Le supplice du deux-roues : "Raoul Taburin"

Comédie | De Pierre Godot (Fr, 1h30) avec Benoît Poelvoorde, Édouard Baer, Suzanne Clément…

Vincent Raymond | Mercredi 17 avril 2019

Photo : © Raoul Taburin / Pan-Européenne - Kris Dewitte


En dépit de ses efforts, et depuis son enfance, Raoul Taburin n'est jamais parvenu à se tenir sur un vélo. L'ironie du sort fait que tous le prennent pour un crack de la bicyclette et qu'il est devenu le champion des réparateurs. L'arrivée d'un photographe dans son village va changer son destin…

Cette libre adaptation de l'album illustré de Sempé ressemble à une rencontre entre L'Homme qui tua Liberty Valance (1962) — pour sa fameuse morale (« Quand la légende dépasse la réalité, on publie la légende ») condamnant certains imposteurs malgré eux à supporter leur gloire indue — avec le réalisme magique, rendant anodin le surgissement d'éléments surnaturels. Ici, la bicyclette verte de Raoul paraît douée d'une vie propre, et le feu du ciel frapper ceux à qui il s'ouvre de ses secrets. Cela pourrait aussi bien être des hallucinations ou des coïncidences ; à chacun de déterminer son seuil de tolérance à la poésie.

Mettre en mouvement un coànte narrant l'impossibilité pour un personnage de défier la gravité sur son vélo tient de la gageure, mais Pierre Godeau relève le gant en respectant la tonalité délicate du trait de Sempé, et sa légèreté d'aquarelle. Il trouve dans la lumière, comme dans le décor du village (apparaissant ici dans l'immutabilité d'un chromo d'Épinal) des équivalences adroites. Quant aux costumes, ils caractérisent les personnages et vieillissent avec eux : de tels prodiges sont possibles dans un conte, puisque Raoul Taburin en constitue définitivement un, dont les bonnes fées s'incarnent en une épouse aimante et un photographe urbain. Un bien joli tandem.


Raoul Taburin

De Pierre Godeau (Fr) avec Benoît Poelvoorde, Edouard Baer... Une adaptation de la BD de Sempé, Raoul Taburin
Pathé Bellecour 79 rue de la République Lyon 2e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Fabrice du Welz : « ma trilogie a trouvé une forme de cohérence »

ECRANS | Il vous a fallu une quinzaine d’année pour mener à son terme votre “trilogie ardennaise”. De Calvaire à Adoration, en passant par Alleluia, on peut à présent (...)

Vincent Raymond | Mardi 21 janvier 2020

Fabrice du Welz : « ma trilogie a trouvé une forme de cohérence »

Il vous a fallu une quinzaine d’année pour mener à son terme votre “trilogie ardennaise”. De Calvaire à Adoration, en passant par Alleluia, on peut à présent voir un double mouvement s’y dessiner : d’une part un rajeunissement progressif des protagonistes (vous commenciez dans un EHPAD pour finir avec des adolescents), de l’autre leur féminisation… Fabrice du Welz : Au départ, ce n’était pas prévu pour être une trilogie. C’est après Alleluia que je me suis un peu laissé prendre au jeu quand on m’a parlé des correspondances existant entre ce film et Calvaire. Et il est vrai qu’il y avait comme une sorte de mouvement ou de recherche vers une figure féminine, qui éclate ici avec le personnage de Gloria. Maintenant je me rends compte que je suis resté assez fidèle à un certain décor des Ardennes, mais aussi à des noms, comme Gloria ou Bartel — souvent, quand je commence un nouveau projet, je me raccroche à eux. Aujourd’hui, la trilogie trouve avec ce film une form

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Adoration

ECRANS | Adolescent d’une petite dizaine d’années, Paul vit dans l’enceinte d’un hôpital psychiatrique où sa mère travaille. Lorsque Gloria, jeune patiente de son âge (...)

Vincent Raymond | Mardi 21 janvier 2020

Adoration

Adolescent d’une petite dizaine d’années, Paul vit dans l’enceinte d’un hôpital psychiatrique où sa mère travaille. Lorsque Gloria, jeune patiente de son âge est internée, Paul éprouve pour elle une fascination intense. Un acte irréversible va lier leurs destins et les entraîner dans une cavale folle… Retour aux fondamentaux pour Fabrice Du Welz, que sa parenthèse — ou la tentation ? — hollywoodienne avait sinon dispersé, du moins un peu dérouté de sa ligne originelle. Ultime volet de sa “trilogie ardennaise”, Adoration n’en est certes pas le moins sauvage ni le moins exempt de mystères non élucidés, mais il semble convertir en lumière pure la vitalité débordante de ses protagonistes. Et même s’autoriser, suprême audace, une espérance dans une conclusion en forme d’épiphanie. Le cadre lui-même s’avère propice puisque la nature dans laquelle se dissolvent ses fugitifs déborde de vie, de bienfaits estivaux ou de rencontres favorables ; quand aux poursuivants, ils demeurent à l’état de silhouettes — rien à voir avec La Nuit du chasseur !

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Ivan Calbérac : « d’un traumatisme, j’ai essayé de faire une histoire drôle »

ECRANS | L’aventure de Venise n’est pas en Italie a commencé il y a longtemps pour vous… Ivan Calbérac : Oui, elle est en partie autobiographique parce que (...)

Vincent Raymond | Mardi 28 mai 2019

Ivan Calbérac : « d’un traumatisme, j’ai essayé de faire une histoire drôle »

L’aventure de Venise n’est pas en Italie a commencé il y a longtemps pour vous… Ivan Calbérac : Oui, elle est en partie autobiographique parce que mes parents me teignaient les cheveux en blond de sept à treize ans — ouais, c’est moche (rires). À l’époque, ils m’avaient convaincu que j’étais plus beau comme ça. Je pensais que c’était dans mon intérêt, donc j’étais complètement consentant et même limite coopératif : je demandais ma teinture — j’étais vrillé de l’intérieur. Mais en même temps, j’en avais super honte : j’avais toujours peur qu’on dise : « aïe aïe, il a les cheveux teints, la honte ! », et à 14-15 ans, j’ai voulu arrêter, ils m’ont dit OK. La plupart de mes amis qui me connaissaient à cet âge-là n’étaient pas au courant. Et puis j’ai grandi et à l’âge de 38-40 ans, cette histoire est redevenue présente. De cette sorte de traumatisme, j’ai essayé de faire une histoire drôle en la racontant d’abord comme un roman. Mais j’avais tout de suite en tête l’envie d’en faire un film, parce que je voyais un road-movie, plein d’images.

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Venise n'est pas en Italie

ECRANS | Tout sépare Émile de Pauline, la collégienne dont il est épris : lui vit avec sa famille bohème (les Chamodot) dans une caravane ; elle réside dans la villa (...)

Vincent Raymond | Mardi 28 mai 2019

Venise n'est pas en Italie

Tout sépare Émile de Pauline, la collégienne dont il est épris : lui vit avec sa famille bohème (les Chamodot) dans une caravane ; elle réside dans la villa cossue de ses parents bourgeois. Quand elle l’invite à Venise pour l’été, Émile se réjouit… brièvement. Car ses parents veulent l’accompagner. En adaptant ici son propre roman lointainement autobiographique (succès en librairie), déjà porté (avec autant de bonheur) par lui-même sur les planches, le sympathique Ivan Calbérac avait en théorie son film tourné d’avance — le fait d’avoir en sus la paire Poelvoorde/Bonneton parmi sa distribution constituant la cerise sur le Lido. Las ! Le réalisateur a jeté dans un grand fait-tout façon pot spaghetti les ingrédients d’une comédie familiale un peu Tuche et d’une romance d’ados un peu Boum, quelques tranches de road movie, un peu d’oignon pour faire pleurer à la fin, nappé le tout d’une sauce Roméo & Juliette. Et puis il a oublié sa gamelle sous le feu des projecteurs. Résultat ? Un bloc hybride et peu digeste, où l’on di

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Benoît Poelvoorde : « Sempé observe le détail et le rend énorme »

ECRANS | Pensez-vous que Raoul Taburin soit un conte philosophique ? Benoît Poelvoorde : En tout cas, c’est une histoire très humaniste. Il faudrait poser la (...)

