma français. À commencer par Belmondo, qui chambre avec le même charme canaille que chez Godard policiers et notables ; mais la mise en scène elle-même se soucie assez peu de cette "réalisation" qui glaçait les films commerciaux d’avant et pétrifie les films pour multiplexes de maintenant. De Broca n’a pas peur des faux raccords et des jump cuts, il privilégie le bloc qu’est la séquence plutôt que la fluidité dans l’enchaînement des plan

Continuer à lire

The Grandmaster

ECRANS | Le tournage épique de The Grandmaster, sa post-production sans fin — au point que l’on ne sait pas vraiment si la version sortie en salles ce mercredi (...)

Christophe Chabert | Mercredi 17 avril 2013

The Grandmaster

Le tournage épique de The Grandmaster, sa post-production sans fin — au point que l’on ne sait pas vraiment si la version sortie en salles ce mercredi est bien la dernière ! ont relancé la légende de Wong Kar-wai en cinéaste inconscient et indécis, perfectionniste tout en étant dans le doute permanent. Ce qui est assez remarquable à la vision du film, c’est que toutes ces contradictions sont à la fois sur l’écran et complètement balayées par l’inspiration constante qui le traverse. On sent ainsi que The Grandmaster est le réceptacle d’un certain nombre d’idées qui se sont agglomérées lors de sa fabrication : il y a la biographie d’Ip Man, le maître d’arts martiaux de Bruce Lee, mais racontée avant sa rencontre avec le petit dragon ; l’envie d’écrire l’histoire de la Chine des années 30, 40 et 50, et de l’immigration vers Hong Kong qui s’en est suivie ; enfin le désir, louable, de revenir au cinéma de genre après le pastiche stylistique un peu vain qu’était My blueberry nights. Mais tout cela entraîne d’autres idées, comme celle d’inventer un double fé

Continuer à lire

Amour & turbulences

ECRANS | La comédie française étant ce qu'elle est, massivement lourde et vulgaire, il lui fallait un truc pour tromper sa beaufitude. Depuis le succès de L'Arnacœur, (...)

Jerôme Dittmar | Mercredi 27 mars 2013

Amour & turbulences

La comédie française étant ce qu'elle est, massivement lourde et vulgaire, il lui fallait un truc pour tromper sa beaufitude. Depuis le succès de L'Arnacœur, la comédie romantique est ainsi devenue son nouvel horizon, supposé apporter supplément d'âme et élégance à un cinéma qui fait peine à voir. Nouveau film éjectable du genre, Amour & turbulences commence pile là où se matérialise le rêve frustré de la comédie frenchy : à New York, entre les deux appartements chics des personnages, couple séparé avec fracas et se retrouvant dans un avion pour Paris, où ils refont le film de leur histoire. Malgré un pitch respectable et une mise en scène chiadée s'acharnant à faire la pub de sa virtuosité, ce petit kaléidoscope du déboire amoureux ne débouche sur rien, sinon son envie d'imiter joliment un patron auquel il ne pige pas l'essentiel. Alourdi par des dialogues balourds, des personnages insipides et un casting sans charme (Bedos sauve à peine sa peau), l'apprenti Lubitsch Alexandre Castagnetti se crash dès le décollage. Jérôme Dittmar

Continuer à lire

Qui es-tu Django ?

ECRANS | Django unchained, hommage ou remix ? Les deux et plus encore. Au commencement il y a Django, légende du western italien. Année 1966 : dans la foulée de Pour (...)

Jerôme Dittmar | Jeudi 10 janvier 2013

Qui es-tu Django ?

Django unchained, hommage ou remix ? Les deux et plus encore. Au commencement il y a Django, légende du western italien. Année 1966 : dans la foulée de Pour une poignée de dollars, Sergio Corbucci explore le genre avec frénésie et s'inspire d'une BD où un personnage trimballe partout un cercueil. De cette figure, il tire une intrigue épurée (un pistolero venge sa femme tuée par un chef de gang raciste), prétexte à une relecture décharnée des Sept samurais. Plantant son décor dans un Far West fantomatique et boueux, peuplé de personnages violents et corrompus, Django se taille alors vite une réputation de petit objet déviant et sulfureux. Succès populaire, le film acquiert une telle aura qu'il engendre quantité de pseudo-suites, clones bâtards, les distributeurs étrangers ne se gênant pas pour rebaptiser Django tout ce qui vient d'Italie avec un colt. Il faut attendre 1987 pour enfin voir débarquer une suite, officielle, sans Corbucci aux commandes mais toujours Franco Nero dans le rôle titre (le Django original). Stallonemania oblige, le film a des airs de Rambo 2 dans l'Ouest - un juste retour des choses quand on sa

Continuer à lire

Django unchained

ECRANS | Première réaction à la sortie de ce Django unchained : Tarantino est fidèle à lui-même, et c’est pour ça qu’on aime son cinéma. De fait, ils sont peu aujourd’hui à (...)

