Olivier Coussemacq : « La poésie est pour moi un art sublime, suprême »

Nomades | Le cinéma n’a pas de frontière. Le réalisateur français Olivier Coussemacq le prouve en signant un film on ne peut plus marocain, "Nomades". Rencontre (logique) à l’occasion des Rencontres du Sud…

Vincent Raymond | Jeudi 8 août 2019

Photo : © DR


Habituellement, les films traitant des questions de migration du point de vue du Sud sont produits ou réalisés par des Marocains. Quel est votre rapport au Maroc ?
Olivier Coussemacq
: Cela a été une des difficultés du projet, en effet… Quand j'ai présenté le film à Tanger, en avant-première marocaine dans le cadre du festival du cinéma marocain, on n'a pas reconnu au film son identité marocaine. Quand je suis en France avec ce film, on me dit « Mais c'est un film avec des inconnus en langue arabe ! » J'ai un rapport ancien avec le Maroc, un rapport d'amour surtout, comme pour un certain nombre de pays et des liens anciens avec le Maghreb, ainsi qu'un intérêt pour ce qui n'est pas “nous“. J'ai envie d'aller voir ailleurs pour éviter de trop parler de nous — d'autres le font très bien. Enfin, j'ai eu quelques difficultés dans le passé, à titre intime, avec ma mère que je ne développerai pas et les mères du Maghreb en règle générale, sont des femmes qui m'émeuvent par leurs capacités de résistance, leur générosité. Un caractère de mère amoureuse et protectrice…

Les Marocains ne se reconnaissaient pas dans les personnages ?
Ah si ! Sur ce plan-là, ils s'y retrouvent parfaitement. Je pense qu'il y a eu une espèce d'agitation corporatiste qui a posé problème et qui m'a bouté hors sélection. C'est très ambigu : il y a cet espèce de glissement sémantique autour du festival qui à l'origine est un festival du cinéma marocain mais qui, du fait de ma présence, est devenu un festival des cinéastes marocains.

Sinon, le film a été très bien accueilli. Ça a commencé très tôt car j'ai eu l'occasion de rencontrer Mohammed Nadif qui est réalisateur, acteur, qui est devenu, récemment, le partenaire de Nicolas Brévière, en co-production. Quand je lui ai donné le scénario à lire et que je lui ai demandé son avis, sa réponse a été « je le réaliserais bien. » Donc, je pense que c'était bien parti et ça s'est confirmé. Là-bas les spectateurs le voient comme un film marocain.

Vous montrez avec le cousin un personnage peu habituel dans le cinéma du Maghreb : celui du paysan fier d'être là où il est …
Tout le monde n'a pas, nécessairement envie de s'expatrier — quoi qu'il dérape un peu, ce cousin parce qu'à un moment donné il dit « J'irais bien quand même. » (rires) Et sa sœur, aussi, d'ailleurs. Mais objectivement, de ma connaissance du Maghreb qui est un peu vaste aujourd'hui, ils sont peu nombreux. C'est une grande désespérance et ça n'est plus vrai seulement au Maghreb, mais dans quantité de pays du monde : de toutes parts, des gens essaient de s'échapper, c'est une désespérance totale.

Comment avez-vous procédé pour les dialogues et la direction d'acteurs ?
Comme je ne parle pas suffisamment l'arabe, on a fait traduire les dialogues. C'est un travail que j'ai fait avec Mohammed Nadif, qui est aussi scénariste, donc ça c'est fait essentiellement entre lui et moi. Je me suis assurée qu'on était toujours bien d'accord sur le choix précis des mots, après je ne pouvais que lui faire confiance : il connaissait mon rapport aux mots. Et j'ai revendiqué le choix politique de la langue berbère à l'intérieur même du film.

