Pete Docter : « depuis que le son existe dans un film d'animation, le jazz en a fait partie »

Soul sur Disney+ | Coréalisateur de "Soul", Pete Docter s’est virtuellement adressé à la presse française pour présenter sa quatrième réalisation de long-métrage au sein des studios Pixar. Trois questions, trois réponses…

Vincent Raymond | Lundi 28 décembre 2020

Photo : Pete Docter © Pixar


En quoi votre approche a-t-elle changée de Monstres & Cie à Soul ?
Pete Docter :
Quand j'ai commencé sur Monstres & Cie, je n'avais aucune idée de ce que je faisais — d'ailleurs ça n'a pas changé : je ne sais toujours pas ce que je fais ! Je me jette à l'eau. Faire un film, c'est un peu être bloqué jusqu'au moment où vous sentez que quelque chose prend : un personnage, un thème, un sentiment… Dans le cas de ce film, c'était plus un sentiment ou une circonstance de la vie. Chaque film est différent, et il faut avoir confiance dans le chaos inhérent, dans le processus créatif et ne pas arriver avec une idée préconçue : laissez aller et gardez en tête que personne ne sait ce que vous faites ; il faut simplement y aller.

Comment avez-vous décidé d'amener le jazz dans ce film ?
Au départ, c'était un choix esthétique : nous cherchions quelque chose de sympa à regarder. Depuis que le son existe dans un film d'animation, le jazz en a fait partie : si on pense à Betty Boop et nombre des premiers films de Disney, il y avait du jazz. L'énergie, l'esprit du jazz colle bien. Il y avait aussi cette histoire de Herbie Hancock racontant comment, au cours d'une tournée en Europe avec Miles Davis, il a joué une note tellement fausse qu'il était inquiet d'avoir anéanti tout le concert. Miles a juste pris son souffle, joué quelques notes et rectifié la note de Herbie. Cela lui a pris des années pour comprendre ce que Miles avait fait : il n'avait pas jugé ce qui était arrivé, il l'avait juste pris comme une nouvelle chose qui arrivait et en avait fait ce que tout grand musicien de jazz devrait essayer de faire ; le transformer en quelque chose de bien. Lorsqu'on a entendu cette histoire, on s'est dit que c'était exactement notre thème : nous sommes en train d'improviser notre vie, on ne suit pas un scénario. C'est exactement ce que le jazz raconte : vous ne jouez pas des notes, vous les improvisez tout en jouant. On sentait que le jazz avait beaucoup à nous apprendre sur l'histoire que nous racontions.

Vous avez aussi fait appel pour la musique à Trent Reznor et Atticus Ross, en particulier pour les scènes du “Grand-Avant“. Comment avez-vous travaillé avec eux ?
Nous avions entendu dire que Trent Reznor et Atticus Ross aimaient proposer des sketches au fur et à mesure. Donc nous leur avons donné certaines parties du film presque terminée pour qu'ils composent la musique qui accompagnerait ces images ; en retour, ils nous ont donné de petits sketches de démonstration. Par exemple, à la fin, quand Joe joue en direct, c'étaient cinq propositions complètement différentes, pour voir si l'une d'entre elles nous convenait. Tout en faisant la scène, nous prenions ces bouts de musique, on les copiait-collait, on prenait des idées qu'ils avaient pour cette partie du film… C'était très organique, une manière différente de travailler. Ensuite bien sûr, ils les reprenaient pour améliorer le son de nos montages. Mais la musique faisait partie du récit d'une manière qui était nouvelle pour nous, c'était très cool. Dès le début, ils semblaient avoir vraiment connecté avec le thème du film, essayant de raconter une histoire qui faisait vraiment écho à ce que nous voulions. Et c'est fondamental quand vous travaillez avec des artistes de vous assurer qu'ils sont sur la même longueur d'ondes que vous.

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Le vagabond des limbes : "Soul", un Pixar privé de salles

Sur Disney+ | Narrant les tourments d’une âme cherchant à regagner son corps terrestre, le nouveau Pixar résonne étrangement avec la situation du monde du cinéma actuellement au purgatoire et peinant à retrouver sa part physique (la salle). "Soul", un nouvel opus existentialiste à mettre au crédit de Pete Docter. Sur Disney+ le 25 décembre.

Vincent Raymond | Mardi 22 décembre 2020

Le vagabond des limbes :

À quelques heures d’intervalle, Joe Gardner se voit proposer un job à plein temps dans le collège où il est prof de musique et de rejoindre un prestigieux quartette de jazz. Cela pourrait être le jour de sa vie… sauf que c’est aussi celui de sa mort. Refusant ce destin contrariant, l’âme de Joe cherche à faire marche arrière mais se retrouve propulsée dans le “Grand Avant“ — des limbes où on lui confie la charge de préparer une future âme (la terrible 22) à sa naissance… Annoncé pour la fin du printemps 2020, à cette époque si lointaine (novembre 2019…) où ses premières images dévoilées en avant-première de La Reine des Neiges 2 laissaient pressentir l’évidence d’une sélection cannoise, Soul aura connu un sort inédit pour un probable blockbuster Pixar : son torpillage par une pandémie, conduisant la maison-mère à le basculer d’emblée sur sa plateforme, Disney+. Ni les regrets des (nombr

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"Soul Makossa", la face B devenue tube qui révéla Manu Dibango

Story | Manu Dibango est décédé le mardi 24 mars 2020, des suites du Covid-19. Le saxophoniste est l'auteur de "Soul Makossa" : voici l’histoire de la face B d’un 45 tours enregistré en 1972, devenue hit mondial inspirant la vague disco comme la sono mondiale, repris des dizaines de fois, utilisé par Michael Jackson et installant son créateur au firmament de l’Afrique.

Sébastien Broquet | Mardi 24 mars 2020

Soul Makossa a fait la gloire de Manu Dibango. Sa fortune, aussi. C’était pourtant loin d’être sa destinée… 1972 ; Yaoundé, au Cameroun, est ambiancée football et se prépare pour la huitième coupe d’Afrique des Tropiques. Dibango, reconnu au pays, sollicite le ministre des Sports : ce dernier lui accorde un million de francs CFA – soit 20 000 francs de l’époque, afin d’enregistrer un hymne pour soutenir l’équipe nationale. Le père de Manu dit alors à son épouse : « des choses se passent dans ce pays. Le Président a donné un million à ton fils pour aller faire du bruit. » En face A, l’hymne convenu est gravé. Mais il faut une face B… Manu s’inspire d’un rythme traditionnel makossa et lui donne une coloration soul. Tout simplement, il l‘appelle Soul Makossa et le répète chez ses parents, dans le quartier de Douala. Le gimmick est simple : « mamako mamama mamasa ». Les Camerounais s’étonnent d'entendre Manu bégayer ainsi… Mais c’est la face A qui compte. Le 45 tours est distribué gratuitement, comme convenu, aux supporters. Lesquels cassent

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Jean-Charles Mbotti Malolo : Beau(x) geste(s)

Portrait | Arts graphique et chorégraphique ne font qu’un pour Jean-Charles Mbotti Malolo, réalisateur de l’effervescent Make it soul, sublime évocation d’un duel entre James Brown et Solomon Burke. En lice pour le César du Film d’animation ce vendredi 28 février.

Vincent Raymond | Mardi 11 février 2020

Jean-Charles Mbotti Malolo : Beau(x) geste(s)

C’est tout un art de s’accomplir dans plusieurs disciplines distinctes ; encore faut-il y parvenir dans l’harmonie et avec la conscience des autres. Voyez Ingres : sa virtuosité de peintre et de violoniste ne suffisait pas à adoucir un tempérament qu’on disait… peu commode, par euphémisme. Fort heureusement, la grâce parfois touche des individus si aimables que l’on ne peut même pas leur en vouloir d’avoir reçu bien davantage de talents que le vulgum pecus. Doués pour la création, ils le sont aussi par nature dans les relations humaines ; un charisme inné ou une aura évidente qu’on serait en peine d’expliquer. Quiconque a approché le peintre-photographie-poète-comédien Viggo Mortensen, ou la comédienne-peintre-danseuse Juliette Binoche, peut ainsi en témoigner. Ah oui : ce supplément d’âme s’appelle la modestie. « Beaucoup de gens pensent que je suis pointu dans les deux domaines. Mais dès que je suis avec des gens de l’animation ou de la danse, je suis l’inculte… » Sourire lumineux, voix posée, le chorégraphe et cinéaste d’animation Jean-Charles Mbotti Malolo appa

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Nouveaux mondes à l'IAC

Art Contemporain | Volet à part entière de la Biennale d'Art Contemporain, l'exposition Jeune création internationale réunit dix artistes internationaux dans les espaces de l'Institut d'Art Contemporain. Une édition cohérente et vivifiante !