Vincent Raymond | Jeudi 18 avril 2019

Benoît Poelvoorde : « Sempé observe le détail et le rend énorme »

Pensez-vous que Raoul Taburin soit un conte philosophique ? Benoît Poelvoorde : En tout cas, c’est une histoire très humaniste. Il faudrait poser la question à Sempé — moi-même j’avais envie — mais il ne répondra jamais. Pour moi, faire du vélo, c’est l’image de l’apprentissage ; faire du vélo en retirant les petites roulettes, c’est entrer dans la vie. Une fois que tu commences à pédaler, c’est exponentiel, tu vas bouger et te dire : « comment ai-je pu avoir si peur ? ». D’ailleurs, on pourrait réfléchir : est-ce que mettre les roulettes n’encombre pas ? À force d’être tombé trois ou quatre fois, on se dit qu’on va faire du vélo uniquement pour le plaisir de ne plus tomber. Et une fois qu’on commence à pédaler, on se dit : « c’était aussi con que ça ? ». C’est un peu comme rentrer dans l’eau froide. Alors, est-ce qu’on a fait un film philosophique ? Sempé en tout cas a fait un ouvrage philosophique. On peut le prendre comme toutes les choses très simples et universelles, de manière philosophique : il est plus compliqué qu’il n’y paraît, mais en même temps on peut

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Deux fils

ECRANS | Dans la famille Zucarelli, la mère est partie depuis belle lurette, le père médecin déprime depuis deux ans et se rêve romancier, le fils aîné Joachim fait (...)

Vincent Raymond | Mercredi 13 février 2019

Deux fils

Dans la famille Zucarelli, la mère est partie depuis belle lurette, le père médecin déprime depuis deux ans et se rêve romancier, le fils aîné Joachim fait semblant de préparer sa thèse ; le cadet Ivan se passion pour le latin (et la fille du gardien du collège). On a connu des jours meilleurs… Avec cette histoire touchante de mecs cabossés, Félix Moati prouve qu’on peut signer en guise de premier long-métrage un film de copains, une déclaration d’admiration pour ses confrères et consœurs, ainsi qu’une dramédie tournant plus loin que les environs immédiats de son petit nombril — il s’agit vraiment du parcours d’un trio —, le tout dans une réalisation un peu bringuebalante et jazzy, très en phase somme toute avec le sujet. Sous des dehors éminemment masculins, Deux fils fait ressortir les fragilités de ses protagonistes, fanfaronnant ou s’abandonnant à diverses excentricités pour masquer (mais en vain) leur sentiment d’être orphelins — de mère, de compagne. Moati les montre dans un délitement pathétique, petit îlots de solitude comprenant

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Le Grand Bain

ECRANS | Chômeur dépressif, Bertrand rejoint un groupe de bras cassés, tous vaguement en déroute personnelle, pour former une très baroque équipe de natation synchronisée (...)

Vincent Raymond | Mardi 16 octobre 2018

Le Grand Bain

Chômeur dépressif, Bertrand rejoint un groupe de bras cassés, tous vaguement en déroute personnelle, pour former une très baroque équipe de natation synchronisée masculine. Entraînés par deux ex championnes azimutées, les gars vont se révéler aux autres et à eux-mêmes… Gilles Lellouche réalisateur, ce n’est pas une nouveauté : co-auteur de courts ainsi que d’un long avec son ancien complice Tristan Aurouet (Narco, 2004), il avait aussi participé à la trop inégale (dé)pantalonnade Les Infidèles (2012) avec un autre de ses potes, Jean Dujardin. En revanche, c’est la première fois qu’il se retrouve en solo derrière la caméra pour un long. Si son fidèle Guillaume Canet figure au générique, il n’en est pas le centre de gravité : Le Grand Bain est une authentique histoire sur le groupe et la force de l’union. Pas d’un club de quadra friqués pérorant en buvant des huîtres ; plutôt une collection de paumés de la classe jadis mo

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Drame de cœur à vous l’honneur : "Le Jeu"

ECRANS | Une soirée comme Vincent et Marie en organisent souvent : autour d’un bon repas entre amis. Sauf que cette fois-ci, l’idée émerge que tous les messages (...)

Vincent Raymond | Mardi 16 octobre 2018

Drame de cœur à vous l’honneur :

Une soirée comme Vincent et Marie en organisent souvent : autour d’un bon repas entre amis. Sauf que cette fois-ci, l’idée émerge que tous les messages parvenant sur les smartphones durant le dîner soient partagés à haute et intelligible voix. Un jeu bien anodin aux effets dévastateurs… Connu du grand public grâce à des polars à force interchangeables car redondants, Fred Cavayé s’était récemment aventuré dans la comédie (Radin) ; on n’imaginait pas que tout cela le préparait à signer avec Le Jeu son meilleur thriller, une étude de mœurs aussi acide que rythmée dissimulée sous des oripeaux d’un vaudeville à la Bruel et Danièle Thompson. Remake d’un film italien à succès, Perfetti sconosciuti (jusqu’à présent inédit dans nos salles, également adapté par Alex de la Iglesia), cette fausse comédie chorale bifurque rapidement sur une voie dramatique perturbante, révélant comme dans Carnage les visages de chacune et chacun lorsque se fissurent les masques des convenances so

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Emmanuel Mouret : « pour moi, le cinéma est dans les ellipses »

ECRANS | On savoure dans le dialogue de Mademoiselle de Joncquières chaque détail de sentiment, chaque atome de langue. C’est habituel chez vous, mais n’y (...)

Vincent Raymond | Lundi 10 septembre 2018

Emmanuel Mouret : « pour moi, le cinéma est dans les ellipses »

On savoure dans le dialogue de Mademoiselle de Joncquières chaque détail de sentiment, chaque atome de langue. C’est habituel chez vous, mais n’y avait-t-il pas ici pour vous une gourmandise supplémentaire ? Emmanuel Mouret : Dans un film en costumes qui se rapporte à une époque assez éloignée dans le temps, et d’autant plus un film XVIIIe, on est d’emblée porté sur ce plaisir des mots choisis et des personnages qui peuvent faire l’examen de soi en maniant avec dextérité la langue. C’est mon producteur qui avait très envie que je fasse un film d’époque : il pensait que, justement, on entendrait mieux mes dialogues avec cette distance du temps qui permet finalement de connecter plus directement. C’est comme les films de science-fiction ou les dessins animés, on n’a pas d’idée arrêtée sur ce que ça doit être. C’est donc un film où j’ai pu faire parler les personnages beaucoup plus librement que dans un film contemporain. Cette époque porte à incandescence la langue et les sentiments… Emmanuel Mouret : Toutes les ép

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Mensonges et trahisons (et plus si affinités) : "Mademoiselle de Joncquières"

ECRANS | Pour se venger du Marquis des Arcis, auquel elle a cédé malgré sa funeste réputation de libertin, Mme de La Pommeraye ourdit une complexe machination (...)

Vincent Raymond | Lundi 10 septembre 2018

Mensonges et trahisons (et plus si affinités) :

Pour se venger du Marquis des Arcis, auquel elle a cédé malgré sa funeste réputation de libertin, Mme de La Pommeraye ourdit une complexe machination amoureuse contre ce lui en embauchant deux aristocrates déclassées, Mlle de Joncquières et sa mère. Mais peut-elle impunément user de l’amour comme d’un poison ? Deux pensées se télescopent à la vision de ce film. L’une, que le XVIIIe siècle, avec son amour des mots et ses mots d’amour, était taillé pour la plume stylisée prompte à (d)écrire les tourments chantournés qu’affectionne Emmanuel Mouret. L’autre, concomitante : que ne l’a-t-il exploré plus tôt ! Or rien n’est moins évident qu’une évidence ; Mouret a donc attendu d’être invité à se pencher sur cette époque pour en découvrir les délices. Et se rendre compte qu’il y avait adéquation avec son ton. S’inspirant comme Bresson d’un extrait de Jacques le Fataliste, Mouret l’étoffe et ajoute une épaisseur tragique et douloureuse. Là où Les Dames du Bois de Boulogne se contentait d’une cynique mécanique de vengeance, M

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Police parallèle : "Au poste !"

ECRANS | Un commissariat. Une déposition. Celle d’un homme entendu par un policier après la découverte d’un cadavre au pied de son immeuble. Mais l’audition ne se (...)

