L'art de miser sur le bon cheval : "Le Poulain"

Politique-fiction | de Mathieu Sapin (Fr, 1h37) avec Alexandra Lamy, Finnegan Oldfield, Gilles Cohen…

Vincent Raymond | Mercredi 19 septembre 2018

Photo : © Bac Films


Étudiant surdiplômé, Arnaud se retrouve fortuitement embauché comme assistant d'une directrice de campagne électorale à l'approche de la Présidentielle. À ses côtés, il va découvrir la réalité d'un métier où l'image compte davantage que les mots, et les opportunités que les convictions…

Cela ne pouvait finir autrement. À force de se frotter à la sphère politique (pour ses reportages dessinés en immersion lors de la présidentielle 2012 ou dans les coulisses élyséennes) ; à force de frayer avec Gérard Depardieu, des exploitants (le documentaire Macadam Popcorn) mais aussi des confrères illustrateurs ayant déjà franchi le pas (Joann Sfar, Riad Sattouf…), Mathieu Sapin était forcé de passer à la réalisation. Et d'aborder la chose politique par la voie intérieure.

Voyage d'un candide apprenant à nager dans un marigot de requins, cette fable documentée ne prétend pas brosser un portrait fidèle des sous-cases de notre échiquier politique actuel (comme La Conquête de Duringer) ni offrir un jeu de clefs prospectif à la Borgen. Elle montre en revanche avec une redoutable préscience à quel point un individu lambda, parce qu'il se trouve au bon endroit et au bon moment, peut en un tournemain devenir le familier du Prince et s'octroyer indûment ses privilèges — ça ne vous rappelle vraiment personne ?

Sapin sait se tenir à distance de la trop grosse farce pour que son film demeure, en arrière-plan, vaguement inquiétant quant au fonctionnement de nos institutions, dirigées par des carriéristes dépourvus d'idées, d'affects et d'idéaux. Des énarques téléguidant d'autres énarques en s'inspirant de Clausewitz et Machiavel, pariant comme au casino sur la meilleure martingale — tout en se ménageant en plan B la meilleure trahison possible. Comme s'ils voulaient donner raison aux abstentionnistes… D'ailleurs, il n'y a pas l'ombre d'un électeur dans ce film.


Le Poulain

De Mathieu Sapin (Fr, 1h37) avec Alexandra Lamy, Finnegan Oldfield... Arnaud Jaurès, 25 ans, novice en politique, intègre par un concours de circonstances l’équipe de campagne d’un candidat à l’élection présidentielle. Il devient l’assistant de Agnès Karadzic, directrice de la communication, une femme de pouvoir et d’expérience qui l’attire et le fascine. Sans l’épargner, elle l’initie aux tactiques de campagne, et à ses côtés il observe les coups de théâtre et les rivalités au sein de l’équipe, abandonnant peu à peu sa naïveté pour gravir les échelons, jusqu’à un poste très stratégique.
UGC Ciné-Cité Internationale 80 quai Charles de Gaulle Lyon 6e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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La rouée vers l’Ouest : "Calamity, une enfance de Martha Jane Cannary" de Rémi Chayé

Animation — dès 6 ans | Une évocation romancée et héroïque de la future Calamity Jane, légende du Far West dont elle constitue l’une des rares icônes féministes.

Vincent Raymond | Mercredi 14 octobre 2020

La rouée vers l’Ouest :

Tolérée dans un convoi de pionniers rigoristes, la famille Cannary fait désordre. Quand le père malchanceux se blesse, sa fille Martha Jane choque en prenant les rênes, puis en s’habillant en garçon. Injustement accusée d’un vol, la pré-ado rebelle quitte cette horrible compagnie et part à l’aventure… Cette évocation romancée et héroïque de la future Calamity Jane, légende du Far West dont elle constitue l’une des rares icônes féministes/féminines, est moins une biographie qu’une chronique de cette époque de toutes les fortunes ou l’occasion d’en revisiter les codes : caravanes, ville-champignon avec saloon, régiment de cavalerie, trappeurs, mine d’or, aiglefins, Indiens… C’est un concentré du mythe fondateur de l’Amérique que Chayé nous offre, avec en sus cet art poétique de la couleur n’appartenant qu’à lui, et dont on avait pu profiter dans Tout en haut du monde. Ses jeux d’aplats et son flat design créent, étonnamment, une grande profondeur à ses images. Plus haute distinction pour un long-métrage au Festival d’Annecy, le Cristal qu’il a décroché est largement mérité.