Christophe Chabert | Lundi 7 janvier 2013

Django unchained

Première réaction à la sortie de ce Django unchained : Tarantino est fidèle à lui-même, et c’est pour ça qu’on aime son cinéma. De fait, ils sont peu aujourd’hui à offrir 2h45 de spectacle qui semblent passer en quelques minutes, sans pour autant renier le fondement de leur style : des scénarios écrits contre toutes les règles hollywoodiennes, privilégiant le dialogue et la durée des épisodes à une construction en trois actes où l’action et la parole sont dosées équitablement. Tarantino y ajoute cette élégance de mise en scène qui frappe dès le générique, où une chaîne d’esclaves torses nus et l’haleine fumante traverse de nuit une étendue aride et rocailleuse. Pourtant, il convient de tempérer ce jugement hâtif : oui, Tarantino est immense et oui, Django unchained est un très grand film, mais il n’est que l’aboutissement d’une mue amorcée entre les deux volumes de Kill Bill. Cette césure n’avait rien d’artificiel : elle marquait un tournant décisif, celui où le cinéaste cessait de déployer sa maestria en cinéphile compulsif visitant avec une gourmandise enfantine le cinéma bis, et où il donnait une réelle gravité à ses sujets, prenant ce qu’il montre

Continuer à lire

The Master

ECRANS | Depuis sa problématique mise en chantier, The Master était annoncé comme un film sur l’église de scientologie. Ce qui, de la part de Paul Thomas Anderson, (...)

Christophe Chabert | Mercredi 2 janvier 2013

The Master

Depuis sa problématique mise en chantier, The Master était annoncé comme un film sur l’église de scientologie. Ce qui, de la part de Paul Thomas Anderson, n’aurait pas été étonnant puisque son œuvre revient comme un aimant vers la question religieuse, tantôt pour en faire un soubassement moral (Magnolia), tantôt pour la mettre en pièces (le pasteur sournois incarné par Paul Dano dans There will be blood). Or, non seulement The Master ne parle pas directement de la scientologie — le «Maître» Lancaster Dodd a bien fondé une nouvelle doctrine, mais celle-ci s’appelle «La Cause» — mais surtout, il n’en fait jamais son sujet. Ce qui intéresse Anderson est ailleurs, et c’est ce qui rend le film si complexe — ses détracteurs diront "confus" : il ne se fixe jamais sur un sujet central, ou plutôt, celui-ci semble se déplacer à mesure que le récit avance. De l’alcool contre une famille Au départ, il y a un ancien soldat revenu brisé psychologiquement du front Pacifique, Freddie. Visiblement obsédé sexuel,

Continuer à lire

La Vie d'une autre

ECRANS | Pour son premier film, Sylvie Testud adapte La Vie d'une autre de Frédérique Deghelt, roman sous influence américaine à en juger par son pitch : alors (...)

Jerôme Dittmar | Vendredi 10 février 2012

La Vie d'une autre

Pour son premier film, Sylvie Testud adapte La Vie d'une autre de Frédérique Deghelt, roman sous influence américaine à en juger par son pitch : alors qu'elle termine ses études et tombe amoureuse, une jeune femme se réveille quinze ans plus tard, mariée, mère, aux commandes d'une multinationale et dans un appartement parisien à dix millions d'euros. Soit le script de Big ou de 30 ans sinon rien, en plus bourgeois et maquillé à la française. Quels enjeux une fois rigolé avec le gap spatio-temporel et cet autre moi (facile quand le personnage est blindé) ? Le comique s'évaporant, sans génie et plombé par Juliette Binoche à moitié folle, le film dévoile son intrigue : le couple en crise, situation difficile quand la veille on rencontrait l'autre. Il y avait de quoi s'amuser ou tirer une leçon de philosophie avec si peu. Testud tente le coup, mais se limite à un laïus flou sur le temps qui passe pour dire qu'il faut profiter de la vie. Bah oui, l'eau ça mouille.Jérôme Dittmar

Continuer à lire

Pixels, codes et signes

ECRANS | Livre / Le titre du court essai (93 pages) de Guillaume Orignac en dit déjà long sur sa thèse : David Fincher ou l’heure numérique. Pas «à» l’heure numérique, (...)

