Xabi Molia : « Je place Kad Merad au même rang que Denis Podalydès »

Comme des rois | Dans la peau d’un petit escroc à l’aura pâlissante, Kad Merad effectue pour Comme des rois de Xabi Molia une prestation saisissante, troublante pour lui car faisant écho à sa construction d’acteur. Propos glanés entre les Rencontres du Sud d’Avignon et Paris.

Vincent Raymond | Lundi 30 avril 2018

Photo : © Guy Ferrandis


Xabi, quelle a été la genèse de ce film ?
Xabi Molia :
L'idée est venue d'une manière assez amusante. Il faut savoir que j'ai le profil du bon pigeon : j'adore qu'on me raconte des histoires. Je me suis donc fait arnaquer assez régulièrement, et notamment une fois à la gare Montparnasse. Pendant que j'attendais le départ de mon train, un type est monté et m'a raconté une histoire très alambiquée… Je ne saurais la raconter, mais l'enjeu c'était 20€. Je me souviens m'être méfié et l'avoir poussé dans ses retranchements ; mais lui retombait sur ses pattes, trouvait de nouveaux trucs pour que son histoire tienne debout. Bref, il me prend ces 20€ et je ne le revois évidemment jamais.

J'ai d'abord été déçu de m'être fait délester de 20€. Mais finalement, il les avait quand même gagnés de haute lutte ! Et j'ai imaginé le matin que ce type avait peut-être dit à sa femme : « bon bah moi aujourd'hui je vais Gare Montparnasse, j'ai un nouveau truc ». Et le soir, peut-être qu'elle lui a demandé comment ça s'est passé et qu'il lui a répondu « oh bah aujourd'hui difficile j'ai fait 60 / 80 euros ». Il avait donc un boulot — que la société réprouve — mais qui, au fond, avait des points communs avec n'importe quel travail : une routine, des horaires, l'inventivité, la capacité à accepter l'échec avec un client…

Malheureusement je ne connais pas le nom de mon arnaqueur parce que je devrais, au fond, le remercier au générique : “sur une idée originale de « mon arnaqueur »“ (rire).

Il pratique en tout cas le travail à l'ancienne…
XM : Oui, c'est d'ailleurs ce que disent les personnages du film : maintenant, tout se fait sur Internet. C'est assez anachronique d'aller à la rencontre des gens dans un monde, dans un pays, dans une époque où c'est si difficile de se rencontrer : plus personne ne veut ouvrir ses portes. Mon héros Joseph est ce type, flamboyant, qui sent que l'époque est en train de changer. C'est un artisan qui aime son métier, et qui a envie de transmettre son savoir-faire, sa petite entreprise. Et quand surgit la figure de son fils, son héritier, l'histoire émerge…

Comme dans Family Buisness de Lumet, l'aîné espère convaincre le plus jeune de reprendre les “affaires” et se désespère en le voyant aspirer au métier de comédien. Pourtant, un acteur est un menteur suprême — et légal.
XM : Je suis fasciné par les comédiens et j'aime beaucoup les films sur le jeu, où il est question de jouer. Ce qui est beau ici, c'est qu'au fond Mika hérite, à bien des égards, des talents de Joseph, son père, mais il ne veut pas les exercer aux mêmes endroits. À la différence des autres comédiens, l'arnaqueur ne dit pas qu'il joue : il n'y a pas la barrière de sécurité entre lui et ses spectateurs, qui sont ses victimes.

Mika veut faire le métier de son père — un métier de jeu — mais dans un endroit où les règles sont claires, où il ne fera de mal à personne et où il ne sera pas prédateur face à des proies. Ce qui est compliqué, c'est le droit à rêver d'être comédien, aujourd'hui, dans une France en crise. Ce métier peut faire peur à beaucoup de parents et pas seulement dans les classes populaires. Peut-on y rêver de l'endroit où l'on est ?

Ayant grandi à Bayonne, en province, dans les années 1980 et je voyais bien le genre de blocage existant concernant les métiers artistiques : quand vous n'avez pas de réseau, que vous ne connaissez ni cinéaste, ni écrivain. Il faut aux parents une grande ouverture d'esprit pour dire « super, vas-y ». Leur réflexe, c'est de se dire que c'est dingue et qu'il faut un plan B.

