La Daronne, de Jean-Paul Salomé, 17e Prix Jacques-Deray

Vincent Raymond | Mercredi 3 mars 2021

Photo : © Guy Ferrandis / Capture Twitter


« La galérance, elle est finie ! » Retour gagnant pour Jean-Paul Salomé qui avait mis sa carrière de cinéaste entre parenthèses quelques années pour se dévouer à la présidence d'Unifrance — l'organisme en charge du “rayonnement” du cinéma français à l'international. Auréolé d'un joli succès dans les salles françaises avec 421 578 spectateurs — cela, du fait d'une exploitation prématurément réduite puisqu'il était sorti avant la seconde fermeture des salles fin octobre 2020 —, très bien accueilli à l'étranger, son huitième long-métrage La Daronne, adapté du polar homonyme d'Hannelore Cayre vient d'être désigné Prix Jacques-Deray par l'Institut Lumière, succédant à Roubaix une lumière d'Arnaud Desplechin, également distribué par Le Pacte.

Policier très légèrement teinté de comédie (il avait été présenté au festival de l'Alpe d'Huez 2020), La Daronne se révèle surtout chargé un film traversé par une grande mélancolie, où Isabelle Huppert déploie une multitude de registres et — surtout — livre une interprétation enthousiasmante en donnant l'impression de s'amuser elle-même.

Concourant par ailleurs pour le César du scénario adapté (avec la romancière), Jean-Paul Salomé s'était justement ému le 10 février derniers sur Twitter que sa comédienne, très investie dans ce projet, n'ait pas été retenue dans la course à la statuette : « notre scénario de #LaDaronne, sans Huppert il n'existe pas, c'est rien, un simple bout de papier... @Les_Cesar "

Gageons que, lorsque les salles auront la possibilité de proposer à nouveau des séances et que la traditionnelle soirée de remise du Prix Jacques-Deray se tiendra, le cinéaste pourra à nouveau rendre hommage à la comédienne devant un public et en sa présence. À suivre…

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Bertrand Tavernier (1941-2021)

Disparition | Un mois avant son quatre-vingtième anniversaire, le jour du centenaire de Simone Signoret, Bertrand Tavernier est décédé dans sa propriété de Sainte-Maxime. C’est davantage qu’un cinéaste ou que le président de l’Institut Lumière qui disparaît avec lui : un amoureux total et sincère des films et de ceux qui les font, un promoteur de leur restauration et de leur projection. Sa trace n’est pas près de s’effacer.

Vincent Raymond | Vendredi 26 mars 2021

Bertrand Tavernier (1941-2021)

En ouverture de ce qui demeurera son ultime long-métrage sorti sur grand écran, Voyage dans le cinéma français (2016), Bertrand Tavernier avait placé une citation de Jean-Luc Godard : « il y a quelque chose qui nous lie, Bertrand et moi, c’est que nous sommes tous les deux les enfants de la Libération et de la Cinémathèque ». Certes, on ne peut que relever les concordances objectives dans la formation puis le parcours des deux hommes qui les a fait converger plus d’une fois — et ce en dépit de leur onze années d’écart. Tavernier fut l’attaché de presse de Pierrot le fou de JLG (1965), l’année où celui-ci rafla l’Ours d’Or à Berlin pour Alphaville, récompense que Tavernier emporterait en 1995 pour L’Appât… Tous deux sont des enfants d’une bourgeoisie intellectuelle provinciale, qui vont trouver dans le cinéma une sorte épiphanie, passeront par l’adoration compulsive de l’ère des cinés-clubs, une phase (de) critique avant de s’emparer d’une caméra pour tourner… Mais si avec le temps Godard n’a eu de cesse d’étrécir son audienc

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Bertrand Tavernier est mort

Disparition | On vient d’apprendre la disparition à 79 ans du cinéaste, scénariste et producteur Bertrand Tavernier, par ailleurs président de l’Institut Lumière depuis sa création en 1982. Une perte immense.

Vincent Raymond | Jeudi 25 mars 2021

Bertrand Tavernier est mort

Né à Lyon en 1941, celui qui fut attaché de presse et critique avant de s’emparer de la caméra en 1964 pour son premier court-métrage, puis en 1973 pour son premier long L’Horloger de Saint-Paul, aura signé une des œuvres les plus prolifiques et éclectiques du cinéma français contemporain. Sans pour autant renier ses précurseurs à la différence de la génération précédente — Bertrand Tavernier n’hésitera pas à travailler avec les scénaristes Aurenche et Bost conspués par la Nouvelle Vague. Touchant à tous les styles, du polar à l’anticipation en passant par le documentaire ; manifestant en homme engagé son amour pour le rétablissement de la justice sociale (L. 627, Histoires de vies brisées…), le jazz (Autour de minuit), le cinéma (l’extraordinaire Laisser Passer, Voyage à travers le cinéma Français), sa filmographie est émaillée de nombreux prix — il fut le premier récipiendaire du César du réalisateur en 1976 pour Que la fête commence

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Bertrand Tavernier sur Netflix : ça commence aujourd’hui

Plan Canapé | Après Truffaut, Demy, Sautet, Resnais, la plateforme de streaming continue d’élargir son offre en inscrivant dès ce 1er mars quelques-unes des premières œuvres de Bertrand Tavernier. Une mise en bouche avant l’intégrale ?

Vincent Raymond | Lundi 1 mars 2021

Bertrand Tavernier sur Netflix : ça commence aujourd’hui

Rien n’arrête l’appétit de Netflix. Au moment où son concurrent direct Disney lance une plateforme, Star, ayant vocation à le titiller sur le segment “adulte” en proposant notamment des films ou des séries du patrimoine, la firme de streaming opère un nouveau coup d’éclat médiatique en intégrant à son volumineux catalogue cinq titres d’un emblématique auteur français : Bertrand Tavernier. Outre le fait qu’il s’agit pour la plupart d’œuvres parmi les plus primées et célèbres de la première partie de carrière du cinéaste lyonnais (L’Horloger de Saint-Paul (photo), Que la fête commence, Le Juge et l’Assassin, Coup de torchon, La Vie et rien d’autre), elles sont paradoxalement signées par un éminent cinéphile dont on sait l’attachement pour la projection en salle et son soutien au travail d’édition sur support physique des films, qu’il relaie sur son blog. Mais aussi par celui qui assume les f

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Thierry Frémaux : projection particulière

Récit | Avant les tapis rouges, Thierry Frémaux a longtemps foulé avec une respectueuse gravité les tatamis de judo. Dans "Judoka", un récit où rien ne fait écran à cette part d’intime, le directeur général de l’Institut Lumière/délégué général du Festival de Cannes revient sur son rapport au sport et à l’intériorité.

Vincent Raymond | Vendredi 26 février 2021

Thierry Frémaux : projection particulière

On était ressorti avec un sentiment mitigé de la lecture Sélection officielle (Grasset, 2017), le précédent ouvrage signé Thierry Frémaux, journal d’une année calendaire type de l’homme occupant l’un des centres de gravité du cinéma mondial — le Festival de Cannes — et gravitant dans tous les autres. Précieux mémoire décrivant de l’intérieur la structuration d’une saison “normale” dans la vie du 7e Art (sa foultitude de coulisses organisationnelles, ses mondanités nécessaires, ses voyages à décalages horaires partout mais aussi ailleurs…), gagnant à se détacher de l’actualité immédiate pour offrir de la matière aux historiens des temps futurs, l’ouvrage était aussi constellé de séquences moins gracieuses. À commencer par les catalogues épuisants de célébrités de tous poils et l’avalanche de fleurs jetées sur chacune et chacun qui, entre deux petites forfanteries cyclistes, donnaient de l’homme une impression floue : comme s’il ne s’était pas résolu à aller au-delà de l’écorce, reflétant

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L’Institut Lumière aux rayons X de la Chambre Régionale des Comptes

Cinéma | Coutumier d’une certaine discrétion, parfois autarcique, l’Institut Lumière a été contraint à plusieurs séances de rayons X économiques prescrites par la Chambre Régionale des Comptes. Le bilan vient d’être rendu public : si la santé est plutôt correcte, le médecin formules quelques recommandations. Et pour commencer, de bien suivre les protocoles…

Vincent Raymond | Mercredi 24 février 2021

L’Institut Lumière aux rayons X de la Chambre Régionale des Comptes

La CRC (Chambre Régionale des Comptes) vient de publier trois Rapports d’observations définitives portant sur trois structures ayant leur siège rue du Premier-Film : Association Institut Lumière, Société Cinémas Lumière, Société Sortie d’Usine Productions. Trois études connexes puisque la même entité, l’Institut Lumière, les unit et la même personne, Thierry Frémaux, les chapeaute. Trois mémoires mettant au jour non ces

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Isabelle Huppert : « au cinéma, on ment par définition »

La Daronne | Impossible de la manquer cette semaine à Lyon : sa silhouette est aux frontons de tous les cinémas et vous la croiserez peut-être au gré des rues puisqu’elle vient de débuter le tournage du nouveau film de Laurent Larrivière avec Swann Arlaud. Elle, c’est, évidemment Isabelle Huppert, une des “daronnes“ du cinéma français et celle que Jean-Paul Salomé a choisie pour incarner Patience Portefeux dans son polar. Rencontre.

