"The Jane Doe Identity" de André Øvredal : chair inconnue

ECRANS | de André Øvredal (G-B ; E-U, int. -12 ans avec avert., 1h39) avec Emile Hirsch, Brian Cox, Ophelia Lovibond…

Vincent Raymond | Mardi 30 mai 2017

Photo : © DR


Un médecin-légiste et son fils entreprennent la dissection du corps incroyablement intact d'une jeune inconnue trouvée sur une scène de crime barbare. Peu à peu, d'étranges phénomènes paranormaux interfèrent avec l'autopsie, menaçant leur santé mentale, voire leur vie…

Quasi huis clos en quasi temps réel, ce thriller horrifique dissimule sous sa gangue de série B une pulpe complexe, révélant à l'examen d'appétissants composants : traces d'Histoire, extraits de politique, essence de légendes urbaines… À la vérité, c'est la raison d'être du film d'épouvante que de transmuter des éléments sulfureux et de les hybrider avec des germes gothiques pour en tirer des allégories contemporaines : Hawks a ainsi évoqué le communisme dans The Thing (1951), Siegel le conformisme dans Body Snatchers (1956) et Coppola le sida dans son Dracula (1992).

André Øvredal crée donc un jeu de piste pour carabins à travers les organes de la malheureuse victime qui montre bien comment l'Homme réagit face à l'irrationnel : l'obscurantisme le condamne à la peur, à la cruauté destructrice et à la mort ; la science le guide vers son salut… Un film tranchant et maîtrisé, dûment couronné du Prix du Jury presse de la compétition longs-métrages lors de la dernière édition du festival Hallucinations Collectives.


The Jane Doe Identity

De André Ovredal (EU, 1h39) Un père et son fils travaillent ensemble à la morgue locale
Pathé Vaise 43 rue des Docks Lyon 9e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Prince of Texas

ECRANS | De David Gordon Green (ÉU, 1h34) avec Paul Rudd, Emile Hirsch…

Christophe Chabert | Lundi 28 octobre 2013

Prince of Texas

Après trois comédies graduellement décevantes, Prince of Texas marque le retour en forme de David Gordon Green, dont on avait tant aimé L’Autre rive. Retour discret toutefois : ce road movie minimaliste où deux hommes tracent une route au milieu de nulle part séduit par sa nonchalance, son humour pince-sans-rire et son goût des creux dramatiques. Il ne s’y passe donc pas grand chose, et lorsque des événements importants arrivent aux personnages, c’est hors de leur périmètre, méticuleusement respecté. Le film ne quitte donc jamais cette route sans début ni fin, mais y fait transiter des lettres, des anecdotes et des fantômes, le temps de séquences suspendues où les caractères vacillent peu à peu — le psychorigide comprend la vacuité de son existence, le chien fou se découvre doué d’une forme insoupçonnée de compassion. Petit film donc, parfait pour patienter avant le prochain David Gordon Green, Joe, avec Nicolas Cage. Christophe Chabert

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Killer Joe

ECRANS | À 77 ans, William Friedkin prouve qu’il n’a rien perdu de sa rage corrosive avec cette comédie très noire autour d’une famille de Texans dévorés par une même cupidité. Cru et violent, génialement écrit et servi par un casting parfait. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 29 août 2012

Killer Joe

Il y a deux types de cinéastes vieillissants : ceux qui adoptent une forme de sagesse et affinent film après film leur point de vue — l’école Eastwood ; et ceux qui s’autorisent un surcroît de fantaisie — l’école Resnais. En fait, il faut en ajouter un troisième, minoritaire : les metteurs en scène qui retrouvent dans cette dernière ligne droite une rage juvénile qu’on ne leur soupçonnait plus. Cela donne Battle Royale de Fukasaku et aujourd’hui cet incroyable Killer Joe d’un William Friedkin de retour au sommet. Bug, son film précédent, montrait déjà une hargne retrouvée, mais aussi des limites par rapport au matériau théâtral qu’il se contentait de transposer sagement à l’écran. L’auteur, Tracy Letts, est aussi celui de la pièce qui a inspiré Killer Joe ; cette fois, il a pris le temps de bosser avec Friedkin une vraie adaptation cinématographique, aérée et fluide, du texte original. Un choix plus que payant : le dialogue brillant de Letts trouve dans la mise en scène de Friedkin un allié de poids, le cinéaste étant trop content d’aller en découdre avec so

