Claire Devers : « Le naturel au cinéma n'existe pas »

Pauvre Georges ! | C’est aux Rencontres d’Avignon que la rare Claire Devers avait réservé la primeur de son nouveau long-métrage, "Pauvre Georges !", un film cachant son soufre satirique derrière l’apparente impassibilité de son héros-titre campé par l’impeccable Grégory Gadebois.

Vincent Raymond | Lundi 26 août 2019

Photo : © Giovanni Cittadinicesi


Avez-vous avez modifié des éléments dans la configuration sociale ou professionnelle du roman de Paula Fox que vous avez adapté ?
Claire Devers : Un peu, oui : il date des années 1960, presque 1970, et il était censé se passer dans une banlieue new-yorkaise dans un milieu de profs, d'artistes. C'est moi qui ai inventé la production audiovisuelle mais c'était quand même le même milieu socio-culturel.

Et quand j'ai fait mes recherches de décor sur Google Map, très vite j'ai été intéressée par les Laurentides ; j'ai repéré visuellement Saint-Adèle et Saint-Jerôme et je me suis rendue compte que le milieu socio-culturel que je traitais vivait effectivement là-bas. J'avais été au bout d'une recherche assez cohérente entre les décors, la nature, les choix de vie… En fait, ce qui m'intéressait, c'était des bobos ; des gens de gauche, bien-pesants… Tous ces gens qui ont voté Hollande ou Macron dans les Yvelines.

Le lieu a donc une place prépondérante dans ce film…
En tant que metteur en scène, une fois que j'ai écrit mon histoire et travaillé mes personnages, je sais que ma mise en scène va être terriblement guidée par les décors. Parce qu'ils racontent les personnages, disent beaucoup de choses et vont induire une mise en scène.

Dès que j'ai vu cette maison tarabiscotée de Georges et Emma — elle paraît très intéressante, mais en fait c'est une baraque invivable car elle est sur cinq, six niveaux et l'on passe son temps à monter et à descendre — j'ai trouvé que ça exprimait tellement leur relation : ils sont jamais sur le même niveau, il y en a toujours un qui est en haut, l'autre en bas… Cela me guidait beaucoup pour bien restituer ce qui se passait dans ce couple.

L'idée c'est d'avoir au départ la bonne idée, et de ne jamais la lâcher. Si je suis chiante et exigeante, c'est surtout pour les choix de décors : là, je lâche rien.

Ce déplacement du décor initial étasunien vers le Canada est-il lié à une contrainte de production ou bien un choix ?
J'avais écris une première adaptation qui se passait à Lille et ça ne marchait pas : je tenais aux relations de voisinage entre urbains partant vivre dans des villes de province. On a déplacé au Québec parce que je voulais quand même rester dans un cinéma francophone et surtout, parce que ça me permettait de parler de tous ces Français qui se sont expatriés à Montréal durant les dix dernières années. Ça correspondait au personnage ; je le voyais bien dans cette quête de projet de vie, s'investir, avoir un désir de quelque chose, de s'expatrier comme une première expérience avant de jeter son dévolu sur Zac et ça m'a plu. Et puis je connaissais quelques acteurs québécois — il y en a de très bon acteurs au Québec — et tout de suite le film a pris une évidence là-bas. Je voulais une nature très paisible qui assiste à ces dérèglements avec ces urbains qui débarquent et ne savent pas trop comment s'enraciner. Filmer une confrontation entre leurs quêtes de vies et cette nature autour d'eux… J'aime bien les orages, en général les incendies aussi. (rires)

Une réplique du film renvoie à Georges le fait que son visage « n'exprime rien ». Est-ce facile de proposer un rôle à un comédien, en l'occurrence Grégory Gadebois, ayant une telle caractéristique ?
C'est un surdoué Gregory ! C'est un être grand acteur, donc c'est exactement ce qu'il aime jouer. Dès le départ, on a était très en connivence tous les deux sur qui était cet homme : il est à la fois bon, bienveillant, il veut vraiment toujours transmettre, il jette son dévolu sur ce gamin mais il le fait d'une façon tellement égoïste par rapport à sa femme que c'est ça qui va provoquer le dérapage.

Le fait est que cette réplique renvoie à une vérité de son jeu, cette impassibilité qu'il renvoie dans quasiment tout ses rôles. Pourtant, il est redoutablement expressif dans sa “non-expressivité“…
Oui, et c'est pour ça que j'adore cet acteur. J'aime bien que ce soit sa soeur, jouée par Pascale Arbillot, qui ait un regard très, très juste sur son personnage. Elle a l'air d'une gourde, totalement dépressive, mais elle lui renvoie cette justesse, alors qu'on ne s'attend pas du tout à une telle lucidité de sa part.