Il n'y a pas eu d'improvisation. Les adultes sont professionnels. Jalila Talemsi, qui joue le rôle de Nayma, en est une preuve : c'est une actrice sublime mais les jeunes sont des gens qui, non seulement, sont des débutants que l'on est allés les chercher par des annonces, par des castings sauvages. Mais ils n'ambitionnaient pas d'être acteur : ça peut être un piège aussi. Je suis un peu au fait de ce que sont devenus les deux acteurs marocains de Babel : ils n'ont pas eu de suite dans leurs carrières cinématographique même si l'un d'eux le souhaitait. Il fallait être très clair au départ sur ces questions, et dire aux jeunes de faire attention, qu'il n'y avait rien de garanti.

Vous n'avez pas eu de problème pendant le tournage?
Non, il n'y a pas de raison. Les réglementations sont un peu différentes, et je me suis fait arrêter par la police dans le sud du Maroc parce que je n'avais pas d'autorisation de repérage, ils ne connaissaient pas l'existence de cette chose et la production avait oublié de m'en informer. Quand vous traînez dans les zones classiques, ça va, mais quand vous commencez à rentrer chez les gens alors, tout à coup, vous sentez que ça bouge autour de vous : on m'a rappelé à l'ordre, je suis rentré chercher une autorisation de repérages et j'y suis retourné. Mais le Maroc est un pays qui a vraiment une grande industrie cinématographique, qui connaît bien le cinéma et ouvert à ce qu'on tourne chez lui.

L'équipe était-elle marocaine ?
En partie et en partie française puisque dans le cadre des accords de co-production, il y a des quotas à respecter. Mais j'aurais eu un financement totalement marocain, je l'aurais fait au Maroc : il y a vraiment tout ce qu'il faut là-bas, du commencement jusqu'au finale.

Le budget était-il suffisant ?
Jamais ! (rires) Bien entendu, ça a été très contraignant, parce qu'on veut toujours plus mais avec les moyens que nous avions, il n'y avait pas le choix. Nicolas Brévière a été courageux de s'embarquer à de tels niveaux. Ça oblige à faire des choix, comme moins de jours de tournage ou de faire des compromis. Par exemple, j'aurais aimé tourner certaines scènes de nuit, à l'aube ou au coucher du jour, ça se prêtait bien à l'histoire ; j'ai dû y renoncer, trouver des arrangements dans le scénario pour qu'on puisse faire les scènes de jour.

Pourquoi toutes ces références poétiques ?
Je n'ai pas réponse à tout… Peut-être parce que j'ai un autre projet pour le Maroc, où il y a encore davantage de poésie. La poésie est pour moi un art sublime, suprême… J'avais un besoin pragmatique très précis qui était de commencer à inscrire le français. Ça a permis plusieurs rebonds, ça a aussi permis le fait que le personnage de Hossein se la raconte dans la piscine en récitant des vers de Baudelaire… Il n'y a pas une idée particulière ; cette scène est venue tard.

Il y aussi le vers « au pays qui te ressemble ».
Oui, c'est vrai qu'il y avait aussi cette idée. L'idée qu'on est chez soi là où on se sent bien, et que je voudrais dans un monde idéal et futur, que chacun puisse se poser là où il a envie de se poser.

Dans votre esprit, vous destinez plutôt votre film à un public marocain ou un public français ?
J'ai tendance à croire que le cinéma est international et j'ai envie qu'un maximum de gens puissent le voir. Je l'ai donné à voir à quelques amis à Los Angeles qui ont aimé le film, ça me touche beaucoup, si on a la possibilité que le film soit vu ailleurs j'en suis ravi.


Nomades

De Olivier Coussemacq (2019, Fr-Mar, 1h27) avec Jamil Idrissi, Jalila Talemsi... A Tanger, Naïma élève seule ses trois fils. Les côtes espagnoles sont à portée de regard, les deux aînés succombent à la tentation de l'exil. Avant que le dernier, Hossein, ne suive le même chemin, Naïma entre en résistance.
Lumière Fourmi 68 rue Pierre Corneille Lyon 3e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Les Rencontres du Sud à Avignon

Festival | Comme chaque année à la mi-mars, c’est à Avignon qu’il faut se rendre pour faire une moisson d’avant-première et de séances en présence d’équipes ! D’autant (...)