Ce parcours vous parle, Kad ?
Kad Merad : Oui. Le rôle de Mika, c'est moi : j'étais les deux sur le tournage. Je ne viens pas des milieux artistiques, ni des milieux aisés, ni de Paris. Même si n'on était qu'à 30 km de Paris, pour nous c'était le bout du monde. C'est dur de dire à ses parents qui travaillent tous les jours, la mère coiffeuse, le père dans les chemins de fers, qui prennent le train de banlieue, qu'on va faire une école de théâtre.

Quand le père dit : « — Comédien ? Ouais ouais, très bien. En attendant, tu vas aller chercher du boulot. — Mais c'est du travail, papa. » Les gens qui ne sont pas de ce milieu ne peuvent pas l'imaginer.

Après la seconde, on m'a bifurqué vers un CAP de vendeur, de commerce. Même si dans ma tête j'avais le rêve de cette vie que je vis aujourd'hui, il fallait quand même que je travaille pour faire plaisir à mes parents. Alors j'ai regardé des annonces dans les journaux locaux : on cherchait des vendeurs pour des Encyclopedia Universalis (rire). On faisait un petit stage où on nous apprenait comment faire… Mais surtout on n'était payé que si on vendait. C'était un peu le même genre d'urgence et de survie que Joseph : ça coutait 4000 francs à l'époque pour 30 ou 40 volumes ; personne ne pouvait s'acheter ça. J'ai réussi à en vendre une seule, à un copain dentiste, à Evry ou par là. (rires)

Je me revois encore sonner à la porte des gens, comme Joseph. on entendait souvent le son d'un chien, il n'y avait pas la méfiance d'aujourd'hui. Mais c'était une épreuve : il fallait être un acteur. Le but c'était de rentrer chez les gens et d'être assis dans le salon ou sur la table de la cuisine — il faut avoir une bonne tête. Moi, j'arrivais à les embrouiller assez facilement… jusqu'à ce que je dise que c'était 4000 francs…

Qu'en avez-vous retiré ?
KM
: J'ai passé ma vie à embrouiller, pardon de dire ça. Même au service militaire, j'ai été réformé : c'était soit je partais un an faire le service, soit je partais au Club Méditerranée en GO… Faire le suicidaire, c'était vraiment un rôle d'acteur. Je faisais genre qu'il ne fallait pas du tout me laisser prêt d'une fenêtre parce que j'étais capable de me jeter… J'étais dans mon plus grand rôle (rires). Quant à mon oral de CAP, je pense que j'ai embrouillé mon examinateur.

Parfois même dans mon métier d'acteur, j'ai dû embrouiller les réalisateurs ou les gens du casting, parce que la vie, c'est ça au fond.

Vous n'en éprouvez pas un sentiment d'imposture ?
KM
: Ah mais je suis un imposteur ! Mais je commence à accepter les compliments… J'ai toujours eu l'impression d'avoir eu de la chance, et c'est vrai.

Xabi, dans quelle mesure étiez-vous sûr de ne pas vous être fait embobiner par Kad en le choisissant ?
XM
: Il n'était pas du tout dans mes choix de cinéphile, car il a fait beaucoup de comédies qui ont bien marché ; je ne m'imaginais donc pas travailler un jour avec lui. Et puis j'ai vu Baron Noir, la série qu'il a faite sur Canal+. Tout d'un coup, je suis tombé sur un personnage ressemblant à bien des égards à Joseph : un type pour qui tous les moyens sont bons pour arriver à des fins nobles. On comprend qu'il est à l'aile gauche du parti socialiste — personnellement, je sympathise avec ses convictions — mais qu'il trafique dans les comptes.

C'est un salaud, mais Kad Merad avec sa barbe lui amène une bonhommie, une empathie immédiate. Et moi, pour mon personnage d'escroc, il fallait absolument que je tombe sur quelqu'un comme ça.

Ce que je veux, c'est qu'on soit avec ce personnage, qu'on soit troublé par lui parce qu'il est toxique pour son fils d'un côté, mais que de l'autre il se débat, il fait ce qu'il peut… Il faut qu'on l'aime quoi ! Ce qui est génial avec un acteur comme Kad Merad, c'est qu'il ne vous laisse pas le choix : quand les gens le voient à l'écran, ils sourient… J'avais ressenti ça avec Denis Podalydès, avec qui j'ai fait mes deux premiers films. Tous deux ont cette faculté à susciter la proximité.