Vincent Raymond | Mercredi 9 septembre 2020

Isabelle Huppert : « au cinéma, on ment par définition »

Comment choisissez vous vos rôles ? En fonction de ce que vous auriez envie de voir ou en rupture par rapport à ce que vous avez fait auparavant ? Isabelle Huppert : C’est peut-être plus une question que se pose le metteur en scène que l’acteur. Parce qu’au fond, un acteur a peu de pouvoir sur la possibilité d'un film. Sinon, un peu tout dans la genèse m’attire : entrer dans un personnage, travailler avec un metteur en scène, le dialogue, une phrase qui vous reste dans la tête et qu’on se redit et rien que pour cette phrase on a envie de faire le film… C’est mystérieux de le définir précisément, parce que c’est un processus particulier qui vous amène chaque fois à faire un film. C'est à chaque fois une aventure un peu existentielle : il y a tout un chemin qui vous y mène et qui n’est jamais le même… Quel a été le point de départ de La Daronne ? Le livre, que j’ai lu avant de savoir que Jean-Paul Salomé voulait faire le film. J’ai entendu Anne-Laure Cayre [l’autrice et coscénariste, NdlR] à la radio et, tout de suite, j’ai été très intéressée par ce qu’elle rac

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Shit et chut : Isabelle Huppert rayonne dans "La Daronne"

Son film à l'affiche | ★★★☆☆ De Jean-Paul Salomé (Fr, 1h30) avec Isabelle Huppert, Hippolyte Girardot, Farida Ouchani…

Vincent Raymond | Mercredi 9 septembre 2020

Shit et chut : Isabelle Huppert rayonne dans

Interprète cachetonnant à la traduction d'écoutes policières, Patience Portefeux trouve un moyen de régler ses ardoises : écouler une cargaison de shit subtilisée à ses propriétaires et devenir fournisseuse en gros. La police va s’escrimer à identifier cette mystérieuse nouvelle “Daronne“… Bardée de slogans qui claquent et d’un logo du festival de l’Alpe-d’Huez, l’affiche mettant en valeur une Isabelle Huppert voilée comme une riche Émiratie tend à faire passer La Daronne pour une comédie. En réalité, il s’agit là, comme pour le personnage de Patience, d’un déguisement dissimulant sa vraie nature de film noir à la croisée des mafias marocaines et chinoises et reposant sur des impératifs sociaux (payer l’EHPAD de sa mère, rembourser les dettes de son défunt mari, aider ses filles) : c’est la nécessité qui fait la hors-la-loi. Et sous cet épiderme de polar affleure un autre film encore, à la tonalité étonnamment mélancolique, nostalgique, où Patience (prénom décidément bien trouvé) peut enfin renouer avec son passé. Celle qui propose dans un langage fleuri mi argotique, mi arabe, à de petites

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Les Frères Dardenne Prix Lumière 2020

Prix Lumière 2020 | Deux fois deux Palmes d’Or succèdent donc au double palmé Francis Ford Coppola, et recevront donc le Prix Lumière le vendredi 16 octobre à Lyon. Croisons-les doigts pour que rien n’entrave cette prophétie…

Vincent Raymond | Jeudi 16 juillet 2020

Les Frères Dardenne Prix Lumière 2020

De premières annonces fin mai avaient révélé quelques lignes fortes de la programmation de cette 12e édition du Festival Lumière : un hommage à Michel Audiard à l’occasion du centenaire de sa naissance, une rétrospective Clarence Brown. Si l’on se doutait que le ou la futur récipiendaire ne serait pas américain·e, rien ne laissait supposer qu’il ou elle serait double ! Mais après tout, quoi de plus normal pour célébrer le 125e anniversaire du Cinématographe par les Frères Lumière que célébrer deux frères de cinéma, les Dardenne. Indissociables comme le furent les Taviani ou le sont les Coen ou les Washowski, les “frères“ comme les surnomment avec affection leurs comédiens sont à l’instar de Ken Loach ou Stéphane Brizé les principaux représentants d’un cinéma ancré dans une réalité sociale et brute. Dépourvus d’effets, de musique, au plus près des corps et des situations, leurs films confrontent volontiers des gens ordinaires à des cas de conscience ou des enjeux moraux.

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Thierry Frémaux : « pourquoi Lyon, sa ville natale, n’en fait-elle pas plus pour le cinéma et les Lumière ? »

Institut Lumière | Alors qu’il vient de délivrer la liste des 57 films dotés du label Cannes 2020, Thierry Frémaux évoque la situation actuelle du cinéma post-Covid, et notamment ses impacts possibles sur l’Institut et le Festival Lumière qu’il dirige. Cela, l’année des 125 ans du Cinématographe Lumière. Une année particulière…

Vincent Raymond | Mardi 9 juin 2020

Thierry Frémaux : « pourquoi Lyon, sa ville natale, n’en fait-elle pas plus pour le cinéma et les Lumière ? »

Après l’annonce de la sélection officielle du 73e festival de Cannes mercredi dernier, quel a été votre sentiment : du soulagement, des regrets ou de l’impatience ? Thierry Frémaux : Chaque année, je me demande ce qui va empêcher que Cannes se tienne, et chaque année — miracle — rien ne pose problème ; là on a bien vu que l’affaire était sérieuse. Le report au mois de juillet nous a permis d’espérer tout en n’y croyant guère et quand le président de la République a dit « il ne se passera rien cet été », on a compris. Mais on a eu la conviction qu’il fallait rester présent. On recevait des films — plus de 2000 –, ça nous a obligé. Cannes ne pouvait pas avoir lieu sous forme d’événement mais Cannes n’est pas que ça : c’est une distinction, c’est un goût, une façon de mettre le cinéma au cœur du monde ; on a décidé de lui faire prendre une forme différente et d’abord d’annoncer une Sélection officielle et de réunir les professionnels en ligne. Mercredi dernier, grâce à

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L'affaire est dans le sac : "Greta"

Thriller | de Neil Jordan (É-U-Irl, int.-12ans, 1h38) avec Isabelle Huppert, Chloë Grace Moretz, Maika Monroe…

Vincent Raymond | Mardi 11 juin 2019

L'affaire est dans le sac :

Serveuse à New York, Frances trouve un soir dans le métro un élégant sac à main. Il appartient à Greta, une excentrique vieille Française qui conquiert vite la jeune fille. Frances découvre alors combien Greta peut se montrer intrusive et inquiétante. Mais n’est-ce pas déjà trop tard ? Depuis combien de temps n'avait-il pas été plaisant de voir Isabelle Huppert à l'écran ; c'est-à-dire appelée pour autre chose qu'un rôle lui donnant le prétexte d'être soit une victime à la passivité suspecte pour ne pas dire consentante, soit une épave bourgeoise — les deux n'étant pas incompatibles ? Neil Jordan a eu le nez creux en pensant à elle : d'ordinaire agaçantes, les minauderies de son jeu se révèlent ici franchement inquiétantes et servent à asseoir la dualité de son personnage de prédatrice : sous des dehors lisses et respectables, sans âge, Greta tient du vampire, auquel il ne faut jamais ouvrir sa porte si l'on veut s'en prémunir, mais qui ne vous lâchera pas si vous l'invitez chez vous. Jordan s'y connaît sur le sujet. Le terme a beau paraître galv

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Lumière sur Nolan !

Rétrospective | L’Institut Lumière célèbre Christopher Nolan qui, en moins de vingt ans, s’est affirmé comme l’un des auteurs qui comptent à Hollywood et ailleurs : dix (...)

Élise Lemelle | Mardi 30 avril 2019

Lumière sur Nolan !