Vincent Raymond | Vendredi 6 mars 2020

Les Rencontres du Sud à Avignon

Comme chaque année à la mi-mars, c’est à Avignon qu’il faut se rendre pour faire une moisson d’avant-première et de séances en présence d’équipes ! D’autant que 2020 marque la dixième édition de ces Rencontres du Sud, devenu Festival des montreurs d’images. Au programme, pas moins de 18 films internationaux dont dix en compétition. Et il y a du lourd : Light of my Life de Casey Affleck, Sole de Carlo Sironi, Chained de Yaron Shani, le très attendu Madre de Rodrigo Sorogoyen, A perfectly normal family de Malou Leth Reymann, Énorme de Sophie Letourneur, Honeyland de Tamara Kotevska & Ljubomir Stefanov, le très sensible Voir le jour de Marion Laine, le quasi-surréaliste Yalda de Massoud Bakhshi, Une vie secrète de Jon Garano, Aitor Arregi & José Goenaga Le Défi du C

Continuer à lire

Claire Devers : « Le naturel au cinéma n’existe pas »

Pauvre Georges ! | C’est aux Rencontres d’Avignon que la rare Claire Devers avait réservé la primeur de son nouveau long-métrage, "Pauvre Georges !", un film cachant son soufre satirique derrière l’apparente impassibilité de son héros-titre campé par l’impeccable Grégory Gadebois.

Vincent Raymond | Lundi 26 août 2019

Claire Devers : « Le naturel au cinéma n’existe pas »

Avez-vous avez modifié des éléments dans la configuration sociale ou professionnelle du roman de Paula Fox que vous avez adapté ? Claire Devers : Un peu, oui : il date des années 1960, presque 1970, et il était censé se passer dans une banlieue new-yorkaise dans un milieu de profs, d’artistes. C’est moi qui ai inventé la production audiovisuelle mais c’était quand même le même milieu socio-culturel. Et quand j’ai fait mes recherches de décor sur Google Map, très vite j’ai été intéressée par les Laurentides ; j’ai repéré visuellement Saint-Adèle et Saint-Jerôme et je me suis rendue compte que le milieu socio-culturel que je traitais vivait effectivement là-bas. J’avais été au bout d’une recherche assez cohérente entre les décors, la nature, les choix de vie… En fait, ce qui m’intéressait, c’était des bobos ; des gens de gauche, bien-pesants… Tous ces gens qui ont voté Hollande ou Macron dans les Yvelines. Le lieu a donc une place prépondérante dans ce film… En tant que metteur en scène, une fois que j’ai écrit mon hi

Continuer à lire

Routes et déroutes du sud : "Nomades"

Drame | Pour dissuader son ultime fils Hossein de seize ans de tenter l’exil illégal vers l’Europe par la voie maritime, Naïma quitte Tanger, direction la campagne du sud. Chez son oncle et sa tante, Hossein se sent coupé du monde moderne et en veut à sa mère…

Vincent Raymond | Jeudi 8 août 2019

Routes et déroutes du sud :

« Quand je me regarde, je me désole ; quand je me compare, je me console », dit un proverbe que Hossein pourrait faire sien : son exil dans le sud rural lui permet de relativiser sa situation et de constater les privilèges dont il dispose. Mais relativiser marche dans l’autre sens : comment ne pas vouloir quitter un pays qui interdit à ses locaux l’accès aux hôtels, à moins qu’ils ne soient escortés par les touristes ? Comment ne pas être écœuré de voir sa cousine quasiment “vendue“ à un compatriote établi à l’étranger ? Comment ne pas désespérer de n’avoir pour seul perspective l’exercice de cireur de chaussures — soumis de surcroît à une forte concurrence ? Dans le sillage des brûlots de Nabil Ayouch, Olivier Coussemacq porte un regard intérieur sans concession sur la société marocaine, où la jeunesse et les femmes n’ont le choix qu’entre le désarroi et le désespoir. Demeurent ici en bout de course des graines d’espoir pour la méritante Naïma et par ricochet pour son entêté de fils. Il n’est pas défendu de croire qu’elles fleuriront. Nomade

