Enfermées dehors : "Les Invisibles"

Comédie | De Louis-Julien Petit (Fr, 1h42) avec Audrey Lamy, Corinne Masiero, Noémie Lvovsky…

Vincent Raymond | Mardi 8 janvier 2019

Photo : © JC Lother


Manu dirige L'Envol, un centre d'accueil de jour pour femmes SDF. La tutelle municipale ayant décidé de sa prochaine fermeture, Manu et ses éducatrices entrent en campagne pour accélérer la réinsertion de leurs habituées. Quitte à outrepasser leur rôle et à tricher avec les règles…

Louis-Julien Petit va-t-il devenir le porte-voix des sans-voix, le relai des opprimés et des victimes du déclassement social, avec Corinne Masiero en égérie ? Discount (2015) pointait les aberrations éthiques d'une grande distribution préférant détruire des denrées au seuil de péremption plutôt que de les distribuer aux nécessiteux ; Les Invisibles dénonce dans la foulée les rigidités administratives du secteur social, ainsi que la disparition de l'humain dans la “gestion“ (prenons à dessein des expressions comptables, c'est dans l'air du temps) d'une misère déplacée dans des méga-complexes hors des villes.

S'il recourt volontiers à la comédie de caractères réaliste et aigre-douce prisée par Paul Laverty — en manifestant une nette prédominance pour les figures féminines —, Petit a encore du mal à s'affranchir de la double influence du scénariste de Loach et d'un “cinéma à gags“ plus classique avec ses récurrences, sa construction dramatique et ses effets attendus. Voire ses personnages : le premier plan sur les dreads en carton de Sarah Suco permet de comprendre qu'elle sera celle par qui la merde arrivera. Espérons toutefois que Petit persévère dans la recherche d'une voie médiane qui le fera passer des films “concernants“ sympathiques à un geste cinématographique majeur.


Les Invisibles

De Louis-Julien Petit (Fr, 1h42) avec Audrey Lamy, Corinne Masiero... Suite à une décision municipale, l’Envol, centre d’accueil pour femmes SDF, va fermer. Il ne reste plus que trois mois aux travailleuses sociales pour réinsérer coûte que coûte les femmes dont elles s’occupent : falsifications, pistons, mensonges… Désormais, tout est permis !
Pathé Vaise 43 rue des Docks Lyon 9e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Faire écran à l’amour : "À cœur battant" de Keren Ben Rafael

Romance | Une curiosité, avec Judith Chemla et Noémie Lvovsky.

Vincent Raymond | Vendredi 9 octobre 2020

Faire écran à l’amour :

Le titre international, The End of Love, est un divulgâcheur de première ! Oui, les deux amants se parlant durant tout le film par Skype interposé, vont rompre à la fin. Anticipant avec une prescience stupéfiante “l’effet Zoom“ du confinement, Keren Ben Rafael montre la déliquescence d’un couple binational séparé par l’attente d’un visa. Elle en France, lui en Israël, leur amour ne survit pas à l’éloignement des corps malgré un bébé et l’omniprésence des écrans. S’il n’a rien de révolutionnaire, le dispositif est ici utilisé de manière très efficace dans un film ménageant d’authentiques séquences de tension dramatique (voire de suspense) en posant l’éternelle question de la difficulté de surmonter des cultures différentes. Une curiosité. À Cœur battant ★★☆☆☆ Un film de Keren Ben Rafael (Fr-Isr, 1h30) avec Judith Chemla, Arieh Worthalter, Noémie Lvovsky…

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Kervern, Delépine & Gardin : « les films, ça sert à montrer le pire »

Effacer l’historique | Sortant en salle alors qu’ils assurent chacun “la demi-présidence“ du Festival d’Angoulême — « trop content parce qu’on adore la présidence et les demis » — le neuvième long-métrage du duo Kervern & Delépine accueille une nouvelle convive, Blanche Gardin. Les trois ont la parole.