Vincent Raymond | Mardi 3 juillet 2018

Police parallèle :

Un commissariat. Une déposition. Celle d’un homme entendu par un policier après la découverte d’un cadavre au pied de son immeuble. Mais l’audition ne se déroule pas comme prévu. Quant au récit trop banal du témoin, il en devient étrange. Voire carrément bizarre… Quentin Dupieux est peut-être la seule personne au monde à s’être demandé à quoi pouvait ressembler la réaction chimique de Buñuel sur Verneuil catalysée par du Jessua saupoudré de Pierre Richard. En même temps, le produit obtenu est du pur Dupieux : un concentré de comédie absurde où précipitent des cristaux d’onirique et floculent des particules théoriques. Une comédie au premier degré et demi, qui ne lésine pas sur les effets basiques de situations, de gestes (chutes, grimaces etc.) ou de répétition (comme le tic verbal récurrent, « c’est pour ça » ), et qui vrille volontiers vers l’insolite, emboutissant les dimensions. Il suffit ici que l’interrogatoire convoque le passé à l’oral pour qu’il soit aussitôt réactivé à l’image, permettant aux protagonistes d’y effectuer des allers-retours, de visiter l’espace mental des souvenirs et l’habiter.

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Édouard Baer en direct à Lyon le 11 janvier

ACTUS | Premiers effets de l'arrivée de Nova Lyon dès les foulées initiales de 2018 : Édouard Baer délocalise sa matinale à succès au restaurant À La Piscine, le (...)

Sébastien Broquet | Jeudi 21 décembre 2017

Édouard Baer en direct à Lyon le 11 janvier

Premiers effets de l'arrivée de Nova Lyon dès les foulées initiales de 2018 : Édouard Baer délocalise sa matinale à succès au restaurant À La Piscine, le jeudi 11 janvier. L'émission baptisée Plus près de toi, décomplexée et cultivée, se déroulera donc face au public lyonnais de 7h à 9h. Les invités ne sont pas encore connus, le live non plus. Autre nouveauté : le Nova Mix Club déboule au Sucre, une fois par mois. Ce before très clubbing se déroulait jusque-là trois vendredis par mois au Badaboum, club parisien dédié à la house et situé près de Bastille (et anciennement La Scène Bastille, donc un lieu historique pour Nova : c'est là qu'ont été créées les fêtes Nuits Zébrées). Il n'y en aura plus que deux à Paris, la troisième migrant du côté de Confluence. Le concept de l'émission : tro

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Numéro Une

ECRANS | Cadre supérieure chez un géant de l’énergie, Emmanuelle Blachey est approchée par un cercle de femmes d’influence pour briguer la tête d’une grande entreprise — (...)

Vincent Raymond | Mardi 10 octobre 2017

Numéro Une

Cadre supérieure chez un géant de l’énergie, Emmanuelle Blachey est approchée par un cercle de femmes d’influence pour briguer la tête d’une grande entreprise — ce qui ferait d’elle la 1ère PDG d’un fleuron du CAC40. Mais le roué Beaumel lui oppose son candidat et ses coups fourrés… Si elle conteste avec justesse l’insupportable car très réductrice appellation “film de femme” —dans la mesure où celle-ci perpétue une catégorisation genrée ostracisante des œuvres au lieu de permettre leur plus grande diffusion —, Tonie Marshall signe ici un portrait bien (res)senti de notre société, dont une femme en particulier est l’héroïne et le propos imprégné d’une conscience féministe affirmée. Peu importe qu’un ou une cinéaste ait été à son origine (« je m’en fous de savoir si un film été fait par une femme ou un homme », ajoute d’ailleurs Marshall) : l’important est que ledit film existe. Madame est asservie Comme toute œuvre-dossier ou à thèse, Numéro Une ne fait pas l’économie d’un certa

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Tonie Marshall : « avec une réelle mixité, les répercussions seraient énormes sur la société »

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Vincent Raymond | Mardi 10 octobre 2017

Tonie Marshall : « avec une réelle mixité, les répercussions seraient énormes sur la société »

Comment en êtes-vous venue à vous intéresser à la (non-)place des femmes dans les hautes sphères du pouvoir ? Tonie Marshall : J’avais pensé en 2009 faire une série autour d’un club féministe, avec huit personnages principaux très différents. Chaque épisode aurait été autour d’un dîner avec un invité et aurait interrogé la politique, l’industrie, les médias, pour voir un peu où ça bloquait du côté des femmes. J’allais vraiment dans la fiction parce que ce n’est pas quelque chose dans lequel j’ai infusé. Mais je n’ai trouvé aucune chaîne que ça intéressait — on m’a même dit que c’était pour une audience de niche ! Et la vie passe, on fait autre chose… Et j’arrive à un certain moment de ma vie où non seulement ça bloque, mais l’ambiance de l’époque est un peu plus régressive. Moi qui suis d’une génération sans doute heureuse, qui ai connu la contraception, une forme de liberté, je vois cette atmosphère bizarre avec de la morale, de l’identité, de la religion qui n’est pas favorable aux femmes. De mes huit personnages, j’ai décidé de n’en faire qu’un et de le situer dans l’industrie. Parce qu’

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ECRANS | Quincailler pointilleux attaché à ses habitudes de célibataire, Pierre se trouve contraint d’héberger un Indien dépouillé de ses biens et papiers, le temps (...)

Vincent Raymond | Mardi 29 août 2017

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Quincailler pointilleux attaché à ses habitudes de célibataire, Pierre se trouve contraint d’héberger un Indien dépouillé de ses biens et papiers, le temps qu’il parvienne à contacter sa famille. Pierre lui a donné sept jours, pas plus. Et c’est déjà énorme pour lui… Pour sa première réalisation, Héctor Cabello Reyes signe le remake de El Chino (2012), comédie sud-américaine ayant connu son petit succès en salles — troquant par le jeu de la transposition, le massif Ricardo Darín contre l’explosif Poelvoorde et le Chinois contre un Indien. Commun outre-Atlantique, où les films étrangers sont rarement vus (et recherchés), ce type d’adaptation reste marginal dans l’Hexagone, gouverné par la tradition de l’auteur. Mais quel est ici l’auteur réel ? Le cinéaste ayant flairé un matériau adéquat pour Poelvoorde mais qui se borne à une réalisation utilitaire théâtralisante, ou bien le comédien déployant impeccablement ses gammes de l’hystérie à l’émotion, dans un emploi sur mesure, comme jadis de Funès, Fernandel ou le Gabin tar

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Édouard, le réveil malin

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Édouard, le réveil malin

C'est à Radio Nova qu'Édouard Baer s'est fait un nom. Quand Jean-François Bizot, le maître de maison (à qui Ouvert la nuit est dédié), l'a mis à l'antenne et en tandem avec un autre iconoclaste, Ariel Wizman. Les deux durant cinq années mirent le feu à la bande FM avec une émission nommée La Grosse Boule. Façon flipper, la boule : ça remuait dans tous les sens, sans peur du tilt. Culte. Depuis octobre 2016, surprise, Édouard Baer est revenu à la maison, ramené au bercail par Bernard Zekri, lui-même un ancien de la bande d'Actuel / Nova, chargé par Matthieu Pigasse (qui l'avait précédemment embauché puis écarté des Inrockuptibles, au profit d'Audrey Pulvar) de filer un coup de fouet à la radio qu'il a racheté l'an dernier. Zekri a fait ce que l'on n'attendait pas : retourner chercher les vieux. Moustic, pour une hebdomadaire, le samedi à minuit : Ok ok super FM. Gérard Davet et Fabrice Lhomme, pour une interview politique, chaque vendredi. Solide ! Et donc, Édouard Baer, propulsé sur la mat

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Sabrina Ouazani : Chacune sa voix, chacune son chemin

ECRANS | Il n’y a pas eu de trimestre en 2016 sans qu’elle figure sur les écrans, enchaînant des films pour le moins éclectiques : la comédie Pattaya de Franck (...)