Continuer à lire

Thierry Demaizière : « pour faire un films sur Lourdes, il faut être athée »

Lourdes | Avec son alter ego Alban Teurlai, Thierry Demaizière s’est intéressé à une petite communes des Hautes-Pyrénées au prestige planétaire pour les chrétiens, depuis qu’une certaine Bernadette y a vu la Vierge. Regard d’un athée sur Lourdes, et propos rapportés des Rencontres du Sud d’Avignon…

Vincent Raymond | Lundi 6 mai 2019

Thierry Demaizière : « pour faire un films sur Lourdes, il faut être athée »

Lourdes est-il un film de commande ? Thierry Demaizière : Non seulement ce n’est pas un film de commande, mais on n’était jamais allés à Lourdes ni Alban, ni moi. En plus, l’un est athée et l’autre agnostique ; moi j’avais bu de l’eau bénite pour mon bac parce que mes grands-parents allaient là-bas, pour vous dire notre rapport à Lourdes… L’histoire a commencé avec une amie, Sixtine Léon-Dufour, qui est créditée au générique. Il s’est trouvé pendant une semaine que l’on n’arrivait pas à la joindre, et elle ne voulait pas nous dire où elle était, en croyant qu’on allait se moquer. Quand elle a dit qu’elle était hospitalière à Lourdes, on lui a demandé de raconter. Et on s’est dit qu’il y avait un truc génial à faire sur les pèlerins. Sur Internet, on voit qu’il y a des sujets de télévision sur le commerce de Lourdes, mais pas de documentaire sur les pèlerins au cinéma, je n’en revenais pas. Alors on est partis à Lourdes. Comment avez-vous sélectionné vos personnages ? De manière assez classique pour un documentaire : on a pris des enquêtrices pour bosser parce

Continuer à lire

Benoît Magimel : « Guillaume me connaît et sait que je suis un gentil garçon »

Nous finirons ensemble | Personnage pivot des "Petits mouchoirs", Vincent est à nouveau interprété par Benoît Magimel. Conversation avec un comédien sur la manière d’appréhender un rôle et son métier à l’occasion des Rencontres du Sud d’Avignon…

Vincent Raymond | Lundi 6 mai 2019

Benoît Magimel : « Guillaume me connaît et sait que je suis un gentil garçon »

Figuriez-vous parmi les comédiens les plus heureux de retrouver leur personnage ? Benoit Magimel : Le plus heureux, je ne sais pas, mais lorsque Guillaume me l’a proposé j’ai tout de suite dit oui. C’est une chance si rare de pouvoir retrouver un personnage au cinéma dix ans plus tard, de vieillir avec lui ; forcément, c’est une expérience assez unique. Retrouver Vincent, sa voix, était une évidence. J’étais ravi. Sa situation, son statut et ses rapports avec les personnages, cela l’était-il également ? Oui, bien sûr. À partir de 40 ans, j’ai l’impression que plus les années passent, plus on accepte de vivre un peu plus pour soi, un peu moins pour les autres. La façade, le masque tombent, on s’accepte un peu plus, on se connaît mieux. Ce personnage est très hésitant, ses sentiments assez contradictoires : l’attirance qu’il avait pour Max dans le premier était de l’ordre d’une amitié forte : il considérait qu’il était plus heureux avec lui qu’avec sa femme ; ce n’est pas par hasard qu’il rencontre Alex — ce qui n’empêche pas qu'il éprouve toujours des sentiments pour

Continuer à lire

9e Rencontres du Sud

Plus Loin | On aime de plus en plus ce rendez-vous dans la cité du pont Saint-Bénézet, devenu Festival des Montreurs d’images, où tous les professionnels se (...)