Vincent Raymond | Jeudi 27 août 2020

Kervern, Delépine & Gardin : « les films, ça sert à montrer le pire »

Effacer l’historique est-il un film intemporel ? Benoît Delépine : J’espère qu’il l’est ! Il est contemporain dans le sens où l'on parle de choses qui arrivent en ce moment… et qui seront bien pire plus tard. Quelle a été l’idée première ? BD : On s’était juré il y a quinze ans d’essayer de faire dix films ensemble et de commencer en Picardie pour finir à l’île Maurice. À chaque film, on essaie de placer l’île Maurice, à chaque fois ça a merdé, c’est compliqué — et là on en a fait dix si on compte le court-métrage avec Brigitte Fontaine. Il suffit qu’on trouve une idée à la con qui nous fasse rire pour qu’on reparte sur un nouveau projet ; on aura au moins réussi ça. Elle nous hantait l’île Maurice avec l’histoire du dodo… Le jour où l'on s’est rendu compte d'à quel point on se fait pigeonner par l’ensemble des GAFAM réunis, qu’on a appris que génétiquement c’était un cousin du pigeon moderne, c’était trop beau ! Il y a dix ans, on avait failli écrire un scénario avec Gérard Depardieu tout seul à l’île Maurice qui avait revendu sa société en France et qui se f

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Contrôle, hâte, suppression : "Effacer l’historique" de Kervern & Delépine

Comédie | Bienvenue dans un monde algorithmé où survivent à crédit des banlieusards monoparentaux et des amazones pas vraiment délivrées. Bienvenue face au miroir à peine déformé de notre société où il ne manque pas grand chose pour que ça pète. Peut-être Kervern & Delépine…

Vincent Raymond | Jeudi 27 août 2020

Contrôle, hâte, suppression :

Un lotissement, trois voisins anciens Gilets jaunes, une somme de problèmes en lien avec l’omniprésente et anonyme modernité d’Internet. Au bout du rouleau, les trois bras cassés unissent leurs forces dans l’espoir de remettre leur compteur numérique à zéro. Faut pas rêver ! L’évaporation de l’humain et sa sujétion aux machines… Ce que la science-fiction, l’horreur ou le techno-thriller avaient déjà traité, est désormais une pièce jouée dans vie quotidienne de chacun. Une histoire à la Ionesco ou à la Beckett dont Effacer l’historique pourrait constituer une manière d’adaptation. Est-ce la présence de Blanche Gardin et de Denis Podalydès qui confère un cachet de théâtralité à ce film ? Il ne se démarque pourtant guère des autres réalisations du duo grolandais, suivant une mécanique de film à saynètes ou à tableaux (plus qu’à sketches) déclinant ce thème confinant à celui l’ultra-solitude contemporaine. Et dé

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Les mamans et les putains : "Filles de joie"

Drame | Axelle, Dominique et Conso, trois voisines du Nord de la France, franchissent la frontière belge chaque jour pour proposer leurs faveurs en maison close afin d’améliorer un ordinaire misérable. Les rêves en berne, l’usure morale le dispute à la déchéance physique et au mépris des proches…

Vincent Raymond | Mercredi 24 juin 2020

Les mamans et les putains :

Comme chez Brassens, « c’est pas tous les jours qu'elles rigolent/Parole, parole », les trois “filles“ du titre. La joie reste sous cloche dans ce film à la construction aussi subtile que décalée, rendant bien compte de la situation bancale de chacune au sein du groupe, autant que de leur individualité. Nous ne sommes pas ici dans l’habituel configuration des filières de l’Est ou du Sud et des portraits de filles réduites en esclavage par des réseaux mafieux, puisque ces travailleuses du sexe n’ont pas de souteneur. En apparence, seulement : l’argent qu’elles gagnent si péniblement ne leur profite pas, servant à nourrir la mère azimutée et les gosses de l’une, financer les extras des enfants ingrats de l’autre, alimenter les rêves chimériques d’extraction sociale de la troisième… La prostitution est rarement un choix, et le trio composé par Frédéric Fonteyne & Anne Paulicevich ne s’y adonne pas par plaisir. Ce qu’il révèle surtout d’un point de vue sociologique, c’est que le recours au commerce de son corps, jadis réservé aux plus pauvres des plus pauvres, à ce quart-

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Juliette Binoche et l’école des femmes : "La Bonne Épouse"

Comédie | La brutale disparition de son époux oblige Paulette Van Der Beck à prendre les commandes de l’école ménagère familiale en déclin qu’il était censé diriger. Mais en cette veille de mai 68, les jeunes élèves ne tiennent plus à devenir des fées du logis soumises en tout point à leur mari…

Vincent Raymond | Mardi 10 mars 2020

Juliette Binoche et l’école des femmes :