L’Institut Lumière célèbre Christopher Nolan qui, en moins de vingt ans, s’est affirmé comme l’un des auteurs qui comptent à Hollywood et ailleurs : dix longs-métrages ont suffi à imposer sa singularité. Cette rétrospective s’ouvrira sur Memento, incarnant à lui seul l’univers Nolan, et retracera sa filmographie complète : depuis Le Suiveur (1999) jusqu’à Dunkerque (2017). Elle sera agrémentée, notamment, par une conférence de Philippe Rouyer et la projection du film fétiche du cinéaste — 2001 de Kubrick — pour achever sa saison. La trilogie Batman - The Dark Night sera aussi de la fête, mais elle donnera lieu à une programmation autonome lors d’une nuit dont la date n’a pas encore été révélée : l’Institut Lumière ayant fait valoir son… Joker. Rétrospective Christopher Nolan À l’Institut Lumière ​du 24 avril au 16 juin

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Jeunesse qui rouille fait l’andouille : "Une jeunesse dorée"

Autobiopic | De Eva Ionesco (Fr-Bel, 1h52) avec Isabelle Huppert, Melvil Poupaud, Galatea Bellugi…

Vincent Raymond | Lundi 14 janvier 2019

 Jeunesse qui rouille fait l’andouille :

1979. Rose quitte le foyer où elle est placée pour vivre avec son amoureux, un peintre débutant. Seule condition : suivre son apprentissage. Qu’elle va vite déserter pour se fondre dans les folles nuits d'une boîte parisienne à la mode, en compagnie d’excentriques autodestructeurs… Poursuivant ici après My Little Princess la résurrection de ses souvenirs par le cinéma, Eva Ionesco aborde à présent la stupéfiante (!) époque du Palace, hantée de noctambules vaguement arty-dandy, à qui les années 1980 réservaient de mirifiques promesses — mais aussi son lot de morts violentes. D’où le ton crépusculaire de cet opus, façon gueule de bois et cendrier froid, traversé de fantômes plus ou moins nommément cités (Pacadis, Pascale Ogier, Jacno s’y reconnaissent par flashes) et son cousinage avec les ambiances des Nuits de la pleine lune — tout de même, quel flair le vieux Rohmer avait eu en capturant en temps réel la joie triste de cette jeunesse. Mais hélas pour Ionesco, son auto-biopic décalé se trouve pénalisé par la fausseté de son interprète principale, l

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Thierry Frémaux et Cécile Bourgeat : « dans dix ans, le cinéma classique continuera d'être partout »

Festival Lumière | À la veille de l’ouverture de la 10e édition du Festival Lumière, il nous semblait naturel d’interroger celui qui en est à l’origine, le dirige en assumant par ailleurs au cours de l’année les fonctions de directeur de l'Institut Lumière et de délégué général du Festival de Cannes, Thierry Frémaux. Il a choisi de répondre avec Cécile Bourgeat, secrétaire générale du festival — une première. L’occasion d’évoquer le passé, le futur immédiat, mais aussi l’avenir.

Vincent Raymond | Lundi 15 octobre 2018

Thierry Frémaux et Cécile Bourgeat : « dans dix ans, le cinéma classique continuera d'être partout »

En neuf éditions, le festival a-t-il pris la forme que vous escomptiez et atteint sa forme d’équilibre : dix jours, des rendez-vous et des lieux clairement identifiés, et peu ou prou 180 films ? Thierry Frémaux : Le festival Lumière a pris la forme populaire dont nous rêvions, et plus encore. Nous voulions ça : un festival pour tous, une pâtisserie de cinéma classique qui donne le désir d'aller en salles voir ou revoir de grands films. À quelques jours du festival, nous avons déjà vendu 80 000 tickets ! Cécile Bourgeat : Le souhait au départ était de permettre au public de goûter le cinéma de multiples manières : en allant voir des films en salles, en écoutant des artistes dans des masterclass, en se rendant au village pour acheter des DVD et des livres, pour écouter des comédiens sur le plateau de Radio Lumière. C’est bien que la ville natale du cinéma le célèbre ainsi, avec le sentiment que tout le monde y participe. Et ce tout le monde, c’est aus

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Les séries des cinéastes : Hitchcock time

Institut Lumière | Hitch (re)présente ! L’Institut Lumière initie un cycle de projections consacrées aux séries télévisées réalisées par de grands cinéastes. La première séance propose (...)

Pierre Deroudilhe | Mardi 27 mars 2018

Les séries des cinéastes : Hitchcock time

Hitch (re)présente ! L’Institut Lumière initie un cycle de projections consacrées aux séries télévisées réalisées par de grands cinéastes. La première séance propose une rétrospective Alfred Hitchcock présente, une série de petites histoires noires à la chute inattendue et sans lien entre les épisodes. Si vous regardiez la télévision dans les années 1950, ou, de manière plus probable, si vous êtes familier de l’œuvre du maître du suspense, alors vous vous souvenez sans doute des « Bonsoir » sévères lancés par Hitchcock au début de chaque épisode et de l’épilogue moral, toujours chargé de son humour noir caractéristique, que le réalisateur servait aux spectateurs. Deux autres projections sont prévues à l’Institut Lumière dans les prochaines semaines : la première concernera l’inspecteur Columbo vu par Steven Spielberg, l’autre, sur les Maîtres de l’horreur, une série d’épouvante réalisée entre autres par John Carpenter… À consommer sans modération. Les séries des réalisateurs À l’Institut Lumière ​le mercredi 28

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Bozon maudit : "Madame Hyde"

Pas fantastique | de Serge Bozon (Fr., 1h35) avec Isabelle Huppert, Romain Duris, José Garcia…

Vincent Raymond | Mardi 27 mars 2018

Bozon maudit :

Prof de physique dans un lycée de banlieue, Madame Géquil est chahutée par ses élèves et méprisée par ses collègues. Un jour, un choc électrique la métamorphose en une version d’elle-même plus conquérante, capable parfois de s’embraser, voire de consumer les autres… Auteur de manifestes puissamment anti-cinématographiques (La France, Tip-Top) et jouissant d’un prestige parisien aussi enviable qu’inexplicable au-delà du périphérique, le redoutable Serge Bozon confirme tout ce qu’il était permis de craindre d’une transposition du roman de Stevenson revêtue de sa signature. Substance fantastique siphonnée (forcément, ce serait convenu), interprétation plate (la stakhanoviste du mois Isabelle Huppert poursuit ici le rôle qu’elle endosse depuis environ dix ans), vision de la banlieue telle qu’elle était fantasmée au début des années 1990, on peine d’ailleurs à comprendre le “pourquoi” de ce film. Son “comment” demeure également mystérieux, avec ses séquences coupées trop tôt, son pseudo humour décalé sinistre

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On re-tourne rue du Premier-Film ?

Institut Lumière | Le 19 mars 1895, les frères Lumière tournaient leur premier film à la sortie de leur usine. En hommage, l’Institut Lumière organise chaque année à cette (...)

Aliénor Vinçotte | Mardi 13 mars 2018

On re-tourne rue du Premier-Film ?

Le 19 mars 1895, les frères Lumière tournaient leur premier film à la sortie de leur usine. En hommage, l’Institut Lumière organise chaque année à cette date une journée de tournage en ce lieu fondateur. Vous désirez vous inscrire dans cette histoire et cette nouvelle tradition ? Il suffit de vous inscrire à l’adresse ci-dessous. Famille, amis, collègues, chacun est le bienvenu pour faire un “remake” du premier film, avec ses idées de mise en scène, de costumes. Plusieurs horaires de prises de vues auront lieu dans la journée. Attention... moteur, ça tourne ! À l'Institut Lumière le lundi 19 mars de 10h à 19h Inscriptions : www.institut-lumiere.org/actualités/nouvelles-sorties-d-usine-2018.html

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Croisette et causettes : "La Caméra de Claire"

Sieste Cinématographique | de Sang-Soo Hong (Cor du S-Fr, 1h09) avec Isabelle Huppert, Min-Hee Kim, Jang Mi Hee…

Vincent Raymond | Mardi 6 mars 2018

Croisette et causettes :

Dans les rues de Cannes, pendant un festival du film bien connu, Claire se promène avec son appareil à photo instantanées et sympathise avec Manhee, jeune Coréenne récemment virée par sa patronne. Grâce à l’entremise de Claire, les choses vont peut-être s’arranger… Le prolifique Monsieur Hong semble ne plus pouvoir se passer de la comédienne Min-Hee Kim, au centre de ses trois dernières réalisations — c’est-à-dire celles de l’année. La voici endossant le rôle d’une malheureuse promenant sa superbe mine déconfite en bord de plage ou en terrasse de café, pendant qu’Isabelle Huppert vêtue d’une robe jaune caresse des chiens gris, en sur-souriant sans montrer ses dents. Le temps s’étire en palabres, en considérations sur l’acte photographique ou la jalousie pendant que des instruments à cordes jouent une berceuse proposant une insidieuse sieste. Ne serait-ce que par courtoisie, il est inutile d’aller ronfler dans une salle.

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Benoît Jacquot : “Chacun est porteur d’un secret, d’une intimité secrète”

Entretien | Déjà porté à l’écran par Joseph Losey en 1962 avec Jeanne Moreau, le thriller psychologique Eva est à présent adapté par Benoît Jacquot avec Isabelle Huppert dans le rôle-titre. Entretien avec le réalisateur.