Dorotée Aznar | Jeudi 12 janvier 2012

Pixels, codes et signes

Livre / Le titre du court essai (93 pages) de Guillaume Orignac en dit déjà long sur sa thèse : David Fincher ou l’heure numérique. Pas «à» l’heure numérique, mais bien «ou» ; pour l’auteur, Fincher a défini les modalités de ce changement de paradigme où le numérique a remplacé l’argentique et l’analogique, et en a fait la matière de ses films sinon leur sujet. Reprenant le cinéma qui l’a marqué, celui des années 70 (Butch Cassidy et le kid, Les Trois jours du Condor, À cause d’un assassinat), il le met à jour grâce aux techniques contemporaines. Pour Fincher, «représenter un monde numérisé, c’est avant tout numériser sa représentation». L’interprétation des signes, grand enjeu du Nouvel Hollywood, devient alors leur simple reproduction (les pages de codes de Zuckerberg, les rébus du Zodiac ou l’appartement Ikea de Fight club). «Fincher ne filme pas les machines, rejetées dans le capharnaüm des technologies passées. Il s’intéresse à la langue qu’elles produisent et au bourdonnement des signes informatiques», écrit Orignac. Fincher utilise ainsi les possibilités offertes par le numérique (notamment e

Continuer à lire

Millénium : les hommes qui n'aimaient pas les femmes

ECRANS | Avant de voir Millénium, il faut d’abord oublier le médiocre (télé)film suédois sorti en 2009, première adaptation du best-seller de Stieg Larsson. Ce n’est pas (...)

Dorotée Aznar | Mercredi 11 janvier 2012

Millénium : les hommes qui n'aimaient pas les femmes

Avant de voir Millénium, il faut d’abord oublier le médiocre (télé)film suédois sorti en 2009, première adaptation du best-seller de Stieg Larsson. Ce n’est pas difficile, tant la mise en scène de David Fincher, impressionnante de fluidité et de rapidité, laisse loin derrière les laborieuses velléités illustratives de Niels Arden Oplev. Mais il faut aussi oublier le livre lui-même, et se comporter comme Fincher et son scénariste Steven Zaillan l’ont fait : doubler le plaisir feuilletonesque créé par une intrigue aux ramifications multiples d’un autre récit, purement cinématographique, qui n’aurait été qu’esquissé par l’auteur entre les lignes de son propre roman. De fait, si on a pu s’interroger un temps sur l’intérêt que Fincher portait à Millénium, et se demander s’il n’allait pas, comme à l’époque de Panic room, s’offrir un exercice de style récréatif avec cette nouvelle version, le générique (comme souvent chez lui) dissipe immédiatement les soupçons : sur une musique hardcore de Trent Reznor, Atticus Ross et Karen O., des corps noirs et liquides comme du p

Continuer à lire

«Je ne pouvais pas me défausser»

ECRANS | Quelle a été la prise de risque pour réaliser un film comme L’Ordre et la morale ?Mathieu Kassovitz : Il y en a eu deux : d’abord, faire des voyages pour (...)

Dorotée Aznar | Mercredi 9 novembre 2011

«Je ne pouvais pas me défausser»

Quelle a été la prise de risque pour réaliser un film comme L’Ordre et la morale ?Mathieu Kassovitz : Il y en a eu deux : d’abord, faire des voyages pour parler avec les gens, essayer d’obtenir leur accord, partir avec une équipe pour étudier comment on va faire le film, et revenir en disant qu’il n’y a pas de film, ça, c’est une prise de risque financière. On se retrouve avec beaucoup d’argent dehors et même pas le début d’une préparation. J’ai tenu pendant six ans avant de refiler le tout à mes producteurs, quand j’ai fermé ma boîte. L’autre prise de risque, la seule que je vois, c’est de ne pas rendre justice aux victimes de cette affaire, les Kanaks, de ne pas les rendre humains. Il fallait les sortir de la qualification de terroristes qu’on leur colle depuis trente ans. Au cœur du film se pose la question de l’intégrité, pour le personnage et pour vous cinéaste, afin d’être le plus juste face aux événements…En fait, Philippe ne s’est pas désengagé de ses responsabilités ; il est allé au bout. Quand on survole l’histoire, on peut trouver ça terrible : il a trahi, renié ses propres convictions, participé à

Continuer à lire

L'Ordre et la morale

ECRANS | L’Ordre et la morale, c’est d’abord la renaissance d’un cinéaste. Depuis La Haine, Mathieu Kassovitz s’était perdu en chemin. Démontrant une vaine virtuosité (...)