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 12 novembre 2019

Nouveaux mondes à l'IAC

Mi-cyborgs mi-organiques, des ruines suspendues, lugubres et dégoulinantes, nous accueillent dans la première salle de l'Institut d'Art Contemporain. Entre Mad Max et les poubelles d'un laboratoire fou, l'installation Mud de l'italienne Giulia Cenci fait à la fois froid dans le dos et ouvre à une thématique centrale dans l'ensemble de l'exposition : l'hybridation, le chaos contemporain des métamorphoses, la possibilité de traverser les genres végétaux, minéraux, animaux... Les dix artistes (cinq internationaux et cinq de la région, dont nous ne pourrons ici prendre que trois exemples) sont tous branchés sur les enjeux scientifiques, sociétaux, fantasmatiques du monde d'aujourd'hui. Un monde autant angoissé que plein d'espoir envers les nouvelles technologies (numériques, biologiques, médicales...), de nouveaux objets improbables, de nouveaux modes d'existence... Chaos debout Les œuvres de Théo Massoulier qui succèdent à celles de Giulia Cenci ont des apparences beaucoup plus colorées et séduisantes. Ce s

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Cinq expos à voir en septembre

Bons Plans | De l'art brut, une friche industrielle, des galeries et deux musées qui s'accouplent : voici cinq expositions à découvrir en cette rentrée.

Jean-Emmanuel Denave | Lundi 9 septembre 2019

Cinq expos à voir en septembre

Le Palais de Tokyo investit une friche lyonnaise pour la Biennale L’événement artistique du mois, c’est l’ouverture de la nouvelle Biennale d’Art Contemporain, dont l’exposition internationale principale se tiendra aux (immenses) usines Fagor et au Musée d’Art Contemporain. L’équipe du Palais de Tokyo de Paris y présente cinquante-cinq artistes de tous horizons (esthétiques et géographiques), autour de la thématique du paysage. Peu d’entre eux sont connus et 90 % des œuvres exposées seront des créations. Une biennale pleine de surprises, donc ! 15e Biennale d’art contemporain, Là où les eaux se mêlent À Fagor-Brandt du 18 septembre au 5 janvier 2020 De l'art brut dans toute la ville L’art brut a le vent en poupe dans les musées, les galeries, les foires d’art contemporain. Mais, à Lyon, cela fait mai

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La première expo commune du Musée des Beaux-Arts et du MAC

Art Contemporain | Le Musée des Beaux-Arts et le Musée d'Art Contemporain nous invitent à une expérience artistique tout en sensations et en perceptions. Une exposition particulièrement réussie.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 3 septembre 2019

La première expo commune du Musée des Beaux-Arts et du MAC

Première initiative du Pôle des Musées d’Art de Lyon, l’exposition Penser en formes et en couleurs emprunte son titre à un aphorisme de Georges Braque. L’expression ne manque pas de sel philosophique (formes et couleurs relèvent-elles seulement de la perception, ou sont-elles une forme de pensée à part entière ?), et l’accrochage ne tente pas d’y répondre théoriquement, mais propose une expérience, intense, en entremêlant des œuvres des collections du Musée des Beaux-arts et des collections du Musée d’Art Contemporain. Les trois commissaires d’exposition ont fait éclater tous les repères chronologiques et proposent un parcours qui avance à coups de thématiques matérielles : couleurs isolées, couleurs-vibrations, couleurs-paysages, différents états du gris… On découvre dans une dizaine de salles les métamorphoses les plus osées et les variations les plus extrêmes des matériaux plastiques les plus simples. Images cochonnes L’un des temps forts de l’exposition est aussi l’un de ses temps les plus violents : celui de la salle consacrée au lien couleur-sang. Les nombreuses Croûtes (1989-1991) de

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Il faut savoir finir un rêve : "Toy Story 4"

Pixar | Quand Fourchette, la nouvelle arrivée dans la tribu des jouets de Bonnie, se fait la malle, Woody part aussitôt à sa recherche. Sa quête lui fera découvrir de bien étranges antiquités, mais aussi retrouver un amie depuis longtemps perdue de vue

Vincent Raymond | Mercredi 26 juin 2019

Il faut savoir finir un rêve :

Réussir un départ n’est jamais chose aisée. Pourtant, on se prend à espérer : et si la série Toy Story s’achevait en apothéose, saisissant au vol la splendide occasion offerte par la conclusion de ce quatrième opus — c’est-à-dire en se refermant sur un sentiment de frustration en renonçant par avance (et par principe) à toute idée de spin off ou de préquelle ? Parlant autant de l’abandon, de la transmission, du deuil de l’enfance, ce quatrième épisode invite à une rupture raisonnable : lorsque les enfants sont trop grands pour continuer à s’inventer des histoires avec leurs jouets (et que ceux-ci sont encore aptes, donc peuvent éviter l’Enfer de Toy Story 3) ils les confient à de plus jeunes dans une boucle infinie. L’adulte reste avec ses souvenirs, qu’il peut réactiver à loisir, ou rematérialiser en se procurant une réplique de son doudou auprès d’un antiquaire — qui n’est rien d’autre qu’un magasin de souvenirs pour nostalgiques. C’est de cette étoffe nostalgique qu’est tissée Toy Story 4, pour le meilleur, comme pour le pire.

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Joe Claussell transcende les nuits

House Music | Joe Claussell, grand nom de la house nation, s'arrête au Petit Salon ce week-end pour quatre heures de set : communion conseillée.

Sébastien Broquet | Mardi 29 janvier 2019

Joe Claussell transcende les nuits

Voici venir l'une des grandes, très grandes figures de la house nation qui s'approche pour prendre possession quatre heures durant des platines du Petit Salon : Joe Claussell, s'il n'est pas le nom le plus connu du grand public, en est certainement l'un des plus chéris par les férus de la culture club originelle, celle héritée du Loft de Mancuso, du Paradise Garage de Larry Levan. Ou - dans une moindre mesure évidemment - à Lyon, celle des aficionados de L'Ambassade, ce petit club où transpire le feeling soul et où se retrouvent les esthètes au son d'un Manoo qui, point de hasard ici, est à l'affiche également de cette même soirée. Mais reprenons le fil du récit : Joe Claussell vient de Brooklyn, à New York, où son enfance n'est pas très joyeuse - sauf lorsqu'il colle son oreille au transistor. L'arrivée de la house en 1988 le propulse dans un univers où il trouve immédiatement sa place : par la danse, d'abord, à l'Inferno, ou bien sûr au suscité Paradise Garage. Alors ébéniste reconnu, il brûle le dancefloor la nuit venue. Avant de commencer à fréquenter Dance Tracks, un magasin de vinyles où il finira par bosser - et

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Credo lumineux au Couvent de la Tourette

Art Religieux | Au Couvent de la Tourette conçu par Le Corbusier, une très belle exposition est consacrée au vitrail contemporain. Avec une trentaine d'artistes d'obédiences esthétiques diverses, n'ayant qu'une foi commune : la lumière et la couleur.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 30 octobre 2018

Credo lumineux au Couvent de la Tourette

Dans les églises, le vitrail, comme bien d'autres surfaces peintes, a pour fonction habituelle de représenter et de raconter des épisodes bibliques. L'art et la beauté sont intimement liés au récit... Après la fin de la Seconde Guerre mondiale (et ce n'est peut-être pas un hasard, tant celle-ci a fait vaciller nos croyances), l'art religieux se risque au modernisme, et l'on invite en particulier des artistes comme Matisse, Fernand Léger ou Alfred Manessier à créer des vitraux. Manessier, à l’Église des Bréseux, réalise notamment les premiers vitraux non figuratifs. Depuis, les commandes publiques se sont multipliées et les ouvertures de lumière des édifices religieux ont été peintes à toutes les sauces : géométrique, figurative, minimaliste, monochrome, pop... Et signées par les plus grands noms de l'histoire de l'art récente : Vieira Da Silva, Ubac, Olivier Debré, Robert Morris, Pierre Soulages, Gérard Garouste

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Le Bureau des auteurs présente…

Courts-métrages | Temple du court-métrage pour toute la Métropole lyonnaise, le Zola accueille à l’initiative du Bureau des Auteurs un rendez-vous régulier offrant la (...)

Vincent Raymond | Mardi 19 juin 2018

Le Bureau des auteurs présente…

Temple du court-métrage pour toute la Métropole lyonnaise, le Zola accueille à l’initiative du Bureau des Auteurs un rendez-vous régulier offrant la possibilité de découvrir des productions récentes pour la plupart inédites ayant en commun Auvergne Rhône-Alpes — une aide allouée par la Région et/ou un tournage sur place et/ou un cinéaste local. Dans ce programme éclectique, on aura une attention toute particulière pour deux films d’animation : le joli Un peu perdu d’Hélène Ducrocq, adaptation du classique jeunesse Je suis perdu et le très attendu Make it Soul du cinéaste et danseur Jean-Charles Mbotti Malolo, revisitant l’icône James Brown. Également guettés, La Chasse de Jean-Pierre Dupuy, Amir et Léa de Charlène Favier (issue de La CinéFabrique) et Gueule d’Isère, co-signé par Esther Mysius & Camille Rouaud. Attention, il faut réserver à invitations@auvergnerhonealpes-cinema.fr.