Comment peut-on demander à Kad Merad de jouer la sincérité alors que le personnage est en permanence dans le mensonge et donne l'impression de se mentir à lui-même ?
XM : Je ne sais pas… En même temps, n'y a-t-il pas dans la toute dernière scène quelque chose de très dépouillé dans la manière dont il dit : « c'est mon fils » ? On avait tous l'appréhension de cette dernière phrase, qui signifiait en fait : « je suis tellement fier de lui ». Avec Kad Merad, on a fait dix prises, mais en réalité dès la première prise, c'était là. C'était joué avec tellement de simplicité et de justesse qu'on en a fait d'autres pour être sûrs.

Pour le dire différemment, je suis admiratif de Kad Merad : je suis tombé raide dingue depuis le tournage, c'est une rencontre merveilleuse. J'aimerais continuer de faire des choses avec lui. Je le place au même rang que Denis Podalydès.

Ce sont deux comédiens qui ont une palette de jeu incroyable, et une manière simple et concrète de travailler. Denis on l'imagine très cérébral, alors qu'il a une dimension très simple. Quant à Kad Merad, on me disait : « surtout, retiens-le, il ne faut pas qu'il fasse le clown, il ne faut pas qu'il fabrique… ». Pour moi, il ne fabriquait pas du tout, c'est un acteur extraordinairement simple et concret dans ce qu'il joue et ça m'a complètement troublé. Parfois, des acteurs, la cinquantaine passée gagnent en densité humaine. Pour moi, Kad Merad il y a dix ans, n'avait pas la capacité de jeu qu'il a aujourd'hui. Donc je ne sais pas ce qui l'attend mais déjà avec Baron Noir et ce film les frontières bougent. J'ai lu et entendu des commentaires qui me font très plaisir, du style : « il y a un truc incroyable, j'ai aimé un film avec Kad Merad ».

Avez-vous commencé votre écrire prochain film ?
XM : Oui j'ai d'autres projets, mais je veux aller ailleurs. Je fais partie de ces artistes qui ne veulent pas creuser le même sillon. Huit fois debout, mon premier film, était déjà une chronique sociale, ensuite j'ai fait dans le merveilleux, Les Conquérants, mais si vous voulez je ne me vois pas en Robert Guédiguian junior quoi — cela serait le plus confortable, le plus simple, mais bon. Je sais que j'aimerais bien continuer de tourner avec Kad Merad, de la même manière qu'après Huit fois debout j'avais eu cette envie de faire un deuxième film avec Denis Podalydès — et c'est ce qu'on a fait. Il y a des comédiens avec qui je me dis que l'histoire n'est pas finie.

Vous envisageriez de réunir Denis Podalydès et Kad Merad ?
XM : Ça fait partie des choses auxquelles je pense. Denis… enfin je veux dire, un acteur peut tout jouer. Mais quand j'ai écrit Comme des Rois, je ne voyais pas Denis dans Joseph car un acteur transporte avec lui son parcours de cinéma, de théâtre… Et Denis a quand même une image liée à un univers. Là, je n'arrivais pas à le projeter dans ce milieu populaire — c'est peut-être un manque d'imagination. Mais Denis fait aussi partie des comédiens avec qui, pour moi, il reste mille choses à faire : il à très envie de jouer des méchants. Donc je réfléchis à des choses…



Cinéma Le Méliès Jean Jaurès 10 place Jean Jaurès Saint-Étienne
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Christophe Chabert | Vendredi 13 juillet 2012

Superstar

Où Xavier Giannoli veut-il en venir avec cette fable où un Monsieur Tout-le-Monde (Kad Merad, choix presque trop évident, même si l’acteur s’en sort avec un certain talent) est soudain considéré comme une célébrité, sans qu’il sache pourquoi ? L’argument, exactement le même que celui du segment avec Benigni dans To Rome with love, est prétexte à une confuse démonstration de la part du cinéaste d’À l’origine. Portant d’abord la faute sur des media avides d’audience et de clics (savoureuse prestation de Louis-Do De Lenquesaing en producteur sans scrupule), Giannoli reprend ensuite en mode mineur l’idée de son film précédent : comment une foule projette sur un homme qui passait par là ses désirs et ses frustrations. Mais, à la faveur d’un nouveau coup de force scénaristique, c’est le peuple qui est à son tour dénoncé, brûlant avec la même ferveur celui qu’il adulait hier. Comme un film à thèse qui défendrait tout et son contraire, Superstar s’emmêle les pinceaux dans une rumination façon Tavernier contre l’époque et la société que, par ailleurs, il s’avère incapable de filmer sans sombrer dans le cliché. Les pénibles séquences au supermar

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La Vie d'une autre

ECRANS | De Sylvie Testud (Fr-Lux-Bel, 1h37) avec Juliette Binoche, Matthieu Kassovitz...