Sortant avec une certaine malice quelques jours après que l’on a célébré la Journée internationale des droits des femmes, La Bonne Épouse rappelle avec un second degré évident les vertus et commandements jadis prodigués aux jeunes filles ; le hiatus entre les us de l’époque patriarcale serinés par une institution vitrifiée dans la tradition et l’éclosion d’une nouvelle société n’en paraît que plus comique ! Dans cette ambiance provinciale patinée façon Choristes, Martin Provost bénéficie de surcroît d’un trio féminin de choc : Juliette Binoche (apprêtée et maniérée comme Micheline Presle dans Les Saintes Chéries) en directrice prenant la vague de l’émancipation féminine, Yolande Moreau en vieille fille éberluée par ces changements insolites et surtout Noémie Lvovsky en bonne-sœur revêche, évoquant un Don Camillo en guimpe — parfaite dans ce registre qu’on ne lui connaissait pas encore. Cœur sensible, Provost complète son histoire d’une romance au

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Les Invisibles

Avant-Première | Louis-Julien Petit va se faire une spécialité d’évoquer les personnages féminin qui, en situation de précarité, unissent leurs forces pour faire front et (...)

Vincent Raymond | Mardi 27 novembre 2018

Les Invisibles

Louis-Julien Petit va se faire une spécialité d’évoquer les personnages féminin qui, en situation de précarité, unissent leurs forces pour faire front et restaurer leur dignité. Après Discount et Carole Mathieu, voici qu’il s’intéresse dans Les Invisibles à un foyer d’accueil de jour pour femmes sans domicile fixe usant de méthodes peu orthodoxes mais efficaces. Le réalisateur viendra les présenter en compagnie de son interprète fétiche Corinne Masiero en avant-première. Les Invisibles À l’UGC Confluence ​le vendredi 29 novembre à 20h30

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"La Consolation" : Contemplations

ECRANS | de Cyril Mennegun (Fr, 1h20) avec Alexandre Guansé, Corinne Masiero…

Vincent Raymond | Mardi 4 avril 2017

Daniel vient d’apprendre la disparition d’une femme importante pour lui, avec laquelle il n’avait plus aucun contact. Il se rend dans une maison à la campagne pour veiller sa dépouille et peut-être, enfin, faire la paix avec elle. Avec lui-même… La radicalité dont Cyril Mennegun avait fait preuve dans Louise Wimmer (2012) se trouve ici poussée à son paroxysme : âpreté du sujet, ascèse du dialogue, minimalisme des plans et des mouvements. Exercice de style (volontaire) autour de la question du dépouillement, d’un retour sur soi par l’ineffable, La Consolation prend le temps d’investir le temps, de nous confronter à l’austérité dérangeante de la longueur et au mystère du lacunaire. Au spectateur de se plonger dans les incertitudes de Daniel, d’identifier les causes de ses silences, d’accomplir à ses côtés le chemin d’une acceptation avant d’obtenir une éventuelle consolation. On touche là à une expérience sensorielle face à une proposition de cinéma.

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Mennegun, deuxième !

ECRANS | À sa manière, Cyril Mennegun trace un chemin discret mais visible. De passage à Lyon, il viendra présenter au cinéma Lumière Terreaux son nouveau film, La (...)

Julien Homère | Mardi 21 mars 2017

Mennegun, deuxième !

À sa manière, Cyril Mennegun trace un chemin discret mais visible. De passage à Lyon, il viendra présenter au cinéma Lumière Terreaux son nouveau film, La Consolation. Toujours fidèle à Corinne Masiero sur ce projet, le réalisateur a attendu cinq longues années avant de faire suite à son premier succès Louise Wimmer, notamment lauréat du prix Louis Delluc en 2012. Reste à voir ce que prépare cet artiste, passionné de Bergman, Tarkovski et Bresson. Au Lumière Terreaux à 21h le mercredi 22 mars

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Sauvages

ECRANS | de Tom Geens (G-B/Fr/Bel, 1h45) avec Paul Higgins, Kate Dickie, Jérôme Kircher, Corinne Masiero…

Vincent Raymond | Mardi 5 avril 2016

Sauvages

Filmer la résilience comme un tableau naturaliste, en restituant sans les enjoliver des sensations primaires, le contact direct avec les éléments. Montrer le ré-apprentissage de la parole, de la communication, de la civilisation en passant d’une quasi abstraction visuelle à une poétique élaborée de l’image… Le parti-pris de Tom Geens est sacrément osé : avec un minimum d’explications, il pose un drame né d’un traumatisme, lequel s’enchâsse dans un mystère et se raccorde à une sorte de légende mystique ! Tout va pourtant se déployer progressivement, logiquement, comme un végétal étend sa ramure avec le temps. On parle ici d’expérience de cinéma pour le spectateur.