Aliénor Vinçotte | Mardi 6 mars 2018

Benoît Jacquot : “Chacun est porteur d’un secret, d’une intimité secrète”

Qu’est-ce qui vous a plu dans cette histoire? Benoît Jacquot : J’avais lu le livre de Chase en cachette à un âge précoce, quand je devais avoir 14 ans, bien avant d’avoir vu Eva de Joseph Losey, sorti sur le grand écran autour de mes 17 ans. Ce film m’avait marqué dans la mesure où je considérais Losey comme un maître à une époque où je commençais à vouloir faire du cinéma. Lorsque j’ai pris connaissance du livre de Chase, je m’étais dit que ce serait un film que je pourrais faire un jour. Cette idée m’a poursuivi de façon régulière pendant longtemps, jusqu’à ce qu’enfin l’occasion se présente. Quant au film de Losey, je ne l’ai pas revu depuis 50 ans. J’en garde un souvenir très imprécis. Je ne peux pas dire qu’il m’ait soit inhibé, soit élancé pour le film que je faisais. Au final, je l’ai réalisé comme si celui de Losey n’existait pas. Il faut croire que c’est un exercice que j’aime bien : j’ai fait à peu près la même chose avec le Journal d’une femme de chambre, qui était encore plus marquant dans

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14e Prix Jacques-Deray : “Mon Garçon” l’emporte

Institut Lumière | Après Diamant Noir l’an dernier, le prix Jacques-Deray — récompensant le meilleur film policier de l’année selon le jury de l’Institut Lumière, sera (...)

Aliénor Vinçotte | Mardi 20 février 2018

14e Prix Jacques-Deray : “Mon Garçon” l’emporte

Après Diamant Noir l’an dernier, le prix Jacques-Deray — récompensant le meilleur film policier de l’année selon le jury de l’Institut Lumière, sera remis au voisin Christian Carion pour Mon Garçon où Guillaume Canet partage l’affiche avec Mélanie Laurent. Le réalisateur recevra le prix le samedi 24 février à 19h à l’Institut Lumière. Bonus intéressant, une projection de la version restaurée de Le Désordre et la nuit (1958) de Gilles Grangier, dont Jacques Deray fut l’assistant-réalisateur, précèdera la remise du prix à 16h. 14e Prix Jacques-Deray À l’Institut Lumière le samedi 24 février à 16h

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Point trop final : "Happy End" de Michael Haneke

Drame | de Michael Haneke (Fr-Aut-All, 1h48) avec Isabelle Huppert, Jean-Louis Trintignant, Mathieu Kassovitz…

Vincent Raymond | Mardi 3 octobre 2017

Point trop final :

Après avoir causé la mort de sa mère dépressive par surdose d’anxiolytique, une pré-adolescente débarque chez son chirurgien de père, qui partage la demeure familiale calaisienne avec un patriarche réclamant l’euthanasie, une sœur entrepreneuse en plein tracas professionnels… Toujours aussi jovial, Michael Haneke convoque ici des figures et motifs bien connus pour une mise en pièce classique d’une caste déclinante, résonnant vaguement avec l’actualité grâce à l’irruption un tantinet artificielle de malheureux migrants. Dans le rôle du patriarche appelant la mort, Trintignant joue une extension de son personnage de Amour — il y fait explicitement allusion ; quant à Huppert, elle fronce le museau, écarquille les sourcils et incarne un bloc de béton congelé — quelle surprise ! Happy End ressemble hélas à du Haneke en kit : si tous les éléments habituels dérangeants sont là, manque un liant — comme la durée obstinée des plans, par exemple. Privé des longues séquences de tension fais

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Stalker à l'Institut Lumière

Reprise | Même si la soirée d’ouverture de la rétrospective Andreï Tarkovski (1932-1986) est prévue mardi 5 septembre autour de L’Enfance d’Ivan, cinq des six films (...)

Vincent Raymond | Mardi 29 août 2017

Stalker à l'Institut Lumière

Même si la soirée d’ouverture de la rétrospective Andreï Tarkovski (1932-1986) est prévue mardi 5 septembre autour de L’Enfance d’Ivan, cinq des six films programmés seront déjà visibles dès le 1er septembre — autant dire la quasi totalité de cet hommage en copies restaurées, et la presque intégralité de l’œuvre du cinéaste soviétique. En un quart de siècle, Tarkovski a signé sept longs-métrages malgré des embûches politiques, censoriales, économiques et, en définitive, la maladie. Pourtant, chacun d’entre eux est un continent à part dans le paysage mondial, une source d’inspiration et de fascination, un insondable abîme mystique dont on ne saurait prétendre épuiser la déroutante richesse. À la lisière de la métaphysique, de l’introspection et de la science-fiction, ce cousin russe de Bergman entraîne ses spectateurs dans des expériences malaisantes. L’énigmatique Stalker (1979) en apporte une preuve irréfutable. On y suit le parcours en zigzag de deux hommes, guidés par un “stalker” à l’intérieur de la “Zone”, territoire interdit ayant

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À l'Institut Lumière : L’Asiatique, le mystique et le caustique

Institut Lumière | Un mois et demi avant l’ouverture de sa 9e édition, le Festival Lumière présente un solide avant-goût de sa programmation à l’Institut homonyme. Mais pas que.

Vincent Raymond | Mardi 29 août 2017

À l'Institut Lumière : L’Asiatique, le mystique et le caustique

Révision générale. Par le passé, l’Institut Lumière a déjà anticipé un Festival en programmant dès septembre des films de (ou avec) son Prix Lumière. Mais c’était surtout parce qu’ils ne figuraient pas dans le tableau final des projections. 2017 semble opérer un changement radical en proposant rien moins que cinq longs-métrages de Wong Kar-wai (soit la moitié de son œuvre) et deux conférences pour se remettre dans le bain. Des films de la première partie de sa carrière, scandant les années 1990 (de Nos années sauvages à Happy Together), qui l’ont inscrit avec insistance comme figure originale d’un renouveau du cinéma asiatique — et en définitive, mondial. Cette mise en bouche délestera les salles bondées durant la semaine festive, encourageant le public à découvrir des productions plus rares. Pour accompagner ces flamboyants zakouskis, deux comètes dont les univers sont aussi opposés que l’influence sur leurs confrères et consœurs considérable : u

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Gérard Jugnot à l’Institut Lumière

Rencontre | De loin le réalisateur le plus prolifique de la bande du Splendid, mais aussi celui qui, parmi eux, aura le plus été réclamé comme acteur, Gérard Jugnot est (...)

Vincent Raymond | Dimanche 29 janvier 2017

Gérard Jugnot à l’Institut Lumière

De loin le réalisateur le plus prolifique de la bande du Splendid, mais aussi celui qui, parmi eux, aura le plus été réclamé comme acteur, Gérard Jugnot est convié par l’Institut Lumière à l’occasion de la publication d’un recueil de souvenirs, Une époque formidable - Mes années Splendid. Un premier bilan qui ne sonne en rien la fin de sa carrière, puisqu’il s’apprête à sortir en avril prochain sa douzième réalisation, C'est beau la vie quand on y pense. De ce film-là, il ne sera en théorie pas question lors de la causerie du vendredi 3 février à 19h — sauf s’il décide de livrer quelque cadeau pour remercier les Lyonnais de leur accueil. En revanche, il est prévu de poursuivre la soirée avec la projection de son quatrième film, Une époque formidable (1991), une histoire de crise, de SDF et de survie en milieu urbain avec Bohringer, Ticky Holgado et Chick Ortega, toujours d’actualité un quart de siècle après sa sortie. Une époque formidable À l'institut Lumière le vendredi 3 février à 19 et 21h

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"Lumière ! L’aventure commence" : retour en salles

ECRANS | de Louis Lumière et de nombreux opérateurs (Fr, 1h26) documentaire commenté par Thierry Frémaux

Vincent Raymond | Mardi 24 janvier 2017

Qui a déjà assisté à une séance d’ouverture/clôture du Festival Lumière, voire à l’invitation à un(e) cinéaste ou à quelque personnalité rue du Premier-Film, a forcément entendu Thierry Frémaux s’acquitter d’un commentaire en direct de vues Lumière, dévidant force anecdotes historiques sur le mode badin — il est rompu à cet exercice depuis le Centenaire du Cinématographe, en 1995. Ces inestimables bobines des premiers temps du 7e art venant d’être restaurées numériquement, l’idée a germé d’en faire revivre une sélection sur grand écran, histoire que les yeux du XXIe siècle redécouvrent le monde du XIXe. Au bilan, 108 vues figurent dans ce programme composé suivant des chapitres thématiques plus que chronologiques ; 108 ultra courts métrages “escortés” par la voix du patron de l’Institut Lumière — son ton ici plus solennel qu’à l’accoutumée, atteste qu’il est conscient de l’éternité à laquelle il se soumet en posant son timbre sur ces enveloppes cinématographiques. Projetés dans le respect de la vitesse du tournage — donc sans ces odieux accélérés transformant le moindre plan en saynète comique

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Nuit Batman : Chauve(-souris) qui peut !

