Déclare ta flamme ! : "Burning"

Drame | de Lee Chang-Dong (Cor. du S., 2h28) avec Yoo Ah-In, Steven Yeun, Jeon Jong-seo…

Vincent Raymond | Lundi 20 août 2018

Photo : © Pinehouse Films


Jong-soo accepte de nourrir le chat d'Hae-mi, une amie d'enfance, pendant son voyage à l'étranger. Lorsqu'elle revient, elle est flanquée de l'étrange et fortuné Ben, dont elle semble éprise. Double problème : Jong-soo est épris d'elle et Ben révèle des penchants tordus…

« Qui entre pape au conclave, ressort évêque ». Sur la Croisette, la sentence vaut également pour les films adulés par la rumeur — découlant d'un phénomène d'autosuggestion massive lié à la promiscuité et à la surexcitation cannoises… ou à l'habileté des publicitaires. À l'issue de la proclamation du palmarès, leur palme putative envolée, des œuvres entament leur vie en salle auréolées d'une vapeur d'échec ou d'une réputation de victime biaisant leur découverte.

Burning aura donc été invisible aux yeux du jury. Singulière mise en abyme pour ce film où la suggestion de présence, l'absence et la disparition physique ont une importance considérable. Ainsi Jong-soo — écrivain en devenir à la production virtuelle, vivant dans une ferme fantôme à portée d'oreilles de la Corée du Nord — tombe-t-il amoureux de Hae-mi — laquelle étudie le mime et prétend posséder un félin qu'on ne voit jamais — quand la belle est hors d'atteinte. Ainsi Ben prétend-il — mais le fait-il réellement ? — user du feu pour satisfaire ses pulsions de destruction. Ainsi Hae-mi se volatilise-t-elle mystérieusement — mais a-t-elle seulement existé ailleurs que dans l'imaginaire de Jong-soo ?

Le feu couve en permanence dans cette histoire : il brûle les veines, embrase les sentiments comme les cieux du crépuscule, ravage les intérieurs. Autant que les doutes, les silences et les non-dits consumant Jong-soo. Si Burning tient de l'élégie amoureuse, il porte en son cœur une étourdissante séquence de séduction solaire rythmée par la BO d'Ascenseur pour l'échafaud et Miles Davis. Et Jong-seo Jeon. C'est elle le feu et l'apparition brûlante de ce film.


Burning

De Lee Chang-Dong (Sud-Cor, 2h28) avec Yoo Ah-In, Steven Yeun... Lors d'une livraison, Jongsu, un jeune coursier, tombe par hasard sur Haemi, une jeune fille qui habitait auparavant son quartier. Elle lui demande de s’occuper de son chat pendant un voyage en Afrique. À son retour, Haemi lui présente Ben, un garçon mystérieux qu’elle a rencontré là-bas. Un jour, Ben leur révèle un bien étrange passe-temps…
Le Club 9 bis, rue Phalanstère Grenoble
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Leto

ECRANS | URSS, au début des années 1980. Sous le joug d’un régime communiste expirant, une scène rock tente d’émerger, soumettant ses textes aux dirigeants des maisons (...)

Vincent Raymond | Mardi 4 décembre 2018

Leto

URSS, au début des années 1980. Sous le joug d’un régime communiste expirant, une scène rock tente d’émerger, soumettant ses textes aux dirigeants des maisons de la culture. À Leningrad, un jeune musicien émule d’Iggy Pop, Bowie et des Talking Heads, va éclater. Son nom ? Viktor Tsoï. Les plus quadra-quinquagénaires se souviendront peut-être d’avoir entendu au détour des bandes FM, par l’entremise du camarade Maneval notamment, une poignée d’enregistrements furieusement exotiques souffrant quelques distorsions, gagnées sans doute durant le franchissement du Rideau de fer, parmi lesquels le trépidant Mama Anarkia des Russes de Kino. C’est aux prémices de ce groupe, dont l’âme était Viktor Tsoï, que l’on assiste ici par le cinéma, qui se dit “Kino“ en russe. Une manière de boucler la boucle, loin d'être la seule. Car la

Continuer à lire

Lee Chang-dong : « je voulais raconter la colère qui se forme chez les jeunes d’aujourd’hui »

ECRANS | Burning usant volontiers d’une forme métaphorique, comment interpréter votre choix de faire de votre héros Jongsu un écrivain ayant du mal à écrire, sachant que (...)