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Omar Souleyman, dabke et bacchantes

Sono Mondiale | Le succès d'Omar Souleyman est aussi improbable que réjouissant. Quelle probabilité qu'un musicien de mariage syrien finisse par conquérir le monde en (...)

Sébastien Broquet | Mardi 20 février 2018

Omar Souleyman, dabke et bacchantes

Le succès d'Omar Souleyman est aussi improbable que réjouissant. Quelle probabilité qu'un musicien de mariage syrien finisse par conquérir le monde en pleine guerre dans sa patrie natale ? Faiblarde, la proba'. Mais Mark Gergis est passé par la Syrie circa 2004, a chopé au passage des K7 du futur pote de Four Tet, quelques-unes des nombreuses prestations live enregistrées à la bricolo durant des noces qu'il anime pour vivre depuis 1994. L'Américain en a fait une compilation pour son si précieux label Sublime Frequencies, Highway to Hassake en 2006, puis d'autres, et la théorie des dominos s'est mise en branle. Omar s'est exilé en Turquie depuis le début du conflit mais sa dabke synthétique a fait des émules, plaçant la Syrie en bonne place sur la mappemonde de la sono mondiale. Four Tet donc, mais aussi Gilles Peterson, Björk ou Damon Albarn en ont fait un chanteur arabe populaire et universel, signant désormais ses réguliers albums studio sur Mad Decent (Diplo) ou Monkeytown (Modeselektor). S'il y a moins de surprise et si la recette initiale n'évolue pas vraiment au fil des disques, le show Souleyman, bacchantes dans le vent

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On ne lâche iran ! : "Un homme intègre"

ECRANS | de Mohammad Rasoulof (Ir, 1h58) avec Reza Akhlaghirad, Soudabeh Beizaee, Nasim Adabi…

Vincent Raymond | Mardi 5 décembre 2017

On ne lâche iran ! :

Que ce film porte douloureusement bien son titre ! Car il vaut à son auteur Mohammad Rasoulof de se retrouver une nouvelle fois inquiété par les autorités de Téhéran, lui qui avait déjà par le passé écopé d’une peine de prison après une œuvre co-réalisée avec Jafar Panahi, jugée critique à l’égard du régime… Primé lors du dernier Festival de Cannes, Un homme intègre cause peut-être de profonds ennuis au cinéaste iranien mais, effet Streisand oblige, met l’accent sur sa situation en incitant à examiner avec acuité ce que son film dit — et de quelle admirable manière. On y découvre le combat digne de l’obstiné Reza, un éleveur de poissons qui pour défendre son bon droit face à une compagnie privée aux méthodes crapuleuses, refuse d’entrer dans le système institué de la corruption locale, bien que lui et sa famille risquent lourd. Rasoulof dresse ici le portrait d’une petite communauté rurale fort peu avenante : un ramassis d’hypocrites serviles, corrompus et combinards aux ordres d’un potentat mafieux. Très éloignée donc des dogmes moraux revendiqués par l

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Os secours des ancêtres : "Coco"

Animation | Un petit Mexicain parcourt le Royaume des Morts pour déjouer une malédiction familiale et obtenir une bénédiction en retour. Coutumier des quêtes en milieu hostile (Monstre & Cie, Le Monde de Nemo), Lee Unkrich pousse plus loin le curseur et emporte les cœurs. Signé Pixar.

Vincent Raymond | Mardi 28 novembre 2017

Os secours des ancêtres :

Depuis qu’une aïeule a été abandonnée par son guitariste d’époux, la famille de Miguel a banni toute musique de sa vie. C’est donc un drame quand le garçonnet avoue, le Jour des Morts en plus, se destiner lui aussi à la guitare. Miguel espère trouver du soutien auprès de ses ancêtres… S’il faut aux sceptiques une preuve supplémentaire de l’existence d’un particularisme artistique des studios Pixar au sein de l’empire Disney, Coco tombe à pic : il constitue même une manière de manifeste. Là où les productions issues de la maison mère misent sur un arsenal codifié d’éléments rassurants pour fédérer leurs publics — schématisons : la quête d’une princesse entrelardée par des torrents de chansons —, la branche spécialisée dans les images de synthèse s’aventure dans des territoires insolites, plus stupéfiantes encore du point de vue narratif que technique. Une “originalité” artistique autorisée parce qu’elle s’avère globalement payante… notamment du côté du tiroir-caisse. Notes en sourdine Même si la musi

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Lee Unkrich & Darla K. Anderson : « montrer Frida Kahlo dans la mort, c’est de la pure imagination »

Coco | Pilier de Pixar, le réalisateur de Monstres & Cie, du Monde de Nemo ou de Toy Story 2 & 3, Lee Unkrich est à nouveau à la manœuvre pour Coco, qu’il évoque avec sa productrice Darla K. Anderson.

Vincent Raymond | Mardi 28 novembre 2017

Lee Unkrich & Darla K. Anderson : « montrer Frida Kahlo dans la mort, c’est de la pure imagination »

Quel est le point de départ de Coco ? Lee Unkrich : L’inspiration est tout simplement venue du Mexique, dont j’appréciais depuis toujours le Día de muertos — le Jour des morts. Quand j’ai commencé à écrire sur ce sujet, je me suis rendu compte qu’il n’y avait aucune histoire sur cette fête, c’était une idée assez unique. Au fur et à mesure de mes recherches, j’ai découvert combien l’idée du souvenir de sa famille y était important. Il y avait là le potentiel pour une histoire universelle, drôle, dramatique, visuellement très belle et avec un vrai cœur. Ça m’a touché. Avez-vous conçu le Pays des morts comme un miroir à celui des vivants, puisqu’on y boit, mange, dort ? LU : Non, on n’a pas pensé à cette notion de miroir, mais on a fait beaucoup de recherches pour la préparation, ce qui nous a aidés pour concevoir Santa-Cecilia, la ville du monde des vivants où vit Miguel. Évidemment, on ne pouvait pas faire de recherches pour le monde des ancêtres, alors on a fait appel à l’imagination. On aurait pu faire n’importe quoi, mais on voulait vraiment que ça “respire” mexicain, que ce

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Sans toit, ni loi, mais avec un chat : "Jeune Femme"

ECRANS | de Léonor Serraille (Fr-Bel, 1h37) avec Laetitia Dosch, Grégoire Monsaingeon, Souleymane Seye Ndiaye…

Vincent Raymond | Mardi 24 octobre 2017

Sans toit, ni loi, mais avec un chat :

Paula vivait avec Joachim, un photographe, mais là c’est fini. Alors elle est à la rue, avec son chat et ses pauv’ affaires. Elle tente de se débrouiller en squattant ici ou là, accumulant solutions transitoires et abris de fortune. C’est drôlement chaud, parce que dehors, il fait sacrément froid… Léonor Serraille a eu une chance inouïe que son film concoure à la Caméra d’Or l’année où son jury se trouve présidé par Sandrine Kiberlain. Celle-ci ne pouvait qu’être sensible au charme décousu de sa réalisation, comme au parcours cabossé de son personnage, évoquant fantomatiquement ces silhouettes errantes que la comédienne endossait dans les premiers longs-métrages de Lætitia Masson. Mais ce côté “truc d’il y a vingt ans” (voire de soixante, si l’on se réfère au Signe du Lion de Rohmer), c’est un peu le problème global de ce journal aigre-doux de la déchéance de Paula. Enchaînement un peu monotone d’épisodes, vaguement drolatique et social par fulgurances, Jeune Femme est sauvé par la grâce de quelques seconds rôles attachants (la

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The Souljazz Orchestra, machine à danser

Groove | Ottawa, Canada : de là, se propage depuis 2002 un groove aussi inlassable que pluriel, mutant au gré des années, incarné par Pierre Chrétien et sa bande du (...)

Sébastien Broquet | Mardi 10 octobre 2017

The Souljazz Orchestra, machine à danser

Ottawa, Canada : de là, se propage depuis 2002 un groove aussi inlassable que pluriel, mutant au gré des années, incarné par Pierre Chrétien et sa bande du Souljazz Orchestra qui font escale au Marché Gare ce mardi 17 octobre. Né dans la marmite afrobeat si vivace qui s'est mis à bouillir tout autour du monde après la mort du maître Fela Kuti, le Souljazz Orchestra s'est émancipé du beat de Lagos dans une succession d'albums, huit au total, dont le dernier né, Under Burning Skies, vient tout juste de paraître. Toujours signé sur le label londonien Strut qui herberge le groupe depuis sept ans, cet opus garde la base afro funk, conserve les plus récentes influences caribéennes (Tambour à deux peaux) mais intègre en sus un son parfois plus 80's avec l'apport des claviers de cette époque (Holla Holla), pour une percée vers un disco mutant et créolisé qui fait mouche à chaque escale. De l'imparable : un conseil, pensez à vous échauffer avant le concert, ne prenez pas le risque de le débuter les muscles froids, vous risqueriez le claquage.

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Jazz à Vienne : Hommages et Mary J. Blige

Jazz | Jazz à Vienne qui regarde souvent et encore vers l'avenir, en faisant mûrir en son sein les jeunes talents, jette un joli coup d'œil cette année au passé et à ses disparus sous la forme d'une demie-douzaine d'hommages, parmi lesquels Fela, Prince ou David Bowie. Sans compter quelques autres morceaux de choix (De La Soul, Mary J. Blige...) pour tous les goûts.