ECRANS | De tous les super-héros capés, Batman est celui auquel chacun(e) s’identifie le plus aisément, puisque sa force réside dans ses faiblesses. Ni extraterrestre, (...)

Vincent Raymond | Mardi 20 septembre 2016

Nuit Batman : Chauve(-souris) qui peut !

De tous les super-héros capés, Batman est celui auquel chacun(e) s’identifie le plus aisément, puisque sa force réside dans ses faiblesses. Ni extraterrestre, ni mutant de naissance ou du fait d’une exposition fortuite à un chiroptère radioactif, Bruce Wayne demeure sous le masque du vengeur un type banal. Enfin… sur le plan physiologique. Car au niveau psychologique, il subit encore le contrecoup de l’assassinat de ses parents auquel il a assisté enfant (voici pour le passif) ; et sur le plan bancaire, il doit s’accommoder d’un héritage de quelques milliards — voilà pour l’actif. Un tel cocktail ne pouvait qu’appâter des réalisateurs un peu secoués, aimant malaxer la matière cinématographique pour servir de nouveaux mélanges. Conscients du trésor qu’ils détenaient, les studios Warner ont (presque) toujours pris soin de confier leur ténébreux chevalier à des cinéastes plutôt bath. La preuve avec les quatre films déployés par l’Institut Lumière. C’est Tim Burton qui s’y colle le premier en faisant décoller la franchise en 1989. Fa

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Jane Birkin chez les frères Lumière

Institut Lumière | Alors que vient de débuter la rétrospective Varda, donnant l’occasion de (re)voir vendredi 16 septembre le portrait-fantaisie que la cinéaste avait consacré à (...)

Vincent Raymond | Dimanche 4 septembre 2016

 Jane Birkin chez les frères Lumière

Alors que vient de débuter la rétrospective Varda, donnant l’occasion de (re)voir vendredi 16 septembre le portrait-fantaisie que la cinéaste avait consacré à la jeune quadragénaire — Jane B. par Agnès V. (1988) —, Jane Birkin a droit à “son” invitation à l’Institut Lumière. Une soirée en deux parties, forcément trop courte pour évoquer l’étonnante carrière de l’Anglaise aux “yeux bleus, cheveux châtains, teint pâle”. À elle seule en effet, la muse et interprète de Serge Gainsbourg puis de Jacques Doillon, a beaucoup plus accompli durant le demi-siècle écoulé en faveur de la place du Royaume-Uni dans l’Europe culturelle que nombre de ministres de Sa Gracieuse Majesté. Comédienne de cinéma, puis chanteuse presque par hasard ; femme de théâtre et de lettres, réalisatrice enfin (Boxes, en 2007), l’artiste Jane Birkin est aussi une bel

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La rentrée de l'Institut Lumière : feux croisés

La rentrée cinéma à Lyon | À cinq semaines de la 8e édition de son festival — qui honorera Catherine Deneuve, faut-il encore le rappeler ? —, l’Institut Lumière fourbit bien d’autres nouveautés pour la saison 2016-2017. Pleins phares sur quelques rendez-vous attendus…

Vincent Raymond | Mardi 30 août 2016

La rentrée de l'Institut Lumière : feux croisés

Septembre n’est pas encore là que la salle du Hangar s’offre un 5 à 7 avec Cléo en guise de soirée d’ouverture de saison — et surtout de prémices à la rétrospective Agnès Varda. Une rentrée très dense rue du Premier-Film, où l’agenda déborde déjà : quelques invitations émailleront la fin de l’été — Jane Birkin (13 septembre), puis l’homme de cinéma mac-mahonien Pierre Rissient (21 septembre) —, une nuit Batman autour des films de Tim Burton et Christopher Nolan tiendra éveillés les citoyens de Gotham le 24 septembre ; enfin La Vie de château, Belle de jour et Ma saison préférée permettront "d’attendre" Catherine Deneuve. Car nombreux sont les spectateurs à avoir déjà en ligne de mire le Festiv

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Rétrospective Varda : Le B.A-BA d’Agnès V.

Rétrospective à l'Institut Lumière | Cela n’a pas dû être coton de cueillir (ou bien… glaner ?) des titres dans cet immense champ fleuri qu’est l’œuvre d’Agnès Varda : courts, longs, (...)

Vincent Raymond | Mardi 30 août 2016

Rétrospective Varda : Le B.A-BA d’Agnès V.

Cela n’a pas dû être coton de cueillir (ou bien… glaner ?) des titres dans cet immense champ fleuri qu’est l’œuvre d’Agnès Varda : courts, longs, fictions, documentaires ; fantaisies, reportages, objets autonomes et singuliers, épisodes de séries, montages photographiques, vidéos d’installations, téléfilms… Rien ne se ressemble de prime abord, et cependant tout porte sa marque ou sa voix incomparable et bienveillante. Alors, quelle ligne emprunter pour y vagabonder ? Ou quels détours ? Peu importe, en définitive : tous les chemins mènent à Agnès et à Varda. L’institut Lumière a privilégié une approche par les sommets, c’est-à-dire ses films les plus célèbres et célébrés. Des histoires imitant le réel comme La Pointe Courte, Cléo de 5 à 7, Le Bonheur, L’une chante, l’autre pas, Sans toit ni loi, à travers lesquelles on voit la société évoluer et les femmes conquérir leurs droits ; des portraits ou miroirs p

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Agnès Varda : « J’ai été photographe, un petit peu… »

Interview | Avant-gardiste malicieuse, toujours en mouvement — même si, de son propre aveu, elle ralentit sa cadence — Agnès Varda fait coup double à l’institut Lumière avec une rétrospective cinéma et une exposition photo. Petit préambule en forme de conversation.

Vincent Raymond | Mardi 30 août 2016

Agnès Varda : « J’ai été photographe, un petit peu… »

Avez-vous été associée au choix des films présentés à Lyon ? Pas du tout ! (sourire) Thierry [Frémaux] n’a pas besoin de moi pour choisir. Qu’y a-t-il comme films ? [elle étudie la liste] Ah, Les Cent et une nuits… Je suis contente qu’ils le montrent : en général, il n’est pas choisi dans les rétrospectives. C’est un film mal aimé ; une sorte d’hommage au cinéma traité avec décalage et humour. Une comédie assez légère, comme une fête foraine ou un carnaval, avec des acteurs éblouissants que je n’aurais pas cru diriger un jour : Gina Lollobrigida, Belmondo, De Niro…. J’avais joué la carte des acteurs, parce que l’idée des auteurs, elle passe chez les cinéphiles mais pas tellement ailleurs. Mais les gens ne l’ont pas compris : on ne me donne pas le droit de faire de comédie ! Peut-être les spectateurs pensaient-ils que vous adopteriez des codes que vous aviez toujours détournés, et que vous cesseriez d’être attentive aux marges de la société… Vous savez, par mon travail, j’ai acquis une position tout à fait marginale — je

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Les Dardenne sur leur cinéma… et sur l'Europe post-Brexit

ECRANS | Invités par l’institut Lumière à l’occasion de la rétrospective qui leur est consacrée jusqu’au 9 juillet, Luc et Jean-Pierre Dardenne évoquent les fondamentaux de leur cinéma, et livrent leur regard sur l’Europe au lendemain du Brexit. Deux grandes voix politiques face caméra…

Vincent Raymond | Mercredi 6 juillet 2016

Les Dardenne sur leur cinéma… et sur l'Europe post-Brexit

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Doubles messieurs avec les Dardenne

Institut Lumière | À quelques jours de la conclusion de la rétrospective qui leur est consacrée par l’Institut Lumière, les frères Dardenne viennent y passer la soirée et présenter (...)

Vincent Raymond | Mardi 28 juin 2016

Doubles messieurs avec les Dardenne

À quelques jours de la conclusion de la rétrospective qui leur est consacrée par l’Institut Lumière, les frères Dardenne viennent y passer la soirée et présenter deux films : l’un les a faits connaître au grand public, en révélant l’immense Olivier Gourmet — La Promesse (1996), à 17h. L’autre est leur plus récente réalisation à ce jour, La Fille inconnue, interprété par Adèle Haenel, à 21h, en compétition à Cannes cette année — et attendu sur les écrans le 12 octobre. Entre les deux, ils échangeront avec la salle et évoqueront leur travail, devenu œuvre. Jeudi 30 juin dès 17h l’institut Lumière, Lyon.