Mais cela vient des personnages de Paula Fox. Si l'on adaptait tout, cela ferait un film de dix heures, du temps de lecture du livre donc il faut condenser, aller à l'essentiel. J'appelle ça le travail de la tête de Jivaro : il faut avoir le visage en condensé, sans perdre une oreille, ni un œil, tout en condensé.

Vous faites commencer le film dans la tête de Georges avec une voix off. Elle va disparaître et revenir ponctuellement. Pourquoi ce choix de la faire se volatiliser et revenir par brefs instants ?
J'aime bien les films à voix off mais encore faut-il qu'elle ait son vrai statut ; or elle l'avait perdu au fur et à mesure que le film se faisait. J'en avais beaucoup plus, en fait et il y avait même une voix off d'Emma, à un moment donné. Souvent, elle portait une autre narration : comme on était beaucoup dans des sous-entendus, j'avais besoin de faire le point par moments. Mais ça donnait trop de sens, c'était trop lourd. Il y a le temps de l'écriture et puis il y a l'incarnation des acteurs, la visualisation des décors, qui font que l'on se rend compte qu'on a plus besoin de tout ça : l'acteur dit tout, la voix-off devient presque un pléonasme, un commentaire alors qu'elle est sensée être plus forte. Alors, au fur et à mesure du montage, on l'a enlevée et on l'a juste gardée dans la scène de l'autoroute la nuit, quand j'avais besoin d'être un petit peu plus avec Georges. Pour le reste, elle n'était pas explicative, mais c'était une autre couleur dont je n'avais plus besoin.

Certains passages du jour à la nuit sont très abrupts. Comment avez-vous travaillé sur la lumière ? Est-elle naturelle ?…
Le naturel au cinéma n'existe pas (rires) Les nuits ont pratiquement été tournées normalement, il ya très peu de scènes “borniolées“, comme on dit, parce que justement à chaque fois je voulais la profondeur du paysage extérieur. J'ai travaillé avec mon remarquable chef-opérateur et j'ai fait un gros travail d'étalonnage pour refaire les couleurs. Aujourd'hui, avec les nouvelles techniques et le numérique, si l'on a de bons objectifs, on a quand même une capacité à bien travailler les nuits sans être obligé d'avoir trop de matériel électrique : ça donne un réalisme assez étonnant. On a tourné ça vite, on a fait trente jours de tournage — c'est très peu six semaines de cinq jours — donc après on a continué à travailler les atmosphères…

Est-ce la télévision qui vous a détournée du cinéma ? Pauvre Georges ! était-il d'emblée voulu pour le cinéma ?
Oui, c'était vraiment pour moi du cinéma. Quant à la télé, chez Arte avec Pierre Chevalier, il y avait une telle liberté, qu'on perd quand même de plus en plus au cinéma. J'ai fait des choses que je n'aurais jamais pu faire au cinéma : des farces, des histoires de fantôme, j'ai travaillé sur cette crise financière en fiction, c'était génial ! J'ai des projets sur la coalition européenne, je voudrais travailler sur l'Europe, mais, je n'arrive pas à trouver du financement là-dessus, c'est chiant… En plus, on en parle beaucoup, mais c'est vrai que je suis une femme et qu'on le veuille ou pas il y a des sujets, des budgets qui me sont interdits. Après Max et Jeremy, j'ai perdu 5 ans à essayer de monter un film ; bien plus tard, j'ai compris que jamais je n'aurais pu réunir l'argent, parce que c'était un gros budget.

Pourtant, Max et Jeremy avait bien marché…
Super bien marché ! C'est pour ça que j'étais partie et que tout le monde voulait me produire, j'avais un scénario exceptionnel qui était considéré comme l'un des meilleurs scénario qui circulait à l'époque et je n'arrivais pas à boucler mon budget. Plus tard, j'ai compris que, de toute façon, il y a des budgets auxquels je n'avais pas accès en tant que femme. D'autres sont partis, mais moi je suis restée sur Arte avec Pierre Chevalier parce que j'avais plein de sujets que je savais que je ne pouvais pas faire au cinéma.