Vincent Raymond | Mardi 10 janvier 2017

Sabrina Ouazani : Chacune sa voix, chacune son chemin

Il n’y a pas eu de trimestre en 2016 sans qu’elle figure sur les écrans, enchaînant des films pour le moins éclectiques : la comédie Pattaya de Franck Gastambide, le biopic inspiré de l’affaire Kerviel L’Outsider de Christophe Barratier, et enfin les drames Toril de Laurent Teyssier et Maman à tort de Marc Fitoussi. Et 2017 s’engage sous les mêmes auspices, puisqu’après avoir partagé avec Édouard Baer la vedette du pléthorique Ouvert la Nuit, on la retrouvera deux fois d’ici le printemps. À 28 ans depuis la dernière Saint-Nicolas, dont (déjà) plus de la moitié de carrière, Sabrina Ouazani a le vent en poupe. Elle possède aussi un sourire ravageur, volontiers prodigué, qui s’envole fréquemment dans de tonitruants éclats communicatifs. On n’aurait pas à creuser longtemps pour faire rejaillir son tempérament comique ; pourtant c’est davantage vers la gravité de compositions tout en intériorité que les réalisateurs l’ont aiguillée, l’obligeant à canaliser son intensité native. La faute à Abdel Le cinéaste Abdellatif

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Ouvert la nuit

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Vincent Raymond | Mardi 10 janvier 2017

Ouvert la nuit

Inconséquent charmeur jonglant avec les mots et les promesses, épris de l’instant et du talent des autres, Luigi gère depuis vingt ans un théâtre parisien grâce à de l’argent qu’il n’a pas. À la veille d’une première, il doit pourtant en trouver en urgence. Ainsi qu’un singe. Le voici en cavale dans la capitale, escorté par une stagiaire de Sciences-Po au caractère bien trempé. La nuit est à lui ! Accompagner Édouard Baer n’a pas toujours été chose aisée : les délires de ses personnages de dandys logorrhéiques en semi roue libre au milieu d’une troupe de trognes, nécessitaient d’être disposé à l’absurdité, comme à l’humour glacé et sophistiqué cher au regretté Gotlib. Mais de même que Jean-Pierre Jeunet a réussi à cristalliser son univers dans Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain, Baer est parvenu à réunir ici la quintessence du sien. Si les deux auteurs partagent, outre la présence d’Audrey Tautou à leur générique, le plaisir d’entretenir une troupe fidèle et une affection certaine pour le Paris d’antan, les similitudes s’arrêtent là : Baer n’aime rien tant que faire voler les contraintes et les cadres, voir j

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Édouard Baer : “Je rêvais de constituer une troupe de cinéma”

Quelle est la distance entre votre personnage, Luigi, et vous-même ? Édouard Baer : Elle est totale parce que j’ai vraiment écrit un personnage de fiction à partir de choses que je connais ou que j’ai vécues ; à partir de gens que j’ai croisés, comme Jean-François Bizot [NDLR le créateur d’Actuel et de Nova] que j’admirais ou certains producteurs de cinéma. J’ai mélangé des sentiments, des peurs et des envies… Luigi, c’est moi, très exagéré, en bien et en mal : il est beaucoup plus enthousiasmant, plus courageux et, j’espère, plus sombre, plus menteur et manipulateur. Si on se croit suffisant pour être un personnage de cinéma, il faut aller voir un psy ! Même les grands maîtres de l’ego-cinéma comme Woody Allen — qui, dans la vraie vie, fait de la boxe — s’inventent un personnage de fiction. Que vous a apporté Benoît Graffin, votre co-scénariste, dans l’écriture d’un film en apparence aussi personnel ? Il a été une sorte d’accoucheur pour ce road movie que je ne voulais pas linéaire, ni plat. J’avais lu ses scénarios pour Pierre Salvadori (H

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Vincent Raymond | Mardi 29 novembre 2016

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Le nœud papillon savamment défait, le cheveu en bataille et un vers d’Aragon sur les lèvres, Édouard Baer promène sa nonchalante élégance d’artiste en quête d’un singe et d’argent (ne cherchez pas à comprendre, c’est ainsi) dans son nouveau film, Ouvert la nuit. Une brillante réussite qu’il vient présenter à Lyon en compagnie de la non moins talentueuse Sabrina Ouazani. Saurez-vous supporter autant de bonheurs et de délices d’un coup ? Je dis oui, car il faut savoir dire oui. Ouvert la nuit Au Comœdia le vendredi 2 décembre à 20h

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Pour un réalisateur seul, jongler les yeux bandés avec un baril de pétrole ouvert et un flambeau doit certainement se révéler plus sécurisant que diriger la paire Depardieu-Poelvoorde partant en goguette sur la route des vins. Sur le papier, Kervern & Delépine n’étaient donc pas trop de deux face au fameux duo. Cela dit, les risques étaient limités pour les compères, étant donné leur proximité avec les comédiens (déjà pratiqués dans Mammuth et Le Grand Soir) ; ils partageaient en outre leur science du jus de la treille. Cette… “communion d’esprit” explique comment et pourquoi les auteurs ont pu mener leur barque sans dériver, en nochers précis. Spirituel ou spiritueux Mais Saint Amour ne se limite pas à son germe éthylique : l’essence de ce road movie, c’est le voyage de quelques centimètres que vont parcourir un père et un fils l’un vers l’autre. Un rapprochement sensible et enivrant — facilité par leur hâbleur de chauffeur — donnant l’occasion d’apprécier Depardieu, plus fragile qu’un roseau dans son corps de chêne, lorsqu’il tente avec une maladresse rustaude de parler à son Bruno de fils,

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Vincent Raymond | Mardi 26 janvier 2016

Les Premiers, les Derniers

Si la relecture du western est tendance, pour Bouli Lanners, ce n’est pas non plus une nouveauté : il lorgnait déjà sur les grands espaces et le road movie dans ses œuvres précédentes — voir Les Géants (2011). Situé dans un no man’s land contemporain — un Loiret aussi sinistre que la banlieue de Charleroi un novembre de chômage technique — Les Premiers, les Derniers fait se croiser et se toiser dans un format ultra large des chasseurs de prime usés, de vieux Indiens frayant avec la terre, une squaw en détresse ainsi que l’inévitable horde de bandits aux mines patibulaires. Cousin belge de Kervern et Delépine qui aurait fréquenté le petit séminaire, Lanners diffuse en sus dans cette re-composition décalée un étonnant souffle de spiritualité continu, faisant de ses personnages des messagers et de leur trajectoire une sorte de parabole, interprétation du fameux verset de l’Évangile selon Matthieu : « Heureux les pauvres en esprit… ». Ajoutons que Jésus se balade de-ci de-là, que les comédiens Michael Lonsdale et Max von Sydow chantent des cantiques : le propos mystiqu

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Encore heureux

ECRANS | Quand des petits-bourgeois s’attellent à l’écriture d’une comédie vaguement sociale (chacun des mots mérite d’être pesé : on suit ici une famille dont le père, (...)

Vincent Raymond | Mardi 26 janvier 2016

Encore heureux

Quand des petits-bourgeois s’attellent à l’écriture d’une comédie vaguement sociale (chacun des mots mérite d’être pesé : on suit ici une famille dont le père, cadre sup’ au chômage depuis deux ans, squatte un studio des beaux quartiers parisiens) en faisant l’économie d’un script doctor, la vraisemblance et la dignité en prennent pour leur grade. Quelques exemples à la volée ? L’histoire est censée se passer autour du réveillon de Noël, de surcroît en week-end ; or tout est ouvert fort tard, y compris les administrations, qui n’hésitent pas à menacer d’expulsion… en pleine trêve hivernale. Un besoin urgent d’argent se fait sentir ? La mère s’en va troquer ses faveurs contre un chèque auprès d’un bellâtre de supérette — ah, le romantisme de la prostitution occasionnelle ! Même en ajoutant un macchabée voyageur en guise d’hypothétique ressort (au point où l’on en est...), le scénario continue de tirer à hue et à dia, atteignant à peine la cheville brisée de la moindre pochade d’humour noir belge. Miséricorde pour les comédiens, ils devaient avoir faim. VR

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Le Tout Nouveau Testament

ECRANS | La vérité fait parfois mal à entendre : Dieu est misanthrope, sadique et résident bruxellois. S’épanouissant dans la création de catastrophes, ce pervers se (...)

Vincent Raymond | Mardi 1 septembre 2015

Le Tout Nouveau Testament

La vérité fait parfois mal à entendre : Dieu est misanthrope, sadique et résident bruxellois. S’épanouissant dans la création de catastrophes, ce pervers se double d’un tyran domestique séquestrant son épouse et sa fille de dix ans, Éa. Celle-ci, qui en a plein le Graal de ce monstre gorgé de bière, décide de suivre l’exemple de son aîné barbu, J.-C. Elle s’évade donc afin d’enrôler des apôtres et d’écrire son propre Nouveau Testament. Non sans avoir mis le bazar dans l’ordinateur paternel, en révélant à toute l’humanité l’heure de sa mort. Une plaisanterie qui lui vaut d’avoir un Dieu le père furibard (et en sandales) à ses trousses… Ténue, la filmographie de Jaco van Dormael ne compte que trois longs métrages depuis Toto le héros (1991), où s’affirmaient déjà pleinement son style comme ses influences. L’homme ayant biberonné au surréalisme belge — mâtiné de burlesque et d’onirisme nébuleux — son œuvre en est traversée, parfois illuminée : ici, la farce iconoclaste (un Dieu façon Gros Dégueulasse de Reiser) peut côtoyer le sublime éthéré ou le franchement potache lorsqu’il s’agit d’illustrer des métaphores. Affectionnant la forme du conte porté par u

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Une famille à louer

ECRANS | Un homme riche et seul signe avec une femme pauvre mais avec deux enfants un contrat où il loue sa famille à titre d’essai. D’où quiproquos, (...)