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Lyon BD Festival 2020 : finalement, si !

Bande Dessinée | Par un ironique coup du destin, 2020 estampillée “Année nationale de la BD” par le Ministère de la Culture rend tristement compte d’une vérité profonde du (...)

Vincent Raymond | Mardi 9 juin 2020

Lyon BD Festival 2020 : finalement, si !

Par un ironique coup du destin, 2020 estampillée “Année nationale de la BD” par le Ministère de la Culture rend tristement compte d’une vérité profonde du secteur : sa souffrance — ce n’est pourtant pas faute de la hurler aux oreilles des tutelles ou du législateur ! Après la remise du rapport Racine en début d’année (et la “réception” du chef de l’État à Angoulême), le coronavirus n’a pas amélioré la précarité des autrices et auteurs, annulant toutes les manifestations publiques. Toutes ? Il en est une, entre Rhône et Saône qui, résiste encore et toujours : le Lyon BD Festival. Il organise même du 12 au 14 juin un « joyeux non-festival » en ligne, mise en bouche de la célébration de ses quinze ans, histoire de patienter jusqu’à l’automne. Au programme, des jeux et des expositions ! L’une consacrée à l’auteur de l’affiche 2020, le protéiforme Mathieu Sapin (aussi à l’aise dans l’univers jeune public que l’heroic fantasy ou la chronique politique) ; l’autre aux mouvements de contestations à l’échelle du globe vus par l

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Services extérieurs : "Exfiltrés"

Le Film de la Semaine | L’exfiltration d’une djihadiste repentie française et de son fils, orchestrée en marge des services de l’État. Emmanuel Hamon signe un très convaincant premier long-métrage aux confins de l’espionnage, du thriller et de la géopolitique contemporaine.

Vincent Raymond | Mardi 5 mars 2019

Services extérieurs :

Prétextant des vacances en Turquie, Faustine a fui vers la Syrie avec son fils, laissant son époux Sylvain mort d’inquiétude. Mais le fils du patron de Sylvain effectuant des missions humanitaires dans la région va entreprendre les recherches pour les localiser. Une chance dans leur malheur… On devrait rechercher une corrélation entre l’âge auquel les cinéastes réalisent leur premier long-métrage et le nombre de kilomètres (ou de pays) que leurs protagonistes avalent — Newton a bien établi que les corps s’attiraient mutuellement en proportion de leur masse et de l'inverse du carré de leur distance ! Toute plaisanterie mise à part, ce désir “d’ailleurs“ coïncide souvent avec des thématiques très éloignées des préoccupations auto-centrées mobilisant le cortex des néo-auteurs, davantage enclins à considérer leur nid que le monde les entourant. Comme l’expérimenté scénariste Thomas Bidegain avant lui pour Les Cowboys, Emmanuel Hamon a trouvé dans le maelström géopolitique contemporain — et tou

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Mathieu Sapin en double escale à Lyon

Bande Dessinée | Auteur de BD, Mathieu Sapin a manifesté un fort intérêt pour la chose politique, en chroniquant la campagne pour la présidentielle de 2012 et en passant une (...)

Vincent Raymond | Vendredi 7 septembre 2018

Mathieu Sapin en double escale à Lyon

Auteur de BD, Mathieu Sapin a manifesté un fort intérêt pour la chose politique, en chroniquant la campagne pour la présidentielle de 2012 et en passant une année dans les murs de l’Élysée. Il s’est aussi beaucoup penché sur le cinéma en suivant comme son ombre pendant plusieurs mois l’ogre Gérard Depardieu (voir l’album Gérard…) ou en coréalisant avec Jean-Pierre Pozzi Macadam Popcorn (2017) un documentaire sympathique mais un peu bancal sur les salles indépendantes. Voici qu’il mêle ses deux dadas en signant son premier long-métrage de fiction, Le Poulain, sorte de roman initiatique d’un jeune fort en thème dans les arcanes du pouvoir. Où les convictions (et les électeurs) apparaissent bien éloignés des préoccupations des cellules de communication “fabriquant“ l’image et les programmes des candidats. “Matsap“ et son excellente interprète Alexandra Lamy — en directrice de campagne, elle tient là l’un de ses meilleurs rôles — seront présents lors de l’avant-première à l’UGC Ciné-Cité Confluence lundi 10 septembre à 20h. Auparavant, le réal