Vincent Raymond | Mardi 28 août 2018

Lee Chang-dong : « je voulais raconter la colère qui se forme chez les jeunes d’aujourd’hui »

Burning usant volontiers d’une forme métaphorique, comment interpréter votre choix de faire de votre héros Jongsu un écrivain ayant du mal à écrire, sachant que justement vous avez débuté comme écrivain ? Lee Chang-dong : Effectivement, Jongsu représente un aspirant écrivain, et je voulais montrer un caractère inhérent de ces jeunes gens, au moment où ils se posent beaucoup de questions sur ce qu’ils doivent absolument écrire. J’ai été écrivain. Il y a même un moment où je voulais écrire un roman : après avoir démissionné de mes fonctions ministérielles. Mais autour de moi, les gens étaient furieux, et me disaient de recommencer à faire des films. Alors j’ai abandonné. À présent, je suis un vieux cinéaste (sourire), mais dans mon for intérieur, je pense ne pas avoir trop changé. À chaque fois, je me demande comme un débutant quel film réaliser ; comment dialoguer avec les spectateurs… Cela traduit mes limites et mes faiblesses. Et c’est la raison pour laquelle j’ai

Continuer à lire

L’arbre, le père et le puits : "Le Poirier sauvage"

ECRANS | Fraîchement diplômé, Sinan rentre en Anatolie où son père instituteur, plutôt que de rembourser ses dettes de jeu, passe son temps à creuser un puits. Se rêvant (...)

Vincent Raymond | Mercredi 8 août 2018

L’arbre, le père et le puits :

Fraîchement diplômé, Sinan rentre en Anatolie où son père instituteur, plutôt que de rembourser ses dettes de jeu, passe son temps à creuser un puits. Se rêvant écrivain, Sinan tente de réunir des fonds pour éditer son premier roman. Mission ardue dans la Turquie contemporaine… Entre saga et chronique sociale, ce portrait d’une jeunesse désenchantée naturellement en rupture avec ses aînés — le père de Sinan, traînant petits mensonges, son insolvabilité chronique et poussant ses ricanements satisfaits à tout bout de champ, donne carrément le bâton pour se faire battre — Le Poirier Sauvage la montre sans perspective non plus : n’étant pas assurés d’obtenir un emploi d’enseignant, ou déprimés à l’idée d’être affectés à l’intérieur des terres, les jeunes diplômés préfèrent rejoindre les forces anti-émeutes pour casser sans remords du manifestant — voilà qui en dit long sur l’état de l’État. Sans attaquer directement le régime d’Erdogan, Nuri Bilge Ceylan montre la délaïcisation de la Turquie et la prise en main des petites communautés villageoises par de néo-imams à l

Continuer à lire

Un chien de sa chienne : "Dogman"

ECRANS | Toiletteur pour chiens dans une cité délabrée, Marcello la bonne pâte devient le larbin d’une brute toxicomane terrorisant le quartier, Simoncino, lequel ne (...)

Vincent Raymond | Mardi 10 juillet 2018

Un chien de sa chienne :

Toiletteur pour chiens dans une cité délabrée, Marcello la bonne pâte devient le larbin d’une brute toxicomane terrorisant le quartier, Simoncino, lequel ne manque pas une occasion d’abuser de sa gentillesse. Mais après une trahison humiliante de trop, le frêle Marcello réclame son dû… « Le silence éternel de ces espaces infinis m’effraie » Blaise Pascal pressentait-il le décor de Dogman en rédigeant ses Pensées ? Vaste étendue ouverte sur une non moins interminable mer, cette scène rappelle l’agora de Reality, ce microcosme dans lequel une kyrielle de drames peut éclore et se jouer aux yeux de tous ; chacun étant libre d’ouvrir ou de fermer les yeux sur ce qui se déroule sous ses fenêtres. Et de se claquemurer dans une passivité complice, surtout, quand un fou-furieux a fait du secteur son espace de jeu. Mettre au ban une de ses victimes, la plus inoffensive (en l’occurence le serviable Marcello) tient de la pensée magique ou de l’exorcisme : en se rangeant implicitement du côté du bourreau, on espère

Continuer à lire

Léo Love Caniveau : "Sauvage"

ECRANS | Pour se fournir sa came quotidienne, Léo se vend ici ou là à des hommes, traînant son corps délabré de SDF sur les pavés parisiens. Des occasions de s’en sortir (...)