Pierre Chevalier vient de disparaître ; il est à présent doublement absent…
Oui, c'est dramatique mais de toute façon il y avait longtemps qu'il n'y était plus chez Arte, il avait passé la main. J'en reparle parce que je me souviens le bonheur que ça a été de travailler avec cet homme. C'est le plus grand producteur français de ces dernières années pour moi justement parce qu'il avait cette liberté-là : il savait ce qu'est un auteur. Plus on est libres, plus on fait des films qui intéressent tout le monde. Plus on essaye de nous formater, plus on fait des merdes (rires).

Que pensez-vous de Netflix ?
Ce que j'en pense, c'est qu'on ne pourra rien empêcher, on y est. Comment s'en protège-t-on aujourd'hui ? Effectivement, il y a une autre façon de regarder les films, une autre façon de produire qui va surgir et que quelque chose est en train de mourir. Et qu'on le veuille ou pas c'est le public qui va le faire aujourd'hui. Mais je crois aussi qu'il y a des périodes, je crois beaucoup aux cycles ; je ne crois pas que l'histoire soit linéaire. On va avoir devant nous quelques décennies dramatiques et, tôt ou tard, quelque chose de vivifiant reviendra mais quand ? Comment ? Ça je ne sais pas, je serais sans doute morte mais je pense qu'on va vers des années très sombres pour un cinéma et un mode de consommation qu'on a connus.

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ECRANS | Pour sa première réalisation, le producteur et scénariste Étienne Comar s’offre rien moins qu’un portrait du plus fameux des guitaristes jazz manouche, Django Reinhardt. De belles intentions lourdes comme un pavé…

Vincent Raymond | Mardi 25 avril 2017

Producteur inspiré de Timbuktu ou Des Hommes et des dieux, Étienne Comar passe ici à la réalisation pour un bien étrange biopic inspiré par sa fascination pour l’œuvre, la musique et la personnalité de Django Reinhardt — campé par un Reda Kateb appliqué, impeccable aux six-cordes durant le premier quart d’heure (le meilleur du film). Ce portrait au classicisme suranné se focalise en effet sur la période de l’Occupation et donne l’impression de chercher à exonérer le guitariste jazz de son insouciance d’alors en le transformant en proto-résistant, voire en héros de survival. C’est se livrer à de sérieuses extrapolations au nom de la fiction et/ou de l’admiration. Étienne Comar a beau jeu de justifier sa démarche par les béances de l’histoire officielle, une question éternelle se pose : jusqu’où un cinéaste peut-il laisser voguer son imagination sans travestir la vérité, fût-ce en invoquant une licence artistique ? Sur l’écran d’argent, une légende dor

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Rencontres du Sud : l’autre festival d’Avignon

Plus Loin | Prenant chaque année davantage de densité, les Rencontres du Sud annoncent le printemps avec leur cortège d’avant-premières en présence d’équipes. En l’espace (...)

Vincent Raymond | Mardi 28 février 2017

Rencontres du Sud : l’autre festival d’Avignon

Prenant chaque année davantage de densité, les Rencontres du Sud annoncent le printemps avec leur cortège d’avant-premières en présence d’équipes. En l’espace d’une petite semaine, la bagatelle de 19 films seront ainsi montrés au public, parmi lesquels Sage femme de Martin Provost ou Django d’Étienne Comar en provenance de la Berlinale — mais tourné dans notre région. Un autre film estampillé Auvergne-Rhône-Alpes Cinéma fera ses grands débuts sur les écrans : Corporate de Nicolas Silhol. Outre une programmation dédiée au jeune public, Ciné-Pitchoun !, les Rencontres proposeront également un drive-in avec la projection de la version Black&Chrome de Mad Max : Fury Road de George Miller. En route vers le Sud ! Rencontres du Sud Au Cinéma Pandora à Avignon du 14 au 18 mars

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"Compte tes blessures" : Le fils et l’amer père

ECRANS | de Morgan Simon (Fr, 1h20), avec Kévin Azaïs, Monia Chokri, Nathan Willcocks…

Vincent Raymond | Mardi 24 janvier 2017

Hervé a élevé seul son fils Vincent avec lequel il ne sait comment communiquer. Jeune adulte réservé, celui-ci s’épanouit en chantant dans un groupe de hard. Leur équilibre instable chavire quand Hervé entame une relation avec Julia, de dix ans sa cadette… et de dix l’aînée de Vincent. Revendiquant jusque dans son beau titre les stigmates de son âpreté, ce film s’ouvre par une scène symbolisant admirablement la relation paradoxale unissant le fils à son père : Vincent se fait tatouer sur le cou le portrait de son géniteur, qui le rabroue pour cet hommage. Comme s’il ne supportait pas que son fils veuille l’avoir dans/sur la peau, au vu et au su de tout le monde : une telle affirmation d’affection aussi muette que criante paraît démesurée pour ces deux taiseux contraints de vivre ensemble depuis toujours, n’ayant d’autre possibilité que de se déchirer pour exprimer leurs sentiments mutuels. Souvent confronté à des rôles initiatiques montrant son endurcissement progressif, Kevin Azaïs incarne ici un personnage plus nuancé que d’habitude : ayant atteint sa forme adulte, mais recelant des fractures d’enfance. L’enjeu est différent, et par conséqu