Jerôme Dittmar | Vendredi 10 février 2012

La Vie d'une autre

Pour son premier film, Sylvie Testud adapte La Vie d'une autre de Frédérique Deghelt, roman sous influence américaine à en juger par son pitch : alors qu'elle termine ses études et tombe amoureuse, une jeune femme se réveille quinze ans plus tard, mariée, mère, aux commandes d'une multinationale et dans un appartement parisien à dix millions d'euros. Soit le script de Big ou de 30 ans sinon rien, en plus bourgeois et maquillé à la française. Quels enjeux une fois rigolé avec le gap spatio-temporel et cet autre moi (facile quand le personnage est blindé) ? Le comique s'évaporant, sans génie et plombé par Juliette Binoche à moitié folle, le film dévoile son intrigue : le couple en crise, situation difficile quand la veille on rencontrait l'autre. Il y avait de quoi s'amuser ou tirer une leçon de philosophie avec si peu. Testud tente le coup, mais se limite à un laïus flou sur le temps qui passe pour dire qu'il faut profiter de la vie. Bah oui, l'eau ça mouille.Jérôme Dittmar

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La Nouvelle guerre des boutons

ECRANS | De Christophe Barratier (Fr, 1h40) avec Guillaume Canet, Laetitia Casta, Kad Merad…

Dorotée Aznar | Dimanche 18 septembre 2011

La Nouvelle guerre des boutons

Comme prévu, cette deuxième Guerre des boutons est plus présentable que celle de Yann Samuell. Barratier a soigné la manufacture du film, et supplante son challenger sur tous les paramètres (scénario, direction d’acteurs, réalisation, photo). Ceci étant, cette version «propre» verse aussi dans ce qui était l’écueil attendu de cette vague boutonneuse : son côté chromo de la France villageoise, muséifiée malgré la tentative d’y incorporer la noirceur d’une époque pas vraiment édénique (l’occupation en 1944). Les acteurs sont engoncés (l’hypersexuée Laetitia Casta est renvoyée à sa première période Bicyclette — fleur — bleue), la mise en scène tient de la mise en images, et cette Nouvelle Guerre est quand même la plus vieillotte. Plus encore, on se rend compte que le roman de Pergaud a beau être mis à toutes les sauces, il manque sérieusement de piment, et dans tous les cas, c’est bien derrière le film d’Yves Robert que les cinéastes cavalent. Barratier gagne donc aux points un match définitivement nul. Christophe Chabert

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La guerre des moutons

ECRANS | Cinéma / Précipitée par une avalanche de bons films en août, la rentrée cinématographique s’offre comme un concentré limpide de la production actuelle, entre projets couillus et formules de studios, comme l’illustre la déjà triste affaire de la guerre de "La Guerre des boutons". Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 24 août 2011

La guerre des moutons

D’ordinaire, pour débuter la rentrée, il faut pousser quelques exclamations de joie et de bonne humeur. C’est vrai que c’est beau, la rentrée, toutes ces promesses de grands films faits par des réalisateurs intelligents, avec des histoires originales, des acteurs talentueux… Mais là, la rentrée cinéma nous accueille avec des culs de bus et des colonnes Morris placardés d’affiches mettant en scène non pas l’habituel défilé de longs-métrages alléchants, mais la rivalité absurde et pathétique entre deux films sortant à une semaine de distance et portant (presque) le même titre. C’est la guerre de "La Guerre des boutons", qui faisait déjà ricaner le monde entier à Cannes ; devenue réalité à l’orée de ce mois de septembre, elle ressemble au cauchemar d’un responsable marketing interné à l’asile. Du coup, plus question de se taire, sous peine d’être reconnu complice de la mascarade : tout cela n’a plus rien à voir avec le cinéma, et on aurait voulu révéler au grand jour les pratiques agressivement mercantiles de la production française actuelle, on ne s’y serait pas mieux pris. Car vouloir faire une nouvelle adaptation du livre de Louis Pergaud, après celle toujours regardable d’Yves

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Lourdes

ECRANS | De Jessica Hausner (Autriche-Fr, 1h35) avec Sylvie Testud, Léa Seydoux, Bruno Todeschini…