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Rosalie Blum

ECRANS | de Julien Rappeneau (Fr, 1h35) avec Noémie Lvovsky, Kyan Khojandi, Alice Isaaz, Anémone…

Vincent Raymond | Mardi 22 mars 2016

Rosalie Blum

On se réjouissait de voir portée à l’écran une BD parmi les plus originales de cette dernière décennie. Dommage que pour son premier film en tant que réalisateur, le scénariste Julien Rappeneau ait manqué le coche en signant cette adaptation de l’œuvre de Camille Jourdy. A-t-il été trop fidèle à l’original ? Pas assez rigoureux sur la direction d’acteurs ? Seul le décor urbain d’une province insipide (pardon pour la ville de tournage) semble ne pas souffrir de la transposition. Ce n’est pas le cas de certains personnages. Si Kyan Khojandi offre une neutralité bienveillante au sien, Noémie Lvovsky, dans le rôle-titre, surjoue l’effacement chuchoté avec une affection calamiteuse. Révélée dans des emplois pétulants, à l’aise lorsqu’il s’agit de faire passer force ou menace, la réalisatrice-actrice se montre beaucoup moins convaincante dans les minauderies. On se console ici avec des comédiens égaux à eux-mêmes (au point qu’ils doivent être inquiétants dans la vie quotidienne), Anémone et Philippe Rebbot. VR

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Discount

ECRANS | De Louis-Julien Petit (Fr, 1h45) avec Maurice Barthélémy, Corinne Masiero, Pascal Demolon…

Christophe Chabert | Vendredi 20 mars 2015

Discount

«Solidaires» clame l’affiche de Discount. Un slogan autant politique que publicitaire finalement éclairant sur l’ambivalence de cette comédie sociale, où les employés d’un supermarché hard discount décident de s’unir pour venir en aide à ceux qui sont menacés de licenciement. Élan de solidarité, donc, qui se traduit par une drôle d’idée : piller le supermarché et aller revendre les marchandises pour moins cher encore dans un local clandestin. Autrement dit : pour gagner sa vie, il ne s’agit pas de faire la révolution ou de dénoncer les méthodes dégueulasses de la grande distribution, mais d’en reproduire le modèle dans une économie parallèle. Tout le monde y gagne, clients comme employés, et même la société marchande et libérale, dont on ne fait que critiquer les excès, pas la nature. Au-delà de ce discours politique confus et inconséquent, Discount ne brille pas par sa mise en scène, simple travail de réalisation où le tournage sert à stocker un maximum de plans que le montage triera en espérant trouver un "rythme". Quant aux acteurs, certains sont déjà au bord de leur propre caricature, à commencer par Corinne Masiero, qui sait san

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Tiens-toi droite

ECRANS | De Katia Lewkowicz (Fr, 1h35) avec Marina Foïs, Laura Smet, Noémie Lvovsky…

Christophe Chabert | Mardi 25 novembre 2014

Tiens-toi droite

Désireux de redonner du souffle à un féminisme attaqué de toute part par les tenants réac' de la pensée zemmourienne, Tiens-toi droite s’enfonce dans un récit multiple dont les contours sont particulièrement flous. Les protagonistes sont présentées par une voix-off introductive — la mère de famille nombreuse, la miss réduite à un objet sexuel, la chef d’entreprise dont la vie personnelle est entamée par son activité professionnelle — mais en cours de route, Lewkowicz en rajoute une quatrième, une petite fille boulotte obsédée par les canons de la beauté féminine telle que la société les impose. Impossible de voir dans ce genre de coup de force narratif autre chose qu’un grand fouillis qui semble avoir échappé à tout contrôle : si Tiens-toi droite a un sujet, il n’a à proprement parler aucune forme, ni scénaristique, ni filmique, avançant au gré des intentions de son auteur et de séquences sans début ni fin, visiblement rapiécées par un montage hystérique. Le film paraît surtout totalement coupé du monde réel, fantasme d’une cinéaste qui oublie le spectateur, proche de ces piles de romans français qui déferlent à la rentrée littéraire et disparaissent en