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Hôtel Woodstock

ECRANS | D’Ang Lee (ÉU, 2h02) avec Demetri Martin, Emile Hirsch, Liev Schreiber…

Christophe Chabert | Mardi 15 septembre 2009

Hôtel Woodstock

Le cinéphile français attaché à la politique des auteurs ne peut qu’être désorienté par le parcours du tandem Ang Lee/James Schamus (son scénariste attitré). Sans véritable thème (sinon, et encore, l’homosexualité), sans style visuel défini (avec des grands écarts entre la sophistication formelle de Hulk et la sobriété romanesque de Lust, caution), ces deux-là sont des caméléons promenant leur cinéma à travers le monde, les genres et les budgets. Hôtel Woodstock surfe ainsi sur la vague des 'feel good movies', avec une pointe de Wes Anderson en prime. Surprise : ce cocktail est franchement plaisant, et même euphorisant. Traitant le mythique festival de rock par le petit bout de la lorgnette (une famille juive coincée dont le fils pense effectuer une bonne affaire en faisant venir la manifestation dans la petite ville sans histoire où ses parents tiennent un hôtel), jusqu’à en éclipser toute image de concert, Hôtel Woodstock raconte l’anecdote et laisse la légende au documentaire de Michael Wadleigh, dont le film plagie les scories visuelles avec un certain brio. Évidemment, l’un n’est jamais très loin de l’autre : le vent de liberté (et de marijuana) va souffler sur ce foyer con

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Speed Racer

ECRANS | De Larry et Andy Wachowski (ÉU, 2h07) avec Emile Hirsch, Christina Ricci, Matthew Fox, John Goodman…

Christophe Chabert | Dimanche 15 juin 2008

Speed Racer

Speed Racer sort en France après s’être ramassé avec fracas dans tous les territoires où le film a été distribué, à commencer par son Amérique d’origine. Rude atterrissage pour les Wachowski après la trilogie Matrix… Entre temps, les frangins s’étaient illustrés en produisant leur adaptation de V pour Vendetta, une fable stupéfiante d’audace politique, dont ils avaient laissé la sage réalisation à James MacTeigue. Speed Racer, c’est l’anti-V pour Vendetta : un film décérébré mais d’une extrême sophistication formelle, un blockbuster expérimental pour enfants de 5 ans. Transposant une série d’animation japonaise sur de futuristes courses automobiles et leurs pilotes iconisés, ils inventent un univers ripoliné, où le virtuel est omniprésent au point que les acteurs, tous talentueux, ne ressemblent plus qu’à des papiers découpés perdu au milieu des effets spéciaux. Le scénario accumule les clichés, les situations sirupeuses, les bons sentiments et les méchants caricaturaux (à noter cependant que le mal absolu est une incarnation du capitalisme broyant les petits artisans passionnés !). Débile, et même débilitant, le

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Into the wild

ECRANS | Même s'il dilue la force de ses premiers films dans une mise en scène parfois attendue, Sean Penn confirme qu'il est un cinéaste important avec ce road-movie existentiel sur les traces du cinéma américain des 70's. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 23 janvier 2008

Into the wild

La légère déception ressentie face à Into the wild est facile à expliquer. Depuis qu'il a décidé de passer derrière la caméra, Sean Penn s'est transformé en poète d'une Amérique éternelle qu'il contemple avec un romantisme noir et élégiaque, empruntant parfois les codes du cinéma de genre pour mieux les renverser au profit de la tragédie de ses personnages. Indian runner, Crossing guard et surtout le fabuleux The Pledge plaçait l'homme au milieu d'une nature qui rendait peu à peu dérisoires ses obsessions, ses peurs et ses passions. Into the wild prend les choses dans l'autre sens, ce qui est beaucoup plus attendu : Christopher MacCandless (Emile Hirsch, fantastique, paie de sa personne pour être à la hauteur du personnage) refuse la vie de petit-bourgeois qui lui tend les bras et décide de partir à l'aventure. Entre clochard céleste à la Kerouac et retour à l'état de nature façon Thoreau, il devient Alexander Supertramp, et arpente l'Amérique avec pour destination finale l'Alaska, choisie à cause de son environnement sauvage et hostile. Sean Penn pose donc de nouveau l'opposition nature/culture, mais c'est à nouveau quand il revient

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