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Sabrina Ouazani : Chacune sa voix, chacune son chemin

Portrait | Séduit par sa fougue, Édouard Baer a récrit pour elle le premier rôle de Ouvert la nuit, initialement destiné à un comédien. Une heureuse inspiration qui donne à Sabrina Ouazani une partition à sa mesure.

Vincent Raymond | Mardi 10 janvier 2017

Sabrina Ouazani : Chacune sa voix, chacune son chemin

Il n’y a pas eu de trimestre en 2016 sans qu’elle figure sur les écrans, enchaînant des films pour le moins éclectiques : la comédie Pattaya de Franck Gastambide, le biopic inspiré de l’affaire Kerviel L’Outsider de Christophe Barratier, et enfin les drames Toril de Laurent Teyssier et Maman à tort de Marc Fitoussi. Et 2017 s’engage sous les mêmes auspices, puisqu’après avoir partagé avec Édouard Baer la vedette du pléthorique Ouvert la Nuit, on la retrouvera deux fois d’ici le printemps. À 28 ans depuis la dernière Saint-Nicolas, dont (déjà) plus de la moitié de carrière, Sabrina Ouazani a le vent en poupe. Elle possède aussi un sourire ravageur, volontiers prodigué, qui s’envole fréquemment dans de tonitruants éclats communicatifs. On n’aurait pas à creuser longtemps pour faire rejaillir son tempérament comique ; pourtant c’est davantage vers la gravité de compositions tout en intériorité que les réalisateurs l’ont aiguillée, l’obligeant à canaliser son intensité native. La faute à Abdel Le cinéaste Abdellatif

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Élie Chouraqui : « On a le droit et le devoir de montrer ”l'immontrable“ »

Trois questions à | Choc des Rencontres cinématographiques du Sud d’Avignon, où il a été projeté en avant-première, L’Origine de la violence a été présenté par un Élie Chouraqui combatif et serein.

Vincent Raymond | Mardi 24 mai 2016

Élie Chouraqui : « On a le droit et le devoir de montrer ”l'immontrable“ »

Y a t-il de la violence en vous ? Avez-vous réussi à en déterminer l’origine ? Il y en a, oui. J’ai fait un peu d’analyse, je me suis fait “suivre”, comme on dit, parce que j’avais des questions auxquelles personne n’avait répondu. Des vides dans mon passé, des inquiétudes, des angoisses — qui m’habitent toujours, qui ne sont pas complètement dissipées — m’empêchant parfois de “bien” vivre. J’avais tendance à me mettre dans des situations désagréables alors que ce n’était pas du tout indispensable. J’ai compris pourquoi. Maintenant, je vais mieux (rires). Je suis beaucoup plus apaisé. Vous évoquez à travers le film les interdits pesant sur la représentation des camps d’extermination — et l’impossibilité de montrer des déportés en train de rire. C’est rare… Ce principe de Claude Lanzmann, selon lequel on ne montre pas l’immontrable, c’est comme un lieu commun, c’est stupide. Pardon pour Lanzmann, pour lequel j’ai beaucoup de respect, mais il n’est pas question de garder les choses mystérieuses, sans en parler. Il faut au contraire tout montrer et tout analyser — si possible avec talent et intelligence. On a non seulement l

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6e Rencontres du Sud

ECRANS | Pour connaître les tendances cinématographiques des prochains mois, direction Avignon et ses Rencontres du Sud. La manifestation conviviale, qui se déroule (...)

Vincent Raymond | Mercredi 24 février 2016

6e Rencontres du Sud

Pour connaître les tendances cinématographiques des prochains mois, direction Avignon et ses Rencontres du Sud. La manifestation conviviale, qui se déroule aux cinémas Pandora, Capitole, Utopie et Pathé Cap Sud du 15 au 19 mars, programme cette année 17 avant-premières, dont 11 en présence d’équipes. Parmi les immanquables, Les Habitants de Raymond Depardon, Tout de suite maintenant de Pascal Bonitzer, L’Outsider de Christophe Barratier (inspiré de l’affaire Kerviel) ou Le Cœur régulier de Vanja d’Alcantara d’après Olivier Adam.