Vincent Raymond | Mardi 12 mars 2019

9e Rencontres du Sud

On aime de plus en plus ce rendez-vous dans la cité du pont Saint-Bénézet, devenu Festival des Montreurs d’images, où tous les professionnels se retrouvent et une dizaine de films font escale en avant-première, pour la plupart accompagnés par leur équipe. Cette année sont (notamment) attendus Elise Otzenberger pour Lune de Miel, Olivier Coussemacq pour Nomades, Thierry Demaizière et Alban Teurlai pour Lourdes, Pierre Jolivet et Alice Belaïdi pour Victor et Célia, Antoine Russbach pour Ceux qui travaillent, Audrey Diwan et Pio Marmaï pour Mais vous êtes fous, Ivan Calberac pour Venise n’est pas en Italie, Guillaume Canet pour Nous finirons ensemble, Guillaume de Tonquédec pour Roxane, Romain Cogitore pour L’Autre Continent ainsi que André Téchiné pour une masterclass. Ajoutons une programmation jeune public, le Ciné-Pitchoun et vous avez déjà pris

Continuer à lire

Léa Frédeval : « ma génération doit s’enlever de l’individualisme »

Les Affamés | Léa Frédeval raconte la genèse du film adapté de son livre qu’elle avait présenté en primeur au Rencontres du Sud d’Avignon. Elle confie également ses futurs projets…

Vincent Raymond | Mardi 26 juin 2018

Léa Frédeval : « ma génération doit s’enlever de l’individualisme »

Votre aventure est partie d’un roman ? Léa Frédeval : Oui, Les Affamés a été publié en 2014. Ce sont les édition Bayard qui m’ont commandé le livre… Je n’avais pas prévu d’écrire du tout. J’en étais à ma troisième année de fac dans mon troisième établissement, moi-même en errance, je n’avais aucune piste. J’essayais des choses en faisant de grands écarts universitaires assez fous. Et à la fin de ma troisième année, frustrée par un mauvais résultat, je lance un blog. Pas pour être connue : il y a quinze ans j’aurais ouvert un journal intime. J’ai pris mon ordi et trois semaines plus tard, j’ai reçu un email des éditions Bayard me disant être tombées sur mon blog par hasard et me demandant de faire dans un livre le constat de ma génération. Je l’ai fait, il n’y avait rien de plus sympa. Un an et demi après, on m’a appelé pour l’adapter au cinéma. Comment avez-vous abordé cette première expérience cinématographique ? Il n’y a rien de plus cool à faire dans la vie ; je ne vois pas ce que je pourrai faire de plus enrichissant et beau — où je me s

Continuer à lire

Samuel Collardey : « je m’inspire de tranches de vie pour fabriquer des histoires »

Une année polaire | Grand écart climatique pour Samuel Collardey, qui a présenté en primeur aux Rencontres du Sud d’Avignon son nouveau film tourné aux confins de l’hémisphère boréal, Une année polaire. Une expérience inuite et inouïe.

Vincent Raymond | Mardi 29 mai 2018

Samuel Collardey : « je m’inspire de tranches de vie pour fabriquer des histoires »

Une année polaire s’achève avec une phrase précisant qu’Anders est toujours instituteur au Groenland. Ce que l’on a vu tient donc davantage du documentaire que de la fiction ? Samuel Collardey : Pour aller très vite, le film a été écrit : le scénario est très documenté, tout vient de témoignages que j’ai reçus d’anciens instituteurs ou de choses que moi-même j’ai vécues, ou que Anders a vécues ; je n’ai rien inventé. Tout ce qui est dans le film est documentaire, mais il est effectivement mis en scène comme une fiction. C’est-à-dire que tout le monde joue son propre rôle. Cela donne en effet un registre un peu hybride entre le documentaire et la fiction. Mais c’est un petit peu ma façon de faire — la question s’était déjà posée sur L’Apprenti, Tempête. J’aime travailler avec des non-professionnels sur des effets de réel très forts, et je m’inspire de leurs tranches de vie pour fabriquer des histoires. Est-ce que ce cela vous complexifie ou vous simplifie le travail de procéder ainsi ? Je ne sais pas si c’est plus fa