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Le gay savoir : "Marvin ou la Belle Éducation"

ECRANS | Marvin ou la belle éducation de Anne Fontaine (Fr, 1h53) avec Finnegan Oldfield, Grégory Gadebois, Vincent Macaigne…

Vincent Raymond | Mardi 21 novembre 2017

Le gay savoir :

Depuis toujours, Marvin Bijou se sent “à part”. Traité de “pédé” et harcelé au collège, il étouffe aussi dans sa famille à peine quart-monde. Grâce à un atelier théâtre et à sa rencontre avec un metteur en scène, il va découvrir qu’une issue existe, qu’il peut s’affirmer dans son identité… Anne Fontaine a une manière de filmer la misère sociale qui rappelle, sans vouloir faire offense ni à l’une ni à l’autre, le Scola de Affreux, sales et méchants. Sauf que le cinéaste italien tournait au second degré. Pas la réalisatrice française, qui pense nécessaire de représenter dans leur caricature la plus élimée des pauvres qu’elle ne doit guère connaître. Non qu’il faille adoucir ni faire de l’angélisme, mais cette représentation tient davantage du vieux stéréotype que du réalisme — curieusement, sa vision des sphères bourgeoises est plus réaliste. De fait, elle pousse vers une outrance aussi aberrante qu’inutile ses comédiens, au premier chef desquels Grégory Gadebois plus excessif à lui seul que toute la famille Groseille de La Vie est un long fleuve tran

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À la petite semaine : "7 jours pas plus" de Héctor Cabello Reyes

Du sur mesure pour Benoît Poelvoorde | de Héctor Cabello Reyes (Fr, 1h31) avec Benoît Poelvoorde, Alexandra Lamy, Pitobash…

Vincent Raymond | Mardi 29 août 2017

À la petite semaine :

Quincailler pointilleux attaché à ses habitudes de célibataire, Pierre se trouve contraint d’héberger un Indien dépouillé de ses biens et papiers, le temps qu’il parvienne à contacter sa famille. Pierre lui a donné sept jours, pas plus. Et c’est déjà énorme pour lui… Pour sa première réalisation, Héctor Cabello Reyes signe le remake de El Chino (2012), comédie sud-américaine ayant connu son petit succès en salles — troquant par le jeu de la transposition, le massif Ricardo Darín contre l’explosif Poelvoorde et le Chinois contre un Indien. Commun outre-Atlantique, où les films étrangers sont rarement vus (et recherchés), ce type d’adaptation reste marginal dans l’Hexagone, gouverné par la tradition de l’auteur. Mais quel est ici l’auteur réel ? Le cinéaste ayant flairé un matériau adéquat pour Poelvoorde mais qui se borne à une réalisation utilitaire théâtralisante, ou bien le comédien déployant impeccablement ses gammes de l’hystérie à l’émotion, dans un emploi sur mesure, comme jadis de Funès, Fernandel ou le Gabin tar

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"Macadam Popcorn" de Jean-Pierre Pozzi : grandeurs et évolutions des petits commerces de cinéma

ECRANS | de Jean-Pierre Pozzi (Fr, 1h19) documentaire avec Mathieu Sapin…

Vincent Raymond | Mardi 20 juin 2017

Voici un documentaire qu’on voudrait aimer par principe ; autant pour son sujet que pour l’opiniâtreté de sa démarche et ses (modestes) tentatives formelles. Jean-Pierre Pozzi et son camarade le dessinateur Mathieu Sapin y écument la France des salles de cinéma alternatives, après le passage au “tout numérique”, et donnent la parole aux défenseurs acharnés de l’exception “art et essai” — ces propriétaires de salles maintenant coûte que coûte leurs écrans dans le paysage. Scandé de trop rares séquences animées, ce road movie leur a pris des mois, voire des années. Hélas, une partie de leur énergie s’est diluée au fil du temps, et le film s’en ressent : on devine à sa réalisation bancale, à son montage façon coq-à-l’âne et à l’absence hurlante de continuité que les protagonistes (au jeu merveilleusement approximatif) ont dû caler les sessions de tournage au gré de leurs disponibilités. Cette forme

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"Nos Patriotes" de Gabriel Le Bomin : le soldat noir

ECRANS | Que la guerre, en tant que concept, travaille Gabriel Le Bomin est compréhensible ; c’est surtout une évidence. Depuis son court-métrage Le Puits (2001), il (...)