Christophe Chabert | Mardi 21 juillet 2015

Une famille à louer

Un homme riche et seul signe avec une femme pauvre mais avec deux enfants un contrat où il loue sa famille à titre d’essai. D’où quiproquos, sous-entendus et, finalement, passage de l’amour feint à l’amour réel. Le programme du dernier film de Jean-Pierre Améris, qui signe ici son troisième navet d’affilée, est tellement prévisible qu’on se pince tout le long de la projection pour y croire. La faiblesse du scénario est criante à tous les niveaux, que ce soit dans ses péripéties, sinistres, ses gags d’une pauvreté affligeante — une porte de frigo qui s’ouvre en guise de gimmick, sérieusement… — ou ses dialogues, qui soulignent toutes les intentions. Rien n’est drôle dans ce désastre, à commencer par les deux comédiens : Poelvoorde fait ce qu’il peut pour retrouver le comique dépressif des Émotifs anonymes et Efira semble consciente de jouer dans un ersatz de production télé, ne cherchant jamais à dépasser la caricature absolue que constitue son personnage. Une famille à louer, c’est le genre de film produit pour faire tourner la machine éco

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La Rançon de la gloire

ECRANS | Eddy sort de prison après y avoir passé quelques années pour des trafics dont on ne saura jamais la nature, et se voit recueilli par Osman, éboueur à Vevey, (...)

Christophe Chabert | Mardi 6 janvier 2015

La Rançon de la gloire

Eddy sort de prison après y avoir passé quelques années pour des trafics dont on ne saura jamais la nature, et se voit recueilli par Osman, éboueur à Vevey, Suisse. Il vit avec sa fille dans une caravane, tandis que sa femme est à l’hôpital à cause d’une lourde maladie. Nous sommes en 1977, peu avant Noël, et c’est justement ce jour-là que Charlie Chaplin casse sa pipe au bord du lac Léman. Eddy et Osman décident de déterrer son cercueil et de demander une rançon. La Rançon de la gloire est inspiré d’une histoire vraie, comme le précédent film de Xavier Beauvois, le triomphal Des hommes et des Dieux. Entre les deux, le cinéma français n’a cessé d’adapter faits divers et affaires célèbres, dans une quête de véracité qui va de pair avec un assèchement progressif de sa foi en la fiction. Beauvois, justement, semble avoir glissé sur la même pente : ici, l’anecdote, pourtant mince, ne débouche jamais sur un projet plus vaste où les personnages et le récit conduiraient à une forme de fantaisie ou de grâce, et où l’argument de départ ne se

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Mommy

ECRANS | L’encensement précoce de Xavier Dolan ne pouvait conduire qu’à l’accueil exagérément laudatif qui a été celui de Mommy au dernier festival de Cannes. (...)

Christophe Chabert | Mardi 7 octobre 2014

Mommy

L’encensement précoce de Xavier Dolan ne pouvait conduire qu’à l’accueil exagérément laudatif qui a été celui de Mommy au dernier festival de Cannes. Disproportionné mais logique : même inégal, c’est son meilleur film, celui où il s’aventure dans des directions nouvelles, mais bien plus maîtrisées que dans son précédent Tom à la ferme. La première heure, notamment, est vraiment excitante. Si on excepte une inexplicable mise en perspective futuriste du récit, la description de cet Œdipe hystérique entre un adolescent hyperactif et colérique et sa maman borderline et débordée, dans laquelle se glisse une enseignante névrosée qui va tenter de dompter le gamin, permet à Dolan de s’adonner à une comédie furieuse et décapante, remarquablement servie par son trio d’acteurs, tous formidables, et par cette langue québécoise incompréhensible mais fleurie. Même le choix d’un cadre rectangulaire et vertical façon écran d’iPad est habilement géré par la mise en scène, redéfinissant les notions de plans larges et de gros plans — dommage qu’il en fasse fin

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3 Cœurs

ECRANS | Benoît Jacquot ne se prive pas pour définir 3 Cœurs comme un «thriller sentimental» ; et il ne lésine pas sur les moyens pour le faire comprendre au (...)

Christophe Chabert | Mardi 16 septembre 2014

3 Cœurs

Benoît Jacquot ne se prive pas pour définir 3 Cœurs comme un «thriller sentimental» ; et il ne lésine pas sur les moyens pour le faire comprendre au spectateur dans l’introduction, où, en plus des notes sombres qui parsèment la musique mélodramatique de Bruno Coulais, circule un climat fantomatique pour narrer le coup de foudre entre un type qui vient de rater son train —Pœlvoorde — et une fille qui erre dans les rues — Gainsbourg. Ils se donnent rendez-vous à Paris, mais en chemin, il est foudroyé par une attaque cardiaque. Cette entame étrange, abstraite, à la lisière du fantastique, est en effet ce que Jacquot réussit le mieux, le moment où sa mise en scène dégage une réelle inquiétude. En revanche, tandis que l’histoire se resserre autour d’un nœud sentimental — confectionné grâce à un sacré coup de force scénaristique — où Poelvoorde tombe amoureux de la sœur de Gainsbourg (Chiara Mastroianni) ignorant les liens qui les unissent, le suspense est comme grippé par l’approche psychologique et réaliste du cinéaste. Il faut dire que lorsque Jacquot tente de ramener de la quotidienneté dans le récit — que ce soit les séquences à la direction des impôts,

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Le Grand méchant loup

ECRANS | Le cinéma commercial français souffre de sa trop bonne santé ; trop d’argent, trop de calculs, trop de compromis. Le Grand méchant loup, à l’inverse, est un (...)

Christophe Chabert | Mercredi 3 juillet 2013

Le Grand méchant loup

Le cinéma commercial français souffre de sa trop bonne santé ; trop d’argent, trop de calculs, trop de compromis. Le Grand méchant loup, à l’inverse, est un film profondément malade, comme l’était d’ailleurs le précédent opus de Nicolas et Bruno, La Personne aux deux personnes : un truc personnel greffé sur un remake — celui des Trois petits cochons, un gros succès québécois — un film sur la névrose, la solitude et la mort qui se planque derrière toutes les formes de comédie possibles, un casting bankable dans lequel un seul acteur intéresse vraiment les réalisateurs, qui lui donnent du coup beaucoup plus d’espace à l’écran — Poelvoorde, évidemment génial… C’est donc très bancal, peu aimable, mais ça reste singulier. Signe qui ne trompe pas : à un moment, Nicolas et Bruno pastichent gentiment Comment je me suis disputé de Desplechin. C’est pourtant un faux-fuyant, tant on sent que dans une autre économie, plus modeste, le fil

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Turf

ECRANS | Dire du mal de Turf revient à tirer sur une ambulance. Quoique, comme la plupart des comédies commerciales françaises, il affiche une insolente santé, trop (...)

Christophe Chabert | Mardi 5 février 2013

Turf

Dire du mal de Turf revient à tirer sur une ambulance. Quoique, comme la plupart des comédies commerciales françaises, il affiche une insolente santé, trop bien nourri aux euros sonnants et trébuchants. Cela ne masque pas le recyclage poussif et transparent qui lui sert de pitch : Un éléphant ça trompe énormément dans le milieu du tiercé. Soit quatre potes dont un avec une mère juive (Marthe Villalonga, pour être original), l’autre qui trompe sa femme jusqu’à ce qu’elle en ait marre et le foute dehors, un troisième plus effacé mais solide dans les affaires comme en amitié, et un quatrième qui expose le tout en voix off et se met à l’équitation pour séduire une jeune et jolie demoiselle. Au milieu, Onteniente projette ses vannes pourries, sa mythologie beauf (on a du fric, on fait la fête sur la côte) et son absence totale de direction artistique, pour un résultat sinistre qui a l’air de durer trois plombes. C’est nul donc, et seul un Depardieu d’une sincérité totale s’échappe du marasme. Qui d’autre que lui pourrait faire sonner juste une réplique comme : «Tiens, voilà tes deux places pour Lady Gaga !» ? Christophe Chabert 

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Astérix et Obélix : au service de sa Majesté

ECRANS | Dans quel âge se trouve le blockbuster français ? Économiquement, sans parler d’âge d’or, on peut dire que l’affaire roule ; même une chose laborieuse comme (...)