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"Tout de suite maintenant" : Bonitzer, père et fille

ECRANS | de Pascal Bonitzer (Fr, 1h38) avec Agathe Bonitzer, Vincent Lacoste, Lambert Wilson…

Vincent Raymond | Mardi 21 juin 2016

Intrigante, cette propension qu’a Bonitzer à s’enticher de héros peu sympathiques, et de les sadiser pour faire bonne mesure — cette perversion d’auteur doit certainement revêtir un nom ; elle a en tout cas un public. Ici, il jette son dévolu sur Nora, une Rastignac froide (pour ne pas dire frigide) jouant les Électre dans le monde tortueux de la finance, où tous les coups sont recommandés. Le rôle de cette jeune arriviste, au plan de carrière contrecarré par l’irruption d’affects personnels aussi divers que la possession amoureuse ou le désir de venger son père, il le confie à sa fille à la ville, Agathe — histoire d’ajouter une grille de lecture psychanalytique trouble à son film. Nora n’est pas la seule à être peu aimable : ses aînés sont une bande de socio-traîtres ayant remisé leurs idéaux au profit… du profit, justement, ou bien des névropathes devenus dépressifs, déments ou alcooliques. Bref, personne ou presque ne semble digne d’être sauvé. Disséminant çà et là quelques-unes de ces démonstrations professorales dont il raffole (comme s’amuser à prédire les comportements), Bonitzer confirme surtout son goût de moraliste et s’offre même une envolée fantastique ina

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L’Été en CinémaScope

Institut Lumière | Précurseur de la manifestation pluriculturelle Tout l’monde dehors, le rendez-vous estival de l’Institut Lumière joue chaque année à fond la carte de la (...)

Vincent Raymond | Mardi 21 juin 2016

L’Été en CinémaScope

Précurseur de la manifestation pluriculturelle Tout l’monde dehors, le rendez-vous estival de l’Institut Lumière joue chaque année à fond la carte de la gourmandise cinéphilique en brassant les styles et les époques. Il convoque d’une semaine sur l’autre un réjouissant coq-à-l’âne d’ambiances : d’une saignante critique sociale sur fond de football dans une quelconque ville de province digne d’être une sous-préfecture chabrolienne (Coup de tête, photo) l'on passe à un film à sketches d’Ophuls d’après Maupassant (Le Plaisir), puis l’on roule en Lancia dans l’insouciance de l’Italie ensoleillée (Le Fanfaron), avant de retrouver la vivacité baroque et transformiste d’Almodóvar (Talons aiguilles), l’ambiance lourde d’un thriller post-franquiste (La Isla Minima) et le destin brisé d’une icône autodétruite par ses addictions et son trop plein de souffrance comme de talent (

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Nuit blanche couleur Dario Argento

Institut Lumière | Manque de sommeil et d’appétit ? Envie de repeindre vos cauchemars dans des tons allant du giallo au rouge sang ? Optez pour la Nuit Dario Argento (...)

Vincent Raymond | Mardi 7 juin 2016

Nuit blanche couleur Dario Argento

Manque de sommeil et d’appétit ? Envie de repeindre vos cauchemars dans des tons allant du giallo au rouge sang ? Optez pour la Nuit Dario Argento composée dans le cadre de l’Épouvantable Vendredi. Un menu de choix réunissant quatre longs-métrages extraits de la grande époque du maître italien (Les Frissons de l’angoisse, Suspiria, Ténèbres et Phenomena), agrémentés de divers documents façon friandises : interviews, bandes-annonces, etc. Pour les spectateurs dotés d’un estomac à toute épreuve, le petit déjeuner est offert à l’issue de ces agapes écarlates — et néanmoins stridentes. À l’Institut Lumière le vendredi 10 juin à 20h30

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Les frères Dardenne chez les frères Lumière

Rétrospective à l'Institut Lumière | Cinéastes, producteurs, découvreurs de plusieurs générations de comédiens belges, les Dardenne ne font jamais rien à moitié — n’ont-ils pas remporté deux Palmes (...)

Vincent Raymond | Mercredi 1 juin 2016

 Les frères Dardenne chez les frères Lumière

Cinéastes, producteurs, découvreurs de plusieurs générations de comédiens belges, les Dardenne ne font jamais rien à moitié — n’ont-ils pas remporté deux Palmes d’Or pour Rosetta (1999) et L’Enfant (2005) ? Incontournables depuis La Promesse (1996), leur troisième long-métrage de fiction, les “frères” incarnent avec Ken Loach dont ils sont proches, la conscience morale d’un cinéma contemporain qui témoigne de la réalité sociale, et refuse d’abdiquer ses idéaux humanistes de justice ou d’équité face au libéralisme ou à l’égoïsme dominant. Cet engagement irrigue la part la plus connue d’une œuvre qui a commencé assez logiquement par des documentaires, désormais peu visibles. La grande rétrospective que leur consacre l’Institut Lumière permet d’en découvrir plusieurs en format numérique, tels que Lorsque le bateau de Léon M. descendit la Meuse pour la première fois (1979), évocation des grèves de1960 ou R… ne répond plus (1981) sur l’aventure des radios libres. Tout aussi rares, les premières fictions Falsch (1987) et Je pense à vous (1992) seront programmées, comme La Fille inconnue, leur dernière ré

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Elle : le retour de Paul Verhoeven

Festival de Cannes | Curieuse, cette propension des cinéastes étrangers à venir filmer des histoires pleines de névroses en France. Et à faire d’Isabelle Huppert l’interprète de cauchemars hantés par une sexualité aussi déviante que violente. Dommage que parfois, ça tourne un peu à vide.

Vincent Raymond | Mardi 24 mai 2016

Elle : le retour de Paul Verhoeven

Près d’un quart de siècle après avoir répandu une odeur de soufre à Cannes grâce à Basic Instinct, Paul Verhoeven est donc revenu sur la Croisette dégourdir des jambes un peu ankylosées par dix années d’inactivité, escortant un film doté de tous les arguments pour séduire le jury ou, à défaut, le public français : un thriller sexuel adapté de Philippe Djian et porté par Isabelle Huppert. Titré comme une comédie de Blake Edwards (1979) avec Bo Derek et Dudley Moore, le Elle de Verhoeven ne prête pas à sourire : l’héroïne Michèle — qui assume déjà depuis l’enfance d’être la fille d’un meurtrier en série — se trouve violée chez elle à plusieurs reprises par un inconnu masqué. Mais comme c’est Huppert qui endosse ses dentelles lacérées, on se doute bien qu’elle ne subira pas le contrecoup normal d’une telle agression (effondrement, rejet de soi, prostration etc.), et se bornera à afficher une froideur indifférente à tout et à tous — sa fameuse technique de jeu “plumes de canard”, les événements petits ou gros glissant en pluie égale sur ses frêles épaules, lui arrachant au mieux un “oh…” surpris… Basiq

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Bernard Chardère, de Lumière à Brouillard

Les Causeries du 3e | Infatigable Bernard Chardère ! Créateur de la revue Positif en 1952, sauveteur de l’Institut Lumière dont il fut le premier directeur en 1982, le (...)

Vincent Raymond | Mardi 24 mai 2016

Bernard Chardère, de Lumière à Brouillard

Infatigable Bernard Chardère ! Créateur de la revue Positif en 1952, sauveteur de l’Institut Lumière dont il fut le premier directeur en 1982, le bouillonnant cinéphile a ajouté une ligne à son imposant CV. En compagnie du consultant Patrick Picot, il a lancé ce printemps un nouveau rendez-vous culturel. Des conférences sur le 7e art… “améliorées” : « J’ose à peine le dire, confie-t-il malicieux, mais l’idée est d’abord née de l’envie d’organiser des pots avec des camarades partageant la culture des ciné-clubs ; de nous réunir autour de notre passion plutôt que d’attendre de voir nos noms figurer à la page des disparitions ! ». De réunion conviviale entre passionnés à discussion cinéphile structurée en présence d’invités, il n’y avait qu’un pas que le maire du 3e arrondissement, Thierry Philip, a permis de franchir en mettant à disposition la salle Eugène-Brouillard. « Impressionnante » pour les hôtes de ces Causeries, elle se fait intime et chaleureuse lorsque Olivier Barrot y évoque la mémoire de son ami historien Raymond Chirat, ou quand Philippe Roger « étonne » l’auditoire en dissertant sur la musique chez Gr

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Rétrospective Polanski : Roman d’un auteur

Rétrospective Polanski | 2016 nous a privés d’un génie-monstre franco-polonais en nous ôtant Zulawski (au fait, à quand sa rétrospective ?) ; Dieu ou diable merci, il en reste un, aussi (...)