Vincent Raymond | Mardi 13 juin 2017

Que la guerre, en tant que concept, travaille Gabriel Le Bomin est compréhensible ; c’est surtout une évidence. Depuis son court-métrage Le Puits (2001), il a exploré la majeure partie des champs de bataille français du XXe siècle, de manière documentaire ou fictionnelle ; traditionnelle ou plus expérimentale — voir son premier long Les Fragments d’Antonin (2006). Avoir à ce point fait le tour de la question devrait à tout le moins l’inciter à quelques audaces ; où diable sont-elles dans Nos Patriotes ? Adaptant ici Le Terroriste Noir de Tierno Monénembo, il raconte l’histoire authentique d’Addi Ba, tirailleur sénégalais caché par des villageois des Vosges, devenu l’une des pièces maîtresses d’un maquis de la région, avant d’être arrêté et exécuté. S’il faut bien sûr reconnaître au cinéaste le mérite d’illustrer un chapitre longtemps occulté de l’histoire officielle, quel dommage qu’il ait souscrit à une forme aussi policée, accumulant tant de facilités et de conventions : pers

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M & M : Sapin & Rabagliati à l’honneur !

Lyon BD Festival | Parmi la foultitude de crayons affûtés attendus cette année, deux pointures vont faire l’objet d’un focus mérité : le Québécois Michel Rabagliati (créateur de la (...)

Vincent Raymond | Mardi 6 juin 2017

M & M : Sapin & Rabagliati à l’honneur !

Parmi la foultitude de crayons affûtés attendus cette année, deux pointures vont faire l’objet d’un focus mérité : le Québécois Michel Rabagliati (créateur de la série Paul) ainsi que le Dijonnais Mathieu Sapin. Le premier exposera ses planches (Morceaux choisis) en l’Hôtel de Ville, interprétera une œuvre au Musée des Beaux-arts et sacrifiera au beau rite de la rencontre avec le public lors des tables rondes et des dédicaces. Quant au second, bien connu pour ses expériences immersives (à Libération, à L’Élysée, sur le tournage du Gainsbourg de Sfar et plus récemment aux côtés de Depardieu), il se livrera face à la foule du Lumière Terreaux durant une heure — tout en dessinant, on en est persuadé — avant de revenir le 19 juin au Comœdia pour présenter l’avant-première de son documentaire consacré aux salles de cinéma, Macadam Pop Corn. Miam !

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"L’Embarras du choix" : ou pas…

ECRANS | Maladivement incapable de choisir, Juliette s’embarque dans une double relation avec deux hommes apparemment parfaits. Chacun lui proposant de (...)

Vincent Raymond | Mardi 14 mars 2017

Maladivement incapable de choisir, Juliette s’embarque dans une double relation avec deux hommes apparemment parfaits. Chacun lui proposant de l’épouser, elle va devoir trancher… À Alexandra Lamy, il sera toujours beaucoup pardonné : l’actrice se montre en toute circonstance d’un indéfectible enthousiasme et d’une absolue sincérité. Cette générosité naturelle lui fait hélas du tort lorsqu’elle s’embringue dans des films hâtivement bâclés tel que celui-ci, précipitamment torché par Éric Lavaine, un an à peine après leur précédente collaboration — le plutôt aimable Retour chez ma mère. Ce n’est point tant la prévisibilité de l’intrigue qui pêche (on se doute bien, que dans une comédie romantique, la dame finit avec au moins un des deux messieurs), mais plus l’écriture en gruyère moisi, à base de trous scénaristiques — des manques qui n’ont rien à voir avec des ellipses — et d’excroissances inutiles (mais pourquoi ce caméo Franck Dubosc ?).

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"Nocturama" : une nuit close vue par Bertrand Bonello

Le Film de la Semaine | Après deux films en costumes (L’Apollonide et Saint Laurent), Nocturama signe le retour de Bertrand Bonello au plus-que-présent de l’allégorique pour l’évocation d’une opération terroriste menée par un groupuscule de jeunes en plein Paris. Brillant, brûlant et glaçant.

