Le classique se rebiffe

Marché International du Film Classique | Au cœur du Festival Lumière se tient pour la septième année un rendez-vous dédié aux professionnels : le Marché International du Film Classique. L’occasion de se pencher sur la “grandeur (et la décadence ?) des petits commerces de cinéma“ pour reprendre le mot de Godard à l’ère de la dématérialisation forcenée…

Vincent Raymond | Mardi 15 octobre 2019

Photo : © DR


À bientôt 125 ans, le cinéma entre dans un âge où l'innovation technologique bénéficie concomitamment à la création contemporaine — à travers l'amélioration continu des supports d'enregistrement de son et d'image, comme des procédés de diffusion de l'objet filmique dans les salles, toujours réinventés en 3D, 4DX etc. — et à son patrimoine. Étrange paradoxe que l'abandon de la pellicule analogique originelle pour le numérique : le transfert des images sur bobines en encodages digitaux plaçant à égalité de traitement œuvres contemporaines et œuvres classiques, il permet à ces dernières de faciliter leur renaissance, donc d'accroître leur visibilité. Or les procédés de restauration demeurent coûteux. Et même si certaines émanations des institutions culturelles nationales (le CNC, l'INA, les Cinémathèques…) ou quelques-unes des fondations privées adossées à des distributeurs nantis d'un puissant catalogue (Pathé, Gaumont…) assument ce qui relève d'une mission de service public, la nécessité de trouver des débouchés économiques reste cruciale.

L'état des choses

Première source de revenus évidente, la salle de cinéma souffre d'un manque de disponibilité : avec 5 981 écrans, l'Hexagone est certes bien pourvu en salles de cinéma — et ce parc progresse régulièrement. Mais avec 684 films inédits sortis en 2018, quelle place accorder aux reprises ? Deuxième source, la vente de supports vidéo (DVD ou Blu-ray) est en chute libre — -16, 9 % entre juillet 2018 et juin 2019 —, au point que les distributeurs hésitent à engager des frais supplémentaires pour l'édition d'une galette. La télévision maintient une fenêtre grâce à l'offre pléthorique de chaînes, avides de contenus et tenues à des obligations légales de programmation de cinéma. Ainsi, en 2018, sur les 2 366 films diffusés sur les chaînes françaises, 69, 1% étaient des rediffusions — preuve que la nouveauté n'est pas l'alpha ni l'oméga des grilles. Une autre source est en train de progresser nettement : la vidéo à la demande sur les plates-formes généralistes légales (+38, 5%, dont +82, 7% pour les seuls services par abonnement en 2018).

Dominé par l'ogre Netflix et son alter ego Amazon Prime Video, le marché actuel propose également les offres d'opérateurs télévisuels (Arte, Canal+…), de fournisseurs d'accès (OCS…) mais aussi quelques indépendants, dont certains spécialisés dans une programmation plus auteur et patrimoine (Tënk, La Cinetek…). Or ce nouvel écosystème risque d'être furieusement chamboulé par l'arrivée de nouveaux entrants : Apple TV+ pour la firme à la pomme ouvrira son service le 1er novembre prochain et Disney+, réunissant tous les catalogues du studio de Burbank, fera de même 11 jours plus tard. Autant dire que le futur mastodonte français Salto conjointement porté par les ennemis intimes FranceTélévisions, TF1 et M6, semblera minuscule par comparaison lorsqu'il naîtra début 2020…