Continuer à lire

Daniel Auteuil : « rêver sa vie, c’est un peu comme mener une rechercher poétique »

Amoureux de ma femme | C’est sur les terres de sa jeunesse avignonnaise, lors des Rencontres du Sud, que le réalisateur et cinéaste Daniel Auteuil est venu évoquer son nouvel opus, Amoureux de ma femme. Le temps d’une rêve-party…

Vincent Raymond | Vendredi 1 juin 2018

 Daniel Auteuil : « rêver sa vie, c’est un peu comme mener une rechercher poétique »

Le scénario est adapté d’une pièce de Florent Zeller que vous avez jouée. Y a-t-il beaucoup de différences ? Daniel Auteuil : Ah oui, il est très très librement adapté ! On a beaucoup parlé : je lui ai raconté à partir de la pièce de quel genre d’histoire j’avais envie. Je voulais parler des pauvres, pauvres, pauvres hommes (rires), et de leurs rêves, qui sont à la hauteur de ce qu’ils sont. Certains ont de grands rêves, d’autres en ont des plus petits. Et puis il y avait l’expérience de cette pièce, qui était très drôle et qui touchait beaucoup les gens. Mon personnage est un homme qui rêve, plus qu’il n’a de fantasmes. Un homme qui, au fond, n’a pas tout à fait la vie qu’il voudrait avoir, peut-être ; qui s’identifie dans la vie des autres. Le cinéma vous permettait-il davantage de fantaisie ? La pièce était en un lieu unique et était très axée sur le verbe, sur le texte. Une grande partie était sur les pensés, les apartés. Ici, c’est construit comme un film : le point de départ était cette idée de rêve et tout ce qu’on pouvait montrer. Que les rêves, ressemblent à

Continuer à lire

Julien Hallard : « Ce qui m’intéresse, c’est que le message passe »

Comme des garçons | S’il n’a tourné aucune image de son film inspiré de l’équipe de foot féminine de Reims dans la ville de ses exploits, Julien Hallard est bien allé à Avignon pour parler aux Rencontres du Sud de "Comme des garçons"…

Vincent Raymond | Mardi 24 avril 2018

Julien Hallard : « Ce qui m’intéresse, c’est que le message passe »

Y a-t-il a un lien entre le foot et votre mère, à qui vous avez dédié ce film ? Julien Hallard​ : C’est une dédicace affective avant tout. S'il y en avait un, ce serait sur la cause féministe — ma mère était très engagée. Et comme elle aimait le cinéma, je me devais de lui dédier mon premier film. Quel est votre propre rapport au foot ? J’ai joué dans le Calvados chez les poussins, j’aime ça depuis l’enfance. Et je m’intéresse vraiment au football féminin, ce n’est pas un truc opportuniste : je suivais Lyon et l’équipe de France, ça joue bien. Au moment où les hommes plongeaient en 2010, les filles faisaient une bonne coupe du monde, ça m’a inspiré. Elles vont trouver leur place dans ce sport majeur, avec beaucoup d’argent. Et si elles arrivent à s’imposer, elle s’imposeront dans le sport le plus populaire sur la planète. Donc j’aimerais bien que ça arrive. À partir de quand la fiction prend-elle ici le pas sur l’histoire authentique ? La majeure partie de ce que vous voyez dans le film est vraie, final

Continuer à lire

8e Rencontres du Sud

Plus loin | À la fois rencontre professionnelle et manifestation ouverte au public, les Rencontres du Sud d’Avignon ont fait leur mue pour devenir l’an dernier le (...)