Vincent Raymond | Mardi 30 août 2016

Voici des temps absurdes où l’on en vient à redouter les attentats autant pour leur inqualifiable barbarie que pour leurs conséquences sur la diffusion des œuvres cinématographiques susceptibles de les évoquer. Où, en somme, des auteurs proposant une lecture analytique souvent clairvoyante des métaphénomènes sociétaux, voient la carrière de leur film avortée parce que leur fiction s’accorde avec l’actualité, ou lui fait un cuisant écho. Made in France de Nicolas Boukhrief et Bastille Day de Peter Watkins ont déjà payé un lourd tribut en étant retirés de l’affiche ; quant à l’extraordinaire Les Cow-boys de Thomas Bidegain, il a senti le vent du boulet. Espérons que Nocturama,

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"Retour chez ma mère" : un double portrait de femmes réussi

ECRANS | Un film de Éric Lavaine (Fr, 1h37) avec Alexandra Lamy, Josiane Balasko, Mathilde Seigner…

Vincent Raymond | Mercredi 1 juin 2016

Auteur du très injustement mésestimé Protéger et Servir (comme du moins mémorable Barbecue), Éric Lavaine adore adapter au format de la comédie des sujets de société ne prêtant pas forcément à rire. Se saisissant des désarrois de la “génération boomerang” humiliée par un retour subit et subi chez môman, il signe un double portrait de femmes d’autant plus réussi qu’il est dépourvu de vulgarité, ce saprophyte du rire ordinaire. Malgré les apparences, la mère n’y est pas qu’une mamie poussiéreuse dépassée par la modernité ; elle possède son petit tempérament — sans surprise, Josiane Balasko se montre parfaite pour jouer sur les deux registres. Quant à Alexandra Lamy en fille déprimée, elle se ferait presque manger par sa sœur à l’écran, Mathilde Seigner : en peau de vache, la seconde retrouve enfin de la subtilité dans son interprétation et redevient attachante. Certes, la presque trop grande efficacité du dialogue, aux répliques sur-ciselées façon Francis Veber, donne à l’ensemble des allures de succès des planches transposé devant la caméra. Ma

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Bang Gang

ECRANS | Des lycéens comblent le désert de leur existence en se prenant en main, c’est-à-dire les uns avec les autres et dans tous les sens… Inspirée par un fait divers, Eva Husson n’a pas froid aux yeux pour son premier long métrage qui, sans être bégueule, se révèle plus stuporeux que stupreux…

Vincent Raymond | Mardi 12 janvier 2016

Bang Gang

Identifié par ses pom-pom girls aux pectoraux avantageux, ses capitaines d’équipe de football athlétiques mais bas du front, ainsi que par ses forts en thème malingres, myopes, boutonneux et polycomplexés, le film de lycée (high school movie) est un genre à part entière outre-Atlantique. Cette catégorie de comédies plus ou moins émoustillantes destinées à être consommées avec popcorn et boy/girlfriend sort rarement de l’ornière, à moins d’un miracle ou d’une volonté de pervertir les codes — voir Carrie (1977) de De Palma ou Retour vers le futur (1985) de Zemeckis. Si le cinéma français s’adonne parfois à ces bluettes sucrées (La Boum, LOL), il propose aussi des traitements alternatifs de l’âge “ingrat” — ou “des possibles”. Dans des œuvres saisissant l’adolescence comme un état mystérieux ou inquiétant, et ceux qui la traversent pareils à une tribu autonome, abandonnée à elle-même ; des œuvres valant parfois davantage pour les ambiances construites, nimbées d’interdits et de tabous transgressés que les histoires racontées. De par son climat d’étrangeté diffuse, son goût pour l’architectur