Stéphane Duchêne | Lundi 27 mars 2017

Jazz à Vienne : Hommages et Mary J. Blige

Si la 37e édition de Jazz à Vienne s'ouvrira sur un concert du Joe Cocker italien Zucchero en la soirée du 29 juin ; si l'événement du festival sera sans doute pour certains le retour de De La Soul en mode live band, le 1er juillet, et le même soir un concert hip-hop symphonique qui verra l'ONL, dirigé par Issam Krimi, accompagner MC Solaar, Ärsenik et BigFlo & Oli, rencontre inédite et mariage a priori improbable de la scansion rap et de la grandeur symphonique ; si le prodige aux 10 millions d'albums Jamie Cullum risque d'emporter tous les suffrages du public, c'est surtout le nombre d'hommages à des artistes disparus qui marque cette programmation 2017 du festival. Fela Day Cela commence le 2 juillet avec l'anniversaire des vingt ans de la disparition du père de l'afrobeat Fela Kuti auquel Jazz à Vienne consacrera une journée hommage gratuite. Au pr

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Les Chemical Brothers au festival Nuits Sonores

Nuits Sonores 2017 | Voici la suite de la programmation de Nuits Sonores : des Chemical Brothers à Pharoah Sanders, en passant par Vitalic et Stormzy, c'est une édition excitante qui s'avance, où l'on relève une réelle connexion avec le monde qui nous entoure, loin des plateaux techno au kilomètre : regard accentué vers le Moyen-Orient, place accrue accordée aux artistes féminines, intérêt pour la scène queer, retour vers le jazz et ouverture d'une scène entière dédiée à la jeune garde hip-hop... Vincent Carry (le directeur) et Pierre-Marie Ouillon (le programmateur) nous expliquent cette édition en vidéo : l'occasion aussi de découvrir ce tout nouveau lieu, les usines Fagor-Brandt.

Sébastien Broquet | Mardi 14 février 2017

Les Chemical Brothers au festival Nuits Sonores

Culte, la nuit 4 Chemical Brothers ! Le duo de Manchester sera sans aucun doute l'attraction principale de cette édition, œuvrant au peak time de la nuit 4 le samedi soir, dans la halle 1... Tom Rowlands et Ed Simons ont construit depuis le début des 90's un culte dépassant largement le big beat originel et délivrent des DJ sets absolument déments. Il va falloir jouer des coudes pour s'approcher ! Autour d'eux sur cette scène, se produiront l'allemand Errorsmith, mais aussi le Syrien précurseur des musiques électroniques Rizan Sa’id entre rythmes kurdes traditionnels et synthétiseurs. « La nuit 4 sur cette scène 1, c’est un peu notre spéciale 15 ans, notre anniversaire » explique Pierre-Marie Ouillon, le programmateur. Et c'est P.Moore qui clôturera cette nuit, histoire de concrétiser son come-back : belle attention et gros moment d'émotion à prévoir au petit matin. « Il a décidé de se remettre dans le match, et il est la personnalité qui peut relever ce défi : ce sera historique pour nous ! » ajoute Pierre-Marie Ouillon. Pourra-t-il dépasser l'horair

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Danny Krivit : le corps et l'âme

Clubbing | Avec Danny Krivit, c'est tout un pan de l'histoire du clubbing qui s'invite à L'Ambassade.

Sébastien Broquet | Mercredi 2 novembre 2016

Danny Krivit : le corps et l'âme

Il a fait danser John Lennon. Les Mothers of Invention étaient ses voisins. Son père Bobby Krivit fut le manager de Chet Baker puis le propriétaire du club The Ninth Circle, qui devint dans les seventies un haut lieu de la culture gay, où Danny découvrit le monde de la nuit. Ses deux premiers white labels lui furent remis en personne par James Brown et déclenchèrent sa carrière de DJ, dès 1971 : Get on the Good foot et Think, par Lynn Collins. Ca vous pose un bonhomme, non ? Eh bien Danny Krivit, alias Danny K, alias Mr K, sera à Lyon ce jeudi, à L'Ambassade, décidemment un spot mythique de la nuit lyonnaise où le mot "clubbing" prend tout son sens et surtout se souvient de son histoire, bien loin des line-ups égrénant les headliners sans trop de sens. Ici, l'on prend son temps avec des all nights longs et l'on construit son set en fusionnant avec le dancefloor. Qui d'autre que cette légende du clubbing pour l'illustrer ? Dans les seventies, Danny Krivit dansa au Loft de David Mancuso, où il s'acoquina durablement avec Larry Levan (le futur résident du Paradise Gar

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Manu Dibango, le baron du ténor

Parfum de Jazz | L'infatigable créateur de Soul Makossa, ancien chef d'orchestre de Nino Ferrer, compagnon de route de la Fania All-Stars, continue de parcourir les festivals pour donner sa version d'un jazz imprégné de teintes africaines.

Sébastien Broquet | Mardi 21 juin 2016

Manu Dibango, le baron du ténor

Il n'est pas l'homme d'un seul tube. Si Soul Makossa l'a fait roi en pleine ère early disco, il est bon de rappeler que Manu Dibango est venu à la musique par le jazz, qu'il découvrît peu après son arrivée en France, où il était venu poursuivre ses études muni de Trois kilos de café qui devaient lui permettre de payer ses frais avec l'argent de la revente et donnèrent bien des années plus tard son titre à une autobiographie fascinante tant le Camerounais a voyagé, innové, rencontré, symbolisant à merveille la délicieuce époque des indépendances africaines, quand l'espoir faisait briller les yeux d'une jeunesse pétrie de talent. Politique (le panafricanisme emmené par Kwame Nkrumah), photographie (l'immense Malick Sidibé, récemment décédé), mode, et bien sûr musique (la rumba zaïroise !)... Les swinging sixties ne se cantonnaient pas à Londres ou San Francisco, mais essaimaient aussi à Bamako, Kinshasa et Addis-Abeba. Manu Dibango, lui, découvre d'abord le jazz et ne l'abandonnera plus jamais. Nous sommes dans les années 50 et il côtoie Francis Bebey, qui l'initie et lui apprend les fondamentaux du genre ven

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Kino Parade au Goethe Institut

ECRANS | Germaniquement porté par l’excellent Goethe Institut, Lyola !, le festival du film allemand revient pour sa 5e édition en plein air avec quatre séances (...)

Vincent Raymond | Mardi 21 juin 2016

Kino Parade au Goethe Institut

Germaniquement porté par l’excellent Goethe Institut, Lyola !, le festival du film allemand revient pour sa 5e édition en plein air avec quatre séances de films récents en VOST, précédés de courts-métrages. S’il est impossible de faire l’impasse sur Soul Kitchen (photo), le plus aérien des Fatih Akin (le 28), laissez-vous guidez par la curiosité pour les autres : Victoria, Football Under cover et About a Girl. Notez que tout est pensé pour vous accueillir au mieux : la gratuité des projections, le repli au Goethe en cas de pluie, et le bretzel + bière. À consommer avec modération, à cause des miettes. Sur la place d’Ainay du 27 au 30 juin à 22h

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Sisters : une gênante plaisanterie

ECRANS | de Jason Moore (E-U, 1h58) avec Amy Poehler, Tina Fey, Maya Rudolph…

Vincent Raymond | Mardi 10 mai 2016

Sisters : une gênante plaisanterie

Du même tonneau que Projet X, Babysitting ou Very Bad Trip, Sisters fait penser à ces plaisanteries de fins de soirées, pâteuses, redondantes, avec queues mais peu de têtes, gênantes pour qui les raconte et les entend (une fois que chacun a dessoulé). Écrite à la masse et au burin, cette comédie parait n’avoir été mise en chantier que pour assouvir le désir de filmer la mise à sac d’une maison et les pulsions de vandalisme de quadras ravis de s’encanailler. À ceux qui objecteraient que The Party (1968) se soldait également par le ravage de la résidence où se tient la réception que parasite malgré lui le héros, on répondra que les dégradations sont secondaires dans le film de Blake Edwards. Catalyseur de destruction, le personnage campé par Sellers est surtout le révélateur du karma en ruine de ses hôtes ; il permet au final d’accorder leur décoration intérieure avec leur état psychique réel. Ici, la relation entre les deux sœurs aux caractères diamétralement opposés était censée servir de mur porteur ; elle apparaît plutôt comme un vague coffrage recouvrant a minima des séquences régressives ou des numéros de soli

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Johnny Osbourne, une légende du roots au Sirius

Reggae Sunday | C'est le parfait after à Nuits Sonores : une péniche (le Sirius) amarrée sur les quais, et l'un des sound-systems les plus en place du pays (...)