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Les Invisibles

ECRANS | Avec ce splendide documentaire sur les homosexuels nés dans l’entre-deux guerres, Sébastien Lifshitz signe une ode à la liberté, au combat et à l’amour, en même temps qu’une belle galerie de portraits de «héros de la vie ordinaire». Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 21 novembre 2012

Les Invisibles

Dans la dernière séquence des Invisibles, une petite embarcation quitte le Vieux Port de Marseille : la caméra est braquée sur Bernard et Pierre, tous deux septuagénaires ; l’un commente les différents forts qui entourent la ville, l’autre a un peu froid et veut remettre sa veste. Pierre se lève et, dans un geste qui en dit long sur la tendresse qui les unit, Bernard l’aide à s’habiller. Impossible de ne pas penser alors à un autre geste, si puissant, vu sur les écrans récemment : celui de Trintignant caressant la main d’Emmanuelle Riva pour la soulager de sa douleur dans Amour. Du documentaire de Sébastien Lifshitz à la fiction d’Haneke circule une même question : qu’est-ce qui reste de l’amour quand celui-ci ne peut plus être charnel ? Ce n’est pas exactement le sujet des Invisibles, mais c’est une bonne façon de comprendre à quel point le projet du cinéaste déborde de multiples pistes aussi inattendues que passionnantes. «L’individu est plus fort que les carcans sociaux» Au départ donc, l’envie de parler de ces h

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Quoi de neuf, docs ?

ECRANS | Alors que le mois du film documentaire bat son plein, deux festivals complémentaires y seront exclusivement consacrés durant les quinze jours à venir. (...)

Christophe Chabert | Lundi 12 novembre 2012

Quoi de neuf, docs ?

Alors que le mois du film documentaire bat son plein, deux festivals complémentaires y seront exclusivement consacrés durant les quinze jours à venir. Histoires vraies.doc au Ciné Duchère tire le premier, avec parmi les reprises proposées De mémoires d’ouvriers de Gilles Perret, sur la naissance de la classe ouvrière dans les Alpes ou encore le beau film de Safinez Bousbia sur El Gusto, ce groupe de papys du chaâbi algérois façon Buena Vista Social Club. La musique sera au cœur de cette édition avec Les Fils du vent, sur les héritiers de Django Reinhardt, Traviata et nous, ou comment Nathalie Dessay et Jean-François Sivadier se sont confrontés au monument de Verdi et enfin, en avant-première, un documentaire sur la rencontre entre les Pockemon Crew, troupe de danseurs hip-hop lyonnais et Emelthée, un chœur spécialisé dans la musique baroque et contemporaine. Du côté de Décines, Les Écrans du doc ouvrira sa troisième édition avec l’avant-première des Invisibles de Sébastien Lifschitz, témoignage d’une

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Camille redouble

ECRANS | Noémie Lvovsky signe son meilleur film avec cette comédie à la fois burlesque et mélancolique où une quadragénaire revit ses 16 ans, retrouve ses parents défunts et son grand amour. Comme si Nietzsche, Coppola et la psychanalyse étaient passés à la moulinette d’une fantaisie foutraque. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 6 septembre 2012

Camille redouble

Actrice condamnée à jouer les silhouettes dans des films gore, quadragénaire larguée par son mari Eric, Camille voit son existence partir à vau-l’eau, se laissant glisser dans les volutes de cigarettes et les vapeurs d’alcool — apesanteur retranscrite dans un générique génial, comme on n’en voit pas souvent dans le cinéma français. Par la grâce d’un horloger un peu sorcier (Jean-Pierre Léaud, apparition émouvante) et après un nouvel an entre copines très arrosé, elle fait un malaise et se réveille le 1er janvier 1985 à l’hôpital, quelques jours avant de rencontrer Eric et quelques semaines avant la mort de sa mère. Elle a toujours quarante ans dans sa tête mais pour son entourage elle en a à nouveau seize. Magie de la mise en scène : Noémie Lvovsky, qui a choisi avec courage de se mettre en scène dans le rôle de Camille, n’opère aucun rajeunissement physique pour marquer cette transformation. Ce coup de force figuratif est à l’image du film tout entier : absolument libre, s’appuyant sur la croyance du spectateur et lui offrant en retour un joyeux foutoir dans lequel se glissent de beaux moments de mélancolie. Grande école Camille est donc confrontée