Vincent Raymond | Mardi 19 avril 2016

Rétrospective Polanski : Roman d’un auteur

2016 nous a privés d’un génie-monstre franco-polonais en nous ôtant Zulawski (au fait, à quand sa rétrospective ?) ; Dieu ou diable merci, il en reste un, aussi tourmenté qu’intrigant, inquiétant qu’enjôleur. Colosse minuscule, géant au parcours nourri d’accidents, de drames, de lauriers et de scandales, Roman Polanski a contribué à l’essor du nouveau cinéma polonais et au renouveau du britannique, participé à la Nouvelle Vague comme au Nouvel Hollywood. Épousant parfois les codes ou les styles de ses hôtes, Polanski conserve jalousement ses thématiques de prédilection : l’enfermement, le malin, la séduction perverse. À vérifier de toute urgence à l’Institut Lumière, qui offre de cauchemarder avec Rosemary’s baby, Repulsion, Cul-de-sac, La Neuvième Porte, de frissonner avec Frantic, La Jeune Fille et la Mort, Chinatown, de rire avec Pirates ou Le Bal des vampires, de se recueillir avec Le Pianiste. Une belle entrée en matière… Si la non-présence dans ce formidable panorama du très rare — voire quasi invisible — What ? (1971) n’étonne guère, comme celle moins dommageable de Lunes de fiel (1992), on se perd

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L’Avenir

ECRANS | de Mia Hansen-Løve (Fr, 1h40) avec Isabelle Huppert, André Marcon, Roman Kolinka…

Vincent Raymond | Mardi 5 avril 2016

L’Avenir

Triste exemple de régression artistique, ce film bien mal nommé voit Mia Hansen-Løve retomber dans les travers de ses débuts, dont on la croyait guérie depuis le lumineux Le Père de mes enfants (2009). Ce cinéma sorbonnard, construit dans l’imitation admirative des aînés Eustache, Garrel ou Assayas (évidemment), s’ingénie à aligner des saynètes froides censées capturer la vie dans sa crue réalité, des séquences de comédie pathétique (avec la vieille grand-mère qui perd la boule), entrelardant le tout de tunnels verbeux bilingues franco-allemands fourrés à la dialectique. Parfaitement formaté pour les festivals : la Berlinale lui a décerné un Ours d’argent… Très proche du personnage qu’elle interprétait — on aurait du mal à dire “incarner” tant son corps physique paraît de plus en plus s’effacer à l’écran — dans Villa Amalia (2009) de Benoît Jacquot, Isabelle Huppert affiche ici la même indifférence face aux événements ; à peine semble-t-elle concernée comme spectatrice. Postulons qu’il s’agit d’une stratégie de protection, car la réalisatrice sadise son héroïne impassible avec une étonnante obstination, au point de la

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Institut Lumière : Silence, on (re)tourne !

ECRANS | Sans un bruit, un nouveau festival a vu le jour à l’Institut Lumière. Une discrétion toute naturelle, puisqu’il est dévolu au muet — vaste pan de l’histoire (...)

Vincent Raymond | Mardi 15 mars 2016

Institut Lumière : Silence, on (re)tourne !

Sans un bruit, un nouveau festival a vu le jour à l’Institut Lumière. Une discrétion toute naturelle, puisqu’il est dévolu au muet — vaste pan de l’histoire du cinéma, le parlant ne s’étant imposé qu’à l’orée des années trente. Voilà l’occasion de redécouvrir un patrimoine riche d’expressivité, paradoxalement loin d’être dépourvu de sons : nombreuses étaient les productions prévues pour être cadencées par la musique, accompagnées en direct dans les salles par des instrumentistes. Au piano, Raphaël Chambouvet aura sans doute des notes élégiaques pour le grand drame de Murnau, L’Aurore (1927), quand l’organiste Thierry Escaich donnera dans le grandiose pour escorter l’envol des Ailes (1927) de Wellman, en ciné-concert à l’Auditorium. On reverra également Louise Brooks, hors de son rôle de Loulou, mais toujours sous la coupe de Pabst, dévoiler le Journal d'une fille perdue (1929), ou Gloria Swanson, aiguillée par le Erich von Stroheim cinéaste, couronnée en Queen Kelly (1929). Outre les projections, ce cycle muet intègre des conférences (notez L’introduct

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Poulidor : La victoire en perdant

CONNAITRE | Après deux quintuples vainqueurs du Tour, Bernard Hinault et Eddy Merckx, le festival Sport, Littérature et Cinéma rend hommage à une autre légende du cyclisme : Raymond Poulidor, éternel second et perdant paradoxal, car unique coureur de l'Histoire dont le plus grand exploit est de n'avoir jamais gagné le Tour.

Stéphane Duchêne | Mardi 16 février 2016

Poulidor : La victoire en perdant

« Cela faisait si longtemps que nous attendions ça. Et enfin ce 15 juillet 1975, dans les premiers lacets de la montée du Pla d'Adet de la 17e étape du Tour de France, Raymond Poulidor s'est échappé. Il avait 38 ans. » Ainsi démarre, par cet épisode tardif de sa carrière, bercé par la voix de François Morel, Poulidor premier, documentaire de Patrick Jeudy sur l'éternel second. « C'est l'une de ses plus belles victoires », ajoute le commentaire sans ironie. Au sujet de l'épisode, l'écrivain et journaliste cyclophile Christian Laborde abonde : « En 1974, des types pleuraient de joie dans le Pla d’Adet, après qu’il eut démarré dans le premier virage, laissant sur place Eddy Merckx et tout le gratin des pentes. (...) Mon père chialait : ce démarrage, il l’attendait depuis 1964, depuis l’envol de Raymond dans le col du Portillon. » Le Pla d'Adet ou la dernière salve victorieuse de l'homme qui ne gagnait jamais. En France, les seconds sont éternels, les perdants magnifiques et toujours pardonnés : les Verts 1976 et leurs poteaux carrés, les Bleus de Séville 1982, Fignon et ses 8 secondes manquantes, on s'en fait jusqu'à l'écoeure

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L'institut Lumière se remet au sport

ECRANS | Séparément, chacun exerce sur le public une attraction confinant à la fascination : que dire alors d’une rencontre entre sport, (...)

Vincent Raymond | Mardi 19 janvier 2016

L'institut Lumière se remet au sport

Séparément, chacun exerce sur le public une attraction confinant à la fascination : que dire alors d’une rencontre entre sport, littérature et cinéma ? Elle se révèle forcément fusionnelle et des plus fécondes à l’écran, tant celui-ci transcende le mouvement, magnifie l’exploit, héroïse les sportifs dans leurs souffrances… Pour la troisième année, l’Institut Lumière mouille le maillot en consacrant un festival à l’art d’accommoder intelligence et muscles, en images ou en mots. Piochant dans le vaste corpus des œuvres dédiées au sport, la programmation mêle projections, débats, rencontres, colloque, hommages (l’immense cycliste Raymond Poulidor et le motard Giacomo Agostini seront célébrés), et quelques avant-premières (Free to run, de Pierre Morath - en sa présence - consacré au jogging, et Good Luck Algeria de Farid Bentoumi, présenté par ce dernier et Sami Bouajila). Sport parmi les plus cinégéniques, la boxe aura les honneurs d’une nuit, avec la projection des quatre premiers volets de la saga Rocky (au moment où Creed vient d’arriver dans les salles),

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L'Institut Lumière part en week-end avec Richard Brooks

ECRANS | L’institut Lumière n’attend pas des Journées dédiées pour s’intéresser à un patrimoine qu’il valorise quotidiennement. Si le week-end qu’il propose, concocté par (...)

Vincent Raymond | Mardi 15 septembre 2015

L'Institut Lumière part en week-end avec Richard Brooks

L’institut Lumière n’attend pas des Journées dédiées pour s’intéresser à un patrimoine qu’il valorise quotidiennement. Si le week-end qu’il propose, concocté par Michel Ciment autour de Richard Brooks, coïncide avec les JEP, voyons-y le clin d’œil d’un destin certes malicieux, cependant bien conscient de l’importance de ce cinéaste dans le paysage hollywoodien. Un auteur attaché aux valeurs humanistes, préoccupé par les questions sociales et ayant un goût marqué pour les tempêtes sous les crânes… Voilà, pour ne citer que quelques-un des thèmes jalonnant son œuvre — comptant une vingtaine de films répartis en 35 ans de carrière. Le week-end ne permettra pas de revoir le fondateur Graine de violence (1955) — toujours d’actualité à la rentrée — ; en revanche, il alignera samedi de scintillantes pépites, à commencer par Cas de conscience (1950), première réalisation avec un Cary Grant ayant la vie d’un dictateur entre ses mains. Suivront La Chatte sur un toit brûlant (1958), magnifiant une Liz Taylor en épouse délaissée, se désespérant dans la moiteur du Sud et la touff

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Réouverture de La Fourmi

ECRANS | C’est une drôle de bête à trois salles qui (r)ouvre ses portes à Lyon. Sauvée de l’extinction en 2012, elle appartient à une espèce très menacée : celle des cinémas d’art (...)