Sébastien Broquet | Mercredi 4 mai 2016

Johnny Osbourne, une légende du roots au Sirius

C'est le parfait after à Nuits Sonores : une péniche (le Sirius) amarrée sur les quais, et l'un des sound-systems les plus en place du pays (Soul Stereo) pour backer un immense chanteur jamaïcain, le revenant Johnny Osbourne qui n'en finit plus de parcourir nos contrées depuis sa réapparition au Garance Reggae Festival en 2012, lui qui était tombé dans les limbes du dancehall à la fin des années 80 après des années de succès ininterrompus. S'il a débuté en 1969 (juste après l'euphorie rocksteady), sa période dorée reste les seventies lors desquelles sa voix fait merveille sur le roots & culture en vogue, à l'image de sa très fructueuse collobaration avec Sir Coxsone (Studio One) : l'album Truth and Rights est un classique du genre. Les années 80 et l'avènement du digital ne le ringardisent pas : Johnny Osbourne enregistrera encore nombre de classiques, avec King Jammy en particulier, avant sa longue période de retrait. Depuis, on a pu l'entendre en featuring sur Independent Music de Chinese Man. Cette session dominicale (dès 19h le dimanche 9 mai) en sound-system avec l

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Le Voyage d’Arlo

ECRANS | Après avoir conquis les esprits et les cœurs au printemps grâce à Vice-Versa, le studio Pixar sort son second film de l’année. Est-ce une si bonne nouvelle que cela ?

Vincent Raymond | Mardi 24 novembre 2015

Le Voyage d’Arlo

Comme il y a des années à treize lunes, 2015 aura donc été celle aux deux Pixar. Mais le calendrier se révèle aussi implacable que trompeur : sorti après Vice-Versa, Le Voyage d’Arlo aurait dû le précéder d’un an, si son réalisateur initial Bob Peterson n’avait pas été remercié et si, surtout, le projet avait été plus solide. Malgré, les changements d’équipes, les remaniements de scénario ; malgré, enfin la garantie de qualité théorique que constitue le label Pixar, c’est un film malade qui nous est donné à voir. Aussi bancal et minuscule que le héros-titre au sortir de son œuf immense et prometteur. Oh, la technique n’est pas en cause : la représentation des décors et de la nature frise la perfection… jusque dans ses imperfections ; quant à la relative laideur des personnages (ou, à tout le moins, leur graphisme sommaire, digne d’un patatoïde de classe maternelle), elle semble destinée à rappeler au spectateur qu’il se trouve bien devant un univers factice, un simulacre de monde, et non des prises de vues réelles. Le plus désolant en effet, c’est le manque de fluidité dans une narration faite de soubresauts et d’entrechocs ; l’extrême prévisibilité d

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Clear Soul Forces, dans le haut du panier hip-hop

MUSIQUES | Sans mic skill, la puissance n'est rien. En tout cas dans le monde merveilleusement grotesque de la lutte à grand spectacle, où le charisme d'un (...)

Benjamin Mialot | Mercredi 30 septembre 2015

Clear Soul Forces, dans le haut du panier hip-hop

Sans mic skill, la puissance n'est rien. En tout cas dans le monde merveilleusement grotesque de la lutte à grand spectacle, où le charisme d'un catcheur se mesure aussi à sa capacité à électriser les foules en deux temps trois mouvements du larynx. À entendre la façon, alerte et limpide, dont ils usent chacun du leur, E-Fav, L.A.Z., Noveliss et Ilajide, les quatre MCs de Clear Soul Forces, auraient pu faire de phénoménaux talkers, ainsi que l'on nomme les superstars des rings à la reconversion oratoire toute tracée. Nombre d'entre elles ont d'ailleurs droit à une punchline sur le troisième album du désormais quintette – suite à l'arrivée du producteur Nameless – et ce n'est pas qu'une question de malice : grandi à l'ombre des usines mortes et des friches artistiques bien vivantes de son Detroit natal, Fab Five est, plus encore que ses remarquables prédécesseurs, un véritable condensé de la très paradoxale mythologie américaine. Un disque qui, égrenant à coups de pianos glitchés, d'after-beats faussement poussiéreux et de samples ad hoc, les grandes heures de la soul locale (le fameux son Motown) et du rap

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La rentrée musique côté jazz et world

MUSIQUES | Du côté de l'AOC "world, soul, jazz, etc.", le fourre-tout est de rigueur, les talents pluriels et les esthétiques en quinconce. Si bien qu'on ne sait plus où donner de la tête. Eh bien c'est juste ici, un peu partout.

Stéphane Duchêne | Mardi 22 septembre 2015

La rentrée musique côté jazz et world

C'est comme souvent le Rhino jazz qui va donner le tempo de la rentrée jazz. Mais tel le rhinocéros, l'événement, une fois lancé, court dans tous les sens et c'est dans trois départements que le spectateur doit se mettre en mode safari. Tout le monde n'étant pas équipé d'une jeep, contentons-nous ici des haltes lyonnaises : outre Tigran (voir page 4), se présenteront l'étrangeté électro-jazz-blues Yom (à l'Opéra le 12 octobre), Vincent Perrier qui va «bopper avec Django» à la Clé de Voûte le 23 ou encore le duo Donkey Monkey, croisement de jazz et de rock japonais, oui madame, le 24 au Périscope. Un Périscope qui garde son cap de chaudron expérimental. Citons pêle-mêle : Emmanuel Scarpa et François Raulin (aucun lien) pour leur Tea Time le 1er octobre, le violoniste Régis Huby et son projet Equal Crossing dont on a lu, sans rire, qu'il promettait une «ambiance frottis» ; ou encore le 13 novembre le chelou Finlandais Mikko Innanen. Et pour la bonne bouche, Cannibales et vahinés, où l'on ret

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Épicerie Moderne, Marché Gare et Trokson : 30 ans à eux trois

MUSIQUES | Hasard du calendrier, trois hauts lieux des musiques dites actuelles fêtent leur dixième anniversaire cette saison : l’Épicerie Moderne, le Marché Gare et le Trokson. Et en fanfare s'il vous plaît.

Benjamin Mialot | Mardi 22 septembre 2015

Épicerie Moderne, Marché Gare et Trokson : 30 ans à eux trois

Il est aussi vain de vouloir donner du sens à un anniversaire que de chercher à justifier un mariage : dans un cas comme dans l'autre, l'événement est surtout prétexte à faire la chouille avec les copains. Reconnaissons toutefois à l’Épicerie Moderne ses efforts : pour marquer le coup de ses dix ans d'existence, elle s'est mise en quatre pour éditer un livre et un vinyle live commémoratifs. Le premier verra le jour le 17 octobre, dans le cadre d'une journée d'animations (tatouage, photo call, papertoys...) ponctuée par un concert du brass band à tout faire The Soul Rebels. Le second sera prêt pour celui du mètre-étalon (et étalon tout court) rock Jon Spencer (voir page 4). Deux habitués des lieux verront également leurs prestations "pimpées" pour l'occasion : d'un côté les Melvins (le 2 octobre), de l'autre Patrick Watson. Les parrains malgré eux du grunge se produiront au sortir d'une dégustation de vin en compagnie des œnologues with an attitude de Wine&Noise, tandis que l'élégant songwriter baroque le fera en parallèle d'un débarras de goodies

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Martin Scorsese : un Prix Lumière en majesté

ECRANS | Immense cinéphile et cinéaste majeur, Martin Scorsese avait depuis le début le profil d’un prix Lumière parfait. Son sacre aura lieu au cours de l’édition 2015 du festival Lumière, dont la programmation, même incomplète, est déjà enthousiasmante. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 18 juin 2015

Martin Scorsese : un Prix Lumière en majesté

Plus encore que Quentin Tarantino, qui est un peu son héritier débraillé et furieux, Martin Scorsese avait depuis la création du festival Lumière la stature parfaite pour recevoir un Prix Lumière. D’abord parce que son apport au cinéma est considérable ; ensuite parce que sa passion pour la conservation et la redécouverte des films est au diapason de la mission que se sont fixée Thierry Frémaux, l’Institut Lumière et le festival : célébrer le patrimoine cinématographique comme une histoire vivante qu’on se doit de conserver et de diffuser aux générations nouvelles. Il aura donc fallu attendre sept années où Scorsese n’a pas chômé — quasiment un film par an, et quels films ! pour qu’il vienne recevoir à Lyon le précieux trophée qui ira grossir sa collection déjà bien chargée — Palme d’or cannoise pour Taxi Driver, Oscar du meilleur réalisateur pour Les Infiltrés… Ce sera de plus l’occasion unique de revoir son œuvre, dont le moins que l’on puisse dire est qu’elle raconte le cinéma américain contemporain mieux qu’aucune autre. Violence et passions Débutée dans le sillage de son ami John Cassavetes (Who’s That Knocking at My Doo

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La Révolution Pixar

ECRANS | Vice-versa, chef-d’œuvre absolu signé Pete Docter, est un nouveau cap pour la révolution initiée depuis vingt ans par les studios Pixar dans le cinéma d’animation. Ou comment une bande de geeks sont venus bousculer le monstre Disney, qui n’est pas parvenu à tuer leur créativité. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 16 juin 2015