Classics tout risque

Si la viabilité du cinéma de patrimoine est questionnée, la curiosité des spectateurs dans les manifestations ponctuelles comme les festivals (Il Cinema ritrovato à Bologne, Lumière à Lyon) est bien réelle et l'attention portée aux sections programmant les dernières restaurations (Cannes Classics, Venise Classics, Berlinale Classics et désormais Lumière Classics) atteste d'un potentiel à exploiter dans tous les sens du terme. Alors que l'Institut Lumière, par la bouche de son directeur Thierry Frémaux a annoncé en septembre le projet d'une DVDthèque mondiale et que cette édition du Festival a accueilli dimanche dernier la première édition du Salon du DVD en présence des éditeurs, le Marché International du Film 2019 semble vouloir mettre tous les professionnels en ordre de bataille pour lui donner toutes les chances de perdurer. Le choix de Peter Becker comme Grand Témoin de la manifestation, à qui la conférence inaugurale mardi a été confiée, le confirme. Patron de The Criterion Collection, éditeur de vidéos de référence depuis 1984 et pionnier dans “l'accompagnement“ cinéphile des films classiques (au moyen de bonus originaux, restaurations, etc.), le pape du DVD n'a pas attendu pour prendre le virage de la VOD : présent depuis 2008 en streaming sur différents sites ou plates-formes, il a lancé The Criterion Channel proposant son catalogue en streaming payant — un exemple vertueux résonnant une table-ronde débattue par la suite ("L'avenir de la distribution et de l'exploitation du patrimoine à l'heure du streaming").

Qu'on se rassure, les autres tables rondes n'enterrent pas la salle, bien au contraire ("Quelle place pour le cinéma de patrimoine dans les salles en Europe ?" ou "Apocalypse Now Final Cut : Stratégie de restauration, financement et ressortie" par exemple). Mais ils ne font pas l'autruche face à Internet, nouvel ogre ayant supplanté la TV en terme de trésorerie et d'audience. L'équation économique est douloureuse pour les professionnels, mais ils n'ont guère le choix : pour préserver leur filière, ils doivent intégrer un peu de plates-formes, à condition de les brider fortement. Ce genre de position ambiguë, plutôt contradictoire, consentie pour des raisons diplomatiques ou de gentlemen agreement, s'avère plus fréquente que l'on croit. Tenez, le Festival Lumière a bien programmé cette année un film Netflix tout neuf et destiné au petit écran parce qu'il permettait de faire revenir Martin Scorsese à Lyon…

*Source de tous les chiffres : CNC - juillet 2019

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Coppola : le Parrain, dernière époque

Festival Lumière | Le Padre padrone de la famille Coppola arrive cette semaine pour recevoir son dû lyonnais. Plus que la jolie plaque en bois gravée à son nom, c’est l’ovation associée qui devrait lui arracher l’un de ses trop rares sourires. En l’attendant, refaisons connaissance avec lui…

Vincent Raymond | Mardi 15 octobre 2019

Coppola : le Parrain, dernière époque

Dans la carrière de Coppola, ce ne sont pas les arbres qui cachent la forêt, mais des séquoias. Bien singulier est en effet le tracas d’un cinéaste dont la filmographie est semée d’une collection d’œuvres si puissantes qu’une seule aurait suffi à l’inscrire au Panthéon du 7e art. Signer la trilogie du Parrain, voire les deux premiers, voire la première époque uniquement, l’aurait déjà consacré entre Lean et Leone ; Conversation Secrète en aurait fait un frère de Jerry Schatzberg, John Schlesinger, Arthur Penn, Alan J. Pakula ou Mike Nichols. Quant à Apocalypse Now, il l’autorisait à parler d’égal à égal avec Kubrick. Mais en-dehors de ces films-monstres, si splendidement dissemblables les uns des autres, Francis Ford Coppola a tourné de nombreux autres longs métrages d’importance, privés parfois de notoriété, de succès et/ou de postérité. Si certains furent imposés par des nécessités financières impérieuses, cela ne les empêchaient pas d’être impérieusement composés : comme si la contrainte de commande aiguisait la créativité du cinéaste et l’incitait à mettre dava

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Grandes projections : des films élémentaires

Festival Lumière | En un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître, les superproductions en 70mm et les grands classiques passaient à 20h30 sur les six chaînes hertziennes… mais plus dans les salles. Le point commun de ces films ? L’immensité au service du détail.