Christophe Chabert | Jeudi 7 juillet 2011

Lourdes

En matière de film sur Lourdes, Le Miraculé de Jean-Pierre Mocky paraissait indépassable, pour peu qu’on goûte les farces énormes et anticléricales. On pouvait craindre que Jessica Hausner, disciple d’Haneke et réalisatrice du glacial Hôtel, en prenne le contre-pied absolu. En fait, pas tant que ça, et c’est la bonne surprise de Lourdes. Les cadres implacables d’Hausner ne sacralisent rien, mais renvoient les rituels à leur dimension ridicule, inquiétante ou absurde. Elle retrouve même l’ambiance de complot paranoïaque de son film précédent, le miracle qui touche la paralytique Sylvie Testud étant interprétable de multiples façons : coup de foudre amoureux ou simulacre orchestré par la vieille femme qui partage sa chambre ? Toujours sur le fil (la post-synchronisation tue tout naturel dans le jeu des acteurs), parfois un peu ostentatoire dans sa mise en scène, Lourdes trouve toutefois un ton singulier, un comique de l’étrangeté permanente pas désagréable. Christophe Chabert 

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Monsieur Papa

ECRANS | De et avec Kad Merad (Fr, 1h30) avec Michèle Laroque…

Christophe Chabert | Mercredi 25 mai 2011

Monsieur Papa

Kad Merad est partout, dans tous les films français populaires, à la télé… Le voilà en plus derrière la caméra, et on affûtait déjà nos plûmes pour lui tailler un beau costard. Raté ! Monsieur Papa, sans être un grand film (loin de là, Kad ayant une confiance très limitée dans la mise en scène), étonne par sa modestie et, surtout, par son désir de ne pas suivre le diktat embarrassant de la comédie à tout prix. Les qualités principales sont à chercher dans un scénario qui prend soin de ne jamais aller tout à fait là où on l’attend (de la supercherie montée par une mère pour faire croire à son fils qu’un type ordinaire est son père et le dégoûter ainsi de vouloir le connaître, on découvre assez vite que le gamin n’est pas dupe, renvoyant ainsi la balle vers les adultes et leurs préjugés) et dans l’atmosphère flottante et triste avec laquelle Kad le filme. Situé dans le 13e arrondissement (le quartier chinois), Monsieur Papa montre un Paris rarement vu à l’écran, populaire mais pas banlieusard, aux lignes de fuite étranges et à l’exotisme terne. Intéressant, tout comme la manière, parfois, de vider le cadre autour des personnages, de laisser durer un plan, de refu

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La Fille du puisatier

ECRANS | De et avec Daniel Auteuil (Fr, 2h) avec Astrid Bergès-Frisbey, Kad Merad...

Dorotée Aznar | Jeudi 14 avril 2011

La Fille du puisatier

Depuis le diptyque de Berri, Auteuil et Pagnol, c'est une grande histoire d'amour. Pour son premier film derrière la caméra, l'acteur ne pouvait donc que revenir à l'auteur fétiche qui a fait sa gloire. Sauf que les meilleurs sentiments n'ont jamais fait une grande œuvre. En adaptant La fille du puisatier, Auteuil réussit toutefois une chose : faire exister le langage de Pagnol. De manière un peu bateau, platement folklorique, mais en gardant le cœur d'une intrigue de classe où le verbe est roi. Le problème de cette adaptation de fan trop respectueux, c'est qu'il faut se coltiner un casting endimanché, une grossière mise en scène de téléfilm et Auteuil en transe, possédé par chaque dialogue. Ce qui n'est pas pire que Kad Merad avec du khôl. Jérôme Dittmar

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8 fois debout

ECRANS | De Xabi Molia (Fr, 1h40) avec Julie Gayet, Denis Podalydès…

Dorotée Aznar | Vendredi 9 avril 2010

8 fois debout

Elsa est mal. Mal dans sa vie sentimentale (inexistante depuis la rupture avec son ex mari), mal avec son fils (elle ne sait comment se comporter avec lui), mal du fait de l’absence de boulot stable (d’où l’expulsion de son appartement qui la contraint à vivre dans sa voiture)… "8 fois debout" suit ainsi les déboires de cette jeune trentenaire qui semble porter sur elle tous les malheurs du monde (le choix de l’actrice Julie Gayet est, à ce titre, très judicieux). Est-ce suffisant pour en faire un film ? Xabi Molia semble le penser ; et pourquoi pas. Sauf qu’ici, on est très loin de l’univers des Dardenne et consorts, à savoir des cinéastes qui savent filmer ceux que la société considère comme des ratés sans tomber dans la complaisance démagogique ou la leçon de morale. Un travers dans lequel Molia saute à pieds joints ("sept fois à terre, mais huit fois debout" comme dirait le proverbe qui offre son titre au film), ce qui donne un résultat insipide finalement très vite oublié. AM