Vincent Raymond | Mardi 8 septembre 2015

Réouverture de La Fourmi

C’est une drôle de bête à trois salles qui (r)ouvre ses portes à Lyon. Sauvée de l’extinction en 2012, elle appartient à une espèce très menacée : celle des cinémas d’art et d’essai de quartier, qui n’ont cessé de péricliter depuis vingt ans. Passé sous pavillon Institut Lumière et rénové sous houlette de l’architecte Gilbert Long, le petit complexe de la rue Pierre-Corneille (ses trois écrans sont dotés respectivement de 63, 39 et 34 places) constitue le premier vaisseau de l’armada Cinémas Lumière, qui devrait compter les CNP en plus. Si Sylvie Da Rocha dirige cette entité, la programmation est effectuée par le très actif Martin Bidou — à la manœuvre au Louxor à Paris, notamment. Dans deux salles, la ligne éditoriale longtemps entretenue par l’ancien maître des lieux François Keuroghlian semble respectée, à savoir la continuation de films : Love and Mercy, Amy, Comme un avion,

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114 films des frères Lumière sur grand écran

ECRANS | Ce fut l'un des événements du dernier festival de Cannes : la projection d'un montage de 114 films des frères Lumière, restaurés en très haute définition (...)

Benjamin Mialot | Mardi 25 août 2015

114 films des frères Lumière sur grand écran

Ce fut l'un des événements du dernier festival de Cannes : la projection d'un montage de 114 films des frères Lumière, restaurés en très haute définition pour l'occasion. Mardi 29 septembre à 20h, l'Institut Lumière vous invite à découvrir ces images historiques à l'Auditorium, le temps d'une projection commentée par l'inénarrable Thierry Frémaux (et accompagnée au piano en direct par Romain Camiolo). De quoi s'échauffer la rétine avant le grand raout cinéphile maison qui consacrera Martin Scorsese deux semaines plus tard.

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Valley of Love

ECRANS | De Guillaume Nicloux (Fr, 1h32) avec Gérard Depardieu, Isabelle Huppert…

Christophe Chabert | Mardi 16 juin 2015

Valley of Love

«Putain, la chaleur !» dit Gérard (Depardieu) transpirant sous le soleil californien lorsqu’il retrouve son ex-compagne Isabelle (Huppert). Qui sont-ils et que viennent-ils faire là ? La première réponse est la plus complexe : Depardieu et Huppert sont comme des hybrides du couple qu’ils formèrent à l’écran à l’époque de Loulou et des comédiens qu’ils ont été ensuite. Ce mélange-là, entre ce que l’on sait de leur vie — étalée et commentée pour Depardieu, plus discrète pour Huppert — et les rôles que leur fait jouer Guillaume Nicloux, est la meilleure idée de Valley of Love, son mystère le plus persistant. Il repose sur l’idée que certaines stars ont un besoin minimal de fiction pour exister à l’écran, charriant leur légende avec elles. Cette fiction a minima répond à la deuxième question et s’avère plus problématique : convoqué post-mortem par un fils gay, exilé aux États-Unis et récemment suicidé, le couple traverse le désert en attendant un signe de cet enfant disparu qui leur promet de revenir. On sent que Nicloux aimerait retourner aux sources atmosphériques et inquiétantes de ses premiers polars — notamment le beau

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Bernard Hinault, Blaireau malgré lui

CONNAITRE | Invité à ouvrir le festival "Sport et Cinéma" de l'Institut Lumière, Bernard Hinault, quintuple – et dernier français – vainqueur du Tour de France fut aussi, à sa manière, un personnage de cinéma. Le héros de quelques-uns des plus beaux thrillers sur rou(t)e de son époque, tous marqués, à l'image du dernier, par une envie de gagner qui en toute circonstance et jusqu'au bout resta irrépressible et irraisonnable. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 6 janvier 2015

Bernard Hinault, Blaireau malgré lui

Quand on pense à Bernard Hinault, deux images viennent immédiatement en tête. La première, c'est celle de l'étape Autrans-Saint-Etienne sur le Tour 85, que Le Blaireau termine le visage en sang et le nez en charpie après une chute à 300 mètres de l'arrivée. La seconde : le même, un an plus tard, franchissant main dans la main avec son jeune coéquipier Greg Lemond la ligne d'arrivée de l'Alpe d'Huez. Image mythique scellant "définitivement" une réconciliation au sommet après des jours d'imbroglio tactique et de suspicion de trahison de parole. La tragédie grecque conclue, croit-on, par un triomphe romain. Voilà l'histoire : à la fin du Tour 85, remporté par Hinault avec l'aide d'un Lemond piaffant d'impatience – il avait un peu hésité à jouer sa carte après la défiguration stéphanoise d'Hinault – le maître faisait une incroyable promesse devant les caméras : son cinq

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Les CNP repris par l’Institut Lumière

ECRANS | Il y a deux mois à peine, l’Institut Lumière annonçait la reprise de La Fourmi via la société Cinéma Lumière qu'elle avait créée pour l'occasion ; aujourd’hui, coup (...)

Christophe Chabert | Jeudi 20 novembre 2014

Les CNP repris par l’Institut Lumière

Il y a deux mois à peine, l’Institut Lumière annonçait la reprise de La Fourmi via la société Cinéma Lumière qu'elle avait créée pour l'occasion ; aujourd’hui, coup de théâtre : l’Institut annonce que Galeshka Moravioff a choisi de lui céder les fonds de commerce des CNP Terreaux et Bellecour. On savait depuis quelques semaines que les deux salles étaient au bord du gouffre financier, mais les négociations ont, dixit le communiqué de presse envoyé par l’Institut Lumière, ont été «menées confidentiellement». Les CNP, qui devraient garder leur enseigne, fermeront leurs portes à la fin de l’année pour des travaux de rénovation avec l’objectif de rouvrir pour la saison 2015 / 2016. À suivre dans les semaines à venir, donc…

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La Fourmi remise à Lumière

ECRANS | Une jolie pancarte Leroy-Merlin accrochée sur ses grilles ne laissait plus trop planer le doute ces derniers jours, mais il aura fallu attendre sagement (...)

Christophe Chabert | Jeudi 25 septembre 2014

La Fourmi remise à Lumière

Une jolie pancarte Leroy-Merlin accrochée sur ses grilles ne laissait plus trop planer le doute ces derniers jours, mais il aura fallu attendre sagement que Thierry Frémaux s’entretienne avec nos confrères du Progrès et de Tribune de Lyon pour que l’affaire soit désormais officielle : oui, l’Institut Lumière va rouvrir La Fourmi, mythique salle de seconde exclusivité fermée il y a trois ans par son ancien propriétaire qui, à l’époque, nous l’avait annoncé par un simple coup de fil un lundi matin, en lieu et place de son tout aussi mythique «Bonjour, c’est La Fourmi, vous avez reçu nos programmes ?». Même si l’arrivée dans l’exploitation commerciale de la Cinémathèque de la Rue du Premier film et de son directeur, par ailleurs délégué général du Festival de Cannes, laisse à penser que l’ambition du cinéma sera, après son ouverture prévue début 2015, autrement moins artisanale, le projet reste modeste : de «l’art et essai pointu», du cinéma de «patrimoine» et des films en continuation pour freiner le turnover des sorties qui en chassent d’autres tous les mercredis, le tout dans trois salles rénovées — accessibilité et p

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Fausse promesse

SCENES | Événement théâtral absolu, du moins si l'on se base sur l'affluence du public (que ce soit ici à Lyon ou à Paris, où la pièce fut créée et jouée deux mois), le (...)

Nadja Pobel | Mardi 8 avril 2014

Fausse promesse

Événement théâtral absolu, du moins si l'on se base sur l'affluence du public (que ce soit ici à Lyon ou à Paris, où la pièce fut créée et jouée deux mois), le casting (Huppert et Garrel fils sur le plateau, Luc Bondy, directeur de l'Odéon, à la mise en scène) et les costumes (Dior pour Huppert), Les Fausses confidences de Marivaux laissent pourtant un goût d'inachevé, tout y étant trop parfaitement calibré, au détriment de l'émotion. Pourtant Isabelle Huppert quitte là les rôles torturés auxquels Haneke, notamment, l'avait abonnée pour incarner avec une maîtrise et une gourmandise totales le rôle central d'Amarinthe, bourgeoise nouvellement veuve. Alors que le public s'assoie, elle s'essaye au tai-chi avec son coach au milieu de ses innombrables chaussures amoureusement rangées en cercle. Désinvolte, centrée sur elle, elle refuse sans ambages une alliance avec le comte Dorimont pour se laisser séduire par le jeune désargenté Dorante, qui se fait engager comme intendant grâce à l'entremise de Dubois (grandiose Yves Jacques !), son ancien valet. Dominant toute la troupe, Huppert éclabousse tout son monde avec une fraîcheur qu'on ne lui conna

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