Vincent Raymond | Mardi 15 octobre 2019

Grandes projections : des films élémentaires

La vie d’un film est cruellement courte. Sa VRAIE vie, s’entend : alors qu’il est conçu pour la salle, c’est sur une télévision qu’il déroule l’essentiel de son existence, passée sa première exclusivité. Un pis-aller qui a permis de voir durant des décennies, dans des conditions précaires, des films méritant de se déployer, de respirer : le grand écran leur offrant l’air nécessaire pour déployer leur souffle épique ou leur dimension spectaculaire. Élément de base impalpable, invisible et intangible, l’air se filme difficilement. Ce n’est pas le cas de l’eau, de la terre et du feu dont la cinégénie explose cette semaine. L’Eau À tout seigneur, tout honneur : Jacques Deray fut le vice-président de l’Institut Lumière et son film le plus emblématique demeure le solaire et tropézien La Piscine (1969). Les raisons de le voir ne manquent pas ! Pour le symbole des retrouvailles entre les anciens amants Delon et Schneider, pour son évidente charge érotique — les deux interprètes étaient alors au sommet de leur beauté et, de fait, ne cachaient pas grand chose de leur anatomie en tournant aux abords d’une piscine —,

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Le Cas Noé : La boucle est bouclée

Festival Lumière | En guise d’amuse-rétines nocturne, Gaspar Noé a composé un appétissant sandwich cinématographique qui devrait teinter d’une belle couleur rubis les rêves de ses spectatrices et spectateurs. Estomacs délicats et autres ténias, passez votre chemin.

Vincent Raymond | Mardi 15 octobre 2019

Le Cas Noé : La boucle est bouclée

Film après film, on ne cesse de le seriner, voire de le suriner : Gaspar Noé compte parmi le cercle (vicieux) très fermé des auteurs possédés par une ambition d’écriture de la forme cinématographique, et pour qui l’expérience de visionnement doit permettre au public de dépasser sa passivité habituelle en instaurant une interaction quasi-organique entre l’objet projeté et le spectateur. Si d’aucuns qualifient Noé de “provocateur“ parce qu’il traite de sujets mordant la marge (inceste, sexe, viol, drogue, mort, etc.), le cinéaste vise surtout à provoquer une émotion qui ne soit pas pré-mâchée. Infusée, perfusée par le registre expérimental, mais aussi imprégnée des formes kubrickiennes et godardiennes, son œuvre dispose toutefois d’une voix originale et bien timbrée, reconnaissable dès ses premiers grenats. Concept singulier — sans doute taillé pour les couche-tôt lyonnais —, la Mini-nuit du Festival Lumière permettra aux dubitatifs de réviser leur jugement, et aux aficionados de se faire un triple bang(halter). Abracadabra ! Des trois films présentés, le deuxième constitue la principale sur

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Festival Lumière : par où commencer ?

ECRANS | Des films par dizaines, des projections par centaines, des invités… par milliers ? Peut-être pas, mais suffisamment pour que chaque spectatrice ou (...)

Vincent Raymond | Mardi 8 octobre 2019

Festival Lumière : par où commencer ?

Des films par dizaines, des projections par centaines, des invités… par milliers ? Peut-être pas, mais suffisamment pour que chaque spectatrice ou spectateur trouve son bonheur. Si cette édition du 10e anniversaire est ardemment attendue pour le prestige du récipiendaire du Prix 2019, Francis Ford Coppola n’étant présent qu’en fin de seconde semaine, vous aurez de quoi voir auparavant. Rappelons que le Village du Festival, rue du Premier-Film, organise sa fête de lancement vendredi 11 octobre à 19h et propose dès 20h tous les soirs dans le parc — nouveauté de l’année — des concerts gratuits : Éric le Rouge ouvrira le bal (il le fermera également le dimanche 20). Suivra samedi 12 dès 17h30 la traditionnelle soirée d’ouverture à la Halle Tony-Garnier devant un parterre de vedettes et un film surprise. Et dimanche, quand le Marché International du Film Classique ouvrira ses portes, accueillant également la première édition du Salon du DVD, le Festival recevra ses premiers hôtes d’honneur : Frances McDormand, Donald Sutherland, Vincent Delerm et Daniel Auteuil, mais aussi Barb

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Encore plus d’étoiles devant les yeux

Festival Lumière | Francis Ford Coppola, Bong John Ho, Ken Loach, Daniel Auteuil et Marina Vlady ne seront pas seuls à visiter les salles obscures lyonnaises en octobre prochain : Frances McDormand, Donald Sutherland, Marco Bellocchio, Gael Garcia Bernal ou Vincent Delerm seront aussi du voyage…