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Le Dernier coup de marteau

ECRANS | D’Alix Delaporte (Fr, 1h23) avec Clotilde Hesme, Grégory Gadebois, Romain Paul…

Christophe Chabert | Mardi 10 mars 2015

Le Dernier coup de marteau

Avec Angèle et Tony, Alix Delaporte s’aventurait dans la fable sociale, en quête de justesse et de finesse dans la peinture de ses personnages ébréchés par la vie. Pour son deuxième film, elle reconduit la formule, qui plus est avec les deux mêmes comédiens (Clotilde Hesme et un extraordinaire Grégory Gadebois, qui bouffe l’écran à chacune de ses apparitions), en en modifiant à peine l’équation : la grise Normandie est remplacée par un Montpellier solaire et l’enfant, au second plan précédemment, devient ici le pivot de la narration. Tandis que sa mère souffre d’un cancer, son père, chef d’orchestre perfectionniste qu’il n’a jamais connu, vient diriger à l’opéra la sixième symphonie de Mahler. Commence alors un jeu d’approche feutrée, fidèle au goût de la demi-teinte de la réalisatrice, mais qui s’apparente à un programme déjà vu ailleurs, en mieux : chez les frères Dardenne, évidemment, dont Delaporte ne possède ni le sens de la mise en scène physique, ni la hauteur de vue morale. Aussi noble soit-il dans ses intentions, Le Dernier Coup de marteau est r

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Gare du Nord

ECRANS | Claire Simon tente une radiographie à la fois sociologique et romanesque de la gare du nord avec ce film choral qui mélange documentaire et fiction. Hélas, ni le dialogue trop écrit, ni les récits inventés ne sont à la hauteur de la parole réelle et des vies rencontrées… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 27 août 2013

Gare du Nord

Pensant probablement le naturalisme en bout de course pour raconter le monde contemporain, deux réalisatrices tentent en cette rentrée de faire se croiser réalité documentaire et fiction intime. Si Justine Triet avec sa Bataille de Solférino s’en tire grâce à l’élan vital débraillé qui irrigue sa fiction, le dispositif de Gare du Nord échoue à hisser le romanesque à la hauteur de la réalité. Il y a d’abord un prétexte très artificiel véhiculé par le personnage de Reda Kateb, étudiant en sociologie faisant une thèse sur la gare du Nord comme «place du village global», justification scénaristique facile pour le montrer abordant commerçants et usagers. Ensuite, la structure chorale du film, avec ses trois histoires entremêlées — une femme malade tombe amoureuse d’un homme plus jeune qu’elle, un père cherche sa fille fugueuse, une agent immobilière ne supporte pas d’être séparée de son mari et de ses enfants — paraît là aussi dictée par une intention trop appuyée, celle de faire se croiser dans un microcosme à la fois unique et mondialisé des destins singuliers. Que Claire Simon ait recours

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Angèle et Tony

ECRANS | D’Alix Delaporte (Fr, 1h27) avec Clotilde Hesme, Grégory Gadebois…

Christophe Chabert | Mardi 18 janvier 2011

Angèle et Tony

Où l’on fait la connaissance d’Angèle sous un porche, faisant l’amour avec un inconnu pour récupérer un Big Jim en plastique ; plus tard, c’est elle qui rencontrera Tony, vieux garçon bourru vivant chez sa mère et travaillant comme pêcheur sur le port. Une passe de plus ? Non, Tony préfère offrir l’hospitalité à cette fille perdue, sortie de taule et cherchant à retrouver la garde de son enfant. Les prénoms des personnages évoquent une double influence marseillaise (Pagnol et Renoir), mais c’est une Normandie moins truculente que filme Alix Delaporte dans ce premier film en «demi-teintes». C’est sur ce point que se joue le petit charme et la limite d’"Angèle et Tony" : la justesse des relations entre les personnages tient à cette sobriété de la mise en scène, à son désir de ne pas brusquer les événements qui se déroulent sur l’écran, laissant le temps aux êtres et aux corps de se découvrir et de se rapprocher. Mais c’est le minimum syndical pour ce cinéma réaliste à la française qui, comme souvent, ne fournit pas un projet très excitant pour le spectateur contemporain. La vraie bonne surprise, c’est la prestation de Grégory Gadebois : face à une Clotilde Hesme qui fait beaucoup

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