Dorotée Aznar | Mercredi 9 novembre 2011

L'Ordre et la morale

L’Ordre et la morale, c’est d’abord la renaissance d’un cinéaste. Depuis La Haine, Mathieu Kassovitz s’était perdu en chemin. Démontrant une vaine virtuosité ou poursuivant une laborieuse quête de sens, courant après Hollywood en espérant, à tort, être plus malin que le système, Kassovitz finissait par être l’homme d’un seul film. Comme conscient de ce long égarement, il reprend dans les premiers plans de L’Ordre et la morale les choses là où il les avaient laissées quinze ans avant : en voix-off et face caméra, Kassovitz-acteur commente un massacre sanglant dont il se sent responsable alors qu’il avait été appelé pour l’éviter. Mai 1988, Philippe Legorjus, capitaine du GIGN, assiste impuissant à l’assaut par l’armée d’une grotte à Ouvéa, Nouvelle-Calédonie, contre une poignée d’indépendantistes kanaks qui avait pris en otage des gendarmes du continent et des membres de son groupe d’intervention. Cette introduction rappelle le lendemain d’émeute de La Haine, et Kassovitz enfonce le clou en commençant son flash-back par un «J-10 avant l’assaut» qui, là encore, évoque les heures qui s’affichaient à l’écran de son mythique banlieue-film.

Continuer à lire

Fincher, 10 ans d’histoire

ECRANS | Dans Fight club, Edward Norton se retrouvait piégé dans un environnement aseptisé, reflet d’une société de consommation standardisée, made in Ikea, qu’il (...)

Christophe Chabert | Vendredi 8 octobre 2010

Fincher, 10 ans d’histoire

Dans Fight club, Edward Norton se retrouvait piégé dans un environnement aseptisé, reflet d’une société de consommation standardisée, made in Ikea, qu’il pulvérisera en s’inventant un double anarchiste et punk ; dans The Social Network, Mark Zuckerberg crée un site à travers lequel chacun peut se créer une identité virtuelle, dans laquelle on raconte sa vie, réelle ou fantasmée. Comme une parenthèse ouverte à l’aune des années 2000 et close quelques mois après leur fin, David Fincher a tourné deux films, l’un visionnaire, l’autre récapitulatif, sur le bouleversement majeur de la décennie : l’irruption du virtuel et du numérique comme un événement fondamental. Des rides et des pixels Cinématographiquement pourtant, tout a changé. La furia visuelle de Fight club, avec ses images subliminales, ses plans impossibles qui traversent les corps et les murs, ses décors qui s’animent comme un catalogue vivant, a laissé la place à un cinéma de la parole et des visages, où la direction artistique est toujours aussi remarquable mais nettement moins ostentatoire. Par ailleurs, les effets numériques de Fight club s

Continuer à lire

"The Social Network" : quand David Fincher conte la naissance de Facebook

ECRANS | Première séquence de The Social Network : Mark Zuckerberg et sa petite amie Erica discutent autour d’une bière. Il lui explique avec arrogance l’intérêt (...)

Christophe Chabert | Mercredi 6 octobre 2010

Première séquence de The Social Network : Mark Zuckerberg et sa petite amie Erica discutent autour d’une bière. Il lui explique avec arrogance l’intérêt d’entrer dans les clubs selects de Harvard, et qu’elle n’y parviendra pas sans lui ; en retour, elle le plaque sèchement, ce qui trouble à peine sa détermination. Prologue brillant où s’épanouit la verve inimitable d’Aaron Sorkin ; le créateur d’À la maison blanche retrouve ici son terrain de prédilection : les coulisses de l’Histoire racontées comme des marivaudages quotidiens, au plus près de la parole et des problèmes personnels de ses protagonistes. Restait à savoir comment le texte de ce virtuose allait être interprété par un cinéaste qu’on qualifie, par paresse, de "visuel" : David Fincher. Plus que jamais proche de l’intelligence cinématographique d’un Kubrick, Fincher a choisi d’adapter sa mise en scène à ce matériau scénaristique, ne cherchant ni à l’aérer, ni à l’agiter gratuitement, sans pour autant refuser d’y apposer une vision personnelle. C’est la première et immense qualité de The Social Network : la rencontre

Continuer à lire

Inglourious basterds

ECRANS | «Il était une fois dans la France occupée…» C’est le titre du premier chapitre d’Inglourious basterds. Comme le reste du film, ce chapitre est une séquence (...)