La Révolution Pixar

«Objets inanimés, avez-vous donc une âme ?». On ne sait pas si John Lasseter et ses camarades des studios Pixar ont lu Lamartine, mais ils auraient pu graver cette fameuse citation au frontispice de leurs bureaux. Au moins en ont-ils donné une version 2.0 à travers leur mythique logo : une lampe fait des bonds comme à pieds joints, lançant des œillades de lumière au spectateur avant d’aller écraser et remplacer le i de Pixar. L’objet doté de personnalité, de vie et d’humour : un véritable credo à la source de leurs premiers travaux, mais aussi l’amorce de la révolution Pixar. C’est d’abord un pied-de-nez à la tradition Disney : là où la firme du haut château s’intéressait avant tout aux héros des contes classiques — de Blanche-neige à Pinocchio — et à l’humanisation des animaux — Bambi, Dumbo, la centaine de dalmatiens ou encore les Aristochats — Pixar choisit de laisser la figure humaine dans l’ombre et ne se consacre à nos amis les bêtes que si celles-ci lui autorisent un changement radical d’échelle. Avec les deux Toy Story et Mille et une pattes, réalisés par le grand manitou John Lasseter (épaulé par le non moins influent Andre

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Vice-versa

ECRANS | Les studios Pixar et Pete Docter donnent une singulière lecture de ce que l’on appelle un film-cerveau en plongeant dans la tête d’une fillette de onze ans pour suivre les aventures de… ses émotions ! Aussi ambitieux qu’intelligent, drôle, émouvant et exaltant, voici une date majeure dans l’histoire du cinéma d’animation. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 16 juin 2015

Vice-versa

Vice-versa tombe à pic pour rappeler deux choses essentielles : d’abord, que les studios Pixar sont de grands aventuriers du cinéma, des pionniers qui ne se reposent pas sur leurs lauriers et semblent se nourrir de défis toujours plus ambitieux. Il a fallu huit ans au génial Pete Docter, déjà auteur de Monstres et compagnie et de Là-haut, pour venir à bout de Vice-versa ; on comprend à sa vision à quel point tous les projets montés par le studio entre temps n’étaient que des récréations — parfois formidables comme Toy Story 3 ou Rebelle, parfois décevantes comme les suites de Cars et de Monstres et Compagnie — en attendant d’accoucher de cette œuvre majeure. Deuxième rappel : le cinéma d’animation n’est pas, comme trop de productions Dreamworks ou Disney récentes ont eu tendance à l’affirmer, une recette commerciale visant à séduire les bambins

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Un Moi(s) de cinéma #6

ECRANS | Chaque mois, Le Petit Bulletin vous propose ses coups de cœur cinéma des semaines à venir en vidéo.

Christophe Chabert | Mercredi 3 juin 2015

Un Moi(s) de cinéma #6

Au sommaire de ce sixième numéro : • Cannes 2015 : bilan rapide • Loin de la foule déchaînée de Thomas Vinterberg • Vice Versa de Pete Docter • Une seconde mère d'Anna Muylaert

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Cannes 2015, jour 6. Et Pixar fût…

ECRANS | "Vice Versa" de Pete Docter

Christophe Chabert | Mercredi 20 mai 2015

Cannes 2015, jour 6. Et Pixar fût…

Lundi matin, 11h. Alors que commençait la deuxième moitié du festival sous le signe d’interrogations diverses et variées résumables en : «Est-ce que c’est un bon cru, cette édition 2015 ?», la lumière est apparue sur l’écran du Théâtre Lumière, et tout a soudain été bouleversé. Nous en premier, en sanglots durant les quinze dernières minutes du film, puis systématiquement lorsqu’on l’évoquait aux gens qui ne l’avaient pas encore vu ; mais aussi l’ordre d’un festival qui, jusque-là, manquait singulièrement de hiérarchie. La lumière, c’est celle de Vice Versa (Inside Out) de Pete Docter, dernier-né des studios Pixar, et c’est peu de dire qu’il s’agit d’un événement considérable, un classique instantané du cinéma et une date dans l’histoire de l’animation. Surtout, c’est le genre de choc dont on ne se remet pas, une projection qui restera à jamais gravée dans nos mémoires, petite bille bleue et jaune stockée quelque part au fond de notre conscience que des mains agiles iront régulièrement ressortir pour nous refoutre le frisson, les larmes aux yeux et le sourire aux lèvres. Car ce que raconte Vice Versa, dans un élan méta-phys

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La saison 2015/2016 de la Maison de la danse

ACTUS | De New York à Séoul, du conte philosophique à la relecture de ghetto movie, de la rumba au baroque : à la rentrée, la volonté de Dominique Hervieu de présenter la danse sous ses formes les plus variées ne faiblira pas. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Lundi 27 avril 2015

La saison 2015/2016 de la Maison de la danse

Heureux soient ceux qui ont manqué l'arrivée de Maguy Marin à Ramdam, elle sera à l'honneur du prochain "Archipel" de la Maison de la danse. Succédant à Découflé, elle reprendra son chef-d’œuvre May B et Bit, sa création pour la Biennale 2014 (fin février début mars), ainsi que Singspiele, dernier spectacle co-écrit avec David Mambouch qu'elle présente justement à Ramdam cette semaine (mi-mars, au TNP). La saison 2015/2016 de la Maison de la danse sera marquée par trois autres temps forts. D'abord, un mois (novembre) de festivités autour de New York. Jean Lacornerie et les Percussions Claviers de Lyon y reprendront leur remarquable version de la comédie musicale téléphonique Bells Are Ringing, tandis que le CNDC Angers dansera, notamment, un Event (un patchwork de fragments de chorégraphies) du maître post-moderniste Merce Cunningham. Surtout, on y retrouvera Bill T. Jones le temps d'un pur exercice formel autour du Quatuor de Ravel et de La Jeune fille et la mort de Schubert, et le très en vue Kyle Abr

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Le Sucre fait son cinéma

CONNAITRE | Un festival, on ne le répétera jamais assez, n'a de sens que s'il travaille des thèmes absents du maillage d'équipements culturels dans lequel il s'insère – (...)

Benjamin Mialot | Mardi 21 avril 2015

Le Sucre fait son cinéma

Un festival, on ne le répétera jamais assez, n'a de sens que s'il travaille des thèmes absents du maillage d'équipements culturels dans lequel il s'insère – précisons au passage qu'il n'existe pas d'esthétique du "film tombé dans le domaine public", seulement du cynisme. On ne peut dès lors que se féliciter de l'initiative du Sucre d'importer le F.A.M.E., événement centré sur cet objet cinématographique particulier qu'est le film musical organisé depuis deux ans par la Gaieté Lyrique à Paris. Au programme de cet écho lyonnais, deux soirées. La première, payante, présentera un docu nerdy à souhait, I Dream of Wires, soit 90 minutes de parlotte hyper technique et néanmoins instructive autour des synthés modulaires, et l'inédit Northern Soul d'Elaine Constantine, sorte de This Is England avec des cheveux et des chorégraphies sous amphétamines – en clair, une chronique sociale sur fonds d'engouement pour le son Motown. L'autre, gratuite, enchaînera deux bizarreries : Ditch Plains, une performance post-apocalyptique (car dansée par trois b-boys dans un New York encore sonné par l'ouragan Sa

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Apollo 14

MUSIQUES | Le légendaire Apollo Theater de Harlem fête quatre-vingt ans d'une histoire aussi lumineuse que chaotique. Le festival Jazz à Vienne rend un hommage appuyé à ce lieu auquel chaque amateur de musiques noires doit beaucoup. Stéphane Duchêne.

Stéphane Duchêne | Mardi 1 juillet 2014

Apollo 14

«Apollo Theater : where stars are born and legends are made». Dans l'histoire de la soul, de la musique noire et même de la musique tout court, une "nuit à l'Apollo" vaut quasiment garantie d'entrer dans l'Histoire. Des concerts mythiques y ont eu lieu – dont l'inoubliable Live at The Apollo Theater enregistré un soir d'octobre 1962 par James Brown et ses Famous Flames. On y a croisé Nina Simone, les Big Band de Count Basie et Duke Ellington et tout, ou presque, ce que la soul compte de noms importants, vedettes ou futures étoiles. Car le club situé au cœur de Harlem, sur la 125e rue, est aussi connu pour ses "Amateurs nights" du mercredi : Ella Fitzgerald, Billie Holiday, Marvin Gaye, Aretha Franklin, Stevie Wonder, The Jackson 5, Lauryn Hill, l'énumération des talents nés là-bas ne tiendrait pas dans une version ultra-rallongée de La Boîte de jazz de Michel Jonasz. L'Apollo est à ce point la Mecque des musiques noires, un quasi-lieu saint, qu'on y exposera comme une évidence la dépouille de James Brown en 2006, devant laquelle des milliers de fans viendront s'incliner.