Christophe Chabert | Jeudi 11 octobre 2012

Astérix et Obélix : au service de sa Majesté

Dans quel âge se trouve le blockbuster français ? Économiquement, sans parler d’âge d’or, on peut dire que l’affaire roule ; même une chose laborieuse comme Les Seigneurs remplit sans souci les salles. Artistiquement, en revanche, on est encore à l’âge de pierre. La franchise Astérix en est le meilleur exemple : après le navet ruineux de Thomas Langmann, c’est Laurent Tirard, fort du succès glané avec son Petit Nicolas, qui a récupéré la patate chaude. Avec un budget quasiment divisé par deux (61 millions quand même !), il n’avait guère le choix : finies les courses de char dispendieuses et les packages de stars ; retour aux fondamentaux. Tirard et son co-auteur Grégoire Vigneron prennent ainsi deux décisions payantes : remettre le couple Astérix et Obélix au centre du film (ainsi que les comédiens qui les incarnent, Baer et Depardieu, excellents), et soigner un casting pour lequel chaque personnage semble avoir ét

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Laurence anyways

ECRANS | Jusqu’ici, on avait du mal à excuser le côté tête à claques de Xavier Dolan, sinon par la fougue de sa jeunesse (il n’a que 23 ans et signe déjà son troisième (...)

Christophe Chabert | Mercredi 11 juillet 2012

Laurence anyways

Jusqu’ici, on avait du mal à excuser le côté tête à claques de Xavier Dolan, sinon par la fougue de sa jeunesse (il n’a que 23 ans et signe déjà son troisième film). S’imaginant à la fois comme un esthète et un penseur, il enfilait les clichés comme des perles et surfilmait ses maigres fictions, n’en révélant finalement que la profonde vacuité. La première heure de Laurence anyways montre Dolan tel qu’en lui-même. Pour raconter la décision de Laurence Alia (Melvil Poupaud, deuxième choix du réalisateur après la défection de Louis Garrel, une bonne chose à l’arrivée) de devenir une femme au grand désarroi de son amie Fred (Suzanne Clément, parfaite), il sort l’artillerie lourde : citations littéraires et références cinématographiques, hystérie pour figurer les rapports amoureux, ralentis chichiteux pour souligner les émotions et une barrique de tubes 80’s afin de coller avec l’époque du récit… C’est très simple : on se croirait face à un vieil Adrian Lyne ! Le clou étant cette fête costumée sur l’air de Fade to grey, où Dolan pousse son goût du vidéoclip kitsch jusqu’à son point de non retour. Désordre(s) Alors qu’on s’apprêtait à ferme

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Quand je serai petit

ECRANS | La première demi-heure de Quand je serai petit est assez épatante. Par ce qu’elle raconte, certes, mais aussi par la manière dont Jean-Paul Rouve, devant et (...)

Christophe Chabert | Jeudi 7 juin 2012

Quand je serai petit

La première demi-heure de Quand je serai petit est assez épatante. Par ce qu’elle raconte, certes, mais aussi par la manière dont Jean-Paul Rouve, devant et derrière la caméra, s’invente un personnage taillé sur mesure pour lui et en même temps différent de tout ce qu’il a fait jusqu’ici. Ainsi, Matthias traîne un mal-être inexpliqué qui semble se propager à son environnement. On le voit embarquer dans un ferry avec sa femme ; sur le pont, son regard s’attarde sur un enfant qui monte à son tour dans le bateau. Il fausse compagnie à son épouse pour arpenter les couloirs à sa recherche et le trouve, seul, dans une des cabines. De retour sur la terre ferme, il est toujours obsédé par cet enfant, au point de chercher à connaître son nom et l’endroit où il vit. Toutes les fictions sont possibles alors, de la plus noire (y a-t-il un désir interdit derrière ce jeu de piste ?) à la plus fantastique. C’est celle-ci que Rouve finit par adopter, sans pour autant diluer l’intérêt du film. Un père et manque Car cet enfant, c’est lui. Aucun tour de force ni effet spécial pour arriver à rendre crédible cette improbable équation ; la mise en scène garde le même réalis

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Le Grand Soir

ECRANS | Dans Mammuth, le cinéma de Kervern et Delépine semblait toucher son acmé : leur colère froide, leur art de la mise en scène à l’humour très noir, leur goût pour le (...)

Christophe Chabert | Vendredi 1 juin 2012

Le Grand Soir

Dans Mammuth, le cinéma de Kervern et Delépine semblait toucher son acmé : leur colère froide, leur art de la mise en scène à l’humour très noir, leur goût pour le road movie, tout cela était transcendé par la rencontre avec Gérard Depardieu, à la fois grandiose et nu, dans l’abandon à son personnage et la réinvention de sa légende. Avec Le Grand Soir, c’est l’inverse qui se produit : le sujet était taillé pour eux (deux frères, l’un punk, l’autre représentant dans un magasin de literie, vivent les ravages de la mondialisation depuis un centre commercial) et l’idée de réunir Benoît Poelvoorde et Albert Dupontel, acteurs géniaux qui n’avaient jamais tourné ensemble, ressemblait à un coup de génie. Le film débute d’ailleurs par une séquence qui aurait pu être d’anthologie : face à leur paternel incarné par un impassible Areski Belkacem, les deux se lancent dans une logorrhée croisée où aucun n’écoute l’autre. En fait, on touche

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Mon pire cauchemar

ECRANS | Démonstration que la comédie n’est pas genre aisé, Mon pire cauchemar pense que son pitch (une grande bourgeoise parisienne amatrice d’art contemporain doit (...)

Dorotée Aznar | Mercredi 2 novembre 2011

Mon pire cauchemar

Démonstration que la comédie n’est pas genre aisé, Mon pire cauchemar pense que son pitch (une grande bourgeoise parisienne amatrice d’art contemporain doit supporter un plombier belge alcoolique et grossier) suffit à emporter le morceau. Et, plutôt que de laisser Huppert et Poelvoorde chercher, comme leurs personnages, un territoire commun à l’écran, Anne Fontaine les enferme dans leurs emplois respectifs, provoquant artificiellement le rapprochement par les grosses ficelles du scénario. Du coup, elle se contente d’enchaîner les situations attendues, gonflant l’affaire avec une sous-intrigue redondante entre le mari coincé et une salariée de pôle emploi branchée bio et nature (un tandem de cinéma pour le coup impossible entre la scolaire Virginie Éfira et le roué André Dussollier). Il n’y a ni rire, ni malaise là-dedans ; juste un regard cruel qui, dans le drame, provoquait parfois une petite fascination (Nettoyage à sec, Entre ses mains) mais qui ici fait plutôt penser au Chatiliez des mauvais jours.Christophe Chabert

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Poulet aux prunes

ECRANS | C’est l’histoire d’un musicien iranien qui casse son violon et qui décide, désespéré de ne pouvoir retrouver la magie de sa musique avec un autre (...)

Dorotée Aznar | Vendredi 21 octobre 2011

Poulet aux prunes

C’est l’histoire d’un musicien iranien qui casse son violon et qui décide, désespéré de ne pouvoir retrouver la magie de sa musique avec un autre instrument, de casser sa pipe. Poulet aux prunes ne prend pas de gants pour nous annoncer la nouvelle : à peine l’introduction du film est-elle terminée que l’on connaît déjà le moment du trépas de Nasser-Ali. Ne reste plus qu’à compter les jours qui rapprochent de l’échéance, et les animer de toutes les façons possibles. Retours en arrière, projections hypothétiques sur les différentes manières de passer l’arme à gauche, et même grands bonds dans le temps accompagnant le destin des personnages secondaires… «C’est ce que j’aime au cinéma, commente Marjane Satrapi, co-réalisatrice avec Vincent Paronnaud. Que le personnage meurt au bout de dix minutes, et ensuite, on parle de sa vie pendant une heure vingt.» La narration de Poulet aux prunes est à l’image du débit élégant et élastique de son narrateur Édouard Baer : souple, fluide, libre, échappant à la pesanteur du réel pour se laisser conduire par la simple beauté de l’imaginaire, du rêve et de la poésie. Lignes brisées Quand Marjane

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Rien à déclarer

ECRANS | Avant le succès improbable de Bienvenue chez les Ch’tis, Boon avait écrit et mis en scène le tout pourri La Maison du Bonheur, dont le tort principal était de (...)