Vincent Raymond | Mardi 28 août 2018

Léo Love Caniveau :

Pour se fournir sa came quotidienne, Léo se vend ici ou là à des hommes, traînant son corps délabré de SDF sur les pavés parisiens. Des occasions de s’en sortir se présentent à lui parfois, mais il préfère vivre dans l’instant présent, l’adrénaline du fix et la sueur des corps incertains… Venir après Van Sant, après Téchiné, après Chéreau, après Genet, enfin après tout le monde en somme, dans la contre-allée de la représentation des éphèbes clochardisés vendant leur corps contre au mieux une bouffée de drogue, c’est déjà risqué. Mais ensuite tomber dans le maniérisme esthétique du pseudo pris sur le vif (avec coups de zooms en veux-tu, en voilà, rattrapage de point), dérouler les clichés comme on enfile des perles (boîtes gays nids à vieux fortunés, musicien vicieux rôdant tel le vautour…) pour nous conduire à cette fin prévisible comme si elle avait été claironnée… Était-ce bien nécessaire ? L’ultime plan, en tant qu’évocation indirecte de Verlaine, a plus d’intérêt, de force et de sens que bien des simagrées précédentes. On peut également sauver une ou deux répliques, assez bien troussées — elles.

Continuer à lire

Un couteau dans le cœur

ECRANS | Productrice de séries Z porno gay, Anne digère mal sa rupture avec Loïs, sa monteuse. À ses finances déclinantes s’ajoute une épidémie de meurtres sanglants (...)

Vincent Raymond | Mardi 26 juin 2018

Un couteau dans le cœur

Productrice de séries Z porno gay, Anne digère mal sa rupture avec Loïs, sa monteuse. À ses finances déclinantes s’ajoute une épidémie de meurtres sanglants ravageant son équipe, laissant indifférente la police en cette fin des années 1970. Pourtant, Anne s’obstine à tourner… Copains comme cochons, Yann Gonzalez et Bertrand Mandico ont biberonné aux mêmes sources filmiques et partagent le désir de fabriquer un cinéma pétri de leurs références esthétiques. Mais quand le réalisateur des Garçons sauvages bricole un univers cohérent et personnel où affleure un subtil réseau d’influences savamment entremêlées, Gonzalez produit un bout-à-bout de séquences clinquantes et boiteuses se réfugiant derrière l’hommage à Argento, Jess Franco, Jean Rollin — qui sais-je encore parmi les vénérables du genre horrifico-déshabillé — pour en justifier la kitschissime maladresse ou l’outrageuse complaisance. Tout ici semble procéder d’une extrême roublardise. En premier lieu le choix de “l’icône” Vanessa Paradis, dont les qua

Continuer à lire

Antoine Desrosières et Inas Chanti : « ce film est un grand #MeToo »

ECRANS | Vous revoici après une éclipse exceptionnellement longue : votre précédent long métrage au cinéma, Banqueroute, datait de 2000… Antoine Desrosières : Ah, ma drôle (...)

Vincent Raymond | Mardi 19 juin 2018

Antoine Desrosières et Inas Chanti : « ce film est un grand #MeToo »

Vous revoici après une éclipse exceptionnellement longue : votre précédent long métrage au cinéma, Banqueroute, datait de 2000… Antoine Desrosières : Ah, ma drôle de carrière… Que dois-je en dire ? Je dois me justifier ? (rires) Je ne me suis jamais perdu, j’ai toujours eu des projets ; simplement, ils ne se montaient pas. Le seul miracle à noter, c’est que j’ai toujours vécu de mon métier sans être obligé d’en faire un autre, et en nourrissant ma famille. Mais les années étaient longues et j’avais l’impression curieuse de mener la vie d’un autre, et non la mienne propre. Ma vie, c’est de faire des films et je voyais les années passer sans faire de films, donc c’était bizarre. Je ne savais pas du tout si j’arriverais à en refaire un jour. Et aujourd’hui, on est là. Mais vous aviez commencé très jeune : À la belle étoile (1993) est sorti pour vos 22 ans… AD : Oui, mais ce n’est pas une raison pour arrêter pendant 18 ans ! L’avance que j’avais prise au début, je l’ai perdue. Bon, Oliveira a fait son premier film au temps du muet et à partir de 70 ans, i

Continuer à lire

Trois visages

ECRANS | Dans une vidéo filmée au portable, Marziyeh, une jeune villageoise se montre en train de se pendre parce que la comédienne Behnaz Jafari n’a pas répondu à ses (...)