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De toutes nos forces

ECRANS | De Nils Tavernier (Fr, 1h30) avec Jacques Gamblin, Alexandra Lamy…

Christophe Chabert | Mardi 25 mars 2014

De toutes nos forces

Attention, recrudescence de téléfilms sur grand écran en ce début de saison ! À ce titre, le film de Nils Tavernier — fils de Bertrand, qui donne ici une furieuse et imprévue modernité au cinéma de son père — est quasi-imbattable. Les bons sentiments, les rebondissements téléphonés, la platitude visuelle et les dialogues surannés renvoient impitoyablement à la plus mauvaise des télévisions, et le scénario se contente de recycler les schémas éculés du mélodrame sportif. À ceci près que le héros est handicapé physique et qu’il va convaincre son père — Jacques Gamblin, à la filmographie longtemps irréprochable, et qui commence à enchaîner les faux-pas — de courir à nouveau un triathlon mythique, en tandem cette fois. Cette originalité-là consignée, rien ne différencie De toutes nos forces de n’importe quel Rocky, où doute, culpabilité, élan, effort, découragement et dépassement de soi se succèdent selon une construction archi-prévisible, avec les inévitables brouilles et réconciliations familiales en sauce froide mélodramatique. Christophe Chabert

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J'enrage de son absence

ECRANS | De Sandrine Bonnaire (France, 1h38) avec William Hurt, Alexandra Lamy, Jalil Mehenni...

Jerôme Dittmar | Jeudi 25 octobre 2012

J'enrage de son absence

Deuxième réalisation de Sandrine Bonnaire après un premier docu sur sa soeur autiste, J'enrage de son absence prouve, encore, que les films d'acteurs font rarement des miracles. Histoire d'un deuil impossible : traumatisé par la mort de leur enfant, un homme hante la vie recomposée de son ex pour nouer une relation maladive avec son fils, cette nouvelle incursion dans la folie part pourtant sur de bonnes intentions. Consciente de devoir faire cinéma, Bonnaire aimerait filmer d'abord les corps et l'espace. Problème : ce qui avait tout pour devenir un Dark Water français se voit sans cesse rattrapé par la psychologie et son incapacité à pousser les choses dans une étrangeté plus radicale et surtout formelle. Le film s'enlise alors, suivant l'enfermement d'un William Hurt poussif dans une cave d'immeuble dont Bonnaire ne sait plus que faire, sinon un bon gros symbole. Le sens s'y retrouve étouffé, exsangue devant ce désir bizarre de rendre la peine de l'autre indiscutable. Jérôme Dittmar

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Possessions

ECRANS | Pour son troisième film, Éric Guirado s’inspire de l’affaire Flactif pour explorer, à travers une mise en scène passant sans cesse du chaud au froid et un quatuor d’acteurs excellents, le fossé grandissant entre les possédants et les dépossédés. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 1 mars 2012

Possessions

L’affaire Flactif (ou affaire du Grand Bornand) avait marqué la France : un couple de prolos du nord avait assassiné puis tenté de faire disparaître les corps d’une famille, dont les époux étaient aussi leurs propriétaires. Qu’on le prenne par tous les bouts, le fait-divers disait avec une grande brutalité l’écart béant qui se creusait entre ceux qui ont tout (réussite, argent, maison) et ceux qui doivent leur donner le peu qu’ils ont. Éric Guirado, en transposant librement cette histoire traumatisante, fait lui aussi un grand écart avec l’optimisme réconciliateur du Fils de l’épicier : Possessions est une œuvre au noir, jamais rassurante, et c’est cette obstination à plonger au fond de l’horreur qui en fait le prix. L’or blanc vire au rouge Le couple formé par Jérémie Rénier (gras et lourd : parfait !) et Julie Depardieu (inquiétante de ressentiment contenu) a tout du cliché : lui adepte du tuning, elle braquée sur des images de bonheur superficiel, co

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Ça sent le Sapin

CONNAITRE | Entre son blog chez L'Express et son tout frais Journal d'un journal, plongée aussi instructive que pince-sans-rire dans les coulisses du quotidien (...)

Benjamin Mialot | Vendredi 7 octobre 2011

Ça sent le Sapin

Entre son blog chez L'Express et son tout frais Journal d'un journal, plongée aussi instructive que pince-sans-rire dans les coulisses du quotidien Libération, on pourrait croire que Mathieu Sapin n'est qu'un satiriste au regard acéré et au trait faussement approximatif de plus. Ce serait déjà une raison suffisante d'aller lui tirer un chapeau à la la librairie La BD, où il tiendra une séance de dédicaces samedi 15 octobre (sur réservation au 04 78 39 45 04). Seulement voilà, le Dijonnais a beau être très porté sur l'excitation de zygomatiques, il n'en est pas moins un auteur polyglotte, aussi à l'aise dans l'action nonsensique (Supermurgeman) que dans les facéties jeunesse (Akissi), dans l'aventure vintage (Paulette Comète) que dans la fantasy déglinguée (Megaron). À bon entendeur.