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Une Biennale sous perfs

SCENES | La seizième Biennale de la danse, toujours aussi prolifique et hétéroclite, se place cette année sous le signe de la performance et de ses avatars contemporains. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 10 juin 2014

Une Biennale sous perfs

Pour sa deuxième Biennale, Dominique Hervieu enfonce le clou de ses convictions et de sa sensibilité. Si sa programmation, comme celle de son prédécesseur Guy Darmet, s'ouvre à tous les styles de danse contemporaine (du hip hop avec l'incontournable Mourad Merzouki au néoclassique en passant par le flamenco avec Rocío Molina et quelques chorégraphes inclassables), elle s'enrichit d'un nombre de créations plus important (comme cette Carmen selon Dada Masilo) et, surtout, se teinte de deux ensembles thématiques : le cirque contemporain et la performance. Si le premier, notamment représenté par James Thierée et la Compagnie XY, est aujourd'hui une quasi porte enfoncée, la réflexion annoncée sur l'actualité de la seconde promet d'être beaucoup plus stimulante ! Le fil rouge tissé par Dominique Hervieu

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La force est avec eux

MUSIQUES | A chaque salle de concerts sa couleur. Rouge viscères pour le Sonic, là où la musique est une question de vie ou de mort, bleu horizon pour l'Épicerie (...)

Benjamin Mialot | Mercredi 11 septembre 2013

La force est avec eux

A chaque salle de concerts sa couleur. Rouge viscères pour le Sonic, là où la musique est une question de vie ou de mort, bleu horizon pour l'Épicerie Moderne, haut lieu de la pop vagabonde, noir coquard pour le Clacson, l'antichambre du rock qui bastonne… Quant au Ninkasi Gerland, si son hyperactivité (498 dates la saison passée !) nous a longtemps donné le sentiment d'être atteint d'achromatopsie, nous sommes de plus en plus convaincu qu'il est gris bitume. Car il ne se passe pas une semaine depuis la rentrée sans que l'endroit abrite un concert de rap immanquable.   Après Al'Tarba & Lord Lhus et le S-Crew, c'est ainsi au tour de Clear Soul Forces, jeune quatuor de Detroit qui, en un album au titre culotté (Detroit Revolution(s)) et aux productions suintant l'application et le cool par tous les pavillons (l'effet Motown, assurément), a d'ores et déjà rejoint le défunt J Dilla et le

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Monstres Academy

ECRANS | Déception pour le nouveau Pixar : la greffe entre l’univers de "Monstres et Cie" et celle du film de campus ne prend qu’à moitié, et le scénario paraît bien attendu par rapport à celui du précédent "Rebelle". Christophe Chabert

Christophe Chabert | Dimanche 7 juillet 2013

Monstres Academy

On se souvient avec émotion de Monstres et Cie, peut-être le film qui a fait basculer Pixar dans la cour des grands. L’allégorie sur l’entertainment hollywoodien s’y déployait à travers un récit mené tambour battant et passant par toutes les émotions possibles — la moindre des choses pour un film où le carburant était justement une émotion, en l’occurrence la peur. Plutôt que de lui donner une suite, le studio a choisi de retourner aux origines de ses héros et de greffer l’univers des terreurs d’élite sur celui du teen movie. Sully et Bob "retournent" donc à l’université, avec un antagonisme fort : le premier n’est que le descendant un peu glandeur d’une légende de l’effroi, le deuxième est un gringalet qui veut réussir malgré ses maigres atouts et met toute son énergie dans un bachotage effréné. Le campus est à peine différent de ceux qui forment l’ordinaire du cinéma adolescent américain : des nerds et des bullies, des confréries et des soirées entre étudiants… C’est la première déception du film : plutôt que de renouveler les code

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Grigris

ECRANS | De Mahamat-Saleh Haroun (Tchad-Fr, 1h41) avec Souleymane Démé, Anaïs Monory…

Christophe Chabert | Mercredi 3 juillet 2013

Grigris

Grigris danse dans les clubs de Ndjamena ; son handicap, une jambe mal soignée devenue presque morte, lui permet d’impressionnantes chorégraphies, et l’autorise même à rêver d’un avenir comme danseur professionnel. Grigris aurait pu s’en tenir là, et être un docu-fiction sur son acteur Souleymane Démé, dont le corps prodigieux et le regard habité sont de vraies sources de fascination. Mais Mahamat-Saleh Haroun a choisi de multiplier les enjeux dramatiques autour de lui : une histoire d’amour platonique entre Grigris et une prostituée, un trafic d’essence qui tourne mal, la maladie du père… Le film affiche alors ses faiblesses criantes : une naïveté dans la narration, la direction d’acteurs et la mise en scène qui s’intensifie au fur et à mesure que le récit se rapproche des codes du genre. Il y a, dans le cinéma de Mahamat-Saleh Haroun, un décalage fatal entre les intentions, souvent justes, et leur réalisation à l’écran, où tout sonne faux, forcé et didactique, le cinéaste prenant souvent trois scènes pour dire exactement la même chose ou se contentant de faire passer les idées dans un dialogue lourdemen

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Insomniaque - Semaine du 19 au 25 juin

MUSIQUES | Les trois soirées à ne pas manquer cette semaine. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mercredi 12 juin 2013

Insomniaque - Semaine du 19 au 25 juin

20.06 LYC 2006Pour les organisateurs de soirées aussi, l'heure de la trêve estivale approche - sauf pour ceux qui investiront le fameux Sucre, dont les portes s'ouvriront le 28 juin prochain avec une launch party du nouvel album de Siriusmo. Ainsi de Enover, qui frappera pour la dernière fois de la saison la coque de La Marquise du sigle "LYC" la veille de la Fête de la musique. L'association profitera de l'occasion pour remettre les compteurs à zéro en accueillant le Londonien Copy Paste Soul, étoile montante de la deep house qui devait à l'origine se produire en mars dernier.

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Fréquentation record au musée des Beaux-Arts de Lyon

ARTS | En 2012, le musée des Beaux-Arts de Lyon a atteint un niveau record de fréquentation avec 330 000 visiteurs. Cette progression correspond à une augmentation (...)

Benjamin Mialot | Jeudi 7 février 2013

Fréquentation record au musée des Beaux-Arts de Lyon

En 2012, le musée des Beaux-Arts de Lyon a atteint un niveau record de fréquentation avec 330 000 visiteurs. Cette progression correspond à une augmentation de 22 % de la fréquentation enregistrée en 2011 et s’explique par le succès de l’exposition Soulages XXIe siècle et l’attractivité des collections permanentes du musée. L’augmentation de la fréquentation s’explique notamment par le succès de l’exposition Soulages XXIe siècle qui présentait les œuvres récentes et pour la plupart inédites de l’artiste. L’exposition a accueilli 122 000 visiteurs en trois mois.  

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Nocturnes pour les derniers jours de Soulages

ARTS | L'exposition Soulages XXIe siècle du musée des Beaux-Arts de Lyon sera exceptionnellement ouverte en nocture lors de ses derniers jours.Les jeudi 24, (...)

Benjamin Mialot | Jeudi 10 janvier 2013

Nocturnes pour les derniers jours de Soulages

L'exposition Soulages XXIe siècle du musée des Beaux-Arts de Lyon sera exceptionnellement ouverte en nocture lors de ses derniers jours.Les jeudi 24, vendredi 25 et samedi 26 janvier, le lieu ouvrira jusqu'à 22h pour faire face au grand succès rencontré par cette expo, dont vous pouvez retrouver notre critique ici. Tarifs d’entrée : 8€ / 5€ / gratuité

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Soulages, de la Grotte Chauvet à aujourd’hui

ARTS | Pierre Soulages expose à Lyon une trentaine d’œuvres récentes dans plusieurs salles du Musée des Beaux-Arts aux mises en espace somptueuses. Soulages, un contemporain intempestif. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Vendredi 12 octobre 2012

Soulages, de la Grotte Chauvet à aujourd’hui

Un artiste vivant, des œuvres réalisées entre la fin des années 1990 et août 2012, un titre-manifeste tracé en grandes lettres blanches « Soulages, XXIe Siècle »… Non, nous ne sommes pas au Musée d’Art Contemporain (qui de son côté expose un artiste disparu, John Cage, à la musique certes avant-gardiste en 1950 mais aujourd’hui un peu avariée), mais bel et bien au Musée des Beaux-Arts. Au-delà de l’aspect drolatique, le message est sans doute «politique» : nous, Musée des Beaux-Arts, secouons notre poussière et faisons peau neuve, innovons dans le mécénat 3.0 (le club Poussin réunissant aujourd’hui un grand nombre d’entreprises), et donnons de vigoureux coups de pied dans la fourmilière passéiste et provincialiste ! À cela, on ne peut qu’applaudir et rappeler que Sylvie Ramond, depuis sa nomination à la direction du MBA, a impulsé nombre d’expositions passionnantes (Le Plaisir au dessin, Repartir à zéro, Bram et Geer Van Velde…)… Mais, qu’en conférence de presse, celle-ci et Eric de Chassey (co-commissaire de l’exposition) insistent sur un Soulages artistiquement ultra contemporain, innovateur en diable, se renouvelant quasiment de but en blanc à chaque chant

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Attendre soulage

ARTS | «Indépendamment de ce qui arrive, n’arrive pas, c’est l’attente qui est magnifique», écrit André Breton dans L’Amour fou… Et c’est dans les salles du XXe (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mercredi 22 août 2012