Dorotée Aznar | Jeudi 27 janvier 2011

Rien à déclarer

Avant le succès improbable de Bienvenue chez les Ch’tis, Boon avait écrit et mis en scène le tout pourri La Maison du Bonheur, dont le tort principal était de vouloir retranscrire sans filtre l’humour boulevardier sur grand écran, le tout pour un résultat assez douloureux. Avec les Ch’tis, le comique avait affiné le trait et réussi à toucher le public français en titillant notamment ses zones érogènes régionalistes. Ce qui est foutrement révoltant avec Rien à déclarer, c’est que l’auteur qui aura su le mieux exciter les spectateurs hexagonaux ces dernières années, que Dany Boon, donc, doté du temps, du budget et de toutes les bonnes volontés nécessaires, ait volontairement choisi la voie de la facilité la plus crasse, de l’humour le plus rance, le tout sous couvert de “bonnes intentions“ soi-disant humanistes qui finissent par se retourner contre elles-mêmes – ainsi d’un final qu’on a eu beaucoup de mal à digérer, dont la moralité pourrait être “ahlala, ces racistes sont impayables“. Construit sur des ressorts comiques au mieux rebattus, au pire consternants, Rien à déclarer fait non seulement peine à voir (Bienvenue chez les Ch’tis, à côté, c’est du Lubitsch), mais confirme que

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Les Émotifs anonymes

ECRANS | Au jeu de la comédie française sous influence Lubitsch, Jean-Pierre Améris s’en sort mieux que Pierre Salvadori avec ses "Vrais mensonges". Pas de quoi (...)

Christophe Chabert | Jeudi 16 décembre 2010

Les Émotifs anonymes

Au jeu de la comédie française sous influence Lubitsch, Jean-Pierre Améris s’en sort mieux que Pierre Salvadori avec ses "Vrais mensonges". Pas de quoi grimper au rideau, mais "Les Émotifs anonymes" est sauvé par le côté élève appliqué de son cinéaste, compensant une écriture parfois pataude par une mise en scène rigoureuse et une direction artistique correcte (sauf la musique, insupportable). On n’est pourtant pas sûr de bien comprendre pourquoi Améris a placé cette rencontre amoureuse entre deux timides maladifs dans un environnement volontairement rétro et désuet, comme si un Jean-Pierre Jeunet se piquait de réalisme et abandonnait ses focales et ses pots de ripolin numériques. Pour souligner qu’il fait une comédie à l’ancienne ? Par peur de la modernité (il faut dire que quand une webcam débarque dans le cadre, c’est rencontre du troisième type) ? Il y a pourtant quelque chose de furieusement moderne dans le film : le jeu éblouissant de Benoît Poelvoorde. Jamais l’acteur n’avait à ce point osé faire rire de ses failles, de ses névroses et de ses angoisses, tout en conservant son incroyable instinct comique, ce timing parfait et cette gestion magistrale des ruptures. Sa parte

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Mon pote

ECRANS | Il le dit lui-même en conférence de presse : Marc Esposito est un gentil. D’ailleurs, quand il évoque la base autobiographique de son nouveau film, voyant (...)

Dorotée Aznar | Vendredi 26 novembre 2010

Mon pote

Il le dit lui-même en conférence de presse : Marc Esposito est un gentil. D’ailleurs, quand il évoque la base autobiographique de son nouveau film, voyant un directeur de publication engager un taulard repentant dans une rédaction pour le sortir du mitard, il précise même qu’à l’époque, à Studio Magazine, il ne pouvait bosser qu’avec des gentils. Vous l’aurez donc compris, le meilleur compliment et en même temps la pire insulte qu’on puisse faire à Mon pote, c’est de dire que c’est un film gentil. Au sens “bien brave“, inoffensif, totalement inconséquent. On ne va même pas pinailler sur l’absence totale de mise en scène (qu’Esposito assume, en toute gentillesse), sur la fin du film et sa maladresse toute pataude, ce serait inutile. Ça reviendrait à tirer non pas sur l’ambulance, mais sur un stand de barbe à papa qui écoule toute sa marchandise gratos. FC

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L'Autre Dumas

ECRANS | Après Molière et La Fontaine, Dumas a à son tour droit à un film qui, loin du biopic classique, fantasme en toute liberté un épisode réel de sa vie. Pas de thèse donc (...)

Christophe Chabert | Mardi 2 février 2010

L'Autre Dumas

Après Molière et La Fontaine, Dumas a à son tour droit à un film qui, loin du biopic classique, fantasme en toute liberté un épisode réel de sa vie. Pas de thèse donc dans "L’Autre Dumas", mais un angle : les rapports entre l’écrivain et son nègre Auguste Macquet, aussi raide, laborieux et royaliste que son maître est bon vivant, génial et républicain. Le film joue sur ces trois tableaux (les mœurs, la création, la politique) à travers un gentil vaudeville prétexte et une mise en scène qui fuit l’académisme (caméra portée et plans serrés) sans toujours y parvenir. L’intérêt de "L’Autre Dumas" n’est pas là, de toute façon — ni dans la prestation de Poelvoorde, très bon mais… Non, le film, c’est Depardieu. L’acteur d’abord, qui rappelle ici qui est le patron, en donnant un relief colossal à toutes ses répliques, imposant une présence phénoménale, toujours dans l’action, jamais dans la démonstration. Mais aussi l’homme, car ce Dumas-là a beaucoup à voir avec Depardieu lui-même : ses problèmes avec les femmes, sa tendresse maladroite avec sa fille, son goût pour la bouffe, pour le vin, pour l’excès. "L’Autre Dumas" aurait pu s’appeler "Le Vrai Depardieu", tant c’est lui qui bouffe l

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Coco avant Chanel

ECRANS | La mode du biopic n’est pas près de se tarir sur les écrans, chaque pays se cherchant héros et héroïnes pour en faire de romanesques adaptations suçant la roue du (...)

Christophe Chabert | Mardi 14 avril 2009

Coco avant Chanel

La mode du biopic n’est pas près de se tarir sur les écrans, chaque pays se cherchant héros et héroïnes pour en faire de romanesques adaptations suçant la roue du modèle américain. Coco Chanel a déjà remporté le titre français en 2009, puisqu’avant la version Jan Kounen à venir au second semestre, voici sa jeunesse en mode Anne Fontaine. La cinéaste livre une copie appliquée où rien ne manque sur le pourquoi du comment de la vocation et des engagements de Gabrielle dite Coco. En témoigne la scène initiale où, abandonnée par son père dans un pensionnat de bonnes sœurs, son regard s’attarde longuement sur la coiffe noire et blanche des nonnes… Chanteuse sans le sou dans des cabarets minables, en révolte contre le patriarcat et la bourgeoisie de son temps, elle va canaliser son désir de revanche sociale et personnelle dans l’invention de vêtements qui libèreront la femme des lourdeurs froufrouteuses et des corsets étouffants. Une démarche à l’opposé de la pesanteur scénaristique et cinématographique d’Anne Fontaine, qui explique et souligne tout, ne laisse aucun vide ni dans les plans, toujours sagement centrés sur l’action, ni entre les scènes. Cet académisme est donc un pur contrese

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Passe-passe

ECRANS | D’abord, dire le plaisir éprouvé à la vision de Passe-passe. La comédie française ne nous a plus habitués à autant de générosité, préférant en général une approche (...)