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Mumu

ECRANS | De Joël Séria (Fr, 1h30) avec Sylvie Testud, Jean-François Balmer…

Christophe Chabert | Mercredi 17 mars 2010

Mumu

Un culte entoure les grands films tournés par Joël Séria dans les années 70 et 80, notamment ses comédies avec Jean-Pierre Marielle. Sa disparition du grand écran pendant deux décennies créait une réelle curiosité envers ce Mumu. C’est en effet un film de retour, modeste et encore marqué visuellement par les scories de la mise en scène télévisuelle, où la patte du cinéaste s’impose discrètement. L’histoire de ce môme qui, dans les années 60, passe d’un collège à l’autre, élève difficile mal aimé par ses parents, sent l’autobiographie. Le film, lui, ne sent ni la naphtaline, ni la nostalgie : la vision de Séria est lucide, dure et cruelle, l’empathie pour ses personnages n’est jamais un sauf-conduit pour excuser leurs actes. C’est aussi, et avant tout, un beau film d’acteurs : Testud n’a pas été aussi bien depuis longtemps, mais chaque second rôle (Galabru, grandiose, mais aussi Bruno Lochet, Helena Noguerra et même Antoine De Caunes, dans une des meilleures séquences du film) donne à Mumu une certaine santé. On a envie de dire à Joël Séria : à suivre… CC

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Gamines

ECRANS | D’Éléonore Faucher (Fr, 1h47) avec Amira Casar, Sylvie Testud…

Christophe Chabert | Mercredi 9 décembre 2009

Gamines

Après "Gamines" le livre, "Gamines" la pièce de théâtre, voici la déclinaison cinématographique de la vie rêvée de Sylvie Testud, avec Éléonore Faucher derrière la caméra. On n’a pas tellement envie de blâmer la réalisatrice du beau "Brodeuses" pour la médiocrité du résultat, tant on a le sentiment qu’elle honore ici une commande de l’actrice, dont le narcissisme est carrément gênant. Au présent : Sylvie Testud attend de rencontrer son père dans une chambre d’hôtel puis à l’avant-première d’un film ("Les Blessures assassines", grossièrement déguisé et dont, ça n’est pas très élégant, elle partage désormais seule l’affiche — Julie-Marie Parmentier appréciera…) ; au passé (avec flou avant flashback, un procédé tellement éculé qu’on croit rêver en le voyant sur l’écran !), sa mère et ses deux sœurs vont à l’école, en colo, en Italie, dans un océan de clichés et une esthétique Ripolin à faire passer "Le Petit Nicolas" pour un documentaire réaliste. Les gamines parlent comme des livres (l’enfant singe savant a, après "Le Hérisson", encore frappé !), et on reste interloqué par la prestation pour le moins binaire de Jean-Pierre Martins. Dire qu’il joue dans "La Horde" de notre maître Y

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Faubourg 36

ECRANS | de Christophe Barratier (Fr-All, 2h) avec Gérard Jugnot, Kad Merad, Clovis Cornillac…

Christophe Chabert | Vendredi 12 septembre 2008

Faubourg 36

Sortir du succès des Choristes et de sa réputation de film nostalgique de la vieille école d’avant-guerre était un challenge. Christophe Barratier a choisi d’ignorer tout cela et signe avec Faubourg 36 un deuxième long pas mal du tout, sincère jusque dans ses défauts, loin d’un quelconque plan de carrière. En 1936 dans un faubourg parisien où pullulent les cabarets peuplés de chansonniers déjà ringards, Le Chansonia, repris par son régisseur Pigoil (Jugnot dans son registre préféré de Français poissard, picoleur et terriblement humain), est au bord de la ruine, et le gangster fascisant Galapiat n’attend qu’une occasion pour récupérer les murs. Dans ce Paris du Front Populaire reconstitué à Prague par Barratier, on croise un pseudo Gabin coco (Cornillac, très bien), un imitateur dénué de talent (Kad Merad, parfait), un vieil ermite mythique (normal, c’est Pierre Richard) et une jolie chanteuse avec un grand cœur (Nora Arnezeder, une révélation qui ne tient pas toutes ses promesses). Si nostalgie il y a, c’est donc plus pour les images du cinéma français, tendance Prévert-Carné-Duvivier, que pour l’époque, dont Barratier prend soin de montrer la n

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