Attendre soulage

«Indépendamment de ce qui arrive, n’arrive pas, c’est l’attente qui est magnifique», écrit André Breton dans L’Amour fou… Et c’est dans les salles du XXe siècle du Musée des Beaux-Arts que nous sommes allés «attendre» les nouvelles expositions de la rentrée (Soulages notamment, maître du noir, bientôt dans ces murs) et y découvrir un nouvel accrochage éphémère. Le noir déjà y bat son plein dès la découverte de La Cathédrale (1955) de Nicolas de Staël, qui se détache sur une nuit teintée de bleu, celle même où l’artiste bascula la même année en se suicidant. Et Dieu passa aux aveux semble lui répondre, en 1965, Dorothea Tanning (épouse de Max Ernst), avec ses formes ambiguës parmi l’obscurité inquiétante, son corps féminin tronqué et convulsé… Oui Breton encore, L'Amour fou encore : «La beauté convulsive sera érotique-voilée, explosante-fixe, magique-circonstancielle ou ne sera pas». Un an après, 1966, le très surréaliste Lyonnais Max Schoendorff entreprend de nous perdre parmi les décors en lambeaux de son Aveugle étoile morte : grotte paléolithique déchiquetée ou intérieur organique, qui

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Rebelle

ECRANS | Mais qui arrêtera les studios Pixar ? Leur retour à une histoire originale après deux prolongations de franchises maison donne lieu à une pure merveille, chef-d’œuvre scénaristique et leçon de mise en scène animée. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Samedi 4 août 2012

Rebelle

Il était une fois une princesse écossaise qui rêvait de prendre les armes et de changer son destin, ne plus être la femme promise à un mariage de compromis pour préserver le Royaume des divisions claniques mais se transformer en aventurière romanesque. Cet argument a tous les atours d’un standard Disney, un genre de Raiponce en plus rugueux et féministe. Mais Rebelle est une production Pixar qui, une fois encore, taille des croupières à tous ses concurrents dans l’animation contemporaine. On a pu aimer les progrès effectués chez Dreamworks ou saluer un exploit du côté de l’hexagone (l’excellent Ernest et Célestine, à sortir en décembre) ; mais il faut le reconnaître : Pixar rappelle chaque été qui est le patron, que ce soit en transformant sa franchise la plus populaire en réflexion sombre sur la Shoah (Toy story 3) ou, comme ici, en se lançant dans une histoire originale qui, ce n’est pas la moindre de ses qualités, s’avère VRAIMENT originale. Peau d’ours Qu’on se le dise, Rebelle est un chef-d’œuvre de scénario. Son premier acte, qui s’achève sur le concours des prétendants et le refus de la belle Merida de

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Trois Soulages

ARTS | L’acquisition, il y a trois ans, d’un Poussin a fait des petits. Le Musée des Beaux-Arts a réuni à nouveau plusieurs mécènes pour acquérir, avec un financement (...)

Jean-Emmanuel Denave | Vendredi 25 novembre 2011

Trois Soulages

L’acquisition, il y a trois ans, d’un Poussin a fait des petits. Le Musée des Beaux-Arts a réuni à nouveau plusieurs mécènes pour acquérir, avec un financement public-privé (1, 5 million d’euros), trois œuvres du peintre Pierre Soulages. Un brou de noix sur papier de 1947, une huile de 1967 et un triptyque à l’acrylique de 2009. On pourra les découvrir à partir de mars 2012 et le musée annonce aussi une exposition consacrée au maître de l’abstraction et du noir en octobre 2012.

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Souleyman le Magnifique

MUSIQUES | Musique / Pour l'ouverture officielle de sa saison, le Transbordeur propose une soirée riche en bizarreries. À commencer par son intitulé Rising Dawn, qui (...)

Stéphane Duchêne | Jeudi 8 septembre 2011

Souleyman le Magnifique

Musique / Pour l'ouverture officielle de sa saison, le Transbordeur propose une soirée riche en bizarreries. À commencer par son intitulé Rising Dawn, qui sonne un peu comme le nom d'une opération militaire américaine. Ce qui est d'autant plus savoureux que le plat principal en sera du Omar. Syrien le Omar. Blague à part, l'occasion rêvée pour ceux qui ignoraient l'existence du musicien Omar Souleyman de découvrir un véritable phénomène, sosie croisé de Yasser Arafat et Saddam Hussein, avec keffieh, moustache et lunettes noires de bogoss'. Auteur de près de 500 cassettes dans son pays où le mp3 ne s'est pas encore...euh … démocratisé, ce musicien pas vraiment traditionnel, star des souks et des mariages (d'où proviennent la plupart de ses enregistrements) est devenue la nouvelle idole folklorique de l'Occident branché. Grâce en soit rendue aux défricheurs «outre-mondistes» de Sublime Frequencies, label de Seattle capable de vous dénicher une popeuse prodigieuse au fin fond du Myanmar. Depuis, même la sorcière, pardon, la fée Björk, et le NME, magazine british faiseur/défaiseur de tendance musicale, se sont entichés du prodige. Il faut dire que la musique d'Omar Souleyman, qui offre

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Au revoir

ECRANS | de Mohammad Rasoulof (Iran, 1h40) avec Leyla Zareh, Fereshteh Sadre Orafaiy…

Dorotée Aznar | Mercredi 31 août 2011

Au revoir

Tourné clandestinement par le cinéaste iranien blacklisté Mohammad Rasoulof, Au revoir est un calvaire. Pas juste pour son héroïne, prisonnière d’un monde kafkaïen qu’elle veut fuir avec ou sans son mari, journaliste traqué par le régime, mais aussi pour nous. On ne doute pas du regard et des motivations de Rasoulof lorsqu’il montre la réalité iranienne comme policière, anxiogène et paranoïaque. On n'a rien non plus contre une mise en scène radicale. Mais quand celle-ci imite le dispositif rigoriste de Haneke période Septième continent, avec ses plans fixes abscons et fièrement accusateurs, ça colle aux dents. Le brûlot politique tourne au long et pesant règlement de compte masochiste. Pire, il est platement illustratif et à crever d’ennui. Jérôme Dittmar

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Toy story 3

ECRANS | C’est une habitude dont on ne se lasse pas : Pixar domine cette année encore les débats en matière de divertissement intelligent, avec ce troisième volet des aventures de Woody et Buzz l’éclair qui propose une allégorie enlevée sur le temps qui passe. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Dimanche 11 juillet 2010

Toy story 3

Dix ans ont passé depuis le deuxième "Toy story". Les studios Pixar ne cherchent pas à cacher cette longue absence : ils en font le point de départ du troisième volet. Andy n’est plus un gamin, c’est un adolescent qui s’apprête à quitter le domicile familial pour aller à la fac. Que va-t-il faire de ses jouets, déjà réduits à s’inventer des films d’action improbables au fond d’une malle en osier ? Au grenier, à la poubelle ou dans une garderie voisine ? Le temps a passé et "Toy story" en fait donc son enjeu souterrain. La vieillesse, qui était déjà le sujet de "Là-haut", est ici traitée sur un mode plus allégorique que mélancolique. Pour Woody, Buzz l’éclair et leurs copains, il ne s’agit pas de rester jeunes, mais de gérer cette éternelle jeunesse en se trouvant un territoire plus accueillant. Ce sera donc Sunnyside, une garderie qui fait d’abord figure de paradis, avant de révéler un piège terrible en forme d’enfer carcéral, les jouets s’y étant organisés en castes, avec ses dominants et ses dominés. Le shérif est en prison Pixar nous a habitué au fil des années à ces multiples et passionnants niveaux de lectures ; mais on n

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Crazy night

ECRANS | De Shawn Levy (ÉU, 1h28) avec Steve Carell, Tina Fey…

Christophe Chabert | Dimanche 9 mai 2010

Crazy night

"Crazy night", c’est la réunion de deux vedettes populaires de la télé américaine, l’une (Carell) ayant déjà fait ses preuves sur grand écran, l’autre (Fey) s’y cherchant une crédibilité, pour une screwball comedy taillée sur mesure. Un couple de quadras englués dans la routine conjugale décide de s’encanailler au cours d’une virée à Manhattan, mais un quiproquo les entraîne dans une sombre affaire impliquant un ponte de la mafia, des flics ripoux, un politicien érotomane… Non seulement "Crazy night" manque cruellement de rythme, mais sa raison d’être semble avoir échappé à son réalisateur, le tâcheron Shawn Levy, qui ne laisse jamais l’espace nécessaire à ses deux comédiens pour s’exprimer. Plutôt que de les laisser improviser leurs numéros, il surdécoupe, monte à la serpe et pratique des inserts absurdes, là où il aurait fallu laisser la caméra tourner tranquillement. Du coup, seuls les gags purs fonctionnent à peu près à l’écran. Mais la photo horrible, les caméos inutiles ou pathétiques (pauvre Ray Liotta !), la morale familialiste rampante ; tout concourt à rendre "Crazy night" plus glauque que distrayant. CC

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