Vincent Raymond | Mardi 5 juin 2018

Trois visages

Dans une vidéo filmée au portable, Marziyeh, une jeune villageoise se montre en train de se pendre parce que la comédienne Behnaz Jafari n’a pas répondu à ses appels à l’aide. Troublée, Behnaz se rend sur place accompagnée par le réalisateur Jafar Panahi. Mais Marziyeh a disparu… Avoir été mis à l’index par le régime iranien en 2010 semble avoir stimulé Jafar Panahi : malgré les brimades, condamnations et interdictions diverses d’exercer son métier comme de quitter son pays, le cinéaste n’a cessé de tourner des œuvres portées par un subtil esprit de résistance, où se ressent imperceptiblement la férule des autorités (le confinement proche de la réclusion pénitentiaire dans Taxi Téhéran ou Pardé), où s’expriment à mi-mots ses ukases et ses sentences — c’est encore ici le cas, lorsqu’un villageois candide demande benoîtement pourquoi Panahi ne peut pas aller à l’étranger. Auto-fiction Le cinéaste Panahi joue ici son propre rôle, tout en servant dans cette fiction de chauffeur et de témoin-confident à s

Continuer à lire

Michel Saint-Jean : la hauteur du politique

ECRANS | Même si rien ne vient jamais amenuiser son prestige, la rumeur prétend que son éclat s’estompe avec le temps. C’est un fait chimique : l’oxydation est la (...)

Vincent Raymond | Samedi 19 mai 2018

Michel Saint-Jean : la hauteur du politique

Même si rien ne vient jamais amenuiser son prestige, la rumeur prétend que son éclat s’estompe avec le temps. C’est un fait chimique : l’oxydation est la pire ennemie des César. Celui décorant discrètement le bureau de Michel Saint-Jean a de fait gagné son pesant de patine. Sans doute s’agit-il de la statuette remportée en 1999 avec La Vie rêvée des anges ; sa petite sœur conquise en 2009 pour Séraphine demeurant chez ses producteurs. Un trophée du meilleur film toutes les années en 9, comme pour célébrer chaque nouvelle décennie de sa société Diaphana fondée en 1989… Le distributeur peut toucher du bois pour 2019. Et pourquoi pas dès 2018 grâce à En guerre, la nouvelle réussite de Stéphane Brizé ? Ce « combat pour la dignité et la justice allant au-delà de la photographie de la délocalisation », s’inscrit dans la cohérence des près de 350 films qu’il a portés sur les écrans depuis ses débuts, où l’on croise le Lucas Belvaux de la géniale Trilogie ou de

Continuer à lire

En guerre

ECRANS | Quand la direction de l’usine Perrin annonce sa prochaine fermeture, les représentants syndicaux, Laurent Amédéo en tête, refusent la fatalité, rappelant la (...)

Vincent Raymond | Mardi 15 mai 2018

En guerre

Quand la direction de l’usine Perrin annonce sa prochaine fermeture, les représentants syndicaux, Laurent Amédéo en tête, refusent la fatalité, rappelant la rentabilité du site, les dividendes versés par la maison-mère allemande aux actionnaires, les sacrifices consentis. Une rude lutte débute… Nul n’est sensé ignorer La Loi du marché (2015), pénultième réalisation de Stéphane Brizé, qui s’intéresse à nouveau ici à la précarisation grandissante des ouvriers et des employés. Mais il serait malvenu de lui tenir grief d’exploiter quelque filon favorable : cela reviendrait à croire qu’il suffit de briser le thermomètre pour voir la fièvre baisser. Mieux vaudrait se tourner vers les responsables de ces situations infernales conduisant le vulgum pecus à crever de préférence la gueule fermée. Des responsables que Brizé, et Lindon son bras armé, désignent clairement, révèlent dans leur glaçant cynisme et la transparence de leur opacité.

Continuer à lire

Un peu, pas du tout et avec de bonnes chaussures : "Plaire, aimer et courir vite"

ECRANS | Paris, 1993. Écrivain dans la radieuse trentaine, célibataire avec un enfant, Jacques a connu beaucoup de garçons. Mais de ses relations passées, il a (...)

Vincent Raymond | Lundi 14 mai 2018

Un peu, pas du tout et avec de bonnes chaussures :

Paris, 1993. Écrivain dans la radieuse trentaine, célibataire avec un enfant, Jacques a connu beaucoup de garçons. Mais de ses relations passées, il a contracté le virus du sida. Lors d’une visite à Rennes, il fait la connaissance d’Arthur, un jeune étudiant à son goût. Et c’est réciproque… Il faudrait être d’une formidable mauvaise foi pour taxer Christophe Honoré d’opportunisme parce qu’il situe son nouveau film dans les années 1990 à Paris — ces années de l’hécatombe pour la communauté homosexuelle, ravagée par le sida —, quelques mois après le triomphe de 120 battements par minute. Car Plaire, aimer et courir vite s’inscrit dans la cohérence de sa filmographie, dans le sillage de Non, ma fille tu n’iras pas danser (2009) pour l’inspiration bretonne et autobiographique et des Chansons d’amour (2007) ou d’Homme au bain (2010) pour la représentation d’étreintes masculines. L’ego lasse

Continuer à lire

Everybody knows

ECRANS | Comme le mécanisme à retardement d’une machine infernale, une horloge que l’on suppose être celle d’une église égrène patiemment les secondes, jusqu’à l’instant (...)