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Louise Wimmer

ECRANS | De Cyril Mennegun (Fr, 1h20) avec Corinne Masiero, Jérôme Kircher…

Dorotée Aznar | Jeudi 22 décembre 2011

Louise Wimmer

Louise Wimmer, femme de ménage approchant la cinquantaine, n’a plus d’autre solution après s’être séparée de son mari que de dormir dans sa voiture, en attendant que les services sociaux lui proposent un HLM. Un personnage digne des frères Dardenne, que la comédienne Corinne Masiero transforme en warrior social, refusant de poser en victime, élaborant des stratagèmes de survie pour conserver sa dignité. Il y a, dans les meilleurs moments de ce premier film signé Cyril Mennegun, quelque chose d’électrique, une tension qui renvoie à l’obstination de son héroïne, et que le cinéaste capte par une mise en scène précise, soignant les cadres et la lumière pour éviter de tomber dans le pléonasme visuel (film sur les pauvres = film pauvre). Hélas, le film s’éparpille aussi dans des digressions qui sentent le remplissage. Malédiction des premières œuvres françaises en ce moment : même réduites à une durée minimum (80 minutes), on a le sentiment qu’il y a encore une demi-heure de trop, comme si leurs auteurs étaient passés un peu trop vite du court au long-métrage.Christophe Chabert

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L’Apollonide, souvenirs de la maison close

ECRANS | De Bertrand Bonello (Fr, 2h05) avec Jasmine Trinca, Hafsia Herzi, Noémie Lvovsky…

Dorotée Aznar | Vendredi 16 septembre 2011

L’Apollonide, souvenirs de la maison close

Avec L’Apollonide, Bertrand Bonello nous enferme dans un bordel à la charnière du XIXe et du XXe siècles, avec ses filles (belles, dénudées, frivoles, solidaires), sa mère maquerelle (qui gère et protège sa maison) et ses clients (obsessionnels plus qu’obsédés). La structure du film est celle d’une spirale ou d’un disque rayé, la scène initiale et traumatique (une des filles a été défigurée et ses cicatrices la condamnent à un sourire perpétuel et inquiétant) revenant à intervalles réguliers pour souligner le crépuscule dans lequel s’enfonce cette maison close. Bonello a au moins réussi cela : créer par sa narration, son ambiance sonore et ses images la sensation opiacée d’un monde qui disparaît. Le problème, énorme, de L’Apollonide, c’est que son réalisateur ne résiste jamais à la tentation de se mettre en avant au détriment de ce qu’il raconte : accumulant les références à des cinéastes qui le dépassent de la tête et des épaules (Cronenberg, Kubrick, Argento, Hou Hsiao Hsien, et même Renoir !), sautant sur la première idée couillonne qui passe (une scène grotesque où les filles dansent sur Nights in white satin des Moody Blues, un client qui court après sa panthère en répétant

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Présumé coupable

ECRANS | De Vincent Garenq (Fr, 1h45) avec Philippe Torreton, Noémie Lvovsky…

Marlène Thomas | Mercredi 31 août 2011

Présumé coupable

Un cran au-dessus d’Omar m’a tuer, mais pas beaucoup plus, Présumé coupable revient sur l’affaire d’Outreau à travers le regard d’Alain Marécaux, huissier de justice accusé à tort de viols pédophiles en réunion, puis victime d’un engrenage judiciaire conduit par le tristement célèbre juge Burgaud. C’est justement ce regard univoque, cette absence de contrechamp au drame de Marécaux qui emmène Présumé coupable sur les rails rouillés du film-dossier. Le protagoniste est absolument innocent aux yeux du spectateur, comme il est absolument coupable aux yeux de la justice ; son calvaire ne donne lieu qu’à de l’indignation, jamais à des interrogations. De même, les personnages qui l’entourent sont enfermés dans un manichéisme démonstratif (Burgaud, chargé au-delà de toute limite) ou par le style télévisuel français (l’avocat parle comme un avocat, les flics comme des flics …). La mise en scène de Garenq trouve parfois son ton, mais surtout quand elle l’emprunte au Audiard d’Un prophète. Quant à Philippe Torreton, il a beau payer physiquement de sa personne pour être crédible, il n’arrive jamais tout à fait à faire oublier l’acteur derrière le

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