Vincent Raymond | Mardi 3 septembre 2019

Encore plus d’étoiles devant les yeux

Paradoxe n°1 : à Lyon, on le sait, plus les salles sont obscures, plus l’on a de chances d’y trouver des étoiles — surtout à l’automne. Paradoxe n°2 : il fallait se rendre au Cinéma du Panthéon à Paris pour découvrir les nouveautés de la programmation du 11e Grand Lyon Film Festival dévoilées par son directeur, Thierry Frémaux. Valaient-elles le détour ? Sans nul doute pour certaines. D’abord, toutes les annonces de juin ont été confirmées et complétées — la précision n’est pas superflue, si l’on se remémore la triste déconvenue du Projet Godard l’an passé. Auteur d’une « œuvre d’un chaos insensé » selon Thierry Frémaux, Coppola sera bien présent parmi les Ghosn… pardon, les gones. Et son Prix Lumière sera l’occasion de re-projections d’une part non négligeable de sa filmographie : des raretés de ses débuts comme Dementia 13 ou La Vallée du Bonheur, Les Gens

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Festival Lumière 2019 : de plus en plus Ford !

Lumière 2019 | Coppola en tête d’affiche, le retour de Ken Loach, des zombies et Bong Joon-ho. La première fournée d’annonce du Festival Lumière 2019 a été faite. Préparez vos coups de cœur !

Vincent Raymond | Mardi 11 juin 2019

Festival Lumière 2019 : de plus en plus Ford !

« Un démiurge », « un mammouth ». C’est par ces mots que le directeur de l’Institut Lumière a salué le récipiendaire du Prix Lumière 2019. Onzième à recevoir la distinction (mais lauréat de « l’édition des dix ans », pour reprendre les termes du directeur du festival), Francis Ford Coppola et sa légitimité ne sauraient être contestés. Riche d’une carrière s’étendant sur six décennies, jalonnée d’œuvres fondatrices, marquantes ou à (re)découvrir, le jeune octogénaire figure parmi les créateurs du Nouvel Hollywood et demeure un inlassable expérimentateur. Entré au Panthéon cinématographique bardé de lauriers il y a quarante ans — il avait alors déjà décroché deux Palmes d’Or, deux Oscars du Meilleur film —, le cinéaste n’a depuis cessé de remettre le fruit de ses succès dans de nouvelles aventures cinématographiques, composant une œuvre où, régulièrement, la jeunesse américaine voit ses ambitions fracassées par les guerres ou les crises. S’il faut s’attendre (avec impatience) à la traditionnelle rétrospective et à la masterclass du cinéaste, on peut espérer que celui-ci vien

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Francis Ford Coppola, 11e Prix Lumière

Festival Lumière | Le Prix Lumière 2019 sera décerné à Francis Ford Coppola au cours de la 11e édition du Festival Lumière qui se tiendra du 12 au 20 octobre à Lyon.

Vincent Raymond | Mardi 11 juin 2019

Francis Ford Coppola, 11e Prix Lumière

Il est le premier cinéaste à avoir remporté l’Oscar pour un film et sa suite (Le Parrain et Le Parrain 2e partie), à avoir décroché deux Palmes d’Or “de l’ère moderne“ (Conversation secrète et Apocalypse Now)… Producteur, scénariste, monteur, viticulteur, à la fois figure tutélaire du Nouvel Hollywood et patriarche d’une impressionnante dynastie de cinéma, Francis Ford Coppola succède donc à son camarade Martin Scorsese (2015, également passé chez Roger Corman) et à Jane Fonda (2018) — deux autres grandes figures du Nouvel Hollywood. Âgé de 80 ans, Coppola qui n’a plus sorti de long-métrage depuis 2012 et son fascinant Twixt, n’a pour autant pas pris sa retraite et développe de nouveaux projets. Il profitera peut-être de sa venue à Lyon entre les 12 et 20 octobre prochains pour en révéler la teneur. Le Prix Lumière, qui constitue une reconnaissance pour la contribution du récipiendaire au cinéma mond

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