Vincent Raymond | Mercredi 9 mai 2018

Everybody knows

Comme le mécanisme à retardement d’une machine infernale, une horloge que l’on suppose être celle d’une église égrène patiemment les secondes, jusqu’à l’instant fatidique où, l’heure sonnant, un formidable bourdonnement précipite l’envol d’oiseaux ayant trouvé refuge dans le beffroi. C’est peut dire que l’ouverture d’Everybody knows possède une forte dimension métaphorique ; sa puissance symbolique ne va cesser de s’affirmer. Installée au sommet de l’édifice central du village, façon nez au milieu de la figure, cette cloche est pareille à une vérité connue de tous, et cependant hors des regards. Elle propage sa sonorité dans les airs comme une rumeur impalpable, sans laisser de trace. Battant à toute volée sur une campagne ibérique ensoleillée, telle une subliminale évocation de l’Hemingway période espagnol, cette cloche rappelle enfin de ne « jamais demander pour qui sonne le glas : il sonne pour [soi]. » Pour l’illusion du bonheur et de l’harmonie, également, dans laquelle baignent Laura et ses enfants, qui revient en Espagne pour assister au mariage de sa sœur. Et retrouver sa f

Continuer à lire

Égaux trip

MUSIQUES | Où l'on apprend que les antifascistes ont meilleur goût musical que les communistes. Ce qui ne veut pas dire grand chose, il est vrai. Disons qu'on (...)

Benjamin Mialot | Mardi 8 décembre 2015

Égaux trip

Où l'on apprend que les antifascistes ont meilleur goût musical que les communistes. Ce qui ne veut pas dire grand chose, il est vrai. Disons qu'on est plus Festival contre les discriminations, puisque c'est de cela qu'il s'agit, que Fête de l'Humanité. Question de combativité sans doute, exprimée dans un programme où le meilleur du hip-hop révolté d'hier et d'aujourd'hui côtoie une certaine idée du rock ouvert d'esprit – et à cet égard bien plus politique que la plupart de ceux déposés dans nos boîtes aux lettres récemment. Vendredi 11 décembre au CCO se produiront ainsi la Scred Connexion, quatuor francilien dont le rap feelgood et chiadé défend les valeurs du fonctionnement en collectif depuis le mitan des années 90 (soit bien avant qu'il ne devienne une nécessité), et Casey, MC hantée par le spectre colonial dont le flow, mu par une sombre et implacable colère, a un temps résonné dans la Zone Libre délimitée par Serge Teyssot-Gay. Le lendemain, au même endroit, place aux influents Burning Heads qui, toutes proportions gardées, furent au punk d'ici ce que The Clash fut à celui d'Outre-Manche, prédisposition aux rythmes et

Continuer à lire

Poetry

ECRANS | Qu’il raconte une histoire d’amour entre un voyou et une handicapée mentale ("Oasis") ou le calvaire d’une mère mise au ban de sa communauté après la mort de (...)

Christophe Chabert | Mercredi 7 juillet 2010

Poetry

Qu’il raconte une histoire d’amour entre un voyou et une handicapée mentale ("Oasis") ou le calvaire d’une mère mise au ban de sa communauté après la mort de sa fille ("Secret sunshine"), Lee Chang-dong est un cinéaste qui n’a pas peur de s’engager vers des territoires ardus, où chaque étape du scénario pourrait le faire trébucher. Mais Lee a la bravoure de celui qui, tranquille et confiant dans son talent, sait que tout est surmontable par l’intelligence du récit et de la mise en scène. À ce titre, l’entrée en matière de "Poetry" fait figure d’Annapurna : une vieille femme, Madame Mija, apprend qu’elle a un début d’Alzheimer. Son boulot ? S’occuper d’un riche homme politique atteint d’aphasie. Son quotidien ? Veiller sur son petit-fils qui non seulement a la volonté d’une huître surgelée, mais ne trouve rien de mieux à faire que de participer avec ses copains à un viol collectif, entraînant le suicide de leur victime. Enfin, cerise sur le gâteau, sur un coup de tête, Madame Mija s’inscrit dans un cours de poésie, elle qui n’a jamais sorti le nez de ses problèmes matériels. Le principe de l’incertitude Intelligence de la mise

Continuer à lire