Vincent Raymond | Mardi 13 mars 2018

8e Rencontres du Sud

À la fois rencontre professionnelle et manifestation ouverte au public, les Rencontres du Sud d’Avignon ont fait leur mue pour devenir l’an dernier le Festival des Montreurs d’images, doté d’une compétition très officielle. En plus de la dizaine d’avant-premières proposées (Je vais mieux, Luna, Katie says Goodbye, Trois jours à Quiberon, The Strange Ones, Les Municipaux ces héros, Comme des garçons, My Wonder Women, Une année polaire, Croc-Blanc, Pierre Lapin) la plupart en présence des équipes, l’édition 2018 programmera pour son drive-in un must pour plusieurs générations : Scarface, de De Palma. Ajoutez la présence de Michel Ocelot, un florilège de succès en salles et une sélection jeune public, et vous aurez un événement dont on reparlera. Rencontres du Sud Au Pandora à Avignon et d’autres salles d’Avignon, Le Pontet et Villeneuve-lez-Avignon ​du mardi 20 au samedi 24 mars

Continuer à lire

Carine Tardieu : « Pleurer ou rire, c’est une manière d’être vivante »

Entretien avec la réalisatrice de Ôtez-moi d'un doute | Avant d’aller à Cannes à la Quinzaine des Réalisateurs, Carine Tardieu était passée aux Rencontres du Sud pour présenter son film tourné en Bretagne. Rencontre avec une voyageuse.

Vincent Raymond | Mardi 5 septembre 2017

Carine Tardieu : « Pleurer ou rire, c’est une manière d’être vivante »

Vous abordez ici le thème du secret de famille, très fécond au cinéma… Carine Tardieu : Au fur et à mesure de l’écriture de cette histoire, je me suis rendu compte qu’il y avait énormément de familles dans lesquelles il y avait des secrets — beaucoup autour de la paternité, car on sait qui est la mère d’un enfant. On en entend davantage parler depuis que les tests ADN existent. Des gens m’ont raconté leur histoire : certains ont eu envie de chercher leur père biologique, d’autres n’ont jamais voulu savoir… Paradoxalement, découvrir que son père n’est pas son père biologique permet à votre héros de mieux le connaître le premier… Absolument. J’ai eu moi-même la sensation de rencontrer mon père assez tard, alors que mon père je le connais depuis toujours. Parfois, la rencontre se fait à un moment précis de la vie : quand on devient soi-même père ou mère, on se demande quel homme et quelle femme nos parents ont été. On projette des choses sur eux, qui sont juste une petite partie de leur réalité : ils sont bien davantage que nos parents.

Continuer à lire

"Django" : Étienne Comar donne corps au grand guitariste manouche

ECRANS | Pour sa première réalisation, le producteur et scénariste Étienne Comar s’offre rien moins qu’un portrait du plus fameux des guitaristes jazz manouche, Django Reinhardt. De belles intentions lourdes comme un pavé…

Vincent Raymond | Mardi 25 avril 2017

Producteur inspiré de Timbuktu ou Des Hommes et des dieux, Étienne Comar passe ici à la réalisation pour un bien étrange biopic inspiré par sa fascination pour l’œuvre, la musique et la personnalité de Django Reinhardt — campé par un Reda Kateb appliqué, impeccable aux six-cordes durant le premier quart d’heure (le meilleur du film). Ce portrait au classicisme suranné se focalise en effet sur la période de l’Occupation et donne l’impression de chercher à exonérer le guitariste jazz de son insouciance d’alors en le transformant en proto-résistant, voire en héros de survival. C’est se livrer à de sérieuses extrapolations au nom de la fiction et/ou de l’admiration. Étienne Comar a beau jeu de justifier sa démarche par les béances de l’histoire officielle, une question éternelle se pose : jusqu’où un cinéaste peut-il laisser voguer son imagination sans travestir la vérité, fût-ce en invoquant une licence artistique ? Sur l’écran d’argent, une légende dor

Continuer à lire

Rencontres du Sud : l’autre festival d’Avignon

Plus Loin | Prenant chaque année davantage de densité, les Rencontres du Sud annoncent le printemps avec leur cortège d’avant-premières en présence d’équipes. En l’espace (...)