Christophe Chabert | Mardi 8 avril 2008

Passe-passe

D’abord, dire le plaisir éprouvé à la vision de Passe-passe. La comédie française ne nous a plus habitués à autant de générosité, préférant en général une approche prudente faite de connivence complice et de calcul marketing. Tonie Marshall, elle, choisit de faire l’inverse, avançant en kamikaze sur tous les fronts, du burlesque à la comédie de caractère, du rire grinçant à la franche déconnade. Ce qui produit un film apparemment sans queue ni tête, à l’intrigue parfois incompréhensible mélangeant sans ménagement trafics internationaux et petites combines, coucheries politiques et coup de foudre romantique, altermondialisme et Alzheimer, Darry Cowl et Frank Sinatra. En fait, Passe-passe est plutôt un film à plusieurs têtes et plusieurs queues, tiré vers des extrêmes a priori inconciliables qui lui confèrent pourtant sa folie contagieuse. Bien vu, bien connuCe poisson-film a cependant un corps et des arêtes : le couple hilarant formé par Nathalie Baye et Edouard Baer. Elle, grande bourgeoise fuyant son amant de ministre avec un sac bourré de billets ; lui, prestidigitateur raté naviguant à vue entre une mère malade et un beau-frère magouilleur. Ce tandem-là est

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Les Randonneurs à Saint-Tropez

ECRANS | Pour ceux qui, comme nous, ont de l’estime pour Philippe Harel et son cinéma, ces Randonneurs à Saint-Tropez font mal, très mal. Cinéaste du cynisme, qu’il (...)

Christophe Chabert | Mercredi 2 avril 2008

Les Randonneurs à Saint-Tropez

Pour ceux qui, comme nous, ont de l’estime pour Philippe Harel et son cinéma, ces Randonneurs à Saint-Tropez font mal, très mal. Cinéaste du cynisme, qu’il exerce contre le monde (Extension du domaine de la lutte) ou contre un microcosme (Le Vélo de Ghislain Lambert, Tu vas rire mais je te quitte ou le premier Randonneurs), Harel devient ici un cinéaste cynique, multipliant les signes prouvant qu’il n’avait pas du tout envie de faire le film. Il laisse ainsi macérer ses personnages dans leurs stéréotypes, autorisant les seuls acteurs bankables (Viard et Poelvoorde) à faire étalage de leur métier. Les autres n’ont strictement rien à jouer, chacun trimbalant comme un boulet son unique gag décliné vingt fois, montrant physiquement sa lassitude et son dépit d’être là. «On se fait chier» lâche, affalé dans un sofa, un Elbaz qu’on croirait au repos pendant le making of. Ni féroce (pourtant, le cadre tropézien ouvrait un boulevard, en regard de la période bling bling actuelle), ni émouvant, le film n’est qu’une grande soupe tiédasse cuisinée avec les restes avariés du plat précédent. Pas drôle mais surtout très triste… Autant de talents dans un film aussi médiocre, c’

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J’ai toujours rêvé d’être un gangster

ECRANS | Auteur et metteur au scène de théâtre puis, au cinéma, d’un plaisant Janis et John, Samuel Benchetrit tente de transformer l’essai avec J’ai toujours rêvé (...)

Dorotée Aznar | Mercredi 19 mars 2008

J’ai toujours rêvé d’être un gangster

Auteur et metteur au scène de théâtre puis, au cinéma, d’un plaisant Janis et John, Samuel Benchetrit tente de transformer l’essai avec J’ai toujours rêvé d’être un gangster. Mais, dans ce film à sketchs dont le point commun est une cafétéria sur une aire d’autoroute, ce qui gène vite, c’est la «cinéphilie» de son auteur. Les guillemets sont volontaires car on se demande vraiment si on regarde une suite de clins d’œil, un digest pas toujours bien digéré ou un quasi-plagiat. Que des apprentis gangsters y tchatchent comme chez Tarantino, ou qu’au contraire ils peinent à se traîner comme dans Le Pigeon, pourquoi pas ? Que la construction du film soit empruntée à celle de Mystery train de Jarmusch, soit. Mais que Benchétrit reproduise, lors de la séquence Arno-Bashung, un sketch entier de Coffee and cigarettes du même Jarmusch, sans même créditer son auteur au générique, là, il y a vraiment un problème. Qu’importe après tout, si le film dans son ensemble était à peu près plaisant à suivre ; mais il est au contraire laborieux, sans rythme, complaisant envers ses propres trouvailles. En définitive, seul le casting, belle réunion de pointures, vient sauver l’affaire de l’anecdotique et fa

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B(a)erner son monde

CONNAITRE | Petit Bulletin : Pour ce spectacle, le moins que l'on puisse dire est que vous avez vu grand ! Qu'est-ce qui vous a incité à monter un tel spectacle (...)

Dorotée Aznar | Mardi 3 janvier 2006

B(a)erner son monde

Petit Bulletin : Pour ce spectacle, le moins que l'on puisse dire est que vous avez vu grand ! Qu'est-ce qui vous a incité à monter un tel spectacle ?Edouard Baer : La Folle et Véritable Vie de Luigi Prizzoti est construit en une succession de tableaux mais c'est une «vraie» histoire. Pour la première fois j'ai construit un spectacle avec un fil narratif ! Créer un spectacle avec autant d'acteurs est évidemment un véritable casse-tête et c'est surtout une aberration économique. Mais c'est ce que j'ai envie de faire et c'est comme ça que j'ai envie de vivre. D'ailleurs, je crois que je vais bientôt partir errer sur les routes avec une roulotte... Sous des apparences bordéliques, votre spectacle ne laisse pas de place à l'improvisation...Il y a une marge de liberté, mais pour mon personnage uniquement. Quant aux autres, qu'ils n'essaient même pas !!! Plus sérieusement, mon personnage doit être l'éléphant dans un magasin de porcelaine, il y a plus de 20 comédiens, il faut que tout soit beau et réglé précisément. Certains ont vu dans votre spectacle une satire de la société du spectacle, c'est ce que vous avez souhaité ?Le spectacle raconte l'

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Astérix aux jeux Olympiques

ECRANS | L'échec artistique de ce troisième Astérix, patent et douloureux, peut se résumer facilement. Le projet de blockbuster paneuropéen de Thomas Langmann voulait (...)

Christophe Chabert | Mercredi 6 février 2008

Astérix aux jeux Olympiques

L'échec artistique de ce troisième Astérix, patent et douloureux, peut se résumer facilement. Le projet de blockbuster paneuropéen de Thomas Langmann voulait fédérer les talents de chaque pays coproducteur. Des talents, il y en a (Depardieu, Poelvoorde, Delon, Cornillac, Astier, Segura, Garcia...), mais chacun est réduit à jouer sa partition en solo, souvent dans le registre qu'on lui connaît déjà. Ni le scénario, basique, ni la réalisation, occupée à justifier le budget du film, n'assure le liant. Langmann tenait aussi à se démarquer de la vision donnée par Chabat dans le précédent volet, jugé trop «Canal». Pourtant, dès le monologue de Delon, ce que l'on voit à l'écran, c'est un immense acteur en train de jouer en live son guignol. Rupture tranquille, donc, qui au fil du film se déporte de la chaîne cryptée vers TF1, avec la sainte trinité variétoche/comédie populaire/sport en ligne de mire. Sur le modèle des superproductions américaines formatées, Astérix aux jeux Olympiques ne repose que sur des équations marketing hasardeuses où chaque séquence est supposée répondre aux attentes d'une catégorie de spectateurs. C'est l'aveu terrible des 15 dernières minutes où il n'

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Cow-Boy

ECRANS | Daniel est un petit-bourgeois avachi, revenu de ses idéaux, vivant avec une femme qu'il peine à satisfaire, traînant comme un boulet son métier de journaliste (...)

Christophe Chabert | Mercredi 12 décembre 2007

Cow-Boy

Daniel est un petit-bourgeois avachi, revenu de ses idéaux, vivant avec une femme qu'il peine à satisfaire, traînant comme un boulet son métier de journaliste en présentant une émission grotesque sur la sécurité routière. Voulant renouer avec la fougue politique de ses jeunes années, il décide de réunir 25 ans après les protagonistes d'un fait-divers (réel) qui avait marqué la Belgique : la prise en otage d'un bus scolaire par un jeune homme en révolte contre la misère sociale. Mais le "révolutionnaire" est devenu un gigolo obsédé par l'argent et les otages ne veulent pas faire de vagues dans leurs vies étriquées mais dignes. Le fossé entre ce que Daniel veut obtenir de ses témoins, qu'il met en scène de manière obscène et manipulatrice, et leur désir de conserver la tête haute, quitte à accepter la fatalité sociale, est le principal ressort comique de Cow-Boy. Mais Benoît Mariage se heurte à un écueil : Daniel est un être détestable, hautain, égoïste, aveuglé par son envie irrépressible de s'acheter une conscience. L'abattage dément de Benoît Poelvoorde pour habiter tout le ridicule du personnage n'y change rien ; on n'arrive pas à rire d'un si grand crétin, et

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