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Lucky Luke

ECRANS | De James Huth (Fr, 1h44) avec Jean Dujardin, Michael Youn, Melvil Poupaud, Alexandra Lamy…

Dorotée Aznar | Vendredi 16 octobre 2009

Lucky Luke

Seule l’Italie a su déterritorialiser le western en préférant le baroque au respect des traditions. Mais on se souviendra que ces relectures transalpines ont aussi méchamment viré à la parodie : ce fût l’heure de gloire des Trinita avec Terence Hill. Ce dernier, justement, signait en 1991 une première adaptation de Lucky Luke. Si James Huth et Dujardin font mine de l’avoir oublié, leur horizon est pourtant semblable. Rien à attendre donc de cette nouvelle version. Par vague fidélité au matériau d’origine, le film ressert une soupe parodique indigeste, hystérique et lourdingue. Acteurs en roue libre, récit chaotique aux enjeux flous, seule la mise en scène dévoile quelques fulgurances. Entre Jan Kounen et Jean-Marie Poiré, ce Lucky Luke tient de l’ovni volant à très basse altitude. JD

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Un prophète

ECRANS | Choc (et Grand Prix) du dernier festival de Cannes, le cinquième film de Jacques Audiard ose une fresque somptueuse et allégorique où un petit voyou analphabète se transforme en parrain du crime. Après ce Prophète, le cinéma français ne sera plus jamais comme avant… Christophe Chabert

Dorotée Aznar | Jeudi 9 juillet 2009

Un prophète

Un cercle de lumière vient faiblement éclairer une partie de l’écran, comme une ouverture à la lampe de poche en lieu et place de l’antique ouverture à l’iris. Il vient éclairer quoi ? Les gestes désordonnés d’un jeune garçon dans un fourgon… Il planque maladroitement dans sa chaussure un billet de cinquante francs. Quelque part dans un XXe siècle finissant, Malik el Djebena s’est fait serrer une fois de trop par la police, pour ce qu’on devine être une agression sauvage lors d’une rixe — on verra plus tard d’impressionnantes cicatrices sur son dos. Ce n’est donc sûrement pas un tendre, mais certainement pas un caïd non plus. Phrasé hésitant, corps voûté, yeux en panique : Malik, papillon nocturne aux ailes brûlées prématurément, s’apprête à passer six longues années en prison. Une condamnation lourde pour ce petit voyou récidiviste, aller simple vers l’enfer des vrais mafieux et des criminels endurcis. Lui qui parle à peine français, qui ne sait ni lire ni écrire, s’avère donc une proie facile pour les affranchis qui l’entourent. Leçons de vie en prison Un prophète, le nouveau et fabuleux film de Jacques Audiard, est donc un

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Ricky

ECRANS | De François Ozon (Fr, 1h30) avec Alexandra Lamy, Sergi Lopez…

Christophe Chabert | Mercredi 4 février 2009

Ricky

Après le ratage d’Angel, François Ozon revient à un cinéma modeste proche de ses premières œuvres avec ce très curieux Ricky. La première demi-heure est une belle surprise : Ozon s’y frotte au quotidien d’une ouvrière dans une usine de produits chimiques (Alexandra Lamy, tout à fait crédible et assez épatante), mère célibataire nouant une relation avec un autre ouvrier (Sergi Lopez, très bon lui aussi). Le réalisme de cette ouverture ne se dépare pas d’une sècheresse de trait et d’un sens de l’inquiétude qui laissent penser que le cinéaste signe ici son retour en forme et en force. Mais tout cela ne fait que préparer le twist énorme qui est en fait le vrai sujet du film : la naissance d’un bébé ailé, que l’on cache puis que l’on tente maladroitement d’exhiber au monde, avant de le laisser s’envoler comme dans un conte pour enfants. Ozon nous supplie de croire à l’impossible, mais avec des effets spéciaux de téléfilm et des séquences franchement foirées (la scène du supermarché avec ses figurants aux taquets !), c’est beaucoup demander au spectateur. Il est lui-même trop conscient de ce qu’il raconte, notamment des sous-textes évidents charriés par son histoire,

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