Vincent Raymond | Mardi 28 février 2017

Rencontres du Sud : l’autre festival d’Avignon

Prenant chaque année davantage de densité, les Rencontres du Sud annoncent le printemps avec leur cortège d’avant-premières en présence d’équipes. En l’espace d’une petite semaine, la bagatelle de 19 films seront ainsi montrés au public, parmi lesquels Sage femme de Martin Provost ou Django d’Étienne Comar en provenance de la Berlinale — mais tourné dans notre région. Un autre film estampillé Auvergne-Rhône-Alpes Cinéma fera ses grands débuts sur les écrans : Corporate de Nicolas Silhol. Outre une programmation dédiée au jeune public, Ciné-Pitchoun !, les Rencontres proposeront également un drive-in avec la projection de la version Black&Chrome de Mad Max : Fury Road de George Miller. En route vers le Sud ! Rencontres du Sud Au Cinéma Pandora à Avignon du 14 au 18 mars

Continuer à lire

Élie Chouraqui : « On a le droit et le devoir de montrer ”l'immontrable“ »

Trois questions à | Choc des Rencontres cinématographiques du Sud d’Avignon, où il a été projeté en avant-première, L’Origine de la violence a été présenté par un Élie Chouraqui combatif et serein.

Vincent Raymond | Mardi 24 mai 2016

Élie Chouraqui : « On a le droit et le devoir de montrer ”l'immontrable“ »

Y a t-il de la violence en vous ? Avez-vous réussi à en déterminer l’origine ? Il y en a, oui. J’ai fait un peu d’analyse, je me suis fait “suivre”, comme on dit, parce que j’avais des questions auxquelles personne n’avait répondu. Des vides dans mon passé, des inquiétudes, des angoisses — qui m’habitent toujours, qui ne sont pas complètement dissipées — m’empêchant parfois de “bien” vivre. J’avais tendance à me mettre dans des situations désagréables alors que ce n’était pas du tout indispensable. J’ai compris pourquoi. Maintenant, je vais mieux (rires). Je suis beaucoup plus apaisé. Vous évoquez à travers le film les interdits pesant sur la représentation des camps d’extermination — et l’impossibilité de montrer des déportés en train de rire. C’est rare… Ce principe de Claude Lanzmann, selon lequel on ne montre pas l’immontrable, c’est comme un lieu commun, c’est stupide. Pardon pour Lanzmann, pour lequel j’ai beaucoup de respect, mais il n’est pas question de garder les choses mystérieuses, sans en parler. Il faut au contraire tout montrer et tout analyser — si possible avec talent et intelligence. On a non seulement l

Continuer à lire

6e Rencontres du Sud

ECRANS | Pour connaître les tendances cinématographiques des prochains mois, direction Avignon et ses Rencontres du Sud. La manifestation conviviale, qui se déroule (...)

Vincent Raymond | Mercredi 24 février 2016

6e Rencontres du Sud

Pour connaître les tendances cinématographiques des prochains mois, direction Avignon et ses Rencontres du Sud. La manifestation conviviale, qui se déroule aux cinémas Pandora, Capitole, Utopie et Pathé Cap Sud du 15 au 19 mars, programme cette année 17 avant-premières, dont 11 en présence d’équipes. Parmi les immanquables, Les Habitants de Raymond Depardon, Tout de suite maintenant de Pascal Bonitzer, L’Outsider de Christophe Barratier (inspiré de l’affaire Kerviel) ou Le Cœur régulier de Vanja d’Alcantara d’après Olivier Adam.

Continuer à lire