Dorotée Aznar | Jeudi 9 juillet 2009

Inglourious basterds

«Il était une fois dans la France occupée…» C’est le titre du premier chapitre d’Inglourious basterds. Comme le reste du film, ce chapitre est une séquence entière, ce qui représente en cinéma d’avant une «bobine» ; comme si Tarantino prenait comme rythme celui d’un projectionniste pour qui chaque passage d’une bobine à l’autre ouvrait sur un nouveau modèle de cinéma. Dans une ferme française, un nazi polyglotte (Christoph Waltz, immense révélation d’un casting fourni en talents) interroge un paysan pour obtenir des informations sur une famille juive. L’échange commence en Français, puis se poursuit en Anglais au prix d’un subtil dialogue qui renvoie avec malice aux conventions du «cinéma hollywoodien à l’étranger». Dans cette introduction brillante, Tarantino joue donc sur les codes du cinéma classique et sur leur relecture ironique par Sergio Leone, le tout appliqué à un sujet sérieux. Le triomphe du cinéma Dans le chapitre suivant, où l’on fait connaissance avec les «basterds» du sergent Raine (Brad Pitt), des juifs scalpeurs de nazis, Tarantino retrouve un territoire plus familier : un cinéma bavard mais badass. Va-t-il su

Continuer à lire

Blog : Bâtards !

ECRANS | C’était la guerre aux alentours du festival pour accéder aux projections, certains inventant des pancartes plutôt marrantes pour attendrir le festivalier (...)

Christophe Chabert | Jeudi 21 mai 2009

Blog : Bâtards !

C’était la guerre aux alentours du festival pour accéder aux projections, certains inventant des pancartes plutôt marrantes pour attendrir le festivalier chanceux doté d’une invitation. La plus drôle : «Je suis un Juif solitaire, auriez-vous une invitation ?». C’était la guerre pour voir la guerre selon Tarantino, Inglourious basterds, sans doute le film le plus attendu de la compétition. Et sur l’écran, de guerre, il n’y eût pas. On a trouvé la formule passe-partout pour parler du film (et prévenir le désenchantement de certains fans) : on pensait voir un Leone, et on a eu un Lubitsch. Cette équation posée, autant vous le dire tout de suite, Inglourious basterds est un grand film, une surprise seulement annoncée dans la carrière de Tarantino par le virage à mi-parcours de Boulevard de la mort. Le film est une comédie, une vraie, mais aussi une déclaration d’amour fracassante au cinéma. C’est aussi l’œuvre la moins référentielle du cinéaste qui, à l’inverse d’un Johnnie To par exemple, remplace le fétichisme cinéphile par une approche de plus en plus théorique de son art, sans perdre de vue le fait qu’il est avant tout un créateur ludique. Une comédie

Continuer à lire

Zodiac, director’s cut

ECRANS | Sortie discrètement en DVD et en Blu-Ray, cette édition director’s cut du Zodiac de David Fincher ne vaut pas tellement pour les quelques modifications, (...)

Christophe Chabert | Jeudi 26 février 2009

Zodiac, director’s cut

Sortie discrètement en DVD et en Blu-Ray, cette édition director’s cut du Zodiac de David Fincher ne vaut pas tellement pour les quelques modifications, assez subliminales, apportées par le cinéaste au montage salles. Elle mérite en revanche que l’on se penche sur les boni, tous passionnants, à commencer par le patient travail documentaire sur les faits d’origine, notamment avec les témoins de l’époque encore vivants. Où l’on comprend que Fincher et son scénariste ont cherché un maximum de réalisme dans leur approche, même si le cinéaste souligne aussi dans son commentaire audio pourquoi, à cette authenticité avérée, il a parfois donné des ajustements plus cinégéniques. Fincher, comme à son habitude, est beaucoup plus prolixe face à ses images que face à ceux qui l’interviewent : on a donc affaire à un pur auteur hollywoodien, à la fois bosseur et réfléchi, dans le faire mais aussi, quand même, dans la pensée. La grande surprise provient du second commentaire audio : les acteurs Jake Gyllenhaal, Robert Downey Jr, le scénariste James Van Der Bilt et le producteur Brad Fischer sont rejoints par le maître James Ellroy, intarissable d’éloges sur ce qu’il considère